A SON ALTESSE LE PRINCE KABARDINSKI
Daigne , Ô Kabardinski! daigne agréer l'hommage D’un rimeur sans éclat, mais vrai dans son langage, Qui toujours méprisa le vil adulateur,
Et du vice insolent fut le persécuteur ;
Qui préféra le pauvre, honnête en sa misère, Vertueux citoyen, tendre époux et bon père,
Au grand enorgueilli, qui voit linfortuné
D'un œil indifférent au malheur condamné ;
A cet épais Midas, qui, fier de ses richesses,
Ne prodigue son or qu’à d’infâmes maîtresses ;
Au philosophe altier, dont le système affreux Méconnoit tout, jusqu'à l’existence des dieux ;
Au poëête sans mœurs ‘dont la muse fangeuse
Ne trempe ses pinceaux que dans une eau bourbeuse ; A ce magnétiseur qui veut, avec les doigts,
De Celse et.de Galien surpasser les exploits ;
A cet auteur rongé des serpents de l’envie,
Qui respire la rage avec la jalousie,
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S'il me falloit chanter ce peuple d’avortons,
Ma Muse briseroit aussitôt ses crayons.
Mais pour toi, prince aimable , alors que je te Joue, Minerve m’applaudit, la Vérité m’avoue.
Né d’antiques aïeux, frère d’Héraclius,
Mais bien plus grand encor par tes propres vertus, Qu'il m’est doux de vanter ton nom et ta naissance, Ta magnanimité, ta noble bienfaisance !
Qu’il m’est doux, en t’offrant mon respect et mes vœux, De pouvoir célébrer tes destins glorieux !
D’apprendre à l’univers que du Nord l’héroiïne,
Que la terreur du Turc, lillustre Catherine,
Voit en Kabardinski son ami, son soutien,
Le père du soldat, comme du citoyen.
Cette auguste amitié est un éloge insigne :
On ne peut l’obtenir à moins qu’on n’en soit digne. Mais quand la Vérité dirige mon pinceau,
Quand le feu qui m’anime est pris à son flambeau, Je vois, parmi les faits qui forment ton histoire, Des faits que nos neveux pourront à peine croire, Lorsque Clio dira, dans la suite des temps,
Que ton épouse un jour te donna cinq enfants, Cinq mâles, pleins de vie, et que leur souveraine Alors de chacun d’eux a fait un capitaine.
Quaud, par un monument des peuples révéré,
Ce prodige inoui deviendra consacré,
En admirant un trait si rare et si fameux,
L'on marquera ta place au rang des demi-dieux.
Tu réaliseras tous les exploits d’Hercule. .
Puisse, dans l'avenir, ce trop foible opuscule Prolonger sa durée, à l’abri de ton nom!
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Puisse-t-il, avoué du dieu de l’Hélicon, Près de toi reposer au temple de Mémoire !
Un sort aussi flatteur suffiroit à ma gloire, Le C..., à Abbeville.
A MMe de Laun‘", rue Croix-des-Petis- Champs, à Paris (3).
Nancy, le 4 novembre 1785.
Des circonstances particulières, madame, viennent de m’amener deux nièces àgées de quinze et de dix-sept ans. La première est tout à fait neuve ; la seconde n’a -eu qu’une faiblesse avec un capitaine de hussards au service de l’empereur; cette première inconduite luia fait perdre la tête et abandonner précipitamment la maison paternelle ; elle a persuadé à sa sœur de accompagner; celle-ci s’y est déterminée d’autant plus aisément qu’elle était fort gènée chez ses parents, et que son cœur lui parloit déjà assez haut. Quant à moi, que différents événements ont forcé de quitter mon pays (Philisbourg en Alle- S