James Paris, Drawiiigs of Human Prodigies
2. Une naine du même genre fut montrée à Taris, à la foire Saint- Germain, en 1799. Yoici ce que dit d'elle l'auteur un peu sceptique de VAImanack forain que nous aurons plus loin l'occasion de citer souvent : « La jeune Vénitienne. On assurait que cette Vénitienne, née peut-être en Normandie, n'avait que 28 pouces de haut, (0'",756). Elle était venue au monde sans mains et ses pieds étaient attachés aux genoux. A l'aide de ses moignons, elle entilait une aiguille très line, faisait un nœud au fil avec sa langue, cousait, lilait, tricotait et coupait avec des ciseaux toutes sortes d'étoffes. Sans doute que cette espèce de Vénitienne avait reçu une certaine éducation puisqu'elle chantait des ariettes italiennes et raclait du violon. Malgré sa difformité, on disait que cette naine était mariée et qu'elle avait des enfants bien constitués. — Le lecteur se souvient-il d'avoir vu dans les rues de Paris une petite vieille au visage olivâtre, assez semblable à la fée Carabosse, et qui, montée sur une table, montrait aux passants l'adresse de ses deux moignons? Hé bien! la mei'veilleuse Vénitienne et cette figure ratatinée n'étaient qu'un seul et même individu. [Almanach forain de 1786, p. 58.)
Hg. lî). —Jean Worvilerg, d'après une gravure, à la manière noire, de Goie.
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Il parle un très bon allemand. Il est de si belles proportions dans sa petitesse que tous ceux qui le voient l'admirent. Ce personnage est visible à Ja Touffe de Plumes, près du Roi à cheval, dans Stock Market à toutes les heures du jour. Si quelqu'un ou quelques personnes de qualité avaient le désir de le voir dans leurs maisons ou leur logis, il est tout disposé à se rendre à leur invitation pourvu qu'on le prévienne un peu à l'avance. » Son portrait fut gravé et publié en 1688 par Isaac Olivier, de Ludgale-Hill, avec la légende suivante : « Portrait de John \Vormbergh,de nationalité suisse et de religion protestante ; sa hauteur n'excédant pas deux pieds sept pouces, âgé de trente-huit ans; qui a eu l'honneur d'être présenté à la vue de la plus grande partie des princes de l'Europe, et, depuis, au roi de la Grande-Bretagne et à la plus haute noblesse; jusqu'à présent il n'en a pas été vu de pareil; c'est vraiment un étrange prodige de la nature et un sujet d'étonnement et d'admiration pour les spectateurs. Il est visible actuellement dans Fleet-street. » 11 existe de lui plusieurs autres portraits, un entre autres, gravé par J. Drapentier, et au bas duquel se trouvent quatre vers anglais et huit vers hollandais.
Ce pauvre nain périt d'une façon étrange : il fut noyé à Rotterdam en 1695, alors qu'on le transportait du quai sur un bateau où il devait s'embarquer; la planche qui servait de passerelle se rompit et l'iiomme qui le portait tomba à l'eau avec son fardeau; malheureusement le pauvre Wormbergh, qui pour échapper aux regards des curieux se tenait habituellement renfermé dans une boîte lorsqu'il voyageait, ne put être sauvé et sa boîte lui servit de cercueil. îîon nom est écrit quelquefois Woremberg ou Worrenburgh. C'est à lui probablement qu'Evelyn fait allusion quand il parle dans ses Niimismata, que nous avons cités plus haut (p. 124), d'un petit « mannequin récemment transporté dans une boîte ».
Un peu plus tard, sous le règne de Guillaume III, nous
ilù KALNS ET GEANTS
trouvons une autre annonce assez curieuse d'une naine que l'on montrait à la foire Saint-Barthélemi, à Londres, et qui était offerte à la curiosité des visiteurs sous le seul nom de V Enfant changée {Changling Cfiild). « A voir, près de la porte du Corbeau noir^ dans West Smithfield, pendant tout le temps de la foire, un squelette vivant, pris dans l'Archipel par une galère vénitienne sur un vaisseau turc. Cette enfant vraiment féerique est supposée née de parents Hongrois et avoir été changée en nourrice : elle est âgée d'au moins neuf ans et sa hauteur n'excède pas un pied et demi (0'",456, mesure anglaise). Ses jambes, ses cuisses et ses bras sont tellement petits qu'ils dépassent à peine en grosseur le pouce d'un homme. Vous pourriez voir l'anatomie entière de son corps en la plaçant contre le soleil. Elle n'a jamais parlé et bien qu'elle n'ait pas de dents, c'est la créature la plus vorace et la plus affamée qui ait jamais existé, dévorant à elle seule plus de nourriture que l'homme le plus robuste de toute l'Angleterre. — Vivant Rex et Regina! » On retrouve cette annonce, dans des termes à peu près semblables, à la foire de Southwark.
Les nains, du reste, foisonnaient en Angleterre à cette époque et les avis ou affiches qui en annoncent la présence au public sont presque toujours curieuses, autant par leur style emphatique que par les épithètes laudatives qu'elles prodiguent aux petits phénouiènes auxquels elles se rapportent. Nous en citerons quelques exemples d'après M. ¥A. Wood^ A la fin du dix septième siècle, sous le règne de Guillaume 111, nous trouvons l'annonce suivante :
« W. R. — Par permission de Sa Majesté.
<( Près de la porte de la Tête du Roi, dans Smiihfield pendant toute la durée de la foire St-Barlhélemy. Pour la satisfaction de toutes les personnes curieuses de péné-
i. Giants and Dwarfs, Londres. 1868.
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trer les secrets de la nature, il y a à voir une femme naine, ayant à peine trois pieds et un pouce de hauteur (0™,957, mesure anglaise), née dans le Somerset shire, qui est dans la quarantième année de son âge, qui cause admirablement bien et qui donne la plus grande satisfaction à tous ceux qui viennent la voir. Nota : il n'y a là ni perte de temps ni aucun autre inconvénient à redouter en allant voir ce mystère de la nature. — Vivat Rex! »
A la même époque (1698) on montrait à l'extrémité de Brookfield Market, « le petit Écossais, qui a fait l'admiration de toutes les personnes qui l'ont vu ; il a seulement deux pieds et six pouces de hauteur (O'^l^bS), et est maintenant âgé de près de soixante ans. 11 a été marié pendant plusieurs années et son épouse lui donna deux fils (dont un est avec lui actuellement). Il chante et danse avec son fils; et il a eu l'honneur, dans tous les pays où il a voyagé, de se faire voir dans les résidences de plusieurs personnes de marque. U a autrefois tenu un cours d'écriture^ et il disserte très pertinemment sur les Écritures et sur plusieurs sujets élevés; et il donne une grande satisfaction à toutes les personnes qui le voient; et si quelqu'un le désire, il y a dans cette ville nombre de gens prêts à certifier qu'ils ont vu ses élèves et qu'ils l'ont connu marié. » Pauvre maître d'écriture! qui en était réduit, à soixante ans, à se montrer comme un animal curieux et à danser en public avec son fils !
Nous citerons également la Naine de r Univers, que l'on exhibait, au mois de juillet 1700, dans Stocks'Marketf vis-à-vis VAigle et VEnfant, à l'endroit où se trouve aujourd'hui Mansion House : a.... On peut voir à toute heure du jour, depuis huit heures du matin jusqu'à neuf heures du soir, une Petite Femme allemande, la Naine de V Univers, ayant seulement deux pieds huit
1. Dasoeau dans son Journal parle d'un nain qui était également luailre d'école, mais il ne dit pas qu'il se soit montré en public.
ils NAINS ET GEANTS
pouces de haut (0™,808 mesure anglaise) et mère de deux enfants, aussi droite que quelque femme que ce soit en Angleterre ; elle chante et danse incomparablement bien ; elle a eu l'honneur d'être montrée devant le Roi, les Princes et la plus haute noblesse du pays; elle est conduite dans une petite boîte à la résidence de tous les gentlemen qui le désireraient. » Une autre annonce concernant cette même naine, nous apprend qu'elle était âgée de quarante-neuf ans.
C'était assez l'habitude, paraît-il, de conduire les nains renfermés dans des boites au domicile des personnes qui voulaient y mettre le prix; quelques années plus tard, on annonçait ainsi une naine merveilleuse : « Par autorité^ de Sa Majesté, — A l'auberge de la Corne de cerf\ pendant tout le temps de la foire Barthélémy, on pourra voir l'étrange rareté suivante ; c'est à savoir : la Petite femme Fée, arrivée dernièrement d'Italie, haute seulement de deux pieds deux pouces ;0™,658), la plus petite qui ait jamais été vue en Angleterre, et aucunement contrefaite comme l'étaient les deux femmes que l'on menait dans une boîte de maison en maison, dans les rues de Londres, il y a quelques années; celle-ci a treize pouces de moins qu'elles. Si quelques personnes désiraient la voir à leurs résidences, nous serons tout prêts à leur rendre visite à quelque heure du jour que ce soit. » Mais un des nains les plus étonnants qui aient été montrés en public est certainement celui que représente une gravure anglaise datée de 1746 et qui porte la légende suivante : « Le merveilleux, fort et surprenant Nain Persan haut de trois pieds six pouces (1"',062) né en Perse, âgé de cinquante-six ans, parle huit langues, chante en italien, danse admirablement, etc., etc. » 11 était
i. Mis évidemment à la place de par autorisation ; cette annonce, du reste, est rédigée en ti-ès mauvais anglais cl pleine de fautes aussi grosi-ières que celle que nous signalons.
arrivé à Londres dans le courant de l'année 1740 et plusieurs journaux, entre autres le Daiîy advertiser du 18 août, lui avaient fait une belle réclame, ainsi que l'on dit aujourd'hui : « A voir, à la Taverne du Grand Verre [the Rummers T averti), à Charing-Cross, un nain persan, qui est arrivé ces jours derniers, haut de trois pieds huit pouces, âgé de quarante-cinq ans, qui a eu l'honneur de divertir lapins grande partie des personnes nobles, distinguées, et autres, dans beaucoup de pays d'Europe, avec ses formes étonnantes, et à la satisfaction de tous. — l*' Il porte deux hommes vigoureux, un de chaque bras, et danse autour de la pièce en les tenant; 2'' il porte un fauteuil sur ses bras, et avec ses moustaches qui ont six pouces de longueur, il ramasse une pièce de monnaie posée sur le parquet; o", il prend sur le parquet avec ses moustaches ladite pièce de monnaie, trois de ses doigts posant par terre et une de ses jambes levée en l'air, et avec son bras il lance et reçoit une chaise; 4° etc.... Avec ses formes merveilleuses, sa force et son adresse qu'il serait superflu de mentionner davantage, il surpasse l'imagination et c'est ajuste titre qu'il a été appelé le second Samson. 11 parle également huit langues différentes. Il a eu l'honneur d'être reçu parle prince et la princesse de Galles à Gliefden llouse, et pai les princesses à Saint-James. »
Une sorte de nain Hercule, plus fort, mais moins adroil et surtout moins intelligent que celui que nous venons de citer, avait vécu à Londres quelques années auparavant. C'était un Irlandais, nommé Owen Farrel, d'assez, basse origine et qui était venu à Dublin se placer comme domestique chez un colonel. 11 avait trois pieds neuf pouces de hauteur seulement (l'»,157) et était d'apparence lourde et épaisse. Il se fit néanmoins remarquer dans plusieurs occasions, par des tours de force tellement surprenants— il porta un jour quatre hommes, deux sur chaque bras — qu'on lui conseilla de se montrer comme une
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curiosité, et, à cet effet, il courut pendant un certain temps de ville en ville, mais sans aucun succès. 11 vint alors à Londres, où, trop paresseux pour travailler, il vécut misérablement en mendiant dans les rues. Son apparence singulière et ses manières bizarres attirèrent cependant l'attention. On le rencontrait, tenant à la main un énoime gourdin à peu près aussi haut que lui, vêtu de haillons sordides, coiffé d'un vieux chapeau tout déchiré avec des bas troués et ses pieds sortant à moitié de chaussures éculées. C'est ainsi qu'il est représenté dans plusieurs portraits faits d'après lui et gravés par des artistes habiles, entre autres par Burgh en 17d6 et par Smeeton. 11 était devenu un personnage important et des écrivains sérieux se sont occupés de lui. Quelque temps avant sa mort, arrivée en 1742, il avait vendu son corps, moyennant une petite rente qui lui était comptée par fractions tous les huit jours, à un chirurgien, M. Omrod, qui monta son squelette avec soin et le plaça dans la collection du duc de Richemond, d'où il passa ensuite dans celle de William llunter, à l'Université de Glascow. A côté de son squelette se trouvait une peinture assez remarquable le représentant vêtu d'une veste de cuir, vêtement qu'il portait habituellement depuis son arrivée à Londres, et auquel il avait dû le surnom de Jack-habit-de-cuir y sous lequel
Fig. 20. — Owen Farrel, d'après uue gravure du temps.
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il était communément désigné. Il existe de lui un autre portrait gravé par Hulett, d'après un dessin de Gravelot. Un écrivain anglais parlant de Farrel, disait : « La nature s'est largement trompée en donnant à ce nain une taille qui égale à peine la moitié de celle d'un individu ordinaire, alors qu'elle lui a accordé la force de deux hommes. »
Parmi les nains dont la conformation bizarre excitèrent la curiosité — ou peut-être aussi malheureusement l'amour-propre scientifique des médecins anglais — et qui, de leur vivant, furent obligés de vendre leur dépouille mortelle, nous citerons John Grimes, né à Newcastleupon-Tyne, et qui mourut à Londres, en 1756, âgé de cinquante-sept ans; il avait été marié et était père de quatre enfants. Comme Farrel, c'était un petit Hercule ; puisqu'il pouvait facilement soulever de terre et porter sur ses bras deux hommes de taille ordinaire. Malheureusement pour lui quand il eut atteint l'âge de quarante ans, ses forces déclinèrent rapidement et il perdit ainsi une de ses plus grandes ath- actions ; plusieurs années avant sa mort il vendit son corps à un médecin, moyennant la modique redevance de six pences (douze sous) par semaine. On l'exploita même après son décès et son squelette fut pendant longtemps montré dans une taverne du iitrand.
Nous pouvons approcher de ces deux faits, bien qu'il leur soit postérieur de près d'un siècle, celui de la pauvre petite Caroline Crachami, naine Sicilienne morte à Londres au mois de juin 1824 à peine âgée de dix ans, et dont le petit corps fut, non pas vendu, mais volé par un Barnum peu scrupuleux qui le céda au Royal Collège des chirurgiens, dans le muséum duquel on peut encore aujourd'hui voir son squelette qui mesure à peu près 0'",80 de hauteur. A côté se trouvent des moulages de ses bras, de ses mains et de ses pieds ainsi que quelques objets dont elle se servait habituellement, tels que son
dé à coudre, ses petits bas et une bague ornée d'une perle fine que lui avait donnée la duchesse de Parme. Son père, musicien à Palerme, n'avait jamais voulu consentir à la montrer en public, jusqu'au jour où, sur le rapport qu'on lui fit de la curiosité qu'avaient les Anglais pour ces sortes de phénomènes et des succès d'argent qu'ils y cblenaient, il la conduisit à la fin de 1825 à Liverpool pour la montrer ensuite à Birmingham, à Oxford et enfin à Londres.
Le Tijiies annonça ainsi sa mort dans son numéro du 16 juin 1824 : « La pauvre enfant toussait depuis quelque semaines et les changements de température de ces jours derniers avaient paru exercer une fâcheuse influence sur l'état général de sa santé. Jeudi dernier cependant on la montra eu public comme d'habitude et elle reçut la visite de plus de deux cents visiteurs; vers le soir, elle parut extrêmement fatiguée et tomba tout à coup dans un état de faiblesse considérable ; on lui fit quitter la salle dans laquelle avait lieu l'exhibition, mais elle mourut aussitôt. » Le môme journal lui consacre à la date du 17 juin, un second article duquel il résulte que son père s'était entendu avec un individu nommé Gilligau auquel il l'avait confiée pour la montrer en public; aussitôt après la mort de l'enfant, ce Gilligan avait emporté le corps, laissant seulement dans le domicile qu'il occupait avec elle chez un tailleur de Durke-street, le lit de parade et les riches vêtements qu'il avait fait faire pour la présenter à la famille royale; il avait offert ce pauvre petit corps à un riche amateur, M. Brooks, moyennant cent guinées, mais le marché n'avait pas été conclu.
Après s'être inutilement adressé au magistrat de Malborough-street Office pour obtenir un mandat d'arrêt contre Gilligan, le malheureux père alla trouver sir Everard Ilorne, par l'intermédiaire duquel sa fille avait été présentée au roi, et chez qui il savait, de source certaine.
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([lie le cadavre avait été apporté par le ravisseur qui prétendait avoir plein pouvoir d'en disposer à son gré ; sir Kverard, confiant dans la parole de ce Gilligan, lui avait conseillé de l'offrir au Royal Collège des chirurgiens, lui disant qu'on lui en donnerait le prix quil demanderait. En apprenant qu'il avait été la dupe d'un fripon et qu'il s'était fait ainsi, sans le savoir, le complice de cette mauvaise action, sir Everard conduisit lui-même le malheureux père à l'endroit où se trouvait sa fille; mais il était trop tard et le petit cadavre était déjà à moitié disséqué. Fou de douleur à cette vue et dans un état de surexcitation impossible à décrire, le pauvre musicien se précipita sur les restes mutilés de son enfant et c'est avec peine qu'on put l'arracher de ce triste lieu. Quelques jours après sir Everard lui fit parvenir une assez forte somme qui lui permit d'aller rejoindre sa femme qu'il avait laissée en Irlande, et de retourner ensuite dans son pays natal.
De tous les nombreux nains qui se montraient en public vers le milieu du siècle dernier dans les différents pays d'Europe, mais surtout en Angleterre où ce spectacle, ainsi que nous l'avons vu, était fort recherché, nous mentionnerons seulement ceux qui nous semblent offrir quelques particularités intéressantes. Parmi ces derniers, nous rangerons Robert Skinner et son épouse Judith, que l'on montrait ensemble à Londres en 1742. Le mari âgé de quarante-quatre ans, mesurait deux pieds un pouce de hauteur (0'",633 mesure anglaise), et sa femme un pouce seulement de plus que lui. Tous les deux étaient fort bien proportionnés dans leur petitesse, intelligents, spirituels et gais. Ils furent mariés dans l'église Saint-Martin, à Londres, et vécurent ensemble vingt-trois ans pendant lesquels ils eurent quatorze enfants bien faits et d'une bonne santé. Ils se montrèrent en public pendant deux années seulement et la curiosité qu'ils excitèrent fut si grande, que ce court espace de temps
leur suffit pour amasser une petite fortune qui leur permit de vivre tranquillement jusqu'à la fin de leurs jours. Ils avaient pour leur usage une petite voilure, à peine plus grande qu'un fauteuil d'enfant et que traînaient deux chiens conduits par un cocher de douze ans, vêtu d'une livrée rouge et jaune. Ils allaient souvent se promener dans cet équipage à Saint-James Park, où leur petite voiture était toujours suivie d'une foule nombreuse, avide de les contempler.
Mistress Skinner mourut en 1765; son époux fut tellement affligé de sa perte, qu'il se renferma pendant un an dans sa chambre, seul, sans vouloir souffrir personne avec lui, si ce n'est une vieille servante qui avait pris soin de sa jeunesse, et refusant de voir, non seulement ses parents, mais même ses propres enfants. Quand sa douleur fut un peu calmée, il quitta Londres dont le séjour lui était devenu intolérable et se retira à Rippon, sa ville natale, où il mourut au bout de deux ans, après avoir pris soin de partager lui-même sa fortune entre tous ses enfants.
Nous signalerons également un nain qui mourut en Normandie, à Hayneville, âgé de vingt et un ans et qui n'avait que O"", 786 de haut. Il s'appelait Louis Crâne, Sa. voix était un peu plus masculine que celle d'un enfant de sa taille, mais son esprit était assez borné et il ne put jamais prononcer que des mots séparés et monosyllabiques. En revanche, l'instinct d'imitation était assez développé chez lui, ainsi que cela a lieu généralement chez les nains de naissance, et il contrefaisait dans la perfection les aboiements des chiens, le miaulement des chats et le bêlement des moutons; il ne voulait pas parler et se bornait à désigner du doigt les objets qu'il désirait avoir; quoique naturellement mélancolique, il lui arrivait quelquefois de rire, mais souvent aussi il criait comme un enfant de trois ans dont il avait, du reste, toute l'apparence. Sa santé était généralement
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* sans que rien parût 1 intéresser. Sa mère disait que quand il était venu au monde, « il était tout petit, extrêmement faible et semblait ne pas avoir d'os. »
Quoiqu'il fût beaucoup moins recherché que chez nos voisins les Anglais, le spectacle des nains attirait néanmoins beaucoup de monde dans les baraques des nombreuses foires qui se tenaient tous les ans dans les différents quartiers de Paris, surtout à la foire Saint- Germain, qui ouvrait le 5 février pour se terminer seulement au samedi de la Passion, et à la foire Saint-Laurent, qui durait plus de deux mois (du 25 juillet au 50 septembre). A cette dernière, qui était la plus riche en curiosités et en pWnomènes de tous genres, on pouvait voir, nous dit Loret, dans sa Muze historique :
Arlequins sauteurs et danseurs,
Outre un géant dont la structure
Est prodige de la nature;
Outre les animaux sauvages.
Outre cent et cent batelages,
Les fagotins et les guenons.
Les mignonnes et les mignons ^ .. »>
Et Marmontel, dans son Poème de la Musique parlant des foires de Paris, ajoute :
« Nains et géants, magots de toute espèce S'offrent en foule à nos yeux ébahis; Et dans une lieure un bourgeois de Lutéce A parcouru les plus lointains pays. »
Mais les chroniqueurs du siècle dernier n'attachaient pas aux nains une bien grande importance; il y avait pour eux d'autres spectacles plus intéressants et nous ne trouvons guère de renseignements dans les journaux et les recueils du temps.