‹ Les mythes de la BibleChapitre 27 sur 118 · I. — Le M/the ph/sique; ses évolutioBs · texte numérisé non relu

I. — Le M/the ph/sique; ses évolutioBs

Le travail intellectuel concernant la définition précise du mot Mythe n'est pas encore achevé. Le sens du mot est très compréhensif ; il embrasse diverses catégories d'idées qui auraient besoin d'être traduites par des termes différents. Quoi qu'il en soit, en établissant dans le Mythe plusieurs divisions et en éclairant celles-ci par des exemples, on peut en rendre Tacception suffisamment nette et Tintelligence facile.

Nous savons tous, par expérience journalière, que Tenfant est incapable d'analyser ce qu'il voit; nous savons qu'il prête la vie aux objets inanimés qui l'entourent, à sa poupée comme à sa chaise, faisant la morale à l'une ou frappant l'autre s'il s'en est laissé choir. Il en a été de même de l'homme dans son enfance historique. L'homme primitif est incapable d'analyser les phénomènes et de concevoir la vérité d'une manière abstraite. L'imagination règne chez lui en maîtresse ; de toutes les facultés mentales elle est la plus active. C'est elle qui par sa puissance entraîne Fhomme à personnifier tout ce qu'il aperçoit, tout ce

qu'il conçoit, tout ce qu'il croit. Au fond, c'est luimême que rhomme-enfant voit partout et toujours.

I. Le Mythe personnification d'un objet physique. — Comme il est aisé de le comprendre, les objets physiques et les phénomènes naturels ont, en premier lieu, servi de matière à cette activité créatrice de l'imagination. Et de tous, celui qui a dû frapper et qui, en effet, a le plus frappé l'homme primitif, c'est le Soleil. Aussi le Soleil* a-t-il été conçu spontanément par tous les peuples, comme une personne divine, portant différents noms selon qu'on le considérait sous ses aspects variés. Chez les Aryas de l'Inde, il devient le dieu Indra; chez les Grecs, Apollon, etc. Indra et Apollon, personnifications du Soleil, sont des mythes.

n. Le Mythe, personnification d'un phénomène physique. — Le ciel est pur; le soleil l'illumine de ses rayons ; tout à coup une longue file de nuages venus de l'horizon envahit l'azur; la lumière solaire éclipsée fait place aux ténèbres. Soudain un sillon rouge transperce les nues; le tonnerre éclate; c'est l'orage. A la lueur des éclairs, les nuages déchirés tourbillonnent en replis sinueux. Bref, après une suite effroyable de décharges électriques, les nuages se dispersent et s'éloignent ; le ciel réapparaît azuré, et le soleil brille de nouveau avec un éclat qui semble devenu plus vif. Même aujourd'hui où les phases successives du phénomène météorologique ont reçu leur explication scientifique, le spec-

1. Max MnLLER « Plus on pénétrera dans la nature intime des mythes primitifs, plus on se convaincra qu'ils se rapportent pour la plus grande partie au soleil. » Cité par Michel Bréal, Mythologie et lingtUstigWy page 163.

tacle d'un violent orage à la campagne, hors des villes, fait frémir Tâme d'une crainte mystérieuse, comme si Ton assistait à la lutte acharnée entré deux Puissances supérieures. Pour les hommes primitifs, dont l'ignorance était absolue, il n'y avait aucun doute : c'était une bataille réelle entre deux Divinités. Le Soleil luttait contre un ennemi terrible, le Nuage ; il le frappait de coups redoublés et parvenait enfin à triompher de lui. Chez les Aryas de l'Inde, c'est Indra qui triomphe d'Ahi « le Serpent »; chez les Grecs, c'est Apollon qui triomphe du serpent Python. La victoire d'Indra sur Ahi, celle d'Apollon sur Python sont les personnifications d'un phénomène naturel, l'Orage; ce sont des mythes *.

m. Transfobmation d'un mythe physique en mythe HISTORIQUE. — Dans les deux exemples précédents, le mythe se déroule entre personnages divins ; mais la tendance qu'ont les âmes enfantines à tout rapporter à soi est trop forte pour que l'homme primitif se soit borné au seul mythe de caractère divin ; le mythe devait fatalement descendre du ciel sur la terre; il y descendit.

Dans la première phase de cette transition, les

combattants appartinrent mi-partie à la classe divine,

mi- partie à l'espèce humaine : tels furent Hercule,

fils de Jupiter et d'Alcmène; Persée, fils de Jupiter et

i. En Bourgogne, le c6ne descendant des nuages à grêle est appelé encore aujourd'hui « la queue du dragon ». C'est vraisemblablement un vestige de l'ancien mythe de nos aïeux, les Âryas.

ili> Uanaé, etc. Hercule, vainqueur de Géryon ; Persde, vainqueur de la Gorgone, c'est toujours, sous la variété des récits, le mythe d'Apollon vainqueur du serpent Python, c'est-à-dire le mythe de l'Orage.

lïiins la seconde phase, le Mythe revêt la forme et les apparences d'un fait vraiment historique ; la métaniiirphose est complète. Un exemple remarquable en esl donné par le recueil poétique des traditions de la Perso, le Chàk Nameh, mis en vers parFirdousi, au et m m en ce ment du xi^ siècle de l'ère chrétienne. > Sous le prétexte de raconter les origines de la monarchie ]inr«ane, le poème de Firdousi nous retrace les mythes di.: l'Avesta ', dépouillée de leur merveilleux etarrangés en événements humains. Il y a peu de comparaisons qui éclairent l'histoire des mythes autant que Ti^tude des légendes du Chah Nameh mises en regard de leur forme originale conservée dans les livres zi-nds *. • En voici un exemple :

Dans l'Avesta, une des formes du mythe de l'Orage Prit la suivante : Un héros de sang divin, Thraétona, combat Azi-Dahàka • le serpent-démon •, lequel a opprimé de ses ténèbres le ciel envahi; Thraétona le tu^'.

Dans le CMh Nameh, Thraétona devient un âls de roi, Féridoun', qui délivre l'Iran (l'ancienne Perse)

1 . L'Avesta est la. Bible des anciens Perses ; elle est écrite en langue zende.

S, Michel Bréal, MgtItologU «t Linguittiqae.page ISO.

3. Le changemeat du mol Thraétona en Féridoun est confoinie aux lois de 1& phonétique; voir M. Bréju., Mgthotooie, pnga m.

de la tyrannie d'un usurpateur venu du fond de l'Arabie, Azdehâk, nom transparent de Azi-dahâka.

rV. Transformation du mythe physique en mythe MORAL. — Enfin une dernière et inévitable évolution se fait dans le mythe physique. « La nature de rhomme est complexe ; il lui serait impossible de ne pas mettre quelque chose de son être moral dans les mythes qui occupent son imagination * . » Le mythe physique se métamorphosa en mythe moral; c'est encore le mythe de l'Orage qui va nous servir d'exemple.

La lutte entre le Soleil qui éclaire et vivifie, d'une part, et le Nuage noir qui, chargé de grêle, obscurcit et détruit, d'autre part, se transforma facilement en une lutte morale, celle du Bien contre le mal, celle d'Ormazd contre Ahriman. La transition du sens moral est clairement indiquée par la forme suivante qu'avait revêtue le mythe : l'un des noms d'Ormazd est çpento mainyous, qui signifie à la fois l'Esprit bienfaisant et l'Esprit de lumière; Ahriman, lui, est angro-mainyom, c'est-à-dire l'Esprit angoissant et l'Esprit de ténèbres *.

On sait que cette suprême transformation du mythe de l'Orage est passée dans le Judaïsme après la Captivité de Babylone ; la lutte entre Ormazd et Ahriman est devenue la lutte entre Jéhovah et Satan; du Judaïsme enfin elle a immigré dans le Christianisme :

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