V. — Le fils de Moïse
Au sujet des enfants de Moïse, il y a des variantes contradictoires :
1° Dans Exode, II, 22, on ne parle que d'un fils, appelé Gersom.
2® Dans Exode, IV, 20, Moïse a deux fils anonymes; au verset 24, il n'a plus qu'un fils.
30 Dans Exode, XVIII, 3, 4, Moïse a deux fils qui ont chacun leur nom, et ce nom reçoit une interprétation étymologique.
; 40 Enfin, dans l'épisode de Mikah (Juges, XVIIl, 30),
on lit que le lévite entraîné par les Danites s'appelait Jonathan, fils de Gersom, fils de Moïse.
Le fils aîné de Moïse porte donc le même nom que le fils aîné de Lévi. C'est un métèque, selon le mot athénien, c'est-à-dire un étranger domicilié au milieu d'un peuple qui n'est pas le sien. Cette coïncidence entre l'identité de nom que donne la tradition au fils aîné de Lévi et à celui de Moïse contribue à la démonstration suivante, à savoir, que les lévis étaient des Egyptiens domiciliés chez les Israélites, puis très postérieurement naturalisés par association, ainsi que le signifie le mot lévi; enfin, que parmi ces Égyptiens annexés à la nation israélite le plus illustre fut Ahmos ou Mosé, nom que quatorze siècles plus tard les Juifs alexandrins transmutèrent en Moïse.
Appendice. — Jonathan, petit-fils de Moïse, « l'homme de Dieu », selon l'expression de 1 ChroniqtieSt XXIII, 14, est tellement méconnu des Israélites qu'il est obligé d'émigrer de Bethléem où il résidait comme étranger (Jtiges, XVII, 7) pour aller en quête d'un emploi qui lui permît de vivre. Mikah se l'attache comme chapelain « Juges, XVIII, iO, moyennant dix sicles d'argent par an, un habillement complet et la nourriture ». Voilà ce qu'aurait offert un riche Israélite au petit-fils du sauveur et législateur de la nation. Chose encore plus étrange, le petit-fils du prophète qui avait proclamé le Décalogue et défendu sous peine de mort le culte des idoles, ce petit-fils môme est prêtre d'idoles que Mikah s'était faites de ses propres mains, c Jtiges^ XVIII, 24. Mikah dit aux
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Danites : vous m*avez enlevé les dieux que je m'étais faits et le prêtre, et vous vous en allez î » Puis, lorsque les Danites eurent bâti la ville de Dan, ils y dressèrent ridole et « Juges XVIII, 30, Jonathan, fils de Gersom, fils de Moïse, y fut établi prêtre pour la tribu de Dan ; et après lui ses enfants, jusqu'à l'époque de l'exil ».
Conclusion.
40 Moïse est issu d'une famille de lévis ; or les lévîs sont de race égyptienne.
. 2° Il fut fonctionnaire égyptien, probablement de la haute classe des prêtres, pendant 40 ans, à la cour de Pharaon.
30 II épousa une femme de la descendance de Sem, mais d'une race altérée par des croisements avec des races inférieures, ce qui est en contradiction formelle avec la tradition Israélite. A plus forte raison, la contradictipn serait-elle flagrante si Moïse avait, comme le dit un passage des Nombres, épousé une Éthiopienne, de la descendance de Cham.
A9 Le fils aîné de Moïse portait le même nom que le fils afné de Lévi. Or ce nom est la traduction de la situation sociale des lévis en regard des Israélites; c'étaient des étrangers domiciliés au milieu d'un peuple autre que leur propre nation.
50 Enfin, le nom même de Moïse a été artificiellement fabriqué, quatorze siècles plus tard, par les Juifs alexandrins, avec une vue assez juste de la vraie
nationalité du prophète, mais dans un but qui n'a rien de commun avec la véracité de l'historien. Les anciennes légendes donnent à Moïse le nom de Mosé ; Mosé est le nom théophore égyptien t Ahmos, le fils dlsis », qui est écourté par la chute du nom divin. Le nom entier se retrouve chez le prophète hébreu Amos, qui vivait au vm® siècle avant notre ère.
La conclusion naturelle qui déroule de ces faits est que, selon toute probabilité, Moïse était Égyptien.
COIVTRADICTIONS.
Dans le cours de ce livre, on a vu quelles contradictions contient chacun des épisodes bibliques. Il est une catégorie, très nombreuse, de personnes sur qui ce genre de défectuosités fait plus d'impression que tout le reste. C'est qu'en effet, le raisonnement suivant éclôt naturellement dans l'intelligence : c Gomment Dieu qui est la science, la véracité absolues; comment Dieu infaillible pourrait-il être l'auteur d'erreurs grossières, si grossières que moi, créature infime et bornée, je ne les eusse pas commises? Non, Dieu n'a pas écrit la Bible ; la Bible n'a pu être composée que par des hommes ignorants comme moi, et comme moi sujets à errer I > Et si ces personnes viennent à cdhnaître à quelles sources diverses ont été puisés les documents élémentaires, et quelles étranges coupes on leur a fait subir pour former une mosaïque, celle même que nous avons sous les yeux, alors l'inexplicable est expliqué, toute incertitude s'évanouit; la vérité historique apparaît éclatante, à savoir, que le Dieu parfait est absolument étranger à la composition de la Bible, et que la Bible est une œuvre humaine, exclusivement humaine. C'est pour répondre à cet
état d'esprit fort commun que je donne, en finissant, une série de contradictions choisies parmi celles qui émaillent le Livre saint.
1° Contradiction sua l'issue d'une prédiction et d'une sentence de Dieu. — « Genèse, II, 17. Le Seigneur dit à Adam : Ne mange pas du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal ; car au même jour où tu en mangeras, tu mourras. » Adam en a mangé, et il n'est pas mort* Ainsi, d'après le Concile de Trente, Dieu, véracité absolue, aurait menti à l'homme.
2^ Contradiction sur la durée maximum imposée par Dieu a la vie humaine. — « Genèse, VI, 3. Le Seigneur dit : Le temps de vie qui est donné à Thomme ne sera plus que de 120 ans. > Cet arrêt divin est prononcé peu avant le Déluge. Tout arrêt de Dieu est immuable et s'exécute jusqu'à la consommation des siècles. Or voici une série de patriarches qui, malgré l'arrêt, vécurent plus de 120 ans ;
A. Genèse, XI, 11. Sem avait cent ans à la fin du Déluge ; il vécut encore 500 ans ;
B. Genèse, XI, 12. Arphaxad, fils de Sem, vécut 438 ans;