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LA RÉPUBLIQUE EUROPÉENNE

religieuse ; après la paix de Westphalie, la politique se sécularisa, et riiumanité, délivrée du joug de l'Église, ne tarda pas à conquérir la liberté de penser. Il resta le danger, qui est plus grand qu'on ne le pense, d'une domination universelle qui remettrait toutes ces conquêtes en question. Jusqu'ici l'Europe a échappé au péril, et, à moins de croire qu'elle touche à son déclin, il faut espérer qu'elle y échappera encore. Si elle est destinée à périr, qu'elle meure plutôt que de plier sous la force brutale; car la domination de la force est aussi la mort, et la plus honteuse de toutes.

K"* 2. La république européenne.

La république européenne que ScJnUer croyait voir dans la paix de AVestphalie a été rêvée au xvu" siècle par un roi et son ministre. Nous pouvons rattacher les projets de Henri IV et de Sully à la guerre de Trente ans, car la lutte contre la maison d'Autriche soutenue par Richelieu réalisa la partie du grand dessein qui était susceptible d'exécution. Reste l'idée de la république européenne. Était-elle sérieuse? A qui faut-il la rapporter, au roi ou au ministre? Voici les traits généraux de cette conception, tels qu'ils se trouvent dispersés dans les Mémoires de Sully. La république européenne devait comprendre quinze États, dont six héréditaires, six électifs ou aristocratiques, et trois républiques. La formation de ces États supposait un remaniement territorial de l'Europe; mais il n'était pas aussi radical qu'on le suppose d'ordinaire. Henri IV, vainqueur de la maison d'Autriche, et imposant la loi dans un congrès , aurait pu facilement organiser les divers membres de sa république. L'Espagne était resserrée dans la péninsule, mais elle conservait le Portugal ; l'Autriche perdait la possession héréditaire de la Rohême et de la Hongrie qui rentraient dans leur droit d'élection. La France et l'Angleterre gagnaient quelques provinces des Pays-Bas; les autres étaient dévolues h la république des Provinces-Unies. La plus importante innovation était la création d'une confédération italique. Les intérêts généraux de ces quinze États devaient se régler par un conseil général et par six conseils particuliers. Le conseil général

se composait de soixante députés, nommés par chacun des États, en proportion de son importance politique. Ce conseil avait pour mission principale de prévenir les guerres dans la chrétienté, et d'établir, dans tous les États de la confédération, un ordre tel que la tyrannie fût impossible; il devait veiller aussi à ce que la tolérance des trois confessions chrétiennes mît fin aux guerres de religion. La république s'appelait chrétienne, parce qu'elle ne comprenait que des peuples chrétiens ; les Turcs en étaient non seulement exclus, il y avait guerre éternelle entre la république et les infidèles, jusqu'à ce qu'ils fussent expulsés du sol de l'Europe.

Le projet de confédération européenne a été jugé sévèrement par les historiens politiques; la plupart disent qu'il ressemble à une chimère bien plus qu'à la conception de deux hommes d'État (1). Ceux qui tiennent à sauver la mémoire de Henri IV de cette espèce de ridicule, prétendent que l'idée appartient à Sully, ou à ceux qui ont compilé ses mémoires (2). Les écrivains hostiles à la France prennent la république chrétienne au sérieux, et y voient la preuve de l'ambition française. « Qui eût été l'âme de la confédération? dit Schlegel. Naturellement le prince qui l'avait organisée, et qui aurait dû l'imposer à l'Europe par la force des armes. C'est dire en d'autres mots que Henri IV eût été le maître de l'Europe. » Schlegel conteste même le mérite de l'originalité à ce projet : « Ce n'est rien, dit-il, que l'application à l'Europe des formes qui régissaient l'empire d'Allemagne (3). » Nous croyons, avec les historiens français, que l'idée d'une république chrétienne n'a jamais fait l'objet d'une négociation, ni même d'une délibération sérieuse. Sully lui-même avoue que son maître la croyait impossible. Ce qui a constamment préoccupé le roi de France, c'est une ligue pour l'abaissement de la maison d'Autriche ; mais de là à une confédération européenne, il y a un abîme. Cependant, à moins de s'inscrire en faux contre les mémoires de Sully, il faut convenir que les idées de république chrétienne, de paix perpétuelle et de

(i) Sismondi, Histoire des Français, T. XUl, p. 235, 26i.

(2) Ranke, Franzœsische Geschichte, T. U, p. 134. — Poirson, Histoire de Henri IV, T. 11, p. 873 et 891.

(3) F. Schlegel, Vorlesnngen ûber die neuere Geschichte (XVl* Jeçon).

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