DE NEUFVILLE
Autre lettré d& ifeT. de Villeroy à M. Jeannin, du vingt-
cinquième d'avril 1608.
Monsieur , nos dernières sont du dix-septième dece mois; par lesquelles nous avons répondu aux vôtres du vingt-neuvième du passé , et du premier y six et huitième du présent; nous vous les avons envoyées par la voie de Calais , comme nous faisons encore la présente , par laquelle vous saurez que la Reine notre maîtresse est acctucbée ce matin, un peu
après les neuf heures, d'un troisième fils, duquel elle s'est délivrée heureusement , et au grand contentement de Leurs Majestés , et de tous leurs bons serviteurs et sujets, qui tous en louent Dieu de très-bon cœur , et le prient le faire prospérer avec les premiers à sa gloire et.au bien du royaume ; et je n'ai voulu différer davantage à vous faire savoir cette heureuse nouvelle , afin que vous ayez part à notre joie publique et privée , et que vous la puissiez donner à ces messieurs , k M. le prince Maurice , et aux autres amis de la France , et particulièrement à madame la princesse d'Orange , lui délivrant la lettre de Sa Majesté ci-jointe, les assurant tous que la mère et le fils sont en bonne santé. Nous avons eu avis d'Angleterre qu'il est naguères arrivé en Hollande un navire revenu des Indes d'Orient , qui a apporté la vérité du siège de Malaca, et des combats de mer qui y ont été faits ; de quoi nous faisons état que vos premières nous apprendront les particularités , et pareillement tout ce qui a été avancé au traité de paix depuis vosdites dernières lettres , dont chacun parle et juge diversement. Quant à nous, nous croyons que ce que font à présent les députés des archiducs où vous êtes , n'est que pour entretenir le tapis en attendant le retour du Cordelier, duquel, s'ils reçoivent contentement, ils essaieront de profiter de ce qu'ils auront ébauché , sinon et qu'il rapporte une négative de la navigation desdites Indes, ils rompront sur le point de la religion, et tenons comme pour certain qu'ils mutineront et diviseront ,. s'ils peuvent , du corps des Provinces celles qui ne sont intéressées en ladite navigation, qui sera le profit
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que lesdits députés recueilleront de leur long séjour où ils sont.
Le sieur Aërsens continue à demander de l'argent, et nous à nous en excuser, disant que nous voulons voir clair à leurs délibérations devant que de débourser. Toutefois , sur U dernière lettre que ledit Aërsens m'en a écrite de Paris le vingt-troisième de ce mois , Sa Majesté a commandé lui être répondu qu'elle sera en ladite ville à la fin de ce mois , où elle résoudra ce qu'elle pourra faire quant à présent. Vous saurez qu'on nous a écrit de Milan qu'il y a en Hollande un certain homme , nommé Théodore d'Ambourg , qui fait profession d'avertir les archiducs , et un sien ami , confident du comte de Fuentes qui demeure en ladite ville de Mitan , de tout ce qu'il peut apprendre des intentions et desseins desdits sieurs les Etats. Nous ne savons si l'avis est vrai* ou s'il est donné à dessein; mais nous vous le baiHons pour tel que nous l'avons reçu , et en userez, s'il vous plaît, avec votre discrétion accoutumée. L'on nous veut faire croire que les Espagnols , avec les archiducs de Gratz, favorisent secrètementles conseils et résolutions. de Mathias contre l'Empereur, pour porter ledit Matkias à la couronne impériale* et à la succession des royaumes de Hongrie et de Bohême , encore que ne le veuille ledit Empereur. > Toutefois nous ne pouvons bonnement nous persuader que cette partie ait été bâtie, du commencement, du consentement et avis d'Espagne , et de ce qui en dépend, comme font lesdits archiducs de Gratz $ mais nous estimons bien qu'ils se rangeront tous au parti dudit Mathias , s'ils s'aperçoivent qu'il prospère. Jet. i3. a5
prie Dieu , monsieur , qu'il vous conserve en bonne santé.
De Fontainebleau , ce vingt-cinquième jour d'avril 1608.
Votre , etc. de Neuf ville.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi, du
vingMrvisième d'avril 1608.
Sire ,
On a peu avancé en la conférence d'entre les Etats et les autres députés des archiducs depuis nos dernières lettres, pour l'absence de quelques députés des Provinces , qui sont retournés seulement depuis sept ou huit jours , et, dès le lendemain de leur arrivée, ont continué de s'assembler entre eus, mais une seule fois avec les députés des archiducs. Bien nous assurent-ils de travailler dorénavant sans intermission , ainsi nous l'ont dit les uns et les autres. II y a eu peine de persuader aux Etats que la diligence est requise pour leur bien, sur la crainte qu'ils avoient , si on rompoit tôt , qu'ils n'eussent encore la guerre cette année , dont néanmoins leurs ennemis ont aussi peu d'envie, et peut «être moins de commodité qu'eux. Qui eût prévu cette cessation , qui a été de près de quinze jours , le président Jeannin eût pu foire le voyage que votre Majesté lui commandoit 5 mais on nous avoit assuré que chacun seroit de retour le lendemain de Pâques pour travailler aussitôt : la permission ne lui étoit aussi donnée de faice ledit voyage , sinon au cas que les députés des archiducs fussent retournés à Bruxelles pour y passer les fêtes ;
ce qui n'étant pas avenu , il estimôit devoir attendre nouveau commandement. Les députés des Etats tiotié «tant venus trouver , il y aqttelques jours , pour nous donner la ratification des Provinces et recevoir là nôtre , nous leur donnâmes aussi lors les lettres de votre Majesté qui contènoient son reftiercîfiiént et l'assurance de la continuation de èà bonrie Volonté • et pource que cela étoit encore remis en créance sut nous , on leur dit tout ce qui pouvoit servir à leur faire considérer et reconnoître son affection et ses biehfaits envers eux. Ils furent pareillement exhortés, de la part de Votre Majesté , d'user de diligence pout venir à la fin du traité , comme aussi pour faire tout ce qui dépendoit d'eux pour obtenir une bonne paix, ayant été mus d'y ajouter cette exhortation sur ce qu'étions avertis qu'aucuns tenoient de mauvais langages , et faisoient courir de petits livrets pour la dissuader par des raisons fôibles, qui toutefois ne laissent de donner bien souvent de mauvaises impressions, leur disant qu*on leur en pourroit bien opposer dé bonnes , s'il étoit loisible de le Étire sans préjudicier aux Etats, et découvrir beaucoup dô choses qu'il faut cacher 5 qtie leurs adversaires , qui morrtroient la désirer , et accordoient pour y parvenir des conditions qu'on n'eût jamais cru, avoient des raisons secrètes qui les invitoient à prendre ce conseil, dont ils ne se découvroient à personne, et qu'eux et leurs vrais amis dévoient user de même prudence , retenant à dire ce qui leur pouvoit nuire s'il étoit su , et cependant faire profit de l'occasion qui se présentoit pour essayer d'ohtenir une paix sure et la plus avantageuse qu'on pourra.
Ils nous en remercièrent , et dirent aussi beaucoup de bons propos pour nous faire connoître qu'ils se souviennent tous les jours des. grandes obligations qu'ils ont à votre Majesté , et qu'ils ne peuvent avoir recours qu'à elle seule , la suppliant très-humblement leur vouloir encore continuer son assistance jusques au traité , attendu qu'ils n'ont licencié un seul homme, et que, sur le fondement de ce secours, le nombre de leurs gens de guerre a toujours été plus grand dès le temps qu'il lui a plu l'accorder -, qu'ils craignent l'amoindrir sur le point de cette résolution , M. Aërsens , qui est en France , leur ayant aussi mandé . qu'elle ne le jugeoit à propos , et eux-mêmes estimant périlleux de le faire en cette incertitude de paix ou de guerre ; mais que leurs affaires sont si prêtes de tomber en confusion si ce secours vient à défaillir , qu'ils seront contraints de prendre ce conseil d'amoindrir leurs garnisons pour éviter pis s'ils ne sont payés , ce qu'ils ne peuvent faire s'ils ne sont aidés : car ils ne peuvent croître pour maintenant leurs levées , et n'y a personne qui veuille prêter argent , jusques à ce qu'on voie plus d'assurance en ce qui doit avenir-, y ajoutant plusieurs autres considérations , avec prière de les lui représenter d'affection. Il n'est pas besoin que nous ennuiions votre Majesté des réponses qui leur furent faites par nous pour les exciter de chercher ce secours en eux-mêmes , et se contenter de ce qu elle a fait du passé , réservant les moyens qu'ils peuvent toujours espérer de sa bonté en une plus grande nécessité , et qu'ayant épargné les dépensés qu'on souloit fairç durant la guerre , le fonds y destiné pouvoit servir pour suppléer à ce dé-
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faut , sans se rendre si onéreux à leurs amis. ' Mais rien ne les a détournés de continuer letir prière , qu'avons insérée dans cette lettre , désireux qu'il lui plaise d'y avoir quelque égard , leur accordant, sinon le secours entier de cette année , comme il n'est pas raisonnable , attendu que les Anglais n'y veulent aucunement contribuer , au moins quelque notable sorftme , pour leur donner moyen de couler le temps qui reste jusques au traité sans aucune confusion et désordre , et sans qu'ils Jieencient partie de leurs troupes, comme ils feront sans doute ce secours'leur venant à défaillir. Nous savons bien que cette dépense , après tant d'autres , est à grande charge , et que la demande en est du tout déraisonnable , euxmêmes le jugeant ainsi-, mais ils en ont si grand besoin , et se montrent à présent si affectionnés à suivre les intentions de votre Majesté , qu'ils semblent mériter le soin qu'il lui plaît prendre d'eux , outre ce que ce% dernières gratifications, faites au temps qu'on doit prendre résolution aux affaires , lui conserveront si bien son crédit et la réputation de ses libéralités envers eux , que vous serez , Sire , tenu seul auteur de la paix, s'il plaît à Dieu qu'elle soit faite, et de tout le bien qui leur en aviendra ; car les Anglais , qui magnifient leur bonne volonté en paroles et ne donnent rien en effet, mais parlent de répéter ce qu'on leur doit , et pensent assez gratifier leurs amis d'en attendre pour quelque temps le paiement , sont à cette occasion si décriés , qu'ils ne mettroient en aucune considération leur amitié , si la prudence ne les obligeoit à prendre d'autres conseils.
Nous avons bien pris garde à ce que votre Majesté
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nous mande par ses lettres dernières , que l'Anglais s'avautage envers les archiducs de sou refus , et au contraire votre libéralité leur donne sujet de vous en savoir mauvais gré ; mais le président Jeannin, parlant au sieur Richardot, lui a dit que cette dépense jusques au traité servoit pour vous y conserver plus d'autorité et de créance à faire la pai* , ce qu'\! a pris de bonne part , comme étant bien informé qu'y faisons en effet toutes sortes de bor\s offices. Les Etats et les, députés d'Angleterre sont depuis cinq ou six jours en conférence pour une ligue semblable à la nôtre, dont on nous a communiqué le projet que lesdits députés ont donné , lequel a le proesme et la plupart des articles semblables aux nôtres, n'y ayant rien de différent que le secours , lequel çst tej. que l'avons çi-4evant mandé , et ce qu'Us le veulent pareil au* Etats par mer , et les deux tiers par terre. Sur quoi les Etats qjU long-temps contesté pour réduire ledit secours à moitié ; mais c'a été en vain jusquçs ici, et seront contraints , comme nous estimons h de s'y açcqm#ioder s'ils veulent faire cette Ugue* l<es Anglais demandent encore , par un traité secret du n^çme jour» l'obligation de ce qui leur est dû , revenant à environ huit millions de florins , l'assurance des paiemens à certains termes, et en outre qu'ils puissent mettre six cents hommes à Flessingue plus que la garnison qui y est , et deux cents à La Brille pour deux ans , à commencer dès le jour de la paix : ce qu'ils pouvoient bien faire d'eux-mêmes , et sans eu demander la, permission. , en vertu des anciens traités ; mais ce devoit être à leurs frais , et ils relièrent 4 présent que ce soit à la charge des Etats.
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Or cette dernière demande d'accroître ces garnisons leur déplaît autant que le paiement même dont on les veut charger , estimant que la paix devroit plutôt être cause de les faire diminuer ; mais ils disent que le commerce étant libre par la paix , les Espagnols et sujets des archiducs aborderont es dites villes tous les jours y ainsi seraient en danger de surprise si lesdites garnisons n'y étaient augmentées. Cette raison toutefois ne les contente pas , mais ils ne se peuvent plaindre que du paiement de l'augmentation auquel ils ne sont tenus s'il ne leur plaît. Or pour récompense, lesdits sieurs députés offrent dé ne leur rien demander de ce qui leur est du durant les deux ans qu'ils entretiendront cette garnison ; puis ils ajoutent qu'ils prendront ce supplément du nombre des soldats anglais qui sont à leur service , auxquels aussi bien donnent-ils solde. Mais les Etats répliquent qu'ils les mettront en d'autres places frontières où il est besoin d'avoir garnison , et qu'es dits lieux de Flessingue et de La Brielle ils seront inutiles 9 lesdites places n'é~ tant qu'assez assurées avec la garnison ordinaire. Il y a encore de la contention entre eux pour ce regard, et les Etats ne le passeront qu'à regret , tant pour le paiement que pource qu'il leur semble cet accroissement de garnison être un témoignage dé quelque défiance qui leur fait mal sentir de la volonté *dudit sieur Roi envers eihd ; aussi *'én sont-ils tellement formalisés r qtte lesdits' sieurs députés sont comme prêts de s'en départir.
Nous avons bien considéré ce projet de ligne pour voir s?il y a rien qui soit préjudiciable à ta nôtre ; maisil ne s'y est rien trouvé , sfrton le premier article,
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qui contient que tous les précédens traités faits entre l'Angleterre et les Etats demeurent confirmés. Or, d'autant que cela pouvoit avoir de l'ambiguïté , tous lesdits traités ont été vus et épluchés d'article en article, et ne s'en trouve qu'un seul, qui est l'article 21 du traité de Fan 1 585 , par lequel est dit que les Etats ne pourront faire aucun traité avec le roi d'Espagne , sans le su et aveu de la reine d'Angleterre, ni avec quelque prince ou potentat étranger , sans le sa d'elle ou du gouverneur général qu'elle leur doonoit lors , qui étok le comte de Leicester. Il est vrai néanmoins que cet article ne nous est d'aucun préjudice, pource que les Etats ne s'obligent en cet endroit qu'à la Reine, non à ses successeurs. Puis leur obligation est bien de ne faire aucun traité avec le roi d'Espagne sans le su et aveu de la Reine , qui est autant à dire sans son consentement ; mais pour, les autres princes et potentats étrangers, ce n'est pas ainsi, car ils ne s'obligent sinon à lui faire savoir , non à suivre sa volonté , le mot d'aveu rais au premier cas n'étant répété en. celui-ci. Toutefois nous avons dit à M; deBarneveldt que , sans que nous nous en mêlions , ils dévoient faire ajouter sur la fin de ladite ligue, ou en suite du premier* article par lequel on confirme les traités précédens , qu'ils n'entendoient par ledit traité préjudicier au nôtre , ce qu'il nous a promis de faire. Encore nous a-t-on dit , quand les députés d'Angleterre seront d'accord de ce traité , que ce n'est pas leur intention de le passer «et signer qu'ils n'aient premièrement envoyé en Angleterre pour recevoir nouveau commandement de leur Roi , on bien qu'ils le communiqueront a#x députés dès archiducs , afin
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de leur faire voir et témoigner qu'ils ne font rien au préjudice du traité fait par leur maître avec le roi d'Espagne-, et pour cette considération , au compte fait avec les Etats des deniers qu'ilsont fournis, ils y comprennent seulement le secours des deux années qui précèdent ce traité avec le roi d'Espagne, et n'ont rien demandé de ce que votre Majesté a fourni pour eux depuis , aimant mieux le perdre que de faire voir, en le répétant, qu'ils ont contrevenu à ce beau traité , ne voulant pas non plus qu'on se souvienne du traité fait avec votre Majesté lorsque M. le duc de Sully fat en Angleterre, ni que personne sache que ledit traité est contraire à celui d'Espagne. Aussi disent-ils, pour réplique, que cô n'est qu'un projet et non un traité absolu et parfait ; car $ bien qu'il soit tel en effet , et n'y ait que cette seule différence qu'il est fait sous la signature des princes pour être tenu secret, au lieu qu'on le fait ordinairement avec plus de solennité pttir être publié , ils ne laissent pourtant en l'une et l'autre forme d'être de même efficace à l'endroit des princes qui sont soigneux de garder leur foi.
Trois navires retournés des Indes , et qui sont maintenant sur la côte d'Angleterre , doivent arriver ici au premier jour. Un marinier qui étoit dedans est déjà venu , lequel dit les patficularités du combat avenu, il y a deux ans, entre les Portugais et les Hollandais , au détroit de Cinquapura , entre Malaca et l'île dé Sumatra.. La partie sembloit être fort inégale , caries Hollandais n'avoient que treize navires en tout, et douze cents hommes dedans , tant mariniers que soldats, et les Portugais quarante, entre lesquels
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vaisseaux il y avoit ouze galions , et de sept à huit mille hommes, à savoir : deux mille cinq cents Portugais et le reste Indiens , lesquels furent tous défaits et tués, fors quelques-uns qui se sauvèrent en de petits esquifs. JSeuf galions furent aussi mis à fond, et deux perdus par la tempête en se retirant. Les Hollandais y ont perdu deux navires brûles par euxmêmes , avec environ trois cents hommes qui étoient dedans, et depuis , la tempête leur en afait perdre deux autres. Le vice-roi , qui étoit chef de Farinée des Portugais, se sauva après la défaite avec quatre ou cinq vaisseaux seulement et fort peu de gens : on ne sait pas où il alla. Malaca étoit assiégé avant ce combat et par mer et par terre , mais les Hollandais, qui étoient du côté de la mer , levèrent le siège ponr aller an devant de leurs ennemis et les combattre , et les. Indiens , qui l'assiégeoient par terre , se retirèrent aussi , au moyen de quoi ladite ville ne fat prise pour lors ; mais on n$ sait encore ce qui aura été fait depuis. Nous avons appris que quatre navires de guerre sont partis d'Angleterre depuis quelque temps pour aller à ce voyage, et que le roi .d'Angleterre a écrit en leur faveur à neuf rois desdits pays. Les divisions entre l'Empereur et l'archiduc Mathias son frère continuent -, et ce qu'on pensoit au commencement n'être qq'un artifice est tenu maintenant pour vérité. Ainsi nous Ta dit M. de Collis , lequel est en ce lieu pour M. l'électeur Palatin, et reçoit souvent nouvelles d'Allemagne. Il y avoit néanmoins quelque occasion de croire qpe ce tt£ apparence d'inimitié étoit à dessein , attendu que ledit archiduc a toujours eu pins de. part à l'amitié de l'Empereur
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que tous ses autres frères, qu'il est son héritier présomptif, et se promettait de pouvoir être élu roi des Romains avec son autorité et faveur. M. de Roques a été reçu en la charge que votre Majesté a commandé sans aucune difficulté. Nous prions Dieu, Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille, en très -parfaite santé, très-longue et trèsheureuse vie.
De La Haye , ce vingt- troisième jour d'avril 1608.
Vos très-humbles et très-obéis&ns sujets et serviteurs, P. Jeannin et de Russy.
Autre lettre de messieurs Jeawiin et de Russp au Roi , du vingt-septième d'avril 1608.
Sire,
Depuis notre lettre du vingt-troisième écrite , que nous pensions envoyer à votre Majesté par une voie qui uous a manqué , nous y ajoutons celle-ci qui contient ce qui est avenu depuis. Les articles de la ligue entre les Anglais et les Etats nous ont été communiqués selon qu'ils en sont demeurés d'accord , en l'un desquels a été mis que ledit traité ne sera d'aucun préjudice à celui de France , ni le nôtre au leur. Les Etats pen soient que les députés d'Angleterre le dussent passer et signer au même temps , puis le faire ratifier à leur Roi ; mais ils ont déclaré qu'ils entendoient l'envoyer premièrement en Angleterre , et recevoir nouveau commandement avant que le passer. Ifs en ont aussi voulu communiquer avec les députés des archiducs , auxquels ils ont dit quec'étoit pour mieux induire les Etats à traiter, leur donnant assurance de
ce qui seroit fait ^ mais lesdits députés ont montré le prendre de mauvaise part , et déclaré que les Anglais ne le peuvent faire sans contrevenir au traité d'Espagne , ce qui les empêche bien fort 5 car ils recherchent maintenant à leur plaire en tout ce qu'ils peuvent , qui nous fait croire qu'ils ne seront si contraires à la paix qu'ils en avoient fait le semblant depuis quelques jours. Il est vrai qu'en une conduite si inégalç que la leur , on ne peut juger que du présent. Ils seront pour différer cette ligue jusqu'au retour du Cordelier, afin qu'ils voient plus clair en la résolution qu'on voudra prendre sur les affaires générales. En la dernière conférence entre les députés des archiducs et des Etats , qui fut avant-hier, on a parlé de nouveau des limites et de l'échange des places : le premier a toujours les mêmes difficultés que du passé $ car les Etats veulent avoir en souveraineté tous les villages qui dépendent de la juridiction des villes qu'ils tiennent en Brabant et en Flandre ; et les archiducs , qui prétendoient ci-devant la souveraineté même desdites villes , disant que les Etats se dévoient contenter de les tenir et d'être maîtres de la force et de la juridiction, sans s'attribuer le nom de souverains en icelles , qui étoit chose imaginaire , s'en sont départis , mais pour les villages qui en dépendent, contestent toujours qu'ils ne le peuvent prétendre.
Or les Etats ont dressé un écrit là-dessus que nous envoyons à votre Majesté , par lequel ils demandent aussi que les archiducs rendent à l'archevêque de Cologne des places qui lui appartiennent , lesquelles ils ont puises sur les Etats qui les avoient occupées
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 3Ç)J
les premiers sur ledit archevêque , et qu'ils démolissent pareillement quelques-forts près de Meurs , disant qu'ils ne les peuvent retenir en traitant la paix sans leur donner du soupçon; et les autres répondent que le fait dudit sieur archevêque , avec lequel ils sont d'accord , ne les touche en rien , et qu'il a aussi été accordé que chacun retiendra ce qu'il possède à présent. Nous nous sommes assemblés , tous les députés des rois et princes qui sont ici , avec leursdits sieurs députés des Etats, pour entendre ce qu'ils avoient fait pour ce regard ; sur quoi* ils nous ont demandé notre avis à l'accoutumée. Il a été répondu, de même qu'en la précédente conférence , que tout ce qu'ils pourront obtenir pour le bien de leur Etat nous semblera toujours bon, ainsi n'étoit besoin nous demarifc der notre avis sur les propositions , mais après qu'ils auroient disputé d'un article sans en demeurer d'accord; qu'en nous faisant entendre les raisons d'une part et d'autre seroit lors le temps de nous en requérir, et à noua de le leur donner sincèrement; Ils y procèdent néanmoins avec artifice , et afin de pouvoir dire que tout ce qu'ils proposent est approuvé par nous, et par ce moyen se couvrir contre la plainte que font les députés des archiducs , que là plupart de leurs demandes sont extraordinaires , du tout injustes et déraisonnables , et pour nous engager aussi , au cas qu'ils en soient refusés , et qu'on vienne à rompre làdessus, aies secourir et assister comme s'ils n'avoient rien fait que par notre avis et conseil. C'est pourquoi nous en étant bien aperçus, leur avons dit et répété par deux foisque tout est bon à proposer, au ^commencement pour essayer de l'obtenir ; mais quand il y a
3gS NÉGOCIATIONS
du refus et de la contestation au contraire , chacun doit remettre quelque chose du sien pour venir au but pour lequel ils se sont assemblés , qui est d'avoir la paix. Nous prions Dieu, Sire , qu'il conserve votre Majesté en tout heur et prospérité.
De La Haye, ce vingt-septième d'avril 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeanniw et Russy.
Lettre de M. Jeannin à M. de ViUeroy , du vingt*
troisième d'avril 1608.
Monsieur, nous avons reconnu que les propos tenu» à M. de Russy par M. Winood ne sont qu'artifices et déguisemens, et qtfon ne doit rien espérer du roi d'Angleterre, s'il ne se change, pource que la haine qu'il nous porte, et la jalousie qu'il a de voir la prospérité des affaires du Roi et l'affection des Etats envers lai * l'empêchent de prendre les résolutions que la raison et son intérêt lui devroient conseiller. Ses députes font ce qu'ils peuvent pour gagner la bonne grâce des députés des ardiiducs , et leur persuaderoient volontiers qu'ils aident bien fort à l'avancement de la pan, qu'ils y ont beaucoup de pouvoir, et, si la guerre continue, que leur maître ne donnera aucun secours aux Etats ; mais je sais qu'on doute de leur bonne volofaté , et qu'on tient aussi pour assuré que la guerre ou la paix ne dépend d'eux , et que Sa Majesté a la volonté et le pouvoir d'y aider mieux qu'ils n'ont. Et, à la vérité , voyant leur conduite en notre endroit, je n'obmets rien par autre , toutefois que par moi, pour les découvrir tels qu'ils sont, et nous avantager par
DU PBÉSIDENT JEANKIN. 3gfl
dessus eux où il est besoin. Je vis hier le sieur Bichardot au promenoir ordinaire comme par rencontre, et encore que nous nous y fussions assignés. Il fut parlé entre nous des alliances, de la paix, et où elle aurait des difficultés , de la trèye à longues années en accordant là liberté pour toujours. Il est très-bien disposé à tout , particulièrement à l'alliance , mieux encore à la paix qu'à la trêve, n'y ayant rien qu'il montre craindre davantage que la continuation de la guerre , ni désirer aussi avec plus d'affection que de voir notre Roi , celui d'Espagne et les archiducs bien ensemble; sur quoi nous avons fait plusieurs discours du bien qui en pourroit arriver à la chrétienté , à la religion et à leurs Etats , ajoutant du mien tout ce qui pouvoit servir à le persuader, en quoi je pense avoir profité. Et si , de votre côté , vous faites les mêmes offices pour faire connoître que Sa Majesté a de l'inclination à cette alliance , et que rien ne soit fait , du moins pour quelque temps , qui puisse donner mauvaise impression au contraire , je me promets qu'ils seront pour s'attacher plutôt à notre amitié qu'à celle du roi d'Angleterre, et pour quitter , du moins alentir, les poursuites qu'ils en ont fûtes jusqu'ici , dont advien-» dra sans doute qu'il sera contraint de rechercher ce qu'il a méprisé ; et lors vous aurez le choix , si les choses sont encore entières, de faire ce qui sera jugé pou* le mieux. Bien note semble-t-U , tant que le roi d'Angleterre aéra si peu d'aifectioh envers nous , qu'on ne doit rien négliger pour être bien avec l'autre , c'està-dire faire les projets qui peuvent pour quelque temps assurer notre repos.
Vous serez aussi averti , monsieur , que lefs mêp&es
4oo négociations
députés d'Angleterre nous ont tenu des propos depuis quelques jours, par lesquels ils montrent désirer plutôt la .continuation de la guerre que la paix, qui est chose du tout contraire à la récherche qu'ils font de l'amitié d'Espagne et des archiducs ; que M. Canon a aussi écrit au sieur de Barneveldt que le comte de Salisbury disoit ouvertement la paix, devoir être la ruine des Etats ; que les principaux conseillers, même ceux qu'on sait affectionnés au roi d'Espagne, et qu'on soupçonne en recevoir pension , tiennent les mêmes langages : et néanmoins quand on leur parle de secours , ils répondent, à l'accoutomée, qu'ils déclareront leur volonté après qu'on sera hors des termes de paix , et non plus tôt. Si estimé-je que ce ne* sont qu'artifices, et, quand il faudra donner avis aux Etats en public sur les difficultés qui se présenteront , que les députés qui sont ici se garderont bien de dire chose qui puisse mettre en- doute les Espagnols de leur amitié. Bien seroit-il à désirer qu'ils le fissent pour les disjoindre du tout d'avec eux 5 car on en tireroit ce profit , et s'il est bien certain que leur avis ne seroit préféré au nôtre. Je vous ai quelquefois écrit que le roi d'Angleterre pourroit avoir ce dessein de porter secrètement les affaires à la guerre s'il peut, voulant néanmoins qu'on le croie désireux de la paît afin de ne perdre l'amitié d'Espagne, et, la guerre continuant, se montrer affectionné à secourir les Etats , le faire en effet pour quelque temps , soit ouvertement ou sous main , afin d'en acquérir leur bienveillance, et après les induire à recevoir une paix à son appétit, les retenant seul en son amitié comme s'il les avoit beaucoup obligés par cette conduite. Il pour-
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roit encore essayer de persuader tout ce que dessus aux Espagnols, afin qu'ils lui en eussent le même gré, et ne prennent aucun soupçon de ce qu'il fera maintenant; mais il n'a assez de crédit envers les Etats pour les induire à rompre la paix , n'étoit que les Espagnols , persuadés par lui , se rendissent plus difficiles pour penser l'obtenir après à meilleur marché. Et toutefois ils n'ont non plus assez d'assurance de sa volonté pour s'y arrêter, ettiendroient cette remise plutôt pour une rupture que pour espérance d'avoir mieux.
Davantage , si la paix étoit rompue par cet artifice , il seroit au pouvoir de Sa Majesté, secourant les Etats aussi bien que lui , d'avoir encore plus de part en la paix si elle se faisoit après , et de se conduire envers les Espagnols avec le même artifice, en sorte qu'ils lui en aureient de l'obligation autant ou plus qu'à l'autre ; car ce seroit chose notoire que Sa Majesté , en tout temps , avant et depuis cette rupture , auroit toujours procuré la paix , ou bien le roi d'Angleterre pourroit prendre ce conseil ^du tout contraire au premier; à savoir, la paix rompue, de ne point secourir les Etats, et d'en laisser faire à Sa Majesté, comme estimant qn elle se résoudroit plutôt à les secourir que de les laisser perdre , lui tenant les places qu'il a pour gage bien munies et avec bonnes garnisons pour s'en assurer -, et si elle le faisoit , pourroit induire l'Espagnol à nous faire la guerre comme seuls auteurs de celle que feroient les Etats ; promettroit à un besoin de l'assister , du moins d'être spectateur , et faire aussi son possible pour mettre les Etats en paix avec lui. Mais ces discours semblent n'être que chimères ; car si le roi d'Angleterre se conduisoit ainsi , Sa Majesté t. i3. 26
auroit plus de crédit avec les Etats que lui , et se pourroit mieux rendre auteur de celte paix. Néanmoins, il y a près d'un mois que, discourant sur ce sujet avec le sieur de Barneveldt, qui avoit déjà quelque sentiment du changement avenu en Angleterre sur la résolution de leurs affaires, il montra d'en avoir quelque appréhension, et m'en déclara dès-lors ses conjectures; mais nous nous étions abstenus d'en parler ensemble, sinon depuis deux ou trois jours , que je lui dis que si le roi d'Angleterre étoit entré en secret discours sur ce sujet avec les ministres du roi d'Espagne ou des archiducs , que cela pourroit gâter leurs affaires , et rendre ceux-ci plus difficiles à la paix. A quoi il fit réponse qu'il y avoit pourvu, et que le Cordelier, avant son départ , avoit .été bien informé de tout ce que dessus par personne confidente , dont j'ai été bien aise ; car cela servira beaucoup pour rendre tels artifices inutiles à l'auteur d'iceux , lequel ne gagneroit par ce moyen que la haine de ses amis sans acquérir celle des autres. Aussi ai-je su que le Cordelier dit à son départ au même personnage qu'il n'étoit pas bien satisfait de ses députés, même de ce que, disant adieu à M. Spencer , il lui demanda s'ils ne voulaient pas parler du fait de la religion , comme en essayant de l'induire à le faire 5 ce qu'il prit de mauvaise part, pource qu'il sait bien que s'opiniâtrer à cette demande est un moyen certain de rompre avec les Etats. Il y ajouta encore que nous promettions moins qu'eux , mais que fusions plus , et s'en est allé fort bien édifié de nous , au moins ai-je raison de le croire, combien qu'il y ait tant de déguisement en telles négociations,
fctt PRÉSIDENT mNfttai 4°^
tju il se faut toujours défier de tout. Le sieur de Barneveldt m'est présentement venu voir > et m'a assuré avoir reconnu , par les discours que M* Winood lui venoit de faire à l'heure même , qu'ils étoient du tout enclins à la guerre > et que lui ayant répondu là-dessus que leur maître devoit donc parler clairement du secours qu'il voudroit donner » sans s'en remettre à s'en découvrir après la paix , il dit qu'il n'en a aucune charge > et que c'est aux Etats d'en faire instance envers lui par Carron , résident près sa personne. Le changement de ceux-ci réveille de nouveau les autres qui désirent la guerre , lesquels essayent de brouiller • tant qu'ils peuvent. Je tiendrai néanmoins toujours la main pour la paix , si je ne reçois autre commandement» Il déplaît à ceux-là que le sieur Ri char dot et moi nous nous soyons vus en particulier , et surtout aux Anglais , lesquels en ont très -grande jalousie ; mais ces visites et conférences avec lui ont servi* Je m'en abstiendrai néanmoins ci-après » sinon que ce soit pour quelque grande occasion qui le mérite ; car je craindrois qu'en le faisant trop souvent on ne voulût essayer de persuader aux Etats que Sa Majesté désire plutôt la paix en considération des archiducs, ou pour avoir leur amitié, que d'eux. Et encore que je sache qu'elle est si bien ici * et que j'aie donné aussi si bonne odeur de ma conduite, que telles calomnies ne seront bien reçues , si veux-je éviter toutes occasions qui pourroient donner prise à ceux qui désirent le contraire de ce que j'ai charge de faire. Jugez par là , monsieur , si en faisant voyage vers Sar Majesté je passois à Bruxelles > combien ces soupçons pourroient augmenter.
4o4 NÉGOCIATIONS
C'est ici , et par notre conduite , que les archiducs peuvent prendre assurance de l'amitié de Sa Majesté, et après, en passant vers eux sur le retour, on les trouvera beaucoup mieux disposés , et en état d'en tirer meilleure résolution et plus de contentement que si on y alloit maintenant , attendu même que M. le président Richardot, auquel l'archiduc se fie le plus, n'y est pas. Je ferai toutefois ce qui me sera commandé , soit pour le voyage ou mon passage 5 mais je commence à craindre , voyant que le changement des Anglais , s'il continue , ce que je ne pense pas , pourroit échauffer les autres , que mon absence fasse foute ici. Ainsi , quelque désir que j'aie de faire ce petit voyage , j'aurois à regret toute ma vie si , pour avoir pris ce conseil, les affaires se trouvoient empirées de quelque chose lorsque je serai de retour: non que la place ne soit toujours bien remplie de M. de Russy y demeurant, mais nous avons assez de besogne tous deux ensemble, à cause des accidens qui peuvent arriver chacun jour en une affaire si épineuse et sujette à tant de changemens inopinés. Ce ne fut jamais mon intention de faire la remontrance que je vous ai envoyée pour la religion , sinon à toute extrémité, et si on vouloit rompre là-dessus , comme j'en étois en grande appréhension à la venue des députés des archiducs. Et ce fut lors aussi que je dressai ladite remontrance , délibéré de la différer après la paix si je n'y étois contraint , et , en l'un et en l'autre cas , de m'y conduire avec telle discrétion , que si \e ne profite rien pour les catholiques , Sa Majesté ait témoigné sa bonne volonté envers eux sans rien gâter envers les autres.
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 4°^
Mais ce que je désirois savoir étoit de recevoir votre avis et le commandement de Sa Majesté sur la "substance de la chose , pour changer , ajouter , ou diminuer à cette remontrance ce que me manderez , jugeant bien que la matière en est si chatouilleuse , qu'il est malaisé d'en parler au goût d'un chacun. Encore vous supplié-je me le mander 5 car il est certain que si on vient à rompre que ce sera là-dessus : je le répète encore pource qu'hier nouvelles vinrent ici d'Anvers , qu'on disoit être d'un homme de qualité , et qui peut savoir quelque chose des affaires , que le courrier venu d'Espagne en si grande diligence que vous m'avez écrit, avoit apporté lettres du roi d'Espagne aux archiducs , par lesquelles il déclare ne vouloir accorder le tommerce des Indes , ni entrer en aucune condition de paix , si l'exercice de la religion catholique n'est rétabli , du moins en quelques villes des Provinces-Unies , à faute de quoi il entendoit que les députés fussent révoqués 5 mais ils traitent leurs affaires si secrètement, qu'on ne doit ajouter foi à tels bruits et nouvelles. M» de Châtillon doit partir dans sept ou huit jours , par lequel nous écrirons ce qui aura été fait es conférences des députés des archiducs avec les Etats. Et cependant je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé trèsheureuse et longue vie. «
De La Haye, ce vingt-troisième jour d'avril 1608.
Votre très-hûmble et très-obéissant serviteur ,
P. Jeàknin.
4o6 NÉGOCIATION*
Autre lettre dudit sieur J carmin à M, de ViHèroy*
du 27 avril 1608.
Monsieur , nous avions déjà fait deux dépêches au Roi, et je vous avois aussi écrit particulièrement, pensant envoyer le tout par une voie qui nous a manqué , avant que recevoir vos lettres du cinquième et huitième de ce mois , que M. de Roques me rendit le jour d'hier avec celles qu'il a plu à Sa Majesté m'éerire pour le particulier dlcelui. J'y ferai maintenant quelque réponse , et plus amplement par M. de Bethune qui doit partir dans quatre ou cinq jours pour aller en Cour. Elles ne font mention que de nos lettres du 2Î et 24 de mars , et vous en aurez depuis reçu du 2$ dudit mois , et du premier et septième du présent. Les Etats et les archiducs n'ont été si vigilans qu'ils avoient promis , ayant perdu près de trois semaines sans traiter, et huit jours de plus eussent suffi pour faire mon voyage , à quoi j'ai un extrême regret d'avoir failli y mais je ne le pouvois pas prévoir , et craignois trop en m' absentant de trouver les affaires empirées à mon retour, y ayant assez pour nous employer M. de Russy et moi. Car encore que le loisir m'est souvent ennuyeux, si est-il besoin qu'on soit toujours aux écoute» pour confirmer les uns et rompre les pratiques que d'autres essaient de faire , n'étant possible de les joindre tous en une même opinion : non que cette diversité produise aucun tumulte , mais elle rend toujours les uns désireux d'attirer les autres à leur avis , et se servent de toutes occasions pour le faire, principalement ceux qui préfèrent la guerre
DU PRÉSIDENT JEA.NMN. 4° 7
comme plus utile à leur Etat que la paix , lesquels ne sont à la vérité en si grand nombre , ni les plus entendus au maniement des affaires ; mais si y en a-t-il de qualité et de capables , et qui ont quelque créance , puis M. le prince Maurice y ajoute de l'autorité. Et ceux qui tendent à la paix ont ce désavantage , qu'ils n'osent publier plusieurs bonnes raisons que la prudence veut qu'on cache , et par ce moyen sont contraints, es demandes qu'on fait de la part des Etats, de se laisser aller à des choses déraisonnables qui aigrissent les esprits des députés des archiducs, et les rendront peut-être à la fin moins disposés à la paix ; mais ils deviendroient suspects , et auroient moins de crédit s'ils faisoient autrement. Encore a-t-on remué depuis quelques jours de nouvelles difficultés , pour montrer que la paix dpit être cause de la ruine de cet Etat , et au contraire la continuation de la guerre de la grandeur et prospérité d'icelui. En quoi peut-être il y auroit bien de la raison , si toutes les provinces étoient délibérées de suivre cette résolution avec le même courage et ardeur que du passé , et le roi d'Angleterre bien uni avec Sa Majesté pour ensemblement les assister et secourir; mais je doute bien fort. du premier, et n'y a apparence qu'on doive espérer le dernier ; par ainsi je ne peux aucunement approuver tel avis comme peu convenable à l'état des affaires , et fondé sur de vaines imaginations qui trompent toujours ceux qui s'y fient. Néanmoins , pource que plusieurs en discourent ici autrement, M. de Russy , de son côté , a recueilli ce qu'il a pu apprendre des propos et mémoires à lui donnés
4o8 NÉGOCIATIONS
par écrit de la part de ceux avec lesquels il en a conféré , et moi du mien , à quoi il ajoutera aussi ce que son propre sens et jugement lui pourra suggérer. Vous verrez les deux à l'arrivée de M. de Bethune qui en sera le porteur.
Je me fusse abstenu d'y mettre la main , mais estimant qu'il pourroït y avoir quelque diversité en nos avis et raisons, il m'a semblé plus à propos de le faire ; et à cet effet j'y commence aujourd'hui , afin que Sa Majesté étant mieux instruite nous puisse aussi mieux commander ses intentions. Les députés des archiducs et des Etats confèrent à présent , et disent vouloir continuer chacun jour , mais c'est assez lentement, et n'y a doute que les uns et les autres ne soient fort échauffés , et que leurs conférences ne seront que pour entretenir le tapis , comme voijs m'avez déjà mandé , jusqu'à la venue du Cordelier. C'est pourquoi , au cas que le Roi doive faire tôt, et avant deux ou trois mois, ce long voyage dont vous m'avez écrit , je peuserois qu'il seroit nécessaire de le voir afin d'être instruit , par sa bouche , des avis qu'aurions à prendre sur toutes les occurrences de l'avenir , dont son éloignement nous ôteroit le moyen d'être informés aussi promptement qu'il seroit besoin , lorsque les occasions s'en présenteraient. Mais si Sa Majesté veut laisser passer les grandes chaleurs avant que partir, ce sera fait ou failli ici lorsqu'elle commencera son voyage ; car les conférences qu'on fera en attendant le retour du Cordelier avanceront toujours les affaires , et les mettront en tel état , qu'il ne restera qu'à dire oui ou non lorsqu'il sera arrivé , an lieu que maintenant chacun
retient sgn dernier mot. Il est malaisé de prévoir quelle en sera l'issue ; bien estimé-je que les Etats ne seront si rudes à la fin , et se relâcheront plutôt de quelque chose que de rentrer en guerre, si le secours des deux rois ne les échauffe à prendre ce conseil : mais semble , par ce que mandez et les avis qu'avez du côté d'Espagne , qu'il y a plus à douter de cet endroit. H est vrai qu'ils sont accoutumés de traiter leurs affaires si secrètement , et de faire courir aussi par artifice des bruits si contraires à ce qu'ils pensent , que je ne mets en aucune considération tout ce qu'on en dit , me souvenant que tous les avis qui venoient d'Espagne avant que la ratification eût été envoyée , étoient que le roi d'Espagne ne la donneroit jamais. Je ne laisse pourtant d'eu être en crainte, quand je considère qu'il n'y a rien en tous les articles qui le puisse contenter.
Le sieur Robiano , trésorier général des archiducs , est ici depuis peu de jours , m'a vu en particulier , et m'a tenu plusieurs bons propos de l'espérance que les archiducs ont d'être assistés dès ministres de Sa Majesté à faire la paix ;*et en conférant des conditions m'a montré que le fait des Indes se pourrait encore accommoder , et qu'il faisoit plus de difficulté sur celui de la religion , et que le roi d'Espagne ne traiteroit jamais autrement ; et quoique je lui répondisse qu'on en pourroit avoir meilleure issue après le, traité , il ne s'en contenta : ce qui me fait toujours juger, si on vient à rupture , que ce sera là-dessus. Je vois bien que votre désir seroit, par les lettres que m'avez écrites , qu'on laisse cet article le dernier | et que les autres soient conclus et signés >
s'il est possible , avant que d'entrer à celui-ci -, mais c'est chose qu'on ne peut espérer , car vous savez bien, monsieur, que ce n'est pas la coutume de signer que tout ne soit d'accord , et encore qu'on puisse rejeter cet article sur la fin , que cela n'empêchera pas les archiducs de rompre là-dessus s'ils veulent. Nous fepons bien que les Etats ne le refuseront du tout , donneront même quelque espérance d*y pourvoir après le traité, sur notre demande et les remontrances que nous ferons ; et jusqu'ici j'avois cru que c'étoit l'intention du Roi , et votre avis qu'il y fût procédé ainsi , lorsque verrions les choses réduites à une rupture. Et me sembloit cette remontrance, faite de la part de Sa Majesté, devoir être utile pour rendre un témoignage public de son zèle à toute la chrétienté , et qu'elle n'a manqué, non plus que le roi d'Espagne, à vouloir procurer ce bien aux catholiques , comme aussi pour l'exempter de calomnie si , en secourant les Etats après la rupture, le roi d'Espagne venoit publier, pour le rendre odieux , soit dans le royaume ou ailleurs , qu'il prend la défense des hérétiques en une cause qui regarde purement la religion. Toutefois vous jugez, monsieur, par nos dernières lettres, que ce seroit chose inutile de le faire, puisqu'on en doit être refusé , et que cela pourroit offenser les amis. La vérité est bien qu'on n'en doit rien espérer du tout si la paix est rompue 5 mais j'eusse bien fait que le refus n'eût pas été entier , et qu'on eût seulement remis à autre temps , et avec espérance d'y pourvoir, et que les amis n'en fussent non plus demeurés offensés , y ayant déjà préparé les plus sages ; outre ce
DU PRÉSIDENT JEANWIN. 411
qu'en les secourant par effet , ils auront plutôt sujet de se louer de la bonté du Roi que de se plaindre de cette remontrance.
Considérez-la encore , s'il vous plaît , et je me conduirai sans y faillir selon que vous me manderez , estimant , comme je dois par raison , trop plus votre prudence que mon jugement , quand même vous ne seriez pas près du maître pour en savoir sa volonté. Tous ceux qui retournent de France, et ont eu l'honneur de voir le Roi, publient» toujours qu'on ne fera pas la paix, et que Sa Majesté le dit ainsi, sans ajouter que c'est par prévoyance , tant pour les difficultés qu'elle sait être en la résolution de cette affaire , que pour les avis qu'elle a du côté d'Espagne ; mais, au contraire , quelques uns d'entre eux disent qu'elle tient tels propos , comme si elle désiroit plutôt la guerre que la paix. C'est pourquoi je vous supplie très-humblement, où elleauroit changé de volonté, comme elle en peut avoir des raisons qui nous sont inconnues , de m'en avertir , afin que je me conduise selon son intention. Ce n'est pas que j'ajoute foi à tels discours , car je sais qu'elle peut déguiser ce qu'elle sent pour plusieurs raisons , respects et considérations , et que les rapports ne sont pas aussi toujours véritables -, mais je ne vous mande ceci sans raison, et quand vous nous expliquerez si clairement son intention qu'on n'en puisse douter , soit pour la paix ou pour la guerre, nous en serons plus confirmés et l'en servirons mieux. Le docteur Dick ne m'a encore donné les lettres que Sa Majesté nous écrit touchant le roi de Suède 5 après que l'aurons vu et conféré avec lui , j'y ferai réponse. Je prie Dieu ,
4l3 NÉGOCIATIONS
monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très* heureuse et longue vie.
De La Haye, ce 27 d'avril 1608.
Votre très-hitmble et très-obéissant serviteur ,
P. Jeannin.
Lettre de M. Jeannin à M. le duc de Sulty, dudit jour
27 avril 1608*
Monsieur , on fait peu maintenant en beaucoup de temps , et quoique nous pressions pour avancer les affaires , les uns et les autres ne sont fort échauffés , et semble qu'on veuille attendre le retour du Cordelier, et couler cependant le temps en conférences sans rien résoudre. Il est vrai que sera toujours autant d'avance, et qu'il ne restera plus lors que de conclure ou rompre , sinon que l'un des deux veuille fuir pour éviter la guerre cette année : à quoi ils sont néanmoins si peu préparés d'une part et d'autre , que la crainte en est vaine -, mais si la longueur et les remises viennent du çôtéd'Espagne,c'est un témoignage certain qu'ils ne feront point la paix; et quant aux Etats, s'ils ne la peuvent avoir, toutes sortes de remises leur plairont plus que de rompre pour rentrer en guerre, sinon que les deux rois offrent de les secourir , et qu'ils s'en voient assurés avant la rupture. Il y en a maintenant qui proposent de nouvelles raisons , pour essayer de persuader que la continuation de la guerre seroit plus utile aux Etats que la paix -, et leur avis ne seroit à rejeter si toutes les Provinces ensemble en prenoient la résolution , et qu'elles fussent assistées de Sa Majesté et du roi
DU PRÉSIDENT JEANNIN. ^li
tf Angleterre ^ unis par une bonne alliance , tant pour leur mutuelle conservation que des Etats; mais toutes les deux sont fort difficiles. M. de Russy a recueilli les raisons de cet avis des propos et mémoires de ceux avec lesquels il en a conféré. J'en ai fait autant de mon côté , et en enverrons les discours au premier jour par M. deBethune , qui doit incontinent partir , afin que Sa Majesté voyant l'un et l'autre nous puisse mieux commander ses intentions.
M. le président Richardot est en peine de ce que , pour le fait de la révocation des confiscations , on met un article général qui semble casser , comme il fait, la transaction de la comtesse de Ligne avec M. le prince d'Espinoy : il m'en a parlé pour sonder ce qu'en pensois. Je lui ai dit que ledit sieur d'Espinoy n'en fait aucune poursuite , mais que les Etats en prendront sans doute la défense , comme étant leur cause propre; qu'il est aussi vrai cette transaction, la paix faite , ne pouvoir subsister quand les clauses contenues en l'article qu'ai dressé moi-même, dont je vous envoie la copie , ne seroient insérées en icelui traité. Il s'est fort opiniâtre au contraire , mais c'est sans raison, montrant néanmoins désirer qu'un ma* riage pût faire cesser ce différend : à quoi n'ai répondu autre chose , sinon qu'on le pourroit mieux espérer après le bien rendu qu'en le retenant. Ce n'est encore le temps d'en faire plus grande instance. Je n'y omettrai rien lors , mais en aurai soin comme de tout ce que vous me commanderez , pour vous y rendre très-humble service de toute mon affection» Le? JLtats. pressent et continuent leur supplication envers Sa Majesté pour les secourir jusques au traité j
vous en verrez , monsieur , les raisons en nos lettrés* Us ont grand besoin de votre assistance et fayeur ,et je juge que c'est le service de Sa Majesté d'ajouter cette gratification aux autres > non indéfiniment jusques au traité ', mais ce qu'il lui plaira pour toute l'année! Je suis * monsieur , votre très-humble et très-obéissant serviteur , P. Jeànnin.
Lettre de M* de La Boâerie à M. Jeannin, du troisième
de mai 1608*
Monsieur , il y avôit fort long-temps que je n'avois eu de vos lettres quand j'ai reçu celle du quatorzième du passé 5 vous l'aurez été bien autant sans avoir des miennes, n'ayant rien reconnu, entoutcequis'estpassé de deçà depuis mes précédentes , qui m'ait pu faire changer d'avis touchant les humeurs et inclinations de cette cour sur les affaires que vous savez , ni que j'aie cru vous pouvoir servir à la direction ou avancement d'icelles. Si j'y eusse vu quelque chose de plus , je n'eusse manqué à vous en avertir* En effet 5 il y a une telle défiance aux esprits de ce prince * et de tous ceux de son conseil , telle envie et tels restes de cette inimitié naturelle et ancienne qui a toujours été entre cette nation et la nôtre , que ce sera un grand miracle s'ils marchent jamais avec nous avec la franchise et sincérité qui seroient nécessaires pour en tirer profit. Nous faisons d'ailleurs si peu de notre côté pour les guérir de cette maladie , que ce n'est pas merveille si nous en sentons tous les jours de nouveaux et fâcheux effets. J'ai remarqué depuis quelque temps quelque apparence plus grande que je n'ai encore fait, qu'ils se
DU PRÉSIDENT JEAN N IN. ^lS
veulent ^apprivoiser par deçà ; mais je doute que ce ne soit pour favoriser une nouvelle poursuite qu'ils vont encore faire pour leurs prétendues dettes , sur laquelle , s'ils ne reçoivent contentement , comme notre humeur trop tenante , il faut le dire , m'en fait craindre , j'ai grand'peur que ce sera encore pire. S'il étoit possible de bien enfourner cette négociation d'alliance , dont vous m'exhortez par le commencement de votre lettre , et puis m'en dissuadez , je dirois certes qu'il seroit très à propos , et y estimerois ma peine et mon industrie très-bien employées; mais, comme vous jugez vous-même, il faut avoir plus d'assurance de leur disposition que nous n'en avons jusques à cette heure, pour commettre au hasard une affaire de si grand poids.
M. de Barneveldt en a écrit à M. Carron , qui , comme il est plein d'affection , en a mû quelques propos avec le comte de Salisbury. Ledit comte y a fait le froid, et a montré par sa réponse que ce n'est pas une affaire de laquelle ils veulent que messieurs les Etats soient les promoteurs. Il voudroit que nous nous laissassions entendre. En quoi qui pourroit être assuré de profiter , il se trouveroit possible bien des moyens qui ne sortiroient de la dignité ; mais il faut y voir quelque chose de plus que ce qui se voit encore , sur quoi je tiendrai les yeux les plus ouverts qu'il me sera possible. Ace que j'en puis découvrir, leur intention ne seroit pas, s'ils en venoient à mariage, de faire simplement celui du prince avec notre Madame^ ils voudroient , par jnéme moyen , tirer en avant celui de monseigneur le Dauphin avec leur princesse d'ici , qui , certes , est pleine de vertus et de mérites , l'âge d'eux y appor»
tant peu d'inégalité ; elle vient à treize ans , et encore est fort grande pour son âge. Je ne sais comment on l'en t endroit de delà ; tant y a que le droit du jeu veut, ce me semble , que nous nous rapprochions peu à peu les uns des autres , comme c'est à quoi je tiens principalement, devant que nous laisser davantage entendre dessus ce fait. Si vous veniez à bout de la paix je le tiendrois bien facile , car il est certain qu'ils redoutent leur Irlande en ce cas-là; et , pour se garantir de cette crainte, et de toute autre qui leur puisse venir d'Espagne , ils tiendront lors notre alliance et celle de messieurs les Etats de Hollande très-nécessaires : mais jusques à ce qu'ils voient ladite paix bien bouclée, ils auront tant de peur de la guerre, qu'ils ne feront rien avec nous qui ait apparence de les y pouvoir tirer. Or, par ce qu'il vous plaît de m'en écrire, j'y vois encore beaucoup de doutes, et crains bien certes que ce commerce des Indes Orientales n'y soit une grande pierre d'achoppement. Toutefois le besoin qu'ils ont en Espagne de remettre un peu leurs affaires en réputation , et le grand désir qu'ont l'archiduc et l'infante du repos, me font espérer que, quelque honte et préjudice qu'il y ait en cet article , ils le passeront, soit par forme de paix ou de trêve. Je vous envoie YEuphormion que vous m'avez demandé , lequel je me suis fait donner par l'auteur qui est ici -, car il ne se vend ni ici , ni en France. Vous y veçrez un assez beau style et un assez bon langage , du reste des discours d'un jeune homme qui veut plaire en cette cour , et qui promet plus de jugement avec le temps ; mais quand vousl'aurez vu, vous m'en direz, s'il vous plaît , le vôtre. Et je demeurerai , en vous baisant
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très-humblement les mains, monsieur, votre trèshumble et très-affectionné serviteur , La Boderie* A Londres , ce troisième de mai 1608.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi , du
dixième de mai 1608. •
Sire ,
Sans la contrariété des vents et de la tempête: qui ont duré plusieurs jours, le président Jeannin, qui étoit parti de ce lieu dès le second de ce mois , et a demeuré quatre jours sur l'eau en intention de passer outre, seroit maintenant bien près de votre Majesté , pour lui rendre compte de toutes les choses qui dépendent de la charge qu'il lui a plu nous donner ; mais le vent ne s'étant changé que le dixième , ce temps perdu a été cause que les Etats l'ont pressé encore plus qu'ils n'avoient fait auparavant d'arrêter, et qu'il perdra cette occasion de la voir pour ce coup , dont il a beaucoup de regret, jugeant ce voyage nécessaire, même si votre Majesté s'éloigne pour faire le sien de Provence. Nous faisons peu attendant la venue du Cordelier , que les députés des archiducs assurent devoir être ici dans la fin de ce mois pour le plus tard. Chacun sérient couvert cependant, et ne veut dire es conférences qu'on fait son dernier mot; et quelques diligences qu'ayons faites pour presser l'advancement des affaires , les ucfe et les. autres montrent de n'avoir pas grand'hâte. Aussi , à la vérité, tout doit dépendre de la résolution que le roi d'Espagne prendra sur le commerce des Indes , n'y ayant rien hors cet article qui puisse rompre le traité, pourvu qu'ils ne prétendent et veulent opiniâtrer le t. i3. 17
rétablissement de la religion catholique. On fait bien courir ici de mauvais bruits de tous les dent, sur les avis qu'on dit être venus aux archiducs du côté d'Espagne , les députés duquel montrent aussi d'en être en peine , et de craindre que la paix ne soit rompue à cette occasion ; mais ce sont peut-être artifices, nous souvenant bien qu'avant que la ratification du roi d'Espagne eût été envoyée on faisoit courir les mêmes bruits, et qu'il ne l'accorderoit jamais.
Il est moins danger eut pour ces peuples qu'on rompe sur le fait de la religion que sur celui des Indes; car , pour le premier , ils sont tous d'avis de n'en consentir aucune chose par traité ; mais ils ne laisseront pourtant de prendre de bonne part les remontrances de votre Majesté sur ce sujet , si elle est d'avis qu'on lès fasse , dont toutefois on n'espère autre finit , sinon de faire paroître son zèle envers les catholiques et à l'augmentation de sa religion. Mais , quant à l'article du commerce , le danger sembleroit plus grand, pource qu'il y a quatre ou cinq provinces qui n'y ont intérêt^ dont les députés ont montré que la rupture à cette occasion leur déplairoit. Et cela est cause que les Etats ne veulent rien arrêter absolument sur les autres articles jusqu'à ce qu'ils voient si celui-ci sera accordé ou refusé, pour avoir toujours moyen de rompre ailleurs s'il en est besoin. Mais il leur sera difficile d'ôter cet avantage aux autres ^de rompre où il leur plaira , au cas qu'ils eh aient le dessein 5 et néanmoins, quand ils le feront, M. le prince Maurice, M. le conte Guillaume et plusieurs autres , croient que toutes les provincefe ne laisseront de demeurer en leur union , et de rentrer en guerre avec même courage et vigueur
UU PRÉSIDENT JfiÀNNIN. 4!9
que du passé , fondant leur opinion sur ce que la plu* part des villes desdites provinces sont remplies de grandes garnisons, que le magistrat y est bien affectionné, et quand quelques-unes viendraient à se séparer , au lieu qu elles ne sont à présent que frontières des ennemis , elles le seraient après des deux eôtés , et en pire état que devant. Cette crainte n'est pas toutefois du tout vaine, et seroit encore plus grande si on venoit à rompre sur autres articles de moindre importance que celui des Indes, que les plus sages voient bien devoir être utile à tout l'Etat. Quelques-uns bien affectionnés au bien de leur patrie ont mis en avant , depuis peu de jours , des raisons par lesquelles il leut semble la paix devoir être plus dommageable à leur Etat que la guerre. Nous les avons recueillies , comme aussi les réponses des autres qui ne sont de leur avis, dont deux discours ont été faits , que votre Majesté verra s'il lui plaît en prendre la peine. Nous le faisons afin qu'elle soit pleinement instruite de toutes choses , y apporter son jugement, et nous commander mieux ses intentions, que nous suivrons sans y rien ajouter du notre que l'obéissance et fidélité , soin et diligence.
Nous lui envoyons aussi l'extrait d'une lettre que l'amiral de la flotte de Zélande , lequel est aux Indes , a écrite touchant le combat avenu au détroit de Afalaca. Le fait y est bien simplement déduit, et èans aucun artifice , mais ee n'est pas du tout en la façon qu'on l'avoit publié ici. M. de Collis a eu avis d'Allemagne que les archiducs de Gratz et la veuve mère de la reine d'Espagne travaillent pour appointer le différend de l'Empereur avec l'archiduc Marinas, que
le duc de Bavière s'y emploie aussi , et qu'on en espère bien $ que l'Empereur ne demande plus en la diète de Ratisbonne des contributions pour la guerre de Hongrie, comme voulant approuver. la trêve avec le Turc , crainte que les mouvemens nouveaux en Hongrie ne fussent cause d'un plus grand mal , et qu'il se contente de celles qui seront nécessaires pour munir les places des frontières de bonnes garnisons , afin de les empêcher de surprise , et pour acquitter aussi les dettes qu'il a contractées pour la défense de l'Empire en cette dernière guerre. On lui mande encore que le duc de Savoie est maintenant d'accord et en bonne intelligence avec le roi d'Espagne. Nous envoyons à votre Majesté les ratifications des provinces touchant la ligue faite avec eux : c'est M. de Bethune qui en sera le porteur, lequel se conduit si sagement par deçà , qu'il y est en très-bonne odeur et réputation. Nous Avons aussi conféré avec lui des particularités dont nous avons estimé que votre Majesté seroit bien aise d'être informée , bien assurés qu'il lui en rendra bon compte. Sur ce nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté, en parfaite santé , trèslongue et très-heureuse vie.
De La Haye , ce dixième de mai 1608, Vos très-humbles et très-obéissans sujets et servi* teurs , P. Jeanmn et Russy.
Lettre de M. Jeanmn à M. de ViUeroy , dudit jour
dixième de mai 1608.
Monsieur , ayant reconnu par trois lettres du Roi que Sa Majesté désiroit que je fisse un voyage vers
DU PRÉSIDENT JEÀNMN. 4aI
elle, vous aussi me l'ayant écrit par son commandement , pourvu qu'il se pût faire sans le préjudice de son service , j'a vois pris ce conseil $ et quoique messieurs les Etats m'eussent envoyé par deux fois leurs députés pour me le dissuader , avec plusieurs propos qui témoignoient leur affection* à me retenir $ que M. le prince Maurice , madame la princesse d'Orange et M. de Bameveldt, en eussent fait autant en particulier, comme aussi tous les ambassadeurs des princes qui sont ici ; si est-ce que leur ayant dit mes raisons pçur le leur faire approuver et assuré de mon prompt retour , s'il plaisoit à Dieu me conserver en santé , ils y avoient tous consenti : étant aussi véritable que mon absence, jusqu'à la venue du Cordelier, ne devoit être d'aucun préjudice à leurs affaires , dont ils traitent si lentement aujourd'hui, que c'est plutôt pour couler le temps et s'employer en apparence que pour négocier en effet. Or j'avois pris la mer dès le deuxième de ce mois, du côté de Zélande , pour aller à l'Ecluse et de là à Amiens , pource que le vent , dès-lors contraire pour aller à Calais ou à Dieppe, m'ôtoit le moyen de prendre ce chemin , et, à cette occa sion , àvois pris un passeport de M. le marquis Spinola, qui en donna pareillement un à M. de Bethune pour faire le voyage ensemblement. Mais après avoir été quatre jours sur la mer, et jusqu'à quatorze lieues de Rotterdam , ayant toujours le vent et la tempête du tout contraires , sans qu'il y eût apparence de changement en un meilleur temps, nous fûipes contiaints de retourner en ce lieu , me restant toujours le même désir de faire le voyagé si le vent se changeoit bientôt ; mais il a continué à être mauvais jus-
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que vers le dixième qu'il s'est changé , et lors les Etats et chacun m'a pressé de demeurer et n'y ai pu contredire : tellement qu'ai perdu avec grand regret l'occasion de voir le Roi pour ce coup, ce que je jugeois fort à propos pour éclaircir son esprit de toutes choses, lui rendre compte de mes actions, et recevoir ses commandemens. Ce sera quand il plaira- à Dieu , et que Sa Majesté me \è commandera expressément , sans rien remettre à mou jugement.
Je vous ai écrit par M. du Monts , lequel j'eusse retenu deux ou trois jours pour vous envoyer par lui utt discours , lequel contient quelques nouvelles objections contre la paix , et ce qui me semble y pouvoir être répondu, ayant en opinion dès-lôrs quç M. de Russy , qui en a fait un à part sur quelques mémoires que M. Francques , homme fort affectionné à son pays, et grand ennemi des Espagnols, lui a donnés, le vous pourvoit envoyer; mais je n'y avois encore mis la main , «t, après l'avoir commencé, je Ta^ois intérims pour lors , pource qu'il me semblait , faisant le voys^e moi-même , que cela seroit superflu. Or je l'ai achevé , <et le vous envoie par M. de Bethutoe , après avoir sa dudit sieufr de Russy, depuis deux jours seulement, qu'il vous a voit envoyé le sien par leéH: siear du Monts 5 car j'estime qirtl sera à propos que Sa Majesté voie les deux , d'autant qu'il n'a mis que îes raisons pour faire rejeter la paix ainsi qu'il m*a dk luimême , et mon discours contient les objections *et les réponse* , qui sont très-véritables pour le regard de ce qui consiste en fait. Et quant aux Taisons , c'est au sens et jugement d'un chacun de les approuver ou rejeter. Il 'n'y a personne de ceux qui maniant les
DU PftjitWÇNT JEAMNIN. foi
affaires ici , taat les amateurs de paix que les autres qui sont désireux de la guerre , qui n'en ait conféré librement et amiablement avec moi. Il est vrai qu'en ces conférences avec eux j'essaie de réfuter les raisons qui me semblent foibles ou contraires à ce que le Roi nous a commandé , et que peut-être aucuns me jugeât plus enclin à la paix qu'ils ne voudroient à cette occasion ; mais j'estime en devoir user ainsi » pour étouffer divers bruits qu'aucuns de cet Etat font courir avec artifice de la volonté de Sa Majesté, comme si elle déskoit plus favoriser la guerre que la paix j et offrait de les assister d'un grand secours : ce qu'il? font afin de donner courage à ceux qui sont de cette opinion, en accroître le nombre, et étonner les autres. Tous verrez , monsieur , que le principal fondement recherché et mis eu avant de nouveau pour montrer que la paix doit être dommageable est celuici : qu'elle n'aura de fonds assez pour supporter ses charges , comme s'il devoit être plus aisé aux Etats de fournir aux dépenses de la guerre qu'Jt celles de la paix , qui doivent être moindres des trois quarts deux ans après qu'elle sera faite, chose du tout fausse. Je «ne vous répéterai rien de ce qui est contenu on ioelui discours, mais vous dirai seulement que, depuis environ ; un mois, ceux qui ont toujours montré d'avoir en. horreur la paix , comme aussi la compagnie des Indes, sur le bruit qu'on avoit fait courir que le roi d'Espagne ne vouloit point accorder ledit commerce , ont fait .tout ce qu'ils ont pu* pour traverser la paix sur ledit •fondement , et aucuns y ont ajouté que la paix ne pou voit être faite ici que Sa Majesté et le roi d'Espagne n'eussent moyen à cette occasion de
s'unir et allier ensemble , et que cela tourneroit à la ruine de ceux de la religion partout $ mais on est tant assuré de l'affection de Sa Majesté envers cet Etat, que tous ces artifices n'ont de rien servi. Il est vrai inéanmoins que * si Sa' Majesté seule , ou le roi d'Angleterre avec elle, vouloient offrir un secours raisonnable , que M. le prince Maurice réduit maintenant à douze cent mille écus , on poufroit espérer , plutôt aujourd'hui qu'on n'eût fait du passé , de les changer au cas que le roi d'Espagne n'accorde le commerce des Indes à leur mot. Je dis espérer * car quoiquaucuns le tiennent facile , je n'en juge pas ainsi , et estimé qu'il y aura toujours beaucoup de difficultés pour le faire 5 mais si j'en reçois le commandement , je n'omettrai rien pour en donner satisfaction à Sa Majesté ; car , paix ou guerre , ce m'est une même chose , pourvu que ce soit la volonté et le contentement du maître duquel je désire mériter la grâce, en bien servant.
Vos lettres du 17 contiennent que Sa Majesté préfère toujours la paix, puis la trêve à longues années à la guerre , et néanmoins qu'elle prévoit tant de dangers et inconvéniens en la résolution que les Etats prendront, soit de paix ou de guerre, qu'elle aime mieux que les laissions choisir d'eux-mêmes ce que bon leur semblera que de nous en rendre auteurs. Or, j'ai crainte que les affaires n'aillent pas bien si nous y procédons ainsi ; car s'ils font un mauvais choix , nous ne laisserons d'en être blâmés , et personne ne nous aura obligation s'ils font bien ; puis ce que nous ferons , les députés des autres princes le suivront sans doute : ainsi nous serons tous inutiles , et aura-t-on
BU PRÉSIDENT JÈANNIN. fa5
opinion, demeurant retenus à déclarer nos intentions, que nous désirons la guerre sans nous en oser découvrir, n'y ayant personne qui puisse croire qu'ayons affection à la paix si nous craignons de le dire, pource qu'il n'y a que de l'honneur à procurer ce bon œuvre. Autre chose seroit si nous suspendions notre jugement sur la résolution de la guerre , dont chacun doit fuir.d'être tenu pour auteur, à cause du blâme, de la haine, des dépenses et périls qu'on peut encourir en la conseillant. J'en ai encore mis plus particulièrement les raisons en cet écrit que je vous envoie; toutefois si vous ne les approuvez par delà, je ferai tout ce qui me sera commandé. Je crains qu'on ne représente de quelques endroits les affaires à Sa Majesté d'autre sorte qu'elles ne sont : qu'elle croie , s'il lui plaît, que rien ne lui est déguisé par ftioi , et que je pense ne devoir céder aujourd'hui à personne en la connoissance des affaires qu'on traite ici , pour y avoir pris tant de peine , et depuis un si long temps , que je ne serois pas digne de la servir si je n'en étois bieh instruit , non que je pense pouvoir juger avec certitude ce que feront ces peuples qui ont si peu de crainte et d'appréhension de l'avenir , et sont sujets à des mouvemens si soudains qu'ils se peuvent changer en peu de temps, mais la vérité est que pour le présent le plus grand nombre désire toujours la paix , et crains plus pour moi que leurs ennemis ne la leur veuillent accorder comme ils la demandent , qu'eux soient pour la refuser.
Vous me mandez aussi , monsieur , avoir entendu par delà que le sieur de Barneveldt est en danger de perdre bientôt son crédit. Je ne sais qui fait ces
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contes , mais je vous «peux assurer qu'il aeut jamais plus de pouvoir et de crédit qu'il en a , et que ceux qui tendent à la guerre n'oubUeat jriea pour le gagner, m'ayant été dit eu présence de M. de Ruasy , depuis deux jours , par quelqu'un qui est des Etats «rênes , que s'il vwuloit embrasser le parti de la guerre il y porteroit dès le lendemain toute la province de Hollande , qui peut plus seule es résolutions que toutes les autres ensemble. Je ne vous ai rien écrit de ce qui le touche et ses enfans que pour le service du Roi , et le désir que j'ai de lui acquérir des serviteurs , non seulement pour faire passer les affaires qu'on vtrake it présent selon son désir, mais pour y avoir à l'avenir une telle créance et autorité , que sur les occurrences on y puisse bâtir des desseins qui tournent k l'utilité du royaume , dont on ne vient jamais à bout quand on les veut précipiter tout d'un coup sans les avoir préparés de cette îaçon , et y en acquérant de loin des instrumens qui soient propres pour les mettre en besogne lorsqu'il en est temps. le n'y ai autre intérêt ; c'est à Sa Majesté d'en ordonner son bon plaisir. Souvenez-vous pour le moins des enfans, et in instruisez , je vous supplie très -humblement, par votre première dépêche 9 de ce que j'aurai àfake pour ce regard, afin que je ne vojis en importune plus.
M. de La Boderie m'a écrit , du troisième de ce mois, qu'il lui semble que les Anglais se veulent rapprocher 9 mais qu'il ne sait si c.est à bon escient, ou à dessein d'obtenir le paiement de quelques dettes dont. ils ^prétendent faire poursuite. Il me semble qu'on doit faire tout ce qu'on pourra pour les induire à dé-
sirer notre amitié, et à se conjoindre en une bonne alliance avec nous. Il ajoute encore par ses lettres qoe s*ils entrent en des mariages ils les voudront doubles ; à savoir, du prince de Galles avec Madame, et de monseigneur le Dauphin avec leur fille aînée , et qu'ils ne feront Fun sans l'autre. Je ne suis pas capable d'en donner avis ; mais tous les deux ensemble ne sont qu'avantageux , même celui de la fille , qui a droit de succéder à la Couronne après les mâles , ces deux liens ensemble étant pour mieux assurer et affermir l'alliance des deux royaumes. Il y a bien quelques considérations au contraire qui vous sont connues , mais elles ne semblent pas assez fortes pour empêcher «e bon œuvre si l'occasion s'en offroit , dont il y a bien à douter, tant ils se sont montrés peu enclins à nous vouloir du bien jusqu'ici. Leurs députés qui sont «n ce lieu , s'étoient imaginé qme je devois passer à mon retour vers les archiducs , et que le sieur Richardot et moi , es conférences particulières que bous avions eues ^semble , avions traité quelque chose dont ils montraient d'être en soupçon. Ceux qui cormoissent le naturel de cette nation estiment que <ses jalousies sont plutôt moyens pour les persuader que de bonnes raisons. Vous avez toujours mauvaise opinion de l'issue des affaires que nous traitons -, et je crois néanmoins , si le roi d'Espagne n'a eu volonté de tromper dès le commencement de ces conférences , ou qu'il n'ait reconnu quelque chose ici qui l'ait changé , que nous aurons la paix ou la trêve à longues années , nonobstant les raouvemens et brouilleries qu'on a essayé de faire en ce lieu pour dissuader l'un et l'autre à ces peuples ,
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dont je serai aussi avec les autres quand Sa Majesté me l'aura commandé , et non plus tôt , et vous peux assurer que je ne serai devancé lors de personne. J'ai aussi la même opinion de M. de Russy et de la princesse d'Orange , et que n'aurons tous qu'un même but , qui doit être de suivre le commandement du maître , non notre avis et inclination. Taurois beaucoup de regret si le Roi faisoit un voyage en Provence sans que je l'eusse vu premier pour m'éclaircir avant son départ de toutes choses, et être si bien instruit de ses intentions qu'on n'y puisse faillir, combien que j'aie fait du passé , en sorte qu'à mon avis il n'y a rien à douter , si quelque changement n'est advenu depuis en sa volonté dont il soit besoin m'instruire de nouveau. Je désire qu'il plaise à Sa Majesté nous mander ce qu'elle veut faire pour l'argent avant que le dire à M. Aërsens , qui en avertira aussitôt , afin que les Etats lui en aient le gré , non à nous qui sommes ses ministres. Nous ferons peu attendant le Cordelier; mais on me presse tant d'arrêter , que je suis contraint de suivre plutôt la volonté d'autrui que la mienne. M. Francques m'a donné de nouveaux mémoires pour entreprendre sur les Indes d'Occident. Je les réserve avec d'autres pour les faire voir quand il sera temps. Je suis , monsieur , votre très - humble et très-obéissant serviteur , P. Jeannin.
A La Haye, ce dixième jour de mai 1608.
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 4a9
Lettre dudit sieur Jeannin à M. le duc de Sully , dudit
jour dixième de mai 1608.
Monsieur , je pensois bien avoir l'honneur de vous voir au même temps que M. de Bethune ; mais les vents qui ont été contraires depuis dix ou douze jours m'ont fait retourner , après avoir demeuré sur la mer quatre jours -, et maintenant les Etats m'ont tant prié de changer d'avis , qu'avec ce que j'avois perdu trop de temps pour être ici de retour aussitôt que le Cordelier, je me suis abstenu de faire le voyage, encore qu'à la vérité on avance si peu les affaires , que je suis à présent presque inutile , et ne vois pas qu'on doive user de plus grande diligence jusqu'à ce que le Cordelier soit arrivé , pource qu'on tient que la paix ou la rupture d'icelle doit dépendre de la résolution qu'il apportera touchant le commerce de? Indes, lequel étant accordé, il n'y a plus rien qui puisse donner sujet de rompre aux uns ou aux autres , si ce n'est le fait de la religion , duquel les députés des archiducs savent bien qu'ils ne doivent rien espérer , et s'ils s'opiniâtrent que tout est rompu. Encore que le plus grand nombre des députés de l'assemblée générale des Etats soit toujours désireux de la paix , si semble-t-il qu'il y a plus d'espérance de les changer qu'il n'y avoit du passé, au cas que le commerce des Indes ne leur soit accordé selon qu'ils -l'ont requis , pourvu qu'ils voient quelque assurance au secours , sans ïequel ils ne rentreront jamais en guerre s'ils n'y sont du tout contraints , et chercheront plutôt toutes sortes d'expédiens pour ac-
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commoder les affaires que de retomber en ce danger. On est entré de nouveau en quelques ouvertures des inconvéniens qu'on craint devoir arriver par la paix, dont vous aurez vu , comme j'estime , un discours avant qu$ vous receviez cette lettre , lequel a été envoyé à M. de Villeroy. J'en ai lait aussi un qui contient les raisons d'une part et d'autre, dont M. de Bethune est porteur. Je sais que vous le verrez aussi s'il vous plaît en prendre la peine, et donner sur tous les deux votre avis à Sa Majesté, afin qu'elle y puisse mieux asseoir son jugement, et nous commander ses intentions , que nous suivrons précisément , et sans y ajouter autre chose du mien que l'obéissance et fidélité. Je serai aussi toujours affectionné à vous rendre très-humble service, comme étant obligé de demeurer perpétuellement, monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur ,
P. JeANHJN.
A La Haye , ce dixième de mai 1608.
Ecrit fait en Hollande, et envoyé au Roi le dixième de mai 1608 , sur te que M. le président Jeanninfut averti que M. le prince Maurice avoit écrit à Sa Majesté pour blâmer la poursuite qu'il faisoit pour induire les Etats d'accepter la paix ou la trêve , à quoi le sieur de Russjr adhéroit contre Vinstruction qu'ils avoient de Sa Majesté.
Depuis peu de jours quelques personnes bien affectionnées à cet Etat sont entrées en appréhension que la paix , désirée par ceux qui ont la réputation d'être les plus entendus au maniement des affaires , suivis d'un plus grand nombre , ne soit pas le meilleur et plus assuré conseil pour leur pays , mettant en
DU PRÉ8IQENT JEÀNNllN*. 4^f
avant des raisons non encore déduites jusqnes à présent , qu'aucuns jugent dignes de grande considération, et les «autres rejettent du tout, préférant toujours la paix au renouvellement des armes, au cas qu'on lai puisse obtenir à conditions raisonnables. Or , comme rien ne s'est passé par deçà dont il f jit requis informer le Roi , qu'on ne lui en ait donné avis , ce discours a été mis par écrit , lequel contient les raisons des uns et des autres , et tout ce qu'on a estimé devoir être considéré et représenté sur ce sujet, afin que Sa Majesté y puisse mieux asseoir son jugement , et commander ses intentions.
Les premiers disent que les Etats ont un grand fonds ordinaire et certain durant la guerre, lequel peut suffire , avec quelque aide des princes qui affectionnent leur prospérité , pour la continuer avec espérance de bon succès , et que la paix le fera tarir du tout , ou bien devenir si petit qu'il n'y aura pas assez pour entretenir les garnisons et autres charges que la sûreté et conservation de la paix requiert, par ainsi seront méprisables , inutiles à eux et à leurs amis , et , qui pis est , exposés , à cause de cette foiblesse , à toutes sortes d'injures et périls , môme des princes qu'ils ont offensés.
Pour le vérifier , ils déduisent particulièrement en quoi consiste ce revenu , puis ce que la guerre en doit ôter$ mettant pour premier lieu et principal article d'i celui revenu les consomptions, c'est-à-dire les droits et subsides qu'on lève sur toutes sortes de denrées qui servent à l'usage et commodité de la vie , lesquelles ont accoutumé de valoir chacun an , durant la guerre , cinq millions cinq cent mille livres , et
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qu'il n'y a aucune apparence que les peuples et gens de toutes qualités , qui se sont assujétîs à les payer durant la guerre, crainte de leurs ennemis, et pour la nécessité de leur conservation , les veulent coatinuer lorsqu'on sera en paix , et penseront plutôt que les alliances contractées avec deux grands rois , lesquels se sont rendus comme garants de l'observation d'icelle , pourront suffire pour toute sûreté , sans qu'il leur soit besoin d'autres forces ni garnisons dans les places; étant bien vrai que la plupart des peuples ne se réjouissent de l'espérance de ce repos , sinon pour cette seule considération d'être déchargés d'un si pesant faix.
Ajoutent encore, quand ils se disposeroient tous de souffrir, du moins pour quelque temps , ces consomptions , qu'elles diminueront de beaucoup à l'instant que la paix, sera faite , et à mesure que les gens de guerre, qui sont à présent de soixante mille de solde, assujétis à les payer comme tous les autres habitans , seront licenciés et réduits à dix ou douze, mille hommes , qui est le plus grand nombre dont les Etats puissent avoir besoin après la première ou seconde année de la paix.
Que plusieurs marchands aussi , lesquels avoient avant la guerre leqr demeure es pays des archiducs, voyant le trafic libre et assuré d'une province à autre, et par tous les Pays-Bas indifféremment , seront pour s'absenter de ces pays, et le doit-on tenir comme certain pour le regard des catholiques, si on ne leur donne l'exercice de leur religion , en craignant autant des artisans , qui n'ayant moyen de supporter la grande cherté qui sera aux vivres et de toutes autres
DU PlgSIDENT JEANNIN. 4^3)
4earéça, k csuse desdits subsides, iront chercher demeure es lieux et endroits où ils pourront gagner leur vie avec plus <fe commodité; et toutes ces retraites serortf, cause de faire des solitudes es Provinces-Unies, et par conséquent de diminuer de beaucoup le revenu qu'on tire de ces consomptions , contraindront même enfin les Etats , pour éviter pis, 4e les abolir du tout > ou de les réduire à bien peu ; et par ainsi ce revenu , qui étoit grand et certain , ne sera plus rien après la paix.
Viennent après aux convois, licences et droits d'amirauté , qui étoient en valeur , chacun an , de dix-sept à dix-huit cent mille livres, lesquels demeureront pareillement du tout éteints ; ayant les députés des archiducs déjà déclaré et répété donveatefois qu'ils ne consentiront jamais que leurs sujets les paient , attendu qu'ils n'ont été introduits sinon durant la guerre , et qu'il n'est raisonnable qu'on leur vende le passage de la mer et des ports , lesquels , en temps de paix , doivent être communs et libres à tous les amis. Or si on les en exempte, comme il sera peut-être nécessaire pour obtenir la paix , il en faudra aussi décharger les habitans des Provinces- Unies -, autrement tout le trafy s'en iroit es pays des archiducs, ponrce que leurs sujets pourvoient doqqer les denrées et marchandises exemptes du paiement de ce droit à meilleur marché qu'eux , et de là adviendrait que le* marchanda se retireraient à oette occasion à Anvers et èa autres lieux de leur obéis- $ance ; puis les princes , qui sont amis des Etats , ne les voudraient non plus souffrir, et ne serait aussi t. i3. 28
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raisonnable d'en charger leurs sujets , tons les antres en demeurant exempts.
Il n'y a point d'apparence non plus que les subsides mis sur les maisons et héritages puissent être continués quand on sera en paix , pource qu'ils sont si grands et excessifs, que chacun le» tient insupportables dès à -présent $ du moins il les faudra diminuer de la moitié : ainsi , au lieu qu'ils souloient valoir deux millions de livres , sera beaucoup si on en peut tirer un million de livres pour l'Etat 5 encore doiton craindre que les plus riches et aisés qui les paient ne s'en veulent décharger du tout.
Le dernier article consiste es contributions qu'on souloit lever pendant la guerre dans le pays des ennemis, qui pouvoient revenir par chacun an à six cent mille livres , lesquelles , l'hostilité cessant , demeurent du tout éteintes.
On ne met en aucune considération le domaine , d'autant qu'il est fort petit , et sert seulement à payer les gages des officiers ordinaires, et non plus celui des ecclésiastiques, partie duquel a été vendue; l'autre est employée à la nourriture des gens d'église qui sont encore vivans , ou à l'entretènement des ministres : s'il y a quelque chose de plus, les villes l'appliquent à usages pieux , et à leurs commodités particulières.
- Ils estiment donc avoir suffisamment justifié par cette déduction de tout le revenu de l'Etat , qu'il n'aura aucun fonds après la paix pour soutenir ses «barges , au lieu qu'il est à présent grand , et de dix «aillions de livres chacun an au inoins , -qu'on peut
toujours continuer de lever tant que la guerre durera* pource qu'on en prend la plupart sur les ennemis ou sur les étrangers , lesquels ont trafic avec eux , et ne laissent d'en tirer de la commodité nonobstant le paiement desdits droits , et par ainsi ne font point de difficulté de s'y assujétir $ et pour le regard de ce que les originaires et habitans en paient , il ne leur a jamais semblé onéreux > le voyant employé à leur conservation > avec lequel revenu bien peu d'aide suffisoit, non seulement pour se défendre > mais aussi pour s'accroître $ au lieu que si la paix leur ôte ce fonds et revenu, on doit craindre que les moindres ennemis qui voudront entreprendre sur eux fie les puissent ruiner.
Car ils ne sont pas comme les Suisses , lesquels i destitués de fonds et revenu en commun * sont assez forts et puissans en hommes pour se défendre eux-* mêmes , et donner de la terreur à quiconque les voudrait assaillir; mais au contraire seront toujours contraints , soit pour se garder ou pour entreprendre sur autrui , d'avoir recours aux soldats auxiliaires qui dépendent de la grâce et bienveillance des amis , lesquels se lassent bientôt d'assister ceux qui sont foibles , et n'ont moyen de se revancher des plaisirs qu'on leur fait , ou bien de se servir de soldats mercenaires qu'on ne peut recouvrer ni entretenir sans solde ni sans argent*
Et combien qu'ils aient à présent des maîtres de navires, mariniers et matelots jusques à quarante mille , à ce qu'on dit > tous bien exercés aux guerres et combats de mer , es quels ils se sont rendus formidables à toutes nations , qui peuvent bien être mis ad
rang de boas soldats, cette vigueur militaire s'alentira et perdra du tout quand il n'y aura plus de guerre, et qu'ils exerceront leur trafic partout , soit en Espagne , aux Indes ou ailleurs, sans hostilité et de gré à gré ; se déferont même de leurs navires de guerre, pource qu elles leur seront inutiles , ou deviendront simples marchands ; ou bien le roi d'Espagne , pour les gagner et acquérir , se servira d'eux , et les emploiera eu ses voyages des Indes et ailleurs , les rendant du tout siens par le profit d'une plus grande solde qu'il leur donnera , l'Etat demeurant par ce moyen affaibli , et lui fortifié d'autant.
On craint encore les divisions qui peuvent arriver parmi eux lorsqu'ils seront en repos, dont les semences , déjà trop avant enracinées dans les villes et provinces entières , n'eussent tant arrêté à produire du mal , si la crainte des ennemis et le danger commun ne les eût retenus , lesquelles accroîtront tous les jours par les pratiques secrètes et corruptions qui viendront de la part des princes, qui, ne les ayant pu ruiner par la force ouverte en plusieurs années , penseront gagner davantage en peu de temps par tels artifices; et tous ces inconvéniens leur semblent si grands , qu'à leur jugement les dangers de la guerre, auxquels ils sont déjà accoutumés , ne les peuvent aucunement égaler.
Mais les autres soutiennent au contraire que la grande fbiblesse à laquelle on prétend l'Etat devoir être réduit par la paix , faute de fonds et de moyens pour soutenir ses charges, est une crainte aussi imaginaire qu'il est véritable l'Etat n'avoir de soi-même les forces et moyens requis pour faire la guerre ,
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 4^7
«étant sagesse aussi de s'assurer au secours d'autruij qu'en jugeant sainement et sans passion du bien et du mal de la paix et de la guerre , il n'y a aucun choix entre l'un et l'autre , et semble même que la nécessité leur enseigne, ou plutôt les force de rechercher le premier et fuir l'antre.
Et pour l'examiner plus particulièrement , disent être bien vrai que le plus grand et plus certain revenu de l'Etat consiste aux consomptions, mais nient qu'elles doivent tarir par la paix, n'y ayant apparence que les peuples en veulent refuser le paiement , d'autant qu'ils sont accoutumés à se laisser conduire par leurs supérieurs et magistrats sans murmurer , ni faire aucun mouvement pour empêcher l'exécution de ce qui est jugé nécessaire pour le salut public, dont l'expérience du passé a donné si grande prenve qu'on n'en doit aucunement douter. On peut bien dire que la guerre servoit lors d'un grand aiguillon pour les rendre plus ohéissans ; mais il est vrai aussi que la crainte de perdre la liberté et souveraineté qu'ils ont acquises avec tant de dépenses, labeurs et périls, auxquelles ils participent tous également y aura encore la même force envers eux pour les induire à supporter , durant quelque temps , la dépense requise pour conserver un si précieux acquêt, pourvu qu'à mesure que la paix viendra à s'affërmir, et qu'on se pourra passer de moindres garnisons et dépenses, on diminue aussi telles levées, comme on pourra faire lors sans péril , et en retenir néanmoins assez pour subvenir aux nécessités publiques.
Et quant k ce qu'on ajoute , que le licenciement
de la plupart des gens de guerre , et la retraite d'un grand nombre de marchands et artisans , lesquels contribuent tous à ces consomptions , les diminueront de beaucoup , ores qu'il n'y eût aucune difficulté à les lever , cela semble être vrai en apparence , mais il ne l'est pas en effet ; car , pour le regard des gens de guerre , il faut considérer que le plus grand revenu des consomptions , qui est de quatre millions cinq cent mille livres es provinces de Hollande et Zélande , diminuera de bien peu , d'autant qu'il y a fort peu de garnisons es dites provinces , en sorte que ceux qui sont bien informés de l'état des finances n'estiment pas que de cent portions , ou au pis aller de cinquante , on en doive diminuer plus d'une à Pcette occasion. Et quant aux autres provinces , villes et places de l'obéissance des Etats , elles ne s'y lèvent pas sur le pied de celles-ci, mais y sont petites , et ne peuvent revenir pour tout qu'à un million de livres , eux ayant mieux aimé fournir leurs cotes par autres levées que de souffrir les consomptions à si haut prix. Au moyen de quoi la diminution qui y a viendra par le licenciement desdits gens de guerre, ne sera de si grande considération, y ajoutant que les soldats ont accoutumé d'être la moitié de l'année en campagne pendant la guerre , auquel temps ils ne paient rien de ces consomptions.
On dit pareillement , quant aux marchands et artisans , qu'il y a plusieurs raisons et considérations pour croire qu'ils ne se retireront point après la paix; à savoir , que la plupart et presque tous sont étrangers, et des pays des archiducs, lesquels se sont vemVs habituer en ce pays à cause de 1^ religion , et
-y ont établi leur domicile dès si Long-temps , > qu'ils y sont mieux accommodés qu'es pays de leur ancienne habitation. Puis ils penseront tous avoir plus de sûreté , et vivre avec plus de contentement en une république libre, participant aux honneurs et. commodités qui viennent de la liberté, qu'ailleurs, même qu'en la ville d'Anvers, qui est le lieu où on craint le plus qu'ils se retirent , pource qu'ils y seraient à la merci des soldats , et asservis à une citadelle qui les tiendrait toujours en quelque .frayeur. Chacun considérera aussi que la mer , de laquelle doit venir le principal trafic, est pour la plupart au pouvoir des Et^ts , et par ainsi que sera à eux plutôt qu'aux archiducs de donner la sûreté au trafic. Et par effet on est déjà bien averti que plusieurs bons marchands , lesquels , pour jouir des biens qu'Us ont es pays des archiducs , s'étoiept retirés es villes de Lubeck , Hambourg , Brème et autres villes.. anséatiques, cpmme. aussi es autres endroits d'Allemagne, Angleterre et autres lieux neutres,, sont prêts de revenir ici, et qu'à cette occasion r depuis qu'on a paslé 4e paix , les maisons sont de beaucoup enchéries , tant d'achat que de louage, en la ville d'Amsterdam. 11 y a bien. quelque crainte qu'on ne perde les catholiques, soU originaires du pays ou étrangers, et que, se voyapt privés de l'exercice de leur religion , ils ne se retirent; mais il est au pouvoir des Etats d'éviter cet inconvénient , en leur donnant quelque exercice , comme il* peuvent faire sans danger, et semble m4me qu'ils y doivent être .conviés par raison d'Etat, Néanmoins, quand. on leur refusera cette grâce,. la plupart étant originaires du pays, il .est vraisemblable
qu'ils ne laisseront d'y demeurer, et seront pont souffrir à l'avenir ce qu'ils ont enduré pendant là guerre , et lorsqu'il 7 avôit pltts de péril pour eux , plutôt que de l quitter leurs commodités , parens et amis. Ainsi en jugent les mieux entendus éfe cet Etat, assurant, par les faisons ci-dessus déduites, que les consomptions qui soutient Valoir durant là çuerre, es provinces de Hollande et Zélàndè , quatre millions cinq cent mille livres , comme il a été dit, vaudront au moins , après la paix , encore quatre millions , les diminuant de cinq cent mille livrés -, ce qu'ils estiment toutefois ne pouvoir avenir si àtt les lève pour quelques années sur le même pied qu'on souloit faire durant la guerre ; et pour le ré*gard des autres provinces , quelque diminution qui y arrive, elles ne pourront moins valoir que de cinq cent mille livres.
Quant aux convois , licences et droits d'amirauté , qui sont en valeur chacun an de dix-sept à dix-huit «ent mille litres , confessera qu'on ne les pourra lever après la paix comme On souloit faire durant la guerre, mais qu'il y a moyen dVn retenir quelque portion par le traité-, car les arcbiducfc qui lèvent le même droit de convoi star les denrées , lesquelles viennent es Provifrces*Unies , et passent avant qu'y arriver par les rivières qui sont dans leur pays , seront bien sises , et feront même , comme on croit , instance de le conserver , pource que c'est le plus clair de leur revenu à ce qu'on dit; et s'il avient ainsi, les Etats auront même raison de demander qu'ils souffrent pareilletaeirt ce qu'ils lèvent, du moins en y apportant quelque règlement et modération rai-
soimablé ; et quand Cela ne seroit pas , et que les archiducs vaudroient plutôt s'abstenir de prendre ledit droit que d'en consentir là levée aux Etats , on ne leur pourroit ôter la liberté de mettre quelque impôt sur les denrées qui sont de leur crû , comme beurres, fromages , pêcheries et autres , et qu'en tout événement lesdits convois , quelque réduction qui en sort faite , ne pourront moins Valoir que si* cent mille livres par an , lesquelles suffiront peut leur armement de mer en temps de paix , au lieu que les dix* huit cent mille livres qui en provenoient durant la guerre n'étaient suffisans pour y fournir > étant vrai que la seule province de Hollande a despettdû en vingt uns quatre millions de plus que ce qui pfovenoit desdits convois, licences et droits d'amirauté -, et parlant la dépense dêsdits convois Venant à être diminuée à proportion du fonds , l'Etat n'en recevra aucun dommage.
Ce n'est pas ainsi des contributions qu'on le voit durant la guerre es pays des ennemis , car il n'en viendra rien du tout après la paix ; mais tout ainsi que les Etats en prenoient dans les pays de leurs ennemis , eux en faisoient autant sur les habïtaits des pays les plus prochains de leurs frontières , et avec la même violence et hostilité , dont étant déchargée par la paix , les paysans en seront plus aisés , auront plus de commodité de payer leurs côtes, et lés pourrait-on même augmenter de quelque chose eu les souJageant d'ailleurs par la paix.
On voit donc que le revenu des consomptions » celui des Convois , et le subside des maisons et héritages , tous lesdits subsides réduits ainsi qu'il a
été dit ci - dessus , reviendront encore après la pâk à un fonds et revenu ordinaire de six millions de livres au moins, qui n'est pas une supputation' imaginaire , mais véritable, et faite par estimation avec l'avis et jugement de ceux qui ont accoutumé de manier les affaires, et voir tous les jours en quoi consistent les finances de l'Etat. Il est bien vrai qu'après quatre ou cinq années leur avis est qu'on les doit diminuer; mais quand de cinq portions on en ôtera deux , qui est une grande décharge et diminution , ils auront encore prés de trois millions cinq cent mille livres , qui ne suffiront que trop pour supporter les charges , lesquelles seront aussi lors moindres.
On ne met point ici en compte d'autres particuliers revenus dont on ne se veut découvrir, ni les grands revenus des villes, lesquels, en cas de nécessité, pourroient servir à l'utilité publique de tout le corps de l'Etat , dont le fonds est tel , qu'en mettant ensemble la moitié , et délaissait l'autre pour l'employer aux usages particuliers de chacune ville , on en feroit une notable somme revenant à {dus d'un million de livres.
On n'a mis aussi les consomptions partout qu'à cinq millions cinq cent mille livres , qui valent six millions, et le subside sur les maisons et héritages qu'à deux millions de livres , qui valent communément trois millions , pource que le surplus qui en provient chacun an est employé dans les villes- et provinces à l'acquittement de leurs dettes , sans qu'il puisse servir aux charges générales de l'Etat. ' Or ce fonds de six millions , composé' de ce qui a été dit ci-dessus , peut suffire abondamment pour en?
tretenir vingt mille hommes de garnison s'il est besoin d'un si grand nombre pour la première année , payer les traitemens et appointemens des seigneurs , gentilshommes , et autres personnes de qualité qui servent à l'Etat , comme aussi l'armement de mer et les fortifications , et si il y aura encore quelque chose de reste ; et pour la seconde année , et autres suivantes , ce reste croîtra , pource qu'on pourra réduire ces garnisons de vingt mille hommes- à dix , qui est bien ce qu'il faut, ayant égard que les archiducs n'en tiendront pas autant dans leur pays , dont une partie seta encore employée es garnisons qui sont proches de la France , d'où elles ne sont jamais tirées pour les employer en autres endroits $ outre, ce qu'ils sont princes si paisibles et désireux du repos , qu'on ne doit craindre aucun mouvement de leur part au préjudice de la paix ; puis les Etats auront pour garants et protecteurs d'icelle deux puissans rois , les forces desquels sont plus près d'eux pour les secourir que toutes les autres dont oh se pourroit servir pour les offenser^ ainsi ne doivent craindre l'inimitié de qui que ce soit. Et voit-on que cette diminution de garnison faite par eux , ils auront de bon plus de deux millions de livres chacun an , qu'ils pourront employer, avec ce qui a été dit ci-dessus, au paiement de leurs dettes qui sont grandes , et leur seront toujours à grande charge jusque» k ce que l'acquitte» ment en soit fait,
Ce n'est pas à la vérité sans raison qu'on craint que la paix ne mette des divisions parmi eux , à cause des jalousies et différends qui sont déjà nés entre les;
provinces et les villes même les unes contre les autres; mais en établissant un bon gouvernement avec un conseil d'Etat bien choisi , et suffisamment autorisé , tous ces inconvéniens cesseront. Et encore que cet ouvrage doive peut-être rencontrer quelques difficultés lorsqu'on y voudra mettre la main, si y a-t-il moyen par prudence et bonne conduite de les surmonter , pource que le corps de cet Etat , qu'on peut dire vraiment une république en laquelle la souveraineté appartient universellement à tous , a néanmoins cet avantage qui doit beaucoup servir à sa durée et conservation , que le menu peuple ne se mêle aucunement dès affaires , mais en laisse k charge entière aux principaux et plus notables en chacune ville , lesquels étant les plus capables et affectionnés à la conservation de la liberté , auront aussi plus de soin , et leur sera plus facile d'établir et faire garder les réglemeiis qui auront été jugés nécessaires pour le salut commun.
Et combien que les plus sages aient estimé qu'il n'étoit à propos de poursuivre cette réformation avant la paix , on n'en doit pas mal sentir pourtant, mais croire qu'ils l'ont fait pour avoir reconnu quelques contradictions et intérêts particuliers qui pouvoient troubler l'ouvrage principal , c'est-à-dire le traité de paix , et autres considérations de prudence qui leur ont fait craindre de remuer trop de choses ensemble , et en un temps mal opportun , jugeant l'issue en devoir être meilleure lorsque, la paix faite , les esprits d'un chacun seront plus libres de passion , et délivrés de cette diversité d'opidions de paix et
de guerre qui les sépare maintenant, et empêche de penser d'un même esprit à ce qui est de leur salut et conservation.
Quant aux corruptions , on les doit moins craindre en cet Etat qu'en tout autre gouvernement populaire, si on considère bien le naturel commun de ces peuples, lesquels ont témoigné depuis plusieurs années qu'ils n'y sont aucunement sujets , mais au contraire ont en horreur tous les présens qu'on leur peut offrir du côté d'Espagne, qui est le seul endroit duquel on doit craindre ce poison. Us sont aussi tellement enclins à la liberté , qu'en vivant sous leurs seigneurs légitimes-, quoiqu'ils en aient eu de très-puissans, ils ne les ont jamais pu assujétir du tout , ni contraindre à souffrir, quelques pratiques qu'ils aient fait parmi eux , aucune innovation en leurs franchises et privilèges.
H y a donc plus de raison de croire qu'ayant acquis cette liberté , à «laquelle tant les grands que les petits participeront , qu'ils ne feront ni consentiront jamais k chose quelconque qui la leur puisse ôter ; puis il faudroit que la corruption fût fort universelle pour faire quelque changement en cet Etat, à la conduite duquel tant de personnes ont part et intérêt.
Car encore que nous voyions aujourd'hui peu de gens se mêler de la paix , et que deux ou trois y ont pris une si grande autorité , qu'il semble les autres ne trouver rien bon que ce qu'il leur plaît , on ne doit pas tirer cette conduite à une conséquence générale en toutes autres actions , étant vrai qu'il va ainsi en cette affaire de la paix , pource qu'ils y sont tous, ou le plus grand nombre, si enclins et affectionnés , que chacun veut et désire en son particulier
ce que ceux-ci poursuivent au nom commun d'eux tous; étant néanmoins toujours contrôlés et regardés de si près, qu'ils. n'ont pas pouvoir de faillir contre le public , quand même ils auroient quelque mauvaise volonté ; mais seroit bien autre chose si aucuns particuliers ayant été corrompus , prétendoient après la paix entreprendre chose qui fut pour les faire retourner à leur ancienne sujétion , étant certain qu'ils seroient incontinent exposés à la haine d'un chacun , puis dégradés de tous honneurs et châtiés.
Pouf le regard des maîtres de navires , mariniers4 et matelots , es quels semble consister la plus grande force de l'Etat , il n'y a point d'apparence qu'ils soient pour aller à la solde des Espagnols ; car ces voyages des Indes , sans la permission et liberté desquels on ne veut traiter , ceux d'Espagne et d'ailleurs les tiendront assez occupés $ joint que ce peuple libre , d'un naturel rude et impatient de souffrir toute domination superbe , ne pourroit jamais endurer la fierté et insolence du commandement espagnol, et aimera toujours mieux se contenter de peu chez soi , vivant à sa guise , que de gagner beaucoup , s'assujétissant à une façon de vivre qui lui déplaît, est contre son naturel , et qui lui ôteroit l'exercice de sa religion.
Ils ajoutent encore , si la crainte de ces dangers et inconvéniens , la plupart imaginaires, ou qu'on peut éviter par une bonne et sage conduite , est de si grande considération qu'il faille détourner les Etats de se mettre en repos , c'est autant que leur vouloir persuader qu'ils doivent être perpétuellement misérables , puisqu'il n'y a autre sûreté pour eux qu'en la guerre , et que souffrir les maux et ruines qu'elle
DU PRÉSIDENT JÏÀWNIN. 44?
tire toujours après soi, est le seul moyen de les conserver 5 car cette guerre est de la nature de toutes les autres , qui ne peuvent finir que par une victoire absolue, ou par composition. Or les Etats ne peuvent espérer le premier contre un ennemi si puissant que le roi d'Espagne; et quant au dernier, les mêmes inconvéniens qu'on montre de craindre aujourd'hui , à savoir la faute de fonds , les divisions , pratiques et corruptions , lorsqu'ils seront en paix et n'auront plus d'ennemi pour les tenir bien unis , sont dangers que le temps ne doit pas diminuer , mais plutôt faire croître ; étant certain que la continuation de la guerre contraindra les provinces et les villes de s'engager encore à de plus grandes sommes, tant s'en faut qu'ils puissent acquitter celles qu'ils doivent , et cette nécessité et foiblesse devenue plus grande , les rendra aussi plus enclins à se laisser corrompre, à se séparer les uns des autres , ou à trouver bon à l'avenir ce qu'ils auront inconsidérément rejeté , et ne pourront plus obtenir.
La prudence requiert aussi qu'on considère combien * les conditions , sans lesquelles ils ne veulent traiter, sont avantageuses pour eux, et qu'ils ne les peuvent jamais espérer meilleures , quelque bonne fortune qui leur avienne par la guerre.
Qu'ils sont à présent assistés de ministres de grands rois et princes qui favorisent leurs affaires , et sont cause que leurs "ennemis condescendent plus aisément à ce qu'ils désirent pour leur bien et sûreté , crainte qu'ils ne se joignent tous ensemble pour les fortifier. Or cette bonne volonté envers eux peut changer par divers accidens que Je temps fait naître
lorsqu'on y pense le moins. Il en pourra avenir autant du côté du roi d'Espagne , lequel est peutêtre à présent disposé d'offrir et consentir à des coq* dirions que plusieurs estiment peu honoraires , honteuses et dommageables pour lui , y étant induit par des considérations qui nous sont inconnues , lesquelles peuvent cesser en un autre temps , et le rendre du tout éloigné de cet accord. Aussi est -il bien vrai que les affaires ont des saisons , et qui ne sait connoître ces momens et opportunités pour s'en servir, sa conduite est toujours malheureuse.
Disent encore que ce n'est assez de considérer séparément quelles sont les incommodités de la paix , si on ne se représente quant et quant les dangers et inconvéniens de la guerre, pour, après les avoir comparés ensemble , choisir celui des deux qui en aura le moins , le tenir même pour bien et avantage , et qu'en faisant ainsi, et examinant les deux sans passion, avec le seul respect qui est dû à l'intérêt public des Etats et de leurs amis , le mal qu'on craint pouvoir arriver par la paix sera trouvé beaucoup moindre que celui de la guerre.
Et pour le montrer , ils mettent en avant ce qui est notoire à chacun : à savoir, que les Etats ne peuvent faire la guerre seuls et sans l'aide d7 autrui*, ainsi Font-ils déclaré plusieurs fois aux députés des rois et princes qui sont près d'eux , et à cette occasion requis un si grand seeours , qu'il est sans exemple qu'aucun prince , en une cause qui n'est sienne , l'ait jamais accordé tel. Et encore que M. le prince Maurice , lequel est sage et expérimenté capitaine , Fait modéré de beaucoup , si est-ce que la somme à la-
quelle il Ta réduit est encore si grande , qu'il y a peu d'espoir de l'obtenir des rois auxquels ils s'en sont adressés, pour des raisons dont Sa Majesté est si bien informée , qu'il n'est besoin de les exprimer ici.
Ceux qui ont aussi connoissance du fonds et revenu des Etats , et des dépenses qu'il convient employer, non pour entreprendre sur les ennemis , mais pour conserver seulement ce qu'ils tiennent, en font le même jugement , et prévoient, le secours étant refusé , que leurs affaires empireront tous les jours, et seront pour tomber bientôt et tout à coup en une ruine certaine et inévitable , et maintiennent à ce moyen , et par la seule considération de ce défaut sans y ajouter d'autres raisons , puisqu'il ne leur est possible de faire autrement la guerre sans se perdre , qu'il leur est nécessaire de recevoir la paix comme un grand bienfait et remède salutaire duquel ils ne se peuvent passer.
II semble encore à ceux-ci que c'est hors de saison et trop tard de représenter les périls de la paix, lorsqu'on est si avant au traité qu'il n'y a plus aucun moyen de rompre du côté des Etats sans mettre une grande division parmi eux , au cas que leurs ennemis leur accordent , comme ils montrent en avoir la volonté , la souveraineté de tout ce qu'ils tiennent , avec le commerce des Indes , sans les contraindre de rétablir l'exercice de la religion catholique par le traité 5 car , pour l'échange des places , il est remis après la paix. Et quant au convoi , qui est aussi un article d'importance, on espère trouver des expé-r diens pour en sortir , n'y ayant rien au surplus sur quoi les uns ou les autres puissent avoir sujet de
rompre. Encore a-t-on bien opinion , quand le roi d'Espagne ne voudra consentir ledit commerce des Indes pour neuf ans aux conditions et selon qu'il eh est requis 9 sinon à la charge que, ledit temps expiré , la paix de ce côté soit réduite à une trêve pour même temps si lui et les Etats ne dehieurent d'accord de la continuation ou cessation d'ieelui commerce , que les Etats seront pour s'accommoder à cettte réduction , et consentiront plutôt la trêve partout que de rentrer en guerre , moyennant qu'ils soient tenus libres pour toujours : et déjà reconnoît-on que la plupart des députés qui sont en l'assemblée ont ce sentiment; et plusieurs même estiment que cette trêve , aux conditions susdites , leur sera plus avantageuse qu'une paix perpétuelle , pource qu'elle les obligera d'avoir plus grand soin de leur conservation, et de vivre avec plus de soupçon et défiance avec ceux qu'ils penseront pouvoir devenir quelque jour leurs ennemis.
* Ainsi on peut dire maintenant que la paix ou la guerre dépend plutôt des ennemis que des Etats, qui ne la peuvent plus refuser en l'état que sont leurs affaires sans se diviser 9 et par cette division se perdre. Ainsi il n'y a aucune apparence que quelque personne , soit prince ou autre , de quelque autorité et pouvoir qu'il soit , la puisse empêcher si les ennemis veulent consentir à ce que dessus ; comme au contraire s'ils le refusent , encore que la raison veuille que soyons retenus à ne leur donner aucun conseil qui soit cause de rupture , et nous fasse tenir auteurs de la guerre, crainte d'en être blâmés et obligés à un plus grand secours. Néanmoins
1)U PRÉSIDENT JEÀNNÎN. 4^*
si les Etats prennent d'eux-mêmes , et par une bonne union et commune intelligence , cette résolution pour n'avoir pu obtenir des conditions assurées , Sa Majesté , faisant connoître qu'elle en a du déplaisir , ne laisseroit pourtant de témoigner qu'elle désire et veut employer ses moyens pour leur conservation , autant et si avant que les affaires de son royaume le lui pourront permettre.
Mais à présent, et aux conditions qu'on offre , les princes qui les assistent se sentent obligés , par le devoir de leur amitié , de les exhorter d'employer leur autorité et prudence pour induire ceux qui contredisent à la paix à suivre leur conseil ; en quoi faisant , et montrant ouvertement qu'ils y sont affectionnés , on les tiendra pour auteurs de ce bien , dont ils acquerront la bienveillance des Etats , et le gré des princes avec lesquels elle aura été traitée , et seront cause aussi d'empêcher qu'il n'y ait de la division entre ces Provinces , d'où sortiroit leur ruine ; au lieu que si leur autorité n'entrevient, ils ne tomberont jamais tous en un même avis ou difficilement. Et néanmoins ce consentement universel de toutes les Provinces est requis pour conclure la paix ou la guerre , s'ils veulent suivre la loi et règle qu'ils ont établie de tout temps en leur Etat pour le maintenir en bonne union.
Et de cette diversité d'opinions aviendroit que ceux qui veulent la paix, lesquels sont toujours en plus grand nombre , porteroient les autres , veulent ou non , à une trêve pour toute cette année ; mettant en avant que ce loisir seroit nécessaire pour conférer avec leurs amis, s'assurer de leur secours, et délibérer
45a NÉGOCIATIONS
entre eux-mêmes de ce qu'ils auront à faire. Or les Espagnols l'accorderont volontiers , et que durant icelle le trafic d'Espagne soit libre , afin d'accoutumer les marchands , par le bon traitement qu'ils y recevront et les profits qu'ils feront, à désirer leur amitié \ et s'ils ne se peuvent accorder vers la fin de la trêve, comme ils ne feront , les Espagnols se rendant lors encore plus difficiles à faire la paix , ils seront comme forcés de consentir que cette trêve soit derechef continuée pour l'année suivante, qui est le plus dangereux inconvénient qui leur pruisse arriver \ car de cette façon ces peuples couleront le temps en jouissant des commodités présentes , sans se plus soucier de liberté , souveraineté ni repos assuré \ et si on rentre après en un traité, leurs ennemis en auront sans doute beaucoup meilleur marché qu'à présent : danger qu'il est très - difficile d'éviter si l'autorité des rois ne leur fait prendre à tous ensemble un même conseil, pource que ceux qui veulent la paix, lorsqu'on sera prêt de prendre quelque résolution qui les pourroit porter à une rupture , se serviront encore de ce moyen pour induire les autres à recevoir la trêve : à savoir ^ qu'il faut prendre l'avis des princes , lesquels ont leurs députés près d'eux , et savoir aussi quels secours ils en peuvent espérer au cas qu'ils soient contraints de rompre \ or la prudence veut "qu'ils ne donnent pas conseil de rompre. Ils ne voudront non plus donner aucune assurance de secours particulier , mais demeurer sur les offres d'une bonne volonté sans passer outre , n'étant aussi raisonnable qu'ils en usent autrement, d'autant qu'il pourroit avenir que les Etats accepteroient la paix nonobs-
DU PRÉSIDENT JEANPfliy. 453
tant leurs offres , ou s'ils faisoient la guerre qu'on les en tiendrait auteurs; ce qu'ils estiment devoir autant fuir que désirer le contraire , étant certain que cette réponse fortifiera les raisons de la trêve , et les contraindra tous de prendre ce conseil , et de le répéter encore en Tannée suivante , plutôt que de rentrer en guerre si mal préparés et peu assurés de secours, sans lequel ils ne le peuvent faire avec bon succès.
C'est pourquoi il semble du tout nécessaire que Sa Majesté commande à ses ministres de déclarer ouvertement son intention pour la paix quand l'occasion y sera , afin qu'à son exemple chacun l'embrasse; car s'ils ne faisoient lors qu'écouter sans s'ouvrir davantage , leur silence, feroit croire à chacun que Sa Majesté ne désire pas la paix , mais plutôt la guerre , et qu'elle ne s'en veut découvrir ; ou , si la paix se faisoit, n'en auroit le gré de personne. Or cette façon de procéder est trop éloignée dç la franchise et générosité qui reluit en la vertu et prudence de Sa Majesté, et ne voit-on pas qu'elle en puisse aussi recueillir aucun fruit; mais au contraire, % si la résolution de la paix que les Etats prendront sans lui leur doit apporter du mal , qui est ce qu'on peut craindre, elle ne laisseroit d'en être blâmée , et diroit-on toujours que si elle l'avoit prévue que ce n'étoit pas assez, de se taire , et que le devoir d'amitié l'obligeoit à la dissuader. Aussi n'y a-t-il point d'apparence que cette paix soit autre que bonne et assurée s'ils sont sages et se veulent bien conduire -, mais s'ils font autrement, la coulpe et le blâme en sera rejeté sur eux , non sur les princes qui l'auront "conseillée; comme au contraire s'ils étoient d'à vis de
la guerre, ou si on leur la issoit prendre ce conseil .sans le donner , et qu'ils vinssent sprès à se perdre faute d'être puissamment secourus et assistés , le blâme et la haine d'un chacun se tourneroient contre eux.
On reconnolt toutefois que si les deux rois , qui ont montré jusqu'ici d'embrasser la protection et défense des Etats -, étoient bien unis ensemble , et résolus de les secourir d'un plus grand secours que du passé , et selpn qu'ils jugeroient la nécessité le requérir, et que les Etats fussent aussi disposés de leur part de reprendre les armes avec même vigueur, courage et union que du passé, qu'on en pourroii espérer tout bon succès , et d'affoiblir tellement le roi d'Espagne du côté des Indes , qu'on feroit perdre en peu d'années la crainte que chacun a de sa puissance , et de l'ambition et insolence de cette nation. Mais Sa Majesté , qui sait bien quelle est son intention sur ce sujet , est incertaine de ce qu'elle doit espérer ou craindre de la volonté da ut ru i. Et à bien considérer tout , les Etats souffriront plutôt toutes autres incommodités que celles de la guerre, s'ils ne sont assistés du grand et puissant secours qu'ils ont demandé.
Ainsi , ce qui travaille plus à présent les esprits de ceux qui désirent le bien et prospérité des Etats , et ont quelque conjioissance de leurs aflaires , n'est pas cette dispute s'il faut faire la paix ou non , laquelle est vaine et inutile maintenant , car il la falkât proposer lorsque toutes choses étoient plus entières ; mais on craint avec plus de raison , pendant qu'ils sont en contention pour choisir ce qui est de leur bien , que l'ennemi leur ote le choix , et les réduise à cette nécessité de reprendre les armes; et c'est lors qu'ils
se trouveront beaucoup plus empêches à pourvoir aux moyens de se défendre. Et pouçce qu'on prévoit que le faix entier de cette charge doit tomber sur Sa Majesté, sinon qu'elle ]es veuille laisser perdre, nous employons tout notre soin à l'exécution du premier avis, suivant notre instruction et les fréquentes lettres qu'il lui a plu nous écrire sur ce sujet , et y continuerai toujours si elle ne commande le contraire ; à quoi je serai très -prompt d'obéir , et avec même affection et fidélité que j'ai toujours fait , sans y mêl.er aucune chose de mon avis qui me puisse détourner de ce devoir.
Lettre de M. Jeannin à M» de Filleroy, du i4 mai 1608.
Monsieur, cette lettre ne sera que pour vous , s'il vous plaît. Je vous ai envoyé un discours par M. de Bethune, lequel je fis à la hâte pour n'y avoir mis la main sinon quand mon voyage fut rompu, auquel j'ai du regret, jugeant bien qu'il étoit nécessaire d'jéclairtir de bouche Sa Majesté de toutes choses , pource qu'il me semble , par deux lettres que m'avez écrites , et par ce qu'on essaie de faire ici , à quoi beaucoup de gens mettent la main , qu'il y a quelque changement en sa volonté. Mais quoiqu'on fesife peu maintenant , ces peuples étoient si fâchés de mon départ, et m'ont tant prié de demeurer, que j'en ai perdu l'occasion pour ce coup. Or , s'il est vrai que Sa Majesté ait «haftgé de résolution , je serois bien étonné pourquoi il ne lui aurait plu m'en avertir le premier , puisqu'elle . m'a commis cette charge , et gué je n'ai autre volonté que la sienne , aussi, que je
pense m'étre acquis quelque créance en ce lieu pour y être autant utile qu'aucun autre. J'ai toujours mandé que le plus grand nombre en l'assemblée des Etats tend à la paix. Je continue à vous dire qu'il est vrai , et que de cent les quatre-vingts pour le moins sont de cet avis et de sept Provinces les six , encore qu'en chacune il y en ait quelques particuliers contraires, qu'il sera aussi très-difficile, ou plutôt impossible de les changer, si l'ennemi accorde ce que je vous ai ci- devant écrit, et en le refusant, qu'ils aimeront encore mieux faire une trêve pour , cette année , avec le commerce d'Espagne qu'on leur donnera volontiers, et la répéter en l'année suivante, que de rentrer en guerre sans assurance d'un bon secours; et qui voudra essayer de les y porter autrement , sera plutôt cause de les diviser ou d'avancer ces trêves , que de faire ce qu'il prétendra. Ce jugement que je fais de leur volonté pour l'avenir , est fondé en si grandes raisons et conjectures, que le prince Maurice même , duquel je désirois prendre l'avis lorsque pensois aller trouver Sa Majesté , m'a dit et reconnu qu'il est bien vrai , en présence de la princesse d'Orange et de M. de Russy; mais il ajoute que ceux qui veulent la paix seront contraints, pour éviter cette division , de se ranger à l'avis des autres qui désirent la guerre , encore qu'ils soient en moindre nombre qu'eux, pourvu que les députés des princes qui sont en ce lieu les veuillent favoriser , et assurer seulement en termes généraux, avant la rupture, qu'ils ne seront abandonnés d'eux, çt qu'en effet la rupture étant avenue, ils leur donnent secours, sans lequel il dit ouvertement qu'ils ne peuvent
BU PRÉSIDENT JEJUNNIN. 4^7
' subsister. Il est vrai qu'il le réduit à moins qu'il ne ' faisoit du passé , savoir à douze cent mille écus. Il nous prie aussi tous les jours de ne vouloir découvrir que nous approuvions la paix , se promettant d'obtenir de ceux d'Angleterre qu'ils joueront le même personnage , que ceux de Danemarck en feront autant, comme aussi ceux d'Allemagne , lesquels sont désireux d'eux-mêmes de la guerre , et par ainsi feront ce qu'il voudra -, disant que cette façon de procéder , étonnera ceux qui ont affection à la paix , en diminuera tous les jours le nombre , et accroîtra l'autre. Il est bien certain que les Anglais épieront volontiers notre conduite , et seront bien aises que nous nous y gouvernions ainsi ; car leur désir est que les Etats reprennent les armes , et qu'en soyons tenus auteurs, non eux. Or ne donner aucun avis qui puisse aider à la paix sur les difficultés qui se présenteront , ou bien nous taire au lieu de les conseiller , sera pris pour un témoignage assuré que nous sommes plus enclins à la guerre qu'à la paix ; et quand les Anglais et les autres feront comme nous ,• ce que nous aurons lait leur servira d'excuse, et la faute en sera toujours rejetée sur nous ; comme au contraire , si nous aidons ouvertement à faine la paix , nous serons tenus pour auteurs d'icelle , chacun connoissaiit bien l'autorité du Roi être de si grand poids ici , qu'elle sera cause de l'un ou de l'autre. Davantage , si la paix eét rompue, ce que 6a Majesté fera après la reprise dés armes , qui est de les secourir comme il sera besoin , sinon qu'on les veuille laisser perdre , fortifiera cette .créance es esprits d'un chacun , et qu'elle a toujours rea ce dessein de porter les Etats à la guerre ; et l'An*-
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glais faisant le contraire , c'est-à-dire ne leur donnant aucun secours, prendra cet avantage sur nous d'épargner sa bourse , s'exempter de l'inimitié du roi d'Espagne , et de faire tomber sur nous les charges et périls de la guerre. Souvenez-vous , monsieur , que le Roi nous a mandé du passé de fortifier de son autorité et de son conseil ceux qui veulent la paix , et même de donner courage au sieur de Barneveldt , pour résister et s'opposer à toutes sortes de pratiques qu'on voudroit faire pour l'empêcher , pourvu qu'on la pût obtenir aux conditions sans lesquelles lui et tous ceux qui sont de même avis ne la veulent encore faire à présent , et que le conseil que le prince Maurice veut que suivions, est du to.ut contraire à ce copipiandement; que Sa Majesté nous a aussi souvent mandé qu'elle ne vouloit être seule $u secours, et si les Anglais n'étoient de la partie , qu'elle ne se vouloit obliger aux dépenses et périls de la guerre. Or c'est jchose évidente autant ou plus que jamais , et eux en assurent tous les Jours les députés des archiducs , qu'ils pe donneront rien aux Etats , et ne feront aucifrçe chose contre le traité qu'ils ont avec le roi d'Espagne. Elle est pareillement informée qu'ils rejettent du tput son alliance et amitié que ses députés avpient au commencement fait semblant de désirer et rechercher , et s'en étoient même rendus ppursuivans , non nous.
il est au$si bien nécessaire de considérer que nous ne pouvons être tièdes à cette démonstration de vouloir la paix, sans offenser les Etats et perdre la créance qu'avons parmi eux , attendu que le plus grand nombre la désire; puis notre silence ne sera pas
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cause de les faire rentrer en guerre , s'il n est accompagné de l'offre d'un bon secours , mais bien de les tenir en division , comme il a été dit ci-dessus , ou de les porter tous ensemble à cette trêve qui sera suivie d'une autre, et de toutes sortes d'inçonvéniepç aussi bien que la division. Je vois bien qu'on craint I^l contradiction de M. le prince Maurice ; mais elle ne sert qu'à montrer son impuissance , non à faire suivre son avis. Et quoique lui ayons remontré souvent qu'il se Ëtit tort , et perd son crédit par ce moyen envers ces peuples , il n'est pas possible de le changer. I) est vrai que cette obstination ne sera suivie d'autre plus mauvais effet , sinon de faire voir qpie les Etats et lui ne sont de même avis , et s'ils se changent qu'il n'en ser? pas cause , mçus les ennemis qui auront refusé ce qu'ils estiment devoir obtenir pour leur sûreté , à quoi il eût fait plus sagement de se réserver , et dissimuler cependant. Or jiqus sommes sur le lieu pour épier toutes occasions , et nous en servir si le Roi nous mande de le faire. J'en attendrai sa volonté après avoir représenté au vrai comme toute? choses se passent , afin que Sa Majesté ne soit point surprise. Il ne me reste rien que d'obéir, etv je le ferai si ponctuellement , qu'elle demeurera satisfaite de mon obéissance et fidélité.
Vous trouverez peujt-être éjtrange que je sois en ce .doute , vu ce que contiejpmexife toutes les lettres du Roi e£ les vôtres. J'en ai toutefois quelque raison , tant parce que me mandez par vos lettres du 17 du mois passé, qu'il ne faut conseiller la paix ni la guerre , !qui est contre ce qui nous ayoit été commandé auparavant , qu'à l'occasion de ce que d'autres
46o NÉGOCIATIONS
font ici 9 que je tiens autant affectionnés que moi ' à suivre les intentions du Roi. Je ne vous ai rien mandé, ni à Sa Majesté , de la réjouissance publique, et du témoignage de l'affection et contentement que tnontrent avoir ces peuples de la naissance de notre troisième prince (0, pource que M. de Russy , qui en avoit recules lettres de Sa Majesté, a désiré faire ce devoir. Sont des bénédictions dont il plaît à Dieu combler la Maison royale, qui nous doivent faire croire qu'il en a un soin particulier, et qu'il la veut perpétuer en plusieurs siècles. J'espère aussi qu'il donnera un heureux succès à l'affaire que nous traitons, qui est de très - grande importance pour le repos on les mouvemens qu'on doit espérer ou craindre de l'avenir. Je Vous baise très-humblement les mains , et prie Dieu , monsieur , qu'il vous maintienne et conserve en bonne et parfaite santé.
De La Haye , ce quatorzième jour de mai 1608.
Votre très-humble et très- obéissant serviteur,
P. Jeannin.
Lettre de M. Jeannin à M. de La Boderie , du quatorzième de mai 1608»
Monsieur , vos lettrés du troisième me furent rendues à Rotterdam par le sieur de Vaudrenecq. Je retournois lors de la mer où je m'étois embarqué du côté de Zélande pour aller en France par le chemin <îe l'Ecluse, estimant , à caufce que le vent étoit contraire , que je passerois plus aisément ces rivières que 'la mer pour aller à Calais ou à Dieppe 5 mais le veut *et la tempête, fort contraires durant quatre jours, tiré
' (1) Jean-Baptiste Gaston.
* DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. ^6l
contraignirent de retourner en ce lieu, en intention de me rembarquer au premier vent, si messieurs les Etats, qui ne m'avoient pu dissuader ce premier voyage , ne m'eussent prié si instamment de changer d'avis pour la seconde fois , que je ne leur ai pu dénier, encore que jusques à la venue du Cordelier on fasse si peu ici , que je jugeois ma présence n'y être nécessaire, et me sembloit que je pourrois faire ledit voyage, et retourner encore aussitôt que le Cordelier. Le Roi , par trois lettres , avoit montré de le désirçr, sans toutefois me le commander absolument, ayant remis à moi de juger si je le pourrois faire sans préjudicier à son service ou non. J'ai grand regret d'avoir perdu cette occasion de voir Sa Majesté; mais le bruit étoit si grand de ce voyage ,. et les Etats montraient en avoir si grand déplaisir, que je me suis laissé vaincre. Vos dernières lettres nous témoignent qu'il y a toujours de la haine et de la jalousie contre nous au lieu où vous êtes, et néanmoins qu'ils semblent se vouloir rapprivoiser , et doute toutefois si c'est à bon escient , ou pour tirer le paiement de quelques dettes. Nous ne devons rien oublier pour les induire à notre alliance et amitié ; car notre Roi étant éloigné comme il est de celle d'Espagne , tant par son inclination que par quelques raisons d'Etat qui le mettent en plus grand soupçon de leur puissance et ambition qu'elles ne lui font espérer de bien de leur amitié , la même raison d'Etat nous devroit faire appréhender que la fréquente recherche que le roi d'Espagne fait du roi d'Angleterre , et le peu de soin que nous avons de l'acquérir , ne lui fassent à la fin prendre de mauvais et dangereux
conseils pour lui-même et pour nous -, car quand la haine y est , et qu'on pense être méprisé , on s'oublie soi-même et son propre intérêt pour se venger cFauttui : puis il y a des moyens d'obscurcir avec tant d'artifice ce qu'on prétend être intérêt , que l'esprit passionné , et qui cherche à se venger , ne voit que ce qu'il lui plaît. Ce seroit sagement fait, si on lui doit quelque chose , de lui donner contentement , de le gratifier mêhie, et lui faire connoître que nous Sommes intéressés en son bien et en son mal , Fassurer encore , si on entreprenoit contre lui , qu'on le voudfoit secourir.
Et quant aux alliances dont m'écrivez , j'approuve toutes les deux ensemble , mais je me défie qu'ils n'y soient pas bien disposés ; car, encore que la raisoâ et l'intérêt de notre mutuelle conservation veuille que nous prenions ensemble ces conseils , j'y vois plus d'empêchement de leur côté que du nôtre , pour la haine particulière qu'on croit que leur Reine porte à notre Roi , et les pratiques et intelligences que le toi d'Espagne a parmi ceux de son conseil \ aussi que le roi d'Angleterre semble avoir pris ce conseil de demeurer neutre entre les deux rois , se promettant toujours que quelque occasion de débat et querelle naîtra entre eux, qui lui donnera le moyen de se faire rechercher de tous les deux , qu'il sera spectateur si bon lui semble , ou prendra parti à l'avenir sur les occurrences et l'opportunité de son avantage. Mais il ne considère pas que la défiance que les deux rois ont de lui , de l'artifice dont il use, les empêche de se faire la guerre l'un à l'autre ; qu'ils se pourront joindre en amitié , le Roi n'en ayant que
trop de moyens s'il veut, et que si la guerre étoit entre eux , qu'il ne peut arriver mal à notre Roi et à son Etat à l'accroissement et faveur d'Espagne, qu'il n'y ait du péril pour lui, la religion dont il fait profession lui devant faire croire que le roi d'Espagne ne peut être que son ennemi, et qu'il sera toujours induit par le Pape de le ruiner quand il sera puissant pour le faire , ainsi qu'il n'y a rien pouf le garantir de cette inimitié, que le non pouvoir auquel le Roi d'Espagne sera réduit tant que notre royaume demeurera florissant comme il est , et que nos forces , jointes ensemble , seront suffisantes , non seulement pour égaler les siennes , mais pour les surmonter. C'est lors aussi qu'il les craindra et respectera tous deux , au lieu qu'à présent il fait peur à chacun d'eux, et plus à lui qu'à nous ; car nous pouvons lutter seuls contre lui , et faire craindre nos forces , encore qu'elles ne soient aidées d'autrui , et lui non , y ayant même quelque chose dans son Etat qui le doit tenir en crainte , nos mauvaises humeurs étant plus diminuées que les siennes. Vous êtes sage et sur le lieu , et pouvez connoître , entre les principaux ministres , celui qui sera. le plus capable et enclin pour avancer, cette affaire ; mais je sais bien que les presser est les dissuader , et qu'il y faut être fort circonspect , étant chose en laquelle on ne peut prescrire aucunes lois à la prudence et conduite. Vous en saurez aussi , monsieur , bien user opportunément sans rien précipiter K ni perdre l'occasion si elle s'offre , pour les affaires de ce lieu : l'événement dépend de ce qu'apportera le Gordelier.
Si le commerce des Indes est accordé, et qu'on ne
pressé point les Etats de rétablir l'exercice de la religion catholique , la paix est faite ; sinon je la tiens pour rompue , et si cette rupture avient , nous serons fort empêchés, ou je suis trompé. Le roi d'Angleterre la désire , mais il n'ose s'en découvrir , crainte d'offenser l'Espagne. Ainsi il en rejetteroit volontiers la haine ,. la dépense et les périls sur nous. Je fais bien ce que je peux pour nous en garantir , en quoi je suis combattu de tant d'endroits , qu'il m'est fort difficile d'y bien faire. Il faut attendre le retour du Cordelier avec patience , et préparer cependant les affaires au mieux qu'on pourra. Quand vous aurez sujet de m'écrire , je vous supplie très-humblement de le faire, car cela nous sert beaucoup. Je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur, votre bien humble et plus affectionné serviteur , P. Jeànmn. A La Haye , ce quatorzième jour de mai 1608.
Lettre du Roi, du vingt-troisième de mai 1G08. •
Messieurs Jeannin et de Russy , dès le deuxième de ce mois, je reçus en ce lieu vos lettres du vingtdeuxième et vingt-septième du précédent , sur lesquelles je vous eusse fait savoir mes intentions à l'accoutumée , sans l'espérance que vous , sieur Jeannin , nous donnâtes par un post-écrit de votre main , ajouté à votre lettre particulière du vingt-septième , adressante au sieur de Villeroy , de votre venue par deçà , laquelle nous fut confirmée quelques jours après par un avis que nous donna le sieur deBerny, que vous étiez pour cet effet parti de La Haye le premier de ce jnois. De quoi. nous avons toujours été en attente
jusqu'au quinzième , que le sieur de Bethube est arrivé, par lequel^ comme par vos lettres du dixième dpnt vous l'aviez chargé , j'ai su que vous n'avez pu faire ce voyage > les vents vous ayant contraint de relâcher en Hollande , et pour les instances et prières qui vous ont été faites de demeurer par delà , fondées sur les raisons que vous m'avez représentées , de quoi j-ai regret; car j'eusse été très-aise de vous voir et conférer avec vous bouche à bouche , non seulement des affaires que vous traitez par delà , mais de plusieurs autres, qui se présentent , lesquelles ne peuvent être si bien traitées par écrit, ni par un tiers, qu'en personne. Toutefois j'approuve que vous vous soyez accommodé au désir et prière de ces sieurs , afin de leur continuer vos assistances et conseils au besoin qu'ils en ont ; car, en vérité , je les trouve réduits en termes pleins de perplexité , dont j'appréhende fort l'issue pour eux et pour leurs amis. J'ai bien vu et considéré le mémoire contenant les raisons pour la ' paix et pour la guerre dont il s'agit, qqe vous , sieur Jeannin, avez recueilli et m'avez envoyé pour, à yotre défaut, m' éclair ci r particulièrement de ce qu'il faut que je sache , et qui mérite d'être entendu et pesé sur ces affaires, pour fonder ma finale résolution et les derniers commandemens que je vous dois faire. Sur quoi je vous dirai que, tout ainsi que lesdits sieurs les Etats se sont engagés en la négociation de ladite paix, non seulement à mon desçu , mais lorsqu'ils me f ai soient donner des espérances par leur jni^stre ici résident , bien éloignées de ce dessein , je .pourrois aussi, à bon droit, me dispenser de leur départir mon conseil sur la conclusion d icelle , et t. i& 3o
d'autant plus que je prévois , de quelque côté que le sas tourne , que leur condition peut aussitôt empirer qu'améliorer , étâht dh naturel qu'ils sont , et leur Etat et Gouvernement composé comme il est. Toutefois, comme le juste mécontentement qu'ils m'ont donné de leur première conduite à l'entrée de ladite paix, ne m'a empêché depuis de les assister ouvertement de conseils et des autres moyens que vous savez que je leur ai départis aussi sincèrement et franchement qu'auparavant , je ne veux pas encore leur défaillir en cette dernière action. J'ai seulement regret de ne leur pouvoir être en cela aussi utile que j'ai toujours recherché les moyens de l'être en toutes autres choses.
Vous dites très-sagement que le choix de la paix ou de la guerre dépend plus aujourd'hui de la volonté de leurs parties que d'eux , tant pour s'être si avant déclarés et engagés à traiter qu'ils Ont fait , mais plus encore pour s'être destitués des moyens nécessaires pour profiter de la guerre , voirç seulement se maintenir en l'être où ils sont ; car vous savez qu'ils ne peuvent faire état en tel cas d'être secourus d'aucun , qu'en paroles bien générales et incertaines, fors de moi seulement; et je ne puis seul fournir aux frais qu'il convient faire pour cet effet: et quand je le pourrois , plusieurs grandes et diverses considérations , qui n'importent pas moiiîs à ma réputation qu'au bien de mon royaume, durant et après mon règne , ne me permettent de le faire. Ce qu'il faut que lesdits sieurs les Etats considèrent comme Tunique et principal fondement sur lequel ils doivent bâtir leur résolution -, car, si d'eux-mêmes , et par leurs
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amis et alliés , ils ne peuvent prospérer ni se mainte-* nir par la voie des armes , il faut par nécessité qu'ils recourent à la paix , et d'autant plus qu'il? peuvent encore l'obtenir à conditions , sinon du tout à leuf souhait, du moins tolérables, voire avantageuses, eu égard principalement aux défauts qu'ils ont pour la guerre ; il est certain , $i l'Angleterre et les autres rois et princes qui sont intéressés en leur conservation , y vouloiept contribuer tous ensemble comme moi , que le parti de la guerre seroit peut-être plus sûr pour eux à présent que celui de ladite paix , pour les raisons que j'ai colligées de votredit discours. Mais comme le premier ne peut être , et que ce seroit par trop s'abuser de leur promettre à l'avenir» il faut donc, s'ils ne veulent périr misérablement et honteusement , qu'ils conspirent et se résolvent tous ensemble à ladite paix , ou , au pis aller , à une trêve générale à longues années , comme souvent je voijs ai mandé. Vous dites très-sagement que le temporisement en cela peut plutôt leur être contraire que favorable , d'autant qu'ils seront contraints tôt ou tard d'entendre à la paix , pour ne pouvoir vaincre leurs adversaires avec les armes , et ne pouvoir aussi toujours continuer la guerre. C'est donc sanjs doute qu'il est moins périlleux pour lesdits Etats de conclure tôt ladite paix aux conditions proposées et à moindres encore pour eux , que rentrer au? armes , pourvu qu'as acquièrent et assurent ce titre de liberté et souveraineté qui leur est offert, qu'ils conservent aussj avec leur union les places qu'ils possèdent , çt réforment leur Gouvernement comme il convient ; car ils pourront lors, aidés et appuyés de leurs boqis
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voisins et alliés , maintenir mieux leur Etat , et avec moins de risque que par l'atitre voie , quand mêjne ils devraient retrancher de quelque chose le projet de l'article concernant la navigation des Indes qui a été porté en Espagne , au cas que le roi d'Espagne refuse de le passer ; car il faut toujours préférer le public au particulier , et si le premier n'a de quoi subsister par la guerre , comme nous ne le reconnoissons que trop véritablement pour les raisons susdites , il sera bien force aussi que la compagnie dudit commerce périsse avec le général : ce que l'oii pourra peut-être éviter par la paix , sinon pourtoujours , du moins pour un temps durant lequel il peut naître plusieurs choses qui pourront autant servir à le maintenir et faire durer , qu'en avancer la chute. Toutefois ne leur faites pas entendre ce mien avis ; attendons le retour d'Espagne du Cordelier , et voyons devant ce qu'il rapportera , pour , selon cela , prendre parti et nous conduire ; mais ce serait le pire de tout , pour eux et leurs amis , d'allonger et retarder la résolution de ladite paix , ainsi que vous leur avez souvent déclaré par irion commandement, pour les raisons que vous avez aussi déduites par vôtre susdit discours. Toutefois j'en prévois l'effet inévitable pour trois causes : la première, parce que ceux auxquels ils ont affaire y aspirent , contre les artifices et inventions desquels il leur sera très-difficile de parer ; la deuxième est la désunion que chacun sait être entre lesdits Etats , laquelle les empêchera de condescendre à ce parti en saison ; et la dernière est leur dureté et obstination en leurs demandes , dont ils ne veulent rien rabattre > tout ainsi que s'ils étoieat viùto-
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rieux de leurs ennemis , ou avoient en leur disposition tous les moyens nécessaires pour encore mieux -faire la guerre à l'avenir , çt plus heureusement que par le passé, dont s'ensuivra la ruine de leurs affaires : ce que ne reconnoissent déjà que trop leurs adversaires, lesquels fomentent aussi industrieusement lesdites causes par divers moyens , et même par les allèchemens du commerce d'Espagne , auquel ils engagent journellement leurs sujets. Continuez donc à les exhorter d'avancer la conclusion de ladite paix le plus qu'ils pourront , et plutôt se passer maintenant à moins , sans attendre qu'ils soient contraints , par foiblesse et nécessité et par la discorde , accepter non ce qui leur fait besoin , mais ce que l'on voudra lors leur aumôner par compassion. Or , quand je vous ai fait écrire d'aviser à n'engager trop avant mon nom et mes conseils , quand il sera question de prendre une dernière résolution de la paix ou de la guerre, ce n'a été pour ne vouloir être reconnu promoteur de la première *, car, pourvu qu'elle leur soit accordée telle qu'elle leur est nécessaire pour leur sûreté et u£lité, je m'en déclarerai toujours ouvertement. Je l'ai déjà trop fait aussi pour maintenant m'en dédire , joint que je crois en ma conscience qu'il n'y a plus de moyen de les sauver que par ladite paix ; mais s'il faut qu'ils l'acceptent autre , je dis qu'il vaut mieux les laisser faire que les y pousser par nos persuasions ; voilà ce que j'ai entendu dire. En tout cas je ne veux conseiller la rupture de ladite paix , ni faire chose qui me puisse charger de reproche ; vous en savez les raisons, partant je ne les vous répéterai : seulement je vous dirai que je me fie tant en vous , que je vous permets
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de vous gouverner en cette action , et y etfefpteyeï mon nom , ainsi que vous jugerez qu'il cowtHteadttt faire pour le bieh die taon service ; car je sais que Vous en êtes si jafcui i et été» outra bêla si pradefts, que vouis ne ferez tri dires rien qui ne me suit honorable et utile.
Pressé jter te sieur Àërsene, j'ai enfin accordé de secourir maintenant les Etats de trtris cent trôte Hyres, lesquelles on comptera afin de leur être {fartées par la vbiè ordinaire^ mais je n'entends Ottûtinuet cette fourniture s'ils prolongent davantage ces affaires ) ce seroit les circonvenir et perdue * les flatta et conniver à leurs dilations, remises et irrésdhrtiOflS, ce que je n'entends foire en sorte queloeaqtte. J'ai reçu la ratification de notre dernier traité, fei*e pot1 lesdits sieurs , dont je suis content , comme des pr«* pos que vous avez tenus à ceux qui la vo«& ont pré* sentée. J'ai toujours la môme occasion de me défier des Anglais , et de ne rien espérer dtaa* , qne j'ai en ci-dtevant» encore qu'ils aient depuis quelques jottffc mis peine de nous fidre croire qu'ils veulent 6'fenteadre mieux que jamais avee moi ; car je reconnois que ce ne sont que paroles dont ils se jouent *t entretiennent tan chacun avec autant d'artifice que de malice. Je n'ai rien à dire sur leur traité , puisqu'il M contrevient au nôtre \ mais les troubles et remuemens de. Hongrie , dressés par les archiducs soôs le nom et en faveur de Mathias contre l'emptereur * sont de conséquence. J'ai appris que cette partie a été conduite ef arrêtée il y a long-temps par touis lesdits archiducs , pour le déshériter, du su et consentement même du roi d'Espagne et du Pape , combien que les
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deux derniers fassent contenance d'en être marrie , et vouloir s'entremette de les composer ; mais ils s'y conduisent ainsi pour mieux et plus facilement amuser et surprendre l'empereur, ainsi qu'il leur est succédé ; car je ne doute point <pie ceux-là ne contraignent cettui-ci de céder il leurs volontés , et qu'en suite de cela ils ne le privent non seulement do gouvernement des pays patrimoniaux de leur maison, mais bientôt après aussi de la couronne impériale t à quoi il faudra que lés électeurs t bon gré ou mal gré qu'ils en aient , condescendent ; parainsi ils feront un roi des Romains qui ne «sera gnàre obligé â. .eux ni à leur élection. Cette procédure est violente et produira des effets , le oontrenàoup desquels pourra bien tomber -sur tels qui ne «'y attendent pas. En tout cas , H est vraisemblable que l'union de tous lesdits archiducs en la poursuite de te dessein , relèvera grandement la réputation et l'autorité de leur maison en la Germanie; au désavantage des émulateurs et en* vieux d'icelle. A quoi il semble qu'il sera meshui bien tard d'essayer à remédier » et le pis est encore que ceux qui y sont le plus intéressés , «'ils en ont quelque ressentiment, manquent d'intelligences d'union entre eux , gomme de résolution en chacun d'eux d'y pourvoir ; c'est pourquoi il faut voir quels en seront les premiers effets pour mieux juger de l'issue. Vous m'avertirez de ce que vous en apprendrez , et je prierai Dieu, messieurs Jeannin etRussy , qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Fontainebleau le vingt-troisième jour de mai 1608. Hj&nry.
Et plus bas , de New ville.