‹ Les nains et les géantsChapitre 45 sur 46 · Gentleman' s magazine · texte numérisé non relu

Gentleman' s magazine

se soutenir sur les épaules d'enfants de huit à dix ans.... M. O'Brien a huit pieds sept pouces de haut (2'», 607) et sa grosseur est en rapport avec sa taille; sa main mesure exactement douze pouces (0™,30) et sa figure, du bas du menton au sommet du front, a juste la même dimension; son pouce est à peu près de la grosseur du poignet d'un homme ordinaire; et son soulier n'a pas moins de dixsept pouces de longueur (0™,425).... »

Nous citerons enfin ce qu'écrivait sur son compte un correspondant des Notes and Queries^ le 18 mai 1861 : « Je possède la montre d'or de Cotter (autrement dit O'Brien) ; elle est d'une taille peu ordinaire et pèse une livre avec la chaîne et le cachet. C'est un chronomètre à répétition qui a été fait exprès pour lui, et bien en rapport avec sa taille, par Jamison. Son nom est gravé sur la cuvette : Patrick Cotter, Kinsale, Irlande. Cette montre est extraordinairement bonne; je la prends quelquefois pour sortir, et elle va toujours très bien. J'ai connu un peu Cotter à Bristol où je me souviens qu'il se fit voir en public avant de se retirer à llotwells, où il est mort. Mon père était très lié avec lui et le voyait souvent. C'est à la vente qui eut lieu après la mort de Cotter qu'il acheta cette montre dont il me fit présent, et je connais à Bristol plusieurs de ses amis qui conservent comme curiosités des objets qui ont appartenu à ce géant, tels que ses chaussures et une paire de bas. Il était d'humeur douce ; sa voix était faible et, malgré sa large structure, il manquait de force et de vigueur. Il se tenait le plus habituellement assis sur une table et souvent appuyait son bras sur le haut de la porte. Il s'aventurait très rare-

1. Le recueil intitulé iSotes and Queries paraît périodiquement et sert d'intermédiaire entre les savants, les chercheurs et les curieux, qui posent sur des sujets variés des questions auxquelles on répond souvent de plusieurs côtés à la fois. Un recueil à peu près semblable, mais moins important, existe en France sous le nom l'Intermédiaire.

ment à sortir en public et quand il se promenait à pied, c'était toujours la nuit. Une fois, à Bath, pendant une froide nuit, il terrifia un veilleur de nuit, qui le vit prendre tranquillement un réverbère de la rue et en soulever le couvercle pour allumer sa pipe. Il se retira avec une fortune assez considérable et se fit faire, exprès pour son usage, une belle et commode voiture. 11 avait une très grande peur de la mort, mais ce qu'il craignait par dessus tout, c'est que son corps ne fût enlevé et disséqué; aussi prit-il à ce sujet les plus grandes précautions, en faisant construire un caveau voûté, avec des murs en fortes briques et fermé au moyen de barres de fer. Et quelques années après sa mort, le bruit ayant couru que son corps avait été dérobé, on fit une enquête et on ouvrit ce caveau que l'on trouva parfaitement intact et tel qu'il avait été fermé au jour de la sépulture. »

Patrick Cotter, dont les journaux de l'époque se sont beaucoup occupés, mourut le 18 septembre 1806, âgé de quarante-six ans; il fut enterré un samedi matin, dans la chapelle catholique de Trenchard-street, à Bristol. On avait choisi cette heure matinale afin d'éviter autant que possible une grande affluence de population ; néanmoins la foule, qui assista, par curiosité, à ses obsèques, fut si considérable que l'on dut appeler les constables pour dégager les alentours de la maison dans laquelle était le cercueil. Une plaque commémorative, placée sous le porche de la chapelle où il fut enterré, porte l'inscription suivante : « Ici repose le corps de M. Patrick Cotter O'Brien, natif de Kinsale, dans le royaume d'Irlande. C'était un homme d'une taille gigantesque, excédant huit pieds trois pouces de hauteur, et large en porportion. )) Les mesures portées sur cette plaque ne s'accordent pas avec celles qui sont inscrites sur son cercueil même et qui accusent seulement huit pieds et un pouce. Des emblèmes de l'ordre de la franc-maçonnerie sont gravés sur ce cercueil.

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A la fin de 1815, on présenta à l'empereur de Russie et au roi de Prusse, alors à Londres, un géant nommé James Tôlier qui mourut en 1819, âgé de vingt-quatre ans et qui mesurait alors huit pieds six pouces de haut (2"». 582, mesure anglaise). Il avait deux sœurs qui toutes les deux étaient également d'une taille gigantesque, bien que leurs parents fussent d'une stature ordinaire. Lorsqu'on le montra au public on publia une annonce en vers dont voici la traduction.

« Tous les jours pour le voir, des centaines de personnes se

pressent Et cela parce qu'il fait sa résidence, d'un endroit à un autre; Son habitation est incertaine, car c'est futile d'imaginer Qu'un seul lieu puisse contenir une merveille si haute. Sa proportion en tout en droite est bien perpendiculaire ; C'est véritablement huit pieds et demi de hauteur. Quoiqu'il ne montre pas beaucoup d'âge, son corps est net Suivant sa taille, et ni gras ni maigre. »

Son portrait fut gravé par plusieurs artistes, entre autres par Cruickshank, et suivant ce que rapportent ses biographes, il était agréable à voir, d'un excellent caractère et avait conservé l'apparence d'un garçon un peu campagnard.

Parmi les géants qui se sont montrés de nos jours, nous nous bornerons à citer comme étant particulièrement r emavqudhlesy Joachim Eleiceiguij géant espagnol, haut de 2"s307, qui attira la foule à la salle Montesquieu en 1845. L Illustration publia, dans son numéro du 26 juillet de cette même année, le portrait que reproduit notre figure 40, en l'accompagnant des quelques lignes suivantes : « Ce personnage, qui figure ici en tambour-major, est visible tous les jours dans la salle Montesquieu. Sa taille est de sept pieds; Ton sait peu de chose de son esprit qui ne paraît pas contredire l'opinion commune touchant l'esprit des géants. Le genre de spectateurs qu'il attire est très différent de celui des

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admirateurs de To7n Pouce, et il ne pourrait pas se vanter, comme faisait, au nom de ce vilain petit monstre, M. son cornac, d'avoir embrassé plus d'un millier de

FJg. 40. — Le géant espagnol Joachim Eleiceigui, d'après une gavure de V Illustration.

dames. Cependant l'état de géant a aussi ses agréments; on disait autour de nous l'autre jour que celui-ci est un bel homme. Si le géant avait pu entendre cette exclamation et voir d'où elle partait, il n'aurait pu qu'en être

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extrêmement flatté. Du reste, quoique mal bâti, ce géant a des mains d'une proportion et d'une beauté remarquables; on les a moulées, leur faisant par là le même honneur qu'aux mains de M. Litz, et MM. Susse, qui sont à l'affût de toutes les curiosités, les ont exposées dans leur beau magasin de la place de la Bourse. Ses pieds ont une longueur de 42 centimètres, et son poids est de 195 kilogrammes. En un mot, comme disait cette dame : cest un bel homme ! »

Nous ne savons rien de plus sur ce géant, si ce n'est que, malgré sa vie sédentaire, il avait un vigoureux appétit et qu'après avoir épuisé la curiosité des Parisiens, il voyagea dans toute l'Europe; nous le retrouvons à Londres vers 1850, à la salle du Cosmorama dans Régent' s-street.

Nous en savons encore moins, nous devons Tavouer, sur Arthur Galley (fig. 41), le géant « né en Angleterre » dit la légende de son portrait lithographie et peint en couleurs, que Ton voyait un peu plus tard à la salle Bonne-Nouvelle; il y paraissait vêtu d'un costume hongrois et accompagné de deux danseuses et d'un enfant habillé en amour, qui dansaient et tournoyaient autour de lui et dont la légèreté et la grâ(;e formaient un contraste singulier avec sa lourdeur et son apathie. \

Nous pourrions multiplier ces exemples, mais en réalité, tous ces géants n'offrent rien de bien intéressant; nous rappellerons seulement que pendant de longues années (vers 1852), il y en avait toujours un en permanence dans un grand café-concert de l'ancien boulevard du Temple, qui avait pris, à cause de cette particularité, le nom de café du Géant. Tous les phénomènes de ce genre qui vivaient à cette époque ont passé par ce café, géants polonais et géants chinois, russes ou américains i leur exhibition se bornait à monter pendant quelques minutes sur l'estrade, ou théâtre du fond, en costume plus ou moins riche et, surtout, à se promener dans la

salle et à passer entre les rangées de tables, en tenant maladroitement par la main une des chanteuses qui faisait la quête et que l'on choisissait parmi les plus petites de la troupe. Quand le géant était fort, les garçons du

Fig. 41. — Arthur Galley, le géant de la salle Bonne-Nouvelle d'après une lithographie de l'époque.

café s'arrangeaient toujours de façon à produire sur un point de la salle une sorte d'encombrement factice et le géant enlevait alors dans ses bras et faisait passer pardessus une table la quêteuse qui poussait de petits cris effrayés ; mais on trouvait rarement des géants capables d'exécuter ce tour de force et la plupart se traînaient gauchement, ahuris par les lumières, la foule des spec-

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tateurs et semblant, pour ainsi dire, embarrassés et comme honteux de leur grandeur ^ Ils n'étaient pas toujours très bien accueillis, du reste, par le public et sur tout par les amateurs de musique, leur apparition étant le signal du renouvellement des consommailom; quand on avait vu le géant, il fallait quitter le café ou demander une autre consommation dont le prix était relativement assez élevé , et, le géant se montrait trois ou quatre fois au moins dans la soirée, ce qui devenait assez coûteux pour les spectateurs venus seulement pour entendre chanter.

Après la disparition de ce café où les hommes de grande taille étaient certains de trouver toujours un engagement, et qui en montrait quelquefois deux ensemble, les géants s'exhibèrent un peu partout, dans les salles de concerts, aussi bien qu'au Cirque ou à l'Hippodrome ; nous y avons vu défiler successivement Joseph Brice, né à Ramonchamp, dans les Vosges, qui fut présenté aux Tuileries vers 1862, et qui avait 2™, 201 ; la comtesse Lodoïskay née à Varsovie, une géante doublée d'un hercule, le géant chinois Chang et son épouse également d'une haute taille, etc., etc., qui tous ont passé sans exciter une bien grande curiosité.

On en vit paraître également sur différents théâtres, dans des pièces écrites — ou plutôt machinées — exprés pour eux, mais leur rôle se bornait à se faire voir simplement et leur peu d'intelligence forçait les auteurs et directeurs à en faire des personnages muets et peu actifs. Déjà au mois d'août 1780 on avait représenté au théâtre de l'Ambigu une sorte de féerie intitulée : le Géant désarmé par r Amour, dans laquelle paraissait un homme de sept pieds deux pouces (2*°, 222), à côté de la petite Bonnet, jeune et intelligente actrice, presque naine, qui

1. C'est au moins l'impression qui nous est restée de ce spectacle auquel nous avons assisté une fois dans notre enfance.

fit à elle seule le grand succès de la pièce, si nous en croyons le Journal de Paria.

11 nous semble peu intéressant de mentionner ici toutes les pièces plus ou moins ingénieusement construites qui, depuis cette époque, ont servi de prétextes à de semblables exhibitions et nous nous bornerons à citer seulement la féerie intitulée Babil and Bijou que nous avons vue à ÏAlhambra Théâtre de Londres, au mois de septembre 1882, et qui obtint un succès tel qu'elle fut représentée plus de deux cents fois. Ce succès était dû, non pas à la pièce en elle-même qui était un tissu à' extravagances , ainsi que le disait le programme, mais à un luxe inouï de mise en scène et surtout à la présence de la Reine des Amazones, Miss Mainan, jeune géante d'une figure assez jolie, bien que très insignifiante, âgée de dix-huit ans à peine, et qui mesurait 2"^,4o de haut. Il est vrai de dire aussi que jamais la réclame, dans laquelle les Anglais sont passés maîtres, n'avait été poussée plus loin. Les murs de Londres, les gares de chemins de fer, les lieux publics étaient tapissés d'affiches colossales, hautes de trois mètres, tirées en lithographie coloriée sur neuf feuilles de papier, juxtaposées au collage, et représentant la jeune miss vêtue de son étincelante ce armure d'argent », ayant à ses côtés son imprésario habillé d'un complet irréprochable, la moustache bien cirée et dont le sommet de la tête atteignait à peine le coude de sa gigantesque voisine (fig. 42). Tous les journaux avaient été mis en réquisition et l'on distribuait partout d'élégants prospectus, tirés avec luxe sur beau papier vergé, et contenant un article du journal Le Globe, du 28 juillet 1882, dans lequel on faisait l'historique des géants et géantes afin de prouver que miss Marian ne le cédait en hauteur à aucun des géants connus anciens et modernes, y compris même Junon qui, « sans contestation possible, était une géante de même que ses frères ». L'annonce citait également l'opinion d'un rédacteur

Vlllustratwn anglaise qui disait : « Malgré sa taille colossale et sa force, Marian est très bien proportionnée et décidément belle, possédant — la remarque a été faite par un esthétique ami qui a pu l'examiner de prés — le véritable angle maxillaire préraphaélique. » 11 y avait certainement là de quoi piquer la curiosité du plus indifférent, et pour lever tous les scrupules, l'avis donnait même Vacte de confirmation de « cette remarquable personne, aussi belle qu'elle est grande, » ainsi que le disait le Morning Post :

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