‹ Les mythes de la BibleChapitre 31 sur 118 · I. — Le nombre tO · texte numérisé non relu

I. — Le nombre tO

La valeur mystique qu'on a, dans l'Antiquité, attachée à certains nombres, a sa, source intime dans la croyance suivante : Le Monde a été créé et organisé d'après un plan préconçu, selon des rapports numériques définis; découvrir ces nombres, c'est pénétrer dans le foyer même de l'Intelligence divine ; les appliquer dans l'organisation des choses humaines, c'est à la fois entrer en communion avec la Divinité et assurer aux choses humaines la stabilité que donnent aux phénomènes physiques les nombres divins.

Essayer de discerner ces rapports numériques dans la Nature physique et vivante, tel fut le but oii tendirent les recherches et la sagacité des anciens observateurs. Les nombres oiï ils crurent avoir surpris la marque du plan divin devinrent l'objet d'une vénération particulière ; ce sont ces nombres qui ont reçu la dénomination de nombres mystiques,

La valeur mystique du nombre 10 a son origine

dans ce fait qu'avant tout calcul en paroles, les premiers calculs ont été faits sur les dix doigts de la main.

« Nous trouvons la méthode de compter sur les doigts non seulement chez les sauvages et les gens sans éducation, venant en aide à leurs opérations mentales là oii la parole leur fait défaut, mais aussi parmi les nations les plus cultivées, où ce procédé occupe encore une place comme préparation et moyen de s'élever à des méthodes d'arithmétique plus compliquées. Il est incontestable que l'enfant qui apprend à compter sur ses doigts reproduit un des procédés de l'histoire mentale de la race humaine ; qu'en fait, les hommes comptèrent leurs doigts avant de trouver des mots pour exprimer les nombres ; que dans cette branche de la culture, le langage des mots non seulement suivit le langage mimique, mais qu'il en est sorti. La preuve de ce fait se trouve dans le langage lui-môme, car nous voyons que, chez nombre de lointaines tribus, lorsqu'on a besoin d'exprimer le chiffre 5 par un mot, on donne simplement le nom de la main que l'on tient levée pour l'indiquer; que de la même manière on dit deux mains pour désigner 10.., L'arithmétique décimale est donc basée sur l'anatomie humaine '. »

C'est précisément l'origine naturelle du nombre 10 qui fait que sa valeur mystique est commune aux Aryas comme aux Sémites, bref à tous les peuples,

4. Ed. Tylor, Civilisation primitive, tome I«r, chap. vu, pages 284, 299.

puisque tous ont commencé par le calcul digital. En voici les preuves historiques :

1» Les Chinois comptent 10 empereurs participant à la nature divine, entre Fou-Hi et le souverain qui inaugure les temps historiques, Hoang-Ti;

2® Dans les légendes cosmogoniques des Hindous, Brahma et ses neuf descendants forment ce qu'on appelle les iO Pitris ou Pères;

3® Les livres sacrés des Iraniens, attribués à Zoroastre, comptent au début de l'humanité neuf héros, d'un caractère absolument mythique, succédant à Gayomara;tan, Thomme-type ; en tout, 10;

4® Dans la légende iranienne postérieure, les premiers monarques terrestres furent au nombre de 10 ; ce sont les dix rois Peschdâdiens du poète Firdouzi ;

5° D'après le célèbre papyrus de Turin, ce sont 10 dieu^ qui, au commencement, auraient gouverné rÉgypte ;

6<> Une tradition assyrienne plaçait à l'origine de la nation, antérieurement à la fondation de Ninive, 10 générations de héros;

7° Les Arabes croyaient aux 10 rois mythiques du peuple primordial de leur péninsule;

8» Les Germains et les Scandinaves croyaient aux 10 ancêtres de Wodan ou Odin * .

Cette répétition constante, chez tant de peuples divers, du même nombre 10 est frappante ; et cela, d'autant plus qu'il s'agit incontestablement d'un

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