TETE
cartes de la congrégation de la Propagande, marqué à la date de 1529, et portant à sa partie inférieure ces mots : « Hieronymus de Verazzano faciebat. » Puis sous les mots : « Nova Gallia sive Yucatanet, » cette phrase : « Verazzana, sive Nova Gallia, quale discopri 5 anni fa, Giovanni da Verazzano, Fiorentino, per ordine e commendamento del re cristianissimo di Francia. »
Je n'ai pas autrement le moyen de résoudre ces problèmes. Je ferai seulement observer que si M. Biddle avait connu le nombre des vaisseaux français dont Francois I‘ pouvait disposer en 1527, époque à laquelle Barros montre plusieurs de nos navires marchands dans l'Inde, il n'aurait pas avancé que la France n'était pas en état de faire une nouvelle entreprise. N'y avait-il pas d’ailleurs des hommes tels que l'amiral Chabot, que Jean Ango, vicomte de Dieppe, et que Preudhomme, général des finances de Normandie, pour faire des contrats semblables à celui dont nous avons parlé au commencement de cette étude? — Aussi je pense que ceux qui voudront décider la question du sort ultérieur de Verazzano devront tenir compte de ce document, dans lequel Jean de Varesan semble être le nom altéré de Verazzano. Ce document ne peut être antérieur à 1526, époque à laquelle Chabot, négociateur de la délivrance du roi, prisonnier de Charles-Quint, fut récompensé de ses services par la charge d’amiral et le gouvernement de Bourgogne. Peut-être ai-je donné là le contrat de la dernière entreprise de Verazzano, et alors M. Biddie eût eu deux fois tort d'avancer que ce navigateur était mort au service de l'Angleterre,
& sr ss É
TE
Quoi qu’il en soit, j’ajouterai, toujours en vue de répondre à l’accusation dirigée par Barrow contre nous, que le projet de la recherche d’un passage à la Chine par le nord-ouest n'était pas indifférent à la petite cour d’Ango. Par conséquent, Verazzano aurait bien pu faire, en société de l’armateur Dieppois, cette nouvelle entreprise, dont le succès intéressait encore après lui Jean Parmentier. « Et ainsy qu'il me dist plusieurs fois, » écrit Pierre Grignon, « il estoit bien delibéré, luy retourné en France, de aller chercher s’il y a ouverture au nort et découvrir par là jusqu’au su. »
Mais Jean Ango pouvait trouver aussi plus fructueuse la route du cap Bonne-Espérance, — D'ailleurs, si l'on avait trouvé l'Asie par l’ouest, n’y avaitil pas encore à en chercher la fin par l’est? Or c'était ce que projetait Jean Parmentier dans ce voyage de 1529 où il ne fit qu’aborder à Ticou, mais dont le but plus éloigné nous est indiqué par les vers qui suivent :
En traversant la grand mer d'Occident Plaine d'esprit, ou gist maint accident Par ventz soufflans, sans mesure et repos, Delibéray pénétrer l’Orient,
Passer Midy, mais que inconvenient
Ne peust troubler mon desireux propos; Le cueur bien sain en ma nef, bien dispos, L'esprit ouvert sur si pesant affaire,
Vins a penser quelle œuvre vouloys faire.
Je suis pensant pour quelle fantasie
Je quitte Europpe et tant je fantasie,
Que veulx lustrer toute Affricque la nove, Encores plus je ne me rassasie
Si je ne passe entre les fins d'Asie
À celle fin que quelque œuvre je innove.
Mon cerveau boust, mon esprit se renove, Car pour repos il prent solicitude.
Mais dont me vient telle affreuse estude ?
Veulx je conclure avecque Juvénal
En soustenant, soubz ung propos final, Que aux Indes voys pour fuir povreté ?
Cest arguement est faulx et anormal :
Faulte d’argent ne me peut faire mal, Point ne la crains, car j’ay plus povre este. Sur quel propos suis je donc arresté, Quant j’ai conceu voyaige si pesant ?
Ainsi j’estois à part moy devisant.
Alors raison contenta mon esprit, Disant : « Ainsi que ce vouloir t’esprit De te donner tant curieuse peine, Cela tu feiz affin qu’honneur te prit Comme François qui premier entreprit De parvenir à terre si loingtaine,
Et pour donner conclusion certaine, Tu l’entrepris à la gloire du roy,
Pour faire honneur au pays et à toy. »
Jean Parmentier voulait innover aussi, lui, du côté de l’est.
La mort de Jean et celle de Raoul, qui succombèrent dans ce voyage, à peu de jours de distance l'un de l’autre, ne leur permit pas d’accomplir ce dessein; néanmoins il reste à cette navigation une gloire qu'on a eu tort de ne pas remarquer. — Tous ceux qui ont raconté nos navigations n'ont exposé que le fait brut, sans en chercher le caractère. — Mais nous, ne négligeons pas de rappeler l'éloquente protestation à laquelle cette entreprise de 1529 donna lieu, c'est l’autre aspect de la navigation aux Indes sous François Ier : — l’un, purement scientifique, appartient à l’histoire des progrès de la géographie; l’autre, essentiellement politique, se rattache au développement des libertés du monde et, par elles, à l’histoire du Droit des Gens. 4
« Bien, écrit Pierre Crignon, que les Portugais 4 soient le peuple le plus petit de tout le globe, celui- se ci ne lui semble pas assez grand pour satisfaire sa cupidité. Il faut qu'ils aient bu de la poussière du cœur du roi Alexandre, pour montrer une ambition si démesurée. Ils croient tenir dans une seule main ce qu'ils ne pourraient embrasser avec toutes les deux, et il semble que Dieu ne fit que pour eux les mers et la terre et que les autres nations ne sont pas dignes de naviguer. Certainement, s’il était en leur pouvoir de fermer les mers depuis le cap Finistère jusqu’en Irlande, il y a longtemps qu'ils l’auraient fait. Cependant les Portugais n’ont pas plus le droit d'empêcher les commerçants Français d'aborder aux terres que les premiers se sont arrogées, dans lesquelles ils
Ca
n’ont fait aucun bien, et où ils ne sont ni aimés ni obéis, que nous n’aurions le droit de les empêcher de passer en Ecosse, dans le Danemark et en Norvége, en admettant que nous y eussions abordé les premiers, »
Crignon ne faisait que direen 1535, avec plüs d’éloquence, ce qu'avait soutenu Bertrand d'Ornesan, baron de Saint-Blancard, amiral de Provence, contre les Portugais eux-mêmes, en 1531.
« Etiam ponitur in facto probabili quod dictus serenissimus rex Portugalliæ nullam majorem habet in dictis insulis quam habeat Rex Christianissimus. — Imù enim mare sit commune, et insulæ præfatæ omnibus ad eas accedentibus apertè permissum, nedum Gallis sed omnibus aliis nationibus eas frequentare et cum accolis commertium habere, »
Il est glorieux pour la France de pouvoir rappeler de telles lignes avant la publication du Mare Liberum de Grotius. — Si nous ne pouvons démontrer d’une manière précise notre présence dans les deux Indes avant les Espagnols et avant les Portugais, nous pouvons au moins prouver par là notre protestation en faveur de la liberté des mers avant les Hollandais, qui se font un titre d'honneur de l'avoir revendiquée les premiers.
Or cette protestation, dont le souvenir manque au savant livre de M. Ortolan sur le droit international, nous ne l’avions pas écrite seulement sur le papier, devant nos tribunaux maritimes, elle était sur la pierre, dans une église, devant le tombeau d’Ango. Telle est en effet la dernière signification de la représentation des hommes du Sénégal, du Brésil et des