‹ Les mystèresChapitre 40 sur 115 · Id. id., y · texte numérisé non relu

Id. id., y

iU tES MYSTÈRES.

Qui ung morceau de pain vous donne, Et deussiez vous de fain périr, Nul ne vous ose secourir.

Ciiacun dit huy : « Je le regny, > Pour la doubte d*estre pugny ; Et sont ainsi accouardis Par ces pharisiens maudis Dont riens fors trahison ne vient, Et dont, se la chose parvient Qu'en leurs mains vous soiez livré.

Par qui serez vous délivré ?

Pourra le peuple contredire?

Vous voyez qu'il n'oze mot dire Pour ces pharisiens mauvais.

mon filz, n'y allez jamais, Ne veillez pas habandonner Vostre mère, pour vous donner A ceulx qui vous veullent destruire J. — Ma mère, il me convient conduire Selon l'ordonnance et la rigle A quoy l'escripture me rigle.

Et pour endurer ceste peine, Ay je formé ma char humaine En vostre ventre vénérable, El de ceste gent misérable Ysaie disoit ainsi :

H os filios enutrivi; Ipsi autem spi everunt me !

Dit le prophète prénommé :

J'ay nourri mes enfans assés Puis eslevés, puis exaulcés, Et puis m'ont desprisé en fin. Vous y voiez ce peuple enclin Qui quiert que je soie deffait, Et si convient qu'ainsi soit fait Pour l'humaine redempcion, Et s'il y a dilacion Il n'est ame qui les délivre.

N.-D. — Ja Dieu ne mo laisse tant vivre, Mon cher filz, que je le retarde; Et mesmement quand je regarde Que pour elle a effect mener Vous estes voulu incarner En moy, noble journée feis.

Ja Dieu ne plaise, mon cher filz, Que j*empesche si haultc chose; Mes ce que mon vouloir propose Par la bouche qui est ministre, C'est vraye amour qui l'administre Et dilection si ardente Que nature est insouffisante A ce que reparer l'en puisse.

Filz, c'est raison que j'obeysse Ne je ne répugne jamès A vostre veil, mes m'y soubmès; Mais aussi n'est-il pas licite Que moy, vostre merc petite, Ne devez ung petit oïr Et en aucuns cas obéir, Ou au moins passer ma requeste.

filz tant doulx et tant honneste, Ou amour a mon cueur enté, Voy le ventre qui t'a porté, Voy les mameles en pitié Qui t'ont nourry et alaitié Le temps de ta tendre jeunesse, Et considère ma foiblesse Qui ja résister ne pourroit Au grief dueil qui me survendroit A toy voir la mort endurer.

cueur, y sçarois tu durer?

Te sçaroit constance deffeiidre? Nennil, douleur te fcroit fendre Et départir par le millieu.

très beneuré filz de Dieu, Se ma requeste est opportune, Je quier de quatre choses l'une :

Vous n'avez excusacion.

J. — Faites vostre peticion.

Ma chère mère révérante.

N. I). — Pour ester ceste mort dolante

Qui deux cueurs pour ung occiroit.

Il m'est advis que bon scroit Que sans vostre mort et souffrance Se fist l'humaine délivrance ; Ou que s'il vous convient mourir.

Que ce soit sans peine souffrir; Ou se la peine vous doit nuyre,

Consentez que premier *^ muyre ; Ou s'il fault que mourir vous voyc, Gomme pierre insensible soie.

Filz, humblement vous ay servy :

Si n'ay pas vers vous de servy Chose par quoy doyez débattre A m'ottroier l'un de ces quatre, Car tous sont en vostre puissance.

J. — Ma mère et ma doulce aliance, A qui obeyssance doys, Ne vous desplaise ceste fois S*il fault que je desobeysse Et vostre requeste escondisse :

Ces quatre ne vous puis passer, Non pas Tune ; et devez penser Que Tescripture ne ment point.

Et pour res pondre au premier point Que requérez, que sans mourir Les humains doyve secourir.

Mourir me convient par envyo, En adverissant Ysaie Qui en ses saintismes devis A dit de moy : Sicut ovis Ad occidendum ducitur.

N.-D. — filz, que ce parler m'est dur Et mal savourant a merveille !

J. — 11 dit ainsi : Comme Toueille ' Est mené à Toccision ; 11 fault que l'exécution De la mort sur moy se termine.

Le second point, mère bénigne, Auquel requérez que je muyre Sans peine qui me puisse nuyro.

Force est que ja ne l'obtenez :

Car comme tous ceulx d'Adam nés Ont pesché jusqu'à vous et moy, Je, qui l'humanité reçoy Pour tous les humains délivrer, Doy sur tout mon corps endurer Excessive peine et amere.

Oez Ysaie, ma mère Et vous contentez a ses ditz; Dit il pas : A planta pedis Usque ad verticis metas

Non est in eo sanitas?

Il me dénonce eslre blecié

Tant que de la plante du pié

Jusqu'au cliief en la part haultaine

N'y dcmourra partie saine

Qui n'ait souffrete destresseuze.

N.-D. — dolente raere angoisseuze !

pitié, compacion !

Pourras tu voir tel passion

Sur ton cher filz exécuter ?

dueil incappable a porter,

Quel cueur te sçara soustenir?

J. — Le tiers ne poez obtenir,

Ne jamès permettre ne doy

Que mort vous prengne devant moy,

Car vostre ame fauldroit descendre

La bas, au limbe et moult attendre

En plainte et lamentacion

Jusques a mon ascencion,

Qui seroit chose moult obscure

Et sambleroit que n'eusse cure

De voslre bien et vostre honneur.

Du quart ne puis estre donneur

Non obstant qu'il me fust possible.

C'est que vous feussicz insensible :

Il ne seroit pas pertinent

Que merc, qui si tendrement

Aymé son filz, vist tel pitié

Et son fils a tel mort traictié.

Et de sa dure passion

N'eust en son cueur compassion.

Mes sur ce point vous confortez,

Ma mère, et constamment portez,

Car du dueil de vostre pensée

Serez du tout recompencée

En joie et eimltacion

Après ma résurrection ;

Car alors vous visiteray

Et vostre cueur conforteray

De joye et parfaicte lumière.

N.-D. — Cher filz, quoy que je vous requière.

Pardonnez ma simplicité ;

Puisqu'il est de nécessité,

Vostre bon vouloir en soit fait.

Cet admirable morceau semble appartenir à Greban, sinon dans ridée première, au moins dans le développement qu'il en a tiré *. Jean Michel a réussi, en le conservant, à y ajouter quelques beaux vers, très pathétiques par la forme qu'il leur a donnée, d'un dialogue vivement coupé, entre Jésus inflexible et Marie suppliante, mais résignée.

La Vierge demande à perdre le sentiment pendant le supplice de son fils, Jésus répond :

J. — Ce ne seroit pas voslre honneur

Que vous, raere tant douice et tendre, Veissés vostro vray filz estandre En la croix, et (le) mettre a mort Sans en avoir aucun remori De douleur et compassion.

Et aussi le bon Symeon De voz douleurs proplietiza, Quant entre ses bras m'embrassa, Que le glayve de ma douleur Vous perceroit l'ame et le cueur Par compassion très amere.

^ Pour ce contentés vous, ma mère, Et confortés en Dieu vostre ame.

Soyés forte, car oncques femme Ne souffrit tant que vous ferés ; Mais en souffrant meriterés La laureole du marlire...

N.-I). — Au moins veuilles, de vostre grâce, Mourir de mort brefve et legiere.

J. — Je mourray de mort très amere, N.-D. — Non pas fort villayne et honteuse.

J. — Mais très fort ignominieuse.

N.-D. — Doncques bien loing, s'il est permis,

J. — Au milieu de tous mes amvs.

N.-D. — Soit doncques de nuyt, je vous pry.

J. — Mes en plaine heure de midy.

N.-D. — Mourés donc comme les barons.

J. — Je mourrai entre deux larrons.

N.-D. — Que ce soit soubz terre et sans voix.

1. Collo belle scène S3 retrouve dans toutes les Passions, môms dans les textes bre'.ons. Voy. la Villeniarqaé, \e Grand Mystère de Jésus.

CYCLES DRAMATIQUES. iU

J. — Ce sera hault pendu en croix.

N.-D. — Vous serez au moins revestu.

J. — Je seray ataché tout nu.

N.-D. — Attendes Taage de viellesse.

J. — En la force de ma jeunesse.

N.-D — C'est très ardente charité ; Mes pour l'onneur d'umanité Ne soit vostre sanc respendu. J. — Je seray tiré et tendu,

Tant qu'on nombrera tous mes os ; Et dessus tout mon humain dos Forgeront pécheurs de mal plains.

Puis fouyront et piez et mains De fosses et playes très grandes.

N.-D. — A mes maternelles demandes

Ne donnés que responces dures.

J. — Accomplir fault les escriptures.

Malgré la réelle beauté du morceau qu'on vient de lire, il reste vrai que les caractères secondaires, dans les diverses rédactions de la PassioUy sont souvent tracés avec plus de mouvement et de vie, et offrent plus d'intérêt que le personnage ' principal. Ainsi le rôle de Jean-Bapliste a de belles parties, I Le discours qu'il adresse (dans Greban) au roi Hérode, pour lui reprocher publiquement l'adultère qu'il commet en vivant avec Hérodiade, femme de son frère, est un morceau excellent et vivement écrit \

En supposant, mais sans preuves, que le fond au moins du texte de la Passion des premiers confrères de 1402, avait passé traditionnellement à Greban, l'on a cru voir dans ce discours une allusion hardie aux désordres de Louis d'Orléans et d'Isabeau de Bavière, sa belle-sœur. C'est une hypothèse ingénieuse, mais que rien n'appuie.

Cher sire.. Dieu vous doiiit sa grâce!

Je viens a vostre tribunal, Pour vous remonstror aucun mal Ou vostre parsonne prétend, Dont vostre peuple est mal content,

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