‹ Les mythes de la BibleChapitre 69 sur 118 · III. -^ Jnd» et Thamar · texte numérisé non relu

III. -^ Jnd» et Thamar

Ce mythe a été composé par un Ephraïmite au temps du schisme des dix tribus, alors que la haine des Ephraïmites contre la suprématie de la tribu de Juda était à son comble. Le but poursuivi est de déshonorer la maison de David en traînant dans la boue Juda, souche de la famille royale.

1» Juda a vendu son frère Joseph, le père d'Ephraïm, souche des Ephraïmites (Genèse, XXXVII, 20-27) ;

2o II a abandonné sa famille pour descendre en Kanaan, se lier d'étroite amitié avec des Kananéens, et finir par épouser une Kananéenne dont il a trois fils (Genèse, XXKYllh 1,2);

3° Il fait épouser une Kananéenne nommée Thamar à son fils aîné. Celui-ci étant mort sans enfant, Juda fait épouser la veuve par un second fils, Onan. L'Éternel, irrité contre Onan, le fait périr; Thamar reste veuve une seconde fois, sans enfant. Juda lui promet de lui donner pour mari son troisième fils. Mais comme il différait à dessein ce mariage, Thamar,

qui désirait être mère, se déguise en Kédescha ou courtisane sacrée; puis voilée, elle attend dans un carrefour le passage de Juda. Celui-ci, sans la connaître, couche avec elle et la rend mère de deux enfants, dont le second Perç ou Phares devait être Tancêtre direct de David (Genèse, XXXVIII, 6-30).

Dans ce mythe éphraïmite, Juda est déshonoré :

1° Gomme frère, puisqu'il vend son frère Joseph ;

2® Comme Israélite, puisqu'il abandonne sa famille pour vivre au milieu des Kananéens, et qu'il épouse une Kananéenne;

3» Comme père, puisqu'il commet un abominable inceste avec sa bru;

4<* Et la maison royale de David est atteinte par toutes ces souillures puisqu'elle descend de l'un des enfants issus de l'inceste de Juda avec Thamar.

Ce mythe a donc été inspiré par la haine, au sein du même peuple, d'une tribu contre une autre tribu.

PréUminaires.

Dans la vie des peuples, lorsque ceux-ci ont évolué dans un sens civilisateur, il arrive un moment où la culture des esprits est assez grande pour que les hommes réfléchis soient frappés des rapports qui unissent leur nation ou leur tribu avec les autres nations ou les autres tribus, soit au point de vue de la parenté de la langue, soit à celui du culte et des institutions, soit enfin à celui de Tamitié ou de l'hostilité invétérée. Comme les origines sont perdues dans la nuit des siècles, naturellement ces rapports de parenté et autres se comprennent et s'interprètent d'une manière analogue à ce que l'on voit dans les familles où Ton se sait père et fils, frèrer et cousin, amis ou ennemis, t On supposait à chaque tribu un premier père auquel on donna le nom de la tribu, et Ton arrivait ainsi à dresser une espèce d'arbre généalogique, lequel dans ses embranchements unissait, à divers titres, tous ceux qu'on regardait comme appartenant à la même grande famille de tribus * . »

Les Hellènes ou Grecs se divisaient en quatre grandes

i. Reuss, Histoire sainte, iome I^^ page 98.

races, à savoir, les Éoliens, les Doriens, les Ioniens et les Achéens. Les Ioniens et les Achéens formaient un groupe à part; ils semblaient plus rapprochés entre eux qu'ils le faisaient avec les deux premières races. Pour expliquer cette commune origine et cette nuance spécifique, les Grecs disaient que le père de tous les Hellènes était un fils de Deucalion nommé Hellen; cet Hellen avait eu trois fils, Eolus, père des Eoliens ; Dorus, père des Doriens, et Xuthus qui engendra Ion et Achœus ; ces derniers furent la souche des Ioniens et des Achéens. Toute cette généalogie est un mythe ethnographique.

Autre exemple emprunté à la race allemande que les Romains appelaient Germains. Tout d'abord Germain n'a jamais été le nom que s'est donné la race tudesque; il est celui sous lequel les Gaulois désignaient leurs voisins d'outre-Rhin; c'est aux Gaulois que les Romains l'ont emprunté. Aussi Littré, dans son Dictionnaire, dit-il que l'étymologie du mot Germain est très vraisemblablement Ger-mann, lequel en celtique signifie « homme voisin ». Le peuple allemand s'est toujours appelé lui-môme Teutsch-mann ou Deutsch-mann, d'où les Italiens ont tiré le mot Tedesco, et les Français l'adjectif tudesque.

Dans son livre sur les Mœurs des Germains, paragraphe II, Tacite écrit que les Germains racontaient de la manière suivante l'origine de leur race : D'après les traditions, un dieu nommé Tuisco (ancien allemand Tuisc; allemand moderne Teutsch ou Deutsche, engendré par la Terre, et son fils Mannus {mann.

homme) furent la souche et les auteurs de la nation. Mannus aurait eu trois fils, desquels sont issues les trois branches de la nation tudesque. Cette généalogie recueillie par Tacite est un mythe ethnographique.

Il en a été de même chez les Israélites. « La nation se forma peu à peu d'un certain nombre de tribus, rarement unies par un lien politique, mais que d'autres relations, et sans doute aussi celle du sang, rapprochaient les unes des autres, si bien que leur parenté était généralement admise, et même était devenue dans la suite des temps une espèce de dogme. On donnait à chacune des tribus ainsi alliées un premier père, qui portait son nom; les chefs étaient considérés comme frères, fils d'un même père, qui lui-même reçut le nom de la nation entière^ Mais comme l'alliance des tribus n'était pas également intime entre toutes, et que de plus elles n'étaient pas égales en puissance et en dignité, on attribua au père commun plusieurs femmes, les unes légitimes et libres, les autres esclaves et simples concubines, entre lesquelles on répartissait les enfants souches. Ce qui se voyait journellement dans les familles était transporté à l'histoire nationale, qu'on reconstruisait ainsi sans trop de peine et d'une manière aussi pittoresque qu'ingénieuse * . »

Les faits concernant la vie d'Abraham peuvent se classer en trois groupes principaux :

Le premier groupe comprend la naissance des enfants d'Abraham, à savoir, la naissance d'Ismaël,

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