Les nains et les géants
Est-il vrai que des peuples nains aient existé et existent encore? Cette question, pendant si longtemps controversée, a été, dans ces dernières années, résolue d'une façon définitive, grâce aux savantes observations des hardis explorateurs du centre de l'Afrique.
Le R. Kraff, et après lui, Harris, MM. Hartmann, du Chaillu et, plus particulièrement, Schweinfurth et le colonel Ghaillié Long-Bey, ont donué des renseignements précis sur ces races de Pygmées^ que les anciens avaient entrevus et dont leurs écrivains avaient fait des récits merveilleux, qui, jusqu'à nos jours, avaient été généra-
1. Du grec iivy\iri {poing fermé), mesure de longueur qui valait un pied olympique plus un huitième; suivant noire système métrique, la pygme équivaudrait à 0,547.
lement considérés comme des fables ou des légendes fantastiques.
Homère, d'après des croyances et des traditions qui lui sont certainement de beaucoup antérieures, fait mention des Pygmées au début du troisième chant de Y Iliade :
« .... Ainsi monte jusqu'au ciel la voix éclatante du peuple aîlé des grues, lorsque fuyant les frimas et les torrents célestes, elles traversent à grands cris l'impétueuse mer, et portant la destruction et la mort à la race des Pygmées, livrent, en descendant des airs, un combat terrible.... »
Après lui, la plupart des poètes grecs et latins ont rapporté cette fable du combat des grues et des Pygmées en l'augmentant de toutes les exagérations que leur suggérait leur imagination naturellement portée au merveilleux, et de tous les faits surprenants qui leur semblaient propres à amuser ou à intéresser leurs lecteurs.
Ovide, dans les Fastes, dit : « Le Latium ne connaissait pas encore l'oiseau de la riche lonie, ni celui qui savoure le sang des Pygmées*; » et quand il décrit dans les Métamorphoses les sujets représentés sur la toile tissée par Pallas lors de sa lutte contre Arachné, qui refusait de reconnaître les leçons qu'elle avait reçues d'elle et avait osé la défier, il est plus explicite encore : « Dans un autre, c'est la destinée déplorable de la mère des Pygmées. Junon, qu'elle avait provoquée, la vainquit, la changea en grue, et la condamna à faire la guerre à ses sujets-.... »
iNous citerons également Juvénal (Sai. Xlll) : « Quand le nuage sonore des oiseaux de Thrace vient à fondre subi-
i. « Nec Latium norat, quam prœbet lona dives,
Nec quae l»ygmaeo sanguine gaudet avem.... »
{Les Fastes, Vix. VI, v. 175.) 2. « Altéra Pygmaeae fatum miserabile matris
Pars habct; hanc Junô victani certaminé jûssit Essegruem; populisque suis indicere belium... » {Métamorphoses, liv. VI, v. 90.)
tement, le Pygmée, muni de ses petites armes, court au combat; mais, incapable de résister à Tennemi, bientôt riinpitoyable grue l'enlève dans les airs entre ses ongles recourbés. Si l'on voyait cbez nous un pareil spectacle, on en rirait; chez eux, où le plus grand de la cohorte n'a pas plus d'un pied de hauteur, personne n'en rit quoique la même scène se répète souvent*; » puis Stace (SylveSy 1. VI), qui, honteux sans doute de voir des hommes si petits qu'ils soient, battus par des oiseaux, donne aux
Fig. 1. — Pygraées combattant les grues, d'après la peinture d'un Rhyton grec.
Pygmées tout l'avantage dans leurs combats contre leurs ennemis :
« Casuraeque vagis grues rapinis Mirantur piimilos ferociores.... )>
et enfin Athénée (1. IX) d'après lequel leurs chars étaient traînés par des perdrix^.
Mais ce sont là des fantaisies de poètes auxquels de tout temps tout a été permis et on ne doit pas y attacher plus d'importance qu'à la fable d'Hercule, endormi sur les sables de la Lybie après avoir vaincu Antée et assailli par