LE JOUEUR DE HARPE
Et, Monseigneur, et escoulez L'esbatemmil, je tous en prie .
ZARDAIN.
Par ma foy c'est grant mélodie 1 N'y prenez vous pas grant plaisir A ces deux compagnons ouïr Qui en tel liesse vous tiengnent?
LE POVRE
Je perçoy des seigneurs qui viengnent.
Helas ! pourraî-j« rien a^oir?
Me donrez vous de fostre avoir.
Pour avoir ma poudre pitance ?
Car je n'ay quelque sowtena&ca Dont je me puisse soubztenter.
LE COMTE GREC
Taisez vous, et laissez passer Monseigneur, et ne dites mot.
LE POVRE
Et y a il dangier qu'il m'ot ?
Ne vous desplaise, bonnes gens.
JOSAPhAt.
F*aites laire ces instrumens.
Quel chose demande il, Zardain?
LE POVftE.
Monseigneur, je me meurs de faift, En demandant ma pouvre TÎe.
Car seurement je ne puis mye Assembler im povre demer,
S'il plaist Dieu de m'en envoyer.
Je fusse bien a luy tenu.
JOSAPHAT
Et comment? de quoy te vis tu?
Qui te donne ce qu'il te fault?
LE POVRE
Monseigneur, demander me fault A chacun que je voy passer.
Mon mal ne pousse supporter, Sinon que tous jours entens dire Que le corps qui souffre martire Et tribulacion et paine En la pouvre vie mondaine, Que c'est pour l'ame sauvement.
LE DUC ÉGYPTIEN
El, Monseigneur, venez vous ent.
C'est grant folie d'escouter
Ce paillard la ainsy parler.
Et quel chose en voulez vous faire ?
LE POVRE
(Si) je soulois du grobis faire, Tant bien que toy, croy sans doubtance.
Mais puis que perdy ma chevance, Suys ainssi paillart devenu.
JOSAPHAT
Et comment l'avez vous perdu, Mon amy? je le veulx savoir.
LE POVRE
Helas ! Monseigneur, le feu fu Qui me fîst ma maison ardoir, Lors perdy richesse et avoir.
Car le feu touz mes biens brulla.
Femme et enfans, et mon manoir, Tant que rien ne me demeura.
JOSAPHAT
Et comment pert-on âinssi la
Ces biens ? c'est meschamment gardé !
LE POVRE
Il n'y a point de seurcté
En ce pouvre siècle mondain,
Aussi peu qu'a serrer la main.
Un seigneur, et fust fils de Roy,
Perdra son hostel et conroy,
Et sera tout son bien gasté.
Il n'y a que la vollonté
De Dieu qui tout peut gouverner.
LE COMTE GREC
Monseigneur, il vous fault lever; Car nous ne vous lairrons plus cy.
JOSAPHAT
Or, mon amy, tenez cecy.
Il me desplaist que ne puis estre Assés longuement en cest estre Pour avecques vous deviser.
LE POVRE
Vous n'y pourriez rien proufîter, Car je n'ay rien, sinon des pouz Qui me mangeront jusqu'aux ouz.
Je n'ay nulle autre nourriture.
LE DUC ÉGYPTIEN
Sus, seigneurs, mettez vostre cure.
De jouer gracieusement.
N'esse pas grant esbatement.
Monseigneur, dites vérité ?
JOSAPHAT
Si est, qui l'a accoustuiûé, Mais je n'en ouy jamais point, Et pour ce, il ne me plaist point, Jusques que j'en seray appris.
W L£^ MYSTfiRR».
LE VIEL HOMME A DEUX POTENCES (béquilles).
A yiellesse, quant tu m'as pris,
Tu m'as bien mis a pou?reté.
A viellesse, tu m'as osté
Toute ma joye, et mon soûlas.
Hé las, viellesse, hé las bé laS|
Oy comment mon corps se coroplaint,
JOtAPHAT.
Qu'esse donc cest homme se plaint?
Mais venez ça, mon amy, qu'çsse?
LE VIEL HOMME
Que c'est, Monseigneur, c'est viellesse, Qui m'a si lonituement chassé Qu'elle m'a enfin attaché.
Dirai vous, ce sont mes raisons.
Si ne fussent mes deux bastons, Soustenir je ne me pourroie.
Par elle, s'esloigne ma joie, Par elle fine ma liesse.
JOSAPHAT
Et quel chose esse de viellesse?
S'il vous plaist, vous le me direg.
LE VIEL HOMME
A, mon enfant, vous le sarez, Tant vostre temps se passera.
Pas tousjours jeune ne serez Ja n'est besoing de presser la.
Quant nature s'affoiblira, Que mettez peine de nourrir, Vostre charogne en viellira Et ne vous pourrez soustenir.
JOSAPHAT
Or le me comptez sana mentirj Quel chose charogne nommejSf
LE STYLE ET LA VERilPICATION. 907
LE VIEL HOMME
Mon enfant, pour tous advertir.
C'est la chose que vous avez
Que tant tendrement soustenez.
Dont enfin en gerex trompé.
Car garde vous ne vous donrez,
Quant de mort attrapé serez '.
Savoir devez que nous sommes formez Tant seulement du limon de la terre.
Et qui vouroit de notre vie enquerre, (]e n'est sinon meschance et pouvreté.
En quelque terme vous mourriez,
En la fin vous fault enviellir.
JOSAPHAT
Ung nouveau porpoz me comptez; Et quel chose esse de mourir?
LE VIEL HOMME
C'est le point ou chacun venir Convienra en fin de sa vie.
Du corps fait Dieu l'ame partir, Puis s'elle a mal fait, est pugnie.
JOSAPHAT
Et conunent ? pugnir, quesse a diro ?
Qui esse qui la pugnira ?
LE VIEL HOMME
C'est Dieu en ly donnant martire.
Selon ce que mesfait ara.
Sachez que tout enviellira, Mort ou vif, par cours de nature.
Savoir dois que cbascun mourra Et tournera en pourriture.
Les grants n'y ont point davantatgo Leur trésor ni leur granl bagaige, Mon bel enfant, m'entendez- vous?
A mort fault paicr le trcvaige,