Voijo/je iV Espagne fail en I75r), 1^'^ partie, p
170 NAINS ET GEÂxNTS
lions des tableaux de Philoslrate que nous avons déjà citées et qui parle du « Milanais qui se faisoit voir dans une cage en guise de perroquet... »
Le même fait a été reproduit aussi par un écrivain anglais, Wanley. Dans ses Merveilles du Petit Monde (Wonders of the Little World), il rapporte qu'un gentilhomme de ses amis, dont la bonne foi ne peut être mise en doute, lui a affirmé à son retour d'un voyage en Italie, avoir vu à Sienne un petit homme dont la taille ne dépassait pas celle du nain que Cardan avait vu. « C'était dit-il, un Français, originaire du Limousin, ayant une très belle barbe, et qui se faisait voir dans une cage pour de l'argent. A l'un des angles de la cage, il y avait une sorte de petite logette dans laquelle il se retirait et quand les spectateurs étaient assez nombreux, il sortait et jouait d'un instrument. »
A la fin du seizième siècle on montrait sur le continent un nain anglais nommé John Ducker ou Decker ^ dont parle Platerus dans une de ses lettres : « J'ai vu, dit-il, un Anglais,' John Ducker, que quelques-uns de ses compatriotes promènent un peu partout et qu'ils montrent en public moyennant de l'argent; j'ai fait de lui un dessin le représentant en pied; il a à peu près quarante-cinq ans d'âge, au moins autant que j'ai pu en juger d'après sa figure qui commence à se rider; il porte une longue barbe et ne mesure pas plus de deux pieds et demi de hauteur (0",855) ; cependant il est bien proportionné, sa taille est droite et ses membres sont forts; c'est bien certainement le plus petit nain que j'ai jamais vu. »
En France, et surtout en Angleterre au seizième siècle, on montrait beaucoup de nains dans les foires. Un écrivain anglais, Stow, dans sa Chronique de 1581, raconte qu'à la foire Saint-Barthélemi (Bartholomew fair) le spectacle le plus recherché était celui des phénomènes et surtout des géanls et des nains. Parmi ces derniers, il cite
un Hollandais qui n'avait pas trois pieds et dont les jambes, par une singulière anomalie, ne possédaient pas rarticulation du genou, ce qui ne l'empêchait cependant pas de (( danser des gaillardes ». Ce nain, du reste, était sous tous les rapports une sorte de monstre; ses bras s'arrêtaient à la hauteur du coude et étaient terminés par une espèce de moignon dont il se servait assez adroitement pour lancer, tout en chantant, une tasse qu'il recevait et renvoyait en l'air des deux côtés alternativement ; il lançait également une flèche vers un but déterminé avec dextérité, faisait des armes et maniait la hache; tous les jours il buvait au moins dix pintes de la meilleure bière qu'il pouvait se procurer. « Je l'ai vu, le 17 juillet, dit Stow, assis sur un banc à côté d'un géant qui l'accompagnait, la tête couverte d'un chapeau à plumes, coiffure qu'il affectionnait beaucoup. Quand ils étaient debout tous les deux, le nain, avec son chapeau et ses plumes atteignait à peine à la hauteur de la cuisse du géant. »
C'est également parmi les monstres que nous devons ranger le fameux Matthieu Buchinger, né à Anspach en 1674, qui vint au monde sans mains, sans pieds et sans jambes, et qui, à la place de bras, avait deux excroissances qui partaient des omoplates et « qui ressemblaient plus, dit Caulfîeld, dans ses Remarkable Persons, à des nageoires de poisson qu'à des bras humains » . C'était un (( tronc humain, haut en tout de vingt-neuf pouces, (0" 863) ». Malgré sa difformité il écrivait bien et faisait plusieurs tours d'adresse et de dextérité. On l'avait montré dans toute l'Allemagne et surtout à Nuremberg avant qu'il ne vînt, au commencement du dix-huitième siècle, à Londres où le roi Georges P"" et surtout Robert llarley, comte d'Oxford, le prirent sous leur protection. La curiosité qu'il excita en Angleterre l'engagea sans doute à y rester pendant fort longtemps; James Paris en fit, au mois de mars 1751, un dessin conservé aujourd'hui au
British Mtfseum^. Nous ne parlerons de Buchinger, qui n'était pas, à proprement parler, un nain, que pour mentionner ici qu'il se maria quatre fois, malgré sa difformité repoussante-.
Avant lui, sous le règne de Jacques II, on avait vu à Londres, où il eut un très grand succès, un nain dont le portrait gravé par plusieurs artistes, a été également dessiné par James Paris et figure dans la collection que nous avons mentionnée plus haut. Il s'appelait Jean Wormbergh et était né à Ilarlshousen, en Suisse. L'affiche qui annonçait l'arrivée de ce petit homme portait en tête le chiffre du roi Jacques II c J- R » et les armes royales. « Ceci est pour donner avis aux personnes de qualité et autres qu'il est dernièrement arrivé dans celle fameuse cité de Londres, la Rareté de r Univers, c'est-à-dire, un homme de la plus petite stature qui ait jamais été vu de mémoire d'homme, ayant seulement deux pieds sept pouces (0'",783, mesure anglaise) et trente-sept ans d'âge; il possède une longue barbe et chante bien. Il a été vu par le Roi et toute la cour à Whitehall. Il est né en Suisse.