‹ Les nains et les géantsChapitre 44 sur 46 · Q, VOM · texte numérisé non relu

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Fig. 39. — La géante Abellie, d'après une gravure hollandaise.

vérité, mais ordinaire ; et toute la magie qu'elle emploie

1. Recueil très méchant mais plein de renseignements intéressants, publié par un comédien, Mayed Saint-Paul, en 1782.

pour paraître un colosse se réduit à des talons de cinq pouces de haut et à une coiffure qu'on appelait jadis monte-au-ciel » C'est la coiffure que porte la géante Ahellie que représente notre figure 39 d'après une rarissime gravure, et sur laquelle nous ne savons rien si ce n'est qu'elle était née à Grôningue^

Londres, à la même époque, possédait un géant bien autrement authentique et qui fit du bruit, surtout après sa mort. Il se nommait Charles Byrne et était né en Irlande vers 1761. Au mois d'août 1780 il mesurait huit pieds, et, de cette époque à sa mort, arrivée en 1785, il grandit encore de quatre pouces et atteignit la taille respectable de 2'", 532. Il se montra à Londres à différentes reprises et toujours avec un grand succès, malgré le prix élevé d'une demi-couronne, la première fois qu'il parut en public, en 1782, et de 2 schellings 6 pences l'année suivante. 11 faut dire aussi que les avis publiés dans les journaux pour l'annoncer au public étaient bien faits pour attirer les amateurs. Voici celui du 6 mai 1782 : « Quoi que l'on fasse pour exciter l'attention du public, il est généralement bien difficile d'y parvenir; mais ce n'est pas le cas avec le moderne colosse vivant, ou le merveilleux géant irlandais. Les curieux de toute espèce, en sortant de le voir, déclarent que jamais ils n'ont admiré rien de semblable; et ceux qui sont plus observateurs déclarent franchement que jamais la langue de l'orateur le plus éloquent et la plume de l'écrivain le plus ingénieux, ne seraient capables de décrire l'élégance des formes, la symétrie et les remarquables proportions de ce merveilleux phénomène de la

4. Mercier, dans son Tableau de Paris, dit ég^alement en parlant de la Foire Saint-Germain : « Là, des hommes de six pieds, montés sur des brodequins, coiffés comme des sultans, passent pour des géants. Une ourse rasée, épilée, à qui on a passé une chemise, un habit, veste et culotte, se montre comme un animal unique, extraordinaire, etc.. (t. m, ch, ccxv.)

nature, de même que toute description ne pourrait donner la satisfaction que l'on éprouve en l'observant judicieusement, etc.... »

Byrne maintint son prix de 2 schellings et demi, prix élevé pour l'époque, et ne fit de diminution qu'aux enfants et aux domestiques, qu'il admettait moyennant 1 schelling; mais en homme pratique et pour prévenir toute supercherie, il avait bien soin d'ajouter à ses annonces : « iV. B. Afin d'éviter tout malentendu, personne ne sera admis pour 1 schelling, à l'exception des enfants et des domestiques en livrée. » Aussi amassa-t-il assez promptement une somme assez importante, dont la plus grande partie, une bank-nole de 700 livres et une autre de 70 (environ 20,000 fr.), lui furent volées un soir du mois d'avril 1785. Cette perte l'affecta tellement qu'elle hâta sa mort, causée également par l'habitude fâcheuse qu'il avait prise de boire outre mesure; il mourut au mois de juin suivant, âgé de vingt-deux ans. A ses derniers moments, il demanda instamment que son corps fût jeté à la mer, afin que les médecins ne pussent avoir son squelette. Néanmoins, et malgré la volonté expresse du pauvre géant, les savants de Londres mirent tout en œuvre pour posséder son corps, et cela avec un tel acharnement, que les journalistes de l'époque écrivirent à ce sujet des articles, dans lesquels, sous une forme satirique peut-être un peu lourde, ils flétrissaient leur conduite. « Les chirurgiens, dit l'un d'eux, sont tellement désireux de posséder le corps du géant irlandais qu'ils ont offert aux fossoyeurs de le leur céder moyennant une rançon de 800 guinées. Leur offre ayant été rejetée, ils sont décidés à investir le cimetière; ils espèrent, au moyen de travaux souterrains, et en creusant des terriers, arriver à pouvoir le déterrer. »

Quoi qu'il en soit et bien que, suivant des documents authentiques, Byrne ait été enterré au cimetière de Saint- Martin, son squelette est aujourd'hui dans le Hunterian

Muséum du Royal Collège of Surgeons et d'après la tradition, son corps aurait été cédé au célèbre anatomiste William Huiiter, moyennant une somme considérable (500 livres suivant quelques auteurs, 800 suivant d'autres).

Un autre géant irlandais se montra à Londres quelques années après, en 1785. 11 se nommait O'Brieii et prétendait être de souche royale : « Le géant irlandais qui a changé de domicile et reste actuellement au numéro 553 dans Saint James Street j est à voir de 11 heures du matin à 7 heures du soir. M. O'Brien, du royaume d'Irlande, sans aucune contestation possible l'homme le plus grand du royaume, est en droite ligne le descendant de l'ancien et puissant roi Brien Boreau et offre dans toute sa personne l'apparence et l'aspect d'un grand et puissant potentat. Ce qui est remarquable, c'est que malgré les vicissitudes qu'ils ont éprouvées, et malgré leurs différentes alliances, les descendants en ligne directe du roi O'Brien ont été gratifiés par la Providence de la haute taille qui semble avoir été de tout temps l'apanage de leur famille.... Les personnes de la noblesse et les gens comme il faut voudront bien observer que beaucoup d'individus se montrent comme géants en employant des artifices et des subterfuges, mais M. O'Brien peut affirmer au public que le plus grand parmi ceux qui se montrent actuellement ne lui arrive pas à l'épaule. »

D'après le docteur Robert Bigsby, c'est cet O'Brien, ou mieux Patrick Cotter, ainsi qu'il se nommait véritablement, qui, à un banquet d'une loge maçonnique à Nottingham, tira de sa poche un nain, qui n'était autre que le fameux comte Borulawski.

Malgré le lyrisme des annonces publiées dans les journaux et des affiches qui vantaient sa taille parfaite, son élégance, sa symétrie, etc., O'Brien nous parait avoir confirmé de tous points ce que les physiologistes disent du tempérament général des géants ; c'est au moins ce qui ressort d'un article du docteur W. Blair. « J'ai visité,

dit-il, l'Irlandais, le 5 mai dernier; il est vraiment d'une très haute stature, mais il est mal conformé. Comme il n'a pas voulu supporter une minute d'examen attentif, il m'est impossible d'en donner autre chose qu'une courte description. 11 a refusé de marcher devant moi dans son appartement et je pense que c'est parce qu'il avait peur de me découvrir son extrême faiblesse. Il a l'aspect général d'un individu faible et imbécile, avec lé front entièrement bas; autant que j'ai pu le remarquer, l'espace compris entre ses sourcils et le haut de la tête, en ligne perpendiculaire, n'excède pas deux pouces.... Il m'a fait l'effet d'un énorme enfant malade qui aurait grandi trop vite; sa voix était faible, son pouls, languissant et lourd. Quant à sa grandeur réelle, j'étais très désireux de m'en rendre compte, abstraction faite des subterfuges qu'il emploie pour paraître avoir, vis à vis des spectateurs, une hauteur de presque neuf pieds ; or, en élevant mon bras aussi haut que possible, je touchais ses sourcils avec mon petit doigt ; en ajoutant deux pouces ou deux pouces et demi à cette hauteur, il en résulte qu'il peut avoir tout au plus sept pieds dix pouces (2™, 378, mesure anglaise). L'opinion généralement admise sur la hauteur de sa taille me paraît donc exagérée.* »

A la même date, nous lisons dans le Wonderful Muséum de Kirby, sous la signature de Caufield : « Il y a quinze ans à peu prés, au moment où O'Brien se montrait à la foire Saint-Barthélémy, il lui arrivait souvent de sortir dans les rues désertes de deux à trois heures du matin, afin de respirer l'air et de prendre un peu d'exerciice. J'ai eu la chance de le surprendre dans une de ces promenades nocturnes ; il marchait péniblement, les mains appuyées sur les épaules de deux hommes assez comme il faut, et de grandeur ordinaire, absolument comme nous voyons quelquefois des convalescents

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