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II INTRODUCTION

Pi y MargaU appartient à cette âpre et vigoureuse province, — qui est le Languedoc de l'Espagne, par les similitudes de caractère comme par les similitudes de dialectes : il naquit en Catalogne, à Barcelone, le 29 avril i824. Il ne s'est pas noué^ dès le début, dans une spécialité fermée, à la mode des intelligences improgressives qui rencontrent tout aussitôt leur point d^arrêt. Pi y MargaU n'a pas fait de la politique active une carrière : mais, quand sa conscience se fut décidément assurée dans la doctrine qui lui parut la plus approximative de la justice, il ne s'est point dérobé aux devoirs publics qui vinrent le solliciter. L'homme se doit à ses idées ; Pi y MargaU s'est dévoué aux siennes avec une conviction, une énergie, un désintéressement, qui n'auront rien de suspect pour l'histoire. Quand l'impéritie des partis l'eut renversé du pouvoir, il redevint ce qu'il était : critique, esthéticien, publiciste, historien. Bien différent des esprits qui ne savent s'exprimer que sous une seule forme, il ne s'est pas contenté d'être un orateur dans les assemblées ou un ministre dans un gouvernement : il est Vhomme d*une idée, et non pas l'homme d'un seul livre. Les fonctions publiques n'ont été pour lui qu'un moment logique, inéluctable, de sa vie d'homme et de citoyen ; mais toute sa vie n'a pas tendu, d'un seul effort, à préparer ce moment et à s'en souvenir. — La politique n'est point, pour les caractères comme Pi y MargaU, la recherche d'une situation, mais un acte de conscience. Elle leur est une occasion d'avouer publiquement le principe qu'a déposé en eux et y a développé l'enquête sincère de la vérité ; car ils ne sont pas de ces aventuriers intellectuels qui, sans s'être interrogés sur aucune chose, optent presque au hasard , parmi les conclusions proposées par tous les systèmes, pour celle qui satisfait le plus ou leur paresse d'esprit, ou leur habitude d'éducation, ou leur ambition. Les hommes uniquement politiques, qui ne veulent rien connaître en dehors des choses de gouvernement ou d'administration, qui restent étrangers à l'histoire, à la littérature, aux arts et aux sciences, ne connaissent rien de la politique, qui est précisément la

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résultante de toutes ces connaissances; parce que, la politique étant la chose humaine par excellence, il faut connaître excellemment T homme pour oser s'en môler. Or, on ne connaît pas Thomme seulement par la pratique de ses contemporains, mais par tout ce qui révèle son génie et ses passions, c'est-à«dire tout ce qui révèle la fin qu'il poursuit et les moyens par lesquels il la poursuit. Pour négliger cette étude générale et Tétude particulière du peuple qu'on prétend gouverner ou réformer, on s'expose à de terribles contre-sens dans la pratique : à confondre, par exemple, la politique avec la diplomatie des coteries, et à suppléeri par la hâte d'expédients inventés au jour le jour, à une direction constante, rationnelle et sage vers le but suprême : la justice.

La variété des œuvres de Pi y Margall prouve l'étendue et la probité de l'enquête dont les conclusions sont exposées dans ce livre des Nationalités. A. Tâge de dixsept ans, il publiait ï Espagne pittoresque. En 1847, il commençait sa réputation, à Madrid, par des articles sur Thistoire de l'art et des critiques dramatiques. Mais le livre qui le révéla tout entier, ce fut son Histoire de la peinture en Espagne^ doni le premier Volume parut en 1851. L'esthéticien s'y montra à la fois philosophe et politicien. Le clergé s'irrita, naturellement, et l'ouvrage fut interdit par ordre royal. Les persécutions commencèrent. Le nom de Pi y Margall fut mis à l'index, et il dut se cacher sous un pseudonyme, pour travailler et pour vivre : car le travail est une honorable nécessité de son existence.

Lorsqu' éclata le coup d'Etat de 1856, il dut se retirer à Ve'ë'ara. Des polémiques ardentes, soulevées dans le journal la Discussion^ le firent entrer dans la politique active et furent l'origine de sa popularité.

Exilé en juin 1866, il vint se fixer à Paris. Il est permis de penser — sans être soupçonné de cette infatuation nationale qui nous fait supposer que Paris est le créateur ou l'acheveur de toutes les inteUigences et de toutes les réputations — que le séjour en fut cependant profitable à Pi y Margall : il y traduisit les œuvres de Proudhon. Sans doute, ce fut son choix, non le ha-

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