LES JOUEURS
A vostre plaisir.
JOSAPHAT
£t comment me fault-il mourir?
Et comment, mort, m*occirras-lu?
On voit qu'il y a dans les mystères des développements entiers et même d'une certaine longueur, dont le style est suffisant; on pourrait dire fort bon. Nous citerons encore quelques vers empruntés d'un autre mystère plus ancien d'un quart de siècle environ, le Viel Testament; nous les choisirons dans l'épisode d'Esther; c'est la plus ancienne entre les pièces nombreuses qui furent à diverses reprises composées sur ce sujet touchant. On trouvera quelque intérêt peut-être à rapprocher plusieurs vers de Racine des vers du poète anonyme qui exprima deux cent quarante ans avant Racine les mêmes idées ou des idées analogues. Ce n'est pas que ce parallèle suppose une influence même éloignée du mystère sur la tragédie. Racine n'avait jamais lu, il ignorait absolument le Viel Testament. Mais il n'est pas inutile de montrer comment le moyen âge, avec des procédés de style très différents de ceux du xvii* siècle, ou plutôt sans aucun procédé de style, atteignait quelquefois à un certain bonheur d'expression.
Esther, pressée par Mardochée d'intercéder en faveur des Juifs, lui répond :
Gomment ay-je Tintencion Et le vouloir du roy es mains?
Ha! nenny. Mon peuple je plains; Mais je n'y sçauroie que faire.
Se le vueil du roy Assuaire Est nous vouloir faire mourir, Je n'y vueil point désobéir.
Mais endurer mort la première.
Les mêmes hésitations troublent la reine chez Racine.
Hélas! ignorez-vous quelles sévères lois Aux timides mortels cachent ici les rois?
Mais, quand sa résolution est prise, elle oublie toute crainte :
Contente de périr, s'il faut que je périsse, Jlrai pour mon pays m'offrir en sacrifice.
Dans la tragédie cependant, elle s'évanouit en abordant Assuérus. Dans le mystère elle est plus ferme :
A toy, puissant roy Âssuaire, Je rens honneur et révérence.
— Hester très humble et débonnaire, Moult me plaist ton obéissance. En signe d*amour et clémence, Sur toy, par fait especial, J'estens par grant begnivolleuce Ma verge, mon ceptre royal.
Que quiers tu a propos final?
Demande ce que tu vouldras, Humble Hester, de moy l'obtiendras, Fust la my part de mon royaulme.
Ton humilité en mon ame Me plaist par dessus autre chose.
Se tu veuli rien, requiers, propose; Faire tu le peux seurement*.
L'orgueil enragé d*Aman est exprimé dans le mystèi*ô avec beaucoup d*énergie et de vérité :
Ravy je me sens a demy
Que mon orgueilleux ennemy,
Mardochée, je pugniray I
Je t'auray, vieillart, je t'auray !
Ne m'as tu daigné faire honneur?
Et il n'y a si grant seigneur
Qui ne me le face....*
Je vous auray, très flere gent !
Je vous auray, despit comment,
Je vous auray ! Pour l'amour d'ung,
Vous en serés trestous pugnis !