XIV INTRODUCTION
nemis. L'Allemagne s'opposait à nous, non-seulement comme un pays grave, sérieux, viril % fortement constitué (ce qui impose toujours un certain respect] , mais comme la tôte du progrès, la garantie de la liberté en Europe, l'initiatrice et la protectrice de la civilisation moderne, Tantithèse, j'allais dire providentielle, de la réaction qui s'accumulait chez nous pour se répandre de là sur tout le monde. Les peuples latins eux-mêmes tournaient leur espérance vers ce colosse du Nord, qui semblait ne s'être si puissamment armé contre nous que pour sauver l'humanité du retour agressif et suprême de rÉglise du moyen âge. Que les choses ont changé depuis! L'Allemagne est devenue maintement la tôte de la réaction, le chef de la croisade nouvelle des despotismes politiques et religieux contre les aspirations démocratiques ; l'espérance récente des peuples se change en suspicion et en crainte ; et la race latine, inquiète d'un complot militaire possible entre les autocrates du Nord coalisés contre elle, revient en toute hâte de sa folie et périlleuse chimère, qui l'eût offerte divisée à leur attaque combinée, vers ce dessein plus sage, plus pratique, non pas nécessaire mais urgent, de s'entendre, de s'unir, de faire corps contre les menaces éventuelles de l'avenir. Quel rôle superbe échoit à la France républicaine, si elle sait le comprendre! La République nous a déjà rendu l'estime et l amitié du monde; elle fera plus encore pour nous si nous savons y aider.
De ses désillusions contre la France, Pi y Margall, j'en suis certain, n'en a plus rien conservé; elles étaient l'effet d'une défiance momentanée et non d'une hostilité décidée. L'Allemagne a été la grande duperie du XIX» siècle. Nous étonnerons-nous que son emphase ait séduit tant d'esprits, quand nous-mêmes nous en avons été séduits? Rappelons-nous en effet — dix ans à peine ont passé depuis — avec quel engoûment irréfléchi nous acclamions tout ce qui nous venait d'outre- Rhin, comme nous pouvions dire alors! Philosophie,
1. La race allemande est le grand principe viril. Les Celtes et les Slaves ne forment que des nations du genre féminin.
M. DB Bismarck.