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Histoire de Paris, Félibien et Lobincau, t. V, p

2. Page 180. Les Remonstrances sont attribuées à Pierre d'Épinac, archevêque de Lyon, ou à Nicolas Roland, conseiller à la cour des monnaies de Paris.

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leur éducation, à leurs traditions. Le parti qu'ils prirent était dès lors le plus sage ; mais d'autre part on pouvait prévoir qu'à la longue on serait choqué de voir le monopole du théâtre entre les mains d'une confrérie d'artisans qui semblait se déclarer elle-même incapable de fournir désormais un auteur ou un acteur \

Les confrères conservaient d'ailleurs la haute administrar tion du théâtre et particulièrement se réservaient le soin de veiller sur leurs privilèges. Mais déjà battus par les Italiens, ils ne luttèrent pas avec plus de succès contre les théâtres forains qui prétendaient jouer librement^ en vertu d'antiques concessions, tout le temps que durait la foire Saint-Germain. Il était traditionnel d'ailleurs que le privilège général des foires était de suspendre pendant leur durée tous les piivLlèges particuliers des corporations. La Confrérie de. la Passion pouvait-elle échapper seule à cette loi ? Le lieutenant civil (par jugement du 3 février 1596) donna raison aux théâtres forains, qu'appuyait d'ailleurs la faveur populaire. Il leur imposa seulement la condition « de payer par chacune année qu'ils joueraient, deux écus aux administrateurs de là Confrérie de la Passion, maîtres de l'hôtel de Bourgogne ». R fallut protéger rilôlel contre l'émotion du peuple, qui, dans sa partialité pour les théâtres de la foire, voulait feire aux confrères un mauvais parti.

Déçus de ce côté, les confrères voulurent tenter de nouveau la fortune par une autre voie ; ils se flattèrent de Fespoir peu sensé qu'ils parviendraient à ressaisir la faveur du public, s'il leur était permis de reprendre le vieux répertoire, sacré des mystères, dont l'arrêt de 1548 avait interdit la représentation. Henri IV leur en accorda la permission par lettres du mois d'avril 1597; mais le Parlement refusad' enregistrer les lettres du Roi, sauf « pour le regard des mystères et jeux profanefr honnestes et licites, sans offenser ni injurier personne.; sans

1. II parait que vers ce temps le chef des confrères portait encore un long habit gris d'une forme assez semblable à celle des vêtements ecclésiastiques. Duport, Vie de Jean d*Angouîême, in-8 (1589^ p. 116; cité par Ed. Yonraiet,. GauUier Garguilley p. 74.

pouvoir jouer les mystères de la Passion de Nostre-Seigneur, ny autres mystères sacrés, ce que laditte Cour leur deffend, suivant TArresi du 17 novembre 154f8, à peine d*amende arbitraire et de privation des dits privilèges* ». L'arrêt est du 28 novembre 4598. Ce fut le Roi qui céda. Le même arrêt garantissait de nouveau le monopole des confrères ; ce qui n'empêcha pas une troupe de comédiens de s'installer, dès Tannée 1600, dans l'hôtel d'Argent, au Marais, et de s'y maintenir, à charge de payer aux confrères un écu tournois, et plus tard trois, par chaque jour de représentation '.

Les comédiens installés à l'Hôtel da Bourgogne ne devaient pas longtemps y vivre en bons termes avec leurs propriétaires \ Quand on peut, en déménageant d'une maison, aller logerdans une autre, la condition de locataire est supportable. Mais en vertu du monopole des confrères, il fallait ou loger et jouer chez eux, ou ne pas jouer du tout. Cette contrainte paraît avoir exaspéré leurs hôtes ; et la chaîne que leur imposaient les confrères dut leur paraître d'autant plus lourde que leur succès était plus grand auprès du public et même de la Cour. A partir de 1611, ils furent autorisés à s'intituler : « Troupe royale des comédiens » . Ce titre acheva de leur faire paraître intolérable leur sujétion vis-à-vis des confrères ; et ils ne tardèrent pas davantage à engager contre eux une guerre acharnée.

1. Uist de Paris, Félibien et Lobineau* t. V» p. 38 et Recueil cité plus haut.

2. Quelques ver»- de Saint'-Amand tendraient à fkire- croire qu'on joua des nystères'.à l'hôtel de. Boungogne au xvii* siècle :

Adieu, bol hostel de Bourgogne, Ou d'une joviale trogne Gaultier, Guillaume et Turlupin Font la figue au plaisant Scapin ; Où« dia-je, mefr petits confrères Estaient leurs bourrus mystères.

{Le Poète crotté, œuvres de Saint-Âmand, éd. Livet, t. I, p, 226). Il me semble que le poète parle ici au figuré ; ces vers sont une allusion et un ressouvenir;

a. Ihr marchàrentt d'accord- une demièra fiu5 dans, le fomeux procès intenté xiu- prince des-SQt& Cetinfiident seca racantô dan» la suite de cet ouvrage. Le 28 janvier 1613 l&parlcment reconnut encore le privilège dés conlVèrcs et enregistra les lettres patentes de décembre 1612, qui maintenaient leur monopole. {Hist. de Paris, Félibien et Lobineau, t.. \, pu. 48»),

Dès 1615, les comédiens de FHôtel de Bourgogne avaient adressé une requête à Louis XIII pour obtenir l'abrogation de la Confrérie « comme inutile, préjudiciable et scandaleuse à la religion, à l'État et au particulier ». Ils proposaient libéralement de donner ses biens aux pauvres et gardaient l'hôtel pour eux. Ils appelaient les confrères « gorges de Diotime * ». Les supprimer, « c'est le vrai moyen de retirer de la débauche tant de malheureux artisans qui, ayant souvent mis femmes et enfans en chemise pour arriver à ces maîtrises où leur vie semble assurée, négligent tout à fait le soin de leur propre famille ». Ils s'exaltaient dans leur réquisitoire jusqu'à écrire :

Cette Coufrairie est du tout préjudiciable aux mœurs et au bien des familles. Aux mœurs, pour autant qu'en elle repose le fondement de la débauche de tous ces prétendus Confrères, les quels despensent inutilement l'argent qu'ils amassent sans peine, et dissipent librement le fonds pour lequel ils n'ont jamais beaucoup sué ; car il est yray qu'ils mangent annuellement entre eux quatre à cinq mille livres qu'ils ont de revenus, à la réserve seulement de ce qu'il faut pour l'entretenement d'une messe tous les dimanches et la quelle s'il est permis de le dire sert de prétexte ou plutôt de rendez-vous pour passer aux débauches tout le reste de la semaine; cependant que la pluspart des femmes et des enfants de ces confrères, à l'imitation de ceux dont parle Jérémie, demandent inutilement du pain pour sustenter leur vie; au reste entre les pots et les tréteaux, Dieu sçait si les escols se passent sans médisances, sans blasphèmes, sans jeux ei sans yvrogneries. Au bien des familles, parce qu'aujourd'hui l'avarice a corrompu les lois et les plus saintes ordonnances en sorte que pour arriver aux maistrises de cette confrairie, il faut faire tant de dépenses, de beuvettes, et de festins, que tous ou la pluspart demeurent incommodez le reste de leur vie.

Celle curieuse requête se termine par ces lignes, qui peignent bien l'esprit aristocratique du temps, et nous font voir les comédiens se piquant eux aussi de noblesse :

Cette confrairie n'a jamais reçu ni produit que de gros artisans, comme on voit par leur institution et dans le contrat d'acquisition de l'Hostel de Bourgogne, quelque vanité qu'ils se donnent par leurs escrip-

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