‹ Les mythes de la BibleChapitre 64 sur 118 · Renan, Hist, du peuple d'Israël, tome I<3r, pages · texte numérisé non relu

Renan, Hist, du peuple d'Israël, tome I<3r, pages

au point de vue physique ainsi qu*au point du vue moral, c'est-à-dire religieux, puisque la morale était identique à la religion. De là l'importance qu'ils attachaient aux unions des fils avec des femmes de la même race, ayant le môme sang et la même religion. Aux yeux des Israélites, épouser des personnes autres que des femmes Israélites ou Nachorides, c'était amener sûrement la déchéance d'Israël dans la constitution mentale religieuse encore plus que dans la constitution physique. C'est ce vif sentiment de l'hérédité qui a inspiré les mythes généalogiques concernant les Téraschites. Parmi ces mythes, les uns sont destinés à montrer que les Téraschites Israélites descendent d'une race sans mélange et que par conséquent à eux appartient la supériorité morale sur tous les autres Sémites. Les autres mythes indiquent quels furent les croisements des autres Téraschites avec des femmes étrangères, et par conséquent à quel degré d'infériorité morale ils sont descendus.

XI. Mariage d'Abraham. AVEC Sarah. — Les Israélites descendent d'Abraham et de Sarah par Isaac et Jacob; or Sarah, mère d'Isaac, est dite sœur d'Abraham par son père (G^n^^e, XX, 12).

Nachor, frère d'Abraham, avait épousé sa nièce Milkah, fille du troisième frère Haran (Genèse, XI, 29). Il eut pour fils Bathuel, père de Rébecca et de Laban (Genèse, XXIV, 24; XXVIII, 5).

IIL Mariage d'Isaac avec Rébecca. — Abraham désirant marier son fils Isaac fait venir son serviteur Eliézer et lui fait jurer qu'il ne prendra aucune fille des Kana-

néens pour la faire épouser à Isaac, mais qu'il ira en Mésopotamie prendre une femme pour son fils {Genèse^ XXIV, 3, 4). Éliézer ramena de la ville de Harran Rébecca, petite-fille de Nachor et par conséquent cousine dlsaac.

IV. Mariage de Jacob avec Léah et Rachel. — « Genèse, XXVIII, 1 . Isaac ayant appelé son fils Jacob le bénit et lui fit le commandement : Ne prends point une femme d'entre les filles de Kanaan ; — 2. mais va en Mésopotamie de Syrie, en la maison de Bathuel, père de ta mère, et épouse une des filles de Laban, ton oncle maternel. » Jacob épousa les deux filles de Laban, Léah et Rachel, ses cousines germaines.

La famille Israélite est donc d'une race pure, sans mélange; à elle par conséquent la primauté.

Cette doctrine de la Genèse est formellement contredite par Ezéchiel. Dans son chapitre XVI, où Israël est personnifié en Jérusalem, le Juvénal hébreu s'écrie : « XVI, 3. Voici ce que dit le souverain maître, le Seigneur, à Jérusalem : Votre origine et votre naissance viennent de la terre de Kanaan ; votre père était Amorrhéen et votre mère Héthéenne. » Au verset 45, Ezéchiel assigne une seconde fois cette origine à Jérusalem ainsi qu'à Samarie, la grande sœur de Jérusalem, et à Sodome, la petite sœur : « 45. Vous avez toutes les trois pour mère une Héthéenne, et pour père un Amorrhéen. » Or les Héthéens et les Amorhéens sont les fils de Kanaan (Genèse, X, 15-16).

t L'allégorie est on ne peut plus transparente, dit M. Reuss ; Ezéchiel s'en tient à ce fait suffisamment

établi par l'histoire et la philologie que les Israélites étaient une tribu de Sémites dont Torigine peut être rattachée aux autres tribus de la Palestine, Kananéennes, contrairement à Genèse, X *. »

Page 1