CONTRE-AMIRAL
Avec qnelqaes mots sur les autre» Navigateurs contemporains.
Toutes les grandes découvertes, ou du moins toutes celles qui peuvent amener des résultats colonisateurs, sont faites ; il ne reste plus guère aux navigateurs à venir qu'à glaner et à reconnaître plus amplement. Les terres australes aperçues par les Bouvet, les Kuerguelen, les Marion-Dufresne, déjà marquent à l'homme, non qu'il ne pénétrera pas plus loin , mais qu'il lui sera interdit de poser une demeure en tout lieu qu'il rencontrera au-delà. Il restera sans doute encore de belles et audacieuses navigations à faire, où la science trouvera surtout à s'exerper, où la géographie précisera mieux et vérifiera le cercle de ses connaissances ; mais, dans tous les cas, ces navigations appartiennent essentiellement à l'histoire de la marine contemporaine, à laquelle nous consacrons, dans toute son intégrité, un volume considérable, où on les trouvera avec des détails suffisants, quoique dégagées de toute forme biographique qui n'est ni dans l'esprit, ni dans les manières de Tauteur, en fait de contemporanéité. D'ailleurs, comment aurionsnous donné ici ces navigations dans toute leur étendue, quand leurs auteurs, à qui il ne suffit pas quelquefois d'un quart de siècle pour retracer ce cpi'ils ont vu^ en cola bien dififi^rents de leurs
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LES NAVIGATETRS FRANÇAIS. Mr.
illustres devnnciei*s , à qui souvent une brochure, petite mais substantielle » sutïisait pour constater les grands résultats qu'ils avaient obtenus , quand ces auteurs, disons-nous, font attendre encore la fin de leurs savantes relations, après un quart de siècle ? A bien peu d'exceptions près, rien n'est complet , rien ne présente un tout, et les relations de voyages de Dumont-d'Urville, elles-mêmes, attendent leur complément, quoique, nous le reconnaissons , la quantité de volumes ne leur ait pas fait défaut . Ce ne peut donc être que pour donner une légère satisfaction à l'éditeur que nous dirons ici quelques mots du célèbre navigateur dont la tragique disparition, au milieu d'une catastrophe toujours récente, a privé le pays de bien de nobles services encore.
Plusieurs grandes navigations ont eu lieu depuis la révolution. En 1799, les corvettes le Géographe et le Naiuralisle partirent, sous la conduite des capitaines Nicolas Baudin (qu'il ne faut pas confondre avec le vice-amiral de ce nom) et Hamelin , avec mission de reconnaître toute la côte de la Nouvelle-Hollande; elles obtinrent des renseignements précieux sur les côtes ouest et nord-ouest de cette grande île, que son étendue a fait ranger au nombre des continents; elles trouvèrent les côtes inabordables au nord-ouest, parcoururent et relevèrent, à l'ouest, la vaste baie des Chiens-Marins; reconnurent le détroit de Bass découvert dans ce temps, qui sépare la Nouvelle-Hollande au sud de la Terre de Van-Diemen, et nommèrent entre la Terre de Nuvtz et la Nouvelle Galle du sud, la Terre de Napoléon, avec les golfes de Bonaparte et de Joséphine, ten*e qui a pris depuis le nom de Baudin. Le capitaine Baudin mourut avant de revoir sa patrie, à l'ile de France, en 1805, sans inspirer, dit-on, de regrets à ses compagnons de voyage.
Les longues guerres de l'empire suspendirent ensuite le§ navigations lointaines. Mais, sous la restauration, on les vit reprendre une nouvelle activité. La corvette VUranie^ commandée par le capitaine Louils de Freycinet, qui déjà avait concouiii de la manière la plus î*emarqual>le à l'expédition de Bandin et on avait
donné Tatlas, partit en 1817 pour un voyage de cii'cumnavigation. Elle visita particulièrement les Moluques et les Mariannes, fit de nouvelles et nombreuses reconnaissances à la côte de la Nouvelle-UoRande ou Australie; et découvrit et nomma plusieurs petites tles de la mer du Sud. Malheureusement^ après avoir franchi presque toutes les difficultés du retour, VUranie fit naufrage, on février 1820^ aux tles Malouines^ où tout le mondé put se sauver et de là revenir en France^ après plusieurs mois de séjour sur le sol le plus ingrat et le plus dépourvu du monde. De 1822 à 1825, la corvette la Coquille^ commandée par le savant capitaine Duperrey , que beaucoup de gens confondent avec l'amiral dont le nom se rapproche tant du sien, et qui déjà avait fait partie de Texpédition de VUmniey accomplit un voyage de circumnavigation, dont l'objet était principalement scientifique.
Dumont-d'Urville, né à Condénsur-Noireau, le 25 mai 171M), avait servi en qualité de lieutenant dans l'expédition de la Coquille. Les talents, l'étendue de connaissance et l'activité qui l'avaient particulièrement distingué dans le premier de ses voyages autour du monde, le firent d'abord nommer capitaine de frégate, et engagèrent bientôt le gouvernement à lui confier le commandeilient d'une expédition qui réveilla moins d'espérances que dé douloui*eux souvenirs, mais que tout le monde pourtant suivit avec le plus vif intérêt.
« Malgré le peu de succès des recherches &ites avec zèle et persévérance pour retrouver les traces de l'expédition de l'infoituné La Peyrouse, a dit M. de Rossel, ses compatriotes n'avaient jamais perdu de vue cet illustre navigateur. . . L'iutérôt général ne s'était jamais ralenti à cet égard; les bruits les plus vagues en apparence étaient saisis avec empressement ; ils venaient ranimer l'espoir que l'on avait conservé de retrouver , de sauver peut-être quelques-uns de nos malheureux compatriotes, tristes débris d'un naufrage dans quelque tle inconnue, ou perdus dans l'océan Pftctfi<« que ou grand Océan. . . » Quelque temps avant le départ de Dttmont* d'Ui*ville, un officier anglais répandit dans le public le bruit qu'un
capitaine américain lui avait dit qu'ayant découvert au groupe d'iles peuplées et entoui'ées de récifs, il avait eu des communications avec les habitants^ et avait vu entre leurs mains uiie croix de Saint-Louis et des médailles telles que La Peyrouse en avait sur son expédition. Malheureusement le capitaine américain n Savait donné aucun renseignement sur le nom et la position des tles où il avait rencontré ces indices. Le récit de ce capitaine, quoiqu'il laissât tant à désirer, vint à Tappui de Tintention que Ton avait de favoriser les progrès de Thydrographie et des sciences en général, et contribua beaucoup à faire entreprendre une campagne de découvertes dans l'océan Pacifique. Elle fut confiée à Dumontd'Urville, qui partit de Toulon, sur la corvette V Astrolabe, le 22 avril 1826, accompagnée de la corvette la Zélée.
Après une navigation^ savante et hérissée de périls, qu'il sut vaincre, Dumont-d'Urville vint mouiller, le 20 décembre 1827, sous les murs de la ville d'Hobart-Town, île de Diémen, et là, il apprit que le capitaine anglais Dillon avait ti*ouvé, sur les lies Mallicolo, des traces de l'infortuné La Peyrouse, et , pour la première fois, il reçut des renseignements certains sur la route qu'il devait suivre pour remplir l'objet le plus important de sa mission. Il se hâta de cingler vers l'île Ticopia où il espérait trouver des indications pour se rendre au lieu du naufrage de La Peyrouse. Personne n'ayant consenti à lui servir de guide à cause du climat pernicieux de l'archipel Mallicolo , auquel il donna, d'après la prononciation du pays, le nom de Vanikoro, Dumont-d'Urville résolut de poursuivre ses perquisitions sans ce secours, et, le 21 février 1828, il vint mouiller entre les récifs situés à la partie orientale de l'île que d'Eiitrecasteaux avait entrevue et nommée Ile de la Recherche.
Des canots furent immédiatement expédiés dans toutes les directions pour visiter les côtes et aborder le lieu où les bâtiments de l'expédition de La Peyrouse avaient fait naufrage. Le capitaine Jacquiuot, embarqué en second sous.les ordres de d'Urville, y fut conduit piu* un des naturels du pays; là, il en vit les
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malheureux restes dissëmhiés au fond des eaux transparentes } c'étaient des ancres, des canons, des boulets, et une immense quantité de plaques de plomb. D'Urville , après avoir conduit V Astrolabe dans un mouillage à Tabri de tous les vents, expédia la chaloupe pour visiter les récifs de Païou et de Vanou, où les deux bâtiments étaimt supposés avoir trouvé leur perte, et tAcher de recueillir quelques débris qui pussent attester la réalité de la découverte. Une ancre de dix -huit cents livres et un canon court en fonte, du calibre de 8, tout, corrodés par la rouille, ainsi que deux pierriers en cuivre assez bien .conservés, confirmèrent que les débris que Ton avait sous les y eiix étaient bien ceux de l'expédition de* La Peyrouse. Durnont-rd'Urville fit inaugurer un monument modeste, et tel que les. moyens qu'il avait à sa disposition le compoii;aient, à la mémoire du célèbrent infortuné navigateur et de ses compagnons. Les renseignements obtenus par d'Urville firent juger que les bâtiments commandés par La Peyrouse auraient ren'contré inopinément dans une nuit et par un vent violent du sud-est, les récifs qui entourent l'île de Vanikoro, et s'y seraient bi*isés. L'un d'eux serait venu heurter un de ces récifs taillé à pic, et aurait coulé presque immédiatement; l'autre, plus heureux, serait entré dans une des coupures de ce récif; mais, n'ayant pas troiivé assez d'eau, il se serait échoué et n'aurait point quitté la placé. C'^st celui dont les débris aperçus au fond des eaux attestaient le naufrage. Trente hommes du bâtiment coulé à fond auraient pu gagner la terre. Les récits du capitaine Dillon tendent à faire croire .qu'ils auraient été massacrés parles naturels. Quant à l'équipage de la frégate qui s'était échouée, d'Urville entendit dire qu'il aurait débarqué dans le district de Paîou, lieu voisin du naufrage , et aurait construit , avec les débris qu'il aurait pu sauver, un petit; bâtiment à l'aide duquel tous les Français se seraient mis en mer j après un séjour de sept lunes dans l'île, p4>ur gagner quelques établissements européens des Moluques ou de la Nouvelle-Hollande. On ne peut malheureusement que trop prévoir le sort qui a été réservé à ces infortunés. Quelques récits
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assurent que deux hommes de l'équipage restèrent dans l'île, mais qu'ils y moururent en moins de deux années.
Dumont-d*Urville fit des observations et des relèvements extrêmement précieux pour l'hydrographie et la géographie dans ce voyage. Il releva plus de trois cent cinquante lieues de côte au nord de la Nouvelle-Guinée, où il nomma la baie Volvic, la baie Humboldt, le mont Brongniart, le cap Fleuriau, etc.; il releva également une vaste étendue des côtes septentrionales et orientales de la Nouvelle-Zélande, où il nomma le canal de l'Astrolabe , donna l'hydrographie complète de l'archipel de Fidji ou Viti, dans les parages duquel il nomma le petit archipel du duc de Bordeaux, véritable gi'ouped'écueils; il donna aussi celle de l'archipel de Loyalti , où il nomma l'ile Halgan avec le cap Rossel, l'ile Chabrol avec la baie Chateaubriand, les tles Hamelin, Vauvilliers, Lahié, de Molard et les Pléiades; il releva dans le voisinage l'ile Britannia à deux caps de laquelle il donna les noms de Mackau et Roussin ; l'archipel Vanikoro ou de La Peyrouse avait été pour lui l'objet d'études particulières , et il y nomma la pointe de l'Astrolabe et la passe du Naufrage; il releva aussi les îles Hogoleu, dans l'archipel des Mariannes; enfin, il découvrit le groupe des îles EUvi , dans l'archipel des Carolines , et signala un grand nombre d'îlots et d'écueils dans la mer du Sud. Dumont-d'Urville, outre ses savants travaux, rapporta de cette expédition, en 1829, une collection si considérable d'objets intéressants pour la science et [)ourla curiosité publique, que Georges Cuvier, faisant un rapport à ce sujet , dit avec l'expression de la joie que les musées en étaient encombrés. Il fut nommé à cette époque capitaine de vaisseau.
L'Astrolabe et la Zélée étaient à peine <Ie retour, que la corvette la Favorite f aux ordres du capitaine Laplace , partait , en 1850^, pour un voyage de circumnavigation. Les côtes de la Cochinchine furent relevées avec le plus grand soin, et les archipels des Natunas et des Ananbas reconnus dans leurs plus minutieux détails; on nomma dans le premier le canal Laplace, et dans le
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second la baie Tupinier ; une multitude de bancs et de récifs de corail furent signalés dans ces parages. Ayant fait voile pour la Nouvelle-Zélande dans la mer du Sud, la Favorite ajouta encore de ce côté aux travaux faits par F Astrolabe et la Zélée ^ en 1827.
L'infatigable Dumont-d'Urville n'avait point renoncé aux voyages de circumnavigation. Le gouvernement lui donna les moyens d'en faire un troisième, qui avait pour but principal, outre les observations scientifiques, telles que de déterminer la position du pôle magnétique austral, la découverte de nouvelles terres australes. Les corvettes l'Astrolabe et la Zélée furent encore mises sous son commandement, et il partit avec elles en 1857. Il prit par le détroit de Magellan auquel on semblait avoir renoncé en France depuis 1767, et chercha ainsi à démontrer qu'il ofirait moins de dangers et une voie plus courte à la navigation du commerce que le cap Horn , pour passer dans la mer du Sud ; il recueillit dans sa route des matériaux pour 1 étude physique de Thomme, et qui devaient contribuer à réduire enfin à leurs justes proportions les prétendus géants des terres magellaniques. L'Astr'olabe et la Zélée firent voile pour la mer polaire, et, le 15 janvier 1838, elles commencèrent a voir des blocs de glaces efiî*ayauts. Poui'suivant à l'est et au nord-est, on découvrit des teires, si l'on peut donner ce nom à des masses informes dépourvues de toute apparence de végétation , et enveloppées dans des croûtes de glaces. On les nomma Terre Louis-Philippe et Terre de Join ville. Diverses circonstances, et entre autres les maladies qui régnaient à bord, forcèrent l'Astrolabe et la Zélée d'interrompre leurs découvertes, et de se reqdre à Hobart-Town , côte de Tasmanie. Mais, sachant que le capitaine de la marine des États-Unis Wilkes et le capitaine anglais Ross commandaient alors des expéditions dont le but et Tobjet étaient les mêmes que les siens , la généreuse émulation que Dûmentd'Urville en conçut l'eut bientôt engagé à reprendi*e son exploration vers le pôle sud, mais par une auti'e route, et à braver de nouveaux dangera. Il appai*eilla d'Hobart-Town le 1*' janvier 1840;
se trouva dès le 18^ au milieu de glaces 'quelquefois d'une étendue de trois mille pieds et plus sur une hauteur de cent cinquante pieds. Deux jours après on aperçut une nouvelle terre haute de quatre cent cinquante mètres , recouverte de neige et de glace > depuis le rivage jusqu'à la cime. Elle offrait, avec ses glaces amoncelées, le spectacle de ruines continues et sans fin, se développant dans des proportions colossales^ en colonnades, en dômes, en clochers, en pyramides perpendiculaires ou inclinées, une multitude de bizarreries de la nature enfin auxquelles Téclat d'un beau soleil, sous ce ciel glacé, communiquait mille teintes diaphanes et des reflets variés à l'infini. Dumont-d'Urville donna à cette terre australe, qu'il avait parcourue dans une étendue comprise entre le 159^ et le 154' de^é de longitude est, et dont la latitude est celle même du cercle polaire antarctique, le nom d'Adélie, qui était celui de sa femme. L Astrolabe et la Zélée se virent à la suite de cette découverte dans le plus imminent péril; une affreuse tempête, qui se déclara le 24 janvier, faillit les perdre sur les immenses banquises de glaces des mers polaires; mais l'énergique sangfroid de Dumont-d'Urville qui, malgré des souffrances extrêmes, ne quitta pas un moment le pont, des qualités également louables dans le capitaine Jacquinot, commandant de la Zélée, et dans les autres officiers, soutinrent le courage des équipages et firent le salut de chacun. Le 50, on crut découvrir, s'étendant mdéfiniment vei*s le sud, une nouvelle terre , espèce de muraille de glace presque unifoi-me, élevée de cent vingt à cent trente pieds, à laquelle on donna le nom de côte de Clarie , du nom de la fenune du commandant de la Zélée. Mais dans ces parages , il parut bien difficile souvent aux navigateurs eux-mêmes de distinguer d'une manière positive ce qu'ils tenaient pour de la terre de ce qui n'était que des glaces accumulées par les siècles. On crut pouvoir déterminer la position du pôle magnétique, sur la terre Adélie, vers le 155® degré de longitude est. V Astrolabe et la Zélée revinrent ensuite à Hobart-Town prendre des malades qu'elles y avaient hiissés, et ayant mis de là à la voile reconnurent les tles Aukland,
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Snares et Stewart, et allèrent mouiller dans divers ports de la Nouvelle-Zélande. Là^ elles virent la petite colonie française qui cherche à s'établir à la baie des Iles , malgré la prise de posses* sion des Anglais, et firent des vœux pour elle. Elles reconnurent la partie occidentale des îles Loyalty, côtoyèrent la partie la plus orientale de la Louisiade , constatèrent que celle-ci ne faisait qu'une seule et même ten*e avec la Nouvelle-Guinée, et dt^ étaient entrées dans le détroit de Torrès., entre cette dernière et la Nouvelle-Hollande, pour l'explorer, quand, le l*' juin 1840, trompées par les apparences, elles donnèrent dans une fausse passe et se virent entourées de récifs pour ainsi dire à fleur d'eau. On se crut encore une fois perdu; mais encore une fois l'énergie des chefs, la confiance qu'ils inspiraient à leurs subordonnés, la constance des équipages parvinrent à retirer les corvettes des écueils , où l'on avait été un moment sur le point d'abandonner V Astrolabe. Après les avoir réparées, on sortit du détroit de Torrès, non sans l'avoir encore reconnu dans les plus minutieux détails. Le reste du voyage de l'Astrolabe et de ia Zélée n'eut plus rien de remarquable et qui mérita d'être signalé. Au retour de ce troisième voyage de circumnavigation , qui avait duré trois ans, Dumont-d'Urville fut promu, le 31 décembre 1840, au grade de contre-amiral. Le pays et la science pouvaient plus que jamais compter sur lui , quand la catastrophe du chemin de fer, le 8 mai 1842, engloutit, en un jour de fête, à deux lieues de Paris, avec toute sa famille, dans les feux d'un inénarrable incendie, au milieu des wagons broyés l'un par l'autre, cet homme qui avait bravé la mort jusqu'aux pôles du globe; qui , par trois fois, avait fait le tour du monde ; cet homme qui avait passé , sans s'y briser, entre de flottants écueils de glaces , qui avait su pour ainsi dire effleurer tous les récifs de la mer du Sud sans s'y perdre , et à qui le ciel plutôt aurait dû accorder la mort dans une tempête.