Célèbre buveur dont parle Élien
tures, en se qualifiant honnestes gens et bons bourgeois, honorez la pluspart des charges des paroisses et du quartier; aussi tels honneurs répugnent-ils à leur profession qui les oblige la pluspart de mendier leur vie du ministère de leur main, au moyen de quoi ils ne peuvent sçavoir beaucoup d'honneur ni de civilité, comme dit Aristote; par conséquent sont incapables des honneurs et des charges publiques, et indignes du titre de bourgeoisie, par la raison des Anciens qui faisaient marcher les esclaves de pair avec les artisans.
Au reste ce n'étaient pas seulement les comédiens qui, en leur qualité de locataires et de tributaires, médisaient de la confrérie ; tout le monde au xvir siècle parlait d'elle avec un profond dédain. On lit ceci dans la Chasse au Vieil grognardj pièce qui fut publiée en 1622 *.
— Des délectations du temps passé.
Voyons] quel estoit leur plaisir; si c*estoit avoir jouer la comédie. A la vérité il faisoit bon la voir, car il y a voit anciennement de certains chartiers et crocheteurs qui, vestus en apostres, jouoient la Passion à l'hoste de Bourgogne, ou la vie de saincte Catherine ; auxquels on souffloit au cul tout ce qu'ils récitoient; où tout le monde estoit reçu à un double pour teste, et la plupart n'y alloit que pour voir les actions de Judas dont les uns se resjouissoient et les autres en pleuroient à chaudes larmes.
- La requête des comédiens ne devait être écoutée que quatorze ans plus tard. Elle fut renouvelée, en 1629, d'une façon moins violente et plus précise. Les confrères ne se bornaient pas alors à retenir pour leur service les meilleures loges du théâtre: ils menaçaient les comédiens récalcitrants de les expulser de l'Hôtel. Ceux-ci supplièrent le Roi d'ordonner aux confrères de présenter leurs titres de possession. Les confrères protestèrent vivement et refusèrent d'obéir à la sommation des comédiens. « Le Roy estant en son conseil, » le 7 novembre 1629, donna ordre aux confrères de déposer leurs titres dans la huitaine entre les mains d'un commissaire et fit restituer « la totalité » du théâtre aux comédiens ^ Le droit des confrères fut réduit à une somme de trois livres tournois qu'ils devaient toucher par jour de représentation. Ce fut à leur tour
1. Variétés historiques et littéraires, t. III, p. 53 (Bibliothèque elzévirienne). 1. Recueil général des anciennes lois françaises, t. XYI, p. 345.
d'adresser au Roi requêtes sur requêtes. Dans Pune d'elles on lit : «Qu'ils sont au nombre décent cinquante, ou environ, tous bourgeois de Paris, marchands, ou d'honnêtes vacations,., qu'ils ont en leur corps maître Jacques de Fontany, homme consommé et versé es meilleures littératures, comme plusierurs pièces par lui mises en lumière le font voir, et entre autres les dernières, timbrées des plus heureux et héroïques anagrammes qui aient jamais été excogités à la louange du roi, sur les triomphes et victoires du très-grand cardinal de Richelieu, par l'anagrammatisme du premier verset du premier psaume de David, par lequel ce grand prophète et grand roi a prophétisé que ce très-grand cardinal serait le fidèle Achate de rÉnéas français, et corestaurateur de l'éternité de cette invincible monarchie française * ». Le morceau n'est pas très propre à rehausser l'idée que les comédiens nous ont donnée des confrères.
La lutte suprême se prolongea encore quarante -sept ans, a travers une foule d'obscurs épisodes. Il n'était pas facile de tuer une corporation dans l'ancien régime. Il fallut quinze ans de victoires et de pouvoir absolu pour que Louis XIV se décidât à abolir la Confrérie de la Passion de Notre-Seigneur. Enfin par un édit (rendu au mois de décembre 1676) il déclara que l'antique association avait cessé d'exister ; ses biens étaient attribués à l'Hôpital général, y compris l'Hôtel de Bourgogne, dont les comédiens gardaient d'ailleurs la jouissance en payant à l'hôpital le prix de la location 2.
Il ne resta plus rien de la défunte confrérie que l'image des instruments de la Passion sculptés sur la porte de l'hôtel de Bourgogne où l'on pouvait les voir encore à la fin du xviir siècle ^ .
Voici l'acte mortuaire de la Confrérie de la Passion :
1. Voy. Recueil des principaux titres concernant V acquisition de V hôtel de Bourgogne, 1632. Maître Jacques de Fontofty est Fauteur du Beau pasteur^ pastorale en vers.
2 Taillandier, les Confrères de la Passion [Revue rétrospective, t, IV, année 1834, no xii,p. 336).