F. Lenorhant, Origines, tome II, page
Elles franchirent le détroit et occupèrent TAbyssinie actuelle, c'estnà-dire TÉthiopie des Anciens.
40 Rameau hindou. — Certaines tribus descendirent jusque dans la vallée de l'Indus, puis de là, dans le Dekkan, à la pointe sud de FHindoustan *.
S^ Rameau chaudéen. — Enfin, une partie des peuplades koushites s'établit en Chaldée, non sans avoir eu à lutter contre les Touraniens qui les avaient précédées dans cette région. Avec le temps, les tribus koushites et les tribus touraniennes finirent par s'allier et se confondre.
En résumé, la race de Koush est la plus importante peut-être des races primitives dont l'h manité ait gardé le souvenir; elle s'étendait du Gange au Nil, de la mer de Grèce à la mer des Indes.
Les Koushites parlaient une langue apparentée de très près à Thébreu, à l'arabe et aux autres idiomes sémitiques. Aussi voit-on dans les Koushites et les Sémites proprement dits, non pas deux races radicalement distinctes, mais les deux parties d'une même famille, celle des Sémites, civilisées à des époques différentes.
1. On lit dans Homôre, Odyssée, livre I°^ vers 23 et 24 : c Maintenant Neptune est allé visiter les Éthiopiens qui, aux extrémités de la terre, sont divisés en deux parts et demeurent les uns où le soleil se couche, les autres où'll se lève. » Les Koushites de l'Ethiopie et ceux du Dekkan étaient donc regardés, dès la plus haute antiquité, comme appartenant à la même famille; on les appelait les Éthiopiens d'Afrique et les Éthiopiens d'Asie.
JY. — Migrations de tribus sémitiques proprement .dites.
Un certain nombre de Sémites proprement dits, venus de la région du Plateau central, se cantonnèrent d'abord en Arménie, au pied de l'Ararat. De là, ils se répandirent en Mésopotamie. Quelques tribus poussèrent jusqu'en Chaldée et ajoutèrent aux deux éléments (Touraniens et Koushites) que renfermait déjà ce pays un troisième élément moins important que les deux autres. Ces Sémites se fondirent bientôt avec les Koushites, dont ils parlaient la langue. « En se fondant, les races chaldéennes perdirent la mémoire de leurs origines; le souvenir de leurs migrations et de leurs luttes s'effaça de leur esprit. Elles localisèrent au bord du Tigre et de l'Euphrate les traditions qu'elles avaient apportées* de leur patrie transoxienne (au delà de l'Oxus; l'Oxus est aujourd'hui l'Amou-Daria, Turkestan), et placèrent en Chaldée Torigine des hommes et des choses * . »
Y. — IKonvelles minorations sémitiques, à une époque très postérieure.
A une époque très postérieure, alors que florissait un premier Empire chaldéen, les migrations recommencèrent. Elles furent vraisemblablement déterminées par une invasion nouvelle de peuplades touraniennes.
1® AssouR. — Le groupe sémitique auquel la Bible
d. Maspéro, HisU ancienne, page 158.
donne Assour pour chef quitta la région de Babel et alla s'établir dans le bassin du Tigre moyen ; là fut fondée la ville d'Assour (Ninive des Grecs) berceau des Assyriens.
2o Tharé. — Les tribus sémitiques établies sur les confins de la Chaldée abandonnèrent Our-Kasdim pour fixer leur demeure à Harran, en Mésopotamie. La Bible donne à ces tribus un chef qu'elle nomme Tharé ou Térah.
3<^ KoDSHiTES DU GOLFE Persique. — Lcs Koushitcs du golfe Persique émigrèrent jusqu'en Syrie. Ils conquirent tout le pays jusqu'à l'isthme de Suez, après avoir écrasé les peuplades touraniennes qui habitaient la contrée, sous le nom de Rephaïm, de Zom- W3mmim, d'Emim (Josué, XII, 4; Genèse, XIV, 5).
Parmi les tribus koushites venues du golfe Persique s'en trouvait «une qui portait le nom de Poun; les Latins l'ont traduit par Pœniy Puni, Les Egyptiens étendirent le nom de Poun à toutes les tribus koushites qui avaient émigré du golfe Persique ; ils appelèrent Pount le pays des Pouns, L'une des tribus koushites qui conquirent la Syrie était la tribu des Phéniciens. Le mot Phéniciens vient du grec phœnix qui signifie palmier. Les Phéniciens sont donc le peuple du pays des palmiers. Le mot grec phœnix semble lui-même venir du koushite pount; il signifierait l'arbre du pays des Koushites. Quant aux Phéniciens d'Afrique ou Carthaginois, les Romains les ont toujours appelés de leur nom national Pœni ou Puni \
i, Maspéro, HisL ancienne y page 169.
Les Phéniciens construisirent deux villes sur deux îles de la côte; ils les appelèrent Tsour (Tyr) et Arad, en souvenir des sanctuaires qu'ils avaient laissés dans les deux îles du même nom, îles Bahréin, golfe Persique.
Vif. — Invasion de tribns Konshltes (Hyksès)
en Ègjpte,
A répoque où les Koushites s'emparaient de la Syrie et du pays de Kanaan, l'Egypte était tombée dans l'anarchie. La XIV« dynastie, reléguée au centre du Delta, achevait de s'éteindre au milieu du désordre et des guerres civiles. Les Koushites profitèrent de cet état pour envahir la Basse-Egypte. « Ce fut comme une nuée de sauterelles qui s'abattit sur la région. » Maîtres du Delta tout entier, les Barbares élurent pour roi un de leurs chefs nommé Shilat (Salatis, Saïtès). Cette invasion des Koushites en Egypte est connue sous le nom de Invasion des Hyksôs, ou encore invasion des rois-pasteurs. Voici l'origine du mot Hyksôs :
Les Égyptiens appelaient Shotis^ c'est-à-dire « pillards, voleurs », les peuplades nomades des pays asiatiques limitrophes; dénomination, du reste, qui leur convenait ; elle convient encore aujourd'hui aux Bédouins du Désert. Les Égyptiens l'appliquèrent aux tribus koushites Kananéennes; le roi des Koushites îvint dans leur bouche le roi des Shous, en égyp-
tien hiq-Shous, mot que les Grecs ont converti en hyksôs.
Le roi Shilat, pour l'organisation civile et militaire de sa conquête, montra des talents remarquables. Il établit un gouvernement régulier, prit Memphis pour capitale et frappa d'un impôt ses sujets égyptiens. Deux dangers menaçaient le nouveau royaume, au sud et au nord. Au sud, les princes thébains avaient fondé la XV® dynastie et se préparaient à la lutte contre les étrangers. Au nord le succès de l'invasion de Shilat avait excité les convoitises des autres tribus kananéennes ; il s'agissait de barrer le passage aux hordes qui accouraient pour se jeter sur le nouveau royaume et le mettre au pillage. C'était là le plus grand et le plus imminent danger. Pour y obvier, Shilat construisit sur l'isthme une ville Ha-ouar (Avaris) dont il fit un immense camp retranché, capable de contenir une armée de 240 000 hommes. Ce camp devint une pépinière inépuisable d'excellents soldats avec lesquels Shilat et ses successeurs continuèrent la conquête de l'Egypte. Il fallut plus de deux cents ans de guerre pour que les Hyksôs vinssent à bout des rois de la XV® dynastie thébaine. A la fin, le roi-pasteur Assès resta seul maître de l'Egypte * .
Avec la domination sur l'Egypte entière commence la deuxième dynastie des Pasteurs, laquelle est comptée par les Égyptiens comme la XVI® dynastie de leurs fastes royaux.