Yenukof, Comptes rendiis, 22 novembre
des populations primitives qui habitaient le massif central de TAsie. Il a pu assurément y avoir des causes multiples aux anciennes migrations, mais la dessiccation qui rendait progressivement le sol impropre à la vie a dû jouer le principal rôle dans ces événements reculés.
On s'est aussi demandé s'il était possible que des peuplades eussent pu émigrer en masse; les conditions qu'exigent de telles migrations paraissent à certains savants devoir opposer un obstacle insurmontable à leur accomplissement. La réponse est facile. Sans parler des invasions guerrières des Barbares, des Huns d'Attila, puis des hordes de Gengîs- Khan et de Tamerlan, un fait presque contemporain nous donne un exemple frappant de la possibilité de ces émigrations en masse, c'est Texode dès Kalmouks du Volga * .
Vers l'an 1616, une horde de Kalmouks venue des confins de la Chine, s'était établie sur les deux rives du Volga, dans la province de Kazan. En 1771, froissés par le gouvernement de l'impératrice Catherine II, ils se réunirent tous, au nombre de 600 000, et se mirent en marche pour retourner dans leur pays d'origine. Cet exode se fît dans les conditions les plus difficiles; les Kalmouks, en effet, étaient poursuivis par une armée russe. Ils eurent des combats à livrer à la cavalerie cosaque, puis à celle des Baskirs et des Kirghises, leurs ennemis héréditaires. Pendant les
1. M. DE QuATREFAGEs CH donnc le récit dans le chapitre xvi de VEspéce humaine.
cinq mois d'hiver, les émigrants perdirent 250 000 âmes. Les chaleurs de l'été leur firent autant de mal que le froid; la mortalité resta la même. Toujours harcelés par les Baskirs et les Kirghises, ils atteignirent enfin les frontières de la Chine; là, Fempereur Kien-long les prit sous sa protection.
« L'exode des Kalmouks, dit M. de Quatrefages, répond à tout ce que l'on pourrait avancer au sujet de l'impossibilité des migrations primitives par terre. En huit mois, malgré les rigueurs extrêmes du froid et du chaud, malgré les attaques incessantes d'ennemis implacables, malgré la famine et la soif, cette peuplade a franchi un espace égal en ligne droite au huitième environ de la circonférence terrestre. En tenant compte des détours obligés, il faut peut-être doubler ce chiffre *. Après un pareil fait, comment mettre en doute la possibilité des voyages plus longs encore pour une tribu marchant tranquillement par étapes et n'ayant à lutter que contre les difficultés du sol ou contre les bêtes fauves? * »