RUBEN
Scés tu point cette chansonnette :
Et Dieu te doint bon jour y Jenette Du temps de babasan parolles (?)
JOSEPH
J*ay veu que je tenoye escolles; Mais j'ay pieça tout oublié.
Puis voulant avancer, ils se rencontrent, ils se heurtent, s'injurient et se battent, à la grande joie des spectateurs. Le moyen âge nous choque souvent par des légèretés de te sorte. Cette époque, familiarisée par un long usage avec scènes violentes ou cruelles, en étalait sur son théâtre ite l'horreur sans respect pour le sang versé. Ainsi, dans le ^stère de SainteMarguerite, à travers une pièce ensanglantée p le supplice renaissant, prolongé, affreusement barbare de
celte jeune Vierge, on soufire à entendre les bouffonneries et les quiproquos d'un laboureur sourd et stupide. Les plaisanteries que les tyrans ou bourreaux, selon une tradition sinistre, prodiguent à leurs victimes durant la longue durée d'un supplice interminable, nous paraissent aussi fastidieuses qu'elle« paraissaient sans doute amusantes au public du xv' siècle. On aurait moins multiplié ces sauvageries 3i l'on n'avait vu là un moyen assuré de succès. Le poète donne à ces coquins des noms pittoresques, qui sont déjà comiques par eux-mêmes. Ils s'appellent Hapelopin, Masquebignet, Humebrouet, Menjumatin, etc. Le bourreau qui décapite saint Paul ne manque pas de lui adresser, en abaissant sa hache, la plaisanterie traditionnelle : a Je vais te faire cardinal, » par une allusion si* nistre au chapeau rouge. Les bons mots de ce genre sont prodigués dans tous les mystères. Non seulement les détails des tortures infligées aux martyrs y sont étalés avec une complaisance rebutante, mais tout l'art du machiniste était employé pour donner au suppHce une apparence de réalité*.
Dans certains mystères telle est l'importance du bourreau, qu'il apparaît comme le héros du drame. Nous avons dit plus haut que dans les Actes des Apôtres le même bourreau, Daru, se transporte dans toutes les parties du monde pour décapiter, pendre ou crucifier successivement tous les apôtres. Ainsi que l'esprit du mal, il a le don d'ubiquité, en même temps que son langage vulgaire lui conserve une réahté sinistre. Lui-même se présente ainsi :
Bon pendeur et bon escorcheur, Bien bruslant homme, bon trencheur De testes pour bailler es fours ; Trayner, battre par quarrefours.
^ie double que meilleur s'appere.
Le sire grant de mon grant père Fut pendu d'un joly cordeau :
Ma grant mère fut au bordeau, S'esgallant, et menant grant chère;
1. Martyres de Saint Denis, de Sainte Marguerite, de Saint Laurent, etc. Voy. ch. XI : la Mise en scène.
La superlative sorcière Dont OA ouyt jamais parler, Pour petis enfonts estrangler.
Mon père fut tout vif bruslé, Et mon frère fut décollé, Et enfouy son aisné Glz.
En terre la fosse luy fis.
Et sur le ventre lui sailly.
Mon autre frère fut bouilly Pour ouvrer de faulse monnoye ; Et pour ce cas la je venoye Assavoir s'on avoit mestier Du meilleur ministre au mestier, Qui soit en ma chair occupée.
Or ça, regardez mon espée.
Cordes, fouets et grésillons.
J'enrage que nous n'assaillons Quelque meschant a ma venue*.
Ainsi le moyen âge ne craignait pas de tourner au comique, au moins à demi, des situations dont aujourd'hui nous ne pourrions supporter l'horreur. Mais l'époque, sans être plus méchante qu'une autre, était dure à la souffrance et peu accessible à la pitié. Nous ferons la même remarque en étudiant le théâtre des farces. Souvent l'on y rit à gorge déployée de bien des choses qui de nos jours seraient mises en scène pournous tirer des pleurs. Cette facilité à rire des misères de l'homme, le moyen âge l'a transmise, adoucie, mais non diminuée, d'abord à la Renaissance (elle nous frappe dans Rabelais), ensuite au xvii* siècle. Il y a chez Molière, il y a chez Regnard des situations comiques qui sur la scène, dans notre siècle, deviendraient purement pathétiques. Est-ce à dire que nos cœurs soient plus sensibles, ou notre sensibilité plus emphatique?
Une distinction reste à faire. Si le comique abonde dans tous les mystères, il n'est pas partout prodigué de la même façon. Quelquefois il semble semé au hasard, à travers les situations les plus sérieuses et les plus touchantes, et jusque dans les discours des personnages les plus augustes. Plus sou-