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Soixante ans plus tard, lorsque la perte du Canada, consommée pour la France, prépare immédiatement pour l’Angleterre la perte de ses anciennes colonies de l’Amérique du Nord, le marquis de Jouffroy (1774-1783) va faire naviguer un autre bâtiment à vapeur. Enfin, lorsque la paix de 1783 ouvre Ohio et le Mississipi aux Etats-Unis, et que cette république, destinée à dominer le Nouveau monde, est reconnue, on voit se présenter sur ces deux fleuves les précurseurs de Fulton, dont j’ai raconté les douloureux efforts, récit qu’a résumé M. L. Figuier dans ses Merveilles de la Science.
Le génie humain, infatigable , recule ainsi chaque jour devant lui les limites du possible, faisant passer dans la réalité les rêves et les fictions des imaginations les plus romanesques.
Quin'avaitsouri,au X V]T®siècle, lorsque vers 1650, cent trente ansenviron avant l’ascension de Pilâtre des Rosiers et du marquisd’Arlandes, Cyrano de Bergerac, l’auteur de l’Histoire comique des État et empire de la Lune,
prétendait s'être élevé dans le ciel et laissé tomber à Québec, la terre ayant fait la moitié de sa rotation autour du soleil?— Cependant les aérostats devaient montrer que l'élève de Gassendi n’était chimérique qu’à demi, et que c'était avec raison qu’un poëte, à propos de Champlain, s'adressant à la curiosité humaine, avait dit à celle-ci :
Tu ne trouves rien d’impossible, Et mesme le chemin des Cieux A peine reste inaccessible
A ton courage ambitieux.
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Le poëte, en prenant des exemples dans la Fable, annonçait, sans le savoir, les succès d'une audace plus heureuse; il prédisait Ja navigation aérienne après la navigation maritime.
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La Moralité des Biens, écrite par Jean Parmentier, capitaine et pilote Dieppois, représentée à Dieppe le 4 août 1527.
Ici finissent les recherches par lesquelles j'ai voulu, en passant vite sur ce qui est connu, en m'arrêtant sur ce qui ne l’est pas, éclairer l’action de la France dans le début de la révoiution maritime qui déplaça le mouvement de l’Europe de la Méditerranée pour le porter sur l'Océan. Je ne me suis pas dissimulé, en publiant cet ouvrage, qu'il ne demanderait pas moins d'efforts au lecteur qu’à l’auteur, pour s’y avancer à travers des parties arides. — Mais ceux qui auront passé outre, comme lui, auront trouvé sans doute dans l'intelligence plus complète de cette époque de notre marine un dédommagement à leur ennui. — Aujourd'hui, nous pouvons, je crois, plus aisément rendre justice aux marins et aux cosmographes de ces premiers temps. — Les livres de Ni-
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cole Oresme, de d’Ailly, les actes de Jean le Rouennais, de Jean III de Béthencourt, de Paulmier de Gonneville, de Jean Verazzano, de Jacques Cartier et de Jean Alfonse, de Saintonge, se sont présentés sous des aspects nouveaux. — Quoique nous n'ayons pas fait tout ce que nous voudrions, notre tâche est donc finie, et nous n’avons qu'à nous en reposer un moment pour nous préparer à une autre. — A cet effet, en écrivain bien appris, j'offrirai au lecteur qui aura bien voulu me suivre jusqu'ici un intermède. — Notre temps a eu son théâtre des zouaves. — Complétons, nous, le portrait des navigateurs du XIV-au XVI: siècle en achevant de montrer à côté des grandes questions de la mer les loisirs du marin à terre; après le marin homme d'entreprises, militaire ou marchand, après le marin savant, après le marin lettré, le marin poëte dramatique, comme on l'était au XVI: siècle.
J'ai dit que Dieppe, par ses fêtes, par ses jeux moraux et comiques, les 26 et 27 juillet 1527, au retour de François Ie", avait cherché à effacer l'impression pénible que laissait encore’ chez un grand nombre la pensée du roi de France prisonnier abordant à Barcelone sur la capitane d’Espagnes suivie de six galères françaises qui avaient leurs rames, leurs bannières, leurs flammes et pavillons en noir en signe de tristesse et de deuil. Quoiqu'il n'y eût guère qu’une quinzaine de jours écoulés depuis cette époque, la fête de l’Assomption n'en fut pas moins belle, mais elle eut surtout ceci de remarquable, que la moralité de l’Assomption qu'on avait l'habitude de représenter eut pour auteur Jéan Parmentier.
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Cette moralité, imprimée en 1531, avait pour titre « les Biens » de Jean Parmentier. Jes Biens veulent dire ici le Bien, envisagé sous ses divers aspects, et à qui le poëte prête un corps et une langue pour célébrer l’Assomption de la Vierge.
La pièce a dix personnages : d’abord la Bien Parfaite, par laquelle l’auteur entendait la Vierge ellemême ; le Bien Naturel et la Bien Huinaine, son père et sa mère; le Bien Souverain, aimé de la Bien Parfaite, Dieu ; le Bien Gracieux et le Bien Vertueux, des gentilshommes de la Cour du Bien Souverain, messagers de Dieu, ainsi que le Bien Triomphant auprès de la Vierge Marie.
Pour peu que ce programme vous tente, nous pouvons continuer :
La scène représente tout d'abord le Bien Naturel, un brave bourgeois de Jérusalem dans sa famille, entre sa femme et ses filles, auprès de qui sont deux jeunes hommes s’entretenant avec elles.
Ces deux mignons, pour me servir des termes du père:
6... es +. . Si bien en point, Tant à l’estroit de chausse et de pourpoint,
ce sont le Bien Gracieux et le Bien Vertueux. Le Bien Naturel prépare une fête, pour laquelle il veut qu'on ne ménage rien; il payera tout, il le dit à la cantonade. — Le Bien Naturel est un bon vivant, toujours satisfait, heureux de la vie, aimant à répandre le plaisir autour de lui, comme à l'y rencontrer, fuyant les disputes et trouvant dans le présent de quoi jouir encore du passé qu’il lui rappelle, sur-
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Naturel, famille,
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tout lorsqu'il regarde ses filles, et ce sentiment il l’exprime ainsi au public :
Voyez-vous point mes damoiselles Gaillardes, braves; soubz leurs ailles Mignons pour les entretenir ?
Regardez ; mais sont elz pas belles ? Plus humaines que columbelles, Voyez les aller et venir.
Els disent maint bon souvenir
Et maint beau mot spirituel.
De les veoir ainsi maintenir
Elz me font par Dieu revenir,
Car je suis le Bien Naturel.
Les mignons et les dames chantent, puis le Bien Naturel continue de présenter les acteurs au public, sa femme, ses fiiles, les filles de Sion et surtout sa fille chérie, comme « jamais n'en fut une telle en sa race » :
La plus belle qui soit dessoubz les cieulx C'est ma fille, le soullas de mes yeulx Qu'on doibt nommer par droit la Bien Parfaicte.
Sous les yeux de son père et de sa mère, entourée de ses sœurs, la Bien Parfaite devise modestement avec le Bien Gracieux et le Bien Vertueux, dont elle repousse les éloges par ces paroles :
Bien vous scavez récoller
Que pour dames haut extoller, On les faict de joye voller,
En louant leur beaulté féconde.
Mais le moyen d'éviter ces louanges quand son
père et sa mère proclament ses vertus et déclareut que c'est elle |
Qui met honneur à la maison.
Ainsi poussée, la Bien Parfaite renvoie au Créateur le mérite des dons qu'il lui a départis.
Le père est transporté de cette réponse, mais le Bien Gracieux, de peur d’être importun en continuant ses compliments, amène la conversation sur un sujet qui paraît le toucher, soit pour lui, soit pour quelque | autre; il sonde le cœur de la Bien Parfaite et lui demande si elle n’aime pas :
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D LE a M A
aanninnnecerr ini
Vostre cueur est il point enclos
. Au cloistre d'amour spécial ?
N’avous point quelque amy loyal Que aymez par honneste moyen ?
mpnesrmentamentnl son tient mtignérinmnrtits
La Bien Parfaite ne cherche pas à dissimuler l'état de son cœur. Elle avoue :
Monsieur, vous penseriez bien mal Que telle gerbe fust sans lien.
{R Si j'ayme déa. Ouy, j'ayme bien, | Si bien, je vous le dy comptant, [ Que jamais dame n’ayma tant.
[LA Si j'ayme, ouy d'amour honneste LUE Et de volunté pure et nette ; Et d’un propos si très constant, Que jamais dame n’ayma tant.
| Si j’ayme, las! je languis d’amour | 14 Après mon amy nuict et jour, Tant que plusieurs vont récitant Que jamais dame n’ayma tant.
Après cet aveu de la Bien Parfaite on reconnaît que
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ce n’est pas pour son compte que parle le Bien Gra-
larert : re er À cieux, car il sait ce qui s’est passé entre la Bien Parfaite et le Bien Souverain. Mais il sait aussi que PP Vrays amans ont une joye grande, | Quand on leur fait d'amour quelque devis, | Car tout souldain en leur cueur se revelle AAIs le De vray amour la mémoire nouvelle, inuant Qui les réduit en un droict paradis.
n sujet Re I1 voulait reconnaître si elle aimait toujours et ui de-
l'obliger à le déclarer à ses parents; mais quand ceux-ci apprennent que leur fille aime le Bien Souverain, ils lui reprochent son amour « en lieu si haultain. » La Bien Humaine, sa mère, lui dit :
Comment ma fille, où voulez-vous aller ?
C'est le plus grand dont le nom bruit par l’air, C’est tout l'honneur d’eternelle noblesse.
Si hault amy! J'ay ouy l’appeller
Le roy des roys, de suprême haultesse,
Le Tout-puissant, —— C’est divine sagesse.
Les grands trésors de divine richesse Sont tous à luy, et vous estes extraicte De moy, qui suis de l’estat de simplesse.
Mais le Bien Gracieux cherche à rassurer la mère autant que la fille; il est secrétaire du Bien Souverain, et peut dire que celui-ci a fait annoncer par le seigneur Gabriel qu'il voulait étre ami de la Bien Parfaite.
Celle-ci s’'émeut au souvenir de cette promesse d’alliance. Et l’on entre dans quelques détails sur le Bien Souverain. — La mère et le père alors se rap-
pellent quelques circonstances où ils se sont trouvés ‘ avec lui.