‹ Les mythes de la BibleChapitre 62 sur 118 · I. — Résumé historique · texte numérisé non relu

I. — Résumé historique

I. Populations parlant l'hébreu. — « Les Hébreux israélites sont arrivés dans Thistoire à une telle célébrité qu'ils ont absorbé pour eux seuls le nom d'Hébreux; mais à l'origine, ce nom s'applique à bien d'autres peuplades *. Les Ammonites, les Edomites, les Moabites tenaient Abraham pour leur ancêtre commun. Ils se sentirent toujours frères dans le sens le plus étroit. Cette fraternité pesa par moments aux Israélites, si souvent dédaigneux de leurs congénères. Ammon, Edom, Moab, Ismaël seront rattachés au Père des races par des légendes injurieuses, presque obscènes. Mais mille traits historiques conservés dans la mémoire d'Israël parlaient plus haut que la haine et prouvaient que tous ces peuples étaient rattachés les uns aux autres par le lien d'une intime parenté.

« La ressemblance religieuse surtout était frappante entre eux. La religion des Moabites et celle des

1. Les < Ibrim, Hébreux » sont tous ceux qui ont passé le fleuve.

Edomites furent sans doute à l'origine très peu différentes de celle des Israélites.

« Les Hébreux, en se répandant dans les parties orientales de la Syrie, rencontraient donc partout des populations qui leur étaient analogues. Les Ismaélites, les Madianites et toute une série de tribus arabes groupées sous le nom de Kétoura et d'Hagar, furent censées Abrahamides. Toutes ces peuplades passaient par les embranchements divers d'une même généalogie ; elles comprenaient réciproquement leurs dialectes; leurs mœurs étaient à peu près les mêmes. C'était comme une grande confrérie depuis la Mésopotamie jusqu'au sud de la Palestine ; tous ces groupes épars se traitaient de frères et s'entr'aidaient comme les membres d'une niême famille dispersée.

« Les relations des Téraschites avec les Kananéens étaient, au contraire, très mauvaises, bien que les Kananéens parlassent une langue semblable à la leur et appartinssent sans doute à la même race. Plus tard, sous le coup d'une haine atroce, les Hébreux nièrent ce dernier fait *. Mais la communauté de langue, sans qu'aucune conquête puisse l'expliquer, est une considération qui doit l'emporter sur toute autre. Les Kananéens et les Téraschites étaient proches parents et, à certains moments, les Israélites éclairés en convenaient * ; mais le caractère des Hébreux et leur genre de vie différaient totalement de ceux des Kananéens. Les Hébreux restèrent longtemps nomades et

1. Genèse, X, 6. Kanaanest dit fils de Cham, et non de Sem. S. haïe^ XIX, 18, appelle Thébreu c la langue de Kanaan »^.

pasteurs. Même établis, ils gardèrent toujours le type de la vie patriarcale, l'aversion pour les grandes villes architecturées et pour lés États organisés.

En résumé, « Edom, Israël, Ammon, Moab * , Kanaan ps^rlaient la même langue par suite d'une communauté d'origine constituant une parenté assez rapprochée, et non par suite de changements, résultats d'émigrations ou de conquêtes.

IL Populations parlant l'araméen. — « Si l'on s'en tenait à la seule grammaire, on jugerait que les populations parlant l'araméen sont séparées des Hébreux par une scission profonde, remontant à des milliers d'années. Mais la sympathie des races doit être aussi écoutée. Laban, le père des pasteurs parlant l'araméen, est dans les relations les plus intimes de parenté avec les Isaakites et les Israélites. Les mariages entre les deux bandes sont continuels. Tout ce monde habite la même zone de pacage, de l'Euphrate à la mer, la côte toujours exceptée; ils se jouent d'assez mauvais tours, qui n'amènent jamais une absolue rupture. Quand la séparation est plus avancée, le galaad est la limite de l'araméen et de Thébreu '. Un gai ou men-hir indique la ligne de démarcation ; il s'appelle galaad pour les populations parlant hébreu, du sud et de l'ouest ; il s'appelle iégar-sahadouta pour les Araméens de Damas. Laban et Jacob jurent sur le môme rite, en érigeant

1. L'inscription de la stèle de Mésa, roi de Moab, qui est au Louvre, est en hébreu.

2. Genèse XXXÏ, 43-55. Beau mythe ethnographique, écrit avecla conscience claire du double sens.

un tumulus et en mangeant dessus. Le monceau du témoignage doit rappeler aux Hébreux et aux Araméens qu'ils ont échangé leurs filles en mariage; qu'ils ont les mêmes ancêtres et le même Dieu, et ce Dieu, c'est le Dieu d'Abraham, la crainte d'isaac (Genèse, XXXI, 53).

« Uaraméen était parlé à Damas, sur le versant de l'Anti-Liban, dans la région d'Alep, dans le Paddan- Aram et dans les déserts de T Arabie du nord.

« L'hébreu se parlait sur la côte, d'Aradus à Joppé (Jaffa), dans toute la Palestine et la Gœlésyrie jusqu'à Hamath ^ »

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