I. Abraham et Hagar. — Dans le mythe d'Abraham
nous parlerons avec détail de l'épisode d'Hagar; nous nous bornerons ici à la signification du mythe.
1° Aux yeux des Israélites, les tribus ismaélites étaient leurs très proches parentes par leurs caractères physiques et par leurs mœurs. Les Israélites ont donc donné pour souche à ces tribus un fils d'Abraham, un frère d'Isaac ;
2° Mais ces tribus ismaélites différaient des Israélites par certains caractères ; elles leur étaient infiniment inférieures surtout au point de vue de la religion. Les Israélites ont donc fait d'Ismaël un frère illégitime d'Isaac ; Ismaël est le fruit de l'union d'Abraham avec une concubine égyptienne. Cette cause primordiale de détérioration du type téraschite s'est encore accrue par le mariage d'Ismaël avec une Égyptienne {Genèsey XXI, 21).
3» L'expulsion brutale d'Hagar par Abraham, absolument dénuée de toute réalité historique, symbolise simplement l'antipathie qui existait entre le peuple d'Israël et le peuple ismaélite.
La légende d'Hagar est un pur mythe ethnographique.
i. Reuss, Lei FrophêteSy tome II, page 46, note 2.
IL Abraham et Retour a. — Les Israélites avaient reconnu dans les Arabes habitant la partie méridionale de la péninsule une branche se rattachant au tronc sémitique; ils avaient exprimé ce fait dans Joctan, qui se séparait de son frère Pelg, ancêtre direct d'Israël (Genèse, X, 25-30).
Ils reconnurent également que les Arabes du Désert se rattachaient à Israël par une parenté encore plus rapprochée. C'est ce fait qu'ils ont exprimé par l'union d'Abraham avec Kétoura, union d'où seraient issues les tribus sarrasines.
Comme les Israélites vivaient en bonne intelligence avec ces demi-frères, ils n'ont pas fait maltraiter Kétoura par Abraham, comme ils l'avaient fait pour Hagar. La bonne harmonie entre les deux peuples est symbolisée par les présents qu'Abraham fait aux enfants de Kétoura lorsqu'il les établit dans les pays orientaux (Genèse^ XXV, 1-6).
III. Edom ET Jacob. — Les Edomites ou Iduméens étaient un peuple plus nombreux et plus ancien que les Israélites. Ils avaient eu un gouvernement régulier longtemps avant ceux-ci. David les conquit. Ils restèrent sous la domination des rois de Juda jusqu'à Joram, durant deux siècles. Soumis de nouveau par Amasias, 825 avant Jésus-Christ, ils furent délivrés par Retzin, roi de Damas, sous le règne d'Achaz, vers 740 avant Jésus-Christ. A partir de ce temps, ils restèrent libres(2 Samuel, VIII, 13, 14; 2 Rois, VI1I,20; 2 Rois, XIV, 7 ; XVI, 6).
i^ Naissance d'Edom et de Jacob (Genèse, XXV, 23-25).
Rébecca étant près d'accoucher sentit s'entre-choquer les deux enfants dont elle était grosse. Le Seigneur qu'elle consulta lui dit : « Genèse, XXV, 23. Deux peuples sont dans ton ventre ; deux nations sortiront de tes entrailles ; une nation plus puissante que l'autre et la plus grande sera assujettie à la plus petite. » Le premier enfant qui sortit était roux de peau et couvert de poils; c'était Edom (le roux) ou Esaû (le velu). Ensuite sortit Jacob.
Le peuple édomite et le peuple israélite sont les plus étroitement apparentés par tous les caractères ; ils sont donc frères de père et de mère. Comme le peuple édomite était le plus ancien et le plus nombreux, c'est lui que le mythologue fait naître l'afné. Gomme les Edomites ont été soumis par le roi David, il est facile de reconnaître, par la prédiction de TÉtemel, à quelle époque le mythe a été composé.
2» Edom perd Vhégémonie que lui conférait le droit d'aînesse. En fait, les Edomites ont perdu l'hégémonie par la conquête du roi David.
En droit, le mythologue essaye d'expliquer la chose par deux anecdotes, l'une très pauvre d'imagination, celle du plat de lentilles, l'autre plus ingénieuse, celle de la Bénédiction d'Isaac.
A. Edom cède son droit d'aînesse pour un plat de lentilles. « G^f«^,XXV,30.Donne-moide ce plat roux, dit Esaû à Jacob, parce que je suis extrêmement fatigué; c'est pour cela qu'Esaû fut nommé Edom le Roux. » On remarquera qu'ici le nom d'Edom serait dû à la couleur du plat de lentilles, tandis qu'au
verset 25, il est attribué à la couleur de la peau d'Esaû.
B. Bénédiction d'Isaac surprise par Jacob, de connivence avec Rébecca. C'est en vain qu'Esaû supplie son père de reprendre sa bénédiction donnée à Jacob, Isaac refuse; il lui annonce que Jacob sera son maître. Rien ne serait plus étrange dans le cas où Esaû et Jacob auraient réellement vécu ; une bénédiction obtenue par supercherie peut toujours être rétractée ; un fils frustré peut toujours êtredédommagé. Mais il s*agit ici, non de deux individus, mais bien de deux peuples; il s'agit d'un développement historique et non d'une anecdote personnelle. « Or l'histoire, dit excellemment M. Reuss, ne se change ni au gré des désirs des homme ni même au gré du bon droit. Le rapport politique entre le peuple d'Edom et le peuple d'Israël est donné, et c'est en vue de ce rapport que la bénédiction est formulée. Les détails du cadre mythique n'ont pas besoin d'être analysés pour confirmer cette manière de voir. Il n'y aurait dans tout le récit qu'un tissu d'invraisemblances. La critique n'a à se préoccuper que d'une seule chose, c'est de fixer l'époque qui peut avoir permis de peindre le rapport entre les deux peuples tel qu'il est présenté ici. Edom fut soumis à Israël depuis David jusqu'à Joram. Amasias reconquit le pays, qui s'affranchit définitivement sous Achaz. Cependant la possession n'en fut jamais assurée, et les insurrections s'y succédaient *. »