‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 23 sur 63 · COMMENT ON PE<IT AVOIR DES STIGMATES 1S · texte numérisé non relu

COMMENT ON PE<IT AVOIR DES STIGMATES 1S

Bétes personnages, oo ne manqua pas de parler du château et des merveilles surnaturelles dont il était, depuis quelques années, le théâtre. Les curés, de leur nature très-curieux, pressaient de questions Fabbé Louis. Celui-ci avait des réticences qui intriguaient ; le doute 3'échappait de chacune de ses paroles. Il avait vu sa miraculée de trop près pour avoir gardé longtemps ses illusions, et une visite rapide mais concluante dans le sanctuaire de Rosalie, sous les toits, — la sainte avait par hasard oublié la clef« — lui avait donné TexpUcation des fameux stigmates sitôt guéris.

Devant les incrédulités peu déguisées du précepteur de Raphaël, le curé deBrindas s'était échauffé. Tout entier aux révélations dont il était le dépositaire, bien convaincu de leur origine surnaturelle, n'ayant pas l'ombre d'un doute sur un merveilleux spleil que nous ferons bientôt connaître, où Rosalie voyait toutes choses, ayant luimême, à plusieurs reprises, prôné auprès de ses confrères la grande mystique du château, il se trouvait, en quelque sorte, recevoir, devant eux, un démenti de la part d'un témoin que l'on devait croire mieux renseigné que personne. La situation était pénible pour le curé de Brindas; et quelques-uns de ses plus intimes, — cette intimité entre prêtres va jusqu'au tutoiement, — ne se gênaientpas pour lui dire :

— Curé de Brindas, tu nous en a trop conté sur ta dévote. Monsieur Fabbé nous parait moins chaud que toi, à propos de ces beaux miracles.

Soit irritabilité naturelle, soit puissance de quelques petits verres de vin du Rhône, la tète du curé se monta, et, après beaucoup de divagations à demi-insidieuses à demi-malveillantes, auxquelles répondait assez vivement

Tabbé Louis pour avoir les rieurs de sou côté, il en viot jusqu'à dire :

— Après tout, je défie monsieur l'abbé de donner la moindre preuve des calomnies qu'il avance contre une sainte.

— Je relève le mot calomnie, monsieur le curé, avait dit l'abbé Louis. J'ai émis librement, devant ces messieurs, des doutes et rien de plus. Maintenant, puisque vous me poussez h bout, je vous dirai que je puis aller plus loin ; et je vous prouverai, quand vous le voudrez, que mes doutes sont des certitudes, ce que je ne vous avais pas dit encore.

— Que prouverez-vous?

— Mon Dieu! que les fameux stigmates, dont vous parliez il y a un moment avec tant de chaleur, étaient de faux stigmates.

— Vous prouveriez cela?

— Oui, monsieur le curé.

— Allons donc? Ce serait curieux, vos preuves!

— Curieux, oui ! et probablement inattaquable pour tout homme de bonne foi.

L'intérêt était arrivé à son degré le plus haut.

— Eh bien! donnez-les ces preuves. Quelque bel argument tiré des incrédules!

— Pas du tout : des preuves, de vraies preuves, des preuves matérielles.

— Allons ! nous attendons.

— Je vais me rendre au château. Monsieur le curé et vous, messieurs, vous viendrez me faire visite. Monsieur le curé demandera à sa fille spirituelle, à sa philotée, la clef du grenier où elle a établi une espèce d'oratoire» loin des yeux de tous ; et je me charge du reste.

La proposition fut acceptée du groupe sacerdotal.

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