MYSTICISME ÉPARS
Edouard Schuré termine ainsi son introduction des Grands Initiés :
« Quant à nous, pauvres enfants perdus, qui croyons que ridéal est la seule Réalité et la seule Vérité au mi lieu d'un monde changeant et fugitif, qui croyons à la sanction et à l'accomplissement de ses promesses, dans rhistoire de l'humanité comme dans la vie future, qui savons que cette sanction est nécessaire, qu'elle est la récompense de la fraternité humaine, comme la raison de l'univers est la lexique de Dieu ; pour nous, qui avons cette conviction, il n'y a qti'un parti à prendre : affir mons cette Vérité sans crainte et aussi haut que possible ; jetons-nous pour elle et avec elle dans l'arène de
Taction, et par-dessus cette mêlée confuse, essayons de pénétrer par la méditation . et rinitiation individuelie dans le Temple des Idées immuables, pour nous armer là des Principes infrangibles. »
En cet appel de prophète je reconnaîtrais tout entier le grand écrivain du Drame musical, des Grands Initiés, de la Vie mystique, des Grandes Légendes de France, Sa belle âme, passionnée d'Idéal, passionnée de Vérité, y dit une exaltation de poète qui va jusqu'à la foi du voyant, et aussi k lourde tristesse d'avoir senti quelk oppression accable ceux qui rêveraient de s'élever au culte de la Psyché éternelle.
Et j'avoue que ces choses sont exprimées avec plus d'élan que de clarté, avec plus de lyrisme que de subtilité critique, avec plus de mysticisme éloquent que de philosophie précise. Ceux que Carlyle appelle les « petits critiques », et auxquels Hello à son tour a dit leur fait, auraient bien quelques raisons de voir dans les meilleures pages de Schuré un peu de prophétisme amphigourique. Le Temple des Idées immuables et l'Arme des Principes infrangibles leur sembleraient de grands mots avec de grandes lettres, et leur produiraient, sans doute, un effet d'ahurissement. Paroles d'apocalypse, cela !
Et que serait-ce encore si l'on s'avisait que l'auteur
des Grands Initiés et de certaine Préface à la Voie parfaite ou le Christ ésotérique d'Anna Kingsford et Edouard Maitland a traversé les théosophies, qu'il est lui-même vaguement théosophe, vaguement occultiste, vaguement un initié de divers ésotérismes !
11 y a plus même. C'est par l'ésotérisme qu'Edouard Schuré a prétendu résoudre le plus grave problème de ce siècle, le fameux conflit entre la Religion et la Science. Sa pensée à cet égard, qui est vraiment inspiratrice de toute son œuvre, et dont on ne saurait du moins contester la nouveauté simple et confiante, est à étudier.
La Religion et la Science apparaissent aujourd'hui comme deux forces ennemies et irréductibles : c'est le gi^nd mal de ce temps, un mal intellectuel qui devient mal social. La Religion s'enferme dans son dogme ainsi que <( dans une maison sans fenêtre, opposant la foi à la raison comme un commandement absolu et indiscutable i^. La Science, dans l'enthousiasme de ses découvertes, a borné l'horizon de l'homme au monde physique, et a voulu fermer, par le matérialisme et l'agnosticisme, toute échappée sur le monde invisible. Mais on ne comprime jamais les énergies et les besoins de notre être que pour les susciter plus violents. La Religion répond aux besoins de notre cœur : de là sa