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archiducs. Vous y avez fait votre devoir et votre possible ; mais vous avez encore mieux fait d'avoir passé outre sans eux, pour les raisons que vous m'ayez représentées. L'on m'a écrit d'Angleterre qu'ils sont à présent marris de s'en être ainsi départis , et qu'ils ont volonté de l'amander , en suivant le chemin que vous leur avez tracé $ mais j'en attendrai les effets pour le croire; surtout il faut prendre garde que ce qu'ils feront n'altère ou change ce queque nous avons fait. Ils se vantent qu'ils porteront avec eux au traité qu'ils feront * le roi de Danemarck et les électeurs, et autres princes qui ont leurs députés par delà , pour magnifier et faire plus estimer leur alliance ; mais je crois , si le premier les suit, que les autres prendront parti avec nous aussi volontiers qu'avec eux, en cas qu'ils veulent bâtir leur ligue sur ce fondement de la paix, à notre imitation. A quoi vous prendrez garde ; car je ne me puis promettre de la volonté et prudence desdit Anglais , qu'ils .prennent en cette occasion parti avec nous , comme ils devraient faire pour notre commun avantage , s'ils étaient aussi jaloux de leur propre bien , qu'ils me donnent argument de croire l'être de ma prospérité. Toutefois je veux être plus sage qu'eux ; partant , s'ils vous donnent par leur. procédé sujet d'espérer de se laisser* persuader d'entrer en notre union, vous en faciliterez l'effet autant que vous connoîtrez que vous le pourrez dignement faire.
Sachez aussi que l'on m'a mandé d'Angleterre que ledit Roi fait état de faire couler des gens de guerre secrètement dedans les places qu'il tient par delà 7 pour fortifier lés garnisons qui y sont , et par ce moyen
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tôîeux s'assurer d'icelles pour l'avenir, disant ne vouloir pour ce regard demeurer à la discrétion de ceux du pays et desdites places , ainsi qu'ils ont fait jusques à présent : de quoi vous avertirez ceux que vous jugerez à propos qu'ils le sachent. Le sieur Aër~ sens, député desdits sieurs les Etats , m'a requis de deux choses en me présentant leurs dernières lettres* La première deleur continuer mon assistance, du moins pour ce premier quartier de la présente année, telle que je leur ai donnée Tannée passée , puisqu'ils n'ont prolongé la cessation d'armes , qui a été la seule cause pour laquelle il dit que je leur ai fait déclarer par vous que je ne leur continuerais ledit secours ; et l'autre , d'augmenter celui que je leur ai accordé pour les deux premières années de la paix , pour les mêmes raisons qu'ils vous ont représentées par delà $ mais je me suis excusé de l'un et de l'autre , lui ayant dit que lesdits sieurs dévoient avancer leur traité avec les archiducs* afin de sortir des grands frais qu'ils font en l'incerti* tude en laquelle ils vivent $ que je dois aussi penser à mes affaires , et me préparer contre tous accidens > avec plus de soin et jalousie que devant > voyant le roi d'Espagne à la veille d'être déchargé de la guerre des Pays-Bas par le moyen de leur traité. Car, encore qu'il fasse contenance de vouloir vivre en paix avec moi , et qu'il en ait à l'aventuré autant de besoin que nul autre ., toutefois les choses d'Italie étant en?core en branle , à cause de ce qui se .passe entre le Pape et les Vénitiens , qui n'est encore bien composé > je devois ménager et conserver mes moyens pour obvier aux inconvéniens quipourroient naître de tels mouvemens ; et d'autant plus que j'étois averti que l'on
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propose de faire une nouvelle ligue entre le Pape , ledit roi d'Espagne -et le grand -duc, sous prétexte défaire la guerre aux Turcs , laquelle ne me peut être que suspecte , même voyant que ledit roi d'Espagne commence d'armer par mer fortement aux royaumes de Naples et de Sicile ; et vous dirai que j'en ai telle jalousie, que j'ai délibéré , s'ils poursuivent lesdits arméniens 9 d'ailler moi-même eu Provence pour assurer cette côte , car je ne la veux laisser à la merci de mes voisins ; et j'estime ce voyage si nécessaire , que si lesdits sieurs Etats étoient d'accord avec lesdits archiducs , et la reine ma femme accouchée , je partirois à la même heure pour le faire : ce que vous direz anidits sieurs , s'ils continuent à faire instance du secours du susdit quartier»
Quant à* celui de quatre mille hommes pour lesdits deux ans , je n'entends aussi de l'augmenter ; et me semble qu'ils doivent plutôt entendre à persuader le roi d'Angleterre de leur accorder la même assistance , qu'à me presser d'accroître la mienne. Davantage , j'entends que lesdits quatre mille hommes soient payés par mes officiers, et non par leurs mains , comme je vous ai toujours mandé , et a toujours été pratiqué en cas semblable , et même par eux en mon endroit , lorsqu'ils ont envoyé leurs gens à mon secours $ car , comme je vous ai prédit , je ne veux ni n'est raisonnable que l'argent qui sort de ma bourse gratuitement, soit employé à autre usage , ni manié par autres que par mes officiers . Et s'ils craignent la dispensité du paiement desdits gens de guerre, tant en la solde qu'en la forme , avec les autres du pays , j'aurai bien agréable que cela soit réglé avec
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eux et par leur avis , pourvu que lesdits deniers soient toujours administrés et distribués par les mains de mes officiers , la gestion desquels ils pourront contrôler; et aime mieux me passer et les décharger du secours réciproque qu'ils ont consenti par la promesse particulière que vous en avez faite. Toutefois , si vous pouvez les faire départir du maniement desdits deniers , sans vous relâcher dece point , je l'aurai toujours à plaisir : mais, quoi qu'il y ait, je veux que mesdits officiers aient ledit maniement, et me semble qu'ils doiveut se contenter que j'aie permis jusques à présent qu'il en ait été usé autrement , choafe qu'ils n'auroient jamais consenti en cas semblable; joint que je sais bien que le maniement qu'ils ont fait a apporté plus d'utilité et commodité aux particuliers qu'au public. Mais j'ai volontiers passé l'article des dix mille hommes , au lieu de huit mille que je vous avois permis de leur accorder en cas de guerre , au préjudice de la paix.
Quant à l'article du commercé , pour le regard du paiement des droits, ledit sieur de ViHeroy vous a écrit la difficulté qui s'y est rencontrée. Mais elle est de si petite importance, qu'elle ne mérite pas qu'ils s'en formalisent ; car il n'est question que d'une dace de trente-sept sols que les étraqgers paient en Brouage et à Bordeaux pour la comptablie , qui excède de douze ou quinze sols ce que paient mesdits sujets. Ce qui a toujours été , et est encore ainsi pratiqué , et à quoi Ton ne peut pas toucher pour la conséquence ; car les autres nations prétendroient pareille modération , et emprunteroient les noms et vaisseaux des sujet» desdits Etats pour me frustrer dudit droit»
Mais celui-là, ni les autres ne seront à l'avenir augmentés sur eux par-dessus ceux que paieront mes sujets , ainsi que vous leur avez promis par le dixième article dudit traité. Je me contenterai aussi que les navires desquels ils doivent m'assister» soient du port que vous avez convenu avec eux , et. approuve la considération qui vous a mû de laisser placé par ledit j traité aux autres rois et princes qui voudroient ci* après y entrer : mais il n'est pas à propos aussi qu'ils la prennent en celui d'Angleterre , ainsi que j'ai dit ci-devant 5 partant vous y aviserez pareillement. Vous âyçz bien fait d'avoir retranché l'article du mutuel et réciproque secours , en cas que nous fussions assaillis par armes en même temps etensemblement; car, comme vous dites, nous aurons lors tout loisir, et serons assez obligés d'en convenir et y pourvoir. C'a été prudemment fait aussi de n'avoir fait mention de la trêve à longues années , et de quoi ces sieurs se sont contentés de recevoir la déclaration qui concerne leur liberté , ainsi qu'il a été couché par l'article duquel ils sofct tombés d'accord , lequel je vous confesse que je n'estimois pas devoir passer si facilement qu'il est avenu. La franchise et simplicité avec laquelle les archiducs y ont procédé véritablement témoigne et vérifie assez le désir et besoin qu'eux et les Espagnols ont d'être déchargés de la guerre desdits pays : mais aussi peut-on inférer de là qu'ils s'attendent de tirer dudit accord des profits et avantages équipolens , soit dans lesdits pays ou ailleurs. Car j'ai appris par vos dernières comment ils débattent à présent l'article de la navigation des Indes d'orient , et les langages que vous a tenus le président Richardoi sur
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l'échange qu'ils prétendent obtenir des villes et places de Flandre et Brabant, avec votre réponse et vos raisons sur iceux. Ce sont deux points de grande conséquence -, mais comme il me semble que ce premier regarde plus Tintérêt de la compagnie desdites Indes, qui est composée de marchands particuliers qui ne sont pas même tous résidens et habitués auxdits pays des États, que le publiq, aussi je l'estime moins important que l'autre; -car de celui-ci dépend du tout l'union et sûreté desdites provinces après ladite paix. Au moyen de quoi je suis bien d'avis qu'ils relâchent plutôt quelque chose de ladite navigation , que d'entendre audit échange , quelque récompense et offre qu'on leur fasse ; car je prévois, s'ils quittent lesdites places de Flandre et de Brfcbant , qu'ils doivent faire peu de compte de ce titre de liberté que l'on leur a cédé , d'autant que la conservation et l'effet d'icelle dépendra de la foi et discrétion de ceux auxquels ils les auront cédées. Je n'approuve aussi qu'elles soient démantelées, ni qu'elles demeurent auxdits Etats pour certain temps en qualité de villes de sûreté , ni même que les capitaines et gens de guerre qui les garderont soient payés des deniers desdits princes.
Abstenez- vous donc de faire aucune ouverture de ma part ni de la vôtre qui facilite ledit échange , ou autorise lesdits princes auxdites places pour le présent ni pour l'avenir , et plutôt les dissuadez d'entendre audit échange que d'en faciliter raccommodement ; car j'estime, comme je vous ai dit, ledit article plus important que tous les autres , et vaut mieux qu'ils les contentent en icelui de la navigation des Indes , que de souffrir qu'il soit fait brèche au- T. i3. i5
cime à l'autre . En quoi néanmoins vous vous conduirez avec telle discrétion , que les uns ni les autres n'aient occasion de nous reprocher la rupture de ladite paix $ car c'est moins mon intention que jamais d'être auteur d'icelîe $ mais je ne veux aider à circonvenir ceux que j'aime et qui se fient en moi. Au reste , je suis, très-content de votre conduite envers les députés desdits archiducs , et le serai que vous continuyez à leur donner toute occasion de se louer de vos déportemens , en favorisant et facilitant en mon nom leur accord , autant que le bien de mon service vous le permettra , comme je me promets que vous saurez très-bien faire. J'ai su que lesdits députés réservent à traiter le point de la religion pour la fin , pour pouvoir rompre sur icelui leur traité , s'ils ne sont contens des autres , et , en ce faisant , conserver la réputation de laquelle ils ont toujours montré être jaloux , et pour émouvoir et acquérir la bienveillance des catholiques qui résident audit pays , lesquels ils obligeront à eux par cette démonstration , soit que la guerre recommence ou finisse, leur donnant k entendre qu'ils auront préféré le repos de leurs consciences à celui du pays : chose que je crois qu'il sera difficile auxdits sieurs les Etats d'éviter : toutefois vous en avertirez ceux que vous en jugerez dignes. Et si les députés desdits archiducs requièrent votre aide en cette instance, comportez-vous-y si sagement, que les uns n'aient sujet de publier que j'aie manqué en cette occasion de zèle au rétablissement de notre religion audit pays , et les autres de se plaindre que j'aie voulu favoriser l'artifice et le dessein de cfeux-là à leur préjudice.
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Je ne vous écrirai rien par la présente du soin et égard que doivent avoir ces sieurs, d'assurer leur république par une bonne forme de gouvernement, telle qu'elle est nécessaire pour maintenir leur union et concorde ; car je vois qu'ils ont à présent d autre be* sogne taillée assez pour les occuper , joint qu'il faut qu'ils voient s'ils s'accorderont avec lesdits Etats. Mais cela fait , j'estime qu'il sera très-nécessaire qu'ils y pourvoient vivement , et sant intermission \ de quoi vous ne perdrez l'opportunité de les exhorter et presser quand elle se présentera. Vous aurez aussi eu recommandation tout ce qui concerne mon cousin le prince Maurice , suivant les commandemeiis que je vous ai faits par vos instructions, et réitérés par toutes mes dépêches : car c'est chose que j'affectionne grandement. Vous aurez soin aussi de tous ceux de la même maison, et favoriserez pareillement les affaires de mon cousin le prince d'Orange * pour lesquelles il a envoyé par delà un des siens , auquel vous direz le commandement que je vous en fais. Mais évitez surtout cette prolongation de trêve pour un , deux ou trois* ans , à laquelle je crains fort avec vous que les parties se laissent aller à la fin , quand elles verront ne pouvoir tomber d'accord à leur contentement des conditions de la paix , comme j'ai donné charge audit abbé de Préaux vous dire , avec tnes intentions sur tous les points contenus en la présente. A tant , je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy, vous avoir en sa sainte garde.
Ecrit à Paris , le vingt-septième jour de février
Henri.
Et plus bas , par apostille est écrit : .
Messieurs Jeannin et de Russy , je veux que vous favorisiez de ma recommandation les affaires du prince d'Espinoy , où elles en auront besoin , comme si c'étaient les miennes propres. Partant , ayez-en soin et en faites votre devoir * et vous me ferez service très-agréable. Heiou.
Et plus ba&, Brulart.
Lettre de, M. de ViUervf à M, Jeannin, duditjour '
i*} février 1608. *
, Monsieur , j'ai répondu à vos lettres du 28 du mois passé, par les anémies des neuf et seize du présent, qui vous ont été envoyées par les adresses que le Roi vous écrit par la sienne. que la présente accompagne ; et le 24 nous avons reçu les lettres des 16 et 19. Le jour devant le sieur Aersens et le sieur du Maurier en reçurent le premier de ses maîtres , et l'autre du sieur Waudrenecq., par lesquelles ila donnaient avis de la résolution de l'article de la liberté , en la forme que nous, apprîmes le lendemain par vosdites lettres qu'il a été accordé. Toutefois vous avez oublié à faire mettre en votre paquet les. doubles de l'écrit qui en a été dressé , comme de celui qui concerne la navigation des Indes, proposé premièrement par les sieurs Etats, et depuis changé par M. Ricbardot -, mais nous n'avons pas laissé de les voir par la communication: que nous en a faite M. Âërsens. Partant vous ne devez vous en mettre en peine * J'en ai accusé votre indisposition. Le Roi est très-content des propos que vous avez te* nus audit sieur Richardot pour la justification de ses
lu:
DU PRÉSIDENT JEiNNIN. 3kfc$
intentions et actions passées et présentes, ainsi qu'il est porté par la lettre que vous m'avez adressée , et même a trouvé bon que vous lui ayez fait voir notre dernier traité , afin de le'mieux éclaircir de la franchise et sincérité de Sa Majesté. Nous avons tenu le même langage à l'ambassadeur des archiducs, lequel ne prend moindre plaisir que l'autre à parler de l'alliance que je vous ai mandé avoir été proposée , se persuadant que cette considération doit mouvoir à désirer et favoriser les conventions de la paix en fa-* veur des archiducs, ce qui m'est un peu suspect ; car je ne sais ce que nous devons espérer de cette ouverture. Mais le Roi a montré tellement la goûter , lorsque l'ambassadeur des archiducs lui en a parlé , qu'il leur est avis que Sa Majesté est très-désireuse d'en-, tendre à ce marché \ de quoi ils voudroient profiter, dès à présent , sur les occasions qui se présentent. Toutefois il leur a été dit qu'il faut que le Pape en soit le médiateur , et que cela ne peut être conduit par l'entremise d'un autre. Tellement que l'on est attendant de ses nouvelles sur ce sujet, duquel il fut parlé au cardinal Barbarini quand il partit d'ici , et toutefois il n'en a encore mandé aucune chose. Il faut présumer que le Pape aura vouluen écrire en Espagne devant que de s'y engager plus avant* Je ne suis pas d'avisxjue vous celiez davantage au sieur Richardot la cbnnoissance que vous avez de ladite proposition; car, sans doute, il l'attribueroit à artifice, étant bien informé de ce qui en a été traité ici , et sachant la fiance, que le Roi a en vous.
Je ne suis pas d'avis aussi que, parlant de ce fait au sieur Richardot , vous l^n dégoûtiez , comme, peut-
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être, il jugera qu'il y a assez de raison de le faire , vu }e peu d'utilité que la France en doit espérer. Mais il' vaut mieux les laisser en cette espérance que de les en ©ter, puisqu'ils ne proposent point d'autres partis, et qu'il est difficile de séparer d'Espagne l'archiduc , ni de l'assurer de la foi du Roi , lequel remet toutefois cette conduite à vous-même. Je n'ai rien à ajouter à ce que vous écrit le Roi sur les articles de la navigation des Indes , et l'échange des places de Brabant et de Flandre. Enfin nous jugeons ce dernier trop plus important que l'autre , et disons que les Etats perdront avec leur belle liberté leur pays s'ils quittent lesdites places, ce qui ne leur aviendra de ladite navigation. J'ai sur cela demandé à Sa Majesté si les archiducs opiniâtrent ledit échange , et qu'ils rompent la paix sur cela , si elle entçndoit que les Etats y fussent confortés-par nous et de sa part. J'ai reconnu qu'elle ne désire être auteur d'une telle rupture , tant parce qu'en effet elle ne la désire pas, la reconnoissant préjudiciable à son service, que pour n'être par ce moyen obligée à la garantie et aux charges d'icelle envers les Etats ; et c'est pourquoi elle vous en écrit aux termes que vous Terrez en sa lettre : de quoi j'ai estimé devoir vous avertir , afin que vous sachiez que nous né sommes pas plus amateurs de la guerre que nous étions à votre partement. Nous croyons certainement, si lesdits Etats quittent lesdites places en toutou en partie dès à présent, ou dans certain temps, et les Anglais retiennent aussi les cautionnaires , que ces messieurs feront naufrage dedans peu d'années contre l'écueil de leur prétendue souveraineté , sans qu'il soit après au pouvoir de la France de les garantir; car il faut faire
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compte qu'à la longue les Anglais feront banqueroute à la France et auxdits Etats , ce qui n'aviendra de la privation ou d'un règlement que Ton peut faire de la susdite navigation des Indes ; joint que cette compagnie des Indes peut transporter ailleurs son siège , où elle ne sera guères moins utile au général desdits Etats, que si elle est maintenue dans leur propre ,pays.
Le sieur Àërsens a dit à M. de Préaux qu'il choisira plutôt en ce cas l'Angleterre que la France •, ce que l'on a voulu imputer à faute d'aflection de sa part. Mais lui en ayant parlé depuis , j'ai reconnu qu'il redoutait notre amirauté , la multitude de nos officiers , la sujétion des capitaines et gouverneurs de nos provinces et places , et lai mauvaise foi et justice que Ton dit régner en ce royaume. A quoi je lui ai remontré qu'il sera facile de remédier au gré et contentement de ladite compagnie. Je ne sais si je l'ai persuadé *,mais je sais bien que Sa Majesté affectionne la remise d'icelle en son royaume plus que je ne vous puis écrire, et s'attend bien que vous ne perdrez l'occasion de la servir en cet endroit, quand vous le jugerez à propos. Cependant elle a bien pris ce que vous lui avez remontré sur ce sujet par la. fin de madite lettre. Il ne me reste plus qu'à vous parler du fait die Barneveldt et de la gratification qu'il mérite. Enfin nous ne voulons point donner d'argent comptant ; car nous disons que Ton oblige les hommes par tels moyens , dont le bras est aussitôt refusé que reçu : mais nous sommes contens de donner une pension de douze mille livre s par an, et la faire payer au commencement de chacune année par avance, et commencer par celle-ci, ainsi que vous dira plus particulièrement M. d*e Préaux :
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lequel vous est très-obligé avec tous ses amis , et moi plus que tous, des faveurs que vous lui départez, desquelles je ne puis assez affectueusement vous remercier , en attendant qu'il se présente occasion de m'en revanchér par quelque bon service envers vous et les vôtres. C'est un jeune diable qui désire apprendre à tonner pour se rendre digne de servir: partant je vous prie de continuer à le mettre en besogne , s'étant rendu assez agréable à Sa Majesté en ce voyage dernier. Monsieur, il vous devra la meilleure partie de sa fortune , comme à celui qui premier lui aura mis les armes en la main. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous conservé longuement en parfaite santé.
De Paris, ce vingt-septième jour de février 1608.
Votre , etc. ' de Neuf ville.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy audit sieur Jearmin >
de même date.
Monsieur , mon neveu n'a pu être dépêché tout-àfait plus tôt qu'à présent 5 il vous dira plus de nouvelles que je ne vous en puis écrire : de façon qu'avec les lettres qu'il vous porte , tant du Roi que des particuliers , vous n'aurez faute de bonnes instructions en ce qu'il vous représentera. Le Pape et les Vénitiens continuent ea leurs défiances et picoteries , dont les événemens pourroat succéder selon l'issue dés affaires où vous êtes : c'est-à-dire , si la paix se fait , nous aurons à craindre la guerre en Italie plus que si elle ne réussit. En tout cas nous ferons sagement si nous nous préparons au pis ; car je ne suis pas plus assuré de la volonté des Anglais que de celle des autres >
ceux-là continuant à nous donner toute occasion de nous en défier, comme vous doit avoir mandé M. de La Boderie. Nous avons perdu en Allemagne le duc de Wittemberg, qui est décédé soudainement. C'estperte: car, encore qu'il fût d'humeur bizarre, il étoit plus résolu \ il étoit maître de son conseil , et les autres en sont esclaves. Les Hongrois sont toujours en discorde avec l'Empereur, insistant que cettui-ci observç la paix qu'il a faite avec les Turcs , de laquelle ils disent que dépend leur sûreté , et ledit Empereur a dessein de recommencer la guerre , qui est ce qu'il poursuit, et veut faire résoudre en la diète, à quoi il semble que les protestans contredisent ; mais j'ai opinion qu'ils se relâcheront à la fin. Je vous envoie deux sortes de lettres du Roi pour les Etats , afin que vous choisissiez celle que vous jugerez la plus propre. La différence n'en est pas grande : je l'ai tracée en la copie de l'une (ficelles que nous vous envoyons. Je crains fort que celte négociation tire en longueur -, et partant qu'elle nous prive de votre présence plus que vos amis ne désirent , et moi plus que tout autre qui vous remercie derechef des faveurs que mon neveu reçoit de vous , en vous priant vous en revancher en me commandant pour votre service ; car vous serez obéi d'entière affection. À tant je prie Dieu, monsieur, qu'iji vous conserve en bonne santé , en me recommandant bien humblement à votre bonne grâce.
De Paris , ce vingt-septième février 1608. Vptre^etc. de Neufvillé.
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Lettre de M. Jeannin audit sieur de Villeroy , dudit jour
, 27 février 1608.
Monsieur , vos lettres du neuvième écrites à Paris, et envoyées à M. de Berny pour me les faire tenir , m'ont été rendues en ce lieu le vingt-unième de ce mois, de la part de M. le président Richardot. Ledit sieur de Berny les a accompagnées des siennes. Ce nous est un grand contentement que le traité fait par nous avec les Etats ait été approuvé par le Roi, Il eût été mieux si les Anglais y fussent entrés 5 mais vous aurez pu connoître , par nos dépêches au Roi , que nous n'avons rien omis de notre côté pour leur persuader de le faire , et que leur but et dessein étant du tout contraire, nos raisons n'ont eu aucune force en leur endroit. Nous sommes toutefois assez bien unis maintenant pour aider à la paix. Il est vrai que c'est pour gratifier les archiducs , non pour se conformer à nos opinions. Vous aurez connu , par mes lettres du dixseptième et dix-neuvième , le différend qui est avec les députés des archiducs pour le commerce des Indes d'orient, lequel continue encore j car les Etats n'ont rien voulu relâcher de leur côté , ni lesdits sieurs députés non plus, quoiqu'ils se soient assemblés plusieurs fois sur ce sujet. Le vingt-deuxième, les députés d'Angleterre, ceux de Danemarck, des princes d'Allemagne et nous, fûmes aussi assemblés avec les députés desdits sieurs Etats , qui nous en prièrent , pour nous représenter et instruire de tout ce qui s'étoit passé en leurs conférencesavec les députés des archiducs \ sur quoi, après les avoir ouïs , leur ayant demandé s'ils requé-
DU PRÉSIDENT JEÀNN1N. 9.35
roient notre avis , ils nous firent réponse que non , et néanmoins qu'ils n'y prend roient aucune résolution sans nous prier de le leur donner. Or ils en étoient déjà assez informés, car, voyant que nous ne pouvions rien gagner par nos raisons et persuasions envers les députés des archiducs, nous en avions conféré avec quelques particuliers des Etals , pour les disposer d'aider à accommoder cette affaire, plu Lot que de rompre , leur en remontrant les inconvéniens et dangers. Ainsi la remise dont ils usoient envers nous, procédoit de ce qu'ils estimoient que les députés des archiducs se laisseroient vaincre , et , s'ils ne le faisoient , qu'il y auroit assez de temps pour , avec l'autorité de nos conseils , chercher des expédiens qui puissent empêcher cette rupture.
Or ils ont depuis reconnu qu'ils continueroient toujours en leur refus avec même obstination. Et, à la vérité, nous ne croyons pas qu'ils accordent jamais absolument Gette liberté de commerce , ayant souvent déclaré que le roi d'Espagne ne quittoit ses droits que pour cette seule .considération. Les Etats ont néanmoins encore différé deux jours à nous demander notre avis , nous ayant déclaré aucuns des plus sages qu'ils le faisoient, crainte que si nous proposons, dès à présent , des expédiens qui ne soient reçus , les provinces , lesquelles ne sont intéressées en ce trafic, se séparent des autres. Sur quoi, pour éviter cet inconvénient , je leur ai dit que notre avis seroit qu'il fût passé outre à d'autres articles , eh attendant qu'on ait pris loisir de penser à celui-ci, d'une part et d'autre: ce que les Anglais ont approuvé. Et , à cette occasion, les particuliers , à qui j'en avois communiqué , ont
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tant fait, que les Etats nous ont demandé cet ayis. Nous nous sommes assemblés là-dessus, tous les députés desdits princes qui sont ici, et avons résolu, après quelques disputes , de leur donner ce conseil le lendemain matin , qui est lejour auquel je vous écris cette lettre. Nous manderons après à Sa Majesté ce qui en sera avenu. Bien espérons-nous que les Etats suivront notre conseil , et que les députés des archiducs ne feront aussi difficulté d'entrer en conférence sur les autres articles. Sur lesquels , si on demeure d'accord , chacun sera mieux disposé et y aura plus de moyen de faire approuver lors les expédieiis qu'on pourra mettre en avant sur ce sujet.
Barneveldtet lejs autres , qui vouloient la paix, ne sont pas changés. Bien désire-t-il avec ardeur ce commerce des Indes , du moins qu'on l'obtienne pour le temps que la compagnie doit durer , qui est encore de quatorze ans , dont , si les Etats se contentent comme ils en auront sujet , les députés des archiducs seront pour l'accorder, s'ils ont aussi grande affection à la paix qu'ils montrent en apparence. Mais nous y voyons encore quelque difficulté du côté des Etats , lesquels demandent toujours le commerce par delà la ligne à leurs périls , comme la France , ou bien de gré à gré général et pour toujours. Je vous supplie de nous éclaircir au plus tôt de la volonté du Roi sur ce sujet; et cependant nous travaillerons de notre côté , afin de conduire , s'il est possible , les affaires à bon port, .et faire que chacun quitte du sien pour s'accorder. Les députés des archiducs n'ont aucunement parlé jusqu'ici 3ux députés des Etats du fait de là religion , et j'estime, au cas qu'ils reçoivent quelque contentement
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aux autres articles , qu'ils en parleront sans s'opiniâtrer : comme , au contraire, s'ils veulent rompre, ils ne le pourront faire avec plus d'avantage pour diviser les provinces que sur l'article du commerce, ni mieux aussi pour nous rendre odieux , si nous secourons les Etats , que sur celui de la religion. Je ne vois point qu'ils soient pour tirer les affaires en longueur ; bien désiré-je , s'il avient autrement , d'aller trouver Sa Majesté pour lui rendre compte de tout ce qui s'est passé, et ne faudrai de vous en donner avis pour en avoir la permission. Je n'ai pu conférer en particulier avec* M. le président Richardot, depuis la réception de votre dernière lettre , crainte de donner du soupçon sur le point qu'on traitoit de cette affaire. Je vous supplie très-humblement me vouloir donner avis en particulier de ce que la reine d'Angleterre a fait , dont le Roi est offensé ; car quelqu'un mTa dit ici que le roi d'Angleterre a depuis réparé ce- mal, et montré qu'il en avoit du déplaisir. Vous êtes sage, monsieur, pour bien considérer s'il est expédient que le Roi révoque son ambassadeur; car en le faisant il y a danger que cela ne soit suivi de quelque chose de pis. Il seroit peut-être plus utile de leur faire prendre sourdement ce conseil de réparer l'offense, attendu même que c'est la Reine qui l'a faite, dont l'inclination envers FEspagnol est connue d'un chacun. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous maintienne et conserve en bonne et parfaite santé.
De La Haye , ce vingt-septième jour de février 1608* Votre ; etc. P. Jeajsmuî.
Lettre du Roi à M. Jeannin , du 3 mars 1608, touchant
les princes de Portugal.
Monsieur Jeannin, le feu roi de Portugal, dom Antoine, peu de temps avant sa mort, me requit, par lettre expresse , de vouloir prendre en ma protection ses deuxenfans dom Emmanuel et dom Christophe, et les assister en leurs droits et prétentions contre toutes usurpations. Depuis ils ont demeuré en ma Courbet, maintenant que Ton est sur les termes de conclure quelque traité en Hollande , ledit dom Emmanuel ayant résolu de s'y acheminer , pour essayer d'y moyenner quelque chose touchant leurs prétentions, je vous écris cette lettre afin que si d'aventure Ton en parle, et que vous en ayez connoissance , vous teniez la main qu'ils y soient favorablement traités à ma recommandation, laquelle j'aurai à plaisir que vous employiez en cette occasion. Je prie Dieu, monsieur Jeannin , qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Paris , le troisième mars 1608.
Henri,
Et au-dessous , Brulart.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr, au Roi,
du septième mars 1608.
Sire?
Nos dernières lettres étoient du 17 du mois passé, depuis lequel temps jusques à présentie sieur Jeannin a écrit deux lettres à M. de Villeroy , des 19 et 27 du
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même mois, et nous nous sommes abstenus d'écrire à votre Majesté , en attendant de lui pouvoir mander quelquérésolutioti sur l'article du commerce des Indes, agité et débattu en plusieurs conférences, et néanmoins demeuré encore indécis. Les Etats le demandent en vertu de la paix , comme amis libres , de gré à gré , pour toujours, ou bien à leurs périls et fortunes comme les Français et Anglais , sinon par forme de trêve et à certain temps , sans commettre hostilité , n'entendant pourtant, la trêve finie, d'en être exclus. Bien disent -ils que si leurs marchands sont bien traités , et qu'il y ait de la sûreté pour eux au commerce d'Espagne , ils seront pour s'en désister d'euxmêmes; mais ne veulent -aucunement souffrir qu'il leur soit interdit d'y aller par traité , qui est autant en effet que de le demander pour toujours. Les archiducs au contraire l'ont refusé , encore que ce soit par voie amiable , et ne l'ont voulu permettre non plus avec hostilité , disant qu'en faisant la paix avec eux en ces pays, ils ne pouvoient* accorder qu'ils fussent ennemis par delà la ligne , et que cela seroit cause de troubler la paix , qu'ils désirent rendre duT rable et perpétuelle. Et quant à la trêve , qu'ils l'accorderont volontiers pour certain temps , dont on conviendra sans hostilité , et à la charge de n'y plus aller, ledit temps passé ; mais non autrement. Les raisons que les Etats nous ont dites, et que nous, colligeons de ceux qui entendent cette affaire , sont : que leurs hslbitans ont fait de grands frais pour acquérir ce commerce , ont à présent de grandes habitudes et connôissances aux Indes , par le moyen desquelles ils se promettent attirer tout le commerce à
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eux , l'ôler du toot aux Portugais , et faire de trèsgrands profits; qu'il y a plus de dix mille personnes en leur Etat qui y sont intéressées , lesquelles ont beaucoup de pouvoir dans les Provinces, et seront pour y mettre de la division si on le leur veut ôter -, que c'est le seul moyen d'assurer pour eux le commerce d'Epagne, étant certain que les Espagnols seront retenus de leur y donner de l'empêchement , crainte qu'ils ne s'en revanchent aux Indes $ et si cette bride n'y est plus , ils pourront arrêter tout d'un coup la plupart de leurs vaisseaux , marchandises et pilotes en Espagne , et par ce moyen les désarmer et ruiner en un moment. Davantage , si ce trafic des Indes leur est ôté, ils se déferont du tout de leurs vaisseaux de guerre, ne se réservant que les navires marchands ; ainsi ne penseront plus qu'au trafic d'Espagne, perdront les forces qu'ils ont en mer, qui seules leur servent de sûreté , et les font respecter et craindre , et par ainsi ne seront plus bons pour se défendre dans leur pays , ni pour servir à leurs amis dehors; et pour fin, qu'en tirant du profit de ce commerce , ils diminueront d'autant les revenus du roi d'Espagne, avec lesquels il travaille et fait la guerre à un chacun. Les raisons des députés des archiducs sont en effet celles qui contrarient aux précédentes-, mais ils mettent seulement en avant que, p^r tous les traités faits par les rois d'Espagne avec les plus grands rois et princes de la chrétienté , ils n'ont jamais voulu permettre ce trafic à leurs sujets; qu'au dernier traité fait avec le roi d'Angleterre , il est dit qu'ils ne pourront trafiquer sinon es lieux où ils souloient aller avant la guerre. Or ils prétendent
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que les Anglais n'alloient point lors aux Indes , ainsi qu'ils en sont exclus nommément et par articles exprès ; disent davantage que le roi d'Angleterre même leur promit de bouche , lorsque ledit traité fut passé, que si aucuns de ses sujets y alloient il les feroit châtier. Il est vrai que les députés d'Angleterre le nient, et donnent toute autre interprétation à l'article susdit. Pour le regard du traité de France fait à Vervitis , M. le président Richardot maintient qu'il en fut parlé , et de metfre un article au traité pour le défendre •, mais qu'on n'y insista , pource que n'y ayant aucuns navires arnrés dans le royaume, les députés du roi d'Espagne estimèrent qu'ils ne pourroient recevoir aucun dommage de cet endroit , et qu'il suffisoit de ne le point permettre. Il ajoute encore que les Portugais sont en possession, il y a plus de six vingts ans , d'avoir ce trafic seuls , à l'exclusion 'de toutes les autres nations , et que le roi d'Espagne quittant les droits qu'il a sur tes Provinces- Unies , et leur laissant le trafic d'Espagne , méritoit bien de recevoir des Etats ce contentement de n'y être troublé ; qu'il ne traite pas comme font les vaincus , qui reçoivent la loi telle qu'on leur veut donner , mais comme un grand prince qui a force moyens pour renouveler la guerre ; et néanmoins il est certain , s'il n'obtient cette défense, qu'il n'y a aucun profit en la paix pour lui; car elle ne consiste en effet qu'en la souveraineté , au trafic des Indes , et à la restitution dés places de Brabant et de Flandre ; et les Etats veulent opiniâtrement obtenir tous les trois ensemble, à savoir la souveraineté , ie commerce des Indes , et retenir lesdites places sans accommoder en aucune t. i3. 16
chose le roi d'Espagne ni les archiducs ; qu'on doit aussi considérer que ce commerce ne touche qu'à aucuns particuliers , l'intérêt desquels doit être négligé pour faire bien au général de l'Etat. Nous nous sommes entremis, à diversesfois, en voyant lesdits députés des archiducs, ou étant visités par eux , même lorsque le sieur Richardot a vu le président Jeannin en particulier , de leur persuader qu'eu accordant ce commerce libre sans hostilité, ils n'y a voient aucun intérêt , et que le commerce d'Espagne , bien établi par la paix , feroit sans doute cesser celui-ci sans en faire d'autre défense; qu'eux-mêmes nous a voient dit que les denrées qui coûtoient un aux Portugais, revenoient à deux et demi aux Hollandais , pource qu'ils étoieut contraints de les aller acheter bien avant dans la terre , au lieu qu'on les apportoit aux Portugais , qui se sont accommodés dès long-temps dans le paysr aux ports et havres qu'ils tiennent , et par ce moyen étoient aussi à meilleur prix de beaucoup en Portugal qu'en Hollande ; qu'on pouvoit donc juger, avec certitude , le profit n'étant plus en ce trafic, qu'ils \ç quitteraient d'eux-mêmes.
Nous savions bien aussi que les profits faits par les marchands, du passé , qui les ont pu aflriander, ne provenoient pas du simple trafic, mais des prises faites sur la mer , qui dévoient cesser quand le commerce seroit accordé de gré à gré. Puis il semble chose injuste , et contre le droit des gens , de leur défendre ce trafic es lieux où ils ne trouvent rien , attendu que les rois et peuples qui y ont intérêt , le consentent ; davantage que la mer pour aller aux Indes est si large , et les pays de si grande étendue ,
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qu'il leur seroit impossible d'empêcher cette navigation et commerce à toutes les nations de la terre $ et en le permettant à ceux-ci , ils les aideront à en exclure les autres , afin qu'ils en puissent jouir par ensemble avec plus de profit et d'avantage ; qui seroit un moyen pour les unir et joindre en apikié , pource qu'ils n'auroient à cette occasion autre conversation et habitude par ci-après qu'avec les Espagnols et Portugais , à cause desdits commerces d'Espagne et des Indes, ce qui toùrneroit plutôt au dommage des autres princes et peuples'qu au leur; et enfin, puisqu'ils avoient jugé la paix utile , comme elle (Jevoit être en effet pour eux ,* d'autant que ces peuplés désarmés ne leur feroient jamais mal , et au contraire leur seroient plus utiles qu'à tous autres, ils dévoient considérer qu'en leur refusant ce commerce , les intéressés en icelui , eî ceux qui sont contraires à la paix, joints ensemble , deviendroient sans doute les plus puissans , et contraindraient les autres de renouveler la guerre. Lesdits sieurs députés , après plusieurs discours , nous ont confessé et reconnu que futilité du commerce d'Espagne feroit sans doute cesser l'autre bientôt après que la paix seroit établie 5 mais qu'il n'y avoit aucun moyen de le persuader en Espagne , où la plupart du conseil du Roi est contraire à la paix , et prendront de si mauvaise part telles difficultés , que s'ils en sont avertis on leur comman^ dera aussitôt de se retirer 5 nous pouvant assurer qu'ils n'ont autre charge pour ce regard , sinon d'accorder quelque indemnité aux marchands de la compagnie des Indes , c'est-à-dire trois , quatre ou cinq ans pour retirer et débiter leurs marchandises. Nous
leur avons remontré là - dessus que cette compagnie avoit fait de grands frais , que l'Etat leur en avoit promis la garantie et jouissance pendaat le temps qu'elle devoit durer, fût en paix ou en guerre j ainsi qu'il seroit raisonnable leur accorder ledit temps, que nous peç&ions n'être ci-devant que de dix ou douze ans , et nous avons su depuis qu'il est de quatorze. Us l'ont refusé , de façon néanmoins qu'on pourroit espérer, si les Etats y voulaient consentir, qu'ils s'y laisser oient aller, ou en approcheroient bien fort. Encore leur avons-nou6 fait une autre ouverture » à savoir de consentir que les Etats y continuent leur trafic sans hostilité durant six ans , et qu'un aç ou deux avant l'expiration de ce délai , les députés s'assemblent d'une part et d'autre en certain lieu , dont on s'accordera par le traité , pour convenir si ledit trafic devra être confirmé ou cesser ; et au cas qu'ils n'en puissent demeurer d'accord , que votre Majesté et le roi d'Angleterre soient (dès à présent agréés pour médiateurs ; qu'en le faisant ainsi , l'issue nlen pourroit être qu'à leur contentement , pource que nous savions bien que les Anglais n'ont pas à gré que les marchands de4 ce pays continuent ce trafic 9 estimant qu'ils aideront avec le temps à les en exclure, et leurs députés nous l'ont ainsi dit; pour le regard de votre Majesté, qu'elle désiroit tant que cette paix fût bien établie , qu'elle ne feroit rien qui fût à leur préjudice.
Outre ces ouvertures, nous y avons encore ajouté qu'on pourroit séparer ce commerce par contrées , et le restreindre à certains lieux où les Hollandais ont déjà été , esquels les Portugais ne tiennent rien;
mais tout a été inutile jusqu'ici,* car les Etats ne veulent aucunement souffrir la défense d y aller , après quelque temps que ce soit , et les députés des archiducs rejettent toutes ouvertures qui peuvent rendre ce trafic perpétuel. En cette diversité* les Etats ont prié les députés des rois et princes qui sont ici, de se vouloir trouver en leur assemblée par deuxfois. En la première ils nous firent entendre tout ce qui s'étoit passées conférences faites entre eux et les députés des archidus ; et sur ce qui leur fut demandé par le président Jeannin , si c'étoit pour nous en instruire seulement, ou pour prendre notre avis , ils se trouvèrent comme surpris $ et, après avoir quelque peu consulté ensemble , ils firent cette réponse : Que n'ayant délibéré pour lors de rien quitter ni souffrir aucune restriction en ce commerce, ils nous prioient de trouver bon s'ils remettoieut à une autre fois à nous demander notre avis , montrant avoir crainte qu'on y voulût déjà chercher quelque tempéramentpour les accorder; nous promettant néanmoins de nous rendrece respect, qu'ils ne résoudroient rien sans en avoir notre avis. Trois jours après , voyant que les députés des archiducs demeuroient fermes en leur première opinion, ils nous ont fait derechef le même récit en leur assemblée, et prié à cette fois de leur vouloir donner avis de ce qu'ils auroientàfaire, y ajoutant toujours qu'ils jugeoient ce commerce des Indes si utile et si nécessaire à leur Etat, qu'ils ne le pouvoient aucunement quitter. Sur quoi, nous et les députés d'Angleterre, de Danemarck et d'Allemagne , étant retirés pour délibérer en la même chambre , puis y faire réponse à l'instant, pource que c'était chose traitée depuis tant de jours ,
qu'avions eua$$e*de loisir d'y penser, les députés d'Angleterre furent d'avis de différer la réponse au lendemain , et cependant de conférer ensemble.
Ce qu'ayant été fait, et nous assemblés pour en délibérer , lesdits députés nous prièrent de vouloir faire quelque ouverture sur ce sujet. Notre avis fut donc , afin de n'ennuyer votre Majesté des longs discours d'un chacun , puisque les Etats et les archiducs n'avoient rien voulu quitter jijsques alors de leurs prétention» , et sembloient n'être encore capables de recevoir les expédiens et ouvertures qu'on leur pourroit faire pour composer ce différend , que le meilleur seroit de laisser pour le présent cet article indécis , sans faire aucun préjugé contre l'un ou Vautre , et passer outre cependant aux autres. articles., desquels , si on demeure d'accord , chacun sera mieux disposé de quitter et remettre quelque chose du sieu pour s'accorder de celui-ci ; qu'aussi bien ne voudrions-nous pas entreprendre d'y opiner précisément, sqit pour leur faire quitter ce commerce qu'ils disent devoir être si utile à leur Etat , ou pour les y faire opiniâtrer au péril d'une rupture, sans en avertir votre Majesté, et recevoir d'elle son commandement, et que pendant ce loisir chacun d'eux en pourroit faire autant si bon lui sembloit ; que ce ne seroit pas aussi sagement fait, de conseiller aux Etats de venir à aucune rupture pour quelque cause que ce soit , sans qu'ils aient premièrement bien considéré quels sont leurs moyens pour renouveler la guerre , et que ce délai leur seroit à propos pour y aviser et pourvoir, puisque la résolution de cet article étoit de si grande importance aux uns et aux autres , qu'on
pourroit rompre à cette occasion. Notre avis fut reçu et approuvé de tous , après avoir été toutefois un peu contredit par les députés d'Allemagne; et, le lendemain matin il fut rapporté aux Etats par le président Jeannin, au nom de tous , lequel y ajouta quelque sommaire discours , pour leur faire connoître que la paix étoit nécessaire à leur Etat ; qu'eux-mêmes en avoient dès long-temps fait ce jugement, et notis l'avoient ainsi dit et répété plusieurs fois; que nous étant aussi soigneusement informés du bien et du mal , de la commodité ou incommodité de la paix ou de la guerre , avions trouvé que c'était le plus sage conseil , les ayant toujours exhortés depuis de le suivre , et faire tout ce qui seroit requis pour y parvenir ; et qu'après beaucoup de longueurs et de difficultés , ils étaient entrés en conférence avec les députés des archiducs , dont le commencement avoit été fort heureux , en ce que la liberté et souveraineté de leur pays étoit accordée par le consentement même de leurs adversaires , au lieu que ce droit dépendoit auparavant de l'événement douteux et incertain d'une longue et périlleuse guerre , qui est un avantage très - grand , et qu'on devoit plutôt tenir pour gain et loyer d'une victoire absolue , que pour article d'une paix et composition égale ; que si quelque difficulté étoit avenue depuis sur le fait du commerce , il ne falloit pourtant changer la première résolution qui tendait à la paix , pourvu qu'on la pût obtenir à conditions raisonnables et assurées ; que c'était bien notre intention de favoriser de tout notre pouvoir tout ce qui leur seroit utile etavantageux; mais que nous les prions de considérer qu'on ne peut faire finir une guerre avec de grands
et puissans princes, lesquels ont des forces et moyens pour la renouveler et continuer, s'ils n'en retirent aussi quelque commodité et profit.
Après que nous fumes sortis de leur assemblée, ils se mirent à délibérer sur ce que nous leur avions dit, et prirent résolution conforme à notre avis : à savoir de conférer sur d'autres articles , si les députés des archiducs y vouloient consentir ; et néanmoins, avant que leur en faire ouverture , qu'ils les exciteçoient^ encore de leur accorder ce commerce , dont ils les avoient si instamment priés et requis , comme ils firent 9 avec déclaration expresse qu'ils ne s'en pouvoient aucunement départir. Et lors ils entrèrent encore es mêmes disputes et contradictions sans rien avancer ; puis , sur la demande de conférer des autres articles /consentis par les députés des archiducs , , survint derechef cette nouvelle difficulté : les Etats dçmandoient tous les articles à urie seule fois , pour après en conférer et les résoudre l'un après l'autre, et les députés des archiducs le refusaient , disant que ç'étoit contre la forme ordinaire $ et qu'ils offraient de commencer par tel article qu'on voudrait, et de suivre après aux autres sans discontinuation -, que s'ils les dpnnoient tous ensemble , il pourroit avenir , après l'avoir fait, qu'ils reçevroient nouveaux commande*» mens de leurs maîtres pour y en ajouter d'autres , ou eux-mêmes jugeroient le devoir faire , ce qui est toujours loisible jusques à k. conclusion du traité ; et se séparèrent ainsi pour y penser, sans rien résoudre. Le lendemain , le président Richardot seul vint v<>ir le président Jeannin , se plaignit à lui de cette façon de procéder : sur quoi , après plusieurs propos et raisons
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pur le persuader et prier de s'y accommoder , et qu en mettant à la fin des articles , qu'ils y en pourroient ajouter d'autres si bon leur serabloit, cela ne leur nuiroit en rien , il lui dit qu'il le feroit volontiers j mais qu'il craignoit cette demande leur être faite par ceux qui désirent la guerre , afin que s'ils en mettent quelques uns qui ne soient agréables à tous, comme, par exemple , celui de la religion dont ils sont obligés de faire mention , cela leur serve de prétexte pour rompre , le priant de lui en donner son avis. À quoi il lui répondit que nous avions aussi commandement de votre Majesté de procurer ce bien aux catholiques , et faire tout ce qu'il nous seroit possible pour l'obtenir 5 mais qu'il ne le fàlloit espérer par traité : bien le pourroient-ils demander pour témoigner leur affection et désir, pourvu qu'ils passent outre aux autres articles sans y insister , s'ils ne veulent rompre. Il ajouta lors , que les Etats traitoient avec ses maîtres comme avec des princes vaincus , en quoi ils se trompoient bien fort; et s'ils continuoient à leur refuser tout, çtà vouloir obtenir tout de leur côté, qu'il faudroit retourner aux armes, à sion grand regret; qu'il n'eût jamais cru de trouver .une si grande obstination et rigueur eu ces peuples , attendu qu'ils ne peuvent continuer la guerre sans l'assistance des rois qui se sont déclaras leurs amis , et que votre Majesté a fait tant de déclarations de sa bonne volonté à faire finir la guerre , qu'ils s'en promettaient toutes sortes de bons offices 9 et qu'elle ne leur donnera aucune espérance de secours qui leur puisse faire rejeter la paix ; qu'ils étoient aussi fort assurés de la bonne volonté du roi d'Angleterre : ainsi qu'il ne pouvoit
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conjecturer sur quoi étoient fondées les causes de cette fureur et obstination , nommant ainsi l'opiniâtreté dont ils usoient.
Le sieur Jeannin lui répliqua notre conduite et ar* deur à désirer la paix , et à faire tout ce que pouvons pour l'avancer , être si notoire à chacun , que nous eb sommes devenus suspects , et tombés en la haine de ceux qui veulent la guerre ; ainsi il nous feroit grand tort s'il en doutoit: que votre Majesté a aussi accoutumé de faire ce qu'elle dit 2t promet en chose sérieuse comme celle-ci , étant d'un naturel si ouvert et généreux, qu'elle rejette tous artifices qui sentent leur lâcheté -, et peut-être y en avoit-il d'autres , dont ils n'ont cette opinion , qui n'y procèdent pas avec même candeur 5 qu'à la vérité la plupart de ces peuples se soucient peu de la paix, pource que la guerre a plutôt accru que diminué leurs moyens, et delà se promettent qu'ils auront pour l'avenir même heur ou plus grande prospérité ; qu'ils se dévoient aider à sortir de ces grandesjdifficultés, ne pouvant rien accorder pour avoir la paix , qui né leur soit avantageux , attendu que ces peuples 9 après s'être mis en repos , seront en état dans peu d'années , de ne pouvoir faire mal à personne. D'autre côté , cette guerre étant finie , il n'y auroit plus rien qui nous mette en soupçon les uns des autres , et empêche que ces grands princes ne vivent en bonne et sincère amitié. Le sieur Ri char dot montra être assuré de notre bonne affection à la paix, suivant les commandemens qu'en avions reçus, jurant etprotestant qu'il le croyoit ainsi, et qu'il étoit bien informé de nos déportemenset conduite en cet endroit, et pour cette raison vouloit prendre conseil de nous en toutes qccasions;
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mais qu'il estimoit que l'opiniâtreté de ces peuples ne se laissoit aisément vaincre aux prières ni à l'autorité de qui que soit , ce qu'on lui confessa bien être vrai ; et néanmoins qu'il n'y a prince dont ils aient encore l'autorité et amitié en plus grand respect que de votre Majesté , et ce qu'ils ne feront pour elîe , ils ne le feront pour personne ; ainsi qu'à notre bonne volonté étoit encore conjoint quelque pouvoir et moyen de le servir , et que l'emploirions aussi de très-bonne affection , nous promettant bien.de n'y être inutiles. Votre Majesté par ce discours peut voir qu'il n'y à enr coreaucune lumière pour les accorder sur cet article-, si nous semble-t-il reconnoître que les uns et les autres désirent la paix , et néanmoins ne pouvons croire que le roi d'Espagne veuille accorder le commerce pour toujours , encore que ce soit sans hostilité , pour deux raisons : l'une que cet exemple convierpit les autres rois et princes d'en demander autant pour leurs sujets, ou bien de le prendre sans demander , ne pouvant souffrir qu'on accorde à ceux-ci cette liberté , et qu'elle leur soit refusée ; l'autre , que les Hollandais , après qu'ils seront habitués auxdits pays , y auront pris des connoissances , et dressé des magasins en divers endroits , feront le trafic avec le temps, de la même façon que les Portugais, c'est-à-dire, au lieu qu'ils achètent tout à présent avec argent , ils l'auront par échange de denrées qu'ils porteront aux Indes , sur lesquelles ils pourront gagner aussi bien qu'eux : outre ce, pource qu'ils ont moin» de gens en leurs navires, et font les voyages à moindres frais , cela diminuera d'autant le prix de. leurs achats , en ajoutant même que le roi d'Espagne y prend un grand tribut. , qui
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est de vingt ou vingt-deux pour cent , et les Etat» ne prennent rien -, ainsi ils auront moyen de les vendre à meilleur prix que les Portugais , et néanmoins y faire un gain raisonnable , ou bien ils contraindront le roi d'Espagne à quitter le tribut qu'il prend dessus , et dé perdre le profit des Indes ; ce que vraisemblablement il ne voudra pas faire. Quand on remontre ces raisons à aucuns des Etats , même à ceux qui veulent la paix , c'est ce qui leur aiguise l'appétit et désir d y aller 5 et disent qu'ils savent bien que les Espagnols , après avoir long*- temps contesté, l'accorderont plutôt que de rompre ; et nous , au contraire , craignons , comme ils sont fort secrets en leur conduite, qu'ils ne cachent leur mécontentement ; et, voyant qu'il n'y aura rien pour eux en ce traité, qu'ils n'entretiennent le temps sur les pontilles que les Etats font tous les jours d'eux-mêmes mal à propos pour allonger , comme si cette longueur leur devoit être utile ; et cependant avertissent leurs maîtres qu'ils n'espèrent rien de bon de cette conférence , afin qu'ils se préparent et aient plus de moyen après de les prendre au dépourvu.
Ce qui nous augmente encore ce .soupçon , est qu'ils semblent être bien assurés que les Anglais ne feront rien qui leur déplaise , et qu'il y a même' quelques secrètes pratiques et recherches dont ils se flattent : ce que nous jugeons , outre plusieurs autres conjectures, de ce que les députés d'Angleterre , pressés par les Etats de vouloir faire h. ligue pour la paix, ont dit avoir reçu commandement de leur maître de la faire , mais de ne l'obliger à leur secours , sinon en cas que la paix soit enfreinte un an après qu'elle sera publiée.
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et, ledit temps passé , qu'il avisera s'il le doit continuer pour les années suivantes, comme s'il prenoit cet an pour voir s'il pourra tirer quelque effet d'Espagne ; dont le sieur de Barneveldt a été fort étonné ; et s'en plaignant à eux, ils lui ont dit qu'ils en écriroient à leur maître , et se promettoient de lui faire changer davis. Or, si du côté d7£spagne ils sont en espérance, ou plutôt assurés de ne recevoir aucune fâcherie , mais amitié d'Angleterre , ils estimeront que votre Majesté , crainte de supporter seule les dépenses de cette guerre , ou de se mettre aux dangers et inconvéniens qui peuvent arriver à cette occasion, sera peut-être induite d'en faire autant -, ou bien si elle fait le contraire, que la jalousie des Anglais, qui seront fâchés de lui voir prendre quelque avautage en l'amitié des Etats, pourra être cause de les faire lieç plus étroitement avec eux , et de prendre d'autres desseins à notre préjudice. Les Espagnols peuvent aussi espérer que si les Etats rompent à l'occasion de ce commerce, les provinces qui n'y seront intéressées, seront pour se séparer des autres ; ainsi qu'ils peuvent espérer autant de profit en s'opiniâtrant à la défense de ce commerce, que les Etats en craindre du dommage. Nous les exhortons aussi à cette occasion , non tous eu général , mais les particuliers qui manient les affaires, même le sieur de Barneveldt qui commence d'appréhender et craindre les incopvéniens susdits , de se contenter de ce commerce pendant le temps que doit durer la compagnie , qui est de quatorze ans , qu'on peut nommer un siècle en affaires d'Etat 5 car s'ils re7 commissent pendant ledit temps qu'il leur soit fort utile, les changemens et occasions qui pourront naître
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avant qu'on soit au bout d'icelui , leur donneront trop de sujet de le continuer. Quand ils n'obtiendront que cela, ils auront suffisamment pourvu à l'intérêt de leurs marchands , comme aussi à la sûreté du commerce d'Espagne ; car quatorze ans suffiront pour leur faire juger ce qu'ils doivent attendre de la conduite des Espagnols envers eux. Ce n'est pas que nous ayons assurance que les députés des archiducs veulent accorder un si long temps , mais ils en pourront approcher ; et s'ils le font , les Etats seront pour remettre plus aisément quelques années après avoir pris ce dernier avis , que si on le leur proposoit à présent. Puis il y a de la raison en cette demande , attendu qu'ils ont promis à la compagnie des Indes de les faire jouir du temps entier qu'elle doit durer, soit en paix ou en guerre. ,
Quant à leur faire accorder qu'ils jouissent de ce commerce pour certaines années par forme de trêve , nous ne voyons aucune apparence qu'on leur veuille Consentir la paix pour toujours ici, et ce trafic aux Indes, qui est l'endroit où le roi d'Espagne désire le plus la paix. Et déjà le sieur Richardot parlant au président Jeannin, lui a fait sentir, si on fait la trêve aux Indes, c'est-à-dire que les Hollandais y continuent leur trafic certain temps sans hostilité , qu'ilsne feront aussi par deçà qu'une trêve pour même temps. Et, sur ce quele sieur Jeannin lui répliqua que les Etats voudront aussi bien avoir une déclaration absolue , et sans limitation de temps de leur liberté et de la souveraineté du pays , que s'ils traitoîent une paix , il fit réponse promptement qu'ils leur feroient la guerre , la trêve étant finie , comme à ennemis , qui étoit toujours
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une même chose. 11 montra néanmoins que la paix perpétuelle leur seroit plus agréable que cette trêve. Il n'y aura enfin autre moyen de composer cette affaire , sinon par la voie de la trêve partout , ou en faisant contenter les Etats, si on peut, du temps le plus long qu'on pourra obtenir pouf la continuation de ce commerce , et s'il est possible jusque s à ces quatorze ans qui restent de la compagnie : et que , ledit temps passé , il ne leur soit pas impérieusement défendu , par le traité général , d'y aller \ mais que par un traité secret et à part , ils promettent d'euxmêmes de s'en abstenir , qui est en effet la même chose , mais en termes plus doux et plus modestes. Si ceux qui désirent la paix continuent à être les plus forts , comme il y a de l'apparence qu'ils seront enfin, ils consentiront ou à la trêve en la forme susdite , ou à limiter le temps du commerce , et l'un et l'autre semblent devoir être plus utiles à cet Etat et à votre Majesté même , que la continuation de la guerre , même à cause des grands soupçons qu'elle doit avoir de l'intention et conduite du roi d'Angleterre , les députés duquel nous dirent néanmoins il y a deux jours , qu'ils avoient reçu lettres de leur maître j par lesquelles il leur mandoit de nous faire entendre son affection et désir de confirmer les alliances que ses prédécesseurs ont eues avec la couronne de France , et de les étreindre par toutes sortes de liens, qui les puissent rendre assurés de l'amitié l'un de l'autre , sans y ajouter qu'ils eussent cbarge de faire* la ligue à présent -, mais qu'après la résolution de cette affaire , . on y pourroit mieux aviser : qui ne sont que discours deux-mêmes , ou bien provenant de l'artifice de leur
maître , sur les soupçons qu'ils ont que nous soyons recherchés d'entendre à quelque alliance et amitié avec TEspagne , et que cela ne rompe leurs deèseins, étant peut-être entrés en telle défiance sur ce qu il leur semble que lesieurRichardot voyant souvent le président Jeannin, ne le fait sans occasion; et nous pensons leur devoir plutôt accroître que diminuer ces soupçons. Notre réponse a néanmoins été qu'ils sa voient assez, par ce qui s'est passé entre nous sur ce sujet, combien votre Majesté estime cette amitié et alliance. Ils se peuvent souvenir aussi des réponses qu'ils nous ont faites, même qu'on ne devoit traiter de cette affaire ici , par ainsi qu?il en falloit laisser le soin à ceux qui en avoient charge près leurs Majestés , et que ce nous sera assez de bien conduire ce qui nous a été commandé ; en quoi nous serons toujours disposés de prendre les conseils en commun avec eux , estimant que nous n'avons qu'un même but et dessein , qui est de procurer le bien et conservation des Etats , soit par la paix ou par la guerre. Madame la princesse d'Orange arriva en ce lieu le dernier du mois passé. Elle a été visitée par tous les ambassadeurs qui sont ici, même par ceux des archiducs , comme aussi de la part.de messieurs les Etats-Généraux, et particulièrement par ceuxde Hollande. Elle s'y estfortbien conduite, et pouvons faire cejugement dès aujourd'hui, que sa présence sera très-utile pour le service de votre Majesté, nous ayant déclaré qu'elle avait charge de ne rien faire qu'avec notre avis. Le prince Maurice insiste toujours avec ardeur pour lecoramerce des Indes; mais le respect de votre Majesté, iios raisons , et , ce qu'il sait aussi bien que nous, l'inclination -et la mauvaise volonté
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<k roi d'Angleterre est. cause qu'il se contient beau* coup plus qu'il ne feroit sans cela ; mais il dit toujours que le roi d'Angleterre n'oseroit entrer en aucune conjonction avec l'Espagne contre nous ; qu'en le faisant ilperdroit du tout l'amitié de cet Etat, et qu'ils trou* veroientbienle moyen de sortir hors de ses liens ;<jue ses sujets aussi, même les Ecossais , qui n'ont pas bonne opinion de lui, seroient pour s'élever cçntre lui-même Vil le faisoit ; et toutefois, encore que cela ne soit pas sans raison, il ne suffit pourtant pour nous assurer du tout contre ses desseins s'il en a de mauvais , et quelque pouvoir de les exécuter. C'est à votre Majesté d'apporter son jugement sur le tout , et nous commander , s'il lui plaît , bien expressément ce qui sera de son intention , même touchant ce commerce , afin que nous la suivions de même affection dont nous prions Dieu , Sire , qu'il maintienne votre Majesté et sa royale femille en tout heur et prospérité.
De La Haye , ce septième jour de mars 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. Jeànnin et Russy.
Lettre de M. Jearmin àJM. de ViUeroy , dudit jour
septième de mars 1608.
Monsieur , je vous ai écrit le 27 du passé par la voie de M. de Berny , ayant donné mes lettres à M. le président Richardot , qui me promit de les lui faire tenir sûrement. On est toujours en dispute, et avec grande contention, pour le commerce des Indes, comme vous verrez par les lettres que nous écrivons au Roi : l'un veut tout, l'autre refuse tout: jusqu'ici il n'y a eu
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moyen de les faire approcher. Si estimé-je qu'ils ont envie l'un et l'autre de la paix 7 et que ceux qui prétendent l'empêcher du côté des Etats , ne seront les plus forts, si les Espagnols se veulent aider. Le président Bichardot m'a vu à diverses fois sur ces disputes , s'est plaint de la façon de procéder des Etats , et, après plusieurs autres propos sur ce sujet, m'a dit, s'ils continuent, qu'#ilsieur feront perdrel'envie de la paix, qui n'est plus désirable quand elle n'apporte aucune utilité. Il m'a semblé reconnoître que si on peut accommoder le fait des Indes, que tout s'accordera, et qu'en mettant en avant le fait de la religion , comme il m'a dit qu'ils sont obligés défaire, ils se contenteront néanmoins d'avoir témoigné leur affection. Or, quant
à ce commerce , le sieur de Barneveldt, qui veut toujours la paix , s'imagine qu'ils l'accorderont par forme de trêve , encore que là paix soit absolue ici. En quoi j'estime qu'il se trompe , ou qu'il parle ainsi crainte d'ofleqser ceux de la province de Hollande desquels il dépend, qui sont plus intéressés en ce commerce Les langages que j'ai tenus au président -Riohardot l'ont, à mon avis, persuadé que le Roi est désireux de la paix , et que nous faisons tout ce qui dépend de nous , comme il est vrai , pour y parvenir , mais que ceux qui veulent la guerre , . et les intéressés audit commerce, aigrissent les esprits des Etats, et qu'ils ont aussi tous reçu si peu de dommage par la guerre, ^jue la paix leur semble moins nécessaire. Il m'a parlé derechef, et plus, particulièrement , des alliances dont m'avez écrit , et fait entendre par qui elles ont été mises en avani; que l'archiduc y étôit porté ayôc trèsgrande affection , et à l'amitié de Sa Majesté ; sur ce
DU PRESIDENT JE1NNIN. a5g
que sadite Majesté a estimé, qu'on de voit conduire cette affaire par le moyen dn Pape j qu'on approuvoit aussi ce conseil, pource que Sa Sainteté aura en affection de la faire réussir , et saura bien considérer que la conjonction de ces deux grands rois est nécessaire dn tout pour le repos de la chrétienté et la conservation de l'autorité et dignité du SrônJL-Siége. Il m'a répété encore que telles alliances plaisent beaucoup plus à ses maîtres que celles ides princes qui ne sont de leur religion.
Je lui ai mbntré que j'étois mieux informé par les dernières lettres que j'ai reçues , que je n étois lorsqu'il me fit les premières ouvertures ^ et l'ai assuré. que cette affaire est en très-bon état du côté du Roi , lequel étant prince catholique préférera de même telles alliances à toutes autres , pourvu qu'on y procède sincèrement; et que moi, qui suis catholique, le désirerois avec ardeur $ mais que , pour y parvenir avec plus de facilité , je jugeois la paix avec lès. Etats du tout, nécessaire , comme un moyen propre pour faire cesser tous soupçons , jalousies et intérêts d'Etat ., lui remontrant qu'ils ne deVoient tant insister qu'iîfl font à la défense du commercé des Indes , qui cessera de soi-même, sans autre interdiction., dès lors que celui d'Espagne sera bien établi et assuré ; ce qu'il montre bien de croire , mais qu'il n'y a aucun moyen de le persuader en Espagne. Je vous supplie très-humblement que soyons informés au plus tôt de la volonté du Roi sur ce sujet , et s'il n'entend pas que cherchions tous* moyens possibles pour composer ce différend de commerce , et de faire la paix au meilleur marché que pourrons , sans rompre pour quelque cause que ce
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soit , puisque la souveraineté a été accordée , même si tout ce que les Etats tiennent leur demeure , et qu'on remette l'échange des places après la paix , comme il est nécessaire si on ne veut rompre là-dessus ; caries Etats y consentiront encore plus mal volontiers qu a quitter ce commerce des Indes $ pour lequel composer on peut trouver quelques expédiens : mais je vois bien, s'ils plient en celui-ci, qu'ils ne recevront aucune condition en l'autre. Si les députés d'Angleterre procédoient avec même candeur que nous , tout se passerait beaucoup mieux pour le fait des Etats $ mais je suis assuré , comme nous d'un côté essayons de persuader les députés des archiducs de remettre quelque chose de leur droit pour venir à l'accord , qu'eux, au contraire , en ce qu'ils pensent que les Etats se pourront relâcher, conseillent aux autres de tenir bon, afin de gagner leurs bonnes grâces aux dépens de leurs amis , nous semblant reconnoître que c'est leur principal but. J'en juge ainsi par plusieurs conjectures ; et s'il vous plaît de vous souvenir de ce qu'ils ont fait dès le commencement du pourparler de paix , et de tout ce qui a suivi depuis jusqu'à présent, vous serez, je m'assure , de même avis. Tout cela tend à gratifier le roi d'Espagne et les archiducs , afin de s'en prévaloir, et les mieux disposer à l'alliance qu'ils recherchent de l'infante d'Espagne pour le prince de Galles , étant bien avertis qu'il se flatte encore de cette espérance. C'est pourquoi j'estime être très-bon que Sa Majesté continue de montrer qu'elle prend goût à l'ouverture qui lui a été faite du côté d'Espagne ; car si la paix se fait ici , ils préféreront sans doute l'alliance de France à celle d'Angleterre, quand il n'y auroit autre raison
DU PRÉSIDENT JEAJiNIN. ' 26»
. que la diversité de religion ; mais il y a celle-ci encore plus forte , qu'ils conservent toujours en la maison d'Espagne , par notre alliance , les pays que tient Far* chiduc , l'Infante venant à mourir sans enfans , au lieu que le roi d'Angleterre prétendroit , par le mariage de son fils , les joindre à la couronne d'Angleterre > qui est un songe à lui d'y penser avec cette condition. Mais si la guerre continue , je le craindrois $ cap il y a apparence que l'Espagnol , pour le séparer d'avec les Etats et d'avec nous , seroit pour lui faire quelques promesses dont il tireroit un profit présent ,, et le temps l'en déchargerok. U pourroit aussi faire approuver , du moins excuser ce eonseil à Rome , en faisant entendre à Sa Sainteté , ce qu'aucuns disent déjà ici , que la reine d'Angleterre donne espérance de rendre son fils catholique , et qu'elle attend à s'en déclarer quand les affaires seront mieux préparées eu Angleterre. Je sais bien qu'il a été parlé desdites alliances , et quand ce ne seroit que songes , que cela ne laisse de nuire aux affaires que nous traitons. Il est vrai que tout s'évanouira par la paix , que nous de* vons d'autant plus désirer et rechercher. J'ai vu le discours fait par feu M. de Sailly, duquel je fais même jugement que vous, encore qu'estimiez qu'on puisse sur son projet ajouter, changer et corriger beaucoup de choses. J'en ai bien conçu quelque idée en mon esprit il y a déjà long-temps , pendant le grand loisir qu'ai eu ici , mais il n'est encore temps de s'en découvrir. Le défunt de Sailly, quand il parle d'un chef, entendent nommer le prince Maurice -, et la paix faite , je tiens que cela bien conduit pourroit réussir s'il se votiloit aider. J'ai envoyé le sieur de Sainte-Catherine
a6i NÉGOCIATIONS
à Amsterdam pour faire venir ici le marchand dont m'écrivîtes , nommé Isaac Le Maire y afin de parler à lui Suivant le commandement du Koi. J'ai retenu la lettre de Sa Majesté pour la lui donner mdi-iàêmé, et lui ai seulement écrit un mot afin de le faire venir, sans lui en exprimer la cause* Bien lui ai-jg envoyé la lettre du marchand 9 écrite en flamand. Jç n'ai pas même (Ht,audit Sainte-Catherine la cause pourquoi je le mandais,, afin que le tout soit plus secret; aussi riest-il temps d'en parler ouvertement , crainte d'offenser les Etats', <jui penseraient que nous nous, rendrions faciles a leur faire quitter, ce commerce y ou autrement le, réduira à peu d'années , pour l'attirer tant plus tôt chez nous* Lés Espagnols en seraient pareillement offensés , étant certain qu'ils ne tiendront jamais! pour leurs amis* les princes qui feront quelque dessein sur les Indes. M« de Préaux me donne espérance par ses lettres dé. venir bientôt ici , dont je me réjouis bien fort. Si M. de Sully trouve qu'en l'article des impôts il faille faire quelque restriction pour ce que vous me mandez, touchant le sel de Brouage et les droits de la eomptàbjerie de Bordeaux, il seroit meilleur, pour 1er bien des Etats, que la ratificationsoit pure, et simple, et que j'en retire Une promesse à part, de date postérieure à la ratification ; car les Etats disent que la ratification ainsifaitëleur servira beaucoup pour induire les Anglais à leur en accorder autant Je prié Dieu , monsieur, quil vous donne, en parfaite santé, trèsheureuse et longue vie.
De La Haye , ce septième jour de mars 1608.
Votre très<-humble et très-affectionné serviteur,
P, Jeàkkin.
DU PBÉSU>ENT JEAWNIN. %&£.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi, d&
dixième de mars 1608.
Sire ,
Les lettres que le sieur de Monceau > parti de ce lieu le septième de ce nmâ , doit rendre à votre Majesté avant qu'elle reçoive celle-ci , l'àiuto&f informé de tout ce qui s'est passé jusqu'alors* Au même temps de son départ M. de Preanx est arrivé ici avec lettre» de votre Majesté et ses commandemens* Ce nous a é\£ un très -grand contentement d'avoir appris par lui que notre conduite touchant la ligue lui ait été agréa-» ble -, aussi: y avons-nous procédé avec tout le soin y fidélité et industrie qu'il nous a été possiUe. Deux raisons nous ont empêchés de délivrer, dès à présent, la ratification, aux Etats : l'une , pource que M* Barneveldt en particulier, puis les députés desdits Etats ensemble , nous sont venus voir pour nous prier de faire la ligue générale , comme nous l'avions ci-devant projetée lorsque les Anglais montrèrent d'y vouloir entrer , nous disant qu'ils y sont maintenant trèsbien disposés , et qu'on feroit , par ce moyen , connoître à chacun que les deux rois sont conjoints en leur secours, qui donneroit beaucoup de réputation à leurs affaires 5 au lieu qu'on tient aujourd'hui le contraire , à cause du refus que le roi d'Angleterre fait d'y entrer avec nous ; qu'ils éviteront aussi plusieurs difficultés qui se rencontrent à faire la ligue particulière avec eux , qu'ils ne se peuvent promettre de surmonter sans votre Majesté , qui n'en recevra pourtant aucun dommage. Ils ont ajouté cette seconde
264 HÉGOCIÀTIOISS
raison , que les députés d'Angleterre étoïent en espérance d'avoir bientôt charge de leur maître pour faire ladite ligue , non-seulement avec les Etats , mais aussi avec elle. Quant à la première raison , nous n'y avons eu aucun égard -, car la ligue déjà faite avec les Etats est meilleure et plus assurée pour nous que la générale sans aucune expression de secours. Bien nous sembleroit-il, si les Anglais la vouloient aussi bien faire avec nous qu'avec les Etats , qu'il y auroit raison , celle-ci étant conclue et arrêtée , de rompre l'autre déjà faite , mais non plus tôt. Il est vrai que nous ne voyons rien jusqu'ici qui nous doive faire espérer ce changement en la volonté du roi d'Angleterre , encore que ses députés nous aient dit , et particulièrement M. Spencer au président Jeannin, beaucoup de bonnes parolessur ce sujet depuis peu de jours. Toutefois cette retardation ne nous peut de rien nuire , attendu même que nous ne sommes obligés de donner ladite ratification que dans le 26 de ce mois , et que ce délai n'a été pris que pour leur seule considération. Pour le regard des lettres de votre Majesté aux Etats , concernant le fait de ladite ratification , nous nous y conduirons lofe selon qu'il sera requis pour son service. Il sera aussi assez à temps de leur déclarer lors son intention pour les quatre mille hommes , et la restriction, tant pour les subsides qui se lèvent en Brouage sur le sel que pour la comptablerie de Bordeaux. Les difficultés d'entre les Etats et les Anglais pour leur 1 igue particulière , sont celles mêmes dont nous ayons ci-devant donné avis à votre Majesté ; à savoir , qu'ils ne veulent donner secours que pour un an en cas de paix enfreinte, l'ayant ainsi expliqué depuis , et mieux
DU PRÉSIDENT JEANNIN. a65
qu'ils ne Payaient fait, lorsque Pavons premièrement écrit , y ajoutant qu'on s'assemblera Tan fini pour résoudre, sur la continuation d'icelui secours, des moyens d'entrer en une guerre ouverte pour leur défense commune. Ils demandent aussi pareil secours par mer que le leur , et que celui par terre soit des deux tiers ; alléguant cette raison que , s'ils ont bien accordé la moitié à votre Majesté , eux n'étant si puissans que nous , on ne devoit faire refus de l'accroître jusqu'aux deux tiers.
Us demandent en outre , sur leurs dettes , cent mille écus chacun an es deux premières années , et deux cent mille écus après par an jusqu'à fin de paiement. Sur lesquelles difficultés les Etats ont requis temps pour renvoyer derechef en Angleterre , afin de faire modérer ces conditions , dont les députés d'Angleterre sont bien aises , comme nous estimons , pour montrer aux députés des archiducs les recherches des Etats, et les délais et refus qu'ils font. C'est aussi pourquoi les Etats voudroient bien retourner à cette ligue générale , pensant qu'ils auroient après meilleure composition sur les affaires particulières qu'ils ont avec eux. Lesdits députés des Etats nous ont dit aussi , en la même conférence, ce qu'ils ont traité avec les députés des archiducs en deux assemblées faites depuis le départ du sieur de Monceau ; à savoir , qu'ils ont donné l'un à l'autre les principaux articles qu'ils prétendent respectivement faire insérer et comprendre au traité de paix. Sur quoi M. le président Richardot, à la lecture de l'article treizième de ceux présentés par les Etats, demanda comme ils Pentendoient $ et après qu'ils se furent expliqués, et que c'étoit pour
2$(h NÉGOCIATIONS *
obliger les provinces de Brabant et Fla&lre à payer 1 e ftrç gotes des dettes contractées pendant leur union , il fit réponse qixoa leur voidmt donc iki* e payée les éteufe comme s'ils avoient perdu la partie, et que ce iVëtoit pa^ le*»; intention. Les députés des, Etats demandèrent? pa*eill#m£nt l'explication d&deira articles , Fui*.twKîhanfc les privilèges* des Anglais ,. sur lequel lçdU skux président répondit,, pounce qu'ils a voient aussi bien d^3 privilégjas cW les arciûdtea qroe, chez les Etats , qu'il étoit besoin de les régler d'une; part et d'autre^ de mewé feç#n ; l'autre fat pour, kt religion , les Etats ayant décidé , puisqu'on; les reeonnoisaoit pour libres et souveraine, qn'ita ne voûtaient recevoir aucune condition sur, cet article par traité , eu requérant l'explication* q»e ledit sieur président dit ne pouvoir êtrefaite pour lors, d'autant qu'ils^) en attendaient réponse d'Espagne, où ils avoiçnt envoyé exprès, depuis quelques jours pour s'en éclaircir. Bien les assqrotent-ik qu'on ne prétendoit rien pour ce regard, qui pût être préjudiciable à leur liberté et souveraineté, ayant, comme. nous estimons, ajouté ces mots crainte que ceux qui veulent la guerre prissent làdessus occasion de rompre : aussi avoit-tl appris de noua que , s'ils y insistaient formeltement , ils tomberaient en ce péril. Et, à cette occasion , ils prirent ce délai pour voir ce. qu'on fera sur les antres articles, et après résoudre à loisir comme ils auront à se gouverner en celui-ci ; car il n'y a que ces deux articles, lecommerce des Indes et leftit de la religion , sur lesquels ils puissent rompre av^e quelque. avantage pour eux. Les députés des Etats , après nous avoir fait en-
(0 Qu'ils : que les députes àes archiducs.
DU PRÉSIDENT JtEAWNIN. 267
tendre ce que dessus , touchant la conférence qu ils avaient eue arec les Anglais et les députés des archiducs, ont ajouté à la fin de leurs discours la prière ordinaire pouf la continuation tdu secours , jusqu'à ce que la paix soit conclue , attendu qu'ils ont toujours te même nombre de gens de guerre , et qu'ils ne peuvent avoir recours qu'à la bonté de votre Majesté, à qui ils reconnoissent devoir leur salut. Sur qnoi leur a été dit par nous qu'ils se pouvoient bien souvenir des propos que leur avons tenus lorsqu'ils firent instance pour avoir le troisième quartier , puis le dernier quartier de Tannée précédente , que votre Majesté n'entendoit leur donner aucune cbose pendant la trêve , outre la demi-année précédente que votre Majesté leur avoit fait toucher. Et enfin s'étant laissé vaincre et persuader pour leur faire fournir Tannée entière , c'avoit été à condition qu'ils ne dévoient rien espérer pour Tannée suivante , qui est celte où nous sommes, ni tant que la trêve durèrent , les exhortant à cette occasion , et pource que c'étoit leur profit, de conclure tôt ce qu'ils voudraient faire , fût paix ou guerre , et que nous ne lui en oserions faire aucune supplication et instance , bien assurés qu'elle ne la prendroit de bonne part; qu'il ne falloit aussi presser ses amis jusqu'à telle extrémité, et considérer qu'elle leur a déjà donné un si grand secours qu'il est sans exemple ; d'ailleurs qu'elle est avertie que le roi d'Espagne arme en Espagne et en Italie , tant par mer que par terre , et qu'il y a déjà quelques semences de mouvemens en, Italie ; ainsi qu'il lui est nécessaire de se préparer , et avoir des moyens prompts pour se garantir de tous
inconvéniens , d'aider ses amis et eux-mêmes si, la paix n'étant faite, quelque orage venoit à tomber sur leur Etat ; qu'étions bien certains qu'elle ne seroit contente de leur conduite , qui a tant de circuits et longueurs, que le temps se consume inutilement , n'y ayant apparence, s'ils ne changent leur façon de procéder , qu'on puisse sortir de cette incertitude en plusieurs mois , au lieu qu'ils en pourraient voir la fin, s'ils traitoient avec l'industrie et diligence requises en affaires de pareille importance , dans un mois ou six semaines. Ils ont promis d'user de plus grande diligence à l'avenir , mais n'ont pourtant discontinué en leur instance et supplication , que nous sommes obligés de représenter , quoique lé fessions avec regret crainte quelle ne la prenne de mauvaise part ; mais il est besoin que nous ^avertissions de tout. Nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.
De La Haye , ce dixième jour de mars 1608.
Vos très-humbles et très -obéis s ans sujets et serviteurs , P. Jeannin , et de Russy.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russj- au Roi, du
douzième de mars 1608.
Sire ,
Notre précédente lettre est du dixième de ce mois , à laquelle nous ajouterons celle-ci pour avertir votre Majesté que les députés des Etats s'étant assemblés l'onzième avec ceux des archiducs, au lieu d'entrer en conférence sur les articles qu'ils avoient donnés l'un à l'autre , et de laisser indécis celui du commerce des Indes, selon qu'il avoit été résolu par deux précé-
DU PRESIDENT JEÀNNIN. 269
dentés délibérations, ils ont derechef demandé la résolution entière et absolue dudit commerce1, et déclaré qu'ils ne pouvoient passer outre , jusqu'à ce qu'ils en fussent éclairais , eux le prétendant toujours par forme de trêve , et pour certain temps , comme de huit ou dix ans , et, ledit temps passé, qu'on s'atsemble à Bruxelles ou à Anvers , pour aviser amîablement sur la continuation ou cessation d'icelui , et les députés des archiducs consenti à ladite trêve , pourvu que , le temps d'icelle expiré , ils n'y puissent plus aller ; déclarant ouvertement ne le pouvoir accorder à autre condition , au cas qu'ils veulent avoir paix ici , ou bien qu'on fasse la trêve également , et pour même temps , tant ici que par delà la Ligne, dont les Etats font pareillement difficulté , s'opiniâtraiit à obtenir la paix absolue d'un côté, et la trêve de l'autre : sur quoi les députés des archiducs se séparèrent de leur assemblée avec colère •, et fit le marquis Spinola réponse à M. deBarneveldt, qui lui demandoit s'ils feroient rapport à leur assemblée générale de ce qui s'étoit passé entre eux, ou si on le remettroità une autre conférence , que chacun pourroit faire ce qu'il voudroit , et se leva là-dessus pour se retirer ; mais le Cordelier Rapprochant de lui , après lui avoir dit un mot à l'oreille , dit aux députés des Etats , en latin et tout haut, que la nuit donneroit conseil. M. Maldrée en même temps , et lorsque le s dits députés se levoient de leurs places pour sortir , dit aussi ces mots en espagnol : qui veut avoir tout perd tout. A quoi M. le président Richardot fit soudainement réponse avec véhémence et colère : « Dites cela pour vous, et croyez qu'il vous en adviendra ainsi. » Votre Majesté
voit les aigreurs et passions dé ces peuples. Ce n'est pas que le plus grand nombre en rassemblée des Etats ne soit dispose d'accepter cette ouverture , et de faire la trêve partout , plutôt que de rompre. Il y a une loi entre eux , qu'en affaires de pareille importance on ne doit rien résoudre sans le consentement de tous. Or la province de Zélande contredit opiniâtrement à tout-, elle sera peut-être encore assistée de celle de Frise ;'et jusques ici les autres ont dissimulé sans vouloir prendre un avis formel et contraire , pource qu'on leur dit toujours que les députés des archiducs se laisseront vaincre. En quoi on les trompe, n'y ayant aucune apparence que le roi d'Espagne veuille quitter tout sans rien obtenir.
Nous ne voyons plus rien qui puisse suffire pour faire conclure cette délibération , et les faire joindre tous ensemble, que l'autorité des rois et princes qui ont leurs députés en ce lieu , même de votre Majesté et du roi d'Angleterre , qui oblige les autres à les suivre. Et vous, Sire, quand vous seriez seul, personne ne se voudrait opposer ouvertement à son avis; c'est pourquoi nous lui envoyons exprès le sieur de Sainte-Catherine , pour être éclairas prompteroent , s'il lui plaît , de sa Volonté sur ce t sujet , afin de la suivre, et essayer de persuader aux Etats d'en faire autant , soit pour opiniàtrer ce commerce aussi bien qu?eux , ou de prendre l'un des deux expédieiîs cidessus déclarés pour en sortir. Car , encore qu'ayons jusques ici fait connôître aux Etats que votre Majesté n'auroit agréable qu'ils rompent à cette occasion , nous leur avons néanmoins toujours dit que n'avons aucun commandement particulier d'elle, et que nçu& Pat-
tendions. Or la langueur leur est grandement préjudiciable. La demeure des députés des archidncs en ce lieu est ce qui les fortifie plutôt à refuser *te*|tt*0n leur demande , qù'eHe ne tes -échauffe à le consentir. Il n'y a rien que nous ne fessions tous les jours pour admonester et persuader aux Etats^de^éjéindre enseti&le en tm même avis ; et le jour d'hier en -eûmes plusieurs propos avec le prince Maurice', en présence de la princesse d'Orange, lui alléguant des raisons de si grande efficace, qu'elles ne peuvent recevoir aucune réponse qui soit de mise à l'endroit -de ceux qm veulent juger de cette affaire sans passion. Le marquis Spinola, pour être informé au vrai de l'intentlondu roi d'Espagne, a dépêché il y a déjà quinze jburs un courrier vers lui, lequel montra à Rotterdam être si pressé, qu'il prit certificat qu'on l'a voit fait séjourner deux heures, disant qu'il y alloit de sa vie s'ilnefaistoit la diligence requise. Nous craignons que les mauvaises nouvelles qu'il portera «n Espagne ne soient cause de leur faire changer d?avis, et d'avoir enliorreur la paix autant qu'ils Tont désirée. Votre Majesté a ci-devant été informée , par nos lettres, des raisons qui nous faisaient juger la trêve pour tjttelques années, comme de huit , dix , douze ou quinze ans , devoir 'être autant :oui plus utile à cet Etat et à lemrs amis tpie la paix. Nous sommes! encore *à présent dé mieme avis, et qu'elle vaudra peut-être mieux de six ou sept ans que de plus long temps , pour les changemens qui peuvent arriver aux affaires, lesquels sont cause Bien souvent qtfe la paix désirée en une saison est trouvée dtahmageable enl l'autre. Et ce qui riotts confirme davantage en notre avis premier , est que nous pré-
a J 2 NÉGOCIATIONS
voyons plusieurs difficultés pouvoir traverser la paix, dont la trêve nous fera sortir > y ayant apparence , combien qu elle soit aussi bien rejetée à présent par le prince Maurice et ceux de son opinion que la paix, pour l'espérance qu'ils ont , si on ne peut demeurer d'accord des conditions d'icelle , qu'on rentrera en guerre quand il n'y a qu'une trêve , que lorsqu'on est en paix. Au contraire, elle nous laisse en soupçon l'un de l'autre pendant qu'elle dure , et les moindres offenses nous jettent aux armes*: ce qui est plus difficile après la paix, qui nous fait contracter des amitiés et habitudes qui nous convient et obligent de souffrir plutôt tout que de rentrer en guerre.
Il y a déjà sept ou huit jours que les députés des archiducs ne nous sont venus voir , ni le président Richardot le sieur Jeannin en particulier , comme il souloit faire fort souvent , et presque de deux ou trois jours l'un , encore que ledit sieur Jeannin l'ait vu le dernier à part , puis le marquis et lui ensemble. Nous n'en pouvons juger l'occasion ; car ils traitoient auparavant en grande confiance avec nous , et nos actions la leur doivent plutôt avoir accrue que diminuée. C'est peut-être qu'ils craignent que ces fréquentes visites n'aient donné de l'ombrage aux députés d'Angleterre, de l'amitié desquels , et des offices qu'ils en peuvent recevoir en secret , ils ont plus d'assurance que de la nôtre , étant bien avertis aussi que le roi d'Angleterre, en ses propos ordinaires, décrie les affaires des Etats tant qu'il peut -, qu'il leur demande de l'argent, au lieu de leur en vouloir donner pour faire la guerre; qu'il refuse ou diffère tous les jours la ligue dont les Etats le poursuivent , étant vraisemblable qu'il fait
entendre aux archiducs que c'est en leur faveur , et savent au contraire que votre Majesté a envoyé argent aux Etats depuis que nous sommes ici , et qu'on parle avec liberté en France du bien et prospérité qu'on leur désire. Not#e conduite «st «aussi telle qu'il est requis , pour ne point tromper les Etats qui se fient en votre Majesté. En quoi faisant , comme nous «a sommes mieux avec eux, nous, sommes d'autre coté moins agréables à ceux-ci , qui en sont trop bien avertis , et que votre Majesté , plus que nui autre prince, a pouvoir d'aider à faire ou rompre la paix, même au penchant auquel sont à présent les Etats, Nous espérons aussi prendre nos mesures si justement en cet endroit , qu'ils seront contraints de confesser et reconnoître que personne n'y aura tant contribué , si elle se fait , que nous. Mais il est bien k craindre, d'autre «ôté, que si la guerre continue ils n'aient opinion d'y avoir reçu de nous de mauvais offices sous main , encore qu'il n'en soit rien ; car le président Richardota dit souvent audit sieur Jéanniu qu'il s'étonnoit de la fureur et rudesse de ces peuples, qui, ne pouvalnt faire la guerre seuls, montrent toutefois de la craindre si peu -, comme s'il eût voulu attribuer cette opiniâtreté à l'assurance d'un appui secret, non à la seule témérité. À quoi ceux qui veulent la guerre aident ta/nt qu'ils peuvent; car, quoi que nous disions, ils font entendre sous main à ceux qu'ils désirent attirer k leur opinion, qu'ils ont toute assurance du secours de votre Majesté. Ce sont inconvéniens qui sortent de la nature de la chose que nous traitons, et des passions des particuliers qui y ont intérêt et cherchent de faire incliner les résolutions à leur but : t. i3. 18
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à quoi nous remédions néanmoins au mieux qu'il nous est possible , et pensons qu'enfin tels artifices seront étouffés par la vérité de notre conduite.
Nous avons ci-devant mandé à votre Majesté que, par les discours du président RicUardot au sieur Jeannin, on avoit reconnu qu'en faisant la trêve les députés des archiducs seroient pour consentir aux Etats la liberté et souveraineté pour toujours, aussi bien que la paix; mais nous sommes maintenant en quelque crainte qu'ils n'en fassent difficulté ,.et ne la veuillent restreindre au temps de la trêve ; car nous reconnoissons de jour à autre que leur demeure ici , soit à cause des pratiques qu'ils y font , ou de l'assurance qu'ils ont eue de k volonté du roi d'Angleterre , leur donne espoir de profiter autant ou plus par la rupture que par la paix ou trêve ; et néanmoins, sans obtenir la liberté pour toujours , les Etats rejetteront du tout la trêve, et ne croyons pas aussi, non plus queux, qu'elle leur fût utile autrement ni à leurs amis. On pourroit bien par la trêve se contenter de mots qui offenseront moins que ceux que les Etats ont requis par la paix en la remise et cession de la souveraineté > qui ne laisseront pourtant d'être aussi significatifs que les autres qu'ils désirent: à savoir , que le roi d'Espagne et les archiducs , tant pour eux que leurs successeurs^ déclarent qu'ils tiennent et reconnoissent les Provinces-Unies pour Etats et pays libres , sur lesquels ils ne prétendent rien , et en cette qualité traitent et accordent la trêve avec eux. Or , si ce moyen de trêve en la forme susdite vient à défaillir, il n'y a plu6 de recours qu'à la paix, en essayant de surmonter les difficultés selon qu'elles se présenteront, et
nommément celle des Indes, faisant accorder les quatorze ans qui restent de la compagnie , ou contenter les Etats de moindre temps , si on ne peut gagner le tout. En quoi il y aura beaucoup de difficulté , et plutôt de leur côté , comme il nous semble , que de celui des archiducs; car nous avons affaire à tant de' gens , et qui ont si peu de crainte de l'avenir , à cause des prospérités du passé, que les plus sages sont souvent contraints de suivre l'avis des plus téméraires et imprudens.
Si est ce que nous espérons beaucoup de l'autorité de votre Majesté envers eux , et de ce que les Provinces en plus grand nombre , c'est-à-dire ceux auxquels elles se fient de leurs affaires , veulent la paix» nous nous conduirons en tout suivant ses command&nens , dont nous la supplions très - humblement de nous avertir au plus tôt. Elle aura vu par notre précédente lettre quels sont les propos que le sièur Baraeveldt avoit tenus au président Jeannin , et M. Spencer aussi , touchant l'amitié du roi d'Angleterre avec elle ; et pource que ledit Baraeveldt les lui répéta encore le jour d'hier, montrant d'en bien espérer, il fut avisé entre nous que M. de Russy en parleroit par occasion , et comme de lui-même, à M. Winood , y ayant des considérations sur ce sujet qu'il pouvoit mieux toucher seul que si nous étions ensemble : il l'a fait , selon qu'il lui écrit particulièrement , qui nous empêchera d'en rien mettre ici. Que votre Majesté ne craigne point, en cas qu'ils concilient leur ligue avec les Etats > qu'il y ait rien à son préjudice , ni que les autres princes y entrent avec eux , car ils n'y pensent point; et le roi d'Angleterre même, crainte
2j6 NÉGOCIATIONS
que le roi d'Espagne et les archiducs ne soient offensés dé lui fe'il assemblôit en âà ligue d'autres princes potxt lëfc joindre au sefcours des Etats et tes rendre leurs èûnemis, s'en abstiendra. Quant à rechange dés places , c'est assez que noiîs soyons instruits de Sa Volonté; aussi èst-ii certaiii <Jûe les Etats n'y voudront point entendre , et que tout ce qu'on pourra obtenir ii'ëuX sera qu'ils s'accommodent sur le fait du commerce des Indes. Nous prions Dieu, Sire ,~ qu'il donne à votre Majesté , en très- parfaite santé , trèslongue et très-heureuse vie.
De La Haye 9 ce douzième de mars i6oè.
Vos tbète-humbies et très-obéissaris sujets et serviteurs, P. Jeahnin et dé Hussy.
fjettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du quatorzième
de mars 1608. .. . .
Monsieur , vous verrez ce que nous écrivons au Roi sur les changemens qui arrivent ici en la conduite des affaires, à cause des passions de CëUfc qui veuleht la guerre , lesquels traversent cofttïniiellement les bonnes intentions des autres qui désirent la paix. Les députés des archiducs' s'en trouvent étonriés , et ne savent à qui s'en prendre , estimant quelquefois que leur rudesse à traiter est fotftefitée de quelque secret appui 5 puis après croient , cfe cfui est véritable > que cette opiniâtreté ne vient que d'euxmêmes et du peu d'appréhension qu'ils ont de l'avenir , se fondant sur les prospérités qu'ils ont eues du passé. Us ont discontinué à nous venir Voir plus que de coutume , mais je n'en sais pas bieii la cause ; car notre affection à là paix est reconnue tous les
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jeurs' de plus en plus , pans que néanmoins nous fassions chose qui soit contre le bien des Etats : ainsi en jugent les plus sages , et louent autant notre eon* duite que les ennemis de la paix en sont mal contens. Peut-être que les députés d'Angleterre y procèdent d'autre façon , et , par quelques témoignages secrets de leur amitié à l'endroit des archiducs , obligent davantage leurs députés; mais nous avons pour guide les commandemens du Roi , et ce qui nous semble licite pot|r ne point tromper nos amis. Rien ne se fera sur l'échange des places contre ce que Sa Majesté commande ; car les Etats sont si fermes et réso* lus , qu'ils n'auront besoin d'autre persuasion pour ce regard} et ce que nous vous en avons mandé étoit plutôt de l'avis d'autrui que du nôtre , rien n'en ayant été dit de notre part à qui que ce soit. Quant au commerce des Indes , je n'y vois autres expédiens qup ceux contenus en ïa lettre qu'écrivions au Roi. Celui de la trêve ici et aux Indes sera enfin le meiU leur, pourvu qu'ils soient aussi bien reconnus libres que par la paix; car de l'être à temps limité, et non pour toujours , cela ne serviroit de rien. Le président Richardot, me voyant il y a dix ou douze jours, avoit montré de ne faire difficulté d'en traiter ainsi; néanmoins le Cordelier a dit depuis deux jours le contraire & cpielquun qui a de la privauté avec lui; si ne laissé -je d'en espérer bien de leur côté; pource qu'il me semble qu'ils désirent la paix avec grande ardeur /et craignent autant de rompre que les Etats. La trêve nous feroit éviter plusieurs difficultés qui se rencontreront à la paix , outre qu'elle sera autant ou plus utile à leur Etat et à leurs amis que la
paix même ; car n'étant qu'en trêve ils seront plus enclins à contribuer pour le paiement des gens de guerre qu'il faudra tenir en garnison. Il y aura moins d'amitié entre eux et les Espagnols , et par ce moyen en auront plus de soupçon et de défiance les uns des autres. Elle sera aussi moins désagréable à M. le prince Maurice ; car il§ seront obligés à lui rendre plus de respect et à le mieux contenter , à cause du besoin qu'ils en pourront avoir , la trêve étant expirée : outre ce qu'il lui semblera le retour à la guerre en être plus facile, que si la paix étoit faite-, et cette même raison regarde aussi l'intérêt de Sa Majesté , qui pourroit bien , dans quelques années , désirer autant la guerre en ce pays qu'elle fait à présent la paix. Vous vous souviendrez , monsieur , des raisons que j'ai autrefois eues sur ce sujets qui furent lors approuvées. Et quand ladite trêve ne seroit que de six, huit ou neuf ans , elle seroit bien aussi bonne que pour un plus long temps , pource que plus elle sera longue, moins ces peuples auront soin de se tenir armés, penseront moins aussi devoir rentrer en guerre avec les Espagnols , et leur deviendront par ce moyen plus facilement amis. Il est vnii que si l'on fait cette trêve il faudra, par un nouveau traité avec les Etats , déclarer que la ligue faite aura lieu durant le temps d'icelle , çt y ajouter encore qu'ils ne pourront faire la paix , sinon du gré et consentement du Roi, qui voudroit étendre la ligue et la rendre perpétuelle. On le pourroit faire aussi bien que par la paix, si les Etats sont reconnus libres pour toujours : le commandement du Roi nous prescrira ce que nous aurons à faire. Les députés d'An-
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gleterre nous disent toujours de bonnes paroles , et montrent que leur maître veut à bon escient l'amitié de Sa Majesté , et y joindre l'alliance de leurs enfans. Vous verrez , par la lettre de M. de Russy , les discours que M. Winood lui en a faits, et qu'il désire que M. de La Boderie tienne quelques propos à leur Roi sur ce sujet. Ledit sieur de La Boderie est sage pour n'y rien gâter $ et néanmoins je crains qu'il n'y ait de l'artifice, et qu'on ne veuille faire connoître et publier cette recherche pour s'en prévaloir envers le roi d'Espagne , et obtenir plus aisément son alliance qu'il poursuit, à ce qu'on tient ici , et qu'il ne le fasse aussi $ur la crainte qu'il a eue que Sa Majesté et ledit roi d'Espagne n'aient un même dessein ensemble pour le mariage de leurs enfans , se promettant de le retarder ou empêcher du tout par cet artifice. Il est vrai qu'on ypqut procéder avec telle dextérité qu'on évitera tous ces inconvéniens , et feroit-on profit de cette occasion s'il a bonne volonté \ car il peut bien être que ce prince qui est irrésolu a changé d'avis : ainsi d'autant que cette alliance semble plus utile qu'aucune autre , on n'y doit rien négliger pour y parvenir. J'avoisbien dit au«ieurBarnevcldt, qui m'en a parlé quelquefois /que c'étoit au père du fils à faire cette recherche , et que l'honneur en é toit bien dû à la maison de France, qui est à présent en plus de respect envers tous les princes de la chrétienté qu'elle n'a été depuis plusieurs siècles* «Je lui ai encore dit qu'il falloit commencer par l'amitié des princes et de leurs couronnes , et qu'on pourvut plus aisément bâtir le surplus suc ce fondement qui donpeçoit assurance à l'un çt à l'autre qu'ils y procèdent de bonne foi. S? Majesté y s^ura bien prendre
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une bonne résolution avec votre avis , et de ses principaux ministres. Dès le lendemain que M. de Préaux fut arrivé en ce lieu, j'envoyai le sieur de Sainte- Catherine à Amsterdam , avec une lettre que j'écrivois au sieur Isaae Le Maire pour le prier de venir ici , et que j'avois à lui communiquer quelque chose d'importance dé h part du Roi , sans lui envoyer la lettre de Sa Majesté; que retins pour la lui donner moi-même à son arrivée; bien lui envoyai-je celle qu'en lui écri^ voit en flamand! il ne faillit de venir quatre jours après , désirant qtie sa venue fût cachée ; et , à celte occasion, il me vint trouver à rentrée de la nuit, comme aussi le lendemain de grand malin, puis s'en retourna à Amsterdam sans vouloir demeurer davantage y me ctisaftt que ceux de la compagnie des Indes savoient bien qu'il étoit affectionné à la France, versé en ce négoce des Indes, et, s'ils découvraient qu'il eût parlé à moi , que cela leur seroit très-suspect. Ii fut deux heures avec moi à chaque fois -, et, après avoir reçu les lettres du Roi avec grand respect et icelles lues , me commença à dire qu'il y a déjà long-temps qu'on lui avoit fait quelques ouvertures de la part de Sa Majesté pour ce fait , et que lui-même s'y ëtoit offert comme affectionné à la France , &ant issu de la ville de Tournay, les habitans de laquelle ont tous la fleur de lis dans le cœur , et qu'il a aussi une si entière connoissance de ce commerce , qu'il pensoit bien y pouvoir être utile. Qu'il avoit dès-lors retenu totis de ses frères avec lui pour les joindre en cette société , lesquels demeurent à présent l'un en Portugal , l'autre en Castiflé , et le tiers en Italie , et sont tous trois associés avec lui pour six ans en d'autres
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négoces. Qu'il en avoit fait autant de quelques bons pilotes et matelots , les empêchant de prendre autre parti ailleurs , en espérance de se retirer en France pour ce sujet; mais lui ayant semblé que cette affairé étoit négligée , il avoit fait prendre parti auxdits pilotes et matelots avec la dernière flotte qui est allée aux Indes. Qu'il n'est pourtant découragé d'entendre à ce dessein , et de retirer ses frères pour y aviser j mais qu'il est premièrement besoin de voir la résolution qu'on prendra ici , soit de paix ou de guerrç. Que si par la paix la compagnie des Indes ne peut continuer son trafic , on la pourroit avoir en France; Que s'il lui est loisible de faire ledit trafic , et que ce soit sans hdstilim , qu'on en peut encore faire une en France , laquelle y allant en forme de guerre fera sans doute plus de profit que l'autre, à cause des prises sur les Espagnols et Portugais. Que pour la commencer il feut du loisir à se préparer comme de deux ans , tant pour bâtir navires et former une compagnie, que pour mettre ensemble le fonds et les préparatifs et provisions requises pour faire succéder ce dessein. Que de son côté et de ses associés il se peut faire fort de quatre navires -, à savoir , trois de cinq à six cents tonneaux et un de deux cents , équipés comme il appartiendra pour tels voyages ; qu'on en peut joindre d'autres après à ce commencement , tant de ce pays que de la France , et qu'il seroit bon d'y inviter de la part fie Sa Majesté les bonnes et grandes villes du royaume , afin que chacune d'icelles voulût avoir quelque capital en la compagnie , et leur administrateur , comme aussi faire construire quelques navires pour servir à ladite entreprise. Que Sa Majesté même*,
sous le nom de qui bon lui sembleroit ou sous le sien, aidât à faire le fonds, prenant sa part aux profits, à raison de ce qu'elle y mettroit, comme ont fait autrefois les rois de Cas tille et de Portugal.
Quant aux pilotes et matelots , qu'il en faut bien prendre quelques-uns des principaux ici , pource qu ils en ont à présent plus de connoisèance , mais qu'on doit tirer le plus grand nombre de la France ; d'autant que si tous les pilotes et matelots étoient de ce pays, il seroit à craindre qu'au retour d'un voyage chacun ne se retirât chez soi avec le gain qu'il auroit fait, puis se remît à autres voyages, soit en Espagne ou ailleurs; au lieu que les Français ayant leur demeure en France, y seront toujours disposés, même avec l'autorité de Sa Majesté , qui les obligera de continuer ; m'ayant dit ledit sieur Le Maire que les matelots français, étant accoutumés auxdits voyages , seront meilleurs encore que les leurs , pource qu'ils sont plus sobres. Il m'a parlé des ports de France , et m'a dit aussi qu'il y en a grand nombre de bons et plus commodes pour y entrer et sortir en toute saison qu'ici : qu'il est nécessaire que la compagnie soit libre au lieu où on la mettra , reconnoissant néanmoins l'autorité du Roi et le gouverneur qui y sera, mais que les officiers n'entreprennent rien sur leur commerce. Il a encore ajouté, au cas que la compagnie des Indes qui est ici continue par la,paix, que Sa Majesté , en établissant une compagnie chez soi, fasse défenses , pour quelques années, à tous autres d'apporter les mêmes denrées dans le royaume : autrement celle qui est en ce pays , laquelle continueroit d'y aller à l'avenir sans commettre hostilité , et, par ce moyen , ne seroit obligée d'avoir
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aucun équipage de guerre, ni tant de gens que l'autre de France faisant les voyages à ses périls , pourroit toujours donner lesdites denrées à meilleur prix , ainsi leur ôteroit tout le profit. Et sur ce que je lui remontrai deux choses ; Tune , qu'il seroit en leur pouvoir de surhausser le prix, ainsi que bon leur sembleroit 9 au dommage des sujets de Sa Majesté -, l'autre , qu'en la ville de Marseille plusieurs en font trafic , et qu'il ne seroit raisonnable de leur ôter , il me fit réponse 9 quant au premier point , que le prix leur pourroit être donné par ceux que Sa Majesté commettrait, lequel il ne leur seroit loisible d'excéder , et pour l'autre qu'il n'entendoit toucher au commerce de Marseille; car les marchands de ce lieu-là ne distribuent aussi bien leur trafic qu'aux provinces qui sont près d'eux , à quoi ils n auroiént aucun intérêt. Il m'a tenu plusieurs autres propos sur le sujet de ce commercé, des moyens de l'établir es Indes , et qu'il sait , par quelques capi-r taines de navires *et pilotes qui ont été en ces Indes d'Orient, que les rois et peuples qui ont ouï parler de la grandeur du royaume de France et dé la puisr sance des rois qui y commandent , leur ont souvent demandé s'ils n'y enverroient point d'armées pour leur aider à chasser les Portugais et Espagnols , et contracter une bonne amitié et intelligence avec eux , leur disant que les Hollandais n'étoient qu'un petit pays , et que si ce grand Roi étoit de la partie , ils seroient incontinent maîtres de leurs ennemis, leur demandant souventes fois là-dessus , en leur langage , s'il avoit autant de chevaux , de gens et d'arquebuses que les Portugais. Et quand on leur disoit qu'il en iivoit bien plus , ils s'en réjouissoient , et montraient
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de désirer leur venue. C'est ce que j'ai pu recueillir de ces discours.
J'ai aussi conféré il y a déjà plus de deux mois , et encore depuis peu de jours., avec Plancius, qui est un grand cosmographe, lequel demeure à Amsterdam, et est aussi l'un de leurs ministres , homme fort versé en la connoissance des Indes , tant d'Orient que d'Occident , pour la communication particulière qu'il a eue avec les marchands , pilotes et mariniers qui ont fait les voyages : en sorte que le Roi ne manquera de bonne instruction quand il voudra penser à bon escient à cette entreprise , et comme il appartient pour la faire succéder, dont je ne parle néanmoins qu'en crainte , pource qu'elle est lointaine , requiert beaucoup de temps et un grand soin. Je ne m'en retournerai point sans porter avec moi de bons mémoires et instructions à cet effet, ayant prié, tant ledit Le Maire que Plancius, de me donner par écrit ce qu'ils en savent. J'entretiens aussi de longue main deux hommes de qualité en ce lieu , auxquels les marchands dé la compagnie des Indes communiquent toutes leurs affaires , et s'y fient du tout , afin que si la compagnie cessoit ici on la put transporter en France ; ce qu'ils m'ont toujours promis. M. deSchomberg connoît aussi bien particulièrement le trésorier de cette compagnie qui est Allemand , et y a beaucoup de pouvoir , qui m'a dit de même qu'il y est bien disposé $ mais il ne faut plus s'attendre à ladite compagnie, étant bien certain, soit paix, trêve ou guerre,* qu'elle continuera son trafic, du moins pour quelques années. La plus grande difficulté sera , , à mon avis , quand on voudra faire une compagnie en France, de pourvoir qu'on demeure
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d'accord avec les marchands hollandais, lesquels ne prendront plaisir de voir que nous entrions en leurs brisées, et, par ce moyen, diminuions leurs profits. Car, encore quepanraison ils doivent toujours être no* amis et nous favoriser partout, ce que je tiens certain pour le corps de leur Etat , il y a néanmoins danger que ces marchands ne fassent le contraire , et ne s'unissent même plutôt avec les Portugais pour en chasser tous les autres qui y voudroient aller ^mais il n'est encore temps de parler de cette affaire ici jusqu'à ce que leur traité soit conclu ou rompu. Outre ce, il me semble qu'on s'en doit cacher le plus qu'on pourra , jusqu'à ce qu'on veuille venir aux effets > de peur cpie les Espagnols n'en soient avertis, et ne préparent quelr que dessein pour rompre le nôtre , soit en nous faisant la guerre s'ils peuvent séparer d'avec nous l'Angleterre et la joindre avec eux , ou bien en faisant quelque traité avec les Hollandais mêmes qui les pourroit unir en ce trafic ; car les Espagnols sont si sensibles en la crainte de ce danger , qu'il n'y a rien qu'ils Refassent pour s'en garantir. Et à la vérité , s'ils considéraient bien que ces Indes d'Orient sont d'une si grande étendue qu'ils ne peuvent empêcher qu'autres qu'eux n'y abordent , ils pour r oient bien y souffrif les Hollandais , leur rendant commun ce qu'ils pensoient tenir auparavant seuls , afin qu'étant conjoints en cet intérêt, ils s'unissent aussi ensemble pour en chasser tous les autres. C'est chose que je crains , ne désirant pas toutefois qu'ils soient si sages que de prendre ce conseil. Quelqu'un m'a assuré que si les députés dés archiducs ne se peuvent accorder avec les Etats , ils rompront sur l'article de la religion* Or j'ai eu cette
crainte dès long-temps , et le Roi nous l'a écrit et mandé, et, cela avenant , que nous y procédions avec telle discrétion, que le zèle de Sa Majesté soit connu à procurer le bien de la religioi^ et néanmoins que ce soit sans faire chose qui déplaiseaux Etats. J'ai bien ces considérations devant mes yeux , mais la mesure en est fort malaisée à tenir. Cétoitmon intention d'eu faire quelque remontrance après la paix faite ; mais si les archiducs veulent rompre sur ce sujet, il me semble qu'il n'est pas à propos de se taire , mais plutôt nécessaire d'avancer ladite remontrance, rendant capables quelques-uns des plus sages entre les Etats des raisons qui nous auront mus de le faire. Et, puisqu'il y a du loisir > je vous supplie voir ce que j'ai délibéré de leur dire sur ce sujet, que je vous envoie pour le considérer , afin que vous m'en mandiez votre avis et le commandement du Roi es affaires qui se présentent j où je suis obligé de prendre promptement conseil. Je m'en résous comme il plaît à Dieu me conseiller; mais je pense toujours mieux faire quand j'ai ma leçon et le commandement exprès du maître. Si j'avois à parler sur ce sujet ailleurs qu'ici , je traiterois peut-être l'affaire avec d'autres argumens et raisons que celles contenues en mon écrit; mais avec les gens auxquels nous aurons affaire celles-là m'ont semblé les meilleures, et je le croirai si vous les approuvez par votre jugement, que j'estime comme je dois et que votre grande prudence le mérite. Priant Dieu , monsieur , qu'il vous maintienne et conserve en parfaite santé longue et heureuse vie.
A La Haye , ce quatorzième jour de mars 1608. » Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jeàhnin*
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Lettre de messieurs Jeannin et de Kussy au Roi , du
quinzième de mars 1608.
SlRÈ ,
Nôtre seconde lettre étant écrite, nous avons encore différé d'un jour à envoyer le sieur de Sainte-Catherine qui en devoit êttp porteur , sur ce que les députés des Etats se dévoient assembler le lendemain avec ceux des archiducs , afin d'ajouter ce qu'ils auroient fait. Votre Majesté saura donc par celle-ci que les Etats ont continué à demander le commerce des Indes sans hostilité, et par forme de trêve pour neuf ans , et les députés des archiducs répondu qu'ils n'avoient charge ni pouvoir de leur accorder un an seulement; mais qu'ils étoient tant désireux de la paix en leur particulier , que s'ils dressoient un acte séparé du traité général qui contienne la demande de cette trêve pour neuf ans , et qu'un an avant l'expiration d'icelle on s'assemble à Bruxelles ou à Anvers pour aviser ce qu'on fera , que l'un d'eux ira en Espagne pour persuader autant qu'il pourra qu'on accepte cette ouverture ; qu'il seroit bon aussi de comprendre en icelle les amis et alliés qu'ils ont d'une paft.et d'autre esdites Indes d'Orient , afin qu'ils soient exempts de tous actes d'hostilité pendant le temps d'icelle , et passer outre cependant aux autres articles. Les paroles des députés des archiduts furent plus douces et proférées avec un visage joyeux et content , au lieu qu'en la précédente conférence ils en étoient sortis avec grande colère et mécontentement; et néanmoins les Etats leur avoient fait dès lors la même demande , sur laquelle , en la
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refusant , ils avoient toujours ajouté qu'il n'étoit pas besoin d'envoyer en Espagne sur ce sujet, poûrce que cela ne feroit qu'aigrir ; qu'aussi bien le roi d'Espagne ne l'accorderoit jamais , et qu'ils étoient trop bien instruits pour ce regard de son intérêt.
C'est pourquoi on peut entrer en soupçon de ce •soudain changement, et craindre qu'il n'y ait de l'artifice, et qu'ils n'en aient ainsi usé pour gagner temps, et avoir encore la trêve cette aimée. A quoi il sera plus dise de faire incliner les Etats sur l'espérance qu'ils auront d'obtenir ce qu'ils prétendent par le retour du voyage , et de les faire consentir après un mois d'en attendre un autre, sur quelques excuses , comme celleci , que le roi d'Espagne ne s'est pu résoudre si promptement , ou autre semblable , à ce que le tempe pour se préparer à la guerre cette année soit passé ; ou bien il faut croire qu'ils ont grand désir d'avoir k paix , s'ils veulent en effet consentir à la trêve po*r neuf ans aux Indes aux conditions susdites , et accorder la paix ici : car les Etats l'entendent de cette façon , et même s'il y a quelque contravention aux Indes durant la trêve, ou bien qu'icelle expirée ils ne se puissent accorder de ce qu'il conviendra faire après , que la paix ne laisse -pourtant de tenir par deçà. Votre Majesté en saura mieux user et juger que nous. Mais si le roi dTE&pagne accorde cet artiele selon le désir des Etats, et<ju'iJ n'y ait rien de caché de leur côté pour rompre avec plus d'avantage, comme seroit peut-être sur le point de la religion , la paix sera fort avancée. Elle ne laissera pourtant de nous mander , s'il lui plait , sa volonté sur lç 1faitde la trêve des deux côtés; cat peut-être le roi *d'Espagne ne l'accordera qu'à cette condition, et non
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autrement. Lesdits sieurs députés ont encore traité du commerce entre eux es Pays-Bas , du paiement des droits , péages , congés et licences que les Etats prétendent, puis de l'assurance du commerce d'Espagne; et rien n'a déplu pour lors aux députés des archiducs, quoiqu'il y eut des choses assez rudes , mais ont dit seulement qu'il falloit mettre par écrit d'une part et d'autre leurs intentions pour en conférer ensemble au premier jour. Aussitôt qu'aurons lesdits articles , nous lea lui enverrons. Ces peuples se promettent d'avoir gagné tout , et croient même que la crainte que le roi d'Espagne a eue qu'ils ne fassent une nouvelle compagnie pour aller aux Indes d'Occident, dont on parle tous les jours , sera cause de leur faire accorder toutes leurs demandes. Nous le désirons comme eux , mais ne l'osons encore espérer. Nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté, en parfaite santé , trèslongue et très-heureuse vie.
De La Haye, ce quinzième jour de mars 1608.
Vos très-humbles et très-obéjssans sujets et serviteurs , P. Jeannin et Russy.
Lettre de M: Jeannin à M. le duc de Sully , dudit jour
quinzième de mars 1608.
Monsieur, les lettres qu'il vous a plu m'écrire contiennent un discours aussi véritable que judicieux de la différence qui est entre là force eè vigueur des deux royaumes de France et d'Espagne , étant certain qu'on ne peut toucher à la moindre partie du corps de notre Etat, que sa force entière ne se trouve incontinent assemblée pour aller au-devant du péril et t. i3. . " 19
le repousser , pource que son mouvement et sa vigueur dépendent de lui-même , et ne lui est besoin chercher au loin de l'appui et du secours pour conserver son être et sa grandeur, faisant chacune partie d'icelui ce que l'âme fait à l'endroit de tous, les membres de notre corps, auxquels, jusques aux plus petits, elle donne vie et mouvement. Mais ce n'est pas ainsi de la grandeur d'Espagne , qui ne seroit plus grandeur si elle n'empruntoit l'abondance et les richesses qui la soutiennent , et la font craindre et respecter, des moyens qui viennent des Indes ^membres et extrémités si éloignées de leur corps , et par tant d'intervalles de mers et de terres , quel'un ne peut servir à Vautre sans s'exposer à infinis hasards et inconvéniens. En quoi on peut juger que les fondemens de notre grandeur ont plus de sûreté et fermeté , encore que la leur soit en apparence d'un plus grand lustre et éclat , et qu'elle ait tellement ébloui et étonné les yeux et les esprits des plus grands princes de la terre, qu'au lien de chercher les moyens de l'amoindrir , comme ils ont pu et pourroient encore faire avec facilité , l'entamant par cette extrémité qui est l'âme de leur corps , ils ont mieux^rimé , par une feinte lâcheté et nonchalance plutôt que par une vraie crainte, souffrir qu'on leur ait interdit l'usage des éléraens , c'est-à-dire des mers , terres , pays et peuples qui sont au-delà de la ligne , et font une grande partie du monde compris vulgairement sous ce nom général des Indes d'Orient et d'Occident , que de conserver cette liberté qui , par la nature et le droit des gens , est commune à chacun.
Les Hollandais sont presque seuls et les premiers
DU RESIDENT JEANNIN* agi
qui ont osé entreprendre et continuer heureusement ce dessein malgré les Espagnols , apprenant au* autres princes et Etats que les richesses et le grand profit des denrées que* les Espagnols et les Portugais tirçnt des Indes n'ont point de 1er pour les défendre, et que si les rois et potentats qui sont beaucoup plufe puisses qu'eux vouloient suivre leur exemple?, ils pourroient dépouiller en peu d'années l'Espagne de ses nerfs et ornemens. Mais leur bonheur est que ce qui semble être désiré par tous n'est embrassé de personne -, et il n'y a encore à présent aucune apparence que les volontés des princes qui auroient le moyen et pouvoir d'y contribuer le plus , soient aucunement disposées d'y entendre: eux aussi de leur côté se savent bien aider j et faire tout ce qui est requis pour les détourner de telle pensée ; ayant pour cette seule , du moins principale considération , pris conseil de se mettre en paix avecles Provinces-Unies , et avisé sagement de quitter une souveraineté imaginaire , que des guerres de près de quarante années, les dépenses de plusieurs millions d'or, et la perte d'an nombrete-r fini de gens de guerre ne leur ont pu faire recouvrer , pour retenir ce précieux acquêt des Indes, et empê^ cher que cet ennemi ne lève bannière en mer pour servir de guide , inviter et conduire à la conquête de ce butin , les autres peuples et nations qui les peuvent fortifier en leur entreprise et dessein. Non* jugeons bien les raisons qui ont mû le roi d'Espagne à prendre ce conseil , et que ce sont celles-là mêmes» qui devroient exciter les autres princes , auxquels &a grandeur est suspecte ,* d'y entreprendre -, que péufcêtre l'opportunité ne se présentera de long-temps *si
grande qu a présent pour leur arracher des mains ces profits et revenus des Indes avec lesquels ils tiennent en crainte un chacun. Mais le fondement d'un tel dessein seroit la conjonction de ces princes , lesquels en sont du tout éloignés , et la continuation de la guerre en. ce lieu pour se servir des forces , de l'adresse et connoissance que les gens , pilotes^et mariniers de ces pays y ont , lesquels n'y veulent non plus, penser, comme las , recrus et épuisés par la longueur des guerres passées , qui leur ont fait désirer la paix et, le repos. chez eux, et se contenter d'obtenir le commerce des Indes d'Orient de gré à gré.
Quand je me représente aussi le jugement que vous faites avec raison de l'humeur de notre nation , et de notre conduite es entreprises et desseins qui sont éloignés de nous , ou qui requièrent une grande prévoyance , beaucoup de temps et un soin contitinuel pour les exécuter , je reconnois avec vous notre foiblesse et imperfection ; que rien ne nous émeut que le présent , et que l'ouvrage qu'on ne peut commencer et faire finir tout à coup , ou en peu de temps , se perd entre nos mains , pource qu'il nous déplaît au milieu de la [course et dès lors que quelques difficultés non prévues se rencontrent, aussi peu constans pour continuer d'une même haleine et résolution notre premier dessein , que nous avons été soudains ou légers à l'entreprendre. C'est donc prudence d'accommoder les conseils au naturel des hommes auxquels nous avons affaire, et de considérer non-seulement ce qui est de bon et parfait en la personne du chef qui a la souveraine autorité et commandement, tel que Dieu nous l'a donné, capable de
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toute grande entreprise et conduite , mais aussi ce qui est de foible et de défectueux es ministres et sujets . auxquels on est contraint d'en commettre l'exéfcution , par la faute et imprudence desquels plus d'affaires se ruinent ordinairement que ppur avoir été mal délibérées et résolues ; étant bien véritable que nous nous pouvons égaler à toutes les autres nations en prudence et circonspection pour bien délibérer d'une affaire d'importance , mais que nous sommes inférieurs de beaucoup presque \ toutes en la persévérance et conduite requises pour l'exécution. Toutes ces raisons ensemble nous doivent faire prendre conseil d'accommoder par quelque expédient le fait de ce commerce, et toutes les autres difficultés qui poùrroient empêcher la paix ; représentant toujours aux Etats qu'il n'y a rien de pis que de rompre en l'état auquel sont leurs affaires, et à la résolution qu'a prise le roi d'Angleterre de ne plus contribuer en aucune chose à leur défense , sans lequel néanmoins Sa Majesté ne veut soutenir seule le faix de cette guerre ; ainsi que la paix est du tout nécessaire , et ne peut être que bonne et assurée pour eux , pourvu que la souveraineté et toutes les places qu'ils tiennent leur demeurent sans qu'ils soient obligés d'en faire échange, sinon de gré à gré , et autant qu'ils le jugeront utile. Au regard du différend pour le commerce des Indes , deux moyens ont été proposés , par l'un desquels on peut espérer d'en sortir avec le profit des Etats : le premier est que la compagnie des Indes continue son trafic pour le temps qui lui reste , lequel est encore de quatorze ans \ et après s'en abstienne ; à quoi on pourroit espérer de réduire les députés des
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archiducs si les Etats s'en veulent contenter, du moins faire qu'ils en approchent ; l'autre , qu'on ne fasse qu'une trêve pour quelques années , comme de huit , dix ou douze ans , tant aux Indes qu'ici. Et cette ou* verture semble la meilleure et plus aisée ; car on éviteroifc par ce moyen plusieurs difficultés qu\>u doit rencontrer en faisant la paix.* Cette trêve les rendra aussi, plus vigilans à se conserver, fera qu'ils contribueront plus volontiers aux dépenses requises pour Fentr&èaemeat des garnisons , seront toujours en quelque crainte et soupçon des Espagnols , et , par ce moyen , y aura moins d'amitié entre eu*. Et si quelque occasion survenoit ei-après , qui nous lit autant désirer la guerre en ce pays que nous y jugeons à présent la paix nécessaire , il serait plus aisé de porter ces peuples d'une trêve à la guerre , que s'ils étaient du tout eu paix , pat te moyen de laquelle se tenant être eu pleine sûreté , et ne pensant plus devoir rentrer en guerre , l'oisiveté et le désistement entier des ^rmes les auroient amollis, faitdevenir marchands , et rendus du tout inhabiles à la guerre. Qn persuadera encore pi us aisément cette trêve à ceux qui veujentla guerre dans cet Etat, comme approchant plus de leur but et dessein quç la paix , même à M. le prince Maurice > qui sera par même moyen en plus de respect parmi eux pour le besoin qu'ils en pourront avoir la trêve finie , que si la paix étoit faite. Car , encore qu'il la rejette à présent plus que là paix , ce n'est pas qu'elle ne ljù soit moins désagréable , mais pouree qu'il croit qw'il y aura moins de difficulté à la faire que la paix , par ainsi qu'on sera contraint de rentrer fen guerre. H est vrai qu'il s'y conduit sa-
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gement , et défère toujours beaucoup aux avis et commandemens qui nous Viennent de Ia^part du Roi.
Il n'y a qu'une difficulté à faire cette trêve, qui est de grande importance ; et si ou ne la peut surmonter, la trêve ne vaudroit rien : c'est que les Etats ne la voudront faire , sinoif à condition qu'ils soient tenus et déclarés pour toujours états et pays libres, sur lesquels le roi d'Espagne et les archiducs , pour eux et leurs successeurs, ne prétendent rien , et qu'en ladite qualité on traite avec eux sans restreindre et limiter cette déclaration et reconnaissance de liberté au temps de la tïève. À quoi il m'a semblé reconnoître, par les. propos qu'aucuns des députés des archiducs m'ont tenus , qu'ils s'accommoderont , m'ayant l'un d'entre eux dit qu'ils leur feroient la guerre après la trêve expirée , au cas qu'ils ne deiiieurent d'accord par une paix finale , comme à ennemis dont ils pourroient tirer le même avantage , si elle leur étoit heureuse , que s'ils la leur faisoient comme à sujets rebelles. Et combien que j'aie depuis appris qu'ils changeoient de langage , si montrent- ils avoir tant de désir h là paix , qu'ils seront pour y consentir. Si on prend îe chemin de cette trêve , notre ligué pour la paix ne laissera de servir , moyennant une déclaration que ce qui a été fait entre nous ait lieu durant le temps (Ficelle 5 en y ajoutant encore que les Etats ne pourront faire la paix y soit durant la trêve ou icelle expirée , sans l'avis ou consentement de Sa Majesté. Il est si nécessaire que nous soyons éclaircis au plus tôt de la volonté du Roi , que nous envoyons ce gentilhomme exprès pour l'avertir de ce qui se passe ici , et recevoir là-dessus ses commandemens. Pour ce
qui touche rechange des places, il nous sera bien aisé de suivre votre avis et ce que le Roi nous commande par les dernières lettres qu'en avons reçues -y car les Etats ne sont point délibérés de quitter un seul pouce de terre , sinon par un échange égal qui sera mieux fait après la paix et de gré à gré que maintenant. Reposez- vous aussi, s'il vous plaît , sur moi, monsieur , que personne ne sauroit avoir plus de soin que j'en ai , ni servir plus fidèlement que je ferai en l'affaire de M. le prince d'Espinoy , au cas que la paix se fasse, et; que je serai toujours tel en ce que vous me commanderez , comme voulant être perpétuellement, monsieur , votre très-humble et très -obéissant, serviteur, P. Jeànnin. * De La Haye, ce i5 mars 1608.
Lettre du Rvi, du dix-neuvieme de mars 1608.
Messieurs Jeannin et Russy, j'ai mieux entendu et compris l'importance dé la navigation et du commerce des Indes par vos lettres du 7 de ce mois , reçues le 1 3 , que je n!avois fait par les précédentes. Tellement que je reconnois que les uns et les autres ont grande raison de le débattre si obstinément et vivement qu'ils font 5 car en ce point consiste d'une part quasi la seule et principale récompense de la ces-* sion des droits de souveraineté, et de l'autre la sûreté du maintiennement de la république que l'on prétend établir, pour les raisons très-bien et clairement représentées en vosdites lettres et au mémoire dressé par les intéressés audit commerce du côté des Etats., que vous m'avez envoyé. Au moyen de quoi je ne
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sais bonnement quel conseil je dois prendre ni donner sur ce fait, ni quel office vous commander de faire en mon nom pour l'accommodement d'içelui ; car , comme je veux conserver entière , si je puis , la bonne opinion publique et particulière de mon affection à la paix, que mérite la vérité et sincérité d'icelle, et pareillement l'amitié de mes voisins , je ne désire pas aussi donner sujet auxdits Etats , ni de me reprocher le déchet de leur Etat , s'il avenoit , pour avoir quitté Ce commerce outre leur gré , et moins de m'appeler à garant aux charges et frais de leurs armes, si , opiniâtrant par mon conseil la conservation du dit commerce , ils étoient contraints ci -après de les reprendre et recommencer la guerre ; laquelle pareillement je juge devoir être évitée par préférence à-toute autre chose , tant pour leur considération que pour la mienne , pour les raisons qui m'ont mû de vous envoyer par delà, et vous commander de faciliter et favoriser leur accord , desquelles tant s'en faut que j'entende me* départir que je m'y confirme davantage tous les jours , même à cause du procédé des Anglais envers nous ; car vous savez qu'ils font ce qu'ils peuvent pour acquérir grâce et créance du côté d'Espagne à notre dommage. Ce qu'étant , et sans apparence de changement ou d'amélioration, je ne vois pas que lesdits Etats puissent cUaprès soutenir la guerre comme il convient , ni conserver l'union de leur Etat ainsi que devant ; joint qu'il ne faut pas qu'ils s'attendent que je danse seul ce branle avçc eux , comme je prévois qu'il conviendroitque je fisse , lesdits Anglais les abandonnant ou ne les secourant que de paroles ; d'autant que les autres rois et princes desquels ils
sont à présent ou ont été assistés , ont les reins ou la volonté trop débiles pour y faire fondement.
Nous devons croire aussi que les Espagnols n'omettront riôn à feire pour flatter et abuser les uns et les autres, et principalement lesdits Anglais, en les chatouillant des alliances qu'ils ont jà proposées 5 combien que j'aie toute occasion de croire, sans en douter aucunement , qu'ils ne donneront jamais leur fille au prince de Galles , nî même à un prince puissant qui soit autre que de leur famille, jusqu'à cç que leurs enfans en aient fitit (f autres , quand bien lesdîls Anglais offriraient dès à présent de changer de religion, et que le dessein seroït , pour cette raison $ favorisé du Pape. Et toutefois vous savez que c'est une condition plus éloignée du vraisemblable que de Fespérance de son contraire. Mais bien dois-je croire que facilement lesdits Anglais pourraient se laisser persuader d'entrer en part et société , sinon à visage découvert , du moins en secret, avec lesdits Espagnols, s'ilsk venoient à conspirer contre moi et ma couronne , et à me déclarer la guerre pour s'en avantager à mon dommage. D'ailleurs* je ne vois pas que je doive m'attendre a recueillir grande prérogative de la part des Etats, qui mérite que j'épouse une guerre pour eux , les choses de la chrétienté et démon royaume étant en l'état où elles sont. Aucuns princes et potentats dîtalie , qui à bon droit redoutent la grandeur d'Espagne , s'offrent bien à présent d'entrer en quelque confédération avec rtioi pour 1» commune et mutuelle défense et conservation de nos Etats , mus de la connoissance et appréhension qu'ils ont de son ambition et puissance , après qu'elle sera déchargée de la guerre des Pays-Bas ;
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mai| quand j'ai voulu leur faire connoître que le vrai moyen de les garantir était qu'ils contribuassent , dès à présent , aux frais de la manutention des Provinces- Unies, pour leur aider à faire un accord si avantageux que le roi d*Espagne et les siens ne pussent après icelui mal faire en la chrétienté, ou, ne pouvant parvenir auditaccord, de soutenir la guerre, je les ai trouvés si peu capables de ce conseil ;, que ce seroit se tromper d'en attendre un bon effet.
Os ont toujours opinion que je suis seul bastant de seconder et maintenir lesdites provinces-, voire que j'y suis si avantagé, que je ne puis ni dois vouloir rien omettre à faire pour ce regard , pour être trop intéressé à leur conservation. De quoi j'ai néanmoins délibéré de mettre peine de les désabuser , pour , s'il est possible , leur faire prendre d'autres conseils ; et comme» je prévois que les traités de la paix de dfclk tireront en longueur, et que l'on y consommera du moins le «este de la présente année , quand ce ne seroit que les parties ne sont préparées pour la guerre , et pour le désir et besoin qu'elles ont de la paix autant les unes que les autres , il est nécessaire que lesdites provinces , et leurs confédérés et amis , avisent aux moyens de soutenir ladite guerre, et conserver Puniôn de leur Etat , s'il faut y rentrer , sans du tout s'endormir au doux bruit et espoir de ladite paix. Peut-être que leurs amis feront difficulté de s'en déclarer maintenant, pour les diverses raisons que vous savez qui les doivent émouvoir de ce faire en l'état présent des affaires. U faut craindre aussi qu'elles ne rencontrent tant de froideur , que cette recherche défavorise plutôt leurs affaires qu'elle ne les confortera , principale-
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ment du côté d'AiigleteFre où vous savez qu'ils $ont coutumiers de faire banqueroute à leurs voisins aussi imprudemment qu'infidèlement. Toutefois, il me semble être nécessaire que les Etats, pour mieux et sûrement résoudre les choses de la paix , s'éclaircissent et assurent de la volonté de leursdits voisins , pour ne bâtir sur faux fondement , et tomber en des surprises et accidens irrémédiables. Je ferai toujours de mon côté ce que je dois et puis honnêtement faire pour ce regard, en la forme et aux conditions que je vous ai ci-devant écrites ; de quoi je vous permets de vous déclarer à ceux qui en seront dignes , assuré que vous le ferez avec la discrétion qu'il convient , principalement tant qu'il y aura quelque espoir de composer les affaires , de quoi je commence à faire plus mauvais jugement que je n'ai encore fait, jaçoit que j aie, dès le commencement , combattu avec tons mes conseillers celui qu'ils ont fait du iym succès dudit accord. Car je ne puis croire que les Espagnols accordent jamais auxdits Etats ledit commerce des Indes > ainsi qu'ils demandent, et qu'il semble que Barneveldt se le promet ; c'est-à-dire qu'ils consentent qu'ils en jouissent par forme de trêve durant les quatorze ans qui restent du temps duquel ils ont donné parole à ceux de la compagnie , sans s'obliger de s'en départir entièrement ledit terme expiré, et obtenir maintenant une paix entière du côté de deçà $ car non-seulement ce seroit uu trop grand et honteux signe de foiblesse du côté d'Espagne , mais un préjudice et désavantage de trop périlleuse conséquence, tant pour le présent que pour l'avenir.
J'ai bien considéré les bonnes ouvertures que vous
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 3ai .
avez faites , et votre conduite sur cela , tant envers les Etats qu'avec le président Richardot; je loue l'une et l'autre. Je ne pouvois aussi y être servi par vous plus dignement que j'ai été. Vous aurez reconnu par ma dernière dépêche , portée par l'abbé de Préaux , que je faisois moindre compte de l'article dudjt commerce que de celui de l'échange des places de Flandre et Brabant. Je persiste encore en cette opinion , d'autant que je juge le péril diidit échange plus prochain que ne peut être celui de l'accommodement de l'autre. t J'ajouterai encore à cela, que j'ai. le même sentiment et désir de la paix que j'ai eu jusqu'à présent. Vrai est que je considère et connois mieux que je n'ai fait , le bien et le mal que les parties de part et d'autre sont pour recevoir de l'issue et composition dudit article des Indes. C'est pourquoi j'estime qu'il est à propos que nous procédions plus retenus aux conseils que nous avons à leur donner , et aux offices que nous avons à faire pour ce regard, que. nous, n'avions délibéré, pour les raisons susdites. En quoi néanmoins vous devez vous conduire si. dextrement, que lesdites parties ne s'aperçoivent du changement. Si lesdits Etats peuvent obtenir ledit commerce pour moins de temps que lesdits quatorze ans , pourvu qu'ils ne s'obligent de le quitter icelui passé, je suis d'avis qu'ils s'y accommodent , soit par forme de trêve ou de paix , à la charge d'avoir ladite paix du côté de deçà ; car encore que plusieurs ne fassent pas grande différence d'une longue trêve à une paix pour les provinces de deçà , toutefois ce titre de liberté et souveraineté que lesdits Etats prétendent
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acquérir , sera trop plus estimé de leurs voisins par celle-ci que parl'autre.
C'est pourquoi je suis d'avis qu'ils fassent leur possible pour gagner ce point , s'ils peuvent y parvenir sans du tout quitter ledit commerce ; car j'estime maintenant cette, navigation si importante , que je serois quasi d'opinion qu'ils acceptassent plutôt une trêve de longues années de toutes parts , avec la déclaration de ladite liberté et souveraineté durant ledit temps , que de faillir à se délivrer cette fois de la guerre , puisqu'ils Ont passé si avant , et qulls sont si mal assurés de l'assistance de leurs voisins en cas de guerre*, joint que j'appréhende fort leur division et discorde s'ils rompent. Mak je n'approuveras, pour la même considération, le long séjour des députés des archiducs où ils sont. L'on connaîtra , au retour du courrier qu'ils ont envoyé en Espagne pour le fait dudit commerce des Indes , le parti qu'ils prendront , et ne doute point , s?ils veulent rompre , qu'ils ne le fassent sur l'article de la religion ; mais j'ai quelque opinion qu'ils ne se hâteront pas de s'en déclarer, parce qu'ils n'ont rien- de prêt, comme j'ai dit, pour recommencer la guerre. Ils feront donc durer la négociation; auquel cas j'estime très-dangeresux que lesdits députés demeurent à La Haye , tant pource qu'ils pénètrent plus avant aux conseils des Etats , et ont plus de moyens de corrompre leurs gens , que parce qu'il est difficile qu'ils ne découvrent les plus secrets traités des Etats avec leurs confédérés. Il faut donc y pourvoir , estimant que lesdits députés entretiendront et feront durer ladite négociation artificieuse-
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ment exprès , du. moins pour empêcher ou apprendre lesdits traités particuliers des Etats , ouïes endormir de l'espérance de ladite paix , cependant qu'ils feront et avanceront leurs préparatifs pour la guerre, afin de les surprendre : pour la même cause peut-être eût-il été aussi bon de les prier de se retirer sur le débat dudit commerce , et attendre la résolution dïcelui, devant que de proposer les autres articles-, car tout ce qui s'y avancera sera inutile , et ne servira qu à entretenir le tapis , s'ils ne conviennent de l'autre* Ce que je vous écris toutefois plus poui* vous exposer mon avis , que pour vous prescrire et ordonner de le suivre, si vous. jugez qu'il soit meilleur d'en user autrement. Je vous dis donc qu'une longue trêve, partout réglée comme elle doit être , sera encore plus utile auxdits Etats et au public que la guerre. Toutefois , si on peut avoir une paix entière et partout , ou l^ur le moins de deçà, die sera encore meilleure et plus estimée partout.
Continuez à favoriser et faciliter celle-ci tant qu'il voussera possible, et, si vous n'en pouvez venir à bout, ne vous opposez à la susdite longue trêve partout , ains tenez la main que les parties s'y accommodent plutôt que de rentrer en guerre. Mais il faudroit en ce dernier cas rendre le dernier traité que nous avons fait avec lesdits Etats , égal et de pareille vertu pour la trêve que noua l'avons fait pour ladite paix , chose qui sera désirée d'eux comme de moi. Et quant à la proposition que les députés* d'Angleterre vous ont faite d'entendre à un nouveau traité d'alliance avec moi , et le traiter par delà cependant que vous êtes ensemble , je ne suis pas d'avis que nous la rejetions,
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combien que nous n'ayons que trop d'occasions de nous défier de cette recherche , et de là foi et volonté dudit Roi ; car , s'ils veulent mordre à bon escient , il nous sera utile de le faire pour plusieurs raisons que je vous écrirai quand nous en serons édaircis; si aussi ils ne veulent que nous abuser , ils ne seront pas assez fins pour en profiter. Ils soutiennent que le traité fait par mon cousin le duc de Sully avec ledit Roi est imparfait , et que les précédens faits entre nos couronnes par nos prédécesseurs , n'ayant été confirmés par nous de part et d'autre en la forme portée par iceux , demeurent nuls. Je serai bien aise aussi qu'ils soient changés , car les derniers ont été faits far mes prédécesseurs plus avantageux pour eux que pour nous ; au moyen de quoi embrassez cette proposition s'ils y persévèrent , et en facilitez l'exécution.
Vous, sieur Jeannin, pourriez faire un .voyage par deçà, pour prendre mes intentions et instructiois sur cette matière et les autres qui sont sur le bureau, s'il faut que la négociation de la susdite paix tire en longueur, et que les députés des archiducs se retirent et prennent temps pour consulter avec lesdits princes. Je suis très-aise que ma cousine la princesse d'Orange soit arrivée par delà en santé , et si à propos que sa présence y puisse être encore utile -, car je suis assuré qu'elle y contribuera toujours , en ce qui dépendra d'elle , avec toute l'affection à mon 'contentement et service que je puis désirer et attendre d'elle. En quoi vous lui donnerez aussi foute occasion de persévérer, en .favorisant de ma part le bien et avantage de mes cousmsses beaux-fils et fils , et de tqpte leur maison, suivant les exprès commanderaêns que je vous eu
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ai faits. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de ÏLussy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Paris , le dix-neuvième jour de mars 1608.
Henri.
Et plus bas , Brtjlart.
Lettre de M. âe VilUroy à M* Jeannin, du vingtième
de mars 1608.
Monsieur , j'ai reçu te 8 de ce mois , par l'adresse du sieur de Berny , vos lettres du 27 du passé , et le i3 du présent celles du 7 d'icelui , par le commis du sieur du Maurier, sur le contenu desquelles le Roi vous écrit ses intentions si particulièrement et claireiûent , que je n'ai rien à y ajouter, sinon qu'ayant un peu mieux considéré que nous n'avions fait la conséquence des voyages des Indes , nous serons très-aises que les Etats les conservent. Je n'ai pas opinion qu'ils en viennent à bout selon leur désir et l'instance qu'ils en font. Vos lettres ne font mention que d'Orient, et le sieur Àërsens nous a dit qu'ils débattent encore ceux d'Occident , dont nous vous prions nous éclaircir , disant ledit sieur Aërsens qu'ils ne peuvent quitter ceux-ci non plus que les autres. Et quand on lui demande comment , la paix rompue, ils conserveront leur union ébranlée par les espérances de ladite paix , je reconnois par ses réponses qu'il craint fort qu'il en mésavienne. Il ne sait aussi par quels moyens ils pourront soutenir là guerre s'il faut y rentrer , sinon qu'il se promet que le Roi entreprendra leur protection encore plus ardemment qu'il n'a fait ci-devant , quand même le t. i3. 20
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roi d'Angleterre les abai^Qiwjteroit. H fonde aussi Une bonne partie de son espérance sur la nécessité et foiblessç 4*f M1 4'E$P?gBe et des archiducs; c'est l'état que le sieur Aërsens fait. S'il parle franchement, et comme il l'entend ou non , si c'est suivant les intentions des Etats ou de lui-même , je ne le puis dire ^sûrement quand js me représente sa conduite passée ; mais comme d'un côté JE lui ai donné sujet de bien espérer de la bonne volonté du Roi , d'autre p^rt qussi Vai-je sdnxppestô de np faire te susdit çpipptQ légèrement , afin 4e ne s'y abuser ». datant que j.e rçcorçptois qnç ^ Rf ajusté est lasse 4e mettre la uww i la bourse , .coropie elle a cirdevant fait , et conseillé d'assurer ses affaires autrement % et pr HHS jmtre forme qu'il n'a fait, yoyant mêmemei»t les Anglais vivre et se conduira cqmJPe ils font* ïl demande d'être dès à présent secouru d'une pareille fcojTime 4'argent qu'a été la derrière qui a été, envoyée p^rdetè, disant, ne pouvant ayoir mieij*t qu'il la rç.ceyr^ ppr avance t et en déduction de ce; qui leur a été promis 4e notre part pour les deux premières années de la paix \ 4e quoi il a été éconduit , notre intention n'étant 4e manger ainsi notre bled en yer<J , ni nous élargir par dessus les termes de h parole que yous avez donnée pour nous. Toutefois nous lui avons enfin déclaré qijef nous vouU°U$ voir le progrès et succès 4e la négociation qui se fait par delà , devant que d'accorder ni refuser tout-à-fait sa deiqand ç.
Nous avons reçu par ses mains un extrait des articles qu'il dit avoir été proposés, tant par les députés des archiducs que par les Etaft ; après la remise
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4e cçlui des Iûdes , dont je vous envoie une copie; Je ae vous dirai ce qu'il nous en semble , mais bien que nous estimons qu'ils ont été mis en avant tels pair Us députés desdits archiducs , plus pour entretenir le tapis et avoir prétexte de prolonger les aflaires et lepr séjour où ils sont , que pour avancer matière; Sur quoi Sa Majesté vous fait savoir son avis , lequel nous croyons être bien fondé , qui est que Ton doit séparer la compagnie sitôt que Ton connottra , aprèè la réponse d'Espagne , quel sera le parti qu'ils voudront prendre sur le fait desdites Indes; non que nous soyons d'avis que les Etats rompent le traité si les autres ne les y contraignent , quand ce ne seroit que pour avoir loisir de se reconnoître et pourvoir à leurs, affaires pour recommencer la guerre s'il faut y rentrer , laquelle nous désirons \ autant , voire plu$ que jamais , être évitée tant qu'il sera possible de lé faire. L'on continue à nous entretenir de l'alliance de laquelle vous savez que le président Richardot vous a parlé; le Pape en a entretenu M; d'Alincourt , et le Honee de Sa Sainteté en a discouru depuis , de sa part , en la dernière audience que le Roi lui a donnée. Tous montrent avoir ce fait très à cœur, dé quoi je ne m'étonne point ; car il y a bien plus à gagner pour l'Espagne et consorts que pour là France; Mais ce que j'ai trouvé un peu étrange , est qu'ils ♦aspiroient à faire promettre au Roi de favoriser dès à présent , en cas de paix ou de guerre , la réunion des pays possédés pal: les Etats sous là domination des archiducs , à condition que le tout retournerait après avec le temps à l'avantage de madame Chrestienne et du mari que l'on prétend
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lut donner : de quoi Sa Majesté s'est un peu offensée, et certes avec raison ; car onaspire à lui faire manquer de foi envers les Etats , sans fondement ni raison.
Toutefois, je ne suis pas d'avis que vous en disiez rien au sieur Richardot , mais que vous l'entreteniez toujours sur ce sujet, comme vous avez Jjien commencé. J'apprends ici que le marquis de Spinola et ses collègues prendront bientôt congé de la compagnie , sous prétexte de venir passer les fêtes de Pâques en leurs maisons , *et qu'il y aura après de la peine à les rassembler et faire retourner en Hollande , et qu'ils n'entretiendront plus la pratique de la paix que par manière d'acquit, et pour abuser les Etals, mal satisfaits de leur dureté en toutes choses , principalement au fait des Indes : quoi avenant, il sera besoin de se disposer et résoudre au pis, à quoi nous ne prendrons pas grand plaisir. Les Vénitiens et le duc de Savoie recherchent à présent le Roi d'une alliance à pareille fin qu'a été faite la notre dernière avec les Etats , pour la conservation et.défeçse de. ce qui leur appartient ; mais j'ai opinion que . le vent emportera telle ouverture , attendu le naturel des auteurs d'icelle , et aussi qu'il n'est à propos de laisser derrière , comme l'on prétend faire , le Pape , car ce seroit le donner tout-àfait à l'Espagne. Toutefois nous pousserons cette pratique le plus avant que nous pourrons , pour découvrir les intentions et fins des parties, et, s'il est possible , en profiter Le Roi, traitant ces jours passés avec le ministre des archiducs un peu trop confidemment, lui a fait ouverture d'engager son maître en un accord avec les Etats sans le roi d'Espagne.
pour le fcien des pays qu'il possède , et pour assurer ses affaires particulières. Il a fait contenance qu'il seroit très - aise ,. comme bon patriote , que cela pût s'effectuer 5 mais il a reconnu que l'entreprise étoit trop difficile et périlleuse pour en bien espé-r rer : ce que je ne vous écris que pour vous faire savoir ce qui en a été. dit , de quoi vous jugerez. Jç m'assure qu'il eût été pçut-étre à propos de s'abstertir, comme je ferai, d'allonger la;présentedavanjage, que pojuj vous présenter mes très-affectionnées pecomr mandations, et prier Dieu, monsieur, qu'il vous donne, en bonne santé , heureuse et longue vie. . De Paris , .ce vingtième jour dp mars i6q8. . Votre, etc. de Neufvijlle.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy , dudit jour, vingtième
de mars 1608.
; ; Monsieur , nous avons mauyaise opinion de l'issue de cette conférence pour la paix, de quoi' nous sommes très-déplaisans 5 car enfin .nous la jugeons , nécessaire, et la. désirons plus que jamais , et prie Dieu qu'il vous fassç la grâce d'achevée ce bon œuvre.' L'on nous donne à entendre que ces messieurs les Etats fondront comme la neige au soleil s'ils quittent la navigation d^es Indes ; c'est pourquoi nous ne voulons absolument les conseiller de s'en départir toutà-fâit. Et toutefois l'on dit que les Espagnols rompront la paix , et même ne feront la trêve de longues années s'ils n'obtiennent ce point. Nous n'entendons aussi conforter les Etats à l'opiniâtrer , pour les rai-* sons que le Roi vous écrit. L'on dit ici que les dé-
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pûtes des archiducs prendront sujet de se retirer' S Bruxelles pour les fêtes de Piques , et qu'il y dura de 1a difficulté après à les rassembler , et qu'ils se contenteront de faire une prolongation de la cessation d'armes , pour avoir loisir de pourvoir à leurs affaires pour la guerre; car jusques à présent ils n\>nt encore rien de préparé qui apparaisse.
Nous avions avis du côté d'Espagne de la prise des navires hollandais dont votre lettre fait mention; mais^pous avons su, au même temps , que la réparation en a été commandée et exécutée sur-le-champ, lie Roi répond à la lettre de M. le prince Maurice; et nous nous en allons à Fontainebleau pour les couches de la Reine. Et si lesdits députés de Flandre se retirent t peut-être sera-t-il bon que vous preniez le temps pour revenir faire un tour ici pour reconnoître notre monde , et nous mieux informer des affaires de delà. Cela doit être remis à votre boi\ jugement ; car étant sur les lieux , vous connoîtrefc mieux ce qu'il est nécessaire et à propos de faire pour le service du Roi , que vous avez accoutumé de préférer à tonte autre considération. 7e prie Dieu, monsieur, "qu'il vous maintienne en bonne santé , et me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce.
De Paris, ce vingtième de mars 1608.
DE BfEUFVltLB.
Lettre de messieurs Jearuu'n et de Russjr au Roi-,
du 23 mars 1608.
+Sjre,
Le lendemain du départ du sieur de Sainte-Catherine , qui fut le 17 de ce mois , les députés des archi-
DU PRÉSIÛfcïfT JfEjJJHlN. 3 1 1
ducs et États s'àssetbMèrenl , et , suivant la résolution prise en leur ptééédente cohféteneé , cetntdés États leur tfaftfrfcrétrt l'acte pont la trêve et cèèsàtiôn de tous actes d'hostilité es Indes potir neuf ans , àtéc lequel il f avoit tan écrit séparé Qu'ils entëndeht insérer àù tfaité de paît , lequel contient que , quoi qu'il arrive auxdltes Ifcdes , ioit durant là tfèvè o« icelle expirée , là paît ne laissera d'être perpétuelle jusqu'au tropique du Calice*. Lés députés des archiducs recurent Tuh et Fâutre sans rien décïarer de leur intention pour lors , fors qûé ïtt. lé président ftichardot , prenant celui lequel éotitient Fariicle qu'on ffrétënd insérer au traité dé paix , Ait qu'il h'y avoit point d'apparence de faire la trêve d'ittt côté et la paix de l'autre? et en leur donnant l'écrit pour l'assurance du commerce d'Espagne , dôntparéiHeînent lecture fut faite au même ittétaht , dît que les gfands rois ne sont point banquier pour consigne* de l'argent , et qu'on n'a accoutumé dé requérir d'eux , sinon létif foi pour toute sûreté: Puis ils £é donnèrent l'un à l'autre l'écrit pour les impositions ou éiemptions sur les denrées et trafic mutuel qui doitjtre entre eut es Pays-Bas après la paix faite : sar lequel il y eut grande difficulté , prétendant ceux des àréhiducs % qu'on ne doit préhdré aucuns péages et impositions sur les bateaux et navires veftant de ïïaîicé , Eàpagne , Angleterre où d'ailleurs , changés dé quelque marchandise que ce éoit j lesquels passétbiit èti Zélaiidé pour aller à Anvers où es autres lieux dé l'obéissance deédits siétiré ?rchidùfcà , et qu'on âé doit con(teriter de les prendre sur les marchandises et denrées qui sortiront des pays de l'un ou de foutre.*
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Or les Etats lèvent de grands droits , outre ceux mêmes qu'ils levoient devant la guerre , la plupart desquels ils entendent continuer, disant qu'ils seront contraints , pour tenir la mer assurée , d'avoir toujours des navires de guerre , ainsi être raisonnable qu'ils soient aidés en cette dépense par tous ceux qui en recevront le profit. Ils veulent aussi conserveries privilèges des villes de Middelbpurg en Zélande , et de Dordrecht en Hollande , la première desquelles a l'étape des vins deFrance, et l'autre des vins du Rhin, pour tous les vins qui entrent par la mer des Pays-Bas ;, et les députés des archiducs répondent que tous les péages nouveaux établis depuis la guerre doivent être abolis , et quant aux privilèges d'étapes , qu'ils ont été donnés lorsque tous* lea Pays-Bas appartenoient à un même seigneur \ et maintenant que la paix les doit séparer perpétuellement , les villes qui les ont obtenus ne doivent plus servir d'étapes que pour les pays qui seront de l'obéissance des Etats, et être permis aux archiducs de faire leur étape où bon leur semblera, ayant fait entendre que leur intention étoit de donner ce privilège à la ville d'Anvers \ autrement , pour enrichir les villes des Etats , il faudroit dépouiller les leurs de toutes commodités. Cette assemblée se sépara sans prendre aucune résolution.
Les Etats nous avoient communiqué tous lesdits articles avant que les donner , sur lesquels ne leur fîmes pour lors autre réponse, sinon que notre, désir et contentement seroit bien qu'ils pussent obtenir tout ce qu'ils demandent; mais s'ils tombent en difficulté sur aucuns points contenus es dits écrits et articles, comme nous prévoyons bien qu'il y en auroit ,
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en nous les communiquant, et les raisons qu'on auroit proposées d'une part et d'autre, nous leur en donnerons notre avis, ainsi que jugerons devoir faire pour leur bien et l'avancement de la paix, pour laquelle obtenir, puisqu'on avoit pris ce conseil comme le meilleur et plus utile, chacun devoit aider à en faciliter l'exécution. Ayant depuis lesdits sieurs les Etats conféré entre eux, et en leur assemblée générale , sur les articles dudit commerce présentés de la part des archiducs, ils firent un autre écrit qui contient quelque correction . en celui des archiducs , par lequel ils s'expliquent davantage et déclarent qu'outre les péages anciens qui se levoient avant la guerre, ils entendent lever et prendre, comme ilsfaisoient pendant icelle, le droit de convoi qu'ils nous ont dit être assez modéré ; nous donnant cet exemple , que pour un tonneau de vin qui contient quatre poinçons , on prend seulement trente sous , lequel droit se lève tant sur eux-mêmes que sur leurs amis et alliés à l'entrée de la Zélande , y en ayant un autre , nommé le droit de licence , qu'on prend sur les ennemis , lequel est grand et excessif; à savoir , sur le même exemple d'un tonneau de vin quatre écus , au lieu que pour le convoi il n'y a que trente sous , duquel droit de licence les sujets des archiducs seront déchargés après la paix. L'autre correction faite par eux audit écrit concerne ce droit d'étape qu'ont les villes de Middelbourg et de Dordreçht , pour lequel on lève quelques droits* qui sont aussi assez modérés $ mais ce qui est le plus servile et incommode, est que lesdites villes prétendent que tout le vin qui y arrive doit être déchargé et vendu es dits lieux , en sorte qu'un marchand français* qui aura vendu du vin
3l4 WÉfcOCUTIÔÏIS
à quelqu'un du pays de Brabant , ott des autres ville* des Etats rtiêîhes , rie Vf pourra cofrdriire et ttienfcr, tiiais 4ëM contraint de lé vendre es dites viHèsrll se poutra bien gara ri tir de l'&conVénieht de cette Vente en Supposant un acheteur tjùi s'ehtende avec lui t, mais il tefcffrira toujours loutre incommodité, qtri est dé débhérgér et d'être contraint de inettrè ses deti* réëS en d'àufrés nàvireà.
A <pibà il leur fut dit derechef, et à l'instant, pât lé président Jéâunîti , sans prendre Pâvis des «députée tles prïrtèes qui y étaient aussi présens , que poufr avoir k pai* jugée par vite et par noits utile à leur Etat, il felloit reifcettre quelque chose de là rigueur de ce droit , et s'accommoder à l'utilité des sujets des princes avec lesquels ils traitent ; que cela regardoit aussi tes Sujets des autres princes qui soht leurs amie et alliés , et qu'on avoit accoutumé d'y procéder ainsi étt pareils traités , réglant d'un 'mutuel consentement lésdits subsides et péages , en sorte, que de part et d'autre chacun eri reçoive quelque soulagement. Mais leur réponse fut qu'étant souverains ils entendoient faire dans leur pays ce qu'ils jugeoieht convenable, sans en deftaûder l'avis et consentement des archiducs , lesquels auront la liberté d'en faire autant chez eu*. Et pour lé regard des privilèges des villes de Dôrdrécht et Middelboiirg , qu'ils ne les pôuvoient aucunement amoindrir. À quoi il fut encore répondu par lui-même que la condition n'étoit égale en cet endroit, pourcé que les Etats avôiént le passage de là mer par lequel plusieurs denrées arrivent en Bradant , et que peu de Brabant viennent ëri leur pats; piâis ris ne laissèrent de continuer en leur résolution,
DU PRÉSIDENT JEÀHMN. 3l5
disant que les archiducs n'y feroient difficulté , et que c'était aussi leur intention de modérer tellement lesdits subsides , qu'eux ni leurs amis n'eussent aucune occasion de s'en plaindre , jugeant bien que s'ils feisoient autrement seroit perdre le trafic pour leur pays, qui est néanmoins le seul moyen dont leurs babitans vivent et se peuvent enrichir ; ainsi qu'on s'en de voit fier à eux. On se contenta de ce que dessus , leur faisant connoitre que nous désirions autant qu'euxtoêmes la conservation de tous leurs privilèges et avantages , mais qu'il ne faDoit pour peu de chose interrompre ce bon ceuvre. Les députés des Etats s'assemblèrent derechef avec ceux des archiducs le 20, en laquelle conférence fat proposé , de la part des archiducs , qu'ils ne pouvoient accepter l'acte pour la trêve , touchant le commerce des Indes , en la forme qu'il leur avoit été donné , d'autant qu'ils demandent généralement ledit commerce au - delà du tropique du Cancer , en quoi sont aussi bien comprises les Indes d'Occident que celles d'Orient \ et néanmoins la dispute n'a jamais été que pour les Indes d'Orient , étant comme demeurés d'accord qu'ils s'abstiendroient d'aU 1er du côté des Indes d'Occident, requéroiént'donc qu'ils eussent à s'éclaircir là-dessus ^ et pout le regard des Indes d'Orient, qu'il soit expressément déclaré par leur écrit qu'ils ne pourront aller es lieux que; tiennent à présent les Portugais , et où ils ont accoutumé de faire leur trafic; et si l'acte n'étoit raccommodé de cette fiçon , il seroit rejeté sans doute en Espagne , et toute espérance de paii perdue.
Les députés des Etats ne firent lors aucune réponse , fixais remirent à en conférer en lënr assem^
3l6 NÉGOCIATIONS
blée générale , en laquelle ils n'ont encore pris aucune résolution*, mais bien estimons-nous, qu'ils feront la déclaration requise pour le regard du commerce d'Occident, et consentiront aussi de ne point aller es lieux que tiennent les Portugais , sinon de leur gré et consentement, mais non es autres où ils ont ci-devant trafiqué, av'ec la volonté et permission des princes et peuples, comme marchands et non comme seigneurs, à condition toutefois que les Portugais s'abstiendront pareillement de faire le trafic es lieux que les Etats tiennent et occupent de présent, afin que l'avantage soit égal d'une part et d'autre , dont les députés des archiducs se contenteront, ainsi que nous avons appris d'eux-mêmes. Ils ne feront aussi grande instance pour la révocation des étapes de Middelbojurg et de Dordrecht , et ne restera plus que la difficulté pour le droit de convoi , dont ils disent toujours ne vouloir payer aucune chose. On a proposé cet expédient de prendre ce droit, non sur les denrées en particulier, mais sur chacun navire , à raison d'un sou pour tonneau. Enfin cet article s'accommodera ; et à la vérité la perception" d'icelui ne nous semble juste , attendu même que les Etats le demandent pour assurer la mer de leurs côtes , et toutefois ils ne se veulent obliger à l'intérêt des prises ; joint que tous leurs voisins et alliés en recevront pareil dommage que les archiducs. Les plus opiniâtres en cet endroit sont ceux de Zélande, lesquels prennent ledit droit. Les députés desdits archiducs nous sont venus voir tous ensemble, ayant discontinué dix-sept jours après notre dernière visite, dont M. le président Richardot a. fait cette excuse, que rien ne s'étoit présenté pour nous com-
DU PRÉSIDENT JEA.NNIN. * 3l7
muniquer , et qu'ils le faisoient lors à l'occasion de ce commerce, nous priant de les y assister, attendu que nous y ayions pareil intérêt qu'eux. Nous avons montré de recevoir cette raison pour bonne , encore qu'ayons bien su qu'ils a voient différé cette visite à cause d'uniaux' avis qu'on leur*avoit donné qu'au fait du commerce des Indes nous nous étions déclarés fort contraires ; mais ils en ont été mieux informés depuis , et semblent à présent vouloir rentrer en la même confiance. On a fait prolonger la trêve jusqu'à la fin du mois de mai , pour donner loisir aux députés des archiducs d'envoyer en Espagne , et avoir réponse sur le fait du commerce des Indes. On dit que leCordelier doit faire le voyage. Ils avoient demandé la continuation d'icelle trêve jusqu'à la fin du mois de juin, en quoi on voit qu'ils affectent la longueur, et de là on peut prendre soupçon qu'ils veulent seulement gagner cette année. Si nous semble-t-il qu'ils ont grande affection à la paix , et qu'on doit faire bon jugement de ce qu'ils aident à racoutrer et rendre plus facile le contenu en cet acte , qu'on veut envoyer en Espagne , afin qu'il y soit mieux reçu. On a même opinion , encore qu'il n'y ait que la trêve aux Indes , qu'ils ne laisseront de faire la paix pour toujours de ce côté. Nous donnerons avis à votre Majesté * de jour en autre de tout ce qui a viendra. Et cependant nous prions Dieu , Sire , qu'il la maintienne et sa royale famille en tout heur et prospérité.
De La Haye , ce vingt-troisième jour de mars 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. Jeannin et Russy.
3t8 MKGOCIlTIONS
. Lettre de M. J carmin à M. de JTilhrûy , du vingtr
quatrième de mars i6o#.
Monsieur , le Roi verra tout ce qui s'est passé dejmip le départ du sieur de Sainte-Catherine jusqu'à présent par notre lettre» l'ai sa par personne de qualité avec qui j'ai de l'amitié, laquelle voit souvent te Cordelier , qu'on nous avoit fait de fort mauvais offices envers les députés des archiducs , comme si nous eussions été cause de l'opiniâtreté des Etats à vouloir .retenir le commerce des Indes , et que! cela étoit la seule cause qui les avoit fait différer si long-temps à noua venir voir. Et encore qu'ils se fussent abate&us de voir les députés d'Angleterre aussi bien que nous, k cause du même, rapport * qu'ils n'en av oient néanmoins jamais eu une si grande défiance , ayant trop d'autres témoignages de l'affection de leur maître pour en douter , et qu'ils savoient bien encore qu'on les poursuivoit tous les jours de la part des Etats , pour faire une pareille ligue que celle faite par nous*, mais qu'ils n'y vouloient entendre pour ne les offenser , et afin de garder inviolablement le traité fait avec le roi d'Espagne. Or lesdits sieurs députés des archiducs, étant depuis mieux informés de notre conduite , nous sent venus voir tous ensemble; Nous leur avons aussi trois jours après rendu cette visite , et reconnu en leurs visages et paroles qu'ils sentoient mieux de noua , et sembloient vouloir rentrer en la même confiance que du passé.
M. le président Ri char dot m'a encore vu, en particulier ce jour même, auquel j'ai dit ouvertement que
DU PRÉSIDENT JEANNiN. 3 10
je savois les soupçons qu'ils ont eus, dont je me plaignois à lui, pource que lui ayant parlé avec tant de franchise de l'intention du Roi à procurer la paix , et conféré aussi l'un avec l'autre en si grande confidence des liens avec lesquels ou pourvoit étreindre et affermir l'amitié de nos maîtres , il &e sembloit qu'il me faisoit trop de tort de sentir ci mal de ma pruT d'homie , et d'ajouter foi aux paroles qu'on leu* pour voit tenir avec artifice et dessein ; étant bien certain que ceux qui veillent la guerre font courir le bruit que Sa Majesté la favorise t et est disposée de les assister de son autorité et moyens pour la continuer , estimant que cette crainte doit be&uqpup servir pour en attirer d'autres à leur opinion ; mais que nos actions sont telles , en public et en particulier, queje lui pouvais bien dire avec vérité qu'il n'y a personne entre les députés des princes qui témoigne tant d'affection, à la paix , ni qui y soit aussi - utile que nous sommes : chose si notoire , que les plus désireux du repos de cet Etat disent la trop grande inclination de Sa Majesté et notre conduite devoir être cause que leurs conditions en seront moins avantageuses , cornbiei^que nous y procédions en effet , comme il* est requis , pour faire que chacun remette du sien autant qu'il sera besoin pour aider à l'avancement de ce bon œuvre , sans user d'aucun mauvais artifice envers l'un ou loutre. U #}'a confessé qu'on leur avoit dit quelque chose sur ce sujet en ce lieu et écrit d'ailleurs , mais qu'il ne l'avoit pas cru. Il est derechef entré es mêmes propos qu'il m'avoit tenus du passé avec grande appréhensipq , et déclaré que leur plus grande espérance pour faire la paix étoit en nous ; qu'il ne pou voit
3lO NÉGOCIATIONS
cesser de se plaindre des Etats , lesquels ne veulent rien céder , et qu'enfin ils seront contraints de tout rompre pour ne faire une paix si honteuse aux princes pour lesquels ils traitent: il m'a fait entendre aussi qu'ils ne s'assujétiront jamais à payer ce convoi qu'on leur demande , et pour le regard du commerce des Indes , qu'ils feront ce qu'il leur sera possible pour le faire agréer au roi d'Espagne en la forme que nous le mandons à Sa Majesté ; mais que de mettre un article au traité de paix, par lequel il soit dit qu'à l'occasion de ce qui aviendra aux Indes , soit pendant la trêve ou après qu'elle sera expirée , la paix ne soit point rompue , il n'est pas besoin de l'exprimer et d'en faire article ; car il s'entend assez de soi-même , puisqu'elle sera perpétuelle , et le fait du commerce des Indes du tout séparé d'ieelui traité , sans que l'un ait aucune dépendance de l'autre. Sur quoi lui ayant répondu que cela étoit vrai , et que , pour cette même raison, ils ne dévoient faire difficulté de consentir que ledit article soit inséré au traité général , il me dit qu'ils le faisoient pour y mieux disposer le roi d'Espagne fct son conseil : peut-être le font-ils avec cette seule considération -, mais aussi peuvent-ils désirer qu'ity ai* de l'ambiguïté en ce fait , pour prendre conseil sur les occurrences de l'avenir , et y donner une autre interprétation s'il leur est lors utile ; ce qui m'auroit mû de lui répliquer encore que les Etats ne l'accorderont jamais ainsi, et qu'il vaudroit mieux ajouter cette caution qui auroit plus de sûreté pour eux au cas que , le temps de la trêve des Indes expiré , ils ne puissent convenir ensemble sur la cessation de ce commerce $ qu'il ;sera en leur pouvoir de leur inter-
DU PRESIDENT JEÀNNIN. 321
dire, si bon leur semble, le commerce d'Espagne, sans que pourtant la paix de ces pays soit rompue ; car tant de gens sont intéressés audit commerce d'Espagne, qu'il y en aura toujours cent contre un qui le préféreront à celui des Indes. Il n'a pas rejeté cette ouverture , mais il ne s'est pas aussi départi de son premier propos. Tai appris ceci depuis la lettre écrite à Sa Majesté, qui me fait craindre que le sieur Barneveldt , lequel se promet le contraire , ne soit abusé. Ledit sieur président m'a aussi parlé de l'échange des places , et montré de le vouloir opiniâtrer pour celles de Brabant et de Flandre ; mais je lui ai dit tant de raisons pour faire remettre cette poursuite après la paix, qu'il y a aucunement acquiescé. Etluien disant encore autant pour le fait de la religion , dont il vouloit faire instance , et qu'il seroit meilleur que nous nous joignions ensemble après la paix faite, pour essayer d'obtenir des Etats ce qu'ils refuseront sans doute par le traité , il m'a répondu qu'il avoit grand regret d'avoir pris cette charge , qu'il a caché jusqu'ici tant qu'il a pu les indiguités qu'on leur fait souffrir, craignant que leurs princes ne se changent du tout , et reprennent les armes avec autant d'aigreur qu'ils étoient désireux de les poser ; mais qu'enfin ils seron t contraints de s'en découvrir , quoi qu'il*puisse arriver, crainte d'être blâmés ; essayant de me persuader par tous ses discours que , si les Etats continuent en leur rigueur sans vouloir céder aucune chose , la guerre sera plus agréable en Espagne et chez les archiducs que la paix. Il est bien vrai qu'ils trouvent plus de difficultés qu'ils n'en a voient prévu : si ne laissé-je de croire qu'ils craigneirt bien fort de rompre ,
3m HÉ6OGUTIO0S
et que les Etats ayant cette même crainte , tout se pourra accommoder, dont néanmoins je serai en perpétuelle défiance jusqu'au bout. Sur ce je prierai Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très-longue et heureuse vie.
De La Haye , ce vingt-quatrième jour de mars 1608.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
P. Jeannin.
Autre lettre de M. Jeannin à M. de VMeroy, du 29
mars 1608.
Monsiettr , j'écris cette lettre à la hâte par le laquais de M. de Châtillon qui s'en va par delà : c'est seulement pour accuser la réception des lettres du Roi et des vôtres , qui sont des 19 et 20 de ce mois , que je reçus avant-hier au soir ; car j'ai écrit à Sa Majesté et à vous aussi, il n'y a que trois jours, par celui qui est parti pour aller à Calais y tenir le Heu du feu sieur de Sailly. Je vois bien que Sa Majesté craint plus la rupture qu'elle n'espère la paix. Sa crainte a de grandes raisons ; car les Etats , quoiqu'ils désirent ardemment la paix et qu'elle leur soit nécessaire, veulent tout à leur mot , et est certain qu'elle ne se fera pas , ou qu'elle sera honteuse pour le roi d'Espagne, Or , lui n'ayant à présent autres ennemis que ceux-ci , on ne peut croire que l'orgueil d'Espagne soit tellement abattu, qu'ils veuillent prendre des conseils si foibles et indignes de leur grandeur : outre ce que les députés des archiducs , qui sont ici , peuvent espérer que quelques provinces , lesquelles n'ont intérêt au commerce des Indes , seront pour se séparer
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 3^3
si on vient à une rupture à cette occasion. Us savent bien aussi que le roi d'Angleterre ne contribuera rien à la gnerre si elle continue , et que Sa Majesté fera grande difficulté d'en soutenir seule les dépenses et périls ; ainsi qu'ils auront meilleur marché des Etats que dû passé. Je ne laisse pourtant d'en bien espérer. Mes raisons sont que lesdits sieurs députés témoignent évidemment par toutes leurs actions qu'ils craignent de rompre , et ont même essayé tant qu'ils ont pu d'accommoder l'acte pour la trêve des Indes , afin d'en faciliter l'acceptation en Espagne , se promettant que les Hollandais trouveront si peu de profit à continuer ce trafic , qu'ils s'en désisteront d'eux-mêmes avant que la trêve soit expirée , et se contenteront de celui d'Espagne beaucoup plus utile , et auquel plus de gens ont part, comme il y a bien de l'apparence.
Ils craignent encore, quelque bonne parole que le roi d'Angleterre leur donne , qu'il ne donne secours aux Etats si la guerre continue , et se tiennent comme assurés que Sa Majesté en fera autant ; car il y a tant de personnes qui le publient à dessein , qu'en y joignant l'opiniâtreté des Etats , il y a assez pour leur donber ce soupçon , et qu'ils seront encore pour faire ensemble des alliances plus étroites qui obligeront les deux rois à les secourir plus puissamment* que du passé. Et nous entretenons cette crainte avec toute l'industrie qu'il nous est possible es conférences particulières avec le président Richardôt ; car sur ce qu'il m'a dit plusieurs fois que l'Anglais ne donneroit rien aux Etats ,. et qu'ils avoient refusé de faire une pareille alliance avec eux que la nôtre pour ne leur déplaire , quoique ce ne fût que pour la paix, je lui ai fait con-
noître qu'ils ont toujours contribué au secours f et même au dernier argent envoyé ici , et que leurs députés ont déclaré en pleine assemblée des Etats, comme il est vrai , quand leur maître devroit être seul à les secourir , qu'il ne les abandonneroit jamais ; que sa religion , leur voisinage et les obligations passées que la feue reine d'Angleterre avoit acquises sur eux en les secourant lorsque chacun les avoit abandonnés , étoieht des aiguillons assez poignans pour induire leur Roi à ne point laisser perdre ceux avec lesquels il étoit conjoint par tant de liens et intérêts. Et quant à la ligue , qu'il ne tenoit qu'aux Etats qu'elle ne fût faite ; mais que les Anglais avoient des affaires particulières que je lui dis , lesquelles ils vouloient faire „ par même moyen , et avec plus d'avantage pour eux, à l'occasion de cette ligue, étant la seule et vraie cause de ce délai. Pour le regard de Sa Majesté, qu'elle désire la paix, y veut aider de tout son pouvoir, mais qu'elle ne peut avec honneur et sans blâme les abandonner tarit que la guerre durera, y ajoutant que, cet empêchement ôté , on pouvoit établir une bonne et assurée paix et amitié entre elle, le roi d'Espagne et les archiducs, dont je lui ai représenté tant de raisons et de commodités , qu'à mon avis il est du tout persuadé qu'elle est fort désirable, doit être utile à ses maîtres et à toute la chrétienté , et servir aussi à la sûreté et avancement de la religion catholique.
Il me semble bien aussi que les Espagnols craignent les entreprises sur les Indes , et tiennent déjà celles 'd'Orient perdues , si les Hollandais y continuent leur trafic avec hostilité , au lieu qu'en' le faisant de gré à gré , ils se promettent que le profit en sera si petit
DtJ PRÉSIDENT J8ANNIN. 325
(Ju ils le quitteront bientôt , et avant même que le temps de la trêve soit expiré. Et pour celles d'OcciT dent 9 sont bien avertis que les Etats pensent à dresser une compagnie pour y entreprendre , et leur semble que les princes amis des Provinces - Unies seront aisément induits d'être de la partie , et qu'étant joints ensemble ils y pourront faire tin grand effort: puis ils espèrent de les pouvoir gagner après la paix faite par pratiques et corruptions, et , au pis aller, qu'ils seront plutôt lors marchands que gens de guerre , ainsi en état de ne leur pouvoir faire de mal , ni beaucoup servir à autrui. Ils peuvent encore craindre, les guerres venant à continuer , qu'ils ne se jettent par désespoir es mains d'un prince qui soit puissant pour les conserver; et enfin ils ont des nécessités , et sont las de dépendre leur argent sans rien profiter , en quoi ils reçoivent trop de honte et de dommage tout ensemble. Je ne donne pas ces conjectures pour raisons concluantes et nécessaires , mais il en faut attendre l'événement. Bien est-il certain que tous les députés qui sont ici la désirent bien fort -, que les archiducs ont la même affection , et que tous ensemble aideront volontiers à la faire trouver bonne en Espagne -, que les Etats aussi de leur côté , quoique violens à vouloir obtenir tout ce qu'ils demandent , seront pour en quitter quand il n'y aura autre moyen de se mettre en repos. Vous verrez l'acte qui a été dressé pour le trafic des Indes , que les députés des archiducs ont pris pour envoyer en Espagne. Je tiens, quand le roi d'Espagne en rabattra quelque chose , qu'on ne laissera de s'accorder , si les autres articles auxquels on travaillera cependant le sont ainsi, puisque la paix est jugée néces-
saire. U ne sera pas inutile d'avoir pris ce conseil pour donner loisir aux esprits de s'attiédir et rompre les pratiques de ceux qui la veulent empêcher, si grandes pour lors , qu'en opiniâtrant précisément la résolution de cet article on eût sans doute rompu. C'est la vérité qu'on ne parloit au commencement que des Indes d'Orient, et depuis on y a compris celles d'Occident, Ils ne laisseront pourtant dé se contenter des premières , encore qu'il ne soit pas déclaré spécialement par l'écrit , lequel contient bien néanmoins des mots qui le signifient assez -, car ils ne pourront aller es havres , ports et places tenues et occupées par les Es* pagnols. Or ils tiennent tout aux entrées des Indes d'Occident , Davantage je sais que, sous main, on les a assurés qu'on ne fera point de résistance pour les Jndes d'Occident , qui eat ce qu'ils craignent.
Je participe à toute cette conduite secrète qui sert beaucoup à l'avancement de la paix , dont il n'est pas besoin faire bruit , et vous supplie , monsieur , de n'en rien découvrir, Je ne sais pas si le succès en sera heureux -, mais c est ce qu'on peut faire pour conduire toutes choses au but que le Roi désire* On fait grand bruit ici de ce commerce des Indes ; et tant ceux de la société, que les autres qui veulent la guerre , le magnifient comme le seul moyen pour enrichir ces provinces et diminuer les revenus d'Espagne. Et toutefois j'ai appris de plusieurs entendus en ce commerce > desquels je m'en suis informé avec grand soin , qu'il sera peu profitable fait de gré à gré; et s'il a vient que. les marchands y trouvent du profit , contre l'avis de ceux-ci , et par ce moyen le veulent continuer après la trêve 7 que les Espagnols s'accorderont
DU PRÉSIDENT JEÀMNIN. 3*y
plutôt qu'ils le fassent de gré à gré qu'autrement , et qu'enfla ils seront pour se joindre ensemble es dits lieux, afin d'en exclure toutes les autres nations. Le profit des Etats et de leurs amis seroit bien plus grand , et les Espagnols en recevraient aussi plus de dommage , si ce trafic étoit fait avec hostilité; car il seroit cause que les marchands conserveroient toujours leurs navires de guerre , dont ils n'auront plus -de besoin , et s'en déferont sans doute s'il se fait sans hostilité. Les Etats «'exerceraient toujours au fait de la guerre par mer , seroient bien aises d'y recevoir les autres nations avec lesquelles ils sont en amitié, pour se fortifier d'autant contre un ennemi commun , et y par ce moyen, contraindroient le roi d'Espagne d'y faire de grandes armées , ou de perdre son revenu. Mais l'Espagnol nele voulant accorder de cette façon, comme il ne fera jamais, et n'est raisonnable d'en faire instance , on connoîtra avec le temps que les marchands n'y seront si fort échauffés qu'à présent : c'est le jugement qu en font les mieux entendus. Par ainsi le premier avis de Sa Majesté , qu'il vaut mieux s'accommoder en cet article qu'en celui de l'échange des places , est fortvbiea considéré ; et néanmoins on ne pourroit mieux faire pour ce commerce que ce qui est contenu en l'acte très-bon en substance > quoique très-mal dressé , pourvu que le roi d'Espagne l'approuve.
Quant aux places , les plus sages en cet Etat jugent toujours qu'il faudra faire quelque échange de celles de Brabant et de Flandre, excepté l'Ecluse et Bergop-Zoom , avec Grol ,. Oldeasel , Linghen et autres places delà le Rhin , et que cela leur fera épargner la
dépense de six mille hommes de garnison 5 mais nous l'empêcherons de tout notre pouvoir, et remontrerons qu'il faut remettre cet échange après la paix , et , quand on le fera , retenir encore Breda et Grave , qui sont places fortes eu Brabant, lesquelles appartiennent à la maison de Nassau , qu'on ne pourroit quitter sans offenser bien fort M. le prince Maurice , et mettre de la division en leur Etat ; et j'estime que je le persuaderai aux uns et aux autres. Les députés d'Angleterre nous ont bien tenu de bons propos touchant l'alliance de Sa Majesté avec leur Roi •, mais n'ont jamais montré d'y vouloir entenflre dès à présent , et en ce lieu , quoique leur ayons souvent dit que l'occasion n'y seroit jamais si propre , et que les Etats les en sollicitent tous les jours 5 mais tout cela en vain , pource qu'ils n'ont pouvoir de la faire. Et c'est du côté de leur maître qu'il faut ménager sourdement l'affaire $ car s'il est froid et le refuse en personne , on rie doit espérer que ses ministres y soient échauffés ici. Nous ne connoissons rien en l'intention et conduite du maître et des ministres ; car , depuis quatre ou cinq jours, Carron, qui est en Angleterre pour les Etats , a écrit au sieur Bartieveldt, et j'ai vu la lettre en flamand , qui m'a été interprétée en français, que le comte de Sàlisbury lui a fait connoître par tous ses propos que la continuation de la guerre est plus utile à cet Etat que la paix. Et néanmoins étant allé Voir leurs députés, il n'y a que deux jours, pour reconnoître s'ils avoient reçu quelques nouvelles qui les eussent changés ,' nous les avons -trouvés autant ou plus échauffés à la paix , et en l'affection qu'ils nous ont toujours témoigné d'y vouloir gratifier les archiducs.
DU PB É SIEENT JEÀNNIN.' 5^9
)Les lettres du Roi nous apprennent qu'il préfère la paix à une trêve à longues années , et néanmoins que celle-ci vaut encore mieux que la guerre. Nous suivrons ses commandemens partout , et nous accommoderons à l'état des affaires. Je ne désire rien tant que de faire un petit voyage à la Cour , pour donner contentement au Roi de tout ce qui s'est passé , et en retourner encore mieux instruit* J'y ai aussi quelques . petites affaires qui requerroient bien ma présence ; mais les députés des archiducs ne parlent point de sortir d'ici , ni d'intermettre les conférences sur les affaires , et je .crains de m'absenter en un temps que quelque chose se passe où je puisse servir , ayant acquis quelques habitudes particulières que je ne peux aisément résigner à autre; non que M. de Russy ne soit capable et affectionné pour faire tout en mon absence., mais il y en a qui ne se veulent communiquer à personne ; et cet ouvrage m'est si cher., que j'aurois un regret perpétuel d'y défaillir ^ puisqu'il a plu à Sa Majesté me le commettre. Mais si j'en vois quelque occasion, je la prendrai sans attendre autre commandement, puisque je sais la volonté du maître , et que je pense même mon voyage ne devoir être inutile si je le fais. J'oubliois de répondre à ce que vos lettres contiennent, que les Etats devroient pourvoir à leurs affaires en cette incertitude de paix. Le Rpi met en ses lettres les raisons pourquoi ils le peuvent faire. Il semble aux Provinces , quand on en parle , qu'on les veut jeter à la guçrre qu'ils craignent, et croient imprudemment que ne. s'y point préparer est le moyen de
l'éviter ; et n'y a que la nécessité seule et rentrée de la guerrç, même qui les puissent rendre sages et diligens en cet endroit; Quant à leurs amis , le roi d'Angleterre dit ne vouloir déclarer quel secours il donnera, sinon quand l'espérance de paix sera du tout perdue ; et qui le pressera davantage , il fera pis. Sa Majesté n'y veut entrer seule non plus, et n'est raisonnable aussi de faire telles offres lorsqu'on espère la paix. Elle donnait un bon conseil aux princes, et Etats d'Italie , d'aider ces Provinces pour se garantir de l'ambition d'Espagne $ mais ils sont comme le roi d'Angleterre, qui désire roit bien la guerre iei s'il n'y mettoit rien.
Il me semble fort à propos d'entretenir les espérances de l'alliance proposée de la part d'Espagne, dont le président Richardot m'a fait aussi ouverture, non qu'on en puisse tirer grande utilité , mais afin que cette espérance les empêche de penser à d'autres desseins qui norçs soient préjudiciables, et, en effet, qui ne pourra joindre l'Angleterre à embrasser nçtre amitié et alliance* Celle-ci ne doit être rejetée , trop bien le conseil honteux de favoriser les archiducs au préjudice des Etats, et même à notre dommage (*). J'ai donné au prince Maurice les lettres du Roi, et fait entendre ma créance. Il a reçu le tout de bonne part , et ne fera rien contre ce que Sa Majesté désire , mais il ne se rendra jamais auteur de la paix. Je vous ai envoyé les articles que M. Aërseus vous ayoit déjà donnés , mais beaucoup plus tard que. lui auquel le père les a envoyés long-temps avant qu'il nous les ait déli-
{») Ce passage difficile a eatemlre est conforme an manuscrit.
DU PRESIDENT JEàNNIN. 33 1
vrés , afin que son fils en soit le premier porteur. Je prie Dieu, monsieur, qu'il tous donne, en parfaite santé , très-heureuse et longue vie.
De La Haye, ce vingt-neuvième de mars 1608.
Yotre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jeinniv.
Lettre du Rai,' du dernier jour de mars 1608.
Messieurs JeanninetdeRussy, vos lettres du 10, 12 et 1 5 de ce mois m'ont été présentées le vingtième d'icekripar Sainte-Catherine. J'avois déjà fait réponse aux vôtres du septième , apportées par Monceau , par laquelle vous aurez été éclaircis de mes intentions sur les principaux points de ces dernières. C'est pourquoi je n'ai davantage avancé le retour dudit Sainte- Catherine , joint que je m'attendois toujours de voir passer par ici le marquis Spinola , que ledit Sainte- Catherine m'avoit rapporté de bouche devoir être porteur en Espagne de la dernière proposition qui a été faite par delà , pour accorder l'article du commerce des Indes. Mais, puisqu'il n'a encore comparu, j'estime que lui et ses collèges auront voulu tirer des Etats leur dernier mot sur les autres articles comme sur celui-ci , pour porter tout ensemble en Espagne et n'en foire à deux fois , et , en ce faisant , mettre au choix du Roi dudit paya et de son conseil la paix ou la guerre. Or, quand je considère les avantages que lesdits Etats recevront de la première , si elle est faite aux conditions auxquelles ils ont comme fait consentir les autres , je ne puis que je ne soupçonne que les Espagnols veulent les abuser avec les espérances qu'ils leur donnent, leur faisant perdre
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le temps , et cependant dresser parmi eux et sur eux des parties pour les surprendre et endommager ; car il me semble qu'ils passent des choses qu'ils pourraient avec raison plus débattre qu'ils ne font : aussi leurs soudains changemens de propos et de contenance du soir an lendemain , me sont grandement suspects. Mais d'ailleurs , quand je considère le gouvernement présent des affaires d'Espagne et de Flandre , et examine les divers avis que j'ai des nécessités d'argent et d'hommes qu'ils ont , et les pertes qu'ils ont laites et craignent de faire aux Indes , et les incommodités qu'ils ressentent et augmentent journellement des retardemens de leurs flottes, sur lesquelles est fondé le principal pivot de leur Etat , je conclus qu'ils ont plus besoin de la paix que de moyens de continuer là guerre , et qu'ils espèrent avec le temps redresser leurs affaires, pour après plus nuire anxdits Etats qu'ils n'ont moyen de faire de présent. Mais j'ai bien opinion , comme vous , qu'ayant tiré le dernier mot desdits Etats , ils en retarderont la résolution tant qu'ils pourront, pour ennuyer ou diviser lesdits Etats, tant à force d'argent qu'autrement , et partant qu'ils tendront à une trêve qui incommode lesdits Etats , et n'ennuiera pas moins leurs alliés et amis. Je dis leurs vrais amis $ car ceux qui ne le sont que de mine désireftt et favorisent sous main leur affoiblissement : les Anglais sont de ce nombre, auxquels je sais néanmoins qu'ils défèrent toujours beaucoup. L'on dira qu'ils en usent ainsi par prudence , et pour éviter pis et leur perte , non par affection ni espoir d'en tirer avantage. Or je ne puis trouver bon que nous jious engagions en cette ligue générale de laquelle
on vous a renouvelé la proposition ; car il est certain que lesdits Anglais ne tendent qu'à nous décevoir , et nous faire départir de la particulière que nous avons accordée , ainsi que vous jugez prudemment.
Je fais encore moins de compte des propos tenu s par Winood au sieur de Russy , et m'étonne comme le sieur Barneveldt s'y arrête. S'il le fait pour complaire aux autres , et par ce moyen les avoir plus favorables, je dis qu'il y sera trompé avec tous ceux qui auront telle espérance. En tous cas , je me garderai bien d'entendre ni faire chose qui soit indigne de moi , comme seroit l'office que ledit Winood voudroit que je fisse faire par La Boderie. Madame vaut bien monsieur, et la peine d'être demandée et courtisée. Ils ne se meuvent en cela que par jalousie et par artifice, soit qu'ils la prennent de la recherche que les Anglais font de mon alliance , ou qu'ils tendent à la leur donner. Pour cette cause, si ledit Winood ou lcsieur Barneveldt vous reparlent de ce fait , dites-leur que vous n'avez encore reçu ma réponse sur icelui , et que vous estimez que je l'ai retardée exprès pour reconnoîtrc et vérifier si , en Angleterre , on y tiendra langage qui ait quelque conformité avec les leurs, qui me donnent argument d'espérer l'effet qu'ils en promettent. Vous leur direz néanmoins que vous n'en parlez que par opinions et comme de vous-mêmes , parce que je ne vous en ai rien écrit. Et si après cela ils continuent à vous rechercher encore d'un traité général , je suis content que vous y entendiez , ou à un particulier avec lesdits Anglais , ainsi que je vous ai écrit palmes dernières , soit que l'on le propose seulement pour entretenir le tapis et la réputation de notre
union , ou que Ton entende et veuille y entrer k bon eseient , pourvu que cela ne préjudicie au dernier que nous avons fait avec lesdits Etats, je vois aussi que tel est votre avis : suivez-le donc , car je l'approuve. Je serai bien aise aussi qu'ils fassent la paix du côté de deçà ; et qu'ils se contentent de la trêve aux Indes en la dernière forme qu'ils ont proposée , s'ils ne peuvent avoir mieux : même j'estime qu'ils doivent plutôt accepter la trêve d'une part et d'autre que de rentrer en guerre , pourvu qu'ils soient par icelle reconnus pour libres sans limitation de temps, ainsi qu'il est porté par vosdites lettres $ qui est ce que je puis vous écrire sur icelles , remettant le surplus à mes précédentes , et à vos meilleurs avis. Mais j'im-' prouve , comme vous , le long séjour à La Haye des députés des archiducs ; cat je ne doute point qu'ils n'en profitent au dommage des Etats , si tant est qu'ils ne se retirent.
Je serai bien aise que vous, sieur Jeannin, preniez sujet de revenir par deçà pour être informé de vous par bouche de toutes choses ; mais en ce cas vous promettrez à ces sieurs que vous retournerez par delà quand les députés desdits archiducs s'y rendront , car c'est mon intention. Mais je voudrois que vous prissiez votre chemin par Bruxelles, si vous le pouvez faire sûrement , afin de voir les archiducs , pour leur confirmer de ma part les assurances de ma bonne volonté 5 car je juge que ce seroit leur bien , comme le mien, que nous fussions en bonne intelligence ensemble , principalement s'ils font la paix avec les-* dits Etats , d'autant que nous pourrions lors régner en repos et sûreté , sans avoir occasion de craindre
du président j&knmv. 335
chose qui nous'pût arriver de la part de nos voisins T mon intention étant de vivre en amitié avec tous , et me contenter du partage que' Dieu m'a donné : je me persuade que la leur est semblable , mais je fc'ài pas occasion jusques à présent de croire le semblable des Espagnols ; à quoi toutefois l'oft pottrroit trouver des moyens de pourvoir pour l'avenir , par rentremise même desdits princes , la bonne foi et sincérité desquels sera toujours de grande considération et efficace en mon endroit , ainsi que vous leur pourrez dire si vous les voyez $ ce qu'il faudroit que vous fissiez sous prétexte d'éviter le passage de la mer y et pour vous rendre plus tôt vers moi , afin de ne donner martel aux Etats \ et voudrais que vous dressassiez votre partie de façon que vous pussiez encore reprendre le même chemin quand il sera nécessaire que vous retourniez par delà , afin de con tinuer la même visite et négociation avec lesdits princes, sekm le sujet qu'ils nous en donneront ~ Mais je veux que vous sachiez mon intention être , traitant avec les archiducs , de n'entendre à aucune ouverture qui puisse , de présent et à l'avenir , nuire et préjudicier auxdits Etats , ni leur donner cause de se plaindre de ma foi et de mon amitié 5 car c'est sur l'observation et erttretèneraent de l'une et de l'autre que je prétends bâtir une bonne intelligence avec les archiducs , et non autrement.
Je serois trop mal conseillé aussi de laisser le certain , au préjudice de ma foi et réputation , pour m attacher à l'incertain , étant lesdits princes si liés aux volontés d'Espagne , qu'ils font et crois qu'ils feront tout ce qu'ils voudront : ce que je vous dis , parce que-
je sais que le conseil d'Espagne a ses fins tontes contraires à la concorde publique à laquelle j'aspire , et à la bonne foi qui me guide; de façon que je dois croire , s'il fait quelque semblant de procéder sincèrement en la recherche de mon alliance , que c'est plus pour en profiter au dommage des Etats , que pour le bien de tous. Lesdits Espagnols ne traitent pas plus fidèlement avec les Anglais ; mais ceux-ci prennent pour argent comptant toutes les propositions qui les chatouillent , et avec lesquelles ils peuvent tenir leurs voisins en jalousie , et mieux conserver leur neutralité , sur laquelle ils ont jeté le principal fondement de leur grandeur et réputation. J'ai bien remarqué par vosdites lettres la discontinuation de la communication desdits députés des archiducs avec vous : je l'attribue au déplaisir qu'ils ont reçu de la dernière voiture qui a été envoyée par delà plutôt que l'autre; car je ne doute point qu'ils n'attribuent à mon assistance la dureté de laquelle ils estiment que les Etats traitent avec eux ,* sans considérer quelle est la nature de ces peuples, ni la condition présente des affaires d'Espagne, que thacun reconnoît aller décimant à vue d'œil , à cause de leur gouvernement et des pertes qu'ils font aux Indes: c'est pourquoi je dois être plus retenu et considéré à continuer ladite assistance auxdits Etats sur l'instance qu'ils en font ; joint que j'estime en cela mon argent assez mal employé, d'autant que je ne vois pas que lesdits Etats m'en sachent plus de gré , puisqu'ils continuent à vivre avec les Anglais et moi quasi en égalité. Et néanmoins j'offense en ce faisant mes autres voisins , de quoi lesdits Anglais mêmes
DU PRÉSIDENT JEANNIN . 33j
s'avantagent encore envers eux à mon dommage* Toutefois avisez à leur faire sur ladite demande telle réponse que vous jugerez être à propos, pourvu que vous ne m'engagiez davantage audit secours ; car je serai bien aise d'en conférer avec vous , sieur Jeannin, devant que d'en résoudre. Nous pourrons voir aussi cependant quel train prendront les affaires , tant en Espagne qu'en Flandre , après la retraite desdits députés. Je n'ai sur cela fait autre réponse au sieur Aërsens , qui m'a réitéré la susdite instance en me présentant la lettre desdits Etats , sinon que je voulois y aviser à loisir , et voir aussi plus clair aux affaires qui sont sur le bureau; Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrite à Fontainebleau, le dernier jour de mars 1608. - Henry.
Et plus bas, de Neuf ville.
Lettre de AJ. de f^ilterojr à M. Jeannin , dudit jour
dernier de mars 1608.
Monsieur, vous avez été pleinement informé des intentions du Roi par nos précédentes lettres , et fraîchement par notre dernière écrite le vingtième de ce mois, c'est pourquoi nous ne nous sommes hâtés de vous renvoyer le sieur de Sainte - Catherine \ car nous vous avons mandé que nous approuvons la trêve aux Indes , et qu'elle soit faite aussi par delà , plutôt que de rentrer en une nouvelle guerre. Nous persistons en cette opinion -, bien entendu , toutefois , que par ladite trêve les Etats soient reconnus pour libres, sur lesquels on ne prétend rien sans limitation de t. i3. 11
temps, comme le Roi vous écrit. Pour moi, je crois et ai soutenu qu'une trêve faite de cette façon seroit plus propre ôt utile qu'une paix absolue , ppur les mêmes raisons que vous touchez en vot* e lettre; mais chacun n'est de notre aVis. Tous néanmoins concluent qu'il vaut mieux s'y ranger que de fompre , auquel cas il faudra déclarer , comrtië vous dites, que notre traité dernier aura lieu pour la trêve commapour la paix , et ajouter la clause marquée par votredite lettre -, savoir, qu'ils ne pourront ci-après faite la paix, sinon du gré et consentement du Roi; mais il ne faut en cela ni en autre chose faire mise ni recette des bonnes paroles des députés anglais. Aussi n'avons -nous rien d'ailleurs qui y concoure ; ce qu'il faut toutefois plutôt croire que manifester. Car bien que cette nation ne doive changer de naturel ni d'affection envers la nôtre , toutefois elle pourroit être induite de ce faire avec le temps , par la considération de son utilité et sûreté. Mettons toujours le droit de notre côté^ comme vous avez prudemment et di gnome ht fait jusques à présent -, mais n outrepassons aussi ces bornes-là , ainsi que nous ferions si nous suivions le conseil que Winood a donné à ML de Russy. Son maître a autant ou plus grand besoin de nous et de notre amitié que nous avons de la sienne. Je ne sais si Une plus étroite alliance nous ponrroit mieux assurer de lui et des siens. En tou$ cas , pal* honneur , il touche à eux dé parler les premiers : mais aussi vous pouvez assumer que Ton nous trouvera toujours bien disposés d'entendre à toutes bonnes et honnêtes ouvertures ; mais croyez , je vous prie > que si les Espagnols entretiennent encore avec les Anglais la pratique dsal-
liance dont Votre lettre fait mention , ce n'est que pour les endormir , flatter et abuser , principalement tant qu'ils seront de contraire religion , et que le prince d'Espagne sera à marier , qui n'est un oeuvre d'un jour. Partant ne nous mettons en peine de télé discours ; ils ne sont mis en jeu de part et d'autre que pour nous donner martel ,. et nous est facile dé leur rendre la pareille ; même auxdits Anglais ; Car * comme les pins foibles et in su (lis ans, ils soupçonnent tout et se défient de tout : ils jugent aussi de nos intentions et ruses par les leurs*
Nous avons quelque opinion que ce porteur votis trouvera parti pour nous revenir voir , sur ce que nous vous avons mandé par nos dernières , si les députés des archiducs se retiroient durant ces saints jours, que Sa Majesté auroit à plaisir * en ce cas 9 que vous fissiez un tour par deçà * ce que nous vous répétons encore* A 1 effet de quoi nous vous envoyons une lettre pour les Etats , et vous apprendrez de celle de Sa Majesté le chemin qu'elle désireroit que vous prissiez, et les raisons de ce conseil : toutefois elle entend que Vous en usiez ainsi que vous jugerez être pote le mieux ; car il faut avoir égard de neffaroucher nos amis en voulant assurer les autres. Le Roi a considéré les propos que vous a tenus celui qne vous avez envoyé quérir à Amsterdam/ Il en £ût «1 bon jugement, mais il faut, comme il dit* voir ee qui réussira des traités qui sont sur le bureau, devant que de serrer davantage ce marché, quand ce ne seroit qne pour ne l'éventer eii l'état et constitatioâ présente des affaires. Si vous venez par deçà *
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vous en entretiendrez à plein Sa Majesté , et en ferez leçon aux autres. Quant à la remontrance que vous avez dressée en faveur des catholiques , il nous semble qu'il faut s'y conduire , premièrement selon ce que feront les députés d'Espagne , secondement selon que vous connoîtrez qu'elle sera bien reçue au pays"; car si vous découvrez que les premiers veulent s'aider de ce prétexte poiir favoriser une rupture , vous ferez bien de les prévenir , après avoir sous main averti de votre dessein ceux qui en seront dignes. Si aussiles Espagnols traitent ce point modérément et ne rompent , peut-être sera-t-il bon aussi de. différer la susdite remontrance jusques à ce que vous ayez vu Sa Majesté ;» néanmoins, tout ce que vous ferez sera trouvé bon , comme a été tout ce que vous avez fait jusques à présent. Enfin M. de Savoie a marié ses deux filles aînées aux princes de Mantoue et de Modène. Et quand les Espagnols ont vu que, nonobstant leurs contradictions , lesdits ducs ne laissoient de passer outre , ils les ont approuvés ; ça été lorsqu'on s'y attendoit le moins , et qu'ils n'en étoient plus recherchés, ce que l'on a attribué à foiblesse et timidité plus qu'à prudence et bonne volonté. Cette victoire a un peu remis l'esprit dudit duc, qui étoit, ce dit-on , mal satisfait d'eux , et nommément du comte de Fuentes ; mais j'estime qu'il n'en deviendra que plus insolent en leur endroit , et qu'il les eu méprisera davantage à l'avenir : tant y a qu'il ne nous a encore fait savoir de ses nouvelles sur tous ces changemens qu'en termes généraux et de gazette; mais on continue à dire que nous verrons bientôt
DU PRÉSIDENT JEÀNN1N. $4f
te siéurde Jacob qui nous en apprendra davantage. Je prie Dieu , monsieur ,- qu'il . vous conserve en tonne santé. ....;'
De Fontainebleau , ce dernier mars 1608.
Votre , etc. de Neufville.
Autre lettre dùdit sieur de Villeroy audit sieur Jeannin , dudit jour dernier mars 1608 , écrite de sa main.
Monsieur , nous voulons vous voir devant que de résoudre la gratification que nous ferons au sieur Barneveldt; mais nous disons que nous suivrons en cela votre avis , tant pour le père que pour les enfans , l'ouverture que vous avez faite pour ceux-ci ayant été trouvée bonne. Le sieur Aërsens ne m'a point parlé, ni à autre que je sache, de la faveur quelesieuF Barneveldt désire être faite à son aîné , telle qu'il l'a reçue d'Angleterre 5 mais cela sera fait sans difficulté et mieux encore : je fais seulement donner ordre qu'il ne soit retiré sans nous dire adieu; peut-être reviendrez-vous à temps pour nous aider à faire ce bon office, que je juge comme vous nécessaire envers le père et les enfans. J'ai aussi peu ouï parler des propos que la princesse d'Orange vous a ténus qui touchent au prince Maurice , mais bien qu'elle a voit été retardée par le Roi sur votre conseil , de quoi elle fut lors éclaircie par moi, qui lui dis que c'étoit un mécompte du Roi. Nous mettons si mal volontiers ici la main à* la bourse, que nous n'avançons pas facilement les offres et promesses d'argent ni de pension 5 mais aussi tenonsnous et exécutons fidèlement celles que nous faisons. Je Vous remercie derechef du soin que vous avez de
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M. de Préaux $ et si vous ne revenez par deçà , et que M. de Castille , votre gendre , veuille aller par delà 9 je ferai naître l'occasion que vous désirez , çTaussi bon coeur que si c'était pour mon fils*, car votre contentement me sera toujours aussi cher que le mien propre. J'ai opinion que les députés des archiducs ont ainsi changé de langage et de contenance tout à coup sur l'article du commerce , pour avoir loisir d'attendre des nouvelles d'Espagne, et n'être cependant inutiles par delà; et je doute fort que le conseil d'Espagne passe ledit article comme il aété formé ; de quoi lesdits députés seront éclaircis devant que vous receviez la présente, et le jugerez incontinent procéder sur l'article de la religion; car voilà un courtier qui vient d'Espagne , qui est présentement arrivé à la poste, qui n'est parti de la Cour que depuis cinq jours , et est fort pressé de passer. Je ne doute point qu'il ne porte la susdite réponse ; mais comme il ne nous a rien apporté de M. de Barrault , je ne puis vous en apprendre davantage.. Si vous coanoissez que le président Richardot continue à s'éloigner de vous , je ne puis être d'avis qu'en revenant eh France vous voyiez les archiducs ; mais quelque parti que vous preniez , je vous puis assurer qu'il sera ici approuvé. Je tne recommande très-affectueusement à votre bonne grâce , et prie Dieu , monsieur» qu'il vous conserve en la sienne très-sainte.
De Fontainebleau, ce dernier jour de mars 1608.
Votre, etc. as Neufville.
Lettre de messieurs Jeanain et fa Russy au Roi , du premier jour d'avril 1608.
Sire ,
Le père commissaire s'en va en Espagne pour rapporter la volonté du Roi Catholique sur le fait du commerce des Indes , et autres difficultés que les dé* pûtes des archiducs ont pu prévoir, afin qu'ils aient à son retour éclaircissement entier et certain de ce qu'ils aqront à faire. On doit cependant travailler Wns intermission sqr les autres articles , montrât tas uns et les autres que c'est leur désjr d en voir la fip le plps tôt qu'ils pourront, i quoi nous les exhortons incessamment , même les Etats en ayant dit tant de raisons, qu'ils y sont à présent fort enclins et affectionnés. La difficulté pour le convoi continue encore; car les Etats allèguent qu'ils n'en sauraient exempter le pays des archiducs , et le lever sur euxmêmes , sans renvoyer tout le trafic à Anvers > ni l'abolir du tout sans e'ôter le moyen d'entretenir leurs navires de guerre. On avoit proposé de le lever à l'avenir avec plus de soulagement; à savoir, séries navires , non sur les denrées , ou bien pour cinq pu six ans seulement, et ces moyens sembloient être approuvés -, mais les députés des archiducs déclarent opiniâtrement n'en rien vouloir donner du tout 9 particulièrement M. le président Richardot , qui y insiste avec autant d'affection que M. le marquis Spinola a fait le commerce des Indes. Ce n'est pas un article, qui doive empêcher la paix , et estimons , qui ne pourra mieux faire , qu'il faut plutôt
conseiller aux Etats de céder que de rompre à cette occasion. L'échange des places sera remis après la paix.
Il y pourra encore avoir quelque difficulté pour les limites ; car les Etats prétendent que non-seulement les places qu'ils tiennent en Brabant et Flandre leur doivent demeurer, mais leur territoire et juridiction', c'est-à-dire les villages qui en dépendent, et aussi bien en souveraineté que les villes , comme prenant exemple sur Breda , qui a dix-huit ou vingt villages qui sont de ladite terre et seigneurie , alléguant cette raison , que les membres doivent suivre le chef; et nous prévoyons que les archiducs les voudront restreindre à l'enclos de leurs murailles , ou à l'étendue des banlieues de chacune d'icelles places. Ce différend ne seroit aisé à composer , n'étoit qu'en Gueldres etenOver-Yssel, lesdits sieurs archiducs ont des places où ils voudront user de même droit $ et cela pourra ouvrir quelque moyen, soit par compensation ou autrement, d'en sortir: à quoi nous aiderons suivant le commandement de votre Majesté. Ce qu'étant fait, il n'y a plus rien , comme il nous semblé ,'qui puisse ôter l'espérance de la paix * pourvu que l'article concernant le commerce des Indes soit accordé en Espagne , dont nous espérons bien puisque ledit sieur commissaire fait le voyage 5 car il a très-bonne inten-* tion ; et si il est fort bien instruit des raisons pour le persuader. Il sait aussi les bons offices que nous faisons pour la paix , qui sont à présent si bien connus de lui et des autres ministres des archiducs, qu'ils ne doutent plus de la bonne volonté de votre Majesté , ni de son pouvoir en cet endroit. Il nous A dit qu'il la .verrait ,
soit à Paris ou à Fontainebleau , et qu'il en étoit sorti si bien édifié l'autre fois qu'il la vit , qu'il auroit trop de regret d'aller vers le Roi son maître sans recevoir ses commandemens. Quant au fait de la religion , le président Richardot a bien pris les raisons que le président Jeannin lui a dit pour espérer de l'obtenir plutôt se joignant avec vous après la paix, qu'en y insistant par le traité; et s'ils ne s'en veulent servir comme d'un prétexte pour rompre , il y a apparence qu'ils prendront ce conseil. Nous prions Dieu, Sire, qu'il conserve votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.
De La Haye ,. ce premier jour d'avril 1608.
Vœ très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et de Russy.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy , dudit jour
premier avril 1608.
Monsieur, je vous ai écrit il n'y a que trois jours par un laquais de M. de Châtillon; je le ferai encore par un capitaine qui doit retourner en France dans trois ou quatre jours. Et maintenant je fais ce mot par le père commissaire , qui s'en va en Espagne avec très-bonne intention de faire tout ce qu'il pourra pour le commerce des Indes , qui est la principale cause de son voyage. Il est aussi bien informé de notre conduite , et sait qu'ils ont occasion de s'en louer. Il m'a assuré, me venant dire adieu, qu'il verroit le Roi. Je suis certain qu'il en sortira aussi bien édifié qu'il en fut la première fois qu'il parla à Sa Majesté ; tout dépend de son- voyage. Je vis le président Richardot le #. jour d'hier , conférai avec lui sur le sujet de la paix
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et de ce que le Pape avoit dit au sieur d'ÀlincQurt, et depuis le Roi à M, le ppuce , dopt il a été fort réjoui. La créance et confidence entre nous deux est très-bonne et meilleure qu'elle ne fut jamais. Quoiqu'il y ait beaucoup de difficultés pour parvenir à la paix, $i est-ce que la voyant fort désirée de deux côtés, j'en espère mieux de jour à autre, s'il u'y a rien de caché en l'esprit de ceux qui traitent ou de leurs maîtres. Il me semble qu'il faut presser pour venir à la conclusion ^teuettre les affairas en état , qu'au retour du sieur commissaire on puisse demeurer d'accord dé tout, du moins un mois aprè» qu'il /sera venu; car la longueur , qui tient toutes choses en incertitude , et consume les Etats eu frais inutilement» leur est très-dommageable , étant certain si elle continue qu'ils seront contraints de licencier une partie de leurs troupes , dont la dépense leur revient à huit cent mille francs par mois; et pource qu'ils craignent que cela défavorise leurs affaires , ils sont tous les jours à nous prier, afin d'éviter cet inconvénient, de vouloir in-» tercéder envers Sa Majesté pour Les faire secourir ; mais je n'ose l'entreprendre, encore que je reconnoisse bien, qu'ils en ont très-grand besoin , et que leurs affaires seront pour tomber en confusion , si ce secours qu'ils demandent, soit par forme d'avance, ainsi que le sieur Aërsens m'a dit , par prêt ou autrement , est refusé; car j'ai crainte en le faisant d'être tenu pour mauvais dispensateur de la bourse du Roi. Ainsi il me suffit de représenter les affaires sans y ajouter ma supplication ; caf le Roi a plus de prudence que personne , et est assisté de si bons çt fidèles mi- *njstres, qu'ils lui sauront bien conseiller ce cpû est
DU PRÉSIDENT JEÀNIUN, 347
requis pour achever heureusement cette affaire, et obliger du tout ces peuples à connoître qu'ils lui devront leur conservation. Aussi vous peux-je assurer que sou autorité y est très-grande , et , quand il faudra prendre une résolution entière, que son avis aura beaucoup de pouvoir pour les faire incliner où elle voudra. M. le prince Maurice m'a dit plusieurs fois qu'il avoit entendu que Sa Majesté permettoit à quelques capitaine* frauçais , qui sont en ce pays , d'aller en Suède, et d'y mener des troupes , retenant néanmoins toujours leurs charges, et en recevant les états et appointera en s, et que si cela se fait leurs compagnies se déferont» Ce n'est pas à moi d'en donner conseil , mais il me semble que fe cause de l'élu roi de Suède n'est pas si favorable qu'il y faille envoyer des troupes avec l'autorité et permission du Roi ; il y a des choses qu'on aime mieux dissimuler que commander. Vous auftz au premier jour autres lettres de moi 5 cependant je prierai Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très-heUreuse et longue vie.
De La Haye , ce prunier jour d'avril 1608.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P. Jeavnin.
f*tlre de messieurs Jeawiin et de Russjr au Roi, le jour
de Pâques 1608.
SlRE ,
Depuis le départ du Cordelier , les députés des archiducs et des Etats ne se sont assemblés qu'une fois , et fut traité en leur conférence de l'échange de* places, des limites et des confiscations déclprées d'une
part et d'autre pendant la guerre , et accordé, quant à l'échange, qu'il seroit remis après la paix, et pour les limites des places de Brabant et de Flandre , dit, par M. le président Richardot , que les Etats nç pouvoient prétendre autres limites que l'enclos de leurs murailles, et sans souveraineté , n'étant raisonnable qu'ils s'attribuent cette autorité es deux principales provinces des archiducs, niais leur doit suffire d'y tenir les places avec telles forces que bon leur semblera pour la sûreté de leur frontière. A quoi lui ' fut répondu que la souveraineté leur a déjà été accordée sur lesdites places , en ce que , par le premier article , ils sont reconnus souverains en tout ce qu'ils tiennent, et s'ils veulent restreindre les limites àfl'enclos des murailles, qu'ils le consentiront, pourvu qu'il leur soit permis d'user de même droit contre eux en Over-Yssel, ZUtphen et Gueldres , où ils tiennent quelques places. Mais ledit sieur président répliqua que ce n'étoit chose semblable , pource que tout leur appartenoit par succession et à titre légitime , et eux n'avoient que ce que la force leur a donné 5 au moyen de quoi les archiducs pouvoient dire , avec bonne raison , qu'es provinces où. ils ont encore quelque part tout ce qui n'est occupé leur appartient. Il alléguoit aussi cette raison particulière , qu'en Gueldres ils tiennent un quartier tout entier , et par ainsi le territoire d'entre les villes dudit quartier leur doit demeurer, étant l'ordre des provinces d'iceux pays , que les villes sont attribuées à certains quartiers , saris qu'il y ait aucune confusion du territoire d'un quartier à l'autre ; qu'en ' Zutphen ils tiennent la ville qui est chef du quartier, et y avoit même raison de prétendre le territoire en-
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 34g
tier d'icelui en ce qui n'a été occupé; pour Over-Yssel ,: que ce n'est pas ainsi , mais se contentaient, pour ce regard, d'être réduits à l'enclos de leurs murailles y quant à la souveraineté, qu'ils l'avoient bien quittée es provinces qu'ils tiennent entièrement , ou pour la plus grande part , mais non jamais entendu de leur laisser partager avec les archiducs la souveraineté de Brabant et de Flandre, comme ils feroient si les placée par eux occupées es dits pays leur demeurent en souveraineté. Cet article, quoique de grande conséquence, n'a été traité avec contention et animoské, au contraire a semblé que chacun se vouloit aider à le composer , ayant été avisé qu'on mettroit par écrit d'une part et d'autre ce qui avoit été proposé pour ce regard. Il en fut aussi autant dit pour les confiscations dont les articles sont communs , et sera aisé de les dresser en sorte qu'on en demeure d'accord. Lesdits sieurs députés des archiducs et Etats doivent respectivement rapporter , le mardi après Pâques , ce qu'ils en auront mis par écrit, pour conférer ensemble làdessus et voir s'ils s'en pourront accorder. Il ne fut point parlé en ladite dernière conférence du convoi , mais seulement en la précédente tenue avant le départ du Cordelier , et semble aussi qu'on y veuille chercher des expédiens pour le compossr , en sorte qu'à notre avis les affaires s'avancent toujours avec espoir de bon succès pour obtenir la paix , s'il n'y a quelque chose de caché qu'on retienne du côté d'Esr pagne, pour rompre quand ils auront gagné le temps pour empêcher qu'ils n'aient la guerre cette année , dont ne voyons rien qui nous le doive faire conjecturer$ car les députés des archiducs s'offrent à toutes
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occasions pour conférer et avancer la besogne, le président Richardot ayant dit au sieur Jeannin qu'ils désirent les affaires être mises en état de les pouvoir entièrement conclure lors de la venue du Cordelier , et qu'ils ne sortiront point d'ici jusqu'à ce que tout soit fait ou rompu. Il est certain néanmoins que si on veut travailler incessamment, il n'y en aura pas pour quinze jours au plus ; car la plupart des articles qui restent regardent l'utilité commune *, sur lesquels il n'y aura aucune difficulté ou peu. Ainsi si votre Majesté continue en cette volonté que le président Jeannin fasse voyage vers elle , en ayant sa réponse et commande* ment, il s'y acheminera aussitôt > et pourra être de retour avant ou au même temps que le Cordelier arrivera, jusqu'à la venue duquel les articles qui auront de la difficulté seront mis en surséance * n'y ayant appa* rence qu'on veuille faire autrement sans avoir en* tendu ce qu'il apportera d'Espagne: Aucuns étoient d'avis , même ceux qui veulent la guerre , de différer toutes choses jusqu'au retour du Cordelier , alléguant cette raison, que si on s'accorde des autres articles , et qu'il ne reste que cdui dû commerce des Indes potfr lequel principalement il est allé vers lé roi d'Espagne, qu'on sera plus facile dû coté des Etats à recevoir quelque tempérament et modération sur i celui article que si tout était encore en entier , comme il est vrais Ils vouloient aussi que les députés des archiducs eussent à se retirer jusqu'au retour du Cordelier; mais on a bien reconnu qu'ils n1 avoient aucune volonté de sortir d'ici sans achever ou rompre , qn'ofc les offenserait en leur prescrivant cette loi , et que peut-être ils ne séroient si prompts à retourner ; Ce que les raieut
affectionnés an repos , dont le nombre est toujours le plus grand > craignent, préférant la paix à toute autre chose , et, s'ils nela peuvent obtenir, une longue trêve, qui est en effet ce que votre Majesté montre désirer par ses dernières lettres. À quoi il y a apparence aussi que les affaires se termineront ,' pource que les conditions de la paix pourront sembler si rudes au roi d'Espagne , qu'il pensera y avoir moins de honte et de dommage pour lui de faire une trèvê qu'une paix perpétuelle , comme au contraire les archiducs seront pour désirer leur repos pour toujours. Or nous avons favorisé et adhéré à l'opinion de ceux qui désirent l'accélération et résolution des affaires sans perdre de temps ; car si le roi d'Espagne veut la paix en effet ou une trêve à longues années , il n'a que faire d'user d'artifices pour gagner le temps afin d'éviter la guerre cette année -, comme , au contraire , s'il use de longueur, tout en doit être suspect : par ainsi nous saurons tôt à quoi il se veut résoudre , même la rupture si elle doit avenir. C'est lé profit des Etats , lesquels ft*ont rien à craindre pour cette année , pource qu'ils ont plus de forces dan* le pays que le roi d'Espagne ; et, avant qtfil en puisse faire venir de loin, le temps de faire la guerre sera passé ; puis ladite rupture aveaaftt tôt , ils p&urroient faire une flotte par mer, pourrencontrer celle qui doit arriver des Indes en Espagne vers là fin du mois d'août , ou au commencement de septembre, et avec peu de dépense contraindre le roi d'Espagne d'en faire beaucoup , ou mettre en danger sa flotte. Davantage le roi d'Angleterre a toujours déclaré qtfîl ne diroit jamais le secours qu'il veut donner que le traité ne soit du tout rompu ; votre
35a NÉGOCIATIONS
Majesté ne le veut faire non plus , crainte d'être seule au secours, avec ce qu'il ne seroit pas à propos que l'un et l'autre fassent des offres en un temps auquel la paix est tant avancée qu'il y a plus de raison de
• l'espérer que de craindre le contraire. Les provinces sont aussi de même 'avis , et ne veulent entendre parler de nouvelles contributions , leur semblant que le faire est désespérer de la paix ,. et ne leur peut-on persuader que se préparer à la guerre soit le moyen de l'éviter. Or, plus les Etats auront de temps et de loisir pour traiter avec leurs amis et disposer les provinces à faire ce qui est nécessaire pour leur conservation, et mieux sera pour eux; au lieu que, si les affaires traînent et demeurent en incertitude , chacun se refroidira. La plupart des députés des provinces , qui s'ennuient déjà bien fort ici , se retireront , et ne feront après les Etats leurs affaires avec tant d'avantage et de réputation.
Il y a encore une raison particulière qui nous a fait embrasser le conseil d'avancer la fin de ce traité, à savoir qu'on nous dit tous les jours qu'ils attendent de l'affection et libéralité de votre Majesté , qu'elle leur continuera le secours accoutumé jusqu'à la conclusion de la paix , attendu qu'ils ont toujours les mêmes
. forces , et que tout leur appui ne dépend que de sa puissance et bonté envers eux , encore que nous leur ayons dit et répété si souvent le contraire, qu'ils ont trop de sujet d'en avoir autre opinion. Il semble aussi à ceux qui veulent la paix, que presser la résolution soit chercher rupture , et que différer à ouïr ce qui leur déplairoit est le moyen de l'éviter-, comme si on ne pouvoit pas faire les mêmes offices pour obtenir
DU PRÉSIDENT JEÂ1SNIN. 353
la paix, en avançant la conclusion qu'en traînant les affaires en longueur. Les députés des archiducs sont bien assurés de notre affection , et que votre Majesté peut beaucoup aider à leur contentement; aussi montrent-ils d'en avoir toute fiance. C'est ce que nous lui pouvons mander , priant Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille tout heur et prospérité.
De La Haye , ce jour de Pâques 1608.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et servi* teurs , P. Jeannin et Russy.
Lettre de M. Jeannin à M. de VMeroy , dudit jour
de\Pdques ï6o8.
Monsieur, les députés des archiducs demeurent tous ici , fors le Cordelier qui est parti pour aller en Espagne , et désirent continuer la conférence sur les autres articles sans aucune intermission, afin que tout soit prêt à conclure lors du retour d'icelui. Les Etats disent avoir la même volonté , et m'ont fait prier, sur lavis qu'ils ont eu que je voulois faire voyage en France , de m'en abstenir , attendu qu'ils sont encore au fort des affaires. Cela me retient , crainte de faillir au service du Roi ; si en ai-je très-grand désir , et n'en perdrai l'occasion si elle se présente. Le président Richardot, qui m'a vu plusieurs fois , montre ne pouvoir croire que le roi d'Espagne veuille consentir l'article du commerce des Indes selon qu'il a été dressé , qu'il est aussi conçu si bigarrement , qu'on peut dire qu'il contient la guerre , la paix et la trêve tout ensemble : le premier , en ce qu'on a pris un an et demi pour avertir ceux qui sont aux Indes , jusques auquel t. i3. a3
temps ils pourront commettre tous actes d'hostilité; et eux avoient requis que dès le jour de la paix tout ce qui seroit pris , étant encore en nature , fût rendu d'une part et d'autre ; ce que les Etats n'ont voulu consentir , à cause de l'empêchement des marchands de la compagnie des Indes , qui prétendent avoir fait de grands frais pour équiper leurs navires en guerre et y avoir mis un grand nombre de soldats , en espérance de recouvrer cette dépense sot les prises qu'ils pourraient faire, dont ils seroient frustrés si ce temps ne leur étoit accordé pour prendre tous avantages avec hostilité $ qu'il contient aussi la paix, en ce qu'il est dit par icelui « quoi qu'il advienne aux Indes durant la trêve de neuf ans » dont mention est faite par ledit article, «ouicelle expirée ; » qu'est autant à dire encore qu'ils y fassent la guerre et exercent tous actes d'hostilité, que la paix ne sera rompue de. ce côté; et enfin contient ladite trêve de neuf ans , lui semblant qu'il eût été plus raisonnable de réduire tout à une trêve, tant deçà qu'aux Indes, ou bien faire la paix partout, eux s'abstenant daller audit commerce après un certain temps dont on fût demeuré d'accord; ainsi craignoit qu'eux voulant avoir tout on ne leur refuse tout en Espagne , au grand regret et déplaisir des archiducs et d'eux qui sont leurs ministres, et désirent ardemment la fin de la guerre, aussi nécessaire pour le bien et repos des Etats que de ceux qui les en recherchent. Il avoit tenu ces mêmes propos , en l'assemblée des députés des Etats , le vingt-neuvième du mois passé , et ajouta tout ce qu'il put pour les exciter de modérer en quelque chose cet écrit , mais en vain pour lors. Je ne laisse
DU PRÉSIDENT JEAttNIN. 355
pis pourtant de croire, si on é toi t sur le point de rompre à cette occasion , qu'ils seraient pour y recevoir quelque modération. v
Il demanda pareillement qu'en l'article dû traité de paix où les États ont mis que la paix sôit jusqu'au tropi(|ue dû Cancer , et depuis , en le corrigeant ôùv interprétant, jusqu'à la hauteur des Canaries, que cela' fût encore expliqué plus clairement; au lieu de quoi les Etats ont consenti de lé mettre ainsi qu'il est couché en l'article qui contient la dernière réformation , lequel je vous ai envoyé. Il continue aussi toujours à se plaindre de la dureté et rudesse dés Etats qui ne veulent rieil remettre de ce qu'ils prétendent, même en ce qtd est du convoi , qu'il a fort à éœur pour la Commodité de la ville d'Anvers, pouf lfe regard duquel je pensois qu'on fût presque d'accord ; mais depuis cette dispute s'est échauffée , ainsi que vous vériréas par les lettrés qu'avons écrites à Sa Majesté. J'eSpèré néanmoins qu'on y pourra trouver quelques expé*diens. Nous lui mandons pareillement ce qui s'est passé touchant les limites , l'échange dès places et les confiscations , outre lesquels articles il y en a peu qui soient de grande considération, et qui puissent donner sujet de rompre. Les archiducs ont bien mis en avant un article touchant le fait des prinfcës voisins , sans s'expliquer , sôus lequel ils pourroient bien comprendre quelque chose d'importance, et qui au roi t de la difficulté , comme le fait de la succession de Çlèves et Juliers, advenant le décès du duc, et le différend d'entre le comte d'Embdeti et la ville. Quant au .premier , il me semble qu'on n'y doit entrer , mais se réserver à y prendre conseil quand le
cas écherra. Pour Embden,le roi d'Angleterre affectionne le droit du comte , parent de sa femme , et les Etats ont grand intérêt à favoriser la ville, pource qu'elle a eu recours à eux , et que le comte a son appui du coté d'Espagne et des archiducs. Il est bien nécessaire de lui donner quelque contentement , pourvu que ce soiten sorte qu'il ne demeure point maître de la ville. Il est vrai qu'il sera très-difficile d'y tenir cette mesure , nous y aiderons de tout notre pouvoir. Je ne vois pas qu'il y ait ici des affaires pour plus de quinze jours si on veut travailler $ et quand même tout ne seroit achevé, je pourrai faire voyage lors vers Sa Majesté si elle a encore ce désir, et le ferai trouver bon aux Etats , les assurant que je serai de retour avant la venue du Cordelier, ou au même temps de son retour , jusques auquel il est certain que rien ne se fera qui puisse être cause de rupture. Elle me commandera donc son intention. Bien me semblet-il , s'il lui plaît que j'y aille , qu'il sera à propos que je puisse rapporter contentement aux Etats pour le. secours dont ils me font tous les jours instance , et en ont aussi grand besoin. Us m'en feront sans doute la requête avant mon départ, et je désire me conserver la créance que j'ai acquise envers eux pour y mieux servir. Vous y penserez , s'il vous plaît , et à ce que vous ai ci-devant écritpour le sieur Barneveldt ;.car je vois bien que , pour maintenir l'autorité du Roi dans ces pays, il est besoin, outre la bienveillance générale, d'y acquérir des serviteurs particuliers , si on veut que leur alliance et amitié, qui peut être .utile, à l'avenir , dure aussi long- temps que les bienfaits dont on a usé envers eux le méritent ; et je me promets
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. M']
que s^il plaît à Sa Majesté entendre mes raisons, qu'elle les approuvera. Ce n'est pas que je ne sente bien de leur intention et affection en général , mais sont peuples qui se laissent conduire ; et jugent du bien et du mal par l'avis d'autrui plutôt que par leur propre sens. M. Carron a écrit d'Angleterre qu'au premier jour les députés dévoient recevoir commandement de leur maître pour passer la ligue avec les Etats , de même façon que le Roi l'a faite avec eux , fors qu'ils veulent les deux tiers du secours. Il déplaît audit Roi que soyons seuls , et cette jalousie l'y fera peut-être résoudre, et passer par dessus la crainte qu'il a eue jusqu'ici d'offenser l'Espagne en feisant ladite ligue } mais pour celle avec Sa Majesté, ses députés ne nous en parlent point, et ledit sieur Carron n'en écrit rien non plus.
Je n'ai pas encore donné la ratification aux Etats , le sieur Barneveldt ayant été d'avis de différer jusqu'à ce que les provinces l'eussent envoyée , afin que je reçoive la leur au même temps que je donnerai la nôtre; et il m'a dit que lesdites ratifications seront ici le mardi après Pâques , au retour des députés qui sont allés la plupart en leurs maisons depuis quatre jours seulement , et que le lendemain de leur arrivée ils nous viendront trouver un de chacune province pour nous les donner. Sera assez de faire les complimens requis en cette compagnie , et leur donner aussi la ratifica-* tiondeSa Majesté, sans aller en l'assemblée générale, pour ne montrer , pendant que les députés des archi ducs sont ici , que nous faisons trop de compte de cette alliance , attendu que leur avons toujours dit ,
358 NÉGOCUTIOKS
et voulu que chacun crût que Sa Majesté la voit plu* tpt i^iite pour h considération des Et^ts ', et pour favoriser la paix , leur union et leurs affaires , que pour en tirer profit. Je ne laisserai pourtant d'en dire autant qu'il convient en cette compagnie particulière , pour leur faire connoitre qu'on estime leur amitié; car ils ont assez bonne opinion d'eux-mêmes pour penser qu'ils piéritent cette reconnoissance, en quoi je n omettrai rien , retenant néanmoins l'avantage qui est dû au maître , qui est si bien pour le présent avec eux qu'op ne l'y s^urojt désirer mieux. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous 4°0n^ en parfaite sauté trèslongue et hçflreuse vi^.
Pc La iî^yç, cç jojir de fâques 1608.
Vptre très-huçabJe et très-obéissant serviteur ,
P. Jeannin.
Lettre de M. Jeavnip q, 4# . le duc de Sully , audit jour
4e Pâques 1608.
Monsieur , on travaille toujours pour avancer la paix, mais plus lentement qu'il ne ser oit besoin r provenant cette longueur de$ Etats qui sqiit contraints de faire passer, tout ce qu'ils traitent par l'avis de tant de gens, que beaucoup de temps se consume pour faire peu. Et quoique l'incertitude de paix pu de guerre, causée par telle longueur, leur puisse être aussi dommageable quelle est ennuyeuse à leurs amis , si là faut-» il souffrir pource que c'est un mal qu'on ne peut corriger. Le Cordelier est parti pour aller en Espagne , afin de rapporter la volonté du Roi son
DU PRÉSIDENT JEÀNN1N. 35c)
maître sur le commerce des Indes. M. le président Richardot dit que ledit sieur Roi ne l'accordera jamais ainsi qu'il est contenu en l'acte que j'ai envoyé au Roi, et s'ils ne s'en veulent désister la trêve finie, qu'il voudra réduire la paix de ce côté à une trêve' pour même temps. D'autres ont opinion qu'il se réservera seulement la liberté de leur interdire le commerce d'Espagne > au cas qu'ils veuillent continuer celui des Indes après la trêve , se pouvant espérer que , pour un qui préférera ce commerce des Indes à celui d'Espagne , il y en aura cent au contraire > et par ce moyen , sans rompre la paix , il obtiendra comme de gré à gré ce qu'il prétend. Quand il feroit l'un ou l'autre , les Etats changeront bien d'avis , ou ils ne laisseront de s'y accommoder ; car ceux qui jugent la paix nécessaire sont toujours les plus puissans $ et néanmoins il est malaisé d'assurer qu'il n'arrive point de changement , à cause des pratiques et menées des autres qui tendent à la guerre , auxquels il semble que les Anglais, changeant leur première aflection et résolution , ont volonté d'adhérer , nous ayant tenu depuis deux jours d& propos si contraires à ce qu'ils avoient accoutumé , qu'il y a sujet d'entrer en ce soupçon : nous le découvrirons mieux avec le temps* Si vous peux-je bien assurer , monsieur, que l'avis qui viendra du Roi sera toujours de plus grand poids pour y faire incliner les Etats que le leur.
Je ne peux encore juger s'ils se dissimulent ou s'ils ont changé d'avis p^r effet , ni quelle en pourroit être la cause , sino#i qu'ils se promettaient plus de l'amitié du roi d'Espagne et des archiducs qu'ils n'en
36o NÉGOCIATIONS
ont trouvé , ou bien ils ont de la jalousie de ce qu'il leur semble que les Etats font plus de compte de ce qui vient de Sa Majesté , et ont aussi plus de contentement de ses actions en leur] endroit 9 comme encore de ce que les députés des archiducs , pour être mieux informés qu'ils n'étoient auparavant de la bonne intention et du pouvoir de Sa Majesté pour aider à faire la paix , nous recherchent plus qu'eux. Si estimé-je que ce dépit passera bientôt , et que la crainte d'offenser le roi d'Espagne et les archiducs, joint qu'ils n'ont la volonté ni le pouvoir de supporter les frais de la guerre , leur fera prendre d'autres conseils. Les particularités de tout ce qui se passe ici sont contenues es lettres du Roi que vous verrez 5 c'est pourquoi , monsieur , je ne vous en ennuierai , et ajouterai seulement ce mot, que les Etats ont encore grand besoin de l'assistance de Sa Majesté, et m'en font tous les jours instance ; mais je n'ose joindre ma trèshumble supplication à la leur , pource que je l'ai déjà fait si souvent que je crains d'en être importun. C'est de vous seul qu'ils peuvent espérer cette faveur envers Sa Majesté, qui saura bien considérer, quand il vous plaira lui représenter, combien il est nécessaire, d'empêcher, pendant les conférences pour venir à un traité , que les affaires ne tombent en confusion, et que ces peuples soient obligés d'avoir une perpétuelle souvenance que c'est elle seule, après Dieu, qui les a conservés. Quand on a parlé des confiscations, j'ai dressé un article général dgns lequel le fait de M. le prince d'Espinoy est bien expressément compris, à quoi les députés des archiducs n'ont encore répondu*
J'en serai soigneux avec autant d'affection que je prie Dieu , monsieur , qu'il vous donne en parfaite santé très -longue et très-heureuse vie.
De La Haye , ce jour de Pâques 1608.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur ,
P. Jbannin.
Lettre de M. le Chancelier à M. Jeannin , du deuxième
d'avril 1608.
Monsieur , j'ai vu tout ce que vous avez écrit et envoyé par deçà, qui a été bien reçu , comme tout ce qui vient de votre part* Je n'ai point manqué en toutes occasions de faire ce que je dois pour faire estimer votre mérite, et ai dit souvent que cette affaire ne pouvoit être si bien conduite par autre main que la vôtre. J'ai considéré ce que vous entendez remontrer pour le fait de la religion , en quoi il ne se peut rien désirer; mais vous savez que c'est une matière délicate de laquelle il faut user avec grande discrétion , et ne suis pas d'avis dé vous en déclarer , sinon que vous soyez certain que les autres en veulent faire instance , et de là prendre occasion de rupture 5 car autrement votre bonne intention pourroit être mal interprétée, et peut-être porter préjudice à ce grand ouvrage. Vous êtes sur les lieux , qui n'avez besoin de conseil autre que votre grande prudence -, mais je le vous écris de l'abondance du cœur*, tant pour l'affection que j'ai au public que pour votre particulier , que je désire servir de tout mon pouvoir et vous prie d'en faire état , et suis , monsieur , votre bien humble et affectionné serviteur , Brulàrt.
A Paris , ce deuxième d'avril 1608.
Lettre de M- 4e fiUerçyr à M. Jeannïn, du cinquième
jour d'avril 1608.
Monsieur , le sieur de Sainte -Catherine partit d'ici le dernier jour du mois passé , avec les intentions du Roi sur vos lettres apportées par lui , et le deuxième du présent nous avons reçu par la voie de Calais celles des a3 et 24 du susdit mois dernier, sur lesquelles le Roi ne vous fera , pour le présent , aucun commandement ; car noua n'avoua rien à dire sur les difficultés et contestation* que vous nous représentez par icelles, ni sur les discours du président Richardot. Nous vous disons seulement que noua avons opinion que la négociation de cette pain engendrera £ la fin plus d'altération et de haine que de réconciliation et amitié entre le» parties ; car nous ne pouvons nous persuader que le conseil d'Espagne digère, ni approuve jamais les articles du commerce des Indes en la forme que l'entendent messieurs des Etats. Le duc d'Ossonne, qui passa hier ici allant en Espagne , l'a dit ouvertement à Sa Majesté , ajoutant, quand cettui-là et tous tes autres , môme celui de l'échange des places de Flandre et de Brabant qui est fort affectionné des archiducs , seroient vidés , que le point de la religion accrochera et renversera tout , si lesdits Etats ne contentent le roi dïspagne en icelui. Il y a trois jours qu'il a passé par ici un courrier venant d'Espagne et allant en Flandre en extrême diligence , par lequel ledit Roi fait savoir son vouloir sur le fait dudit commerce indien ; de quoi , s'il est vrai , vous vous apercevrez bientôt par delà. Hier au soir il en a passé un
DO PRÉSIDENT JEÀNNIN. 363
autre qui ma apporté des lettres de M. de Barrault , du 37 du passe , par lesquelles il nous mande qu'ils sont fort scandalisés par delà de la dureté desdits Etats , et de leurs demandes qu'ils disent être trèsdéraisonnables , ajoutant qu'ils déclarant publiquement qu'ils recommenceront plus volontiers la guerre qu'ils n'accorderont ledit commerce des Indes. Toute* fois ils peuvent faire sonner aux oreilles de notre ambassadeur ces propos exprès , afin d'être portés aux oreilles desdits Etats, et que cela les modère et rende plus traitables. En tout événement nous estimons que cette négociation traînera le reste de cette année , car les Espagnols ne sont préparés pour faire la guerre non plus que lesdits Etats ; mais les premiers entretiendront les autres de l'espérance dudit traité , jusqu'à ce qu'ils soient pourvus de moyens de faire autre chose. C'est le jugement du Roi, lequel parle d'employer ce délai e\ temps (^incertitude à visiter les pays de Provence et Languedoc , afin d'être de retour en ces quartiers au printemps l'année prochaine. Sa Majesté m'a commandé de vous en avertie Elle ne sait aussi si les députés des archiducs se retireront durant le voyage que fera en Espagne le Cordelier, et partant s'il vous sera loisible d'échapper et faire un tour par deçà , ainsi qu'elle vous a écrit' par ses dernières*, mais nous nous assurons que vous ne prendrez ce parti que vous ne connoissiez clairement et certainement le pouvoir faire sans faire tort au service de Sa Majesté , et aux affaires publiques.
Nous estimons aussi que vous devez bien considérer s'il sera à propos , pour la réputation et le bien des affaires de Sa Majesté , que vous fessiez instance
de sa part auxdits Etats en faveur de la religion catholique, conjointement avec les députés des archiducs Ou séparément, ou bien vous abstenir d'en parler du tout. Nous reconnoissons ce passage délicat et scabreux , principalement en cas de rupture \ car il est certain que lesdits Etats rejetteront la demande que l'on leur en fera , plutôt encore et avec plus de raison que s'ils faisoient la paix. Et quelle gloire et utilité aura Sa Majesté d'avoir part à ce refus, si lesdits Etats le désiraient ainsi , afin de détourner les catholiques d'avoir obligation entière aux archiducs de cet office ! Ce seroit quelque considération sans laquelle je ne puis comprendre que ce soit le service du Roi de s'en mêler \ mais s'ils sraccordent des autres points, il y aura plus d'apparence de raison de le faire: si ce doit être conjointement avec les archiducs , ou à part, Sa Majesté dit qu'elle vous en défère le. jugement ; mais elle estime que vous pourriez sonder et assentir devant l'opinion desdits Etats, ou de ceux qui ont plus de voix en chapitre en iceux , pour vous conduire plus sûrement et utilement ; car nous estimons, s'il faut qu'ils gratifient lesdits catholiques, qu'ils le doivent consentir plutôt en faveur d'aucuns leurs amis ou d'eux-mêmes, qu'à l'instance desdits archiducs, pour les raisons que vous savez trop mieux, mais afin de priver les archiducs de la gloire et de l'avantage qu'ils espèrent tirer de l'instance qu'ils prétendent faire de ce point en cas de rupture , la fonder sur icelui. Il nous semble, si lesdits Etats s'en aperçoivent, qu'ils doivent faire difficulté de déclarer leur finale intention sur icelui , que les autres articles ne soient entièrement accordés, et même signés, s'il est possible}
car quand cela sera, les archiducs n'opîniâtreront celuici, ains se contenteront d'en avoir fait mention pour conserver leur entière réputation. Le sieur Aërsens poursuit toujours que les Etats soient assistés ; mais. Sa Majesté ne peut digérer cette demande , montrant n'être content de quoi Ton épargne les Anglais , et cependant que Ton a pareil soin d'eux que de Sa Majesté. Il n'a encore aussi rien ordonné pour le sieur Barneveldt , quoi que je lui aie dit; mais quand M. de Sully sera auprès du Roi nous en résoudrons. Monsieur , voilà ce que le Roi m'a commandé vous faire savoir sur la réception de vos dernières lettres , outre et par dessus ce qu'elle vous a écrit par ledit Sainte-Catherine ; ainsi je n'y ajouterai que mes très-affectionnées recommandations , en priant Dieu r. monsieur , vous conserver en bonne santé.
De Fontainebleau , le cinquième jour d'avril 1608.
Votre , etc. de Neufvillk.
Lettre du Roi, du huitième d'avril 1608.
Messieurs Jeannin etdeRussy, le porteur de la. présente, nommé Jacques Dick, docteur, nous a. apporté une lettre de notre très-cher cousin Charles , élu et couronné roi de Suède , de la teneur que, vous verrez par le double que nous vous envoyons , laquelle nous a été agréable ; car il nous témoigne par, icelle une très-bonne volonté , et nous déclare être prêt de renouveler , confirmer , voire , s'il est jugé utile , augmenter et estreindre davantage les ai^ciexis traités d'alliance et confédérations que. les, rois nos prédécesseurs , d'heureuse mémoire , ont faits et en-
tretenus avec les rois de* Goths , et même le roi Gustave , père dudit Charles , en Tannée 155g, dont Vous aurez aussi un double tiré de celui que ledit docteur nous a exhibé , nous ayant déclaré que ledit Roi , après qu'il aura entendu nôtre volonté sur sa proposition , enverra exprès ses ambassadeurs et députés en notre royaume ou ailleurs , ainsi que nous aviserons , pour l'effectuer et accomplir sincèrement. Et d'autant que nous n'avons rien qui' nous soit pins recommandé et affectionné que d'embrasser et chérir les anciennes alliances et amitiés contractées par % nosdits prédécesseurs avec les Rois nos voisins , l'honneur et utilité de notre couronne et' de nos sujets , nous avons déclaré audit Jacques ÏHck que, si ledit Charles veut envoyer sesdits ambassadeurs et commissaires en notredit royaume , ou en Hollande cependant que vous y serez , avec pouvoir suffisant et tel qu'il est requis pour effectuer la susdite proposition , nous aurons à plaisir d'y entendre , comme à toutes choses qui pourront servir à l'utilité commune de nosdits sujets. Mais comme jusques à présent nous n'avons donné par nos lettres le nom et titre de Roi absolu dudit pays audit Charles . que c'est chose qui n'a encore été faite aussi par auctinïtoi chrétien, et qu'il n'est raisonnable que nous soyons le premier à ce faire sans bonne considération , nous avons avisé de difllérer à répondre par cedit porteur à la susdite lettre 9 et lui avons dit que nous serons très-aises d'être à plein • informé des choses qui ont été faites et gérées audit royaume sur le couronnement et Tétablissement dudit Charles , afin de pouvoir prendre après cela une résolution digne de nous et de la jus-
DU PRÉSIDENT JB4NNICC. 367
tice de la cause de ce ptince, duquel nous avons ci-devant tant désiré et affectionné la prospérité , qu'ayant été souvent recherché et prié <3e la pafrf dii roi de Pologne, son neveu, d'aider à composer leurs différends , nous avions volontiers entrepris ee bon œuvre. Mais les choses sont demew*ées,ent ces tentes, encore que le roi Charles nous eftt fait savoir par ses lettres que Ton le trouverait toujours disposé' d'entendre à toutes bonnes ouvertures pour parvenir audit accord , d'autant que nous avons bien reconnu que nos peines et entremises produiroient difficilement les fruits que nous désirions pour le bien et repos des parties , pour des raisons qui sont venues à notre connoissance. Nous avons fait dire toutes ces choses audit docteur , afin qu'il les représente à son maître , et voulons que vous les lui répétiez.
Outre Gela , nous désirons que vous examiniez et considériez diligemment par delà) la susdite proposition, vous informant et instruisant si nous devons et pouvons tirer de cette confédération les avantages et commodités pour nosdits sujets qu'aucuns s'en promettent , afin que nous fondions mieux la résolution que nous y prendrons. Et d'autant que le roi de Danemarck, et par conséquent celui de la Grande- Bretagne , ne sont, comme nous entendons , en trop bonne intelligence avec ledit Charles de Suède, et que Ton dit aussi que ceux des Provinces-Unies ne désireront pas que nous contractions avec lui une plus étroite intelligence, à cause de la jalousie du commerce que nous pouvons établir par le moyen d'icelle on notre royaume , dont ils retirent de présent le profit, vous aviserez à conduire et manier ce fait
avec le susdit docteur , de façon que les autres ne s'en ombragent et ne le traversent et renversent, et vous nous donnerez avis de ce qui s'y avancera $ vous déclarant de rechef que nous serons trèsaises d'entendre à ladite ouverture , et en faciliter l'exécution et résolution , si nous voyons être le bien de notre couronne de conclure ladite confédération , et reconnoissons aussi le pouvoir faire dignement. Nous prions Dieu , messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrite à Fontainebleau , le huitième jour d'avril 1608. Henry. Et plus bas , Brulart.
Lettre de M. de ViUeroy à M. Jeannin, dudit jour
huitième d'avril 1608.
Monsieur 3 je vous ai écrit le cinquième de ce mois par la voie de Calais , par laquelle je vous adresse encore la présente , vous avertissant par celle-là de la réception des vôtres du passé , et je vous envoie avec celle-ci le duplicata d'une lettre que le Roi vous a écrite cejourd'hui par le docteur Jacques Dick que le duc Charles de Suède , qui porte à présent le nom de Roi dudit pays , a envoyé à Sa Majesté pour l'effet que apprendrez par ladite copie , duquel on nous dit et promet ici que la France tirera tant de sortes d'utilités et avantages , qu'il ne s'en est guère fallu que nous n'ayons passé par dessus toutes considérations et respects pour les embrasser , et y engager le nom de notre maître à l'heure même. Toutefois Sa Majesté a enfin pris conseil d'en user, et s'y conduire ainsi que vous verrez pas sadite lettre. Il est
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certain que nous ne. pouvons faire grand état de l'amitié du roi de. Pologne , sur lequel ledit Charles a usurpé la .couronne de Suède , à cause de son alliance avec la maison. d'Autriche, qu'il a, comme vous savez, redoublée, et qu'il penche du tout de ce coté -là. Nous ne devons aussi faire mise ni recette de l'amitié de celui .de Danemarck , qu'en tant que le roi de la Grande-Bretagne l'agréera ; car il y est attaché; entièrement à cause de sa sœur qui continue en sa mauvaise volonté contre Sa Majesté. Toutefois il est toujours bienséant de n'offenser légèrement lesdits Rois , qui sont ennemis découverts et couverts dudit Suédois , et d'autant plus qu'étant tenu pour usurpateur, sa cause est jugée de plusieurs injuste , et qu'elle fait. exemple et conséquence pour tous les autres princes. Outre cela, ce Suédois a réputation d'avoir été fort rude à ceux du pays, d'en avoir fait mourir plusieurs , et d'être fort ami de ses intérêts et passions privées. Aussi est-il de contraire religion à la nôtre / et a fondé son usurpation prétendue sur le prétexte (ficelle. Davantage, j'entends que plusieurs au furent, mal. de sa. succession , ne pouvant croire que ses» enfans la recueillent paisiblement. Néanmoins toutes ces, raisons et considérations ne nous garderont de contracter avec lui, si nous y connoissons de l'utilité pour le royaume et pour le service du Roi -, mais s'il le faut. faire, étant éclairci et assuré de ladite utilité,, nous devons nous y conduire en la meilleure forme que nous pourrons pour justifier ce que nous ferons*
J'ai autrefois discouru avec vous des moyens d'accorder ledit Suédois avec soft neveu, ce dernier fait. i3. 24
ijO NÉGO€ttTIO»S
sant rechercher te Roi de s'en eôtreïriettre , éi offlran* de remettre ses droits à son jugement et arbitrage : k quoi ledit Charles notis à donné eee&ktâ de cmte qu'il n avoit volonté cFentendre qne peur entretenir Je tapis , et en attendant qu'il fût partenù à l'être1 auquel il se retrouve. Je ne pense pas qtfrl soit maintenant à propos de renouveler cette pratique , de lar— ^ quelle il y a deux ans pour le moins que Ton nie notis a parlé : toutefois j'estrrae que ce sfero& la sûreté de l'un et le repos de l'autre , s'ils sfccordoient leursdits différends. Ce seroif aussi l'honneur du Rot notre maître d'être auteur de ee bon eefcvre ; mais j'estime que nous aurions de la peine d'j disposer et' rembarquer de présent les parties , car ledit Charles* ne voudra remettre eu doute et arbitrage ce qu'il possède et estime posséder à juste titre. Je fie pense pas aussi qu'il puisse être ému de la retriontrafice des intérêts et périls de ses enfîms r se confiant par trop en sa bonne fortune , -en la foiblesse de sa partie adverse^ et aimant mieux sa personne que tous sesdits enfans , ni sa patrie ensemble. D'ailleurs le Polonais est assez opiniâtre , conseillé des jésuiteà , qui le divertiront toujours de composer avec son oncle avec la privation entière, de l'exercice de notre religion en Suède; Il sera trop jaloux aussi de ce titre et pouvoir de Roi duquel l'autre l'a spolié * soit qu'il veuille y rentrer et en jouir lui - même , se voyant assez malmené en Pologne , sttit qu'il se contente et réduise d'en impatroniser son fils. Il me semble aussi qu'il seroit difficile de trouver un bon moyen et tempérament entre ces dettic extrémités et eonteariétés de volontés. La justice combat pour l'un et la
BU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 3^1
force soutient l'autre ; par ainsi je pense que ce sera le plus expédient de ne renouveler cette pratique* Toutefois je tous prie cFy penser ; car si nous y Érigions un nouvel effort, quand bien il ne réussiroit ; il pourrait peut-être servir à justifier davantage la sus-1 dite confédération que nous prétendons faire. Cepen-* dant nous avons permis au sieur de La Borde d'aller servir le Suédois. Il s'attend que Ton le nantira et garnira d'argent en abondance , et aussi qu'il ne manquera point de capitaines et de soldats qui l'y suivront r toutefois j'ai opinion que Ton trouvera du mécompte en l'un et en l'autre projet, et ai opinion qu'il eh srera mauvais marchand. Je lui ai prédit , mais il répond qu'il ne s'y engagera tout-à-fait 'que sur bons gages. Or nous l'avons recommandé k Dieu , et crois qu'il vous aura vu devant que vous receviez la présente/ ' M. de Préaux m'a dit quelque chose de ce docteur Dick, et c'est ce qui a été cause que nous nous sommes moins arrêtés à ses discours ; mais il a trouvé ici dèé partisans , mus toutefois plus de la considération dit profit que d'autre raison. Il nous a dit sur la fin qu'il étoit pressé de retourner en Suède : c'est, à mon avis, parce qu'il a su que les cuivres de ce prince, auxquels consiste" son trésor , étoient arrivés en Hollande , au débit desquels il a hâte de se trouver. Voilà ce que je puis vous écrire, sur ce sujet. Au reste , M. de La Boderie nous a écrit que ce n'est l'intention des Ah-> glais de renouveler à présent nos traités , et désavouent ce que leurs députés en ont dit ou fait dire ou vous êtes, le vois que les uns et les autres continuent \\ changer aussi souvent de propos.qu'ils parlent à nous Ou à nos ministres. Ils veulent que uouç, croyions qiv?
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les Etats ont reçu leur traité pour ua an , iceux ayant refusé de retendre plus avant pour moins offenser les Espagnols; Outre cela , ledit de La Boderie dit que nous devons faire état, si la. paix flamande a lieu, que lesdits Anglais entreront avec nous en tels traites que nous voudrons, pour la crainte qu'ils auront que les armes d'Espagne leur tombent sur les bras et fondent en Irlande ; de quoi je ne suis d'accord avec lui , mais si la paix n'est faite, qu'ils refuseront de s'allier et joindre plus étroitement avec lesdites provinces et nous, se contentant que la France secoure les Etats, et que ceux-ci se maintiennent et défendent comme bon leur semblera. Or nous commençons à avoir plus mauvaise opinion de ladite paix que nous n'avons eue, à cause des avis que nous avons d'Espagne et de divers autres lieux qui concluent le semblable $ de quoi il importe que nous soyons préavertis, afin que nous ne tombions en surprise en la conduite et résolution de nos affaires. Je prie Dieu , Monsieur, qu'il vous maintienne, en bonne santé , heureuse et longue vie. De Fontainebleau, ce huitième jour d'avril 1608. Votre, etc. de Neuville.
Lettre de M. Jeannin à M. de La Boderie, du quatorzième cC avril 1608.
Monsieur, j'ai différé long-temps à vous écrire, désireux de vous pouvoir mander quelque résolution sur les affaires que nous traitons , mais tout y est encore fort incertain 5 car depuis le premier article qui concernoit la souveraineté accordée par les archiducs , ainsi qu'on le pouvoit désirer , plusieurs articles ont été proposés et disputés sans qu'on ait
BU PRÉSIDENT J&ÀKKlîr. iji
pris résolution sur aucun d'iceux -, à savoir, de réchange des places , des limites , de ce que chacun tient y du droit que les Etats prétendent lever sur le passage de la mer en Zélande, qu'on nomme convoi » de même après la paix faite comme ils spuloient faire durant la guerre ; et surtout on a disputé avec grande contention le commerce des Indes que les Etats veulent avoir pour toujours , et les députés des archiducs le refusent , sinon pour quelque bref temps , comme de quatre ou cinq ans , et ledit temps passé qu'il leur soit interdit ; enfin, il a été dressé pour ce regard un écrit par les Etats, auquel ils consentent se réduire à nue trêve de neuf ans, que nous jugeons néanmoins devoir plutôt être refusée en la forme qu'on la demande qu'accordée en Espagne. Le père commissaire y est allé à cet effet y et a emporté avec lui cet écrit» Son retour pourra être vers la fin du mois de mai, c'est-à-dire s'il fait diligence; car si on veut affecter quelque nouvelle longueur , il sera, aisé d'en trouver l'occasion. Il est vrai que jusques ici les députés des archiducs ont plutôt montré désirer la fin de cette conférence que cherché des moyens pour la faire durer. Aussi est-il certain qu'il n'est plus besoin , ni aux uns ni aux autres , d'user de longueur pour gagner cette année ; car la saison sera si avancée lorsqu'on viendra à finir , soit pour conclure ou rompre , qu'il n'y aura plus de moyen de faire la guerre jusques à Tannée prochaine , quand toute espérance de paix seroit perdue , et qu'on ne voudroit même faire aucune trêve le reste de l'année.
Ce qu'il y a de plus difficile en l'écrit porté en Esr pagne touchant le commerce des Indes, est qu'il soit
seulement demandé par forme de trêve durant neuf années, que c'est autant en effet que l'avoir pour toujours •, car on se doit assembler deux ans avant l'expiration de cette trêve pour convenir s'il devra cesser ou être continue , et quoi qui arrive, aux Iodes durant ledit temps de fteuf ans ou icehii expiré , c'est* à-dire soit qu'on s'accorde ou non , cpte la paix ne laissera pourtant de subsister en oes pays* El je crois que le roi d'Espagne voudra au contraire , si les Etats ne consentent de s'abstenir dudit commerce après la trêve finie , que la paix de ce côté soit réduite. à une trêve pour même temps , et non pi us. Or , si les Etats y voudront consentir ou non , c'est chose bien incertaine, car les avis y sont dès à présent divers; et néanmoins il me siemble reconnoître que les plus sages et le plus grand nombre aussi désirent la paix avec tant d'affection, et la jugent encore si nécessaire A leur état , qu'ils seront pour s'y accommoder, et aimeront mieux cette trêve de neuf ans crue de rentrer en guerre. Il est vrai qu'ils voudront qu'on traite avec eux comme avec Etats libres , sur lesquels on ne prétend rien , sans y ajouter que soit seulement pour le temps de la trêve , qui est chose difficile. Je ne laisse pourtant d'espérer que les députés des archiducs seront pour y consentir , croyant être autant avantageux pour leurs maîtres de faire la guerre après la trêve, comme à ennemis que comme à sujets re* belles, lie Roi approuvera aussi plutôt la trêve de cette foçon que de rentrer en guerre. De l'accord ou refus ,de cet article dépend principalement l'un ou l'autre; car encore qu'il y ait de grandes difficultés es articles ci*dessus déduits , et même pour l'échange des places ,
ion est d$i çon^ae d'a<#$rd qu'il faut remettre à y ^OWypif ^Lprès la paix^ et garant tous amis , Us ser . £çm,t mieux disposés £ Raccommoder qu'à présent. Qn en pourra faire autant des limitas -des places que les Et^ts tiennent ^a Pr^b^ni çt en Flandre, si on ne s'en peut a^c^4er : ç^^t ^ii <CQnvoi , on pourra trouver quelques ouvertures et expédie^ ,pour le composer. D'autres articles restent , et ny en a un seul , , sur lequel on np dispute j oar quoique les Etats «oient fort désireux de h paix* c^st-à-dir^ lie plus grand juombre, et que pou? &vor£$ion$ ceu*rci 4e tout notre pouvoir, les autres qui veulent ïa guerre fQwtûlebX à toutes occasion , $t reqhercfreut avec tant de «sortes d'artifices ies-mpyeps.de rompre , qu'il y a grafid styet de craindre que, du côté d'Espagne et des archiducs, cette paix , qu'ils ont woatré jusqu'ici désirer si ar- , déminent, ne leur devienne enfin odieuse. Je vous .eusse "écrit plus souvent et plus particulièrement tout ce qui se passe, mais j'ai appris de ceu* qui conduisent les affaires e$ ice lieu «qu'ils envoient tout à M. Carron, leur agent , et que ledit sieur vous communique au$si tout , comme au ministre d'uu prince qui est leur ami. C'est qe qui m'a empêché d'être plus <ljdigent*en votre endroit. Je vous diçai maintenant que les députas du roi d'Angleterre traitent avec nous comme de coutume , c'est-à-dire peu contidem- . ment 9 quoiqu'ils veuillent. en apparence que nous .croyions le contraire pour notre regard , et les députés 4es aççhiducs , ce qui en est en effet, recherchant autant qu'ils peuvent leur amitié par belles paroles , combien qu'il s fassent moins de bons offices pour la paix que nous. Aussi vous. peux-je assurer que les vérités
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et déguisemens sont tant connus, que, sans faire autre chose que ce qui est permis et licite , notre conduite est plus universellement approuvée et louée d'un chacun que la leur.
Je ne sais quel est leur but et dessein , pource que depuis l'arrivée des députés des archiducs ils avoient toujours couru à la paix comme en poste , et semblait qu'ils eussent plutôt envie de leur faire connoître en cet endroit la bonne volonté de leur maître que de procurer du bien aux Etats ; mais depuis cinq ou six jours seulement ils nous ont tenu des langages si contraires , et montrent de vouloir faire tant de difficultés es conditions de la paix , qu'à les ouïr ils sont du tout changés. Si c'est dissimulation ou vérité, je n'en sais que dire , le temps nous l'apprendra ; mais nous ne laisserons de suivre toujours notre même chemin, car c'est la volonté du Roi , lequel préfère la paix à tout autre conseil , et sent aussi très-mal de l'intention du roi d'Angleterre envers lui et son Etat. J'estime pareillement vous devoir avertir que , depuis douze ou quinze jours , M.- Winood a dit à M. de Russy , et l'a exhorté de l'écrire au Roi , que son maître désire plus que jamais l'amitié et alliance de Sa Majesté , et de marier le prince de Galles avec notre fille aînée , mais qu'il seroit besoin que Sa Majesté lui en fît tenir quelques propos par vous. Ce qui a été mandé par nous à Sa Majesté , qui ne rejette pas cette alliance , mais estime que la recherche en doit venir d'eux , et que cet honneur est dû au père de la fille: puis on craint qu'il n'y ait de l'artifice, et que le roi d'Angleterre ne s'en • veuille servir pour avantager ses affairesi du côté d'Espagne,
Pour moi, je pensois que vous pourriez faire comme de vous-même, et seul à seul, quelque office pour recopnoître l'intention de ce prince, et en jugeois ainsi pource que , outre le propos que ledit sieur Winood a tenu à M. de Russy , il en a aussi parlé plusieurs fois à M. de Barneveldt, lorsqu'il l'incitoit de la part des Etats à l'alliance commune des deux rois , qu'eux désirent avec grande affection pour la juger nécessaire à leur Etat. Toutefois ce n'est pas l'avis du maître et de ses principaux ministres, lesquels voient plus clair que moi . Vous êtes sur le îieu pour^ en juger et y servir avec la prudence requise pour éviter Tincohvénient que Sa Majesté craint. C'étoit aussi mon devoir de vous instruire de tout me que dessus. Je vous supplie très - Humblement me vouloir avertir, de votre part, de ce que vous jugerez pouvoir servir à l'affaire que nous traitoAs. Je vous baise très-humblement les mains , comme fait aussi M. de Russy, et suis , monsieur , votre bien humble et plus affectionné serviteur , P. -Jeannin.
Monsieur, depuis avoir écrit cette lettre , j'ai reconnu les députés d'Angleterre si éloignés de là bonne volonté qu'ils montrent avoir à l'alliance ci-dessus mentionnée , que je vous supplie n'en rien dire du tout , s'ils ne commencent de leur côté.
De La Haye , ce' i4 avril 1608.
Lettre du Roi, du dix-septïeme d'avril 1608.
Messieurs Jeannin et de Russy , le père commissaire a passé en ce lieu le douzième de ce mois, allant en Espagne, y étant arrivé le jour précédent. Nous avons reçu par lui vos lettres du premier , et depuis
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celles écrites le jour de Pâques. Jai fort ertLrettçnu ledit commissaire. Il a «voulu que je crusse <quil ?&ï<ùl peine à disposer le rx)i d'Es,pagae .et son conseil de se contenter de l'article du commerce et de la navigation des Indes en la forme <|uïl leur porte. Jl meu a dit les raisons , comme il a fait celles dont il a fait provision pour combattre et détruire Je$ premières, et j'ai très-bien colligé de vosdites lettres les unes et les autres ; et toutes bien considérées , je trouve la matière douteuse et plus penchante du cote du refus que de ^acceptation : car , s'il est permis aux Etats d'exercer l'hostilité aux Indes encore «n an et datai sans être sujets à réparation , il en naîtra dep effets <<jpi altéreront les cœurs des /contractant , conae il .sera difficile aussi qu'il n'arrive, par la navigation et rencontre des uns et des autres audit pays , au commerce qu'ils y feront par forme de trêve après ledit Aemps. Et toutefois ledit commissaire fait état. que les trafiquans auxdites Indes, de la part desdîtes Provinces-Unies 5 y trouveront si peu d'acquêt à le {continuer, et, au contraire, tant de profit et de commodité du côté d'Espagne, qu'ils quitteront d'epx-même$ celui-là pour épouser celui-ci , et doutant plus que les prises et voleries seront défendues , desquelles il dit que lesdites provinces ont tiré plus de profit que du commerce qu'elles y ont fait. Or nous verrons ce qu'ils en jugeront eh Espagne -, mais s'ils tiennent l'affaire en longueur , et usent de remises à renvoyer :le Gordelier , ce sera signe qu'ils voudront gagner le temps et couler le reste de l'année en incertitude, tant pour ce qu'ils ne sont à présent forts dans le pays assez pour y recommencer la guerre avec réputation, ?t
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qu'ils craindront sans doute que l'on n'envoie au devait de leur flotteen la saison qu'elle doit venir , que parce qu'ils seront très-aises de prolonger la demeure et le séjour de leurs gens où ils sont; car il est certain qu'ils 7 gagnent plus qu'ils n'y perdent.
Ledit Cordelier m'a même confessé avoir donné ou fait donner, avant son départ , plus de cinquante ou soixante passe-ports ou certificats à des marchands et bateaux desdites provinces pour aller trafiquer en Espagne., où il assure qu'ils seront très-bien accueillis et traités ; car il dit que le roi d'Espagne l'a ainsi ordonné et écrit aux. archiducs et au marquis Spinola» Par tels moyens et autres , ils affrianderont petit à petit lesdits Etats , de façon qu'il y aura peine à leà en tirer , et les faire résoudre à reprendre le fait de la guerre tjuand le conseil d'Espagne refusera ledit commerce des Indes. Mais tels peuples sont plus capables des conseils dont l'utilité est présente que des autres, comme je recohnois par le peu de compte qu'ils font de ceux que vous leur donnez de pourvoir aux moyens de soutenir la guerre s'il faut y rentrer , et d?obvier • aux inconvéniens qu'ils recevront des longueurs et incertitudes de leur traité , contre lesquelles vous savez que j'ai dès long-temps protesté , en déclarant que je n'entendois continuer de mettre la main à la bourse pour les secourir durant lesdites remises , d'autant que je prévoyois qu'elles seroient très-préjudiciables à eux et à leurs amis. Je sais bien que tels marchés ne peuvent être faits qu'avec le temps, les contractans étant du naturel et composés comme ils sont-, mais je sais bien aussi que l'on pouvoit abréger les affaires si chacun eût préféré à son
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opinion particulière les considérations publiques. Or j'ai mandé à vous , sieur Jeannin, que j'eusse été trèsaise de vous voir , et que vous eussiez fait un tour par deçà , si les députés dés archiducs se fussent retirés à Bruxelles les fêtes passées , comme l'ambassadeur Perquiva avoit dit ici qu'ils feraient ; mais puisqu'ils n'entendent désemparer et se retirer qu'ils n'aient achevé ou rompu tout-à-fait leur traité, je n'estime à propos que vous vous en éloigniez, car je crains que votre absence ne fasse faute à mon service. Toutefois si par delà ils a voient vidé assez tôt les articles qui sont en débat, ou les avoient mis en état qu'ils doivent demeurer pour attendre le retour du Cor délier, de façon que vous eussiez loisir de passer cette carrière , et après retourner et vous rendre à temps sur les lieux quand ledit Cordelier y arrivera , je serais très-aise de vous voir pour être éclairci par vous de bouche de plusieurs choses que l'on ne peut bien représenter par écrit. Toutefois je remets à votre jugement entièrement cette résolution ; car je me confie tant en vous , et au soin que vous avez du bien de mon service , que vous élirez mieux le parti qui sera plus utile à mon service , que je ne le vous puis prescrire et ordonner d'ici. Je prie Dieu, messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Ecrit à Fontainebleau, le dix-septième jour d'avril 1608. Henry.
Et plus bas, Brulart.
Lettre de AT. de Villeryy à M. Jeannin , dudit jour /fer-
septieme d'avril 1608.
Monsieur , votre lettre du vingt-neuvième mars nous a été rendue après celles du premier , six et huitième du présent. Le Cordelier étoit déjà passé , lequel a élé gouverné par le Roi à toutes mains , à l'accoutumée. Ce n'a été , je vous assure , sans avoir contesté et dé-* battu de part et d'autre avec chaleur ; mais enfin Sa Majesté lui a fait beaucoup d'honneur ', et il est parti très-content, et bien édifié de la bonne volonté et de la prudence de Sa Majesté. Ils ont même parlé de l'alliance nouvelle que vous savez avoir été proposée, de laquelle nous avons reconnu qu'il avoit ouï parler ; mais sachez que ce ne fut jamais l'intention du Roi d'y entendre au préjudice de ses amis , il a trop de vertu et de générosité ; mais je ne veux assurer le semblable par ceux qui l'ont proposée. C'est pourquoi Sa Majesté a été conseillée d'en déclarer quelque chose à l'ambassadeur des archiducs, afin que ses maîtres et tous autres ne mettent cuirefchir cela. Sa Majesté a fait une gageure avec ledit Cordelier sur ce qu'il affirmoit qu'il repasseroit par ici dans trois semaines ou un mois au plus tard , soutenant sadite Majesté qu'il n'y sera de deux , et a promis lui donner les portraits de Sa Majesté , de la Reine et de monseigneur le Dauphin , s'il y arrive au temps qu'il a dit. Il s'est fort loué de vous et des bons offices que vous faites au nom de sadiie Majesté pour avancer et faciliter la paix , de quoi il a remercié Sa Majesté au nom des archiducs. Elle fui a confirmé aussi
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la bonne volonté qu'elle y apporte , et n'a oublié de rejeter' sur les longueurs et irrésolution» d'Espagne le retardement des affaires.
Sa Majesté continue à estimer que ladite paix ne s'effectuera , et partant que la négociation çn laquelle les Etats se sont embarqués sera très-dommageable à la fin , car elle les divisera s'il faut rentrer en guerre* et engendrera des effets périlleux. Après tout cela , Sa Majesté conclut qu'il faut faire la paix et non la trêve, mais qu'elle veut encore mieux accepter celle-ci que rentrer en guerre , et d'autant plus que l'on ne peut faire aucun état certain ni assuré des Anglais , avec lesquels nous n'eussions jamais songé , et moins parlé défaire traiter où vous êtes, si vous ne nous eussiez mandé en avoir été fait ouverture par eux, et en avoir été aussi recherchés par le sieur BarnevekU', de quoi néanmoins il semble , par ce que vous nous en écrivez maintenant , qu'ils nous veulent faire poursuivans , comme s'ils n'y avoient jamais pensé» Il faut les laisser là, et n'attendre d'eux que du Vent et des tromperies. Nous serons bien aises de vous voir, mais nous 0e voulons vous le commander absolument , pour ne faire chose qui nous préjudîcie ; partant nous le remettons à votre jugement. Bien ai-je opinion , si vous faites le voyage , que vous ne vous en retournerez les mains vides , je veux dire sans porter quelque consolation aux Etats , mais non telle que les précédentes. Toutefois je vous prie de ne nous y engager ni vous aussi , que vous ne nous ayez vus , ou que l'on ne vous l'ordonne. J'ai reconnu depuis quinze jours que Sa Majesté a opinion qnil arrivera plus de mal que de bien de cette négocia-
tion ,• soit paix ou guerre , qu'elle n'a voit jugé cidevant , pou* la mauvaise opinion qu'elle a du gouvernetofeat de ces peuples, et de la procédure naturelle du prince Maurice. Quelqu'un lui a prédit aussi , soit que ladite paix se fasse ou non, que l'on retrancheroit du fout après cela le pouvoir du sieur Barneveldt, et de quelques autres que l'on dit en avoir abusé. Pour moi , j'ajoute peu de foi à tels discours : toutefois le Roi n'en fait pas ainsi , et partant il conclut qu'il faut être plus retenus et circonspects«en nos conseils de paix ou de guerre que devant , afin que Ton ne se prenne à Sa Majesté des événemens qui naîtront de l'une ou de Fantre. Sa Majesté m'a donc commandé de vous donner cet avis , assuré que vous saurez bien le mesurer et employer à l'avantage de son honneur et service , et dk qu'il lui suffit que vous l'ayez entendu , remettant à vous d'en user ainsi que vous jugerez être pewrr le mieux. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
De Fontainebleau , ce 17 avril 1608.