BRUNI D'ENTRECASTEAUX
CONmR-ARIIRAL.
Ne à AÎK y d'un père président au parlement de Provence^ io** seph-Antoine-Bruni d'Entrecasteaux , après avoir fait ses études chez les jésuites , entra dans la marine, et eut Tavantage d'avojr pour premier maître, dans eette carri^, le célèbre Suflren , son parent. Quand la guerre de l'Indépendance de rAmérique éclata, il fut chaîné, ayant alors le grade de capitaine de vaisseau, de convoyer, avec la frégate la Mignonne^ de 26 canons, plusieurs bâtiments marcbands de Marseille , dans les ports du Levant, et combattit et éloigna deux cutters qui cherchaient à intercepter son convoi , aux approches de Smyrne. Il eut peu de part d'ailleurs aux campagnes de cette guerre, dont sans doute une santé dès lors i^ancelante Téloigna souvent. Dans cet état, il se fit surtout remarquer comme administrateur et organisateur, et Ait nommé directeur adjoint des ports et arsenaux de la marine. De grandes douleurs de famille faillirent priver tout à coup la marine de ses honoraires et intelligents services. La demande qu'il fit d'être mis complètement à la retraite ne fut pas acceptée. Mais on ne put
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obtenir qu'il ne s\Uoignût pas, du moins le plus possible , du théâtre qui lui rappelait de poignants malheurs. On lui donna le commandement des forces navales de la France dans la mer des Indes. Poui*suivant , comme par distraction à de cruels soucis, les plus difficiles navigations, il alla en Chine, à contre-mousson ; passant à Test par le ddtroit de la Sonde, puis, poussant à travers les terres de cet archipel et les îles Moluques, il entra dans le grand Océan d'Asie, et parvint à Canton , après avoir contourné par Test et par le nord les îles Mariannes et les Philippines. Cette navigation fut regardée comme un tour de force. Le commandement de d'Entrecasteaux étant expiré, cet officier ne voulut pas revenir dans la patrie , et demanda le gouvernement de l'île de France, qui lui fut accordé.
Quelque temps, au milieu du torrent des événements de la révolution, l'infortuné La Peyrouse avait été oublié, quand des voix généreuses s'élevèrent du sein même de l'Assemblée nationale, pour qu'on s'occupât d'aller à sa recherche. Un décret fut rendu, le 9 février 1791, pour qu'aucun genre de recherches et de préparatifs ne fût négligé. La réputation que d'Entrecasteaux s'était acquise dans la route nouvelle qu'il avait tracée vers la Chine, et qui venait de le porter au grade de contreamiral dans la nouvelle organisation de la marine , le fit choisir pour accomplir cette généreuse à la fois et périlleuse mission . Ses instructions lui enjoignirent de parcourir toutes les côtes qui devaient avoir été vues par La Peyrouse, après son dépail; de Botany-Bay , afin de retrouver sa trace et celle de ses compagnons , s'il était possible ; elles l'engageaient, en outre, à ajouter une page aux découvertes de ce grand et malheureux navigateur, et indiquaient, entre autres, comme objet de ses recherches, le cap de la Circoncision de Bouvet.
D'Entrecasteaux partit de Brest, le 28 septembre 1791, avec les deux frégates la Recherche^ qu'il montait en personne, et VEspé^ rance, commandée par le major Huon de Kermadec. Les noms de ces doux bâtiments disaient assez l'objet du voyage. D'Entre-
casteaux avait à son bord le lieutenant d'Hesmivy-d'Auribeau, le lieutenant de Rossel qui , après avoir été le narrateur de cette navigation , devait occuper un rang distingué parmi les savants français; les officiers de Crétin, La Fresnaye-de-Saint-Aignan , Siugler-de-Welle et Willaumez, Tastronome Bertrand, l'ingénieur-hydrographe Beautems-Beaupré, et les naturalistes Ventenat, Deschamps et La Billai*dière qui a écrit aussi une relation de ce voyage. Sur V Espérance étaient, avec le commandant Huon de Kermadec , les lieutenants Denis de Trobrîand, Lasseny, Lu Grandière, de Lusançay, les officiers La Motte du Portail, I^e Grand Laignel et Jurien, l'astronome Pierson , et les naturalistes Riche et Blavier qui furent débarqués au cap de Bonne-Espérance. Le 30, étant au large, et hoi*s de vue de toutes terres, d'Entrecasteaux annonça aux officiers et aux équipages des deux frégates que le grade de centre-amiral venait de lui être accordé dans la nouvelle organisation de la marine, en même temps que celui de capitaine de vaisseau au major Huon de Keionadec et au lieutenant d'Auribeau. Le 15 octobre, on mouilla en rade de Sainte-Ci-oix de Ténériffe. Le 17 janvier 1792, on entra dans la baie de la Table, cap de Bonne-Espérance , et le lendemain au lever du soleil , on salua la place de neuf coups de canon , qui furent rendus par le gouverneur hollandais. On n'avait pas oublié , en ce lieu , les impoi"tants services que Ton avait reçus de la marine française aux oi*dres du bailli de Suffi*en , pendant- la der niera guerre ; aussi, les Français furent-ils accueillis en frères et avec des honneui*s inusités. L'officier que d'Entrecasteaux avait envoyé pour prévenir le gouverneur de son arrivée , lui remit à son retour une dépêche , que le commandant français de la station de l'Inde , de Saint-Félix, avait fait porter au cap par une frégate. Elle contenait les dépositions de deux capitaines de bâtiments marchands, qui, pendant leur séjour à Batavia, avaient vu le capitaine anglais Hunter et les officiers de la frégate le A'i/rttw, perdue sur l'île Norfolk. Ces dépositions portaient que ce capitaine et ses officiers, venus avec lui de Botanv-Bav à Batavia , sur un vaisseau hollau-
dais, avaient aperçu près des îles de rAdmirauté des jHrogues qui avaient donné des signes non équivoques de la communication des habitants de ces iles avec des Européens. Les insulaires aperçus dans ces pirogues avaient offert à leurs yeux des uniformes et des ceintmDns de soldats de la marine de France y qui leur avaient fait juger que ce ne pouvait éti*e que les dépouilles des équipages des deux frégates aux ordres de La Peyrouse. Un moment y sur ces indications y d'Entrecasteaux eut Tespoir de retrouver cet illustre navigateur ; mais bientôt il réfléchit que si Ton avait vu des habitants des tles de T Admirante vêtus d'habits européens, il était vraisemblable que les malheureux à qui ils avaient appartenu étaient pour la plupart morts dans un naufrage y et que le petit nombre qui avait pu échapper aux flots avait été massacré par les indigènes du pays. Ces tristes réflexions ne Tempéchèrent pas toutefois de poursuivre avec ardeur sa recherche.
Le chemin le plus court pour arriver aux tles de F Admirante, où il se proposait dès lors d'aller directement, était de passer par le nord de la Nouvelle-Hollande, espérant arriver avant le retour de la mousson ; et il se décida à prendre cette route. Mais après vingt et un jours de navigation, ne se trouvant encore, le 6 mars, que par 44^ de longitude orientale et 55'' de latitude, il reconnut qu'il lui serait impossible d'aller au-delà de Timor, et qu'il serait inutilement retenu dans les pHi*ages de cette ile pendant toute la mousson de l'est. Il prit alors le parti de se rendre aux iles de 1 Admirante en passant par le sud de la Nouvelle-Hollande. Le 28 mars, il aperçut l'île d'Amsterdam dont il détermina la position, ce qui n'avait pas encore été fait. Le 21 avril, par suite d'un faux relèvement de Willaumez, il alla mouiller dans la baie des Tempêtes, à la Terre Yan-Diemen, croyant être dans cello de l'Aventure. IL envoya reconnaître une anse où il se rendit le surlendemain, et qui fut nommée port d'Entrecasteaux. Vainement on essaierait de rendre la sensation que lui fit éprouver l'aspect de ce havre solitaire placé aux extrémités du monde, et fermé si parfaitement , que l'on pouvait s'y considérer comme séparé du reste
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de ruuivers. L'on y rencontrait à chaque pas, réunies aux beautés de la nature abandonnée à elle-même , des marques de décrépi* tude; des arbres dune très grande hauteur et dun diamètre proportionné sans branches le long de la tige, mais couronnés d'un feuillage toujours vert; quelques-uns paraissaient aussi vieux que le monde ; entrelacés et serrés les uns contre les autres, ils servaient d'appui à d'autres d'égale dimension , mais tombant de vétusté et fécondant la terre de leurs débris réduits en poussière. Une douzaine de huttes rassemblées indiquaient » quoique désertes» que quelque peuplade errante venait sans doute les habiter dans la belle saison. Il découvrit, entre la teiTe de Diemen, à présent Tasmami, et une île à laquelle fut donné le nom de Bruni, un canal qui a pris le nom de canal d'Ëntrecasteaux. Parti de la Terre de Yan-Diemen, le 28 mai, il fit route pour la Nouvelle -Calédonie , située sous le tropique , dans le plus beau climat , mais ne présentant qu'une côte hérissée de récifs inabordables. Bientôt il aperçut l'île Hammond. Voulant rendre sa route utile, sans cependant la prolonger, il prit le parti d'aller passer à l'ouest des îles nommées, pai* Shortland, iles de la Trésorerie, et de côtoyer l'Ile de Bougainville, dont il reconnut la partie occidentale, ce qui n'avait pas encore eu lieu. On eut le beau spectacle de hautes montagnes dont la pente s'adoucissait pour venir former de grandes vallées et s'étendre ensuite en de vastes plaines où l'on ne voyait pourtant aucune apparence de culture ; tout était couvert d'arbres jusqu'aux cimes les plus hautes, qui paraissaient avoir au moins deux mille quatre cents mètres d'élévation perpendiculaire. Toute cette côte était environnée de récifs de corail qui la rendaient extrêmement périlleuse, et qui, de même que ceux que l'on avait rencontrés près de la Nouvelle-Calédonie, étaient le travail des polypes. Ils s'élèvent comme autant de colonnes du fond de la mer, et leur accroissement progressif menace d'augmenter de jour en jour le danger de la navigation dans ces parages. Aux feux que l'on aperçut dans l'ile de Bougainville et dans des gi-oiipes d'ilôts voisins, on avait déjà reconnu que ces lieux étaient
habités ; m is les pirogues de sauvages par lesquelles on fut bientôt visité ne laissèrent plus aucun doute à cet égard. Les habitants de Ttle Bougainville parurent d'une taille moyenne; leur peau semblait de couleur noir de fumée; ils étaient sans vêtements^ et leurs muscles très prolongés annou* çaient une grande force; leur figure n'était rien moins qu'agréable, mais elle était remplie d'expression ; ils avaient la tête fort grosso, le front large, la face aplatie particulièrement au dessous du nez, le menton épais, les joues un peu saillantes, le nez épaté, la bouche fort large et les lèvres assez minces. Le bétel, qui teignait d'une couleur sanguinolente leur grande bouche, ajoutait encore à la laideur de leur figure. Leurs oreilles pera^es étaient ornées d'anneaux de coquillages fort pesants. Quelques-uns avaient des raies blanches et rouges tracées sur le corps; leurs cheveux crépus et bien fournis formaient un grand volume. Après avoir terminé la reconnaissance de la côte occidentale de l'tle Bougainville et de celle que ce même navigateur avait nommée Bouka, avoir reconnu, à cinq lieues de celle-ci, une terre aplatie à laquelle l'anglais Carteret avait donné le nom de Charles-Hardy, et nombre de petites iles encore, on alla mouiller à la Nouvelle-Irlande dans le Havre-de-Carteret. On en sortit le 24 juillet 1792, par une ouverture entre l'île des Cocos et la Nouvelle-Irlande. Après avoir passé le canal Saint-Georges, on se disposa à aller reconnaître l'île Sandwich. On la vit , comme la Nouvelle-Irlande, couverte d'arbres chargés de lianes et de plantes pai'asites, qui ressemblaient à autant de colonnes garnies de guirlandes et ajoutaient beaucoup à l'aspect pittoresque de cette île charmante. Le lendemain on eut connaissance des îles Portland, au nombre de sept, que l'on rangea de très près. Puis on continua à se diriger vers les îles de l'Admirante, où le Commodore Hunter avait cm apercevoir les débris de la malheureuse expédition de La Peyrouse ; et l'on cingla vers l'île la plus méridionale de ce petit archipel. Un grand arbre porté sur les brisants fut d'abord pris par quelques gens des équipages pour des débris de navires; mais on fut bientôt désabusé. Api'ès avoir lou-
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voyé la nuit du 28 au 29 juillet pour se soutenir contre les courants^ et s'être concerté sur les recherches à faire, on se dirigea vei's rtle la plus orientale du groupe, où, disait-on , avaient été aperçus des sauvages vêtus d'uniformes de la marine française* D'Ëutrecasteaux désirant avoir une entrevue avec les sauvages, alla se mettre sous le vent de leur île qui ne lui ofirait, en raison de son peu d'étendue, qu'un bien faible abri. Alors les sauvages parurent en foule ; les uns couraient le long du rivage, d'autres, les yeux fixés sur les vaisseaux, invitaient par des signes les étrangers à descendre à terre. Enfin, quelques-uns lancèrent une pirogue à balancier qu'ils dirigèrent un moment vers l'Espérance^ puis qu'ils ramenèrent presqu'aussitôt à terre. D'Entrecasteaux expédia ses canots avec différents objets destinés aux habitants de cette petite tle; mais en ayant soin de tenir ses frégates à portée de les protéger; car l'anglais Garteret avait rendu célèbre la perfidie des habitants du sud des iies de FAdmirauté depuis l'an 1767. Ils montrèrent d'abord toutes les apparences de la bonne foi; mais ils ne tardèrent pas à faire connaître leur inclination au vol, dès qu'ils furent presque assurés de l'impunité. N'ayant trouvé là aucun renseignement, on poita au nord des iles de FAdmirauté où l'on eut également des relations avec les sauvages, qui furent trouvés plus probes que ceux que l'on avait vus précédemment. Ils parurent d'une gi'ande douceur, et un air de bonté était peint sur tous leurs traits. Le2août, on eut connaissance de Farchipel des îles Hermites. Le soir du même jour, on reconnut l'Ile la plus orientale du petit archipel auquel Bougainville avait donné le nom d'Echiquier. Un gi'and nombre d'îles liées entre elles par des récifs, se voyaient depuis le nord jusqu'à l'ouest. Leurs terres très basses étaient couvertes d'arbres fort élevés. Le 8 août, comme on était sous la ligne , on vit une trombe considérable se former dans le sud-ouest ; elle avait la forme de deux cônes très allongés réunis par leurs sommets, la base de l'un de ces cônes reposait sur la mer, celle de Fautre se cachait dans un nuage fort épais. Le 12, on eut connaissance de ht phis grande des fies de Schouten. Le 19, on
doubla pour la première fois , à la distance de deux kilomètres y le cap Good-Hope de la Nouvelle-Guinée ; puis on longea de fort près les côtes de cette terre qui étaient pour la plupart coupées à pic , mais où Ton remarquait pourtant quelques endroits propres au débarquement. De là, on fit voile pour les Moluques^ par le détroit de Dampier , et après avoir un momept eu le dessein de reconnaître le détroit de Watson , d'Entrecasteaux entra dans celui de Pitt, bordé de terres élevées et couvertes partout de grands arbres. Après avoir déterminé la position des tles Salawatty, Popo et Canary, d'Entrecasteaux alla à Ttle Céram , dont les hautes montagnes boisées présentaient un magique aspect , et il entra dans le canal qu'elle forme avec Ttle de Bonoa. On ne tarda pas à voir Ttle d'Amboine , où Ton l'elâcha avec lautorisa-tion du gouverneur hollandais. Après avoir encore reconnu quelques-unes des MoluqueSy on arriva à la cAte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande , où Ton essuya une terrible tempête , pendant laquelle d'Entrecasteaux fut trop heureux de trouver un refuge» au moment de faire côte , dans un mouillage qui prit le nom de Legi*ând , de celui par qui il avait été découvert du haut des mAts. Les naturalistes et les autres savants descendirent à terre pour y faire leurs excuraions et leurs observations. Riche , l'un d'eux , se laissa égarer tout seul en courant à la recherche des plantes et des animaux extraordinaires de la Nouvelle-Hollande. Ayant aperçu quelques sauvages , il essaya de communiquer avec eux afin de connaître leur manière de se nourrir et de leur demander quelques aliments , car il était violemment tourmenté par la faim; mais ils prirent tous la fuite devant lui. Déjà, Ton pleurait sa mort comme assurée , lorsqu'au bout de cinquante heures d'isolement et de fatigues, il fut retrouvé errant au bord de la mer, dans un ciaiel état d'affaissement et le visage tout décomposé. On eut des peines infinies à le rappeler à son état naturel. D'Entrecasteaux leva l'ancre de la baie Legrand pour faire route de nouveau vers le cap de Diemen , et bientôt se retrouva à l'entrée de la \me des Tempêtes. Le vent qui soufflait de Tesl-sud-est empêchant
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de douner dans le canal d'Entrecasteaux , fit pi*endi*e le paili d'aller à la baie des Ro<?hes, à l'entrée de celle des Tempêtes. On alla ensuite chercher le canal , et Ton mouilla dans la baie de TAventure. Chemin faisant» on laissait des animaux et des plantes d'Europe sur les terres que l'on reconnaissait » pour les y faire multiplier. Ayant appareillé de la baie de l'Aventure» on ])assa tout près et au nord de la Nouvelle-Zélande , mais sans que d'Enti*ecasteaux , dont la mémoire était encore remplie de la catastrophe aiTivée à Marion , consentit à y mouiller. On reconnut aussi les Hes Curtis et Macauley, dont le groupe prit le nom de Kermadec. Le 18 mai 1795, vers les six heures du soir, d'Entrecasteaux aperçut de très loin, au nord-nord-ouest, une terre nouvelle, ce qui le détermina à passer la nuit en panne. Le lendemain, au lever du jour, il la revit encore et s'en approcha, mais sans y aborder. Il en reconnut tous les contours , qui avaient environ deux myriamètres et demi. Sa forme était à peu près triangulaire. L'intérieur offrait de grands escarpements ; des arbres se voyaient jusque sur les sommets les plus élevés. Un bas-fond , situé tout près de la côte au nord-ouest , s'étendait jusqu'à six cents mètres au moins dans cette même direction. Huit rochers éloignés les uns des autres de quelques centaines de mètres s'avançaient dans la mer. D'Entrecasteaux nomma cette petite ten*e île de la Recherche, et ne se doutant pas qu'il avait si proche de lui ce qu'il cherchait depuis si longtemps , et ce qu'il allait chercher encore, il s'en éloigna sans y avoir touché. C était justement l'île où l'infortuné La Peyrouse avait fait naufrage.
Trois jours après, il aperçut Éoa , une des îles des Amis ou de Tongatabou, et le lendemain, il vint mouiller en rade de l'île Tongatabou même , que ses terrains assez bas ne lui avaient pas laissé voir de très loin. On eut immédiatement à bord la visite d'un chef nommé Finau , dont le corps était couvert de cicatrices ; il les montrait avec orgueil , disant qu'elles étaient les suites des coups de zagaies qu'il avait reçus dans les combats livrés par lui aux habitants des îles Fidji. Les vaisseaux étaient entourés de pirogues,
les ponts encombrés d'insulaires. Sur le soir, on pria Finau d'engager ceux-ci à se retirer. Sur-le-champ, agitant sa massue avec une force et une agilité extraordinaires , il se mit à les poursuivre, et on les vît se précipiter en toute hâte à la mer pour échapper à ses coups. Le lendemain, d'Entrecasteaux fit dresser les tentes d'un observatoire et celles d'une espèce de marché forain sur la côte sud-ouest de la petite île de Pangaïmotou. Les insulaires de Tongatabou y accoururent en foule pourvoir et échanger les objets curieux d'Europe. On y vit venir la reine Tirré, aux cheveux tailles de la longueur de deux tiers de décimètre et couverts, de même que son front, d'une poudre rougeâtre; et Fatafé, fils du roi Poulao, chef très puissant qui se chargea de faire régner l'ordre parmi les naturels ; mais qui ne put prévenir toutefois d'assez nombreux larcins, ni même de graves malheurs; car un factionnaire fut attaqué et blessé parun naturel du pays. Toubau, chefsuprêmedeTongatabou, de Vavao, d'Anamouka et autres îles, arriva lui-même à bord avec l'assassin et le fusil que celui-ci avait volé. Le guerrier Finàu, ne dédaignant pas de faire l'office de bourreau, levait déjà sa massue pour faire justice du coupable, quand d'Entrecasteaux et le malheureux factionnaire lui-même demandèrent qu'on TéparguAt; on se contenta de lui faire donner quelques coups de corde sur les épaules. La bonne harmonie faillit encore être troublée par suite des larcins dont les insulaires se rendaient coupables de plus en plus. Il y en eut qui portèrent l'audace jusqu'à an^acher des couteaux des mains des Français; on les poursuivit jusque sur l'île de Tongatabou; l'un d'eux tua un des forgerons de la Recherche^ et l'on fnt obligé de tirer le canon à mitraille pour dissiper les groupes menaçants qui se formaient sur différents points de l'île. L'officier Trobriand lutta corps à corps avec un insulaire sur les intentions duquel il s'était mépris et le tua d'un coup de fiisil. Tout se calma pourtant , et l'on quitta Tongatabou en laissant aux chefs et en gardant d'eux d'assez agréables souvenirs. D'Entrecasteaux reconnut ensuite l'archipel du Saint-Esprit, découvert par Quîros en tCOB. Il revit peu après les hautes montagnes
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de la Nouvelle-Calédonie, et eut quelques l'apporls avec les habitants de cette terre, qui étaient d'audacieux voleurs et de si abominables anthropophages qu'ils présentaient aux Français, pour les leur faire manger, des restes de chair humaine rôtie attachés encore à leui's ossements. Sur les entrefaites, le capitaine Huon de Kermadec mourut d'une fièvre étique qui le dévorait depuis plusieurs mois ; il fut inhumé, selon ses dispositions testamentaires, vers le milieu de Ttle de- Pudyoua, pendant la nuit; il avait recommandé qu'on ne lui élevât aucun monument, dans la crainte sans doute que les habitants de la Nouvelle-Calédonie ne découvrissent le lieu de sa sépulture et ne fouillassent la terre pour enlever et dévorer sa dépouille. Le commandement de V Espérance fut donné à d'Auribeau. On fit voile de la Nouvelle-Calédonie pour l'île Sainte-Croix, et d'Entrecasteaux envoya deux canots sonder un enfoncement qu'il apercevait entre cette île et celle de la Nouvelle-Gersey . C'était un canal parfaitement propre à la navigation qu'il venait de découvrir, après l'avoir pris un moment pour une baie. On eut quelques rapports avec les naturels de Tîle Sainte- Croix, qui montrèrent beaucoup de défiance et de mauvaise foi« On s'approcha ensuite des terres Arsacides dont on voyait les hautes montagnes vers l'ouest-sud-ouest, et l'on fut entraîné, durant la nuit, par les courants, dans un grand canal entre l'île de la Délivrance et celle de Saint-Christophe qui fait partie de TAi^ chipel de Salomon. Après quoi, on releva l'île dite des Contrariétés» qui pamt petite, peu mon tueuse et très boisée. On longea les îlots des Trois-Sœurs , et on louvoya pour gagner au sud et ressortir du détroit. Après avoir vu de nouveau l'île Hammoud, et avoir reconnu les terres des Arsacides de manière ^ ne pas douter qu'elles ne fussent l'archipel de Salomon , découvert par Mendâna, d'Entrecasteaux cingla vers les côtes septentrionales de la Louisiade, qu'il reconnut, et avec les habitants de laquelle il eut quelques entrevues. Ils avaient des cheveux laineux et ornés de plumes, et plusieurs portaient un petit os dans un trou percé à la cloison du nez. On admira leur habileté à se diriger au
plus près du vent. Leui-s cabanes , comme celles des Papous , étaient élevées sur des pilotis de deux à trois mètres au-dessus du terrain. D'Entrecasteaux vit ensuite s'élever la côte occidentale de la Nouvelle-Bretagne vers laquelle il gouverna afin d'entrer dans le détroit de Dampier. Après être sorti de ce détroit, il Ion* gea la côte septentrionale de la Nouvelle-Bretagne, au nord de lar quelle il découvrit plusieurs petites îles très montueuses inconnues jusqu'alors. Il longea d'assez près Tile Portland et peu après aperçut la plus orientale des Oes de T Amirauté. Il reconnut encore les Anadior^;es de Bougainville. Sur les entrefaites, d'Entre^ casteaux, en qui s'étaient manifestés quelques légers symptômes de scorbut, succomba, sur son bord, le 20 juillet 1795, après deux jours d'horribles souffrances.
Le capitaine d'Auribeau prit le commandement en chef de l'expédition , alla mouiller à l'tle Waygiou , après avoir aperçu les îles des Trattres et doublé de nouveau le cap Good-Hope ou de Bonne- Espérance de la Nouvelle-Guinée. De là, on vînt jeter l'ancre à File de Bourou, appartenant aux Hollandais. Gomme on se dirigeait ensuite vers le détroit de Bouton, d'Auribeau tomba malade, et de Rossel prit la conduite des deux frégates. Après avoir passé le détroit de Bouton, on traversa celui de Saleyer, et l'on alla mouiller à Sourabaya, un des établissement43 hollandais dans l'île de Java. Mais déjà les bruits des événements qui se passaient en France depuis 1791 avaient amené une fermentation politique et, par suite, une révolte ouverte sur les deux frégates. D'Auribeau , dont la santé s'était un peu rétablie, et de Rossel jugèrent à propos de se mettre sous la protection des Hollandais, qui étaient alors en guerre avec la France. Le premier se débarrassa, en les abandonnant, de ceux de ses compatriotes qui Tinquiétaient le plus, entre autres, de La Billardière, Riche, Vintenat^ Laignël, Legrand et Willaumez , qui furent mis dans les prisons de Java , jusqu'à ce qu'on trouvât une occasion de les faire repasser en Europe, ce qui eut lieu peu après. D'Auribeau, qui mourut à peu de temps de là, avait, à o« qu'il paraît, livré ou vendu les frogat^^s
la Recherche et t Espérance aux Hollandais, après leur avoir fait arborer pavillon blanc. De Rossel, tombé au pouvoir des Anglais, avec un bâtiment étranger sur lequel il était passé, fut retenu prisonnier à Londres, jusqu'à la paix d'Amiens, en 1802. Quelques années plus tard, il paya un tribut à la mémoire de son ancien chef d'expédition, en publiant le voyage du contre-amiral d'Entrecasteaux.
Ouvrages consultés : Voyaget de d*EnÉreea$teaux, 3 yoI. in-4<*; l'atlas publié, elles cartes, plans et relayés de reipédilion au dépôt de la mariue. — et F'oyages de La BUlardière, 2 vol. in-V, et l'atlas.