‹ Les mystèresChapitre 41 sur 115 · Passion de Greban, édit. 0. Paris, v · texte numérisé non relu

Passion de Greban, édit. 0. Paris, v

Et Dieu premier. Et quant au point, Je dis qu'il ne t'appartient point La femme a ton frère tenir.

Tu te veulx prince maintenir, Tetrarche et de justice chef; Et tendrois pour ung grand meschef S'ung de tes subgès le faisoit.

Ta justice l'en pugniroit, Comme d'ung vice ort et infâme ; Et toi doncques, chef du royalme, Que noblesse doit introduyre, En qui vertus doyvent reluyre Comme en Tor (fait) le dyament, Ton frère n'aymes loyalment, Quand par caulelle ambicieuse • Luy as ravye son espcuze.

Tel cas n'est pas fraternité, Mes plus que bestialité.

Un autre rôle secondaire, mais néanmoins très développé dans les Passions, c'est celui de Marie-Magdeleine. Avec un grand nombre d'interprètes de l'Evangile, non les plus éclairés, il est vrai, nos mystères confondent Marie, sœur de Marthe et de Lazare, avec Marie-Magdeleine, cette femme pécheresse que Jésus délivra des sept démons dont elle était obsédée. Cette confusion, qui remonte à la plus haute ancienneté, ajoute au personnage un intérêt, une variété dont les poètes ont profité pour le développer avec une complaisance particulière.

Arnoul Greban s'est abstenu cependant de peindre les désordres de la Magdeleine avant sa conversion. Au contraire, dans la Passion d'Arras, elle est présentée comme une véritable courtisane; à la vérité, elle ne vend pas ses faveurs :

En amours je dy : fi d'argent.

Il ne fault rien que bel amy.

Hors cette dernière pudeur, elle est tombée au plus bas degré :

A tous je suis habandonnée.

Viengne chacun; n'aye point peur.

... Vecy mon corps que je présente  chacun qui le yeult avoir.

Entretes deux textes, celui de Jean Michel tient pour ainsi dire le milieu; l'auteur a longuement décrit ce qu'il nomme la mondanité de Magdeleine, c'est-à-dire la vie luxueuse et galante qui précéda sa pénitence. Mais Magdeleine dans ce texte est plutôt une coquette qu'une femme perdue. La peinture de cette existence frivole a été plusieurs fois citée comme un morceau justement remarquable. Ainsi ce dialogue de Magdeleine avec ses « damoi selles » ou « chamberières », qui la flattent dans tous ses défauts, est une page vraiment piquante et originale :

MAGDELEINE

Ou fortune donne richesse,

Et nature, belle jeunesse,

Avecques courage de sorte,

Plaisir mondain veult qu'on s*asorle

En touie joyeuse lyesse.

Si j'ay de tous biens a largesse,

Et je tiens estât de princesse...

PASIPHÉE.

Vous avés la vogue et le bruit; On ne parle plus que de vous.

Chacun vous suit, chacun vous rit; Et faictcs bon accueil a tous.

Vostre regart plaisant et doulx Est pour atraire un nouveau monde.

MAGDELEINE

Je puis bien tenir table ronde

Et hanter toutes gens d'honneur;

Car puisqu'on tant de biens (j') habonde

Je n'y puis avoir deshonneur...

Je vueil estre a tout préparée.

Ornée, dyaprée, fardée,

Pour me faire bien regarder.

tt2 LES MYSTÈRES.

f'ASlPHEE.

Dame a nulle autre comparée,

De beauté tant estes parée,

Que n'est besoing de vous farder...

MAGDELEINE

Dressez ces tapis et carreaux, ilcspandez tost ces fines eaux, Les bonnes odeurs par la place.

Jetez tout, vuydez les vaisseaux, Je veuil qu'on me suive a la trace.

Les reproches que Marthe la diligente adresse à sa sœur, et les ripostes piquantes que Magdeleine lui renvoie, forment aussi dans la Passion de Jean Michel une excellente scène de comédie :

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