‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 15 sur 63 · UN DIRECTEUR EST TOUJOORS UN MAITRE · texte numérisé non relu

UN DIRECTEUR EST TOUJOORS UN MAITRE

sollicitude que Téducation morale, madame de Lentilly, encouragée il est yrai par le curé de Brludas, se montra mère avant tout, et garda son fils auprès d'elle. Raphaël lui avait dit ce mot touchant, le jour du départ de son frère pour le collège :

— * Maman, est-ce que Charles pourra vivre loin de toi? Moi je ne le pourrais pas.

 l'époque du second mariage de madame de Nervieux, le curé de Brindas, plutôt versé dans les études historiques que dans les langues anciennes, en vint à reconnaître qu'en raison de l'esprit précoce de Raphaël, sa capacité littéraire était à bout, et qu'il fallait, auprès de l'enfant, un précepteur au courant des nouvelles méthodes, pour le conduire avec succès au terme de ses études.

Toujours avec cette belle idée que son fils le plus jeune serait prêtre i|n jour, madame de Lentilly pensa qu'il fallait lui choisir un maître ecclésiastique qui l'encouragerait dans sa vocation. Le curé essaya de lui faire comprendre qu'un homme du monde, instruit et religieux, n'empêcherait pas l'enfant de suivre sa vocation, si elle était vraie, mais qu'un professeur prêtre, s'il manquait de prudence, pourrait peser sur ses déterminations.

-* Songez, madame, lui avait-il dit, que le tempe' rament de votre enfant peut se développer brusquement. Une crise physique amènera des changements graves dans Tordre des sensations et des idées, au point de vue moral. Faites en sorte que personne ne vienne apporter ses opinions personnelles dans le plateau où votre fils pèsera les motifs qui devront amener une résolution irrévocable.

Madame de Lentilly avait l'esprit juste. Malheureusement, chez elle, les impressions reçues, les préjugés traditionnels remportaient souvent sur les meilleures rai-

sons. On la persuadait un instant; mais, cet instant passé, elle se disait que, lorsqu'il s'agissait des choses de Dieu, les raisonnements humains avaient peu de valeur, que les saints se faisaient une gloire de fouler aux pieds la sagesse humaine; elle se rappelait que le grand fondateur des moines d'Occident, saint Benoit, recevait des. mains de leurs mères des enfants pour en faire des oblats au Seigneur et les lui cousacrer pour jamais. Elle disait au curé :

— Ce grand saint se demandait-il ce que l'âge, le tempérament pouvaient apporter un jour qui dût changer et la volonté des mères et celle d'enfants incapables alors de raisonner? Non, il les revêtait de l'habit religieux; il allait d'inspiration ; et nous savons que Dieu a béni la postérité de saint Benoît, en la faisant multiplier sur la terre.

Le curé de firindas aurait pu répondre que c'était par cette brillante méthode qu'on avait, à la longue, rempli les cloîtres de malheureux qui s'y étaient consumés dans le désespoir et qui en avaient été la honte.

Madame de Lentilly n'avait pas fait d'elle-même toutes ces belle réflexions ; elles lui avaient été suggérées. Quand elle parla au Père Gribeauval de donner à son* fils un professeur laïque, il la regarda d'un air aussi surpris que si elle lui eut parlé, pour cette fonction, d'un mandariu du Céleste-Empire.

— Vous n'y pensez pas, madame. Vous oubliez que ce n'est pas aux laïques qu'il a été dit : Allez et enseignez ! Hélas ! malheureusement, dans notre France, l'enseignement a été arraché des mains de l'Église et on l'a placé dans les mains de l'Université, sa mortelle ennemie. Une mère chrétienne confier son fils à un universitaire, mais ce serait infâme !

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