‹ Les mystèresChapitre 11 sur 115 · Coussemaker, n* VI, p · texte numérisé non relu

Coussemaker, n* VI, p

1 Coussemaker, no VU, p. 109.

jours selon son pouvoir (pro posse suo) vénérait une image du saint cachée chez lui. Ce Juif était riche ; allant à la campagne il laissa saint Nicolas et son image, gardiens de la maison, sans aucune serrure. Cependant des voleurs volèrent tout son avoir. Saint Nicolas un peu après le lui restitua, les voleurs ayant tout rapporté sur Tordre du saint. » L'analyse ne dit pas que le Juif, à son retour, avait, dans sa colère, menacé du fouet la sainte image.

La pièce se termine par les premiers mots de Vintroii de l'une des messes pour le commun des pontifes, ce qui en confirme l'emploi liturgique, bien que le véritable caractère liturgique y fasse défaut.

Hilarius au xii' siècle, a traité d'une façon un peu différente le miracle du Juif volé. 11 substitue d'abord au Juif un Barbare comme nous l'apprend la rubrique qui vient après le titre :

« Jeu sur l'image de saint Nicolas. Pour ce jeu voici les personnages nécessaires : celui du Barbare qui confie à l'image son trésor. Celui de l'image. Quatre ou six larrons. Saint Nicolas. »

Au commencement, le Barbare, ayant mis tout son avoir sous la protection de l'image de saint Nicolas, s'éloigne en disant : « Prends garde de me donner quelque motif de plainte. > Lui parti, les voleurs passent et prennent tout. Le Barbare revient ; il exhale sa fureur en strophes latines de trois vers que suivent deux vers français :

Gravis sors et dura !

Hic reliqui plura Sed sub mala cura !

€ Sort grave et dur ! Ici j'ai laissé force choses, mais sous mauvaise gard«! »

Puis en français :

Des! quel domage.

Qui pert la sue chose pur que n'em*age?

A la quatrième strophe le refrain change, le Barbare montre le poing à l'image :

Mea congregavi, Tibi commendavi, Sed in hoc erravi.

c J'ai rassemblé mon bien, je te l'ai confié, j'ai eu grand tort. »

Et en français :

Ha! Nicolax!

Si ne me rcnt ma chose, tu ol comparras.

— Puis il prend un fouet, et continue :

Ego tibi multum Impendebam cultum :

Non feres inultum.

(A toi je rendais un grand culte; tu ne resteras pas impuni. »

Et en français :

Hore tenci.

Quare me rent ma chose que g'ei mis ci.

Et je suppose qu'en disant ces mots le Barbare frappait l'iroage. Car saint Nicolas apparaissant aux voleurs leur dit :

< J'ai reçu le fouet, ne pouvant rendre ces choses, comme je le devais faire. >

U les menace de les dénoncer, il les force à restituer leur butin. Les voleurs rapportent tout, tant l'apparition les effraye. Le Barbare entonne une hymne de reconnaissance en strophes ^6 quatre vers ; le premier et le troisième sont en latin ; le second et le quatrième qui servent de refrain, sont en français.

Nisi visus fallitur, Jo en ai.

Thésaurus hic cernitur.

De si grant merveile en ai.

Rediere perdita,

Jo en ai.

Nec per mea mérita, De si grant merveile en ai, etc.

^is, se prosternant devant l'image, il dit :

Supplex ad te venio,

NicholaXy Nam per le recipio Tut icei que tu gardas , etc.

Le saint lui apparaît, et lui dit de ne remercier que Dieu seul. Le Barbare, touché, se convertit et se fait chrétien. Car il croyait à saint Nicolas avant de croire en Jésus-Christ.

On le voit; dans cette pièce, ce n'est pas seulement la langue, c'est le goût qui se fait vulgaire. Ne parlons pas ici de foi naïve, et d'heureuse simplicité. N'alléguons pas la candeur des vieux temps; à toute époque, et même au xii* siècle, une page telle que celle que nous venons d'analyser, a toujours renfermé une intention légèrement satirique ou du moins ironique. Un demi-sourire s'y dissimule et s'y sous-entend. Ce n'est pas l'incrédulité ouverte et violente, il s'en faut de beaucoup; mais c'est une manière assez gauloise, ou assez française, de rire avec les choses saintes, même en croyant aux Saints. Si le jeu de l'image saint Nicolas fut célébré dans une église, ou dans un monastère, et tout le donneà penser, ce fut sans doute comme intermède pieux, mais déjà amusant, non comme partie intégrante de la liturgie. On peut dire qu'avec Hilarius le drame liturgique cesse même d'être religieux. La pensée profane se fait jour avec la langue profane. Le théâtre séculier n'est plus seulement en germe, il existe, dépendant encore de l'église, quant à la scène où il se joue et quant au sujet qu'il traite ; affranchi déjà par la manière dont il les traite, et par la liberté dont il use dans le développementdelà légende.

Le quatrième miracle de saint Nicolas est un peu plus développé que les précédents, dans le manuscrit de Saint-Benoîtsur-Loire '. Il est tout en strophes de quatre vers décasyllabiques; et il en renferme quarante-trois; en tout cent soixantedouze vers.

1. Le drame d'Hilarius renferme lit3 vers. Publié par ChampoUion (HUarU versus), Ed. Du Méril {Origines, p. 272). Cf. Histoire littéraire, t. XX, p. 629.

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