OEUVRES DE PIERRE ET DE THOMAS CORNEILLE
avec les Commentaires de Vohaire et les Jugemens de La Harpe ; 12 vol. ih-8, portrait ; belle édition , dont il paroît 6 vol. Prix de l'ouvrage complet. 54 fr.
CONTES DANS UN NOUVEAU GENRE , pour les enfans qui commencent à lire , par Madame ***. Nouvelle édition, ornée de quarante-huit sujets gravés; 2 vol. zh-i2. Paris, i8i3. 6 fr.
Idem, relié. 7 fr. 5o c.
Dans ces jolis Contes , destinés aux enfans du premier âge , l'autenr s'est interdit presque tous les sujets touchans. Madame **¥ pense qu'il faut prendre garde d'éveiller avant le temps la sensibilité de ose petits êtres si dignes de toute notre sollicitude. « Faisons plutôt (dit-elle) rire « cet âge de ce lire d'innocence qui nous engage à sourire même au mi- « lieu de nos peines. Egayer les leçons de lecture, c'est ôter les prête mières épines d'un chemin également pénible an maître et à l'écolier. « Inspirer à l'enfant le désir de lire seul , c'est donner du repos aux «c mères , qui sont enchantées de trouver ce moyen de diversion à des a jeux bruyans. Je n'ai pensé d'abord qu'à l'amusement du premier âge, a mais il seroit possible que le second prît plaisir à lire quelques-uns « de ces Contes auxquels j'ai donné plus d'étendue. »
LA SAINTE BIBLE, contenant l'Ancien et le Nouveau Testament, par deSaci. Nouvelle édition, ornée de 3oo figures d'après Marillier et Monsiau ; 12 vol. grand 1/1-8. Exemplaire de souscription, fig. bonnes épreuves , cartonné en papier maroquiné , non rogné. 3oo f.
DU
Lettre de M. Jeamiïn à M. de Villeroy , du 25 dudit mois
de novembre, 1607.
Monsieur , je prévois bien que le Roi sera mal satisfait de la demande qu'ont faite les Etats , d'avoir trois millions par le traité de la ligue , et des allées et venues du Cordelier, pour un sujet si léger que celui qu'on met en avant; que Sa Majesté pourra aussi soupçonner qu'il y ait quelque chose de pis là-dessous r attendu même que lui avons ci-devant écrit que le sieur Baraeveldt , conférant avec nous touchant la ligue et le secours dont les Etats pourroient supplier les deux rois , au cas que la paix se fît , n'avoit parlé que d'un million de livres chacun an , es deux ou trois premières années. Aussi vous puis-je assurer qulai eu l'esprit fort travaillé pour sept ou huit jours , craignant que ledit Barneveldt, qui désire ardemment la paix, eût pu être reconnu es propos qu'il a voit eus avec Verreiken , et le Cordelier , qui l'a vu seul plusieurs fois; que cette ligue empêcherait le roi d'Espagne et les archiducs d'y entendre, et qu'à cette occasion il eût fait cette demande pour la reculer ou rompre du tout s'il étoit besoin , sachant bien qu'elle ne seroit jamais accordée, et que ce refus lui servirait jk)ur en dégoûter les Etats, qui la désirent de trèst. i3. ï
3 KiGOCIlTTOVS
grande affection , et pensent ne pouvoir rien faire qui aitde la sûreté pour eux sans cela. Mais, après m'en être mieux éclairci avec le prince Maurice, le comte Guillaume et quelques autres qui ont part aux affaires , et avoit aussi après dit comme toutes choses se sont passées en l'assemblée générale des Etats, j'ai reconnu qu'il n'y a autre dessein pour le général, sinon de tirer le plus qu'ils pourront de leurs Majestés pour subvenir aux grandes dépenses qu'il leur faudra faire es premières années de la paix ; et quant au prince Maurice , qu'il s'est promis , cette ligue étant fort recherchée par le Roi , qu'il pourrait en tirer sinon la somme entière qu'il n'espère pas, n'y approchant cet excès , du moins quelque partie d'kelle ; que cet office envers son pays le rendoit toujours plus agréable et accroîtrait son autorité , et que Sa Majesté n'en seroit pourtant offensée contre lui , quand il aideroît après à faire qu'on s accommodât à ce qu'il lui plairait donner. Je n'ai laissé pourtant d'en avoir eu quelques paroles assez aigres avec lui , et de lui remontrer après aimablement , avec la confiance que montrais avoir de son affection envers Sa Majesté , sur l'assurance qu'il m'en a donnée , que cette façon de procéder étoit très-mauvaise, pouvoit beaucoup nuire à son pays , à lui-même aussi , et que le Roi , qui sait les obligations qu'ils lui ont , le soin qu'il a eu de leur conservation, et combien il peut encore être utile à l'avenir, en aura un très-grand dégoût et mécontentement, voyant qu'ils prétendent tirer, comme par obligation , de lui , ce qu'il ne doit pas , an lien de l'en rechercher avec respect et soumission > soit par forme de prêt ou d'un bienfait procédant de sa
pare libéralité i et de sommes encore si excessives que la demande en est du tout déraisonnable.
J'ai aussi , pendant ce soupçon , tu à diverses fois le prince Maurice et le comte Guillaume , lesquels me sont paneïtteinent venus voir , reconnaissant bien que j'en étois en peine ; m'en suis découvert k eux , et, après que ne devois rien craindre pour ce regard, ftfofrt assuré même que le sieur Barneveldt n'oserait dissuader cette ligne dans rassemblée des Etats , ni tenir aucuns propos qui en approchent^ et, s'il le faisait , qu'il en ser oit rejeté et haï. Je leur dis là-dessus qu'il pourrait pçoytoser quelques" autres sûretés pour les contenter, comme l'appui de l'Empire et de l'Empereur , ou l'alliance d'Angleterre , qui sera toiN jours moins suspecte au rot d'Espagne et aux archiducs que la nôtre ; mais ils m'ont répliqué qu'ils cohnoissôiëitt tous la faiblesse de l'Empire ; outre ce qu'il est toujours gouverné par la maison d'Autriche , que les princes y sont le plus souvent divisés, foibles aussi pour le secours d'autrai , et que les protestans * qui désirent la conservation de cet Etat , ne leur conseilleroieut même de s'y fier; qu'ils faisoient encore plus mauvais jugement de h volonté et du pouvoir, du roi d'Angleterre -, m'ont davantage promu et assuré tonà deux que si on vouloit entreprendre de faire cette paix autrement qu*avec le contentement , appui et alliance de 9a Majesté , ils s'y opposeroient ouvertement, l'empêcher oient par eflfei$ que ne deviens aucttnèineot douter qu'ils ne soient assez puissans pour le faire : et je crois ce qu'Us me disent , car j'ai eu à diverses ftrts des paroles avec eux de l'affection de S* Majesté envers leur maison , et du désir qu'elle a de
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procurer ail prince Maurice toute la grandeur qu'il lui sera possible , pourvu que l'Etat s'y accorde , à l'effet de quoi elle emploierait son autorité et ses moyens quand il seroit besoin. Leur ai aussi persuadé , autant que j'ai pu , qu'il seroit plus aisé de parvenir à ce dessein, la paix étant faite et les Etats étant connus libres et souverains , pour disposer de leur pays ainsi qu'il leur plaira, que si la guerre continuoit, comme j'estime qu'il est vrai ; mais cela me servoit aussi pour les induire plus aisément à ne point nuire au dessein que Sa Majesté a d'aider à la faire , puisque les Etats y sont disposés , comme aussi pour les lier plus étroitement avec elle , et leur #ftire rejeter toutes autres ouvertures et desseins qu'on leur eût pu représenter. Il est bien vrai qu'elle nous avoit aussi donné charge de chercher tous moyens pour fortifier sa maison ; or il n'y a que celui - ci seul qui le puisse contenter , encore qu'il ait jusqu'il présent fait comme les rameurs , qui ne regardent jamais le lieu où ils veulent aller , ni rien pareillement qui le puisse rendre capable de bien et utilement servir que cette seule dignité : aussi ne vois-je aucun moyen qui soit bon pour prendre assurance de cet Etat , jusqu'à ce qu'il soit entre les mains d'un prince qui se tienne obligé à Sa Majesté de ce bienfait ; car sont peuples muables sur lesquels le roi d'Espagne pourra toujours entreprendre par pratiques et artifices $ outre ce que , la paix faite , ils ne penseront plus qu'au trafic , et pourront devenir inutiles à eux et à leurs amis; au lieu que s'ils a voient un prince , il les mettroit toujours en défiance de ce fcôté-là , auroit soin., pour son propre intérêt , d'en*
DU PRÉSIDENT JBJlNNIN. S
(retenir vigueur militaire qui est aujourd'hui parmi eux , es entreprises et combats de mer. Et à la vérité si l'Etat, la paix faite , et eux devenus maîtres d'euxmêmes et de leurs pays , entroient en cette bonne volonté envers lui , comme on le peut espérer , avec sage conduite et en lui rendant affectionné le sieur Barneveldt , j'estime que Sa Majesté auroitfait un boa acquêt, l'obligeant à deux choses : à savoir, de ne se marier qu'avec son contentement , et de rétablir l'exercice de la religion catholique en ce pays , sinon partout, es endroits au moins où il est plus requis, dont on conviendrait.
Ce discours sert pour vous persuader que le priucç Maurice/ se sentant obligé des espérances qu'on lui a données du côté du Roi , s'opposera volontiers à tous desseins qui seront préjudiciables au service de Sa Majesté, et au sieur Bameveldt même, s'il nous vouloit tromper , ce que ne crois pas , nous assurant être assez puissant en cet endroit pour se faire suivre par les Etats , combien qu'il ne soit pas pour empêcher du tout là paix au cas que Je roi d'Espagne veuille accorder ce qu'ils se sont promis devoir obtenir par le traité.
J'ai bien eu quelquefois crainte: que le roi d'Espagne et les archiducs, qui lui avoient fait offrir, par le Cordeèier, une grande alliance , de l'argent et des. Metirs pour l'induire à favoriser Ja paix , ne fussent pour prendre eux-mêmes ce conseil d'aider à l'élever à cette dignité , en l'obligeant pour ce bienr fait et le mariage d'une princesse de leur maison, çt qu'à présent ils n'aient encore plus de sujet d'y penser pour rompre l'alliance des deux roi& avec cet Etat 5
dont ils sont bien avertis,; car les Etais eu ont délibéré en leur assemblée , et ne Font pas seulement requis défensive et pour la paix , mais offensive eft pour la guerre , étant certain que le roi d'Espagne et les archiducs la craignent bien fort , et estimeront toujours que rien ne leur pourrait arriver de pis que cette ligue , qui con joindra le$ detfx royaumes de France et d'Angleterre , et les obligera à k défense mutuelle i'un de l'autre, au lieu que maintenant ils sont séparés et sans obligation de se secourir , ôtera le rapyen audit sieur Roi de jamais recouvrer ce pays perdu par la paix 9 qui lui demeureroit néaromoins s ils avaient un appui plus faible; que cekn-cL Ce qu'il faut encore ajouter à cette perte , est' que ledit pays lui deviendroit ennemi s'il eatreprenoit quelque chose contre la France ou l'Angleterre ; au lieu que si le prince Maurice en étok fait seigneur par son moyen, il pourront pratiquer une alliance. entre les archiducs , l'Angleterre tet lui , qui les séparerait tous trofis de l'alliance et amitié de France , et , en évitant cette conjonction d'eux: et1 de cet Etat, empêcheroit que lé pays ne lui fut poiqt ennemi s'il, vouloit entreprendre quelque chose contre foous ^ qui ne lui sèroit pas un 'petit-gain », ayant égarc| au mauvais état auquel dont ses» affaires ici. Les Etats pourvoient aussi jouter ce couseti et le recevoir comme une sûreté pour>l» paik , qui serait cause de faire cesser Vinimitiô d'Espagne contre eux , -et de leur &fre ccqife aussi qu'ils n'&uroient pju* besoin de l^imlié d'aucun autre prince.:» •'■ • • ■ j , .«.. . .
Le sieur IferaeYçkit pourrait de même aider, à les y induire, pour se conserver ht.bienvei^ance d un
DU P&ÉSIP&NT «40*121. J
nouveau prince > de laquelle il pourroit plus espérer par cette obligation quilauroit acquise sur lui > que, des peuples, qui sont toujours légers et ingrats, et ne peuvent souffrir qu'un particulier retienne longtemps quelque grande autorité parmi eux. Et quant, au prince Maurice , le plu& grand avantage étant pour lui , on ne devoit point douter de sa volorçtp ; ainsi , pource que chacun pouvoit tirer quelque contentement et profit de ce dessein, je l'ai craint quelquefois, me représentant toutes ces considérations , sans ja^ mais ïuen découvrir, ni vous en mander aucune chose non plus, crainte de tout gâter,, en vous donnant par delà quelques mauvaises impressions fondées su* des soupçons dont la vérité est si incertaine.,, qu'il y a bien souvent autant de danger à les prévoir trop $ubti]e#}ent et y [ajouter trop de foi,, qu'à ne h* PAS voir du tout ou à les mépriser entièrement ; aussi n'y pensois-je plus du tout , d autant que toutes choses sembloiejat être contraires , et le prince Maurice toujours si éloigné de la paix , si ouvertement ennemi de tout ce qui peut contenter le roi d'Espagne» comme aussi si peu, satisfait d,u sieur de Bai neveldt , qu'il ny avoit aucune, apparence de se mettre en peine d'un tel dessein, jusqu'à ce que le dernier soupçon provenant de cette demande contenir au projet de la ligue , et les allées et venues du Cordelier Font: réveillé en mon esprit, et m ont fait craindre derechef qu ijs ne. iussçut pou* le. rechercher et lui offrir , siw non tout ce que; dessus , au moins quelque partie , jugeant bien qu'ils ne pqurroient venir à bout de leur entreprise sa^s lui. Je ne laisse néanmoins de croixe qu!U a'eu est rien du tout , et qu'il, y a tant
de raisons qui le doivent dissuader à tous , même au roi d'Espagne , plus fortes que celles ci * dessus déduites , qu'ils n'y voudraient jamais penser 5 car quant audit sieur Roi , il est prince catholique , qui se veut conserver , avec un dessein qu'il estime servir à sa grandeur : la réputation d'être ennemi de tous ceux qui se sont séparés de l'église romaine; qu'il lui seroit honteux de procurer ce bien à un prince qui a toujours été son ennemi 5 qu'il ne se pourrait jamais bien assurer de sa foi et de son amitié , attendu que son père a fait tuer le sien , et que ces pays demeurant en république 'par la paix, encore que la ligue des deux rois le puisse empêcher de les recouvrer par la force, elle ne lui ôte pas le moyen de le faire par pratiques et menées » en les obligeant, divisant et usant des artifices qui sont assez communs à ceux de sa nation : au lieu que s'il y a un prince qui y veillé par son propre intérêt , il n'en doit plus rien attendre. Davantage ledit sieur Roi est assuré que le pays que tient à présent l'archiduc , lui doit écheoir quelque jour ou à ses successeurs rois d'Espagne , par le décès de sa sœur , qui est hors d'espérance' d'avoir, enfant. Or cette alliance , qu'il bâtiroit maintenant entre le roi d'Angleterre -, l'archiduc , le prince Maurice et leurs Etats, lui nuiroit' lorsque s'en pourroit servir l'archiduc contre lui-même , pour se maintenir en la possession des pays dont il jouit. Et, combien qu'on puisse dire que pour faire cesser cette occasion de dispute , on donnerait derechef les mêmes pays à l'archiduc, avec quelque nouveau mariage de même sang et famille , pour les retenir toujours en amitié , il est néanmoins
DU PKÉS1DEKT JEA.NNIN. g
vrai qu'en usant de ce remède , les pays ne laisseront 4'être séparés d'Espagne ; et c'est ce qu'ils ne veulent pas , crainte d'amoindrir leur grandeur , ayant même appris que le feu roi d'Espagne n'eût jamais donné lesdits pays à sa fille s'il n'eût su qu'elle étoit incapable d'avoir enfans.
D'autre côté , il n'y auroit pas grande sûreté en ce dessein pour les Etats ni pour le prince Maurice même, puisque le roi d'Espagne et les archiducs étant joints ensemble , comme ils sont à présent , tout leur appui et secours dépendroit du roi d'Angleterre seul , qui n'est assez puissant pour s'opposer à eux , et ne voudroit aussi souffrir aucune incommodité , ni mettre les Etats en péril à cette occasion. Il n'y a pas grande apparence non plus que les Etats veuillent si à coup quitter cette souveraineté qu'ils recherchent avec tant d'ardeur , et que le sieur Barneveldt , qui n'est aimé du prince Maurice et sait l'avoir offensé, veuille se rendre auteur de cette conduite , afin d'avoir pour maître celui dont il doit craindre la grandeur. D'ailleurs le prince Maurice , qui est soupçonneux de son naturel, craindra tous ces présens qui viennent d'Espagne , et croira qu'ils sont empoisonnés , pensera aussi pouvoir parvenir à son dessein avec plus de sûreté et facilité , ayec l'aide de ses amis et la bienveillance des Etats , que parla faveur de ses ennemis.
Je me suis un peu étendu sur ce discours , encore que rien ne soif, sorti au dehors qui me doive faire craindre ce mal , pource que c'est à mon avis ce qui pourroit arriver de pis , et à quoi nous aurions moins de moyen de nous oppose? pour le présent , et même si on intéressoit en quelque chose le roi d'Angle-
terre; car à tous autres desseins préjudiciables à sadite Majesté , nous pouvons tirer du secours du prince Maurice et de plusieurs personnes dans cet Etat, qui jugent sainement et sans passion ce qui leur doit être utile ou dommageable.
Je laisserai maintenant ces imaginations, dont vous ne vous devez, ce me semble, mettre, et* peine, pour toucher à ce qui est du fait présent. Je vois bien que lea Etats auront grand besoin du secours du Roi pour. les deux premières années de la paix» et que le roi d'Angleterre y mette aussi la main de son coté ; ses députés en ont bien fait grande difficulté au commencement , mais ont montré après de se laisser vaincre, pourvu que ce qu'ils donneroient fât par prêts. Quinze cent mille livres , à savoir , un millipn pour Sa Majesté , et cinq cent mille livres de la part dudit Sieur Roi, soffiroient pour ce secours, à le eontiquer çleux ans, qui sçpoit deux millions pour. Sa Majesté, Je considère bien que cette somme est grande. > et n'en ose presque donner le conseil , craignant qw Sa Majesté ne le trouve pas bon $ mais il semble qu'après tant d'autres dépenses , celle-ci , qui est nécessaire pour tirer quelque utilité de tout ce qu'on a fait jusqu'ici, ne doit, pas être refusée , afin d'obliger davantage ces peuples de rompre tous mauvais desseins, s'il y en avoit*
Considérez ceci , s'il vous plaît , et faites , je vous supplie,, qu'ayons, .moyen cfc la. servir. Je ne senti point mauvais ménagée de sa boui^se \ mais es. deiw nières résolutions qu'on va prendre , il est besoin. qos soyons préparés à tout. Cette charge sera moindre de beaucoup que celle de la guerre, et pour peai de
temps. Outre ce , l'alliance que prétendons faire assurera encore mieux le repos du royaume , et empêchera plutôt le roi d'Espagne d'y entreprendre que la continuation de la guerre. Je la crains néanmoins > ne voyant encore rien de certain pour la paix, que ces peuples montrent toujours vouloir avoir à leur mot ; et à la vérité, en ce qin' e*t de la souveraineté, ils n'en sauraient rien quitte? sans devenir inutiles à leurs amis. Noua prévoyons néanmoins qu>e la plus grande difficulté du côté de leurs ennemis , sera sur les conditions qu'ils y voudront ajouter , et c'est à quoi nous avons à prendre garde pour ne souffrir qu'on y ajoute aucpne condition qui soit préjudiciable à Sa Majesté, l*s députés d'Angleterre assurent que leur maître continuera pour la guerre si elle continue , nous faisant entendre qu'ils la désirent plutôt que la paix ; ils se montrent au surplus en toutes choses si conjoints avec nous, que ne sais qu'ep iuger, voyant ce que vous nous -écrivez de l'intention de leur maître», de sa foible&se , de son irrésolution et des poursuites que fait encore à présent son ambassadeur près du Roi ; car , ou bien M sorti? du comte de Tiron Ta changé , ou ses députés ne sont pas instruits de ses artifices, et s'Us le sont, on, les doit tenir pour grands ouvriers à se dissimuler aussi bien que leur maître 9 rçu,on dit être, parfait en cet art, si on doit appeler dissimula tioiji la patience de souffrir tout ou de flatter ceux; qui lui font mal, au lieu de s'aider avec prudence de l'opportunité qui se présente pour s en ressentir : mais je ne puis croire c$ dernier d'eux, pource qu'en ob^rvant de près toutes leurs jetions, même celles qui viennent des prgiqjftrf tpouvemens e^quels les plus sages
n NÉGOCIATIONS
sont bien souvent surpris , et n'ont pas le loisir de se servir de leur prudence et dissimulation, nous n'avons rien reconnu , sinon qu'ils ne se veulent point séparer d'avec nous, mais prendre tous conseils en commun. Je sais bien qu'on en peut user ainsi jusqu'à ce qu'il faille frapper le dernier coup , et que celui qui pense avoir trompé son compagnon croit qu?il est le plus habile. Ce qui est vrai pour le regard des princes: qui traitent l'un contre l'autre ; mais quand deux sont conjoints en une même cause et traitent ensemble* contre d'autres , cette finesse doit être tenue pour lâcheté et trahison , encore que les hommes du temps auquel nous vivons , ne la nomment pas ainsi. Si ne pouvons-nous faire que ce que nous faisons pour nous garder d'eux , et de tous autres qui nous voudraient tromper , y ayant des inconvéniens qu'il est plus aisé de prévoir qu'il n'est de les éviter. Ils se promettent d'avoir réponse d'Angleterre au plus tàrct dans un mois , tant pour la ligue de paix sur le projet qu'avons vu ensemble et qu'ai dressé par leur avis , qne pour ce qu'il voudra faire aussi pour le secours de la guerre si elle continue. Que nous sachions aussi, s'il vous plaît, ce qui sera de la volonté du Roi, et comme nous aurons à nous y conduire ; qu'ayons semblablement un pouvoir pour faire ladite ligue, dont la qualitéfdu secours soit mise en général , et rapportée aux instructions qui seront sécrètes , afin que nous nous puissions régler sur le même pied des autres dont vous m'avez quelquefois écrit. Quant atfx États , que leur Roi leur donnera au double du leur ; et pour l'Angleterre , j'ai vu, es traités anciens , entre France et Angleterre , même du temps du roi François I et
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Henri VIII , que le secours qu'ils se promettaient l'un à Vautre étoit comme égal. Nous serons siir les résolutions des affaires environ le temps que pourrons recevoir réponse de tout ce que dessus. C'est pourquoi je vous supplie que soyons lors si suffisamment instruit,, qu'ayons de quoi prendre conseil sur les occurrences. Verreiken , qui est demeuré ici es deux derniers voyages du Cordelier, ne nous a point vu, et quoiqu'il sache notre inclination à la paix, et que nous nous soyons offerts aies assister avec paroles d'efficace pour leur témoigner notre affection, je n'ai pas connu qu'ils s'y fient davantage 5 nous ne les en recherchons pas aussi pour ne donner des ombrages inutilement.
Le sieur de Barneveldt m'a dit que lesdits sieurs Verreiken et le Cordelier l'ont prié de faire en sorte , s'il est possible, que lies Etats consentent qu'un Espagnol soit du nombre de? députés en la conférence , comme étant chose que le roi d'Espagne désire. Je ne crois pas que soit pour y assister de la part dudit sieur Roi ; car il faudroit qu'il eût charge et pouvoir de lui : or il n'y a point d'apparence qu'il ait voulu faire ce tort aux archiducs que de leur adjoindre un autre , ni qu'il désire entrevenir non plus en ce traité , qui ne sembfe pas honorable pour lui , si les choses y passent comme les Etats se promettent , encore que plusieurs estiment qu'il lui sera profitable, quoi qu'il leur accorde , si ces peuples étant en paix ne sont bien sages; mais ce député y sera , comme il est vraisemblable , de la part desdits sieurs archiducs , afin que ledit sieur Roi soit plus content de tout ce qui y sera traité ; en quoi je ne vois aucune difficulté.
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Je vous envoie la copie des lettres que l*Eihpereur a écrites aux Etats. Où nous a dit que la diète de l'Empire se tient en ce mois * et que l'archiduc Ferdinand, beau-frère du roi* d'Espagne , qui se doit trou*ver au nom de l'Empereur , aura charge d'y faire quelques propositions pour la paix de ces pays. Vous recevrez aussi la copie du projet de la ligue donné de la part des Etats , lequel a été changé en l'article qui contenoit la demandeties trois millions, par deux fois, sur les conférences qu'avons eues avec eux, et enfin couché , comme il est par moi-même aved leur consentement; au lieu qu'ils faisoient revenir la dépense entière de l'entreténement des gens de guerre, es premières années de la paix, à neuf millions de livres , etpar ainsi lé tiers qu'ils supplioient aux deux rois leur accorder .à trois millions de livres. Nous leur avons montré que cette dépense he sauroit revenir qu'à quatre millions cinq cent raille livres , ou à cinq millions tout au plus en la première année , et qu'on en pourroit diminuer encore quelque chose la seconde. Ce que toutefois ils n'ont pas accordé , mais dit que tout seroit vu et considéré avec les députés de leurs Majestés pour y prendre résolution , avec leur avis ; ils ont ajouté à ce projet une remontrance qu'envoyons aussi. Croyez, monsieur, que' ce n'est ouvrage fait que. d'avoir à traiter avec ces gens ici , et qu'il faut beaucoup de patience pour surmonter les difficultés qui se présentent de jour à autre , non qu'ils aient faute d'affection et de respect envers Sa Majesté ; mais ils ne considèrent pas assez le grand besoin qu'ils ont de son appui , croient trop que leur conservation est utile à son Etat , et qu'elle en doit avoir autant
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de soin que s'ils étoktitses propres sujets ; disant qu'ils ont la même volonté de la servir, et s'imaginent main* tenant qu'ils sont assez puissans pour résister à toutes les forces d'Espagne , puis soudain craignent tout , et, en nous représentant leur nécessité, confessent que , sans l'appui de Sa Majesté , ils ne peuvent subsiste* ni en paix ni en guerre 5 mais on y est si avant , on y a déjà fait tant de dépenses* et tant de gens regardent quelle sera l'issue de cette affaire , qu'on ne doit rien omettre ni épargner , comme j'estime , pour la faire réussir à son honneur , contentement et profit. À quoi je vous peux assurer que travaille incessamment et avec autant de soin et d'affection que si c'étoit pour mon propre salut, n'y ayant aucun inconvénient qui y puisse arriver que n'aie prévu , et pour lequel évi* ter , je recherche et use de tous Içs remèdes qui peuvent dé pendre de ma fidélité et diligence pour rendre mon travail utile et heureux, dont j'espère bien, nonobstant que je ne sois content de la façon de procès der de ceux qui manient les affaires ici, étant encore plus confirmé en cette opinion sur la fin de cette lettre que net ois lorsque j'ai commencé à la vous écrire ; car j'ai différé deux jours à l'achever, sur un nouveau soupçon que les députés d'Angleterre nous vinrent donner , qu'ils avoient avis de bon lieu qu'on nous trompoit ; que le traité avec les archiducs se faisoit secrètement par quelques-uns ; que le prince Maurice même y avoit part, et qu'il était déjà bien avancé, montrant d'en être fort offensés et en grande peine : qui fut cause que m en voulant éclaircir encore en particulier avec le prince Maurice , puis avec le comte Guillaume , je les ai vus derechef séparément, et re-
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connu avec certitude qu'ils craignent toujours la paix; sont aussi fort disposés à suivre les volontés et cornmandemens de Sa Majesté , et qu'il n y a personne dans l'Etat qui ose penser à traiter en secret ni qui soit assez puissant pour se faire suivre en telles pratiques : en sorte qu'en sommes à présent en repos et n'avons rien à craindre de leur côté. Ces derniers propos de tous les deux me font croire encore davantage que le soupçon, ou plutôt l'imagination, procédant de ma crainte dont vous ai écrit ci-dessus , est du tout sans fondement , et qu'il le faut ensevelir et cacher. Aussi, n'étoit, monsieur, que c'est à vous seul qu'ai écrit, j'eusse refait ma lettre pour ne vous en mettre en peine. Les députés d'Angleterre ont aussi désiré qu'ayons vu le prince Maurice ensemble sur ce sujet, dont ils sont aussi sortis bien satisfaits.
Nous avons encore depuis conféré ensemble par deux fois sur cette affaire , et fait ce même jugement que la paix aura de grandes difficultés sur l'article de la souveraineté , que le roi d'Espagne ne voudra accorder sans quelque modification; qu'aucuns dans cet Etat seront pour se contenter qu'on le couche dans le traité de paix ainsi qu'il est dans le traité de trêve , et que c'est aussi le plus qu'on puisse espérer du roi d'Espagne. Néanmoins lesdits députés nous ont dit qu'il étoit raisonnable et nécessaire de le coucher par le traité avec toutes les clauses requises , pour faire que les rois d'Espagne présens et à venir , ensemble les archiducs , n'y puissent jamais rien prétendre , et disent même qu'ils conseilleront de rompre s'il n'est fait ainsi. Nous n'avons pas résisté à cet avis, et , à la vérité , l'intérêt des deux rois est que les Etats
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soient vraiment souverains et en . liberté de se pouvoir conjoindre avec leurs arçiis -, autrement ils leup sçroient inutiles., Mais nous avons ajouté après que cet article pourroit être cause de rojnpre la paix, et qu'ils avoient en ce cas besoin d'un secours plus grand pour faire la guerre que du passé même es deux pre7 mières années. A quoi ils nous ont répondu qu'il étoit vrai > et. que leur maître y contribueroit volontiers j pourvu que le secours fut modéré > raisonnable et bien employé , comme ils nous avoient toujours bien dit 5 l'avons ci-dessus déclaré et d'autrefois écrit à Sa Majesté; mais je le répète encore en cet endroit, pour ce qu'à la suite de ce propos je leur demandai s'il leur faut donner secours. Le ferons-nous^ comme du pass^ sans contrat , ou bien traiterons-nous par quelque ligue ou confédération? Us répondirent à l'instant qu'il valoit mieux se contenter de le faire corany» du passé , et qu'on ne pourroit faire un traité de ligue sans rompre du tout avec Espagne. A quoi leur fut répondu qu'il est vrai i mais quç difficilement les Etats se voudroient engager à la guerre làdessus, et quand on ne feroit que cela pour eux, il seroit encore nécessaire d'en tirer cette promesse i qu'ils ne feront jamais aucun traité avec leurs ennemis* soit de paix ou de trèjve , sans nous $ outre ce que les deux rois s'obligent l'un envers l'autre à la contribution de ce secours pour quelques années , et poiirce qu'il ne peut être secret > et qu'étant su par le roi d'Espagne , il pourroit prendre conseil de faire la guerre à l'un d'eux , qu'il étoit bon de penser aussi s'il ne seroit pas à propos que leurs deux Majestés fassent une alliance défensive , et se promettent un secours t. i3* a
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mutuel au cas que l'un d'eux soit assailli par lui. Ils ont répondu que M. de Sully leur en avoit parlé en Angleterre lorsqu'il traita avec leur Roi , et que cela ne fat pas résolu , me demandant si j'avois point vu ce traité ; et , après avoir entendu .que non , m'ont dit qu'ils l'avoient et qu'ils me l'enverroient pour le voir, comme ils ont fait; qu'ils jugeoient ces assurances et traités être raisonnables et utiles aux deux rois. Prîmes résolution , à cette occasion , de les en avertir pour être informés de leurs volontés ; leur ayant déclaré que cette proposition venoit de nousmêmes et sur l'occurrence de l'affaire que traitions , non pour en avoir reçu aucun commandement , et qu'à la vérité c'est chose qui sembloit être si désirable et utile à leurs Etats qu'avions pensé leur en devoir faire l'ouverture.
Il est besoin , monsieur , que nos soupçons soient plutôt Cachés que secrets, et surtout que lé sieur Aërsens n'en connoisse rien ; car il écrit aveé des gloses qui nuisent toujours* Croyez - moi , s'il vous plaît , -et qu'il est vrai. Il a assuré les Etats du dernier quartier. Je crois bien qu'il sera à propos de le donner, mais est mieux de le différer jusqu'à janvier; car on verra lors ce qu'on doit attendre de l'issue des affaires. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous donne çn parfaite santé très-heureuse et longue vie. Votre , etc. P. Jeannin.
£)e La Haye, ce 25 novembre 1607.
DU PRÉSIDENT JE1NNIN. ig
Lettre de M. Jeannin à M. de La Boderie, dudit jour
a5 novembre 1607.
Mohsieuh , Je vous ai écrit il y a quelques jours * et adressé tues tetttes à M. de Waudrenecqà ftoterdam , qui itië promit de les vous faire tenir bien sûrement. Les députés des provinces doivent être assemblés en ce lieu le 1 6 du mois prochain , pour délibérer et résoudre s'ils traiteront ou non , et avertir dans le vingtième Fatchiduc de la résolution qu'ils auront prise. Nous croyons que sera de traiter ; le désirons et les y disposons aussi en tant qu'il nous est possible, suivant le commandement que le Roi nous en a fait; mais nous sommés fort incertains de ce qui en a viendra, et entrés en quelques ombrages de la conduite d'aucuns particuliers des Etats , qui à ta vérité a été inconsidérée , et telle que leurs amis et alliés ont eu sujet d'en prendre soupçon. J'estime néanmoins qu'il n'y a rien de pis. Les députés du roi d'Angleterre et bous n'avons totrjdurs eu qu'un tnéme avis , et s'ils continuent , nous aurons occasion de bien sentir de lmtention de leur maître , quoique les lettres que M. de Villeroy m'écrit tous les jours, contiennent que ne devons tien attendre de ce côté-là , et je sais qu'il en est mieux instruit que nous, et que ces députés peuvent user d'artifice jusqu'à ce qu'on veuille frapper le coup.
Les Etat* fcfctis' 6nt fort rechef dbé * Angleterre et nous, pour faire une ligue offensive et défensive , tant pour la paix que pour la guerre 5 iious n'avons toutefois votda consentit qu'à la défensive et pour la paix: M. de *Êarheveldt en aVoft dressé ld projet par
'SU NÈGaCIAÎlONS
l'avis et délibération des Etats ; mais, pour ce qu elle n'êtoit bien , ni en la forme ni en la substance , nous l'avons différé jusqu'au temps du traité , et dressé le même projet entre jious et les députés d'Angleterre, sans le communiquer aux. Etats , ppur l'envoyer devant qos maîtres et recevoir là-dessus leur commandement. C'est bien moi qui l'ai dressé , mais ça été à •la prière des députés d'Angleterre et par leur avis , suivant néanmoins au plus près, en ce qu'avons estimé devoir faire le projet des Etats , même un article que M. de Barneveldt m'a dit avoir mis au sien comme en ayant été requis par M* Winood , l'un, des députés d'Angleterre : qui est que les rois et les Etats s'obligent respectivement au secours l'un de l'autre , nonseulement contre un ennemi étranger qui voudrait entreprendre quelque chose contre eux , mais aussi contre les mouveraeus de dedans. Ils montrent que leur maître sera disposé de faire cette ligue, qu'il aimeroit encore mieux la continuation de la guerre que la paix , et qu'il y contribuera sa part ; si c'est feinte ou vérité i je n'y connois encore rien ; mais je sais bien que seroit le bien et profit des deux royaumes, que les deux rois fussent très-bien ensemble.
. Je vous supplie m'avertir de ce qu'apprendrez de l'intention dudit sieur Roi ; car nous en sommes ici <en grande peine et doute , et craindrons tout jusqu'à ce que cet ouvrage soit parfait. Peut-être que la sortie du comte de.Tirpp, la réception d'icelui avec bon-* neur. en Flandre , et la crainte qu'il n'y ait du mal préparé chez }ui , le rendront plus soigneux à désirer jet rechercher notre amitié , et, à ce défaut, aussi dautfôs.qu'ii.a plutôt \essayé jusqu'ici de flatter que de
v »TJ PRÉSIDENT JEANNIN. <*V
àettre enétat et devoir de leur résister. Ten attendrai votre avis * et cependant M. de Russy at moi tous baisons humblement les mains, priant Dieu, monsieur , qu'il vous donne, en parfaite santé , heu?* reuse et longue vie. Votre , etc. P. Jèànnin. De La Haye , ce a5 novembre 1607 •
Lettre de M: de La Boderiè audit sieur Jèannin, du premier de décembre -1607;
Monsieur , je vous ai écrit par lès deux ordinaires passés , tout ce que j'ai jugé digne de venir à votre connoissance , et toujours par la voie de Waudrenecq que m'ayez ouverte ; celle-ci la tiendra encore^ Ce que j'ai à ajouter à mes précédentes , est que j'ai vu depuis le sieur Carron , duquel j'ai appris que , nonobstant ce que m'avoit dit le comte de S'alisbury sur cette ligue dont les Etats sont promoteurs , et nonobstant les respects qu'il disoit les'retenir de la vouloir contracter ni publier , que la paix ne fût résolue,, icelui comte lui a déclaré qu'ils y eptrecoient dès maintenant, mais avec eux seulement non avec nous : ce qui se rapporte à ce que je vous ai écrit ci-devant, et dont je me suis toujours douté. Ils tâchent dé conserver leur crédit avec lesdits Etats le plus qu'ils peuvent, et témoignent n'être sans beaucoup de jalousie de celui que nous y avons 5 mais outre cela ont si grand?peur d'offenser Espagne , qu'ils n'osent s'attacher à nous davantage. Je crois qu'ils pourroient faire plus sagement ■ j mais ce sera le temps qui le leur apprendra.
Il y a ici nouvelles d'un nouveau décret qu'a fait ler
3* ' KÉGOCIATIONS
roi d'Espagne ,- par lequel il retient tout oe qui est venu par la dernière flotte appartenant aux marchands , qui monte , dit-on , à treize ou quatorze millions d'or, et leur baille des assignations au Heu, dont ils sont contens ; ce qui ne doit être sans quelque grand dessein. Si là-dessus il fait la paix *ux Pays- Bas , chacun doit penser à soi ; car , encore que les siens publient que tous ses desseins sont maintenant tournés contre les infidèles , si crois-je qu'il aime trop la chrétienté pour cela. Je vous envoie une petite épigramme qui a été faite par deçà sur ladite paix , laquelle a deux ententes et peut être plus véritable à la réversion qu'au premier sens. C'est ce dont je vous puis entretenir pour ce coup , vous baisant très-hunahlement les mains , et demeurant, monsieur , votre, etc.
L^ Bqderie»
À Londres; , le i décembre 1607.
Lettre 4e messieurs Jeannin et de Riissy , Rai, du
2 décembre , 1607.
Sire,
M. de La Force s'en retournant en France , a désiré, être porteur de nos lettres , par lesquelles nous donnons avis à votre Majesté de tout ce qui s'est passé ici depuis notre dernière dépêche. Le Cordelier, qui étoit parti pour aller à Bruxelles le 17 du mois passé, et devoit retourner six jours après , n'arriva en ce lieu que le 29 , sur les cinq heures du soir ; lui et le sieur Verreiken furent priés de se trouver le lendemain , à huit heures du matin , en l'assemblée des Etats, pour les informer de l'intention des archiducs:
BIT PRÉSIDENT JEÀNNIN. 2 3
où étant allés, le Cordelier leur dit qu'ils consentoieut de leur donner l'original de la ratification , que ledit sieur Verreiken leur consigna par effet à l'instant ; y ajouta après qu'ils désiroient d'eux cette modération de ne rien dire ou écrire dorénavant contre le roi d'Espagne qui le pût aigrir et offenser , puisqu'on étoit en voie d'un amiable accord et bonne paix, pendant lequel temps il étoit bien raisonnable de porter respect audit sieur Roi ; les prieroient aussi trouver bon qu'un ou deux étrangers , c'est-à-dire autres que naturels des Pays-Bas, pussent assister à la conférence qui se fera pour ledit traité de paix , nonobstant que le contraire ait été accordé par le traité de la trêve , et qu'ils en faisoient instance pour donner ce contentement audit sieur Roi , qui montroit le désirer. Les Etats nous ayant envoyé leurs député» incontinent après les avoir ouïs , pour nous faire entendre et aux députés d'Angleterre ce que dessus , et en prendre notre avis, nous leur dîmes, quant au premier point , qu'il étoit toujours bienséant et louable, pendant la guerre même, de parler avec respect des grands rois , encore qu'on prétende s'opposer à leur violence et hostilité avec les armes , et qu'à plus forte raison , le devoit-on faire lorsqu'on est sur les termes d'un traité ; pour le second point , que nous nous en remettions à eux : bien me sembloit-il que c'est chose indifférente, et qu'on n'a pas accoutumé d'ôter lechoix aux princes avec lesquels on traite , des personnes dont ils se voudroient servir.
Nous avons aussi su d'eux que ces étrangers, soit Espagnols ou Italiens , n'y seront pas comme députés du roi d'Espagne, mais de la part des archiducs, et
»4 JNÉGOCIÀTIONS
qu'ils feraient réponse incontinent auxdits sieurs Ver-, reikçn etléCordelier, afin qu'ils s'en retournent, at-* tendant le temps de la conférence. Et , par effet , ladite réponse leur ayant été faite le lendemain , ils ont promis de partir le jour d'après , qui est celui même auquel nous écrivons cette lettre. Deux jours avant la venue du Cordelier , lesdits sieurs députés d'Angleterre nous étoient venus voir au logis de M. Jeannin, où étoit M. de Barneveldt , en présence duquel ils nous firent entendre qu'ils avoient reçu lettres d'Angleterre pour réponse à l'avis donné par eux du premier voyage d'içelui Cordelier et séjour du sieur Verreiken en ce lieu, et que leur Roi et tout son conseil l'avoient trouvé fort mauvais -, leur man-? doient qu'on les trompoit ; que tels voyages , sous prétextes feints et déguisés , se faisoient en effet pour autre occasion , et qu'on n'en pouvoit que mal sentir, puisqu'on leur céloit la causej que lesdits Etats avoient aussi fait courir le bruit que , sans les députés des deux rois , ils eussent çejeté la ratification et toute condition de paix , mais que , leur ayant donné avis qu'elle étoit suffisante pour entrer en traité , ils ne l'auroient voulu faire, crainte de les oflenserj qu'il étoit aussi vraisemblable tels bruits être semés avec artifice et mauvais dessein , attendu même que ceux qui manient les affaires nous av oient dit souvent et fait connoître, par leur conduite , que ce n'étoit pasi leur intention de rompre là-dessus , mais plutôt de donner encore nouveau délai pour envoyer en Es-r pagne, > et attendre une autre ratification , qui noua sembloit le plus dommageable conseil qu'ils eussent pu prendre ; par ainsi qu'il serait plus utile pour eu*
DU PRESIDENT JElNNIN. *5
d'entrer en traité sans autre remise , afin d'avoir bientôt la paix ou se préparer à la guerre, que de demeurer plus long-temps en incertitude.
Ces propos furent tenus par M. Spencer avec véhémence et animosité , et approuvés par nous , tant pource qui regardoit le soupçon de ses voyages cjlie les bruits qu'on "avoit fait courir de notre avis donné sur la ratification 5 y ajoutant seulement que cet avis étoit fondé en très-bonne raison , et s'il étoit à donner , que nous en userions encore. Ainsi que devions même tenir à gloire d'être auteurs de la paix , puisque nous avions eu charge de deux grands rois , amateurs de la tranquillité publique, de faire tous offices convenables pour y parvenir \ et si on en avoit fait courir le bruit avec quelque mauvais dessein, que notre intentionné laissoit pourtant d'être bonne etlouable. Le sieur Barneveldt répondit à ces soupçons que M. Carron , qui étoit pour eux en Angleterre , leur en avoit autant écrit, et qu'il s'étonnoit bien fort comme tels ombrages pouvoient entrer es esprits de ceux qui ont quelque connoissance de la constitution de leur Etat ^ et bientôt chacun seroit éclairci de leur sincérité , et qu'ils n'ont jamais pepsé de faire chose aucune sans l'avis de ces deux rois. Quant à la ratifia cation , qu'à la vérité ils l'eussent rejetée , sans ïiotre avis , pource qu'elle de voit être pure et simple , et eux tirer ce profit , encore que la paix ne se fasse , d avoir leur liberté et souveraineté du pays par la confession même de leurs ennemis-, nous fit néanmoins assez connoître que les Etats n'avoient aucuhe volonté de rompre là-dessus , mais essayer seulement d'en avoir une autre eri meilleure forme et sans cou-*
26 HÉGOCIATIONS
dition ; nous sembla même qu'ils aimeroient mieux laisser couler Tannée prochaine en trêve , sur cette espérance de l'obtenir, que recevoir celle-ci.^ Ce que les députés d'Angleterre montrent de trouver fort mauvais, et que s'ils entroient derechef en cette cessatjjpn d'armes , que leurs ennemis se dégoûteroient9 et eux n'auroient plus que faire ici. Leur avis fut secondé du nôtre ; puis M. Winood entra en dispute avec le sieur de Barneveldt sur les mots contenus en ladite trêve , en vertu desquels ils prétendent avoir suffisante déclaration de leur liberté et souveraineté ; soutenant que cela n'étoit rien , si par le traité de paix cet article n'est couché bien spécifiquement , et avec les renonciations requises et nécessaires. M. Spencer en dit autant, et y insista bien fort; et si cette liberté et souveraineté n'est exprimée comme il appartient , ils ne seroient pas en état de se pouvoir conserver ni d'être utiles à leurs amis. Le sieur Barneveldt soutient le contraire , et que le roi d'Espagne faisant la même déclaration que les archiducs ont déjà faite , il y aura assez sans qu'il soit besoin d'autre expression , et néanmoins qu'il jugeoit à propos d'insérer à ce traité tout ce qui seroit requis pour contenter un chacun. Quant à la trêve pour l'année prochaine > il la craignoit^ la tenoit dommageable aussi bien que nous , et si elle n'étoit nécessaire à l'occasion du traité, qu'il la falloit rejeter du tout ^ en quoi rien ue seroit fait qu'avec notre avis.
Nous mandons à votre Majesté les particularités de toutes choses , et même la façon de procéder desdits sieurs députés d'Angleterre , qui est si contraire aux défiances qu'elle a de leur maître, et aux lettres que le
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. V)
président Je ami in a reçues depuis deux jours de M* de La Boderie (à quoi nous ajouterons néanmoins plus de foi qu'à leurs paroles), que serons, à cette occasion, toujours en» crainte et soupçon d'eux , jusqu'à ce que tout soit fait \ aussi est-il bien certain , s'ils se dissimulent , et ne sont en même opinion lorsqu'il faudra traiter par effet , qu'ils couvent et cachent quelque chose de pis \ car, encore que leur maître ait été conjoint du passé , en la déftnse des Etats , avec votre Majesté , s'y étant même obligé par le traité que M. de Sully a fait avec lui , si est-ce que les députés nous ont dit et protesté , depuis qu'ils sont ici , de ne s'en plus mêler , se séparer et prendre des conseils à part, sans vous offenser, Sire ; ce qu'il craindra toujours de faire s'il n'a quelque secret traité avec- Espagne et les archiducs , dont toutefois leurs actions et conduite n'ont rien fait paroi tre jusqu'ici. Lorsqu'ils auront eu réponse sur leur dernière dépêche , qui contient tout ce que lui avons mandé de nos conférences avec eux et les Etats , on en jugera avec certitude r et non plus tôt* Est vrai qu'il seroit bien, tard pour y remédier , s'ils étoient assez puissans pour troubler nqs affaires ici, et les Etats mieux disposés à les contenter que nous : ce que ne croyops aucunement ; ne pouvant néanmoins de notre part , soit avec eux, le prince Maurice , le sieur de Barneveldt et tous autres qui ont quelque pouvoir au maniement des affaires , faire autre chose que ce que faisons pour nous garantir de tous ces inconvéniens. Nous jugeons bien que le traité de la ligue dont nous avons envoyé le projet , nous eût mis du tout hors cette crainte ; aussi l'avpns-uous recherché et désiré il y a long-temps^
dS NÉGOCIATIONS
autant qu'il nous a été possible, en gardant ce qui est dû à la dignité de votre Majesté •, mais diverses difficultés et empêchemens , dont nous avons donné ayis selon qu'ils sont survenus , l'ont retardé. Nous ne perdroné le temps non plus ci-après, ausistôt que les députés des provinces seront arrivés et qu'aurons reçu son commandement sur ce sujet. Lesdits sieurs députés d'Angleterre nous ont encore dit avoir reçu lettres de leur ambassadeur qui est près des archiducs , par lesquelles il leur mande que Spinola pourroit bien être l'un des députés en la conférence , et que le comte de Tiron , qui a vu les archiducs , a reçu peu d'accueil d'eux et de toute la Cour , fors de Spinola , qui lui en a fait beaucoup ; que ledit sieur comte a écrit à leur Roi des lettres pleines de respect et de soumission, pour excuser sa fuite sur la religion dont il cherche le moyen de jouir en sûreté , et sur le soupçon qu'il a eu que le vice-roi d'Irlande eût volonté de se saisir de lui à l'occasion de quelques mauvais et faux rapports qu'on avoit faits } n'ayant osé comparoir pour la haine qu'on porte aux catholiques en Angleterre, qui lui eût été le moyen de défendre son innocence; que les archiducs lui ont ordonné de se retirer , et qu'il étoit parti pour aller à itomeou en Espagne 5 ne savent encore lequel des deux. Bien avoient-ils promis à sa femme, à son fils et à d'autres gentilshommes de sa suite , de demeurer à Louvain , où ils sont de présent. Le prince Maurice, qui a aussi entendu que ledit sieur Spinola pourroit être député à la conférence , a montré de le trouver fort mauvais, et qu'étant puissant en crédit et moyens, il pourroit pratiquer et corrompre quelques-uns , soijt
DÎT MIÉSIDENT JEANtflN. 3g
gens de guerre ou autres , au préjudice de l'Etat , et qu'il ne le falloit Souffrir*
Les députés des' Etats qui étoient, allés en Danemarck , sont retournés depuis trois jours , se louent bien fort du bon accueil qu'ils y ont reçu , des bons propps que le Roi leur a tenus , des présens qu'ils leur a faits-, et disent aussi qu'il s'est fort soigneuse-» ment informé de l'état de leurs affaires ; s'ils n'étoient point entrés plus avant en traité avec le roi d'Espagne que ce qu'ils lui en avoient dit, et quelle étoit l'inclination des députés de votre Majesté sur la paix ou la guerre 5 y ajoutant encore que les Espagnols étoient accoutumés de tromper quand ils peuvent, et qu'ils y dévoient bien prendre garde. Ledit sieur Roi a envoyé deux députés, l'un conseiller en son conseil, l'autre un docteur qu'on dit être homme fort suffisante Ils sont arrivés depuis trois ou quatre jours à Amsterdam, et sont attendus de jour à autre ici; un gentilhomme, qui est en ce lieu de la part du roi de Suède, pour essayer de levçr des gens de guerre en ce pays , sur le bruit de la paix, est venu voir le pré-, sident Jeannin , et lui a dit que son maître désiroit fort de traiter alliance et amitié avec votre Majesté, et obtenir quelque permission d'elle de lever dçs soldats français, dont il a parlé à M. de La Borde, qui voudroit biep être employé si votre Majesté 1% agréable, ne s'y étant toutefois voulu engager sans recevoir son commandement exprès là-dessus , lui ayant aussi dit qu'il ne le devoit faire autrement. ,
Le méjme gentilhomme a encore dit au président^ Jeannin qu'un habitant d'Amsterdam s'en alloit trouver votre Majesté de. la part dudit sieur roi de
3a WÉGOCUTIOUS '
Suède , pour savoir si elle auroit agréable qu'il lai envoie des ambassadeurs à reflet susdit , usant de cette façon pour la crainte qu'il a que le roi de Pologne , son ennemi , né l'ait déjà prévenu ; qu'il sait bien ledit sieur toi de Pologne avoir beaucoup de fiance en l'amitié du roi d'Espagne , duquel il est beau-frère , et que son Roi a cru qu'il pourroit à cette occasion espérer quelque chose de la vôtre. Le président Jeannin lui a demandé aussi comme son tnrâtre était avec le roi de Danemarck son voisin : à ^uoi il lui a répondu qu'il étoit mal, mais sans dissension ouverte. Lui a au surplus magnifié les moyens audit roi de Suède 5 qu'il a en réserve grande sommé d'argent amassée avec Espagne depuis dix ans , deâ mines d'argent , et surtout de cuivre et de fer en abondance 5 qu'il entretient aussi d'ordinaire plus de cent navires de guerre , dont il y en a quarante de si* , sept ou huit cents tonneaux. J'ai bien ouï dire Souvent à un gentilhomme qui a demeuré long-temps Jrctdit paya de Suède, que le roi de Danemarck a dessein sur ledit royaume de Suède, et recherchera tous les tnoyens qu'il lui sera possible pour y entreprendre. Cela fait soupçonner encore que lui et le toi d'Angleterre , déjà conjoints par étroite alliance , ne recherchent ensemble à cette occasion l'amitié du *oi d'Espagne , pour s'en servir à ce dessein 5 mais lédrt roi d'Espagne abandonnera , en ce faisant, le toi de Pologne son beau-frère 5 puis il doit plutôt désireT que ces deux royaumes de Suéde et Dâûe- Aiarck soient possédés par deux rois que par un seul, et semble que votre Maje&té y ait encore plus d'inté- . têt pour n'accroître la puissance du roi deïDanemarck,
DU PRÉSIDENT JEA5NIN. St
déjà conjoint avec l'Anglais. Et toutefois il Semble expédient , si ledit $ieur roi de Suède envoie vers elle, de tenir 'toutes choses en surséance jusqu'à ce que la résolution ait été prise es affaires que traitons ici.
Quelques-uns ont reçu ici , depuis quatre ou cinq jours , des lettres d'Anvers , par lesquelles on leur mande qu'il y a eu derechef un nouveau combat de mer près Malaca , entre les Portugais , à eux joints plusieurs Indiens , et les Hollandais ; que les Portugais y ont perdu neuf galions et cinq à six mille hommes , et les Hollandais , qui sont demeurés maîtres de ce combat, environ trois cents hommes et des navires , et qu'on tenoit la ville de Malaca avoir été prise après cette victoire : cette nouvelle n'est encore bien certaine. Les marchands de la compagnie des ïndes d'Orient font partir quatorze grands navires dans sept ou Irait joufs pour faire ledit voyage, qu'on dit être ks mieux équipés d'artillerie, voiles , matelots , soldats , et toutes choses qu'aucun* autres qui soient jamais sortis de ces pays. S'il y a rien qui excite ïe roi d^Espagne à donner la paix aux Etats, sera la crainte des voyages , esquels il reçoit ordinai** rement beaucoup de dommage , et-dcrh craindre pis. Les sieurs Verreiken et Cordelier nous sont présentement venus voir chacun en nos logis , ont pris congé de nous , nous ont mercié des bons offices que faison$ pour la paix, dont ils nous ont ait être bien infor* mes, et priés d'y continuer. Ils ne sont entrés plus avant en propos , encore qu'ayons essayé de les y mettre \ c'est qu'ils veulent demeurer couverts jus» qu'à la conférence , ou qu'ils ne se fient non plus en
nous que du passé. Ont dit au président Je$nqin eii particulier , que ML le président Richardot se recomf ma n doit à lui , qu'il seroit de la conférence , et se réjouissoit de ce qu'il auroit moyen de parler et de conférer lors avec lui. Nous prions Dieu , Sire , qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille une très-^ parfaite santé , très-heureuse et très-longue vie. Votre , etc. P. Jeannin et de Russy* De La Haye , ce 2 de décembre 1607.
Lettre de M* Jeunnin à M. de Villeroy > dudlt jour
2 décembre 1607.
Monsieur , le Cordelier a fait à son retour de, Bruxelles un présent aux Etats de l'original de la ratification, qui les contente fort, encore que soit peu de chose. Il assure aussi partout où il passe , et cçux qu'il voit en ce lieu , qu'il tient la paix pour faite, soit qu'il sente ainsi qu'il soit vrai en effet, x>u qu'on l'ait trompé lui-même. Le prince Maurice , au contraire , dit qu'elle ne se fera pas. Les mouvemens des Etats y inclinent toujours-, mais s'ils ne sont trompés par ceux qui conduisent leurs affaires , ils ne l'accepteront que bonne et assurée. Nous n'avons Tien à désirer es propos des députés d'Angleterre , et ne laissons pourtant de craindre tçms deux sur ce que le Roi nous en a mandé, et ce que vous , monsieur , et M. de La Boderie m'en avez écrit en particulier.
Ils montrent d'être fort soigneux de dpux choses : l'une, que parle traité la souveraineté de, ce pays soit quittée et remise aux Etats, précisément et en termes plus exprès, qu'il n'a été fait par la trêve •,
bU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 33
l'autre , que s'il faut entrer en traité , soit pour avoir une paix entière et absolue , non une trêve à longues années , disant avoir charge d'insister à ce que dessus, déconseiller ouvertement aux Etats de rompre si leurs ennemis en font refus , et même de se retirer plutôt que d'y consentir , nous ayant répété ces paroles fort souvent , et comme pour nous persuader d'en faire autant : je ne veux imaginer à quel dessein, vu que chacun croit qu'ils veulent la paix : voua nous l'avez écrit , et nous en faisons aussi le même jugement , combien qu'ils nous aient dit plusieurs fois qu'ils la veulent pource qu'ils croient ne la pouvoir empêcher; Peut-être seront-ils bien aises que prenions cet avis avec eux, pour feindre qu'ils y ont été emportés par nous , et après s'en départir pour en avoir le gré des archiducs et faire tomber la haine sur nous. Nous leur répondons > sur ces discours , qu'il faut être bien résolu d'assister les Etats d'un bon et puissant secours , si on leur veut conseiller fermement de rompre à cette occasion ; et , afin que les deux rois soient aussi assurés l'un de l'autre * et qu'ils ne s'abandonneront point , ni les Etats , au secours qui sera promis, qu'ils aient un traité par ensemble , sans lequel Sa Majesté ne s'y engagera jamais i et conseillera plutôt aux Etats de rompre pour quelque occasion que ce soit. Ils acquiescent encore k cela , et trouvent qu'il est raisonnable d'en user ainsi. S'ils vouloient faire ce traité par effet, ou si la ligue étoit faite avant le traité dp paix , il y auroit quelque sûreté avec eux j mais non autrement. C'est toutefois notre intention , si ne recevons autre commandement de Sa Majesté , de nous rendre faciles à t. i3. 3
tout , et n'insister à rien qui puisse rompre la paix » quand même les archiducs ne voudroient consentir que l'article de la souveraineté soit plus expliqué que par la trêve , pourvu qu'on puisse faire notre ligue avec les Etats , en laquelle il y aura assez de sûreté pour eux et pour nous. Et à la vérité nous eussions été hors de grande peine si elle eût pu être faite plus tôt-, mais s'il vous plaît vous souvenir de ce qu'avons écrit touchant les difficultés et empêchemens qui s'y sont rencontrés, et nous ont ôté le moyen d'y parvenir.
Jusqu'ici vous jugerez, monsieur, qu'il ne nous a été possible de faire mieux. Or tout est encore en son entier , et ne vois rien que devions craindre pour ce regard , sinon que cette seule considération empêche le roi d'Espagne de faire la paix. Le sieur de Barneveldt continue tous les jours à nous assurer de son affection. Le prince Maurice et le comte Guillaume le font aussi , et suis oertain qu'il n'y a point de feintise en ceux-ci. J'en espère autant de l'autre, sans me l'oser promettre si assurément. C'est tout ce que pouvons faire que de ménager leur bonne volonté , et de ceux que reconnoissons affectionnés au service de Sa Majesté, prendre garde à ce qui.se passe, lui en donner avis , recevoir ses commandemens , et faire sur les occurrences ce que jugerons devoir être utile poui4 ses affaires. Outre ce que l'ambassadeur d'Angleterre, qui est près des archiducs, a écrit aux députés qui sont ici , que Spinola pourroit bien être l'un des députés en la conférence pour la paix , d'autres l'ont écrit d'Anvers. S'il y vient lui-même , il est certain qu« c'est pour traiter en effet -, et s'il y a aussi quel-
bu Président Jeàjnnjlxi 35
(jûe secrète négociation, qu'on ne pouvoit choisit* un plus puissant entremetteur j ni même plus propre pour faire 4es pratiques parmi les Etats ou gens de de guerre. Je le craindrois à cette occasion > avec ce que j'ai appris de plusieurs qu'il est mal affectionné à la France; car> encore que les députés n'aient jamais autre volonté que celle de leur maître , si peuvent-ils toujours beaucoup sur le choix des choses qu'on laisse à leur jugement. Le prince Maurice , qui a eu le même avis, dit qu'on doit empêcher qu'il ne vienne , pour les raisons ci-dessus déduites 5 et néanmoins quelques uns avoient cru , s'il venoit , que ce pourroit être pour traiter avec lui et chercher les moyens de lui donner contentement* Mandez-moi b je vous supplie très-humblement , ce que vous sentez de Tinclination dudit sieur Spinola envers ou contre nous. Il est d'un pays où les hommes sont subtils et fort artificiels.
Répondez-nous aussi > s'il vous plaît, particulière* ment sur tous les points de nos précédentes lettres , nommément pour le regard de ce que Sa Majesté voudra donner aux Etats en faisant la ligue pour la paix 5 et qu'elle ne craigne point, Vil lui plaît, de me déclarer son dernier mot , dont je n'abuserai aucunement; et pareillement de ce qu'elle voudra faire pour le secours de la guerre, si la paix est rompue ; et de considérer que pour relever les courages et prendre quelque avantage , il sera besoin qu'il soit plus grand es premières années; cohime aussi si elle lé donnera par obligation , dont les Etats feront grande instance , ou seulement comme du passé } si elle n'entend pas aussi obliger* envers elle
36 BÉGÔCUTIOïte
le roi d'Angleterre , afin qu'il ne s'en puisse retire* après l'avoir une fois accordé, comme il a ci-devant fait ; et s'il y a quelques articles sur lesquels Sa Majesté veut qu'on insiste précisément , quand les Etats devroient même rompre à cette occasion , soit touchant ceux dont mention est faite ci-dessus ou autres , de nous en avertir par même moyen, afin qu'au temps des résolutions , lequel approche , nous soyons instruits de son intention sur tout ce qui se présentera, soit pour la paix ou la guerre» Car , encore que sachions bien Sa Majesté (Jésirer la paix , y pouvant parvenir, avec les conditions requises pour la sûreté des Etats, en son contentement, le contraire pou rr oit néanmoins arriver , et nous être pressés , en une occasion présente , de nous ouvrir sur le secours pour la guerre , dont la remise pour recevoir nouveau commandement seroit dommageable.
Les députés d'Angleterre doivent être préparés à tout , et avoir charge et pouvoir de leur maître , de déclarer son intention sur les occurrences des affaires , ainsi qu'ils m'ont dit. J'ai bien la réponse du mémoire envoyé par M. de Préaux , qui satisfait à partie de ce que dessus ; mais il y a eu quelque changement depuis aux affaires , qui me fait désirer cet éclaircissemeat > ensemble un pouvoir seloii que l'avons écrit par nos précédentes dépêches. Je serai toujours en peine et incertitude jusqu'à la fin, quoiqu'on me promette qu'elle sera bonne , pource que je sais bien que la fidélité, la diligence et la prudence même sont comptées pour rien, et ne suffisent jamais pour exempter de blâme et calomnie un bon serviteur si son travail a'est heureux, tant s'en faut qu'il lui
BU PRESIDENT JEANNIN. 3y
puisse acquérir quelque grâce envers son maître. Mes vœux tendent donc à ce but de bien servir ., et prie Dieu qu'il veuille favoriser notre labeur , et vous donner aussi, monsieur, en parfaite santé, heureuse et longue vie. Votre , etc. P. Jean n in. De La Haye , ce deuxième jour de décembre 1607.
Lettre de M. le duc de Sully à M. Jeannin,, du 6
décembre 1607.
Monsieur , le Roi et nous tous avons reçu grand contentement à là lecture de vos lettres-, car, encore qu'il y ait quelque chose aux procédures de ceux auxquels vous avez à négocièrvqui ne soit selon notre goût, néanmoins cela nous éclaircit grandement, et nous fait juger le fondement que l'on doit faire sur telles humeurs , lesquelles , puisque vous connoissez bien , vous sauriez manier comme il faut.
À ce que je vois , lea Anglais se gouvernent selon votre désir ; mais ils me tromperont bien si, avant que toutes choses soient conclues > ils ne vous font voir une revirade de leur humeur. Quoi que ce soit* il faut porter ces peuples à la paix 5 car quand bien elle ne devroit guères durer , si en tirera-t-on toujours cet avantage qu'ils se pourront qualifier provinces libresott souveraines avec juste titre , par la renonciation de leurs seigneurs , et que leurs voisins et amis les pourront assister plus ouvertement, sans qu'on leur puisse objecter qu'ils secourent les rebelles d'autrui 5 car aijssi-bien je craindrois que si maintenant l'on rentroit k la guerre , qu'il n'arrivât quelque séparation de villes ou provinces qui composent leur Etat, ou pour- le moins aliénation de plusieurs vo--
lontés. Mais, si, la paix faite, ils sont contraints de revenir aux armes , à cause des menées et entreprises d'Espagne, ce sera avec plus d'animosité que jamais , par la connoissance du dessein que l'on aura eu de les circonvenir. Surtout ils doivent bien aviser quelle forme de gouvernement ils choisiront 5 car de prendre leur exemple sur les Suisses , ou autres* peuples pareils , qui se sont mis en liberté , j'ai peur qu'ils se trompent, à causé de la différence des humeurs et situation des provinces; les uns étant gens rudes , tous formés à la guerre, et desquels le principal revenu consiste à l'éclat de leurs armes , à cause de la stérilité de leur pays et petit trafic que Ton y peut faire, n'y ayant point de mer ni de rivières, et les che-» mins de difficile accès pour la facilité d'icelui 5 tellement que toute leur sollicitude consiste à garder leur liberté et à se tenir armés, tant pour eux que pour tous autres quiontdé l'argent $ et les conditions de messieurs les Etats sont toutes opposites. Si bien que s'il n'y a un, deux ou trois, ou jusqu'au nombre au-dessous de vingt, qui soient bien fort intéressés en la conservation de leur Etat et liberté, qu'ils s'occupe-* ront tellement au trafic et à jouir de la paix et du re^ ' pos, qu'il sera aisé de les attaque?, étant mal préparés. Telles affaires mériteroient un discours plus étendu, mais vous entendes i\ denvi mot , et puis les lettres du Iloi et de M. de Virleroy vous instruiront si amplement, que les miennes ne peuvent être qu'inutiles ; aussi ne les écrivois-je point principalement, et que pour vous assurer de la continuation de mon amitié et service , et vous prier de vous souvenir de frapper quelque coup pour M< le prince d'Espinoy mon cousin -%
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car le bon office qu'il recevra en cette occasion , tant par messieurs les Etats que par vous, je l'estimerai fait à mot-même, et me semble que les témoignages d'affection que j'ai rendus et puis encore rendre pour l'avenir à • messieurs les Etats , méritent bien qu'ils fassent considération sur mes prières. Ce qu'espérant et d'eux et de vous, je prie le Créateur, monsieur, qu'il vous augmente ses saintes grâces et bénédictions-, je vous baise les mains, et suis votre plus humble ami à vous faire service. Votre , etc.
Maximilun de Bethune , duc de Sully* De Paris. ce 6 décembre 1607.
Lettre du Roi, du 8 décembre 1607.
Messieurs Jeannin et de Russy, toute votre procédure et conduite sur la belle demande et proposition pour la confédération que ces sieurs prétendent faire avec moi et le roi de la Grande-Bretagne, que vous m'avez représentée par votre lettre du 26 du mois passé, que j'ai reçue le premier du présent, m'a été très-agréable 5 car eHe a été en toutes ses parties conforme à mes intentions et fondée en raisons très-pertinentes. Jeconsidère que plus je recherche de bien faire, en général et en particulier, auxdits sieurs, autant pour la paix que pour la guerre , sans autre considération ni acceptation que de leur prospérité et de la sûreté de leur Etat, plus ils s'imaginent que je le fais par nécessité : comme si je ne pouvois conserver mon royaume sans eux. De quoi volontiers je prendrois conseil de les désabuser une fois pour toujours , et retirerois tout-à-fait mon épingle du jeu, si je n'avois. autant de soin de la cause publique que j'ai de mon
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intérêt particulier. Vous m'avez donc servi , selon mon désir , d'avoir rejeté leur excessive demande en matière d'argent , avec le ressentiment que vous m'avez mandé. Pareillement je loue votre prévoyance et diligence à découvrir et renverser les desseins contraires et préjudiciables aux miens , ayant remarqué que vous n'omettiez rien à faire pour ce regard , comme je reconnois aussi qu'il est tout besoin que vous fassiez , tant pour les diverses humeurs et fins des gens auxquels vous avez affaire , que pour la qua^ lité de la matière que vous traitez. Mais je me promets qu'enfin l'issue n'en sera que bonrfe et honorable pour moi, de quelque côté qu'elle penche , à la paix ou à la guerre, étant mon b\U tel que vous savez qu'il est, et vous en ayant confié la direction , que Dieu fera prospérer , s'il lui plaît , ainsi qu'il a fait cir devant , par sa bonté infinie et extraordinaire , toutes mes autres actions. Je ne m'arrêterai à discourir et vous écrire mon avis , tant sur lesdits articles du projet de la susdite confédération dressée par lesdits sieurs les Etats, que sur la remontrance qu'ils vous ont faite, dont vous m'avez envoyé des doubles ; car je n'approuve aucunement le style et la forme du premier , et faut, s'ils veulent que j'aie égard à l'autre, qu'ils nvy convient par des effets qui me contentent. Mais, après avoir mûrement considéré l'écrit que vous avez dressé . de l'avis des députés d'Angleterre sur ce sujet, je l'ai trouvé très-bien en la forme et en la matière , et aurai à plaisir quç ledit sieur roi de la Grande-Bretagne fasse d'icelui le même jugement • de qppi néanmoins je doute toujours comme du surpi n§ de §es intentions j car jç remarque. que lui et ses
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ministres , en Angleterre et ici , tiennent des langages qui ne s'accordent avec, ceux de leursdits députés.
Le sieur de La Boderiem'a écrit deux choses: Tune , qu'ils ont trouvé mauvais que leurs gens aient conseillé avec vous , auxdits sieurs les Etats , de se contenter de la ratification du roi d'Espagne ; et l'autre , qu'ils n'entendent faire avec lesdits Etats notre ligue défensive qu'après qu'ils seront tombés d'accord avec les archiducs. Vous pouvez juger par le premier la portée de leur conception , et par l'autre qu'ils craignent plus d'offenser le roi d'Espagne et les archiducs , qu'ils n'ont de désir de conclure ladite ligue. Pour moi j'estime toujours qu'il est meilleur de 1 avancer que la retarder, car c'est jouer au plus sûr pour toutes les parties ; par là vous ferez voir auxdits Etats une sûreté en la paix, ce qui en facilitera l'accord selon notre désir. Nous aurons aussi la nôtre en ce que nous devons et pouvons nous promettre d'eux. De quoi nous demeurerions incertains si nous attendions à traiter , après qu'ils auront fait leurs affaires avec les archiducs , lesquels , non plus que le roi d'Espagne , ne seront mieux édifiés et satisfaits du traité que nous ferons après la paix , que de celui qui l'anticipera , joint qu'ils ont déjà , par leur suspension d'armes , reconnu les Etats pour gens libres, sur lesquels ils ne prétendent rien. Que l'avancement de notredite ligue ne doive auxdits Espagnols et archiducs retrancher aucunement les espérances et considérations qui les ontmus d'entendre audit accord , je n'en doute point ; mais je les vois si avant engagés en ce traité, et si désireux de le conclure, que je n'ai ps opinion qu'ils délaissent pour cela de passer outre,
mêmement si nous faisons ladite .ligue, autant pour nous entresecourir et assister en cas de guerre, comme en celui de paix, ainsi que nous projetons. Àumoyen de quoi je conclus que nousdevons résoudre ladite ligue et confédération plus Ut que plus tard , devant que lesdits Etats aient arrêté entièrement leur traité avec lesdits Espagnols et archiducs. Toutefois vous devez faire que les Etats en soient les requérans et principaux poursuivans , tant pour la dignité et réputation qu'il faut toujours retenir de notre côté , que pour la faire trouver meilleure à eux-mêmes, et aussi y porter plus facilement les Anglais , lesquels je prévois se rendre très-difficiles,tantpar inclination que pour nous contredire. Nous devons craindre aussi, quand lesdits Anglais sauront que lesdits Etats auront parfait ledit traité avec lesdits Espagnols et archiducs , qu'ils traversent ladite ligue , et qu'ils s'entendent sous main avec ceux-ci pour cet effet, voire qu'ils empêchent méfie que je n'en fasse une à p^rtavec les Etats , lesquels, ayant lors leur compte, seront peut-être moins affectionnés et désireux d'y entendre qu'à présent, quand ce ne seroit que pour n'offenser le roi d'Angleterre ni leurs douveaux anys. Néanmoins je remets toutes choses à votre jugement, auquel j'ai entière confiance. Or j'ai avisé de promettre et accorder auxdits Etats , par mondit traité , de les secourir , *en cas de rupture et d'infraction de celui qu'ils feront avec les archiducs en la forme portée par votredit projet , de six ou huit mille hommes de pied françois , qui seront par moi choisis, fournis et soudoyés , autant de temps que les Etats en auront besoin, pourvu, et non autrement , qu'ils s'obligent de leur part y si mon royaume est
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assailli, de m'assister et secourir pareillement en vaisseaux de guerre , dont le moindre sera de trois à quatre cents tonneaux, ou en argent, à mon choix, à proportion de la moitié de la dépense à laquelle reviendra mon susdit secours de six ou huit mille hommes de pied, payés suivant les appoirttemens et soldes ordi^ naires de mon royaume , portées par les Etats , dont je vous envoie des doubles. T'entends aussi que le roi d'Angleterre s'oblige , par le même traité , de donner un secours auxdits Etats , sinon égal du tout au mien , au moins approchant d'icelui, soit en hommes ou argent, ainsi qu'ils conviendront ensemble; et, s'il est moindre que le mien, que celui que les Etats nous accorderont , soit aussi proportionné à la rate de l'un et de l'autre. Et quant au mutuel et réciproque secours que le roi d'Angleterre et moi aurons à tirer l'un de l'autre, en cas.de guerre, j'estime que nous devons suivre et confirmer ce qui a ci -devant été convenu entre nous, le trentième jour de juillet 1607, lorsque raoa . cousin , le duc de Sully , passa en Angleterre pour visiter de ma part ledit Roi , et me conjouir avec lui de son heureux avènement à la couronne dudit pays , dont vous aurez ici une copie collationnée sur l'original signé de la main dudit Roi. Il sera besoin seulement de spécifier la solde qui sera donnée aux gens de guerre et aux capitaines, pilotes et mariniers des na« vires dont sera composé ledit secours mutuel, comme du port desdits navires , afin que tout s'accomplisse de bonne foi et sans difficulté, quand il écherra de ce faire. Mais si le roi d'Angleterre faitdifficulté d'entrer, dès à présent, en ce traité de ligue défensive, sous prétexte de ne vouloir offenser lesdits Espagnols et lea
archiducs, et de ne vouloir contrevenir au traité dernier qu'il a fait avec eux, et partant qu'il persiste de vouloir voir devant ce qui réussira de celui desdits Etats avec ces derniers , je veux que vous ne délaissiez d'arrêter et conclure , dès à présent , la confédération avec les Etats , afin que je ne demeure davantage à la discrétion des é vénemens , joint que j'ai grande occasion de me défier de la volonté et constance dudit roi d'Angleterre , pour la perfection de ladite ligue en la forme qu'elle doit être et que vous l'avez projetée , encore que ses députés aient fait contenance de l'approuver, mémement quand il verra les Etats d'accord avec les archiducs. .N'en remettez donc la résolution après ledit accord, si vous la pouvez anticiper, et ne laissez, pour ce que je vous mande, de faire votre possible pour y faire joindre et entrer en même temps lç roi d'Angleterre ; car la partie en sera toujours plus forte et estimée, quand elle sera composée dé trois ensemble et sans séparation. U sera bon de donner aux autres rois , princes , potentats , communautés et villes qui voudront y entrer, six mois de temps. Il faut aussi déclarer et spécifier par le susdit traité de ligue , au cas qu'en un même temps l'on fasse la guerre aux trois ou aux deux co-alliés ensemble , quelle sera l'assistance que nous nous entre-donnerons , comme vous verrez, par les articles dudit sieur de Sully, qu'il a été spécifié entre moi et ledit sieur roi d'Angleterre. Il me semble qu'il sera bon de prendre ce pied. Quant au partage des conquêtes sur l'ennemi commun , j'approuve ce qui en est porté par votre dit projet, comme je fais tous les autres articles d'icelui qui ne sont contredits par la précédente : mais il est nécessaire que nous
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sachions , devant que de conclure ledit accord , ce qite Ton prétend faire des villes d'otage que gardent les Anglais; car s'il faut qu'elles demeurent en leurs mains* leur roi sera grandement avantagé par - dessus moi 9 tenant et ayant en son pouvoir deux places si importantes. Éclairtissez - moi de ce point, car je le juge digne de grande considération. À quoi j'ajouterai qu'entre plusieurs raisons <jui me meuvent d'offrir et fournir auxdits Etats le secours duquel nous conviendrons plutôt en hommes qu'en argent , c'est que je ne veux pas que mon argent soit employé à entretenir lesdits Anglais ni autres gens de guerre que ceux de ma nation , et à plusieurs autres dépenses dudit pays , comme je sais qu'il a été ci-devant.
fentends aussi , avant que les Etats s'accordent avec les archiducs et les Espagnols , s'il faut que je les secoure de quelque chose pour une ou deux années , que ce soit en hommes et non en argent , comme de trois ou quatre mille hommes , en deux ou quatre régimens à mon choix-, car c'est de quoi ils auront plus de besoin pour conserver leur Etat et les garantir des entreprises et surprises que Ton y pourroit faire ; ne pouvant approuver ni consentir , comme j'ai dit , que mon argent serve à autres frais et moyens à récompenser ou contenter les capitaines et autres qui seront licenciés ou retenus en service par les Etats après ledit accord. Je. présuppose et entends aussi, accordant ce dernier secours pour un ou deux ans , que ledit roi d'Angleterre sera content de leur en octroyer un, sinon égal au mien, du moins approchant d'icelui, moyennant quoi il sera facile auxdits Etats de munir leurs places de forces suffisantes pour les garder de
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surprise , y contribuant et coopérant de leur part ce qu'ils doivent & la conservation de leur liberté et Etat; mais il faut aviser si le roi d'Angleterre accordant le susdit secours, pour ledit temps demandé, qui soit par prêt , et partant que lesdits Etats s'obligent à la restitution de l'argent qu'il y mettra , si nous devons faire pareille instance. Il me semble que j'y serai encore mieux fondé que lui, principalement s'il demeure nanti desdites places ostagères. Au moyen de quoi vous y prendrez garde et me servirez en cela le plus à mon avantage qu'il vous sera possible-, vous déclarant , si lesdits Etats acceptent ladite assistance durant lesdites deux années, en hommes telle que je la leur offre, que j'insisterai moins audit remboursement que s'il falloit la fournir en deniers. Sachez aussi s'il faut , pour plus facilement engager le roi d'Angleterre audit secours pour lesdites deux années, que je fournisse en argent sa quote part , que je m'y disposerai , à la charge de le compter ef rabattre sur ce qu'il prétend que je lui dois. Toutefois mettez peine de parer ce coup, si faire se peut, et n'en lâchez la parole qu'à l'extrémité, et quand vous connoîtrez ne pouvoir m'en garantir.
Or , s'il avient que les Etats ne tombent d'acqprd avec les archiducs , et partant soient contraints de re* prendre les armes et recommencer la guerre , en ce cas je suis content de les assister, durant le temps que vous limiterez et conviendrez avec eux et les députés du roi d'Angleterre , le double de ce que ledit Roi accordera;* comme s'il y veut entrer pour cinq cent mille livres par an , j'en exposerai un million , soit en gens de guerre ou en argent, à mon choix, par forme
de prêt ou de don , ainsi qu'il sera convenu entre nous. Mais je ne voudrois que le roi d'Angleterre en fut quitte seulement pour des promesses , et partant que demeurasse leur engagé audit secours , comme peutêtre seroit l'intention des Anglais , et , pour ce faire offrir une grande somme , que la mienne seule fût suffisante pour soulager lesdits Etats, et les contenter sans débourser et fournir la leur, et par ce moyen rejeter sur moi seul ce fardeau; chose que je ne veux aucunement consentir ni endurer. Mais j'ai bien opinion que le roi d'Angleterre n'entrera qu'à l'extrémité en la susdite obligation pour la reprise et continuation de la guerre. Je pense pareillement que nous devons avoir le même but-, car plus je considère quels sont les accidens qui peuvent naître de «ladite guerre pour le présent et pour l'avenir, plus j'y remarque de péril pour lesdits Etats et ceux qui s'y engageront avec eux. Toutefois, s'ils ne peuvent obtenir de leurs adversaires des conditions de paix raisonnables et sûres , ils ne seront abandonnés de moi en leur juste guerre , non plus qu'ils ont été ci - devant , pourvu aussi que le roi d'Angleterre soit de la partie, et qu'il porte sa part du secours duquel ils auront besoin , comme il est raisonnable. Dont vous pourrez dire qu'éh cas 'de guerre je doublerai l'offre que leur fera, le roi d'Angleterre aux conditions susdites.
Souvenez - vous aussi du commandement que je vous ai fait pour le décompte efla reconnoissance des sommes desquelles j'ai ci-devant et jusqu'à présent secouru les Etats , afin qu'il soit pourvu à la sûreté du remboursement d'icelies , suivant ce que je vous ai ordonné en partant, et l'ouverture que je vous
ai depuis faite par la dépêche que vous a portée l'àbbe de Préaux. La demande est si équitable que je me promets que lesdits sieurs y satisferont, en une sorte ou autre-, pour, quoi faire, je m'accommoderai toujours autant que je pourrai à l'état de leurs affaires.
Et , quant à la fourniture du dernier quartier du secours de la présente année , sadhez qu'il n'a été fait aucune promesse à leur député de deçà , pour l'avancer comme vous avez écrit qu'il a mandé par delà; mais il en sera usé ainsi que je vous ai fait savoir par mes précédentes , avec déclaration et protestation; Toutefois , si lesdits Etats prolongent leurdite cessation d'armes pour un an ou pour plus de trois moisi , comme l'on m'a avisé qu'ils ont fait ou délibéré de faire , non-seulement je retarderai ladite partie , mais qu'ils ne doivent s'attendre à la continuation de la même assistance pour l'année prochaine ; car je né veux consumer mon argent en faveur d'une telle prolongation , qui ne servira qu'à les décevoir et empirer leurs affaires , comme je vous ai prédit. J'entends aussi , s'il faut rentrer en la guerre et que les Etats tirent de moi la susdite assistance , qu'ils me promettent aussi , par acte valable , de ne traiter à l'avenir paix ni trêve, ou autre accord, sans mon consentement par écrit , signé de ma main et scellé du cachet de mes armes , pour ne retomber ci-après en la même surprise en laquelle je me suis trouvé lorsqu'ils ont fait leur cessation d'armes sans moi;
Vous demandez si j'aurai agréable, au cas de guerre, de m'obliger par contrat au susdit secours desdits Etats, ou si j'entends en user comme j'aifait ci-devant* Je vous avise que je ne refuserai ladite obligation si elle est
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jugée nécessaire, et si le roi d'Angleterre y vçut entrer; car, comme je veux assister de bonne foi et sincèrement lesdits Etats , je ne ferai de difficulté de leur en donner les sûretés , qui seront estimées nécessaires pour encourager et contenter leurs peuples , sachant que , comme lesdits Espagnols et archiducs sauront la vérité dudit secours, en quelque forme qu'il soit donné, le mauvais gré qu'ils nous en sauront sera toujours semblable -, joint que nous le pouvons dès à présent justifier, sur la déclaration de liberté et souveraineté que les Etats ont obtenue desdits archiducs par le traité de ladite cessation d'armes. Toutefois , si vous pouvez obliger audit secours le roi d'Angleterre , par antre voie que par contrat , j'aurai agréable que nous «n soyons exempts ; partant je remets le tout à votre jugement -, mais je prévois , si les Etats ne modèrent leurs prétendons, et retranchent les espérances que j'entends qtTils ont conçues de s'avantager, par lé traité de ladite paix avec les archiducs, qu'il sera difficile qu'elle réussisse. J'estime aussi que les archiducs aspireront plutôt à une trêve de longues années, laquelle je ne suis pas d'avis que les autres rejettent , en cas qu'ils ne puissent obtenir une paix absolue. Et quant à l'article qui concerne leur souveraineté et liberté , ils doivent faire leur possible pour l'obtenir avec tontes les clauses les plus avantageuses et honorables qu'ils pourront ; mais , en cas de refus , je suis d'avis qu'ils consentent de l'avoir tel qu'il a été accordé par ladite cessation d'armes, plutôt que de rompre et rentrer en guerre , car il est suffisant assez s'ils donnent bon ordre à letr gouvernement et affaires , pour , avec le temps, justifier et assurer le droit de liberté t. i3. 4
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et souveraineté , qui se fortifiera où décherra selon la félicité ou infélicité de leursdites affaires*
Le principal et plus essentiel point auquel ils doivent .donc penser et pourvoir maintenant, est à la forme de leurdit gouvernement apr^s ladite paj^, au moyen de maintenir la réputation de leurs armes et puissance, par mer et, par terre, en .paix çoirçme ils ont fait en guerre , et à se munir et fortifier daims , en intéressant leurs voisins à leur conservation , comme je vous ai amplement écrit, par mes précédentes. Enfin le pire conseil qqp le% E^ puisse^ prendre , est de retarder e\ allonger cette négociation pour les raisons qui sont notoires à tous, partant, opposez-vous-y tant que yous poyrrçz, vous servant de ma protestation susdit^ sur la continuation de mon secours , ainsi quejeypps ai dit cidevant.
J'ai vula lettre que l'Empereur a écrite auxditsEtats, à laquelle j'estime qu'ils auront peu d'égard. Toutefois, comme ces peuples sont sujets à changer d'avis 9 vous devez continuer k observer toutes choses qui surviendront de cette part ou autre , sans rien négliger non plus que vous avez fait teès-prudemjBçftt et à mon contentement jusqu'à présent. A tant, je prie Dieu , messieurs Jeanpin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde. Henri.
Etplusb^s, Brulart. .
Ecrit à Paris , le 8 décembre 1607.
bu Président mirai»* fit
Lettre de M* dcFiUeroy à M. Jeanmn, dudit jour •
8 décembre. 1607*
M onsiEtJB , vos lettres duviàgt-sixième du raoià passé ont fortcontenté le Roi, pour le regard de ce qui vous concerne $ mais il n'en est pas ainsi du procédé de ces messieurs , jion-seulement • envers lui , mais en leurs propres affaires ; dé quoi Ton peut accuser aucunement la constitution et forme de leur Etat et gouvernement , mais davantage là diversité et contrariété des opinions de ceux qui y régentent ; de quoi il faut' que leurs amis se ressentent ; qui est ce qui jk fiché le Roi , avec la considération du bien qu'il leur souhaite. Or , plus leurs demandes sont excessives et inciviles , moins favorablement seront-elles exaucées de nous» Vous apprendrez de la lettre de Sa Majesté à quoi elle a réduit ses offres, vous faisant certain de ses volontés sur tous les points que nous avons colligés des vôtres» et rassemble si clairement que vous n'avez à désirer de moi aucune chose. Nous avons trouvé votre projet bien considéré et mesuré, sans avoir rien laissé à désirer ni changer pour ce regard ; mais nous avons jugé celui de ces messieurs, en la forme et en la matière, défectueux et impropre pour l'oeuvre que nous prétendras parfaire : donc nous nous attacherons au vôtre; mais nous doutons s'il sera approuvé d'Angleterre , car ce sont esprits pointilleux et glorieux , qui trouvent à redire à tout ce qui, ne sort d'eu? , et toutefois ne font rien qui vaille. M. de La Boderie vous, aura écrit les propos que le roi d'Angleterre et le comte de Salisbury lui ont tenus sur le sujet dr
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cette ligue : croyez qu'ils en reculeront la résolution tant qu'ils pourront; et, après que la paix desdites provinces sera arrêtée , ils la reculeront de même sous prétexte toutefois et faisant toujours démonstiytion d'eu Vouloir être; C'est pourquoi nous désirons l'avancer, et seroit même expédient d'en faire en même temps une autre pour la guette, en faveur desdites provinces v-^ca* celle-ci serviroit à disposer davantage les archiducs à la paix, et partant passer par dessus l'appréhension et le déplaisir qu'ils recevront de Vautre, et le dégoût qu'elle pourroit leur donner de ladite paix. Pensez-y , je vous prie j et me semble que ne devons nous arrêter au mécontentement qu'en auroient lesdits archiducs et Espagnols; car je crois que Ton ne peut rien ajouter k leur indignation pour ce regard; et si l'article de la souveraineté et liberté, accordé par la cessation d'armes , peut aucunement aider à couvrir et justifier notre action en cet endroit ; mais, sans doute , les Anglais refuseront d'y entrer , car ils ont des fins toutes contraires aux nôtres. Leur ambassadeur continue à poursuivre le remboursement de leurs dettes prétendues , dont ledit sieur de Salisbury a redoublé aussi depuis peu la plainte et instance avec plus de nécessité, par mon avis, que de considération -, maïs nous sommes bien délibérés de voir la fin jle nos négociations devant que d'y répondre pins catégoriquement. Bien vous puis-je dire que si le roi d'Angleterre veut entrer en Tune et en l'autre confédération , que nous pourrons nous accommoder à payer sa quote part avec la nôtre, en déduction et acquit desjdits dettes ; mais il désire plus ce remboursement pour s'en jouer que pour &n servir. A quoi vous
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Terrez bientôt clair , et prenez pour signe de confirmation de ce mien soupçon si ses gens tendent à ce retardement desdits traités.
Les propos que vous avez tenus au sieur de Barneveldt et au prince Maurice et au comte Guillaume, ont été bien reconnus et loués du Roi , lequel» certes , voudrait pouvoir faire pour le deuxième ce que vous proposez. Partant c'est bien servir Sa Majesté de parler en ce sens audit pjince Maurice et aux siens , lesquels Sa Majesté doit pour toutes bonnes considération! fortifier , élever et supporter , ce qu'elle aura très-agréable que vous fassiez v s assurant que vous n'y avancerez rien que bien à propos. Mais je vois peu d'apparence d'appréhender maintenant la conjonction du roi d'Espagne avec le prince Maurice, lui procurant cette dignité, pour les raisons déduites par votre dite lettre.
De quelque côté que vous tourniez les affaires , vous trouverez que ce fruit n'est encore mûr ni prêt à cueillir pour ledit prince Maurice ; toutefois ce serait imprudence de l'en dégoûter ou désespérer. Par la réduction que nous faisons à présent du secours que vous avez proposé de donner pour deux ans aux Etats , vous jugerez du naturel de Sa Majesté et de ceux qui l'assistent; car lui et eux ne manquent de bonne volonté, ni de connoissanoe de l'importance de l'affaire ; mais ils estiment qu'il n'y a rien à perdre à ne dire oui du premier coup. Or» selon que messieurs les Etats dresseront leurs affaires et se conduiront à l'endroit du Roi, en ses traités , ils seront aussi favorises et satisfaits de son côté. Bâtissez sur ce fondement, sans toutefois nouf ^engager à plus que ce que
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fon vous permet' sans nouvel ordre , car, suivant ce chemin , ce que vous remontrerez ou conseillerez , sera mieux reçu; mais n'es ti niez pas que la sortie dû comte de Tiron rende le roi d'Angleterre plus enclin à faire là guerre que de coutume. Cela Ta un peu' ému du commencement , mais il en est maintenant revend ; car ses gens lui disent qu'il vaut mieux pour lui qu'il sôlt hors du pays qu'en Irlande , et qu'il y fera moin1* de mal. Je le crois ainsi. Ledit comte s'en va à Rome mendier sa vie , où il trouvera des esprits plus adonnés à leurs intérêts et vanité qu'à sa consolation.
Je redoute et appréhende bien plus un renouvellement de querelle entre le Pape et les Vénitiens; car "depuis l'attentat tenté contre ce frère Paule, les cœurs sont grandement altérés de part et d'autre ; et semble que Dieu ait ordonné un scandale de ce côté-là , qui aura suite très-dangereuse en la chrétienté , dont se prévaudra sahs doute le roi d'Espagne , s'il peut une fois se délivrer de la guerre des Pays-Bas, et le Pape lui en donnera l'absolution volontiers pour un tel effet. Ledit Roi a retenu tout l'argent de la dernière flotte qu'il a voit assigné , et a fait un décret sur le paiement de ses dettes , qui a fort alarmé tous ses créanciers et marchands, partisans, et même le marquis Spinola, Quand ses prédécesseurs vouloient exécuter quelque entreprise de conséquence, ils usoient ' de pareils moyens. C'est pourquoi l'on soupçonne que celui-ci a le même but ; mais ceux qui savent l'Etat présent d'Espagne, ne font ce jugement; ils attribuent le tout à la nécessité de leurs affaires* et à un désir de les ménager mieux à l'avenir , qu'ils n'ont fait ci-de-
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vaut , pour mieux gaudir du repoâ et de la grandeur de leur Empire. Ils parlent toujours toutefois d'entreprendre en Afrique , en faveur de l'un des en fan s du dernier prince ; maïs faisons nos traités où vous êtes, et tout cela s'évanouira, sans que nous y ayons dommage ni lès Etats non plus, s'ils nous veulent croire. Si le pouvoir que le sieur de Sainte-Catherine vous a porté n'est tel qu'il doit être, je le corrigerai, me le mandant. Vous ne pouvez déconseiller les Etats d'admettre un ' Espagnol en la conférence qui doit être tenue avec ceux: du pays- que l'archiduc commettra. On dit que le marquis de Spinola prendra cette place, de quoi vous serez tôt éclaircis , puisque ces messieurs ont promis de déclarer leur délibération dedans le vingtième du présent. L'on nous a écrit de Bruxelles que lé Côrdelier a porté le consentement desdits archiducs , d'abandonner l'original de la ratification espagnole auxdites provinces sans tirer la contre-promesse qu'il avoit demandée , et qu'il a été convenu entre lesdits archiducs et Etats que les choses demeureront entre eux en l'état auquel elles sont, jusqu'à ce qu'autrement en soitqrdpnné , sans faire autre prolongation de trêve. A quoi toutefoiséquipole ledit accord, puisque les choses dépendront, pour ce regard, de la volonté des parties, lesquelles déclareront et prolongeront les affaires, comme bon leur semblera; dont nous nous donnerons moins de peine, pourvu que l'on ne prétende toucher cji-après à notre bourse , en nous entretenant de paroles ,. incertitudes et irrésolutions , comme l'on a fait jusqu a présent. Nous reconnoissons les peines et travaux que nous avons rencontrés en vos négociations pour la
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variété et diversité des esprits auxquels vous avez affaire , et la qualité des matières- que- vous traitez ; mais nous espérons que vous surmonterez toute» choses, par la prudence et intégrité dont vous procédez en toutes vos actions, que nous savons vous avoir jà acquis telle créance et pouvoir par delà que votre vertu le mérite; En tous cas, nous croyons que ce que vous ne ferez pas ne le pourroit être par autre > quel qu'il soit Au reste, je vous remercie de la continuation des faveurs qqe vous départez à mon neveu de Préaux , et vous prie de le mettre en besogne , et le nous envoyer par deçà quand il se présentera sujet digne de sa portée; et vous augmenterez les obligations que vous avez sur lui et sur tous les siens, particulièrement et spécialement , monsieur , sur votre très-affectionné serviteur et assuré ami.
de Nëufville.
A Paris , ce Huitième jour de décembre 1607.
Autre lettre dudit sieur de JFïltcroy à M. Jeannin, dudit
jour 8 décembréiôo'].
Monsieur , nous estimons qu'il suffira à présent de faire paroître que le Roi est content et prêt d'entrer en Taffaire , en cas de refus du traité de paix , sans toutefois s'y engager plus avant; car ladite contenance fortifiera le courage du prince Maurice et de ceux qui redoutent ce traité de paix , découvrira l'intention interne du roi d'Angleterre et des Anglais, et pourra favoriser ledit traité envers les archiducs , lequel appréhendera le traité du roi de France, de celui d'Angleterre et de messieurs les Etats contre le roi d'Es-
BU PRÉSIDENT JEÀIfMtf. ty .
pagne et sa suite. Nous tenons pour certain que les archiducs accorderont la paix, ou plutôt une trêve à longues années, le conseil d'Espagne étant résolu. Nous voyons aussi que le Pape la désire et conseille, comme s'il avoit dessein . après cela d'embarquer le roi d'Espagne contre le Turc ou contre les Vénitiens , desquels il se plaint plus que devant ; et si je ne vois pas que ceux-ci se mettent en peine extraordinaire de le contenter.
On discourt quç le fonds d'argent que prépare ledit Roi doit servir à tels effets, comme à intimider les Provinces confédérées , afin de favoriser lesdits archiducs en leur traité. Quant à la lettre de l'Empereur auxdites Provinces , encore qu'elle ne soit à présent de grande efficace envers le général, toutefois elle servira à ceux qui ne seront contens de ce qui se conclura , pour brouiller. Il semble que cette diète impériale soit encore retardée , puis que l'Empereur n'y comparoîtra en personne , mais seulement l'archiduc Ferdinand $ je n'ai pas opinion aussi que les électeurs s'y trouvent que par leurs députés , et partant qu'il se résolve chose d'importance hors l'Empire ; à quoi toutefois nous prendrons garde.
Le Roi a eu les rosiers de M. de Waudrenecq , qui lui ont été agréables. Il se porte très-bien. Il a donné à M. de Jambe ville l'office de premier président de Rouen, qui a vaqué ces jours passés. L'on lui a ramentu vos services sur cette occasion : il a répondu qu'il vouloit mieux faire pour vous; et, certes , il montre d'être de jour en autre plus content de vous, et mieux reconnoître vos services et mérites. Au reste , nous vivons ici à l'accoutumée. M. de Sully a perdu son
second fils, qu'on avoit accordé avec la fille de M. de Schomberg , dont il a reçu grande affection , ni plus ni moins qu'a fait M. de Bouillon de sa fille aînée , décédée à Paris d'une espèce de maladie contagieuse, depuis quatre jours. Vous devez savoir aussi que le prince de Gondé se conduit assez mal envers Sa Majesté , marri de quoi il ne lui a été promis de visiter Rome. Si cela continue et que le prince ne s'amende , il en arrivera du mal en une sorte ou autre , ce que vous ne direz, s'il vous plaît, à personne, et pour cause.
Je salue vos bonnes grâces de mes très-affectionnées recommandations. Je prie Dieu , monsieur , qu'il vous conêerye en bonne santé.
De Paris , ce huitième jour de décembre 1607. - Votre très, etc. de Neufville.
Lettre de M. de La Boderie à M. Jeannin , dudit jour
8 décembre .1607.
Monsieur, celle du vingt-cinquième novembre , que vous m'avez adressée par la voie du sieur Waudrenecq , m'est encore arrivée fort sûrement. Dieu Veuille, et je l'espère , que celles que je vous ai écrites, des dix-sept et vingt-troisième du même mois , et premier décembre, aient fait le même. Si ainsi est , vous aurez été à mon opinion plus préparé à ce que vous aurez depuis reçu ou recevrez bientôt des députés anglais , sur la conclusion de cette ligue dont est question. En effet , ils ne veulent point de nous 9 et je ne les vois rii si beaux, ni si bons que nous nous en devions donner grand martel : que je ne crusse
DU PKÉSIDfeNT JEANNI5. 59
pourtant que notre conjonction ne fût honorable et avantageuse 4 l'un et à l'autre, si fais ;• mais elle excéderait encore de leur côté, vu le train que prennent leurs affaires ; et an partir de là , tout ce que nous y saurions contribuer ne sont que des Vœux , puisque reflet de tout cela dépend des maîtres. Ils témoignent en tout ce qu'ils font ici une si grande crainte d'irriter Espagne , que cela est la seule cause de ce qu'ils traitent si mal leurs amis-, et la rétribution qu'ils en auront, sera que j'ai peur qu'ils éprouveront, et possible plus tôt qu'ils ne croient , celui qu'ils craignent tant de rendre tel > et que leurs amis ne les connoîtront plus à leur commandement. Je me suis un peu étonné devoir, par la lettre, que leurs députés aient pressé le projet de cette ligue offensive entre nous tous , et la clause nommément que vous me remarquez y avoir insérée par la prière qu'en auroit faite le sieur Wi- - nood à M. de Bameveldt , vu que cela est tout contraire à ce que je reconnois par deçà ; mais il faut que ledit sieur Winood et son compagnon ne connoissent tant leur maître et ceux qui gouvernent, comme je fais , ou bien qu'ils' aient fait les fins pour découvrir ce que nous voudrions. En tout cela, comme j'ai dit, je ne. Vois mal que pour eux ; car, pourvu que nous demeurions bien avec les Etats* et s'il se peut faire et , comme il y a grande apparence , mieux qu'eux , il se trouvera finalement qu'ils auront fait les fins sans l'avoir été.
Je plaignois votre solitude par ci-devant ; mais maintenant que vous allez voir tant d'ambassadeurs de toutes parts, je vous plains moins. Vrai est-il qu'il vous sera difficile d'esquiver l'importunité de
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quelque? blindes ; mais je suis bien d'opinion que vous prierez M. de Russy de vous secourir en cela , puisqu aussi biea il .est d'une frontière où Ton sait s'en escrimer. Je lui baise les mains et à vous trèshumblement, et demeure r monsieur, votre trèshumble et plus. affectionné serviteur, LàBoderie. A Londres , ce huitième jour de décembre 1607.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy, au Roi, du g décembre 1607.
Sire,
Le sieur de Sainte-Catherine arriva en ce lien le troisième de ce mois, avec la réponse de votre Majesté à nos lettres du vingt-septième d'octobre et sixième novembre. Elle aura depuis reçu celles que lui avons écrites par le sieur de Monceau, que craignons lui avoir apporté peu de contentement , pource qu'elle contenoit lademande excessive des Etats pour la ligue en casr de pai* , Qt lés voyages du Cordelier : deux actions ensemble qui lui pouvoient donner du soupçon qu'il 7 eût quelque chose de pis, dont nous n'étions exempts, lors encore que pour ne trop travailler l'esprit de votre Majesté, nous eussions plutôt essayé de les diminuer que représenter au vrai. Or le temps nous en a si bien éclaircis , qu'il ne . nous en reste plus rien , et pouvons assurer votre Majesté > encore que leur conduite en cet endroit n'ait été assez considérée , que l'intention n'a point été mauvaise , et que cette, demande excessive est sortie de l'invention du sieur de Barneveldt , qui a pensé que l'espérance de ce bienfait , joint à la ligue , uniroit plus aisément toutes les Provinces au désir de rechercher la paix ,
DU PRÉSIDENT JEANNIN. 6l
qu'aucunes rejetoient , et qu'ils ne laisseraient pourtant de se contenter à beaucoup moins. -
Ce qu'il y a de plus fâcheux en eux tous', est qu'on ne peut faire prendre à ce corps , composé de tant de pièces, les conseils et résolutions qui sont nécessaires pour leur bien , avec la célérité que l'état de leurs affaires requiert; car leur façon de procéder a des longueurs et circuits de soi-même , leurs ennemis y en apportent encore avec artifice , dont ils ne savent pas se garder , d'autant que ceux qui désirent la paix trop ardemment, craignent tant de rompre , qu'ils aiment mieux se laisser tromper par cette longueur, que perdre l'espérance de la paix tout à coup. Et , combien que ce conseil soit le plus dangereux , nos prières et remontrances de leur intérêt et des grands, inconvéniens qui peuvent arriver à cette occasion , ne sont toujours d'assez grande efficace pour lesendé tourner. Ce n'est pas la contradiction du prince Maurice qui est cause de ce mal , quoiqu'on ait dit à votre Majesté qu'il cherche tous moyens de rompre la paix, même avec violence s'il est besoin, et en prenant les conseils désespérés ; n'ayant vu aucuns mouvemens en lui qui approchent de cette fureur; au contraire , il est sage et modéré en tous ses conseils et déportemens , souffrira sans doute la paix , encore que soit à regret , ne s'y opposera point , et se conformera du tout aux résolutions dés Etats et aux avis que lui donnerons. Il nous Ta dit et protesté plusieurs fois , l'a fait jusqu'ici , se contentant de dire son avis sans aucune aigreur , et avons raison de croire qu'il y continuera. Il n'est point mal non plus avec le sieur de Barneveldt , lequel le respecte
(fa NÉGOCIATIONS >
bien fort , et confère couvent avec lui sur les affaires publiques 5 .non que veuillons dire qu'il* soient du tout bien unis , mais assez pour ne pas craindre que leur dissension soit de quelque préjudice à l'Etat*, et peut-être n'est-il pa? nécessaire qu'ils soient mieux » afin que le prince Maurice serve toujours de contrepoids pour retenir ceux qui voudraient courir trop inconsidérément à la paix, ou penser à faire .chose qui, soit an préjudice du contentement et service de votre Majesté; non que nous. en. ayons à présent aucun doute , mais on doit . 9e défier de tout en la conduite d'une affaire si importante , jusqu'à ce qu'on soit à la fin. Quelle croie donc, s'il lui plaît, que la paix ne sera point rompue de son côté , ni par autre du. coté des Etats , et que si cette rupture avient , que leurs ennemis en seront cause , non eux.
flous craignons plus qu'ils ne soient pour consentir à la continuation de la trêve pour l'année prochaine que toute autre chose ; car nous y voyons déjà quelque commencement d'inclination ; et, si on n'y prend garde pour leur faire mieux employer le temps qu'ils n'ont fait du passé ni par notre faute , mais par la leur et par la tromperie de leurs ennemis , ils s'y trouveront portés. par nécessité, pource que lesdits Etats, qui doivent être assemblés le dixième de ce. mois , n'y seront tous pour traiter d'affaires avant le quatorze ou quinze, n'enverront le vingtième, comme ils ont promis , vers les archiducs , mais environ le vingt-cinquième seulement , pour les avertir de leur résolution , qui sera de traiter comme nous estimons ; et notre avis sur la validité de la ratification servira beaucoup pour les induire à prendre ce conseil
DU PRESIDENT JEÀNNIN. 63
Les archiducs , de leur côté , n'enverront aussi leurs députés , la résolution étant prise .de traiter plus tôt que vers le septième ou huitième janvier \ outre ce qu'ils n'ont envie de traiter à bon escient > mais de tirer la négociation en longueur , auront tant de moyens dp le faire , et ceux qui craignent la rupture s'y accommoderont jsi volontiers , qu'il n'y a rien dont nous soyons plus pn peiné et conférions plus souvent avec le sieur de Barne yeldt et les autres qui ont charge des affaires^ que de ceci, pour leur en faire considérer le$ inconvéniens. On nous a voit même avertis qu aucuns voulaient encore soutenir qu'on ne devoit point traiter sur la ratification en* voy ée d'Espagne , mais leur donner, temps pour en faire venir une autre. Qr nous avons tant contesté que chacun rejette maintenant cet avis. Le sieur de Barneyeldt sembloit avoir eu au commencement quelque inclination à cette trêve*? ; se défiant qu'ils se pussent préparer à la guerre si à coup , et se plaignant de ce que les Anglais et nous ne leur avons rien offert qu'en général, Et à la vérité, s'ils n'y pensent autrement et demeurent toujours en l'incer-r titude où ils. sont attachés, à cette seule espérance de paix , la trêve leur deviendra si nécessaire qu'ils la recevront en grâce de leurs ennenns , lorsqu'ils la voudront accorder. C'est, pourquoi nous les pressons tous les jours, d'y travailler entre .eux $ et ponr nous * que ferons notre devoir assez: à temps et qjiand ■ il sera besoin, leur ayant fait connaître, çt particulièvement au sieur de Barneveldt , qpe nous, trouvons tous cette trêve si mauvaise et dangereuse pour eux, que s'ils la faisoient pour plus de temps qu'il qe $çra
requis pour traiter , ils n'y deyoient espérer aucun secours de votre Majesté, craindre aussi d'être abandonnés .de leurs autres amis et divisés entre euxmêmes; en sorte qu'il approuve du tout notre avis, et dit qu'il faut traiter promptement ou rompre , alléguant lui-même aux autres les inconvéniens de cette longueur. Il vint au logis du président Jeannin, il n'y a que trois jours , où il conféra avec nous sur ce sujet assez long -temps; nous donna de nouvelles assurances de son affection envers votre Majesté , et que les effets nous en rendroient des témoignages si suffisans et assurés qu'aurions occasion de l'en louer et de nous y fier du tout.
Les députés d'Angleterre continuent aussi à nous dire les mêmes propos que du passé , et qu'ils attendent nouvelles de leur maître, de la dépêche qu'ils ont faite sur le sujet de la nôtre , envoyée à votre Majesté par le sieur du Monceau, qui contient en substance les discours qu'avons eus par ensemble touchant la ligue pour la paix, suivant le projet d'icelle; le secours demandé par les Etats au cas qu'elle se fasse , et celui pour la guerre si elle continue : nous assurant encore que leur Roi a agréable cette ligue entre les Etats , eux et nous. Bien étoit-il vrai qu'aucuns de son conseil estimoient qu'il seroit plus à propos de la différer jusques après la paix, poûrce que les Provinces-Unies ne peuvent être rendues capables de traiter, sinon lors , n'étant à présent libres pouf le faire. Sur quoi leur avons répondu, puisqu'elle ne se fait sinon pour avoir lieu au cas que la paix s'en ensuive , que c'est tout autant que si elle étoit faite après la paix , et que la faisant devant , elle apporte-
DÛ PîlÉSlDEttT JEÀNMN. 65
roit cette utilité que les Provinces en accepteraient plus volontiers la paix', assistées d'un si puissant appui. Mais cette raison que pensions les devoir persuader est celle-là même qui en divertit leuf maître ; car M. de La Boderie a écrit au président Jeannin , le dix-septième du mois passé , que le comte de Salisbury , communiquant avec lui pour ce sujet, lui a fait connoître que le roi de la Grande-Bretagne, quoique très-mal satisfait de ce que votre Majesté n'a retenu le comte de Tiron , ne se vouloit néanmoins aucunement séparer d'elle , en ce qui touche la cause des Etats, soit pour la paix ou pour la guerre, et qu'il feroit très-volontiers cette ligue ; lui semblant néanmoins qu il la falloit différer jusque s après la paix, avec cette seule raison , que si on la fait plus tôt, on rendra trop évident et affecté témoignage que les deux rois se veulent rendre auteurs de la paix, dont ceux qui ne la désirent, pource qu'ils la jugent peu assurée pour les Etats , auront mauvaise opinion. H est certain que la demande de ce délai , provenant de personne qui est suspecte * sera toujours prise de mauvaise part , et qu'on doit aussi craindre tout ce qui sort de cet endroit ; mais on ne les y peut forcer , et semble que cette considération les pourroit bien retenir, faisant paroître, par d'autres actions , qu'ils ne sont tant portés à la paix qu'on a ci-devant cru -, car ledit sieur de La Boderie écrit , par la même lettre , ledit sieur Roi lui avoir encore dit qu'il s'étonnoit bien fort comme les députés de votre Majesté et les siens auroient approuvé la ratification d'Espagne , qui étoit si défectueuse. Le sieur Aërsens a même dit à M. de Russy qu'il savoit bien ses députés avoir t. i3. 5
été fçrt aigrement repris par les lettres qu'il leur a écrites. Joignant donc ensemble les conjectures, il y a plus de raison de croire qu'ils craignent la paix qu'autrement ; ou bien toute leur conduite n'est qu'un pur artifice et ^égipsement , roais à quelle fin? encore n'y voyons-nous rien quand nous parlons du secours pour la guerre si elle continue. Ils montrent de même être bien assurés que leur maître y contribuera ; et si nous leur répliquons notre soupçon , à cause de la déclaration faite par l'ambassadeur dudit sieur Roi , qu'ils avoient auparavant feint d'ignorer v ils répondent à présent que le sujet qui avoit mû„ leur maître de la faire, né toit pour refuser ce se- . cours , mais pour ne le plus donner par les mains d'autrui ; que la qualité du secours et la sprarae n'étoientapssi spécifiés par le traité fait avec M. de Sully; ainsi qu'il sera au pouvoir de votre Majesté , ce traité convenu, d'obliger leur maître à sommes infinies; qu'il l'auroit aussi fait lors pour empêcher que le secours qu'il vouloit donner ne fût su ; mais qu'on avoit pris plaisir à le publier incontinent après ledit traité, plutôt pour lui nuire et le rendre odieux aji roi d'Espagne , avec lequel il venoit de traiter , que pour aucune autre considération ; et qu'aujourd'hui, ne se souciant plus qu'on le sache , il entend le donner par ses mains : nous assurant que son intention est telle , et que le reconnoîtrions par les premières lettres qu'ils recevroient d'Angleterre pour réponse à ce qu'ils ont écrit sur ce sujet. Nous prévoyons encore une autre difficulté à faire cette ligue avant h paix : à savoir, l'argent que demandent les Etats; caries députés d'Angleterre nous ont dit ouvertement et
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plus fermement depuis peu de jours, qu'ils n'avoient fait auparavant , que leur maître fera grande difficulté d'en donner pour la paix , mais non pour la guerre. II est néanmoins certain que les Etats en feront instance , et qu'ils en ont aussi besoin pour les deux premières années , encore qu'ils soient pour se contenter de ce qu'ils pourront obtenir. Le sieur de Barneveldt a dit au président Jeannin , depuis peu de jours , que le moyen d'y faire entrer les Anglais étoit de montrer qu'on la vouloit faire avec nous sans eux, qui est même ce que votre Majesté nous â mandé par ses lettres , et qu'il le proposetoit aussitôt que les députés des Provinces seroient venus , si lesdits sieurs députés d'Angleterre , après avoir reçu nouvelles de leur maître , qu'ils disent attendre de jour à autre, ne s'y disposoient eux-mêmes. Est vrai qu'il nous a prié de faire en sorte, envers votre Majesté , qu'elle leur accorde quelque notable somme es deux: premières années , pour leur aider à supporter les charges dontnous avons déjà ci-devantécrit et en attendons sa réponse. Bien la pouvons-nous assurer qu'il n'y aura aucune difficulté en cette ligue , et qu'elle se fera, sans doute , soit avant ou après la paix ; mais pour Favancer il n'y a meilleur moyen , sinon de leur offrir quelque secours. C'est donc le plus grand et dangereux mal , et celui que craignons le plus maintenant , que celui de la continuation de la trêve pour Tannée prochaine , pour les mêmes raisons que votre Majesté nous a prudemment représentées par ses lettres , tien certains que les archiducs y tendront avec autant d'ardeur que les Etats; et tous ceux qui leur veulent dn bien ont sujet et raison de
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s'y opposer et faire tous efforts pour l'empëchef» Quand nous serons garantis de ce danger, la rupture est le mal qu'on doit le plus craindre après , et si elle avient sera sans doute du côté des ennemis et par leur faute et dureté 5 car, hors la souveraineté que les Etats prétendent absolument et sans aucune condition , ils sont pour s'accommoder à tout le surplus , et nous leur conseillerons de le faire plutôt que derompre; mais en cet article on ne se peut relâcher de rien, autrement il n'y auroit aucune sûreté pour eux ni utilité pour leurs amis. Mais si leurs ennemis n'y veulent consentir, sinon avec des réserves dommageables à leur liberté et à leurs amis , il n'y aura, plus autre remède; sinon de les conforter à reprendre leur pre* mière constance , et , avec même union , vigueur et courage , chercher leur sûreté dans les armes 5 leur offrir , à cet effet , assistance et secours , non plus en général, mais déclarer quel, en particulier 5 à quoi il est nécessaire que soyons préparés à temps : quel' offre sôit telle aussi qu'elle leur puisse donner espérance de bon succès , et leur faire rejeter la trêve que leurs ennemis leur pourront présenter lors , pour les faire abandonner de leurs amis , les diviser entre, eux , corrompre ceux qu'ils pourront, et après en avoir meilleur marché. Et en ceci votre Majesté considérera , s'il lui plaît , que le secours de deux millions ne sera suffisant es deux premières années, la suppliant très-humblement nous excuser , si nous osons lui donner cet avis , pource qu'on prévoit bien que si le roi d'Espagne refuse la paix , il sera pour faire u h grand effort l'année prochaine , afin de leur donner de Tétonnement , prendre' avantage sur eux et le*
contraindre d'accepter la paix à telles conditions qu'il voudra: Nous entendons bien qu'il n'est raisonnable qu'elle soit seule à l'offre de ce secours, qu'il est nécessaire que l'Anglais y contribue sa part, et s'y oblige même par traité, ou, s'il ne le veut faire, qu'en jetant ce défaut sur lui , on leur doit conseiller de / s'accorder au mieux qu'ils pourront, et les y assister. Vous n'êtes pas à délibérer , Sire , si cette guerre vous touche ou non : car vous y êtes engagé si avant que ne pouvez plus laisser perdre les Etats sans tomber au péril de l'inimitié du roi d'Espagne, qui se sent offensé du secours que leur avez déjà donné , lequel aura plus de moyen de s'en venger , ceux-ci étant réduits à sa merci , que s'ils continuent à lui faire la guerre avec votre aide et assistance , au cas qu'ils ne puissent obtenir la paix bonne et assurée. On peut dire aussi que si les dépenses qu'il faudra faire pour la continuation de cette guerre sont grandes , que celles des ennemis sont infinies au regard de celles-ci , et aéanmoins qu'elles serviront beaucoup pour affoiblir la puissance d'Espagne, même s'il est attaqué es Indes, ou chacun juge que les armes de ce pays le peuvent plus offenser -, joint que les Etats lui seront amis plus utiles quand ils auront les armes en main , qu'étant désarmés par la paix , comme ils seront sans doute , quelque bien faite qu'elle soit : car le repos leur fera perdre cette vigueur militaire qui est en eux; ils ne seront plus que marchands et négociateurs , et la friandise et commodité du trafic d'Espagne , les pratiques que ce Roi fera parmi eux, les bienfaits que quelques-uns en recevront, les lui rendront affectionnés ; puis il emploîra leurs navires, pilotes et mar-
chands es Indes même, et partout où il en aura besoin, pour les gagner du tout et les rendre siens. Les alliances et amitiés que les Hollandais avoieat prises es Indes d'orient , avec la plupart des rois de ces contrées-là , avec lesquels ils se promettaient d'en chasser du tout les Portugais, s'évanouiront, et seront contraints ceux, qui s'étoient déclarés leurs amis, de les rechercher- après cette paix, et se soumettre à tout ce qu'il leur plaira. Il y a encore plusieurs autres grandes incommodités qu'il faut plutôt cacher que représen* ter , puisque la paix a été choisie comme étant encore moins dommageable que la guerre. Aussi n avonsnous mis en avant ce que dessus, sinon pour foire connoître à votre Majesté que son argent ne sera pas du tout mal employé s'il faut que la guerre continue par force et pour n'avoir pu obtenir 1* paix.
Nous nous souvenons bien , Sire , qu'il est besoin d'établir quelque meilleure forme de gouvernement que celle qui est ici, pourvoir à la sûreté et contentement de M. le prince Maurice et de sa maison. Nous n'oiqettrons rien atout, en ce qui peut dépendre de nous 5 et, cependant, prierons Dieu, Sire, qu!il lui donne et à sa royale famille une très-longue vie et tout heur et prospérité.
De La Haye , ce neuvième jour de décembre 1607.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et servi* teurs , P. JçANHift et Russy.
DU PRÉSIDENT JEÀUHITf. 71
Lettre de M. Jeannin à M. de ViUerey9 Audit jour
g décembre 1607.
MôNsrewt, oh ne peut rien faire ici qu'avec la longueur, à mon grand regret, parce que je connbis lien qu'elle est trop préjudiciable, et qu'il est du tout nécessaire que les États sortent bientôt de l'incertitude où ils sont, par la paix s'ils la peuvent obtenir , sinon par une rupture qui les oblige et contraigne de rentrer etk guerre , dont il est meilleur qu'ils en soient résolus tôt que tard , si ce mal doit arriver ; étant bien certain que leurs ennemis savent , dès à présent, ce qu'ils doivent faire , se préparent , et ne leur faut plus de temps potir en délibérer. Ainsi quand Us désirent et cherchent des longueurs, sous quelque prétexte que ce soit , ce n'est que pour les diviser, et corrompre quelques particuliers , pour lés tromper tous ensemble. Vous l'écrivez sagement par vos lettres, et nous le croyons aussi. d'est donc notre devoir d'empêcher que la trêve ne soit continuée , sinon pour autant de temps qu'il sera besoin polir traiter. Et, comme jereconttois l'intention de Sa Majesté être du tout à la paix, qui est aussi l'inclination des Etats, et le plus sage et utile conseil pour se garantir de plusieurs périls et inconvénièns qui pourvoient avenir par la continuation dé la guerre , nous y apporterons toute la facilité qu'il nous sera possible, sans contester sur aucun article qui puisse être Cause de rupture , si ce n'est pour le regard de la souveraineté , qui doit être accordée purement et sans aucune restriction iii con* dition -, autrement les Etats deviendraient inutiles à leurs amis , et n'auroient eux-mêmes aucune sûreté.
Or il pourra arriver que le roi d'Espagne y fera beaucoup de difficulté ; par ainsi les Etats seront contraints de rompre et se préparer à la guerre , en quoi ils auront grand besoin de l'assistance et secours de Sa Majesté et du roi de la Grande-Bretagne , et, qu'il soit même plus grand et plus puissant pour quelques années qu'il n'a été du passé. Donnez donc ordre, monsieur , que soyons instruits de la volonté du Roi, pour ce regard , par les premières dépêches que recevrons 5 et faites considérera Sa Majesté, s'il vous plaît , que le roi d'Espagne rompant la paix sera pour faire quelque grand effort d'entrée pour contraindre ces Provinces à recevoir telles conditions qu'il lui plaira, et que cette première frayeur, s'ils sontfoibles, les pourra contraindre à prendre de dangereux conseils, et donner un grand avantage à ceux qi^i ont toujours désiré la paix, à quelque prix que ce soit , pour la faire accepter aux autres à conditions iniques et déraisonnables.
Les députés d'Angleterre disent toujours que leur maître parlera clairement lors , et contribuera volontiers au secours 5 mais, si c'est artifice ou vérité , il n'y a que les effets qui nous en puissent assurer. Bien devons-nous empêcher que les Etats ne rompent avant que l'avoir obligé à ce secours. Sa Majesté y a aussi grand intérêt, pour ne demeurer seule à porter ce fardeau; elle nous mande bien que pouvons* faire la liguç pour la paix sans lui, en lui laissant place honorable pour y entrer , et que cette jalousie d'avoir commencé sera plutôt cause de l'y faire entrer. Le sieur de Barneveldtestde ce même avis, et nous promet d'y disposer les députés quand ils seront assem-
DU PRÉSIDENT JEÀNISIN. 73
Mes, si les Anglais continuent à faire les rétifs '. Mais ce n'est pas ainsi de la ligue pour la guerre ; car si on la fait sans ledit sieur Roi, il en sera bien aise , et se gardera bien d'y entrer syprès. C'est en quoi nous nous trouverons empêchés -, car ces députés nous ont déclaré , depuis quelques jours , qu'il ne s'obligeroit jamais au secours pour la guerre qu'après la rupture , et il est trop périlleux d'attendre jusqu'alors ; aussi cette façon de procéder donneroit grand soupçon , et se saurions comment le prendre , vu que d'ailleurs ils montrent vouloir tendre à la guerre, si ce n'est que, en portant ensemblement, eux et nous , des difficultés à la paix, leur maître se promettra que, pour se séparer d'avec Sa Majesté , le roi d'Espagne recherchera son amitié, et lui pourra accorder ce qu'il prétend tt recherche dès long-temps , à savoir , le mariage du prince de Galles son fils avec la fille d'Espagne, et les Provinces-Unies pour dot. Le sieur de Bameveldt, qui a autrefois ouï parler de ce dessein , dit qu'il pense ledit sieur Roi en avoir encore quelque espérance; peut-être aussi que le roi d'Espagne fait semblant d'y vouloir entendre de son côté , pour le retenir et efaipécher de se joindre du tout avec nous et les Etats. Je n'estime pas toutefois qu'il se veuille disposer en effet à lui donner sa fille , attendu la religion de son fils , ni à quitter ce pays pour en agrandir l'Angleterre.
Ces difficultés doivent encore exciter davantage Sa Majesté à désirer la paix , en laquelle , les Etats l'obtenant avec la souveraineté , je ne vois rien qui ne soit avantageux pour elle et son royaume , même si avec la ligue des Etats , celle d'Angleterre y est
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ajoutée, dont toutefois je vois bien, par ce que m'écrivez, qu'il se fâtrt toujours défie* jusqu'à ce qu'elle soit faite. Pow le' regard des Etats , ils y sont bien disposés et la feront , soit devant ou après 'la paix, sarts doute ; et , combien qu'il soit meilleur dé la faire devàtit , si est-il requis d'y procéder avec telle discrétion qu'il semble la rëfcherôhe en êWe plutôt faite par eux que par nous $ car serôit chose indigne de la grandeur du Roi de faire voir qu'on eût crainte qu'ils soient pour la refuser après là paix. Or , afin que cette volonté de k passer leur vienne , Sa Majesté nous déclarera , s'il lui plaît, au plus tôt, lé secours qu'elle leur veut dohnër es dettx premières ahnéès de la paix; et qu'elle l'élargisse le plus qû?elle pourra , considérant que le secours iife sera que pour peti de temps, et que si l'amitié défr États n'est dd tôtit si utile , étant en paix, qu'elle serôit la guerre coiitiniiimt; qu'elle évitera auâsi d'autres dangers et inconvéniens dotit cette guerre pourrait être catisë. IV serôit bien désirable qtié lés Anglais y entrent aussitôt qrie nous, pource que , pat le projet qu'eii avons fait, elle comprend' aussi celle d'entré les deux rois et leurs royaume^ y puis oh pourrôitcraindré , eût jféû étant pas au eôrtimencement, que le roi d;Espagné et les archiducs prennent opinion là-dessus que ledit5 Roi se veut séparer d'avec nous , et la recherchent à cette occasion plus soigneusement pour le joindre avec eux; mais cette considération ne irie retiendra pas quand \ serai éclairai de ce que le Roi veut donner, que m^- \ nagerai au riiietix qu'il me sera possible. <
Il n'est rien de tout ce qu'on a dit au Roi touchant \ le prince Maurice, lequel ne fait rien qui préjudicie à
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la paix , s'entend fort bien avec nous, et avons toute occasion de nous louer de son affection pour le service et contentement de Sa Majesté. Il ne prendra aucuns conseils désespérés ni à part , n'en soyez point en doute ni^en peine; et croyez, monsieur , que si la paix est rompue, ce ne sera du côté des Etats. J'ai même fait connoStre au prince Maurice qu'il pouvoit espérer plus de fortune par la paix , se conduisant bien avec les Etats et conservant l'amitié de Sa Majesté , que par la guerre: aussi a-t-il quelquefois plus craint sa conjonction trop étroite avec le sieur de Barneveldt, que leur dissension, qui est fort diminuée et presque assoupie du. tout, par les moyens qu'avons tenus pour lui faire connoître que seroit sa ruine s'il faisoit autrement; aussi que Sa Majesté s'en offenseroit Ainsi si elle n'a rien dit à madame la princesse d'Orange , quand recevrez cette lettre , il n'est pas besoin de loi en parler , et si Sa Majesté Ta fait, j'enverrai au-devant d'elle pour la prier de ne lui en point parler jusqu'à ce que je l'aie vu. S'il eût* été en cette disposition , nous n'eussions pas failli d'en avertir et d'apporter tout ce qui pouvoit dépendre de nous pour y remédier; il y a de l'artifice en cetavis, de quel* quecôté qu'il vienne , ou ceux qni l'ont donné sont mal informés. Cette affaire se manie à tant de ressorts, qu'avons crainte de tout, jusqu'à ce que tout soit fait, principalement du côté des. Anglais. Mais , comme on approche du temps des résolutions, et qu'il est nécessaire que soyons suffisammentinformés de l'intention duRoi sur toutes choses , soit pour le secours de la paix en faisant la ligue , ou de celui de la guerre si elle continue, je vous supplie très-humblement qu'avec votre
diligence et prudence accoutumée , nous ayons réponse à tout ce que dessus..
J'ai reçu les traités que m'avez envoyés 5 j'ai copie de celui fait par M. de Sully en Angleterre. Le roi d'Espagne n'a pas retenu l'argent de la flotte, que pour quelque grand dessein , et crains que ce ne soit pour ce pays et pour y faire un grand effort. Est vrai que si l'archiduc y peut faire la trêve pour l'année prochaine, qu'elle lui sera encore plus avantageuse que ses armes; ce désir qu'il montre avoir à la trêve nous fait croire qu'il n'a pu persuader au roi d'Espagne d'entendre à la paix. Peut-être aussi que ledit sieur Roi n'a arrêté cet argent que pour faire peur à ces peuples , et les induire à recevoir plus aisément une mauvaise paix , ou à faire la trêve qu'il peut aussi bien désirer que l'archiduc $ mais il ne se faut point endormir sur des conjectures si incertaines, et craindre même qu'il ne pense aussi bien à nous faire du mal en France qu'aux Etats ici, pour le commerce des Indes, que le Roi désire toujours d'attirer chez lui, si par la paix les Etats ne l'obtiennent. J'en ai parlé dès long-temps à deux personnes qui sont fort instruites de cette affaire et connoissent tous les marchands qui font ce trafic, lesquelles m'ont promis de s'y employer quand il sera temps, mais qu'on doit celer ce dessein pour maintenant. J'ai aussi parlé à trois bons capitaines de navires , qui ont fait les voyages , et à deux marchands de la compagnie des Indes d'orient , pour les sonder sur ce sujet. On pourra avoir marchands , navires et pilotes , faire fonds de quelque notable somme , et beaucoup de gens y entreront volontiers , pourvu que le Roi soit de la partie et y mette quelque chose
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sous le nom d'autrui , croyant bien qu'il ne le voudra faire au sien , et que quelques bons marchands français y entrent aussi , afin que ceux de ces pays prennent plus de fiance que leur entreprise sera favorisée en France , et qu'il y aura de la sûreté pour eux, des privilèges même, et tout ce qui sera requis pour les y attirer et conserver.
Quant à l'argent du quartier qui reste , je vous supplie très-humblement que le fassiez accorder , et néanmoins qu'on diffère avec artifice, sans qu'on s'en aperçoive, jusque vers le quinzième de janvier ; car, dans ledit temps , nous jugerons , presque avec certitude , comme toutes choses devront passer , et, s'il est accordé , vous nous en avertirez les premiers. L'agent des Etats qui est en Allemagne , leur a écrit que l'électeur Palatin devoit envoyer ici, dans quinze jours, un nommé le docteur Colly, qu'il nomme haut-président de son conseil secret.
On n'a aucunes nouvelles du côté de l'Empereur. Le roi de Danemarck a ici deux ambassadeurs depuis trois jours , l'un est gentilhomme de qualité , étant du conseil d'Etat dudit sieur Roi , l'autre un docteur auquel il se fie bien fort. Nous nous sommes vus ensemble. Ce ne sont que bonnes parole?, montrent qu'ils appréhendent la paix, en leurs premiers discours; mais ils prieront Dieu que tout succède bien aux Etats plutôt que de leur donner de l'argent. Quant à la déclaration demandée par M. le président de Charles , suivant la minute que m'avez envoyée , je pense me souvenir que le conseil vouloit restreindre la rémissiou du droit d'Aubaine aux provinces échangées , sans l'étendre plus avant. Il faudroit voir la réponse aux ar-
ticles , et si ce n'est chose pressée , remettre cette affaire à mon retour , ne me voulant dispenser d'en, parler certainement sans voir pièces. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous donne en parfaite santé > trèsheureuse et très-longue vie.
De La Haye , ce neuvième jour de décembre 1607 • Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
P. Jeannin.
Lettre de M. Jeannin à M. de La Boderie, du iode
décembre 1607.
Monsieur , vos deux lettres, l'une du dix-septième du mois passé , et l'autre du premier de celui-ci , m'ont été rendues sûrement par l'adresse de M. de Waudrenecq. Ne soyez aussi en peine de celles qui me furent écrites pendant une maladie, car elles m'ont été rendues il y a long-temps , et j'estime que mes lettres que dites n'avoir reçues en accusoient la réception. Puisque cette voie du sieur de Waudrenecq est sure, nous nous en aiderons, s'il vous plaît. Je vous y écrivis aussi le vingt-quatrième du mois passé. Nous sommes encore incertains si nous aurons la paix -, les Etats y sont bien disposés de leur côté, et ne tiendra à eux cfu ils ne se mettent en repos 5 nous y aiderons aussi volontiers. Les députés d'Angleterre nous ont témoigné bien long-temps qu'ils avoient ce même désir; mais depuis quelques jours leurs procédures et ce que m'en avez écrit m'en font douter : si ne sais-je qu'en penser , y ayant apparence qu'ils rejettent notre alliance, ainsi que me mandez, par vos dernières lettres, l'avoir appris de M. Carron, et d'antre côté craignent les Espagnols ; que leur but
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doit être la paix , et que montrant le contraire , ils se déguisent ou bien prétendent laisser faire cette guerre par les Etats, assistés de nous, sans qu'ils s'en mêlent , ayant par ce moyen la grâce des Espagnols , nous la haine , et eux encore cette assurance et contentement que les Etats , appuyés de nous , ne se perdront point , sans toutefois qu'il leur coûte rien. S'ils ont ce dessein , ils seront trompés ; car le Roi ne s'y engagera jamais seul, et conseillera plutôt aux Etats la paix telle quelle, que de le faire ; et le roi d'Angleterre , qui semble mépriser notre amitié ou la rejeter avec quelque secret dessein contre nous , sera cause de tout ce mal , et peut-être aussi de fyire prendre au Roi des conseils qui lui ont toujours déplu ; car il est prince sage , qui saura bien juger que la raison et sûreté de son Etat requiert que , ne pouvant être bien avec ledit sieur Roi , dont il a désiré et recherché l'amitié , il en doit recevoir et accepter d'autres qu'on lui offre tous les jours , afin de n'être mal avec qn chacun. Je m'étonne, à la vérité , comme ledit sieur Roi, tenu pour prince judicieux, ne considère mieux son intérêt ; et qu'en ce qui est de cet Etat , le Roi n'y prétend rien à son préjudice , se contente , encore qu'il y mette le plus, qu'il demeure également ami de l'un* et dp l'autre -, et , pour le regard de leurs royaumes , qu'ils n'ont rien à démêler ensemble , pourront faire une amitié féable et certaine , qui les garantir oit de tous inconvéniens , et lui en particuculier , de l'ennemi qu'il craint le plus , et pense gagner en lui montrant qu'il n est pas bjen avec nous ; comme s'il n'étoit en notre pouvoir de nous servir de cet artifice avec autant ou plus d'avantage
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que lui. Puis , s'il croit la continuation de la gtieitft être utile à ces pays, et désire en effet que 'prenions ce conseil de les y porter , comme pense-t-il que Sa Majesté y veuille entendre à bon escient, si elle n'est du tout assurée de son amitié et du secours qu'il voudra donner ? Peut-être a-t-il déjà quelque secrète amitié avec Espagne et les archiducs; et si cela est, c'est à nous de nous garder; mais il n'y a point d'apparence , s'il est vrai ce qu'on dit, que les desseins du comte de Tiron aient été fournis par le roi d'Espagne, et que lui l'ait su et découvert. Vous y prendrez garde s'il vous plaît, et me donnerez avis de tout ce que connoitrez être de leur inclination, afin que puisse mieux servir ici. Notre but est la paix ; et tant que ledit sieur Roi se conduira à la façon qu'il fait avec nous , Sa Majesté ne changera pas de résolution , mais essaiera plutôt en faisant la paix ici de l'avoir partout.
Si jugez à propos d'entrer en ces discours avec M. le comte de Salisbury, comme de vous-même, et en lui représentant l'intérêt commun des deux royaumes , je le laisse à votre prudence"; vous les connoissez taieux que moi : mais il me semble que ne devons montrer d'être en souci de ce qu'ils feront; quand leur intention eût été bonne , nous eussions pu différer cette ligue dont vous ai écrit après la paix, suivant leur désir; mais, voyant leur irrésolution et le peu de fiance qu'il y a en eux , il vaut .mieux passer outre si nous pouvons sans les attendre , les affaires finissant par là et avec cette ligue des Etats : encore n'y aura-t-il pas grand mal ; mais elles eussent été mieux s'ils eussent voulu être non-seulement avec les
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Etats, mais aussi entre nous. Ce que nous craignons le plus , est que le roi d'Espagne ne veuille point la paix, par ainsi que les Etats soient contraints de faire la guerre, ou, qui pis est, d'accepter une trêve ppur Tannée prochaine , ne se voyant assez préparés pour faire la guerre*, car cette trêve donnera loisir et moyen aux Espagnols de faire des pratiques parmi eux, de les diviser et corrompre, et peut -être aussi séparer d'avec eux quelques uns de leurs amis et alliés. Nous les en dissuadons de tout notre pouvoir. Lps députés d'Angleterre en ont fait autant , et s'ils y continuent de bonne foi, et que leur maître veuille donner secours pour la guerre , ainsi qu'ils assurent, comme notre Roi s'y offre de son côté , nous évitons le danger.
Vous jugerez bien , monsieur, la peine en laquelle je suis , principalement à cause de la mauvaise affection en vers nous, ou irrésolution dudit sieur Roi et de son conseil ; car, sans cela , soit que le roi d'Espagne fît la paix ou la guerre , tout iroit bien à l'avantage des Etats et des deux royaumes. Peu de temps nous en éclaircira mieux \ mais je vois bien qu'il faut prendre toutes choses au pis. Quant au lieu où veus êtes , pour n'y être point trompé , écriveznous*^ sît vous plaît, le plus souvent que pourrez. Les députés du roi de Danemarck sont ici; nous nous sommes vus sous bonnes paroles ; montrent qu'ils désireroient plutôt la guerre que la paix ; mais ils nfy apportent rien que les vœux. Les princes protestait* y doivent envoyer dans peu de jours , à ce que l'agent des Etats qui est en Allemagne , a mandé. On n'a pour le présent aucunes nouvelles si t. i3. 6
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l'Empereur y enverra. C'est ce qu'aurez de moi pour ce coup. Je vous baise très-humblement les mains , et sais , monsieur, votre bien humble et très-affectionné serviteur , P. Jëajwin.
A La Haye , ce 10 décembre 1607*
Lettre de M* de P^illèrojr à M. Jeannin., du iz dé»
cerhbfe 1607.
Monsïruk , depuis Voitè aVoir dépêché le courrier Kcault, riouà avonë tfeçu dès lettres de Bruxelles, par lesquelles on ticlùs mande qu'enfin les archiducs ont consenti que l'original de la ratification d'Espagne sera laissé aux provinces , sans tirer d'eux la contrelettre ou promesse que l'on leur avoit demandée ; de ♦quoi nous espérons d'être faits certains par vos premières. L'on nous écrit pareillement qu'ils continuent efe croire à Bruxelles que vous traversez et empêchez leurs affairés, où vous êtes tan t qu'il vous est possible: ce qu'ils disent avoir découvert et appris , premièrement par votre conduite, et secondement "par certaines lettres vôtres qui sont tombées en leurs mains. C'est pourquoi je vous écris la présente lettré, afin que vous vérifiez sur vos registres quelles sont lesdites lettres , et si * par le sujet d'icelles , ils ont dû prendre cette créance. Je n'eh trouve point à dire de celles que vous nous avez adressées -, la date et réception desquelles j'ai accusée parles miennes, à mesure que j'y ai répondu , ainsi que vous pourrez justifier par mesdites réponses -, de quoi il vous plaira nous faire sages par vos premières. Pour moi , j'ai quelque opinion qu'ils ont tenu ce propos, plus pour justifier
du ra£si»Ejrr jteànnin. 8J
tout silence en notre endroit sur cette négociation , que peur autre cause. Je sais aussi quelle est celle que vous leur donnez de continuer en leurs soupçons ; enfin votre présence par delà leur est désagréable , parce que vous y servez le Roi fidèlement, empêchant que ces messieurs soient trompés et circonvenus, etqtfiA ne soit rien fait au préjudice de Sa Majesté , qui est tout le contraire de ce qu'ils désirent 9 dont il &u% tous savoir plus de gré que se mettre efe peine de ce qui en aviendra. Aveo cette occasion * je vous assurerai de la bonne santé de leur* Majestés, et ^irïl n'est rien survenu depuis le parlement dudit Pte&tilt, qui ipérite vous être <ésait. Ainsi1 je. salirai vos -bonnes grâces de mes trèsaffectionnées recommandations, et prie Dieu, monsieur , qu'il vous consente en bonne santé.
De Paris v ce dottïièrtle décembre 1607.
Voire très^aflfebtionné serviteur et assuré ami ,
* . »e Neufville.
heU^e de me&iturp Jemrin et .de Russy, mi Roi,
du ai décemfae, i6pj,.
Sire, • •
lie courrier qui^oua a apporté \éê lettres de votre Majesté , dû huitième^ de ce ïH€Îë ^am va en ce Ken lequinrièrae. JBlles contiennent la déclaration de sa Volonté pour h lîgàe en éas de paix , et pour le secours aussi en cas die guerre. Nous M avons écrit deux fois depuis? lésdites lettres > auxquelles elle £ut réponse , l'une par M. de La Force , et l'autre par le ne^veu de feu M. jde Bpzanval , jet n'y a rien
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pour le présent que puissions ajouter , sinon ce qu'avons fait depuis la réception desdites 4 lettres 5 car les députée des Provinces , qui dévoient arriver en ce lieu le dixième du mois , n'y sont vernis tous que le vingtième , et nous ont dit , le prince Maurice et le sieur de Barneveldt, qu'ils ne furent . encore jamais si diligens qu'à ce coup. Nous les presserons de ne plus perdre le temps. Ayant vu les députés d'Angleterre, pour leur faire entendre que votre Majesté nous a fait réponse sur tout ce dont nous avons conféré ensemble, et qu'étions prêts d'en traiter avec eux quand ils voudraient, ils nous ont dit qu'ils attendoient aussi ladite réponse, et s'assuroient qu'elle ne pouvoit tarder deux ou trois jours , et qu'ils nous Ja commutiiqueroien t aussitôt.
Nous avons pareillement vu le prince Maurice et le comte Guillaume ensemble, pour leur. rendre toujours ce respect de les tenir avertis de ce qu'estimions - leur devoir communiquer. Nous en avons fait autant à l'endroit du sieur de Barneveldt , avec lequel nous sommes entrés plus avant en discours , pour lui faire connoître combien votre Majesté a mal reçu la demande excessive qu'ils ont faite par le projet de leur ligue , et qu'elle ne laisse pourtant de continuer sa bonne volonté envers eux, sur l'assurance que lui avons donnée qu'ils se cçutenteroient de ce qu'il lui jplairoit, comme ils doivent faire sans marchander, pource que, procédant autrement, elle eu demeurèrent plutôt offensée que persuadée. Nous ne lui avons pas aussi déclaré du secours , sinon de cette façon» que si votre Majesté leur vouloit entretenir deux ou trois mille hommes de pied français ' pour quelque temps, et
que le roi de la Grande-Bretagne y voulut contribuer à proportion, ils fttiroient bien occasion de se louer de leur libéralité ; et que plus tôt ils feroient cette ligue, pour assurer votre Majesté de leur bonne volonté , plus elle leur seroit utile et avantageuse ; et que c'étoit aussi à eux de la requérir , non à vos Majestés de les en rechercher. Sa réponse a été telle que la saurions désirer , qu'ils y travailleront de jour à autre , en presseront même ceux d'Angleterre , leur diront que rétat de leurs affaires requiert cette célérité , et qu'ils la fassent avant que traiter avec les archidacs ; et s'ils veulent différer , passeront outre sans eux , leur laistant place pour y entrer après : mais nous a priés de vouloir tant faire envers votre Majesté , qu'elle leur accorde quatre cent mille écus chacun an es trois premières années , sans y comprendre ce qu'ils pourront tirer d'Angleterre , afin que l'affaire ait moins de longueur et plus de facilité ; qu'il se défioit aucunement de l'intention des Anglais , sur ce qu'il sait leur Rm être toujours en espérance du mariage de son fils avec la fille d'Espagne , et d'avoir pour dot non-seulement lesdites Provinces-Unies , mais tous les Pays-Bas, et qu'on donnera contentement- ailleurs aux archiducs 5 qu'il y a près de deux ans que les Espagnols, pour le gagner et joindre du tout à eux , lui firent proposer quelques* ouvertures et assurances sur ce sujet , attendant que leur fille fût en âge pour accomplir 1» mariage, et, pource qu'aucuns du conseil d'Espagne mirent en avant' lors que seroit. agrandir les hérétiques , le duc de Lerme fit réponse qu'il valoit mieux que ledit pays fut quelque peu intéressé, et demeurer en bonne amitié et alliance avec leur Roi, que de le