‹ Les mystiques, par l'abbéChapitre 8 sur 63 · CB QUB PENSAIENT DE CELA LES MOINES · texte numérisé non relu

CB QUB PENSAIENT DE CELA LES MOINES

cains, les bons Pères jésuites sauronl bieu reprendre madame de Nervieux. Son fils aine est dans leur collège. Or, on dit que, si le diable nous tient seulement par un cheveu, cela lui suffit, et... Vous comprenez, Père Griffel?

— Oui, oui, je comprends; et je crois bien que les bons Pères ne sont pas moins habiles que le diable. Mais, eo attendant qu'ils reprennent leur empire sur madame de Nervieux, leur plan actuel de la jeter dans les voies les plus avancées de la vie spirituelle, de fonder, avec son argent, une œuvre dont les nombreuses ramificaf ions attireraient jusqu'à eux la portion des pieux fidèles qui a su, jusqu'à présent, se passer de leur direction; ce beau plan si bien conçu et que devaient appuyer les Pères capucins , ces braves gens qu'un poète a appelé les commis-voyageurs des jésuites, devient inexécutable. Ils ont tellement pressuré la bonne ville de Lyon que je ne leur vois pas, pour le moment, de grandes fortunes à exploiter. La montagne mystique sur le sommet de laquelle ils devaient placer la belle, la riche madame de Nervieux , afin d'y attirer, par son exemple , tous les cœurs ardents et dévoués, est sapée par sa base, et la divinité retombe dans le terre-à-terre.

— H faut bien convenir, dit un jeune religieux trèsporté à la vie contemplative, qu'il est déplorable de voir une âme si avancée dans les voies de la vie spirituelle s'arrêter tout à coup, et passer d'un état supérieur à un état inférieur. Qui sait même sir madame de Nervieux n'avait pas fait vœu de chasteté, depuis son veuvage?

— Cela se pourrait bien, dit le supérieur. Les jésuites ne négligent rien pour lier les ântes dont ils ont la direction.

— Alors, comment madame de Nervieux )ear écha]^t-ene? Comment triomphe-t-elle de ses scrnpules de conscience qu'eQe ne peut pas leur avoir cachés?

— Que vous êtes naïf, Père ! C'est des jésuites, n'en doutez pas, que Tartufe avait appris « qu'il est avec le ciel des accommodements. > Les femmes exaltées, comme madame de Nervieux, sont dangereuses. Elles sont prêtes à planter là leur directeur avec la même facilité qu'elles ont eue à se donner h lui. Il y a des crises, dans ces têtes féminines, qu'il faut toujours prévoir. Les lier par des promesses, par des vœux, -est un moyen excellent ; mais il faut toujours leur préparer une porte de sortie, si l'on ne veut pas qu'à un moment donné, elles se sauvent par la fenêtre. Or, les jésuites ont, dans leur casuistique, des décisions capables de rassurer les consciences timorées, à Fendroit des engagements les plus solennels. Au besoin, pour rassurer la mystique veuve, ils ouvriraient eux-mêmes la porte de la chambre nuptiale au comte de Lentilly. El puis, je le sais de bonne part, on se marie séparés de biens; et la brebis chérie des bons Pères pourra laisser couper, par leurs ciseaux, une bonne part de sa riche toison. Elle leur sera si reconnaissante de lui avoir permis, en dépit de ses promesses et de ses serments, d'échapper aux ennuis d'un veuvage trop prolongé !

Dans la chambre du Provincial des jésuites, l'affaire vint sur le tapis,

— Ainû donc, mon révérend Père, disait un jésuite au Provincial, le mariage de madame de Nervieux est lûen décidé?

— Oui, Père, et c'est moi qui le bénirai.

— Cela est fâcheux, très-fâcheux.

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