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APPENDICE À. — La Phéacie sert de cadre à huit chants de l'Odyssée et au début d’un neuvième : elle apparaît au vers 34 du chant V; elle disparaît au vers 184% du chant XIII; dans l'intervalle, le texte traditionnel comprend 4.275 vers ; une longue et minutieuse étude m'a conduit à la conviction que quelque 2.900 seulement appartenaient au poème original des Récits chez Alkinoos. Je renvoie le lecteur à mon /ntroduction.à l'Odyssée pour l’ensemble et le détail des insertions et interpolations que j écarte du texte primitif.
Dans le texte de la « Poésie » actuelle, Ulysse reste deux journées chez Alkinoos : arrivé un soir, il repart le surlendemain soir ; il assiste au festin et aux jeux des Phéaciens durant la première matinée; il assiste à un second festin, puis commence son récit durant la première soirée et une partie de la nuit ; il ne fait que recevoir les cadeaux des rois et festiner encore durant la seconde journée. J’ai démontré, je crois, — au chapitre « Les Récits chez Alkinoos » du troisième volume de l’Introduction p. 219, — que, dans le poème original, Ulysse ne restait qu’un jour et que les Jeux étaient une interpolation récente entre les deux groupes de vers 93-96 et 532-535 du chant VIII, qui se répètent mot pour mot.
J’ai dit plus haut qu’au chant VII, les vers 56-74 ont été interpolés pour donner à Alkinoos et à Arété une généalogie qui ne scandalisât pas les auditoires des aèdes ou ne pervertit pas les lecteurs scolaires de l’épos, cf. Zntroduction I p. 429.
Au même chant VII, les vers 100-132 donnent du mobilier et du jardin d’Alkinoos une description dont il ne faut pas tenir compte, cf. Zntroduction II p. 170.
Au chant VIII, v. 550-586, le discours d’Alkinoos, où les vaisseaux des Phéaciens deviennent des êtres doués de raison, est un indigne bavardage, cf. Introduction III p. 85.
APPENDICE B. — « Dix-sept journées de navigation solitaire, sans dormir ! quelle invraisemblance ! », s’écrient philologues et critiques -M. A. Gerbault (Seul sur l'Atlantique) et M'°« H.
de Saussure et M. Oulié (Sur la Perlette) peuvent leur apprendre comment on peut naviguer tout seul ou à deux, durant des semaines de semaines, en dormant le jour et en veillant ou manœuvrant la nuit. Les journaux de Marseille annonçaïent le 12 avril 1906 :
« Le paquebot Gallia, venant d’Ajaccio, a rapatrié, ce matin, le patron pêcheur Alexandre Guiol, du port de Marseille, qui fut entraîné au large pendant la dernière tempête et demeura sur sa barque, seul et sans vivres, pendant onze jours.
» Alexandre Guiol, qui est âgé de vingt-trois ans, était parti, le 16 mars, à quatre heures du matin, sur son bateau, la Volonté de Dieu, pour se rendre dans les parages de Toulon, où, chaque année en cette saison, il avait coutume d'aller. Cependant, le vent ayant fraïîchi, dans l’après-midi, le pêcheur relàcha à La Ciotat, où il passa toute la journée du samedi. Le dimanche 18 mars, le temps s'étant remis au beau, il fit ses préparatifs pour reprendre la mer et, comme la distance à franchir n’était pas. bien longue, il ne s’approvisionna que d’un pain et d’un morceau de fromage. Il mit donc à la voile, vers huit heures du matin. Le mistral soufflait très faible, et la barque, toutes voiles dehors, avançait doucement. Le temps se maintint ainsi jusqu’à dix heures. Le vent fraïîchit ensuite, mais sans exagération, et, à midi, la Volonté de Dieu doublait le cap Cepet.
» Alexandre Guiol changeait ses amures pour tirer des bordées et entrer à Saint-Mandrier, lorsqu'il vit s’avancer sur la surface de la mer, comme une fumée tourbillonnante, une monstrueuse risée qui fit battre les voiles et ébranla les membrures du bateau. Presque aussitôt, une rafale, violente comme un cyclone, se déchaïna et passa sur la barque, dont elle déchira les voiles, brisant l'antenne comme un fétu.
» En même temps, des vagues énormes se soulevèrent et, en moins de temps qu'il n’en faut pour le raconter, la Volonté de Dieu se trouva à demi submergée. Alexandre Guiol ne perdit pas son sang-froid. Il sauta à l’avant et mit son mouillage à la mer, puis il essaya de rassembler les débris de ses voiles et coupa les manœuvres avec un couteau, de façon à dégager son bateau ; mais la corde de mouillage ne tint pas plus de dix minutes ; elle se rompit et le bateau se trouva alors en dérive.
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Comme il n’était qu'à 200 mètres de la côte, Guiol arma les avirons et il fit des efforts inouïs pour atterrir. La mer fut la plus forte et c’est en vain qu'il épuisa ses forces.
» Le malheureux hissa alors un bout de toile blanche au sommet de son mât, et il corna en même temps, dans l'espoir d’appeler lattention du sémaphore voisin. Hélas ! il ne fut pas aperçu, et, après plusieurs heures de lutte inutile, vaincu par la fatigue, il s’accroupit au fond de la barque et, les mains cramponnées au banc de mâture, il attendit ».
Ulysse flotte et nage durant quarante-huit heures sur sa poutre : « Deux jours de nage sans boire ni manger ! quelle invraisemblance ! », disent encore les critiques et philologues. On lit dans le Petit Temps, du mercredi 12 décembre 1900 : « Le gardien de phare de Carteret a recueilli un naufragé de nationalité anglaise, nommé Whiteway, faisant, comme mécanicien, partie de l'équipage du steamer Rosgull, qui fit naufrage la semaine dernière entre Jersey et Guernesey. C'est vers onze heures du soir que le navire coula, après que les passagers et l’équipage se furent embarqués dans les canots. Celui dans lequel Whiteway avait pris place chavira et, quoique blessé à la tête, il put se cramponner à un espar, sur lequel il se laissa flotter à la dérive. Il resta ainsi quarante-trois heures sans manger, éprouvant de violentes douleurs aux jambes. Il fut recueilli à un mille de la côte par le gardien de phare de Carteret, qui lui prodigua tous les soins nécessaires ».
APpenDice C. — Les Phéaciens sont gens soupçonneux, « chez qui les étrangers reçoivent peu d'accueil; à qui vient du dehors on ne fait pas grand’ fête » (Odyss. VII 32-35).
Les navigateurs et commerçants de tous les temps en ont usé ainsi. Jusqu'à la fin de notre xvin* siècle, les possesseurs ou exploitants des Indes orientales, Hollandais, Portugais et Espagnols, déploient toutes les ruses et toutes les violences pour écarter de leurs Iles des Épices et de leurs détroits mystérieux les concurrents anglais ou français et les explorateurs qui vont découvrir des passes nouvelles dans la Mer du Sud (cf. le premier chapitre de Calypso et la Mer de l’Atlantide).
A Batavia et dans les autres ports hollandais, Carteret, après de longues semaines de misères, rencontre toutes les difcultés par le mauvais vouloir des autorités :
« Le 15 décembre 1767, nous mouillâmes à quatre milles de la ville de Macassar : nous n'avions pas passé moins de trentecinq semaines depuis le détroit de Magellan. Le soir même, un Hollandais, dépêché par le gouverneur, vint à bord sur les onze heures pour savoir qui nous étions. Lorsque je lui fis entendre que le Swallow était un vaisseau de guerre anglais, il parut fort alarmé, parce qu'aucun vaisseau du roi de la Grande- Bretagne n'avait été là auparavant ».
Carteret envoie une lettre au gouverneur qui refuse tout débarquement : « On ne souffrit pas qu'aucun bateau du pays s’approchât ». On mobilise des troupes. On ordonne aux malheureux Anglais « de partir à l’instant sans prendre langue ni terre nulle part ». Les Anglais indignés menacent soit d'entrer dans le port, de « venir sous leurs murailles et de les forcer à nous fournir ce dont nous avons besoin, soit de faire échouer le bateau sur le rivage, puisqu'il valoit mieux périr tout d’un coup dans un juste combat que de souffrir des douleurs accablantes et de prévoir tous les jours une mort que nous ne pouvions pas éviter ». Les Hollandais donnent enfin des provisions et permettent le mouillage dans une baie écartée... Carteret y séjourne pour attendre la mousson favorable. Les indigènes le préviennent que les Hollandais ont formé le projet de les massacrer. Des espions les surveillent de nuit. La garde hollandaise, qui veillait sur le bateau, est supprimée pour laisser les mains libres aux attaques indigènes...
Enfin, en mai, on peut partir pour Batavia. Cf. dans Wallis (II p. 228-230) la même histoire du Falmouth mal accueilli à Batavia, persécuté et affamé par les autorités : « le canonnier meurt, et le contremaître devient fou par les vexations et les chagrins qu'ils ont à supporter : on ne leur permettait pas de passer une nuit à terre ». Est-il besoin de rappeler quel régime de police inquisitoriale pesait sur les étrangers dans la Venise des doges, même au temps où les seules Iles Ioniennes lui restaient de son ancien monopole commercial au Levant ?
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