‹ Les nains et les géantsChapitre 2 sur 46 · JuvENAL, trad. Dussaulx · texte numérisé non relu

JuvENAL, trad. Dussaulx

2. MiLTON, dans son Paradis Perdu{y. 575), reproduit aussi, d'après les poètes anciens la fable des Pygmées combattant les grues :

« .... that small infantry Wared on by crânes »

(Cette pelite armée faisant la guerre aux grues

une armée innombrable de Pygmées « qu'il secoue en esclattant de rire au beau milieu du danger. Car empoignant tous ces vaillans champions, il vous les serre et amoncelle dans sa peau de lyon et les emporte (comme ie croy) à Euristhée^ ».

Il n'en est pas de même des relations que nous ont laissées sur ce sujet les historiens, les naturalistes et les géographes de l'antiquité; plusieurs d'entre eux ont traité de l'existence des Pygmées à différents points de vue, et ce qu'ils en ont dit mérite parfois d'être sérieusement étudié ; on trouve, du reste, beaucoup moins de fables qu'on ne l'imagine dans Hérodote, Ctésias et autres auteurs anciens qui ont avancé bien des faits qui nous semblent extraordinaires et, jusqu'à un certain point, incroyables et que, cependant, les relations des voyageurs modernes ont souvent confirmés.

C'est ainsi qu'Hérodote, sans leur donner le nom de Pygmées, a parlé d'une nation de petits hommes habitant au delà des déserts de la Lybie. H rapporte (liv. II, g 52), qu'Étéarque, roi des Ammoniens, ayant demandé à des pèlerins de Cyrène s'ils savaient quelque chose de remarquable sur les déserts de la Lybie, ils lui avaient raconté le fait suivant : « Quelques Nasamons^ eurent, disaient-ils, des enfants d'un caractère naturellement hardi. Parvenus à l'âge viril, ces jeunes gens avaient imaginé, parmi un grand nombre d'entreprises singulières de désigner par le sort cinq d'entre eux pour visiter les déserts de la Libye et pénétrer plus loin que tous ceux qui, jusque-là, s'étaient le plus avancés.

1. Les Images ou Tableaux de plalte peinture des deux Philostrates, sophistes grecs, mises en françois par Blaise de Yigexère (inlol.; 1614).

2. Peuple de Libye, sauvage et puissant, qui habitait primitivement les bords de la Grande Syrie (golfe de Sidra), mais fut repoussé dans l'intérieur par les Grecs de la Cyrénaïque et ensuite par les Romains.

LES MINS

Ceux qu'entre les jeunes gens du même âge le sort avait désignés, munis de vivres et d'eau, traversèrent d'abord le pays habité, ensuite la contrée sauvage et entrèrent enfin dans le désert, où ils firent route en se dirigeant vers le couchant. Après avoir marché plusieurs jours dans des sables profonds, ils aperçurent des arbres qui s'élevaient au milieu d'un champ; ils s'an approchèrent et mangèrent des fruits que portaient ces arbres. A peine avaient-ils commencé à en goûter qu'ils furent surpris par un grand nombre d'hommes d'une stature fort inférieure à la taille moyenne, qui les saisirent et les emmenèrent avec eux. Us parlaient une langue inconnue aux Nasamons et n'entendaient pas la leur. Ces hommes conduisirent les cinq jeunes gens, à travers un pays coupé de grands marécages, dans une ville dont tous les habitants étaient noirs et de même stature que leurs conducteurs. Auprès de cette ville coulait un fleuve considérable dont le cours était du couchant à l'orient et l'on y trouvait des crocodiles^. »

« Malgré la brièveté de ce récit, dit M. de Quatrefages*, il concorde trop bien avec les découvertes modernes pour que l'on en puisse mettre en doute la réalité. On sait que les zones géographiques indiquées par les Nasamons se retrouvent encore et que le fleuve dont ils ont révélé l'existence est notre Djoliba ou Niger, que l'on a cru tour à tour être le Nil lui-même ou un affluent du lac Tchad, avant que Mungo-Park, Caillé, Clapperton, les frères Lauder, etc., nous en eussent fait connaître le véritable cours.... C'est entre le premier et le quatrième degré de longitude occidentale que les Nasamons rencontrèrent le Niger, mais on ne saurait préciser davantage la position de la ville habitée par les nègres où furent conduits les hardis voyageurs. »

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