‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 24 sur 63 · COMMENT ON PEUT AVOIR DES STIGMATES · texte numérisé non relu

COMMENT ON PEUT AVOIR DES STIGMATES

— Que peut-il nous faire voir? disait lé curé de Briu* das. Il s*agit de stigmates et doq pas d* oratoire.

Les confrères mirent de Tinsislance à entraîner le curé, et ils suivirent, à un quart d'heure d'intervalle à peu près, l'abbé Louis qui alla paisiblement les attendre.

Rosalie ne fut pas mal intriguée de la demande que lui fit le curé de Brindas. Quelque chose qui avertit, quand vient à pâlir notre étoile, et qui monte comme une sueur au front, lui fit pressentir un échec. Sa première pensée fut de refuser. Mais que ne dirait-on pas? Et pourquoi faire un mystère du fameux promenoir spirituel? Un grenier au fond duquel étaient entasses des débris de sculpture et de grille sculptée, n'avait rien qu'on ne pût montrer à tous les regards. Devait-elle se rendre ridicule ? Ce qui était plus puissant, et ce qui la détermina, après une première hésitation, à donner la clef, ce fat la crainte de mécontenter un protecteur dont elle était sûre.

Le curé entra le premier, fit descendre Tun après l'autre ses chers collègues, referma la porte à double tour et prenant un ton solennel.

— Messieurs, je ne pénètre ici qu'avec un Sentiment de profonde vénération. J'écris la vie de cette sainte fille. Que monsieur l'abbé prenne garde ! Je raconterai cette visite dans cette pauvre mansarde que Dieu a si souvent visitée, où la Vierge s'est manifestée d'une manière visible, et où le Saint-Esprit est venu inspirer tant de révélations. J*espère qu'on ne dira rien ici d'indigne d'un lieu saint.

— Ohl non, monsieur le curé, répondit l'abbé. Messieurs suivez-moi.

Et, ayant fait placer ses visiteurs devant la balustrade redressée et formant le petit sanctuaire de bric-à-brac que nous avons déjii décrit :

)S8 LES irrsTioiiES

— Vous voiis rappelez, messieurs, que M. le curé nous â donné pour preuve de la vérité du miracle des stigmates de mademoiselle Rosalie que la sainte tille ne pouvait pas même avoir idée d'une croix de Jérusalem, c'est-à-dire d'une grande croix grecque cantonnée de quatre petites croix, que nul sceau, nulle empreinte ne pouvait se trouver au chAteau de Brindas qui pât faire, dans la paume de la main, Timpression de ces merveilleux stigmates. Eh bien, messieurs, voyez!

Et, au même moment, appuyant fortement la main sur le pommeau de fer du montant de la vieille grille de communion qui était taillé k facettes, et dont la facette principale représentait, gravée en creux, la croix de Jérusalem, il dit :

— Les voici, messieurs, ces fameux stigmates!

Et, étalant sa main aux regards ébabis du groupe des prêtres, il fit remarquer à chacun d'eux l'empreinte de sa main ayant exactement la forme des stigmates telle que le curé lui-même Tavait décrite au presbytère.

— Maintenant, messieurs, vos doutes sont-ils éclaircis? Ai-je donné des preuves inattaquables, des preuves matérielles?

Le curé de Brindas, confus, tout rouge de honte, balbutiait.

— Mais la blessure k la main ?

— Je vous attendais là, monsieur le curé. Eh bien! regardez maintenant le pommeau parallèle, également taillé à facettes, ayant la même croix gravée en creux, et remarquez l'un des angles qui a reçu un coup de fer tranchant, hache ou sabre, qui a éraillé le fer. Appuyez votre main fortement sur ce pommeau, et vous verrez que répiderme en ressentira une égratignure. C'est sur celuici, messieurs, que mademoiselle Rosalie a appuyé sa fine

Page 1