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magie éternelle ; la Science à ceux de l'esprit : de là sa force invincible. La lutte entre ces deux puissances crée donc en Thumanité présente un tourment douloureux. « Et la pauvre Psyché ayant perdu ses ailes gémit et soupire étrangement au fond de ceux-là même qui l'insultent et la nient. »
La conciliation n'est-elle point possible entre la Religion et la Science, pour la paix des esprits et des cœurs? Oui, si les hommes savent se réfugier dans la conception d'un Idéal, d'une Vérité supérieure. Cet Idéal, cette Vérité, se trouve dans unésotérisme que lesthéosophes de tous les siècles ont connu, que les ^ grands initiés », Rama, Krishna, Boudha, Hermès, Moïse» Orphée, Pythagore, Jésus, ont plus profondément pénétré et révélé, auquel enfin chacun de nous peut atteindre par une initiation intérieure.
Toute religion, en effet, a son histoire extérieure et son histoire intérieure. L'histoire extérieure est l'ensemble des dogmes et des mythes enseignés publiquement dans les temples et les écoles, ou manifestés par des rites. L'histoire intérieure est l'ensemble des doctrines secrètes, des sciences profondes, dont quelques élus seulement découvrent le mystère. <( Elle se passe dans le fond des temples, dans les confréries secrètes, et ses drames les plus saisissants se déroulent tout
entiers dans l'âme des grands prophètes qui n'ont Confié à aucun parchemin ni à aucun disciple leurs crises suprêmes, leurs extases divines. H faut la deviner. Mais une fois qu'on la voit, elle apparaît lumineuse, organique, toujours en harmonie avec elle-même. On pourrait aussi l'appeler l'histoire de la religion étemelle et universelle. j^-Et certes, ce qu'on aperçoit des apparences, des formes religieuses, ne ressemble guère à ces arcanes sacrés. Les religions particulières sont 4k>uvent une étrange déformation de la Religion universelle.
Celle-ci est une, continue, indéfectible. Fait bieii remarquable, tous les prophètes et réformateurs, de la plus haute antiquité à nos jours, de Rama à Jésus, se sont rencontrés dans l'affirmàtidn d'un même fonds de savoir ou de croyances qui constitue une sorte de philosophie étemelle, ^^mV qua^m pbiîosopbta. Par la même voie de l'initiation intérieure, ils sont parvenus à des conclusions identiques en ce qui touche aux plus graves inquiétudes de l'âme humaine. Ils ont fonhé vraiment une doctrine où se trouvent énoncées les vérités premières et dernières, les Idées immuables. Or ceuxf-là furent les plus grands sages, de formidables éveilleurs d'esprits, de puissants rédempteurs. Ou la vérité ne fut jamais accessible àThomme, ou bien ceux-là durent la posséder dans' une large mesuré.
En cette 4octrine ésotérique, en cette vérité conquise par les meilleurs de rhumaxiité, Taccord peut se faire, d'après l'auteur des Grands Initiés, entre la Religion et la Science. Et il formule les principes esiseatiels doTésotérisme, pour montrer ensuite que les diverses sdences modernes <n tendent involontaii)ement, mais r d'autant plus sûrement à revenir aux données de l'ancienne théo Sophie », Cela est à voir. .
Voici d'abord le credo ésotérique :
L'esprit est la seule réalité. L^ matière n'e^tque son expression inférieure, changeftntç, éphémèi;e, son dynamisme dans l'espace et le tQmps. — La, ^ création, est éternelle et continue comip/ç }a vie^ — Le mic^ocosm^ homme est, par sa constitution ternaire: esprit, âme et corps, l'image et le ipiroir du raacrocosnie-univers : monde divin, humain et naturel, qui est lui-même l'organe du Dieu ineffable, de l'Esprit absolu, lequel est par sa nature : Père, Mère et Fils (essence, substance et vie). — Voilà pourquoi l'homme, image de Dieu, peut devenir son verbe vivant. La gnose ou la mystique rationnelle de tous les temps est l'art de trouver Dieu en soi en développant les profondeurs occultes, les facultés latentes de la conscience. — L'âme humaine, l'individualité est immortelle par essence. Son développement a lieu sur un plan tour à tour descendant et
ascendant, par des existences alternativement spirituelles et corporelles. — La réincarnation est la loi de son évolution. Parvenue à sa perfection, elle y échappe et retourne à l'Esprit pur, à Dieu dans la plénitude de sa conscience. De même que l'âme s'élève au-dessus de la loi du combat pour la vie lorsqu'elle prend côn^dkbce de son Hunfiatkité, de même elle s'élève aundessus de la loi de la réincarnation lorsqu'elle prend conscience de sa divinité.
Et maintenant 11 est à remarquer que l'idée de force, substituée par la science à l'idée de matière, e?St tout simplement un rétour au dynamisme sJ3iritualiste de l'antique théosdphie. De même la théorie de l'éther vibratoire, par laquelle on explique la lumière, réledtricité, le maignétishie, est un retour à la notion théosophiquc de 1 âme du mbnde. Darwin n'a ftiit tjué revenir aux idées de p3^hagore sur « l'homme jparéfit-dei'aftîmal )> et il a 'repris, en déterminant les lois inSthimentaires auxquelles obéit la nature, là conception des théosophes qui ont admis l'intervention d'urte force intellectuelle iet animique daÂs le monde ôrgaïiiéé.' La psycholc^e explérinrentale, en s'aidant dé toutes Ws recherches physiôfogiques sûr le magtlétômé âhlrfial, sur le somnanbulîsmè et sur tou^ les états dé l*âfift différents de la veille; depuh le sommeil lucide jifsqu'à
l'extase, a risqué quelques explorations en un domaine où la science des temples antiques se dirigeait en pleine clarté : du moins elle a rouvert la porte de l'Invisible. Et enfin la psychologie générale qui s'exprime par la poésie, la musique, la littérature, est toute traversée d'un ésotérisme inconscient : car c'est de résotérisme, l'aspiration toujours plus généreuse de nos artistes à la vie spirituelle, à l'invisible au-delà, et parfois une intuition étrange qui leur fait formuler des vérités transcendantes dépassant les systèmes admis par leur raison ou contredisant leurs opinions de surface. Toutes ces conquêtes de lumière ne sont que des fulgurations de la conscience ésotérique. Les savants, au bout du compte, sont quelque peu des théosophes. « La science et l'esprit moderne se préparent sans le savoir à une r^ constitution de l'antique théosophie avec des instruments plus précis et sur une base plus solide. » Qui donc nous parlerait encore d'un grave conflit entre la Science et la Religion ? Elles doivent ne plus faire qu'une vérité dans la théosophie éternelle.
A vrai dire, combien une pareille solution serait belle dans sa simplicité ! Et comme on voudrait y croire ! Mais une méfiance s'élève en l'esprit contre ce qui est trop simple, et contre ce que l'imagination semble bien avoir arrangé trop à son gré. La Religion et la Science
dont il s'agit dans raccommodant système d'Edouard Schuré ne sont point la Religion et la Science telles qu'elles se sont trouvées aux prises au cours de ce siècle. A Tune et à l'autre on demande de n'être plus ellemême, de renoncer d'abord à ses prétentions actuelles, de s'élever à un état idéal, et on les met ensuite d'accord. Or, il est bien sûr que la Religion idéale, et la Science puisqu'elles doivent pareillement atteindre la vérité absolue, ne sauraient se contredire jusqu'au dernier ternie et qu'elles sont destinées, au contraire, à se rapprocher par de longs progrès. Si donc leur conciliation, par l'ésotérisme n'est qu'un espoir à très lointaine échéance, passe encore. Mais pour l'heure présente, la difficulté n'est point résolue. Et qu'importe qu'elle ne le soit que dans un avenir indéfini ?
Eh I bien, oui, cela importe beaucoup. Ou même la solution dans l'avenir est peut-être la seule par tous acceptable. C'est en concevant la Religion et la Science non point comme une dogmatique et une certitude défitives, arrêtées, immuables, mais comme succeptibles ou d'une interprétation, ou d'un développement sans cesse progressif, que l'on peut se représenter leur marche séparée vers la vérité unique et finalement leur rencontre possible en cette vérité. Celui-là seul est religieux au sens philosophique du mot, a-t-on dit, qui
Alors les hommes et les choses, proches ou lointaines, lui apparaissaient comme transparentes dans leur essence intime. Il lisait les pensées, il voyait les âmes. Puis, il apercevait dans son souvenir, comme à travers un voile léger, des êtres divinement beaux et radieux penchés sur lui ou rassemblés dans radoration d'une lumière éblouissante. Des visions merveilleuses hantaî^it son sommeil ou s'interposaient entre lui et la réalité, par un véritable dédoublement de sa conscience. Au sommet de ces extases, qui l'entraînaient de zone en zone, comme vers d'autres cieux, il se sentait parfois attiré par une lumière fulgurante, puis immergé dtns un soleil incandescent. f> Cette définition par panphrase est bien ce qu'on peut dire de plus littéraire, de plus poétique, sur l'initiation mystique. Mais, par tant de poésie précisément on juge que l'écrivain était fort embarrassé d'en définir rigoureusement la vraie nature. Ce n'est point sa faute. L'initiation, a vrai dire, échapi>e à toute claire conscience. Son hypothèse même est sans preuve, son fait est sans observation possible. Elle ri'a de valeur que par le sentiment que quelques-uns prétendent en avoir, et qui semble demeurer toujours confus. On ne saurait fonder sur elle un système général des connaissances.
Ce qui se devine bien, en tout cas, c'est qu'elle doit
être soumise à tous les caprices du sens individuel. Elle erre dans le domaine de la fantaisie pure. L'illuminisme, les folies visionnaires guettent les prétendus initiés. La magie naïve ou fmassi^re s'en mêle aussi. Point de règle, point de norme de la vérité révélée. L'ésotérisme n'est plus qu'un amas d'intuitions confuses.
Et encore, d'après les philosophes, « la religion a dû se développer lentement, suivant des lois régulières et universelles ; elle doit tirer son origine d'idées simples et vagues, accessibles aux intelligences les plus primitives. C'est de là qu'elle a dû s'élever, par une évolution graduelle, aux conceptions très complexes et très précises qui la caractérisent aujourd'hui. Les religions ont beau se croire immuables, elles ont toutes été emportées à leur insu par l'évolution universelle. » Cette loi inéluctable de l'évolution ne semble guère conciliable avec les fulgurations de l'initiation intérieure. Ou bien, si Ton peut imaginer dans l'humanité une sorte d'initiation successive qui serait une évolution, encore faudrait-il, pour que la doctrine ésotérique eût quelque enchaînement et quelque unité, qu'elle se développât à travers une suite continue de générations et qu'elle ne dépendit point de la diversité des pays, de la diversite des influences historiques ou prophétiques.
Le credo ésotérique, enfin, n'est point si simple qu'il puisse rallier tous les esprits. La constitution ternaire de rhomme, qui serait esprit, âme et corps, n'est point une de ces affirmations auxquelles irrésistiblement 00 se rende. Et pas davantage la théorie de la réincarnation. Proposer pour terme de rencontre à la Religion et à la Science un ensemble de si exceptionnelles rêv^ ries théosophiques ne va pas sans quelque ingénuité.
Il est donc permis de penser avec M. Henry Bérenger, qui dans son très vigoureux et très éloquent livre, V Aristocratie intellectuelle, a rendu un noble hommage à Edouard Schuré, que Tœuvre de ce vrai maître est pourtant « trop mystique )», et qu' « elle ne se dégage pis assez des croyances surannées qui gâtent aujourd'hui encore le sentiment religieux et prolongent son désaccord avec l'esprit scientifique. » Les nouvelles philosophies religieuses ont fait vieillir les théosophies diverses autant que la science a fait vieillir l'alchimie ou l'astrologie. Les théosophes nous paraissent aussi puérils que les alchimistes ou les astrologues. Et s'il faut que quelques âmes, crédules par leur naturel et mystiques par fatalité, se réfugient dans la nébulosité ésotérique, nous n'avons qu'a nous apitoyer, largement tolérants, mais non sans regretter qu'un grand esprit soit entraîné à leur suite, puis réclamé comme leur guide, et finisse
par s'égarer en la déplorable ou risible séquelle des pontifes d'occultisme, des mages chanteurs, des« fumistes» isiaques ou chakiéens, des Mme Blavatzky, des colonel Olcott, des Apnie Besant, des Anna Kingsford, des Eliphas Lévi, des Papus, des Mathew Arnold, des Albert Jhouney première manière, des de Guaita, — et autres 4( blaguologues ».
Maïs la fthéosophie n'est point, Dieu merci, toute la pensée d'Edouard Schu^^é. Une conception idéaliste du monde et de la vie, au travers de l'obscur embarras de l'ésotérisme, se dégage magnifique de l'ensemble de son œuvre. Le penseur et l'idéaliste nous font pardonner le théosophe.
Il y a un univers spirituel dont l'univers sensible n'est que l'apparence, une force inconsciente qui sans cesse, par des efforts infinis, aspire à la vie harmonieuse et consciente. Dans le monde une âme est diffuse, qui perpétuellement s'en délivre, allant de la matière à l'es- . prit, de la nature au génie, de l'inconscience à la conscience. Cette âme nous enveloppe, nous pénètre, vient éclore, pour ainsi dire, au fond de notre être comme parmi les diverses races et les divers peuples de l'humanité. C'est elle qui nous fa^t vivre, et penser, et agir; c'est elle qui vit, et pense, et agit en nous. Les lég«nde$» les mytiies, les religions, l'art, la philosophie.
en sont l'expansion et comme l'épanouissement ssblhne. « Car l'âme est la partie divine, le foyer inspinteur de l'homme. Et comme les hommes, les poipks ont une âme. Qu'elle s'obscurcisse et s'éteigne, le peuple dégénère et meurt ; qu'elle s'allume et brille de toute sa lumière, et il accomplira sa mission dans le monde. Or, pour qu'un homme ou un peuple remplisse sa mission, il faut que son âme arrive à la plénitude de sa conscience, à l'entière possession d'elle-même. » Et c'est ainsi que cet idéalisme, ou plus exactement encore ce spiritualisme évolutif, touche aux confins delà plus haute moralité.
Edouard Schuré s'est toujours dirigé par cette foieo .l'âme de l'univers. Il a cherché avec une religieuse aideur les révélations de l'âme en son être propre, dans la conscience ou le génie de l'humanité, et surtout dans rintuition des héros mystiques, de ceux qu'il appelle les <ii grands initiés ». Chaque fois il a dit sa découverte avec le lyrisme des poètes et des prophètes. Oui, il y a du prophétisme en son œuvre. Les « petits critiques • ont bien pu le prétendre. Mais ce n'est point le prophétisme vide, aux sonorités retentissantes, de tels annonciateurs qui majestueusement profèrent des oracles sans pensée et des élévations sans fondement philosophique. C'est, au contraire, la parole généreuse d'un
inspiré qu'exalte le désir pieux de réveiller au fond des cœurs le culte multiple et divers de la Psyché éternelle, et dont l'inspiration est faite de tous les frémissements de vie intellectuelle ou religieuse surpris dans Tâme de l'humanité passée comme de l'humanité présente. Des livres tels que Mélidona, l'Histoire du Lied, les Grands Initiés, la yie mystique, les Grandes Légendes de France, en même temps qu'ils sont, par leur richesse poétique, l'ampleur et la noblese des images, le mouvement, le rythme et l'ondulante éloquence, des chefs-d*œuvre de style, — car M. Schuré est vraiment un des grands écrivains de ce temps, — valent par la vigueur d'une pensée très personnelle, par l'abondance et la particu- • larité, sinon la sûreté absolue de l'érudition, par une sorte de « voyance » enfin et de divination du symbolisme religieux.
Et 'il faut mettre à part le Drame musical, l'œuvre la plus durable d'Edouard Schuré. Car la théorie du drame, dont la donnée doit être prise dans la légende, dans le mythe religieux ou populaire, et qui doit s'exprimer à la fois par la poésie et par la musique, y est établie avec une telle pénétration critique, et avec une telle science historique, que ce n'est point exagérer, je crois, de compter cette œuvre parmi les monuments qui resteront de l'esthétique contemporaine. Le génie de Richard
Wagner, surtout, y est analysé et jugé avec une clairvoyance à laquelle l'admiration de tous pour ce maître donne aujourd'hui triomphalement raison. Or, le livre date des temps de lutte où il fallait quelque indépendance d'esprit, et même quelque courage de volonté, pour rendre seulement justice au maître allemand. « M. Schuré est le premier et le seul, a fort bien dit Henry Bérenger, qui ait entièrement compris Wagner, parce qu'il l'a placé à son vrai rang dans l'histoire du théâtre. 11 avait pour y réussir la clef d'or inconnue aux autres, je veux dire une conception de la vie et de l'art qui concordait avec celle de Richard Wagner et le génie même de l'humanité. »
L'auteur du Drame musical a donc puissamment aidé parmi nous l'influence du prodigieux créateur de Parsifal. Comme cette influence fut de celles qui déterminèrent avec le plus d'intensité la rénovation idéaliste et mystique, Edouard Schuré, pour son œuvre proprement religieuse et pour ses travaux d'esthétique, doit être considéré comme l'un des plus grands parmi les maîtres de notre génération agitée de mysticisme. Il a eu, et il a restauré dans la concience d'une élite, la plus sacrée des religions, la religion de l'âme.
C'est, je crois, un méconnu que M. Teodor de Wyzewa, et donc quelqu'un pour le moins attachant.
Vers 1886, il fit très sérieusement de la critique à la Revue Indépendante. On l'eût pris, à ses premières déclarations, pour un parfait disciple de M. Brunetière. Comme au maître, il lui fallait une théorie préconçue, une « théorie de l'Art » au nom de laquelle ses jugements seraient portés. « Je dirai brièvement, annonçait-il, ce qu'est, suivant moi, l'Art, quelles fins lui sont propres; puis j'analyserai les œuvres de certains artistes f)our y faire voir les preuves de ces théories. )> Il sortait d'ailleurs des casemates universitaires. Tout cela menaçait ses contemporains d'un nouveau tenant
de la critique à sceptre ou à férule. Il n'en fut rien. Esprit curieux, inquiet et mobile, le jeune écrivain tout aussitôt parut fort insoucieux des pédantesques traditions d'école. Il exprima avec profusion, non sans confusion, à travers une bibliographie immense, des idées très personnelles, et il finit bien par jeter de ci de là les éléments d'une « théorie de l'Art », mais sans avoir à cœur d'en faire la police de toute littérature.
C'était le temps où l'on parlait avec tant de frénésie des « russes ». M. de Wyzewa est d'origine slaVe. Il connaît les langues slaves, de même que toutes les autres langues. Après M. de Vogiié et Emile Hennequin, il voulut révéler les « russes ». Aux noms de Dostoïewski et de Tolstoï il ajouta ceux de Gontcharov, de Mouravline, de Tcliédrine, ayant l'air de dire que, puisqu'il leur en fallait tant, les lecteurs de Georges Ohnet en auraient, des <s russes » qu'on n'avait pas encore découverts.
Et il écrivit sur l'engouement des estimables cœurs du boulevard pour la nouvelle littérature une page de douce ironie : << Vers le même temps vivait, dans un train rapide entre Saint-Pétersbourg et Paris, un très délicat gentilhomme français, M. le vicomte Melchior de Vogiié. Il distrayait le chagrin du voyage en lisant quelques romans russes, lorsqu'il apprit la nouvelle
disposition littéraire des cœurs parisiens. Alors il secoua vivement, l'un contre l'autre, les deux volumes qu'il tenait. Dans un élan de philanthropie généreuse, il se promit de révéler à ses compatriotes la bonne venue d'une littérature suivant leur goût. Et comme il était excellemment lettré, comme il savait exercer une harmonieuse prose hautainement passionnée, tous lurent ses admirables études sur Tolstoï, Dostoïewsky, Tourguenew, dans la Revue des Deux-Mondes, Le vicomte de Vogué avait compris, je pense, le véritable désir inconscient du public français, ce désir d'une vie psychique enfin restaurée ; il avait compris que les romanciers russes valaient par leur attention au côté intime, mental de la vie. Mais il déclara surtout, pour séduire lésâmes parisiennes, que les romanciers russes s'attendrissaient sur leurs personnages. Alors l'enthousiasme surgit. Vingt ans le grand Tourguenew avait publié ses romans parmi nous, à notre portée, sans que nous ayons cessé de les dédaigner : désormais la collection de ses œuvres fut l'ornement de toute bibliothèque. Aux lecteurs qui, la veille, déclaraient trop longs lesromansdeMM.de Concourt, on offrit les douze cents pages très denses de Guerre et Paix, Ils absorbèrent les douze cents pages, et les voici bouche ouverte, de nouveau. On leur offrit cinquante volumes de Tolstoï, on leur en promit cent
— IÇ4 — de Dostoiewsky : on leur donna des livres que les Russes eux-mêmes ne connaissaient point. Ils accueillaient, extasiés; ils auraient appris par cœur un almanach Bottin de Saint-Pétersbourg, si on leur avait seulement persuadé que l'auteur se passionnait devant chacune des cent mille adresses. Et lorsque plusieurs éditeurs se mirent à publier, en même temps, le même ouvrage, nos boulevards résonnèrent de joyeuses conclamations. »
Du moins le jeune critique distinguait très finement, parmi les désordonnés transports de la mode, le caractère vrai du roman russse, qui est moins cette passion attendrie si souvent opposée à Timpassibilité littéraire de nos réalistes, que la clairvoyance positive, la restitution des motifs mentaux expliquant les actes, l'analyse psychologique de la vie intérieure. Si M. de Vogué fut le poète annonciateur des <s russes », si Hmile Hennequin fut leur méthodique et rigoureux analyste, c'est M. de Wyzewa qui précisa le mieux et le plus simplement l'élément utile que nos écrivains pouvaient tirer de Tœuvre de Dostoïewski et de Tolstoï. « Qu'ils daignent apercevoir, disait-il, qu'ils ont une âme, et une âme nullement russe, mais normande, par exe^iple, ou limousine. Alors Tolstoï, Gontcharov, les pourront aider un peu à dégager de leurs âmes les séries les plus
— I55. — habituelles didées et d'émotions. » Se reconnaître une âme, en dégager la vie intérieure et projeter cette vie dans une œuvre sincère : c'est la grande loi des romanciers russes, et c'est leur grande leçon qu'il fallait proclamer. Mais ce culte de l'àme ne doit point aller jusqu'au mépris des sens et des perceptions sensibles. Un spiritualisme cartésien qui voudrait ne considérer que la raison pure et l'activité rationnelle, sans souci de la sensibilité, de l'imagination, de la passion, ou encore un idéalisme qui se désintéresserait des faits pour n'en apercevoir que l'agencement harmonieux, l'ordre idéal, ce serait dans la littérature la destruction de toute vitalité dramatique. La supériorité véritable des « russes », de Tolstoï et Gontcharov, fut de tenter une création totale de la vie, ensemble rationelle et sensible. Leurs héros ne sont point de mystiques fantômes ; ils vivent, à la fois âmes et corps ; ils pensent, ils raisonnent, ils rêvent d'un idéal, mais aussi ils sentent et agissent. L'Art, avait dit Wagner, doit créer la Vie. Et c'est bien de la vie totale qu'il s'agit, de l'entière vie humaine, par l'esprit ^t par les sens.
Cette théorie de l'Art qui crée la Vie, M. de Wyzewa l'avait déjà exposée dans une étude sur VArt fVagnifûn avec une abondance et ^une originalité de
vues qui font de ces pages de début littéraire une œuvre maîtresse.
Le monde où nous vivons, et que nous croyons réel, est une création de notre esprit. Les choses extérieures sont uniquement nos idées. Quand nous voyons et entendons, nous créons en nous des ap{)arences, nous créons la vie. Mais peu à peu, par l'habitude des mêmes créations, nous perdons conscience de notre puissance créatrice, et nous en venons à réaliser, à projeter au dehors nos rêves. Le monde extérieur est constitué; il asservit et limite notre « moi ». La vie qui à chaque instant se créait dans notre àme, pour notre joie, devient un chaos de choses où nous engageons nos intérêts et où, par suite, nous trouvons la douleur. « Il faut donc la recréer. Il faut, au-dessus de ce monde des apparences habituelles profanées, bâtir le monde saint d'une meilleure vie : meilleure, parce que nous la pouvons créer volontairement et savoir que nous la créons. C'est la tâche même de l'Art. »
Et voilà bien, il me semble, l'une des thèses les plus mgénieusej par lesquelles l'on ait tenté de relier l'un à l'autre l'idéalisme philo ->ophique et l'idéalisme littéraire, la philosophie de Berkeley oîi de Fichte et l'art de Wagner.
Mais par quoi sj dirigera l'artiste dans cette recréa-
tion idéale de la Vie ? Ne risquera-t-il pas de se perdre en un monde de fantasmagoriques puérilités ? L'idéalisme est tout proche de l'hallucination mystique. L'auteur de VArt fVagnérien avait prévu le péril que par la suite les outrances et les divagations d'un mysticisme sans art, sans vie, rendirent plus sensible. Il voulut donc que l'Art, créateur de la Vie supérieure, en prît les éléments dans la vie habituelle, dans ce que nous appelons la Réalité. Car l'artiste, et ceux qui doivent entrer en communion avec la vie nouvelle qu'il crée, ne sauraient ériger vivante une œuvre en leurs âmes, si elle échappe aux conditions mêmes de leur habitude mentale et de leur perception ordinaire de la vie réelle. Ainsi donc à l'idéalisme doit s'ajouter une sorte de réalisme, par une conciliation dont le génie aura le pressentiment. Et il s'agit, comme on pense bien, « non point d'un réalisme transcrivant, sans autre but, les vaines apparences que nous croyons réelles; mais d'un réalisme artistique, arrachant ces apparences à la fausse réalité intéressée où nous les percevons, pour les transporter dans la réalité meilleure d'une vie désintéressée. »
Or, notre âme crée en elle ce monde de représentations que nous appelons l'univers et qui n'est que sa propre vie, par trois modes vitaux : la sensation, la notion et l'émotion. Tout d'abord elle sent, c'est-à-dire
qu'elle éprouve une modification par les couleurs, les sonorités, les résistances, qui ne sont que des états intérieurs de la conscience. Les arts plastiques, et, comme les résumant tous, la peinture, exprmient ou, pour mieux dire, recréent les diverses sensations associées. Puis les sensations s'organisent par groupes séparés, abstraits de Tensemble initial ; elles se lient par une sorte d'empreinte commune que leur répétition laisse dans la conscience : la perception fréquente d'objets rouges fait que l'âme imagine le rouge. C'est la notion. L'âme pense, après avoir senti. Le mot fixe la notion. La littérature se constitue : c'est l'art des notions, l'art qui, par l'enchaînement des mots évocateurs, recrée les notions. Enfin un autre mode de vie intérieure se mêle aux deux autres. Les seifsations et les notions deviennent imprécises dans une sorte de bouleversement de l'âme. Leur rythme s'accélère et s'éperd. C'est un tourbillon confus de couleurs, de sonorités, et d'idées. Et un voile descend sur la conscience troublée. L'âme est parvenue à l'émotion. Traduire l'émotion par des mots précis serait la détruire en la décomposant. Elle peut seulement se suggérer. Le son musical est le moyen de cette suggestion. L'art de la musique est l'art qui, en la suggérant, recrée l'émotion.
Mais la vie totale est dans l'union intime de ces trois
- modes, et Tart suprême sera celui qui suggérera, qui
- recréera la vie totale par la réunion des diverses formes artistiques. Ce fut la tentative de Wagner, dans son
~- drame musical. Et M. de Wyzewa croit entendre la
-i voix aimée du Maître, et qu'elle lui dit ; ^ Tous les
arts ont une fm commune ; tous ne valent que s'ils y
:• travaillent. Littérateurs, comprenez l'effort de vos de-
i vanciers ; ils ont employé leurs âmes à créer une
:. meilleure vie ; poursuivez leur tâche en créant la vie que
b peuvent concevoir vos âmes nouvelles I J'ai tenté la
1 création totale de la vie, par l'union des arts ; mais les
f arts n'étaient point prêts; vous les préparerez. Vous ne
I dédaignerez aucun mode de la vie, parmi ceux dont est
: capable la littérature. La vie est un enchaînement d'idées
: sensibles et abstraites, se produisant l'une l'autre, et
ï d'émotions ; vous permettrez à tous ces éléments d'en-
: trer dans votre œuvre, et vous rechercherez les signes
, spéciaux qui conviennent à chacun d'eux. Votre roman
, ne sera ni une description, ni une psychologie, ni une
[ musique verbale : il sera vivant, par l'union de toutes
ces formes. Alors, sur le fondement d'une littérature
enfin constituée, la peinture et la musique pourront
ajouter leurs modes vitaux ; les artistes auront l'art ; et
la vie complète sera créée, par l'alliance de tous ses
modes. >► Cette littérature serait la littérature wagnérienne.
On voit donc que la conception de M. de Wyzewa, — et ce n'est pas sans raison que nous avons fait le rapprochement de ces noms, — va rejoindre les idées d'Edouard Schuré sur Tâme universelle qui anime la nature et l'humanité, et qui va de l'inconscient au conscient pour s'épanouir magnifiquement dans les légendes, les mythes, les religions et l'art. L'auteur de VArt fVagnérien et celui du Drame musical, ^^x le culte du même maître, ont semblablement entrevu un principe mystérieux, la Vie ou l'Ame, d'où tout art doit procéder. Ils ont porté leurs regards plus loin et plus profond que ces vaines apparences que nous dénommons la réalité. Ils ont découvert et puissamment affirmé que l'artiste doit avoir une àme, et que l'art doit prendre ses éléments dans la vie de l'âme pour la recréer meilleure, plus belle. En élargissant ainsi le sens mystique de l'œuvre wagriérienne, dont nos bons « snobs » ont maintenant assuré la définitive influence, ils ont été parmi les premiers et les plus efficaces rénovateurs idéalistes.
11 est à peine besoin de faire remarquer que la « théorie de l'Art » de M. de Wyzewa est fondée sur une psychologie raffinée plus que sur une ferme et sévère métaphysique. L'affirmation vulgaire de la réalité objective
du monde extérieur et la critique superficielle de Tidéalisme absolu ne sont point malaisées. Ils paraissent toujours nous conter de la philosophie, et rien que cela, ceux qui nient tout, hormis leur « moi ». Et pourtant il est bien vrai que psychologiquement, par un besoin de libération et de vie supérieure aux choses, l'âme délicate des artistes, des rêveurs intellectuels, tend à se séparer ie plus possible de la réalité inférieure et à en oublier, réfugiée dans la r^ion sublime de la beauté et des rêves, la banalité, les laideurs, les tristesses. Pourquoi même ne pas anéantir, par une négation orgueilleuse, ce qui blesse la vie supérieure? Et le « moi » nie le monde des réalités. 11 dit : « Seul vit le Moi ; et seule est sa tâche éternelle : créer. » L'artiste crée donc ; il se fait un monde merveilleux tout peuplé de ses songes, et il ne croit plus qu'à ce monde de beauté qu'il porte en son esprit. Cet idéalisme, que l'on pourrait dire psychologique, est une attirance et une fatalité pour combien d'âmes !
M. de Wyzewa, du premier mouvement de son cœur,
aima les « maîtres » le plus noblement idéalistes. Il eût les beaux délires de la jeunesse pour Stéphane Mallarmé, pour Jules Laforgue, et surtout pour le grand et princier Villiers de l'Isle-Adam. Ceux-là étaient, suivant son mot, des « différents », qui ne s'asservissaient pas
a la vie et à la pensée communes. 11 les célébra par des pages riches, généreuses, passionnées, dont jamais plus il n'a retrouvé la clef d'or. La foi, Tardente foi. des vingt-cinqans ! Ce qu'il leur reconnut avant tout, ce fut d'avoir élevé sur les hauteurs le temple de leur art, et de s'y être isolés, par delà nos vaines agitations, par delà même la gloire, pour faire leur œuvre créatrice de fictions idéales. Il alla jusqu'à voir en eux les artistes suprêmes qui créaient la vie totale par l'alliance, dans leur poésie symbolique ou leur prose rythmée et sonore, des trois formes de l'art, peinture, littérature et musique. « Ah I ce maudit besoin de comprendre, s'écriait-il, que nous portons aujourd'hui en touteschoses, et qui dévaste notre vie, corrompant a leur source nos seuls vrais plaisirs 1 J'ai honte d'y avoir si longtemps cédé : il me semble maintenant qu'en voulant expliquer, traduire en d'abstraites idées les poèmes de M. Mallarmé, je les rabaissais à être de prestigieux rébus. Leur valeur est. en vérité, plus haute. Ils sont œuvre non de littérature, mais d'art. Us s'adressent à notre sensibilité, par delà notre intelligence ; et nous devons les prendre tels qu'ils se présentent à nous, et laisser qu'ils nous charment. Car leur poésie est avant tout une musique. » 11 est vrai que, depuis, M. de Wyzewa a jugé que l'on est trop artiste et trop original en notrj temps, a réclamé
la clarté simple, a placé M. Brunetière au premier rang de nos écrivains. Passons.
Car dès lors sa pensée s'ébranle et s'éparpille. Idéaliste encore par une continuation d'attitude, il abandonne le souci de l'art, tout en écrivant de ci et de là sur la religion de l'amour et de la beauté, et il fait servir l'idéa- ■' lisme à une critique des prétentions de la science. Ou même, alors qu'une réaction libératrice se produit contre la science et sa domination oppressive, lui la nie, tout simplement.
Si, en effet, le monde n'est qu'un jeu de notre âme, la science ne peut être qu'une « fantaisie utile, un effort à coordonner, à refaire plus réelles les vaines ombres qui s'agitent pour nous décevoir sur les murs de notre caverne ». C'est la vérité qui manque le plus aux vérités qu'elle affirme. Que parle-t-on de son infailiibifité ? Chaque jour des phénomènes contradictoires, de vrais miracles, infligent des démentis aux lois qu'elle avait établies. Non, elle n'est sûre de rien. La nature a des secrets qui n'intéressent qu'elle et qu'elle se refuse à nous révéler : c'est une curiosité étrange que celle qui nous pousse à les scruter sans cesse.
D'ailleurs, quels sont les bienfaits de ce que nous appelons la Science ? Parvient-elle à faire un monde meilleur ? Bien au contraire, elle multiplie les souffrances.
Le darwinisme, la lutte pour la vie, les fatalités héréditaires, les haines sociales : voilà ce qu'elle a jeté parmi les hommes. « Le monde est devenu presque inhabitable, depuis cent ans que les lumières y sont répandues. )^
11 faudrait donc supprimer la science, renoncer à toute intellectualité, à toute recherche du vrai, et s'anéantir dans une quiète contemplation du « moi y^. Anatole France, et même un peu Renan ou Jules Lenîaître, avaient indiqué cette paradoxale fm de l'esprit. « Aussi bien, nous a-t^on dit dans \t Jardin d'Epicure en reprenant des pensers anciens, est-ce faire un abus inique de Tintelligence que de l'employer à rechercher la vérité. )» Avoir des sensations, intellectualiser ces sensations vives, et c'est tout. Sur ce, M. Maurice Barrés passa, qui prit l'idée et instaura le fameux « culte du moi. »
Par bonheur, l'apôtre de Toula avait parlé. M. de Wyzewa se souvint qu'il est slave et qu'il s'était plu aux « russes », jadis. Il les relut. Le mysticisme évangélique de Tolstoï le toucha. 11 se convertit à la pauvreté d'esprit, à la bonté et à l'amour. Valheri, des Contes chrétiens ( le Bapthne de Jésus et les Disciples d'EnifnaUs ), tout récemment une traduction des Evangiles de Tolstoï,
ont marqué ravèncment de M. de Wyzewa au tolstoïsme.
Valhert est le récit que nous fait de ses désenchantements un jeune homme déçu par l'amour. Qji'il ait aimé dans leur presque réalité les ombres voluptueuses de ses amies, ou qu'il ait purifié sa passion dans le souvenir ou le rêve, jamais il n'a pu être heureux. Mais il entend à Bayreuth V Enchantement du Vendredi-Saint, La seule apparition de Parsifal a suffi pour tiansfigurer la nature. Les oiseaux, les arbres, les fleurs, mille chansons naïves célèbrent le héros. En lui et autour de lui s'épanouit Tamoureuse joie. Par quel miracle a-t-il découvert le véritable amour, et conquis le bonheur dans l'amour PC'est qu'il s'est renoncé lui-même, qu'il est sorti de son « moi )>, qu'il a dédaigné de pensi^r. pour trouver toute science dans la compassion. « Heureux est le niais, l'imbécile, mais qui a le cœur pur et qui trouve toute science dans la compassion. » C'est la religion de la pitié de Tolstoï annoncée par la musique de Wagner.
Dans le Baptême de Jésus, un philosophe tente le Christ, et lui dit que les créatures n'existent pas, que les seules réalités sont en nous, créées par le pouvoir divin de la pensée, et qu'il sera Dieu, s'il reste en luimême sans entendre la plainte des êtres. Le Christ repousse le philosophe du « culte du moi ». Malheur à
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EttaîbtUfDûe^UM ^fitimdîu sont un conte tout évangâïqaeoù k même idée est reprise. Sur le chemin d'Emmaûs, oadansTauboge en laquelle il rompit lepain lesdîadplss ne recoumircnt pas le divin Maître. Mais toat à'coap « ils ^rent que l'étranger s'éti: jt aflaissé sur son SÏ^e, exsangue, la bouche ouverte. Ils virent que ses pieds saunaient, aussi son flanc, percé comme d'un coup de flèche. Alors ils songèrent que pendant qu'iU s'enchantuent à l'écout», il rendait, lui, ses dernières forces; et uoeaogtMSse les saisit, lis oublièrent leur Cum, ils oubB^mt le vide de leur bourse, ils oublièrent tout ce qui n'était pas la misère de ce malheureux, CUoplias courut vers lui pour le ranimer. Stméon commanda une ration de vin, et lui offrit son pain. L'étranger revint à lui ; il prit le pain que lui tendait Siméon et le rompit, sous leurs regards pleins de pitié. comme c'était la première fois que les deux disciples regardaient leur compagnon de route en pensant à li et non pas à eux-mêmes, pour la première fois ils virent tel qu'il était. Et ils découvrirent alors que leur compagnon de route était Jésus, leur divin Seigneur, ressusdté du tombeau. »
Voir le Christ souffrant, et dans sa souffrance toute
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la misère humaine, c'est par quoi donc conclut l'œuvre de M. de Wyzewa. Cela estbien significatif. Car, quelles que soient la portée philosophique et la valeur littéraire de cette œuvre, il est indéniable qu'elle représente révolution intellectuelle d'une génération qui est montée du positivisme à l'idéalisme, de la science â l'évangile mystique de la pitié et de l'amour. Désormais, en reniante l'ignorance agitée et dangereuse des savants >^, on cherche la paix dans«< une ignorance plus tranquille, plus douce, tempérée par la foi et |>ar la bonté j». Le maître russe a parlé, et il est toujours entendu. Si tout cela, Seigneur, était plus que de la littérature !