KÉ€K>CIA?IO
laisser perdre pour en agrandir le royaume de Franchi aussi que ledit roi d'Angleterre consentirait bien de remettre la religion catholique en sou royaume, moyennant ce présent , qui serait un plus grand bien pour la religion ; qu'il reconnoissoit bien de sa part ce dessein être sans apparence* par les raisons mêmes que lui avons dites à l'instant; mais que ledit Roi , qui jugeoit ce mariage fort avantageux pour lui et son Etat, ne laissoit de s'en flatter sur la nouvelle espérance qu'on lui en à donnée depuis deux ou trois mois , ainsi qu'il a appris > étant vraisemblable que le roi d'Espagne les veut abuser maintenant, pour la crainte qu'il a de sa conjonction avec votre Majestéet lesdits Etats, Les députés d'Angleterre lui ont dit aussi que depuis ce même temps leurs gens sent mieux et plus favorablement traités en Espagne qu'ils n'étoient du passé , sans lui rien dire du surplus, fors que le roi d'Espagne a mandé ail comte de Tiron qu'il ne le voilloit voir en ses pays pour ne faire préjudice à l'amitié qu'il a avec leur Roi; et tout cela peut servir à croître ses espérances et lui faire craindre d'offenser davantage celui qu'il ne craignoit déjà que trop. Par ainsi se défie que les Anglais ne traitent sincèrement ni avec eux ni avec nous > et qu'ils empêchent même secrètement cette ligue s'il» peuvent ; qu'il a voit aussi la même défiance de ceux qui ne sont amateurs de la paix en leur Etat > et que les autres , qui b veulent et sont même désireux de donner tout -contentement à votre Majesté, seront retenus, s'il y a de la froideur es Anglais , peur ne déplaite à un prince qui a quelque pied et des forces dans leur Etat > si l'avantage présent«}u'ils en recevront ne les y échauffe
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et convie , attendu qtie ceux-ci ue rateront pas ouvertement ladite ligue , mais demanderont seulement qu'elle soit différée jusques après la paix ; qui sera cause que les plus sages dirpnt qu'on ce les doit point mécontenter en avançant le temps, puisque votre Majesté pourra être rendue ,au$si contente en la faisant après la paix que si on la faisoit devant ; nou# prioit de prendre ces raisons de bonrçe part , et que, de son côté , il feroit tout devoir de satisfaire au plus tôt à ce que votre Majesté désire ; qu'il savoit bien cette ligue être nécessaire , et que chacun la rechercherqit après la pau, n'y ayant difficulté qu'4 l'avancer au cas que l'Anglais demande avec instance qu'elle seroit différée jusqu'alors.
Nous impies certains , Sire, qu'il nous a parlé daffectipn et paur vous servir, et avon$ 6i grande coijnoissance de ce qji'ji met en avant, que nous osons biep supplier tris-humblenxâi^ v#re Majesté fie s'élargir jusque uu million de livres par an, non durant les tro# années qp'il a demandées , mais seulement pour le§ de u^ premières années (nous entendus ppur sa {Art 9 outre ce que fAqglais dpnnjera ) f et prendre cette assuraupe 4e notre fidélité et ^ffeetfou à sou service ,. gue flous ménagerons ce dernier raqt 3)itapt qui} nous sera possible , sans nous en £éco#yrir .qu'à toute e*tr<émité , et considérer , s'il lui pi^ît , qufi çeft* ligne est le fixement de tppj ce qn'pp préfend Mûr avec les Etats } quelle contraindra le rpi d'Angleterre à se découvrir $ # s'il y entf e , pour Ja jalousie qu il aura de votre Majesté, cette alliance le rendra suspect a? w £'E$p?gne , fit lui fera, croire que serez en meilfôjnre intelligence ensemble que a êtes en effet»
8ff NÉGOCIATIONS
Au contraire , s'il la refuse , il .offensera les Etats , perdra la créance qu'il peut avoir avec eux , et seront pour se séparer peu à peu de son amitié. En quoi il n'y a pas grand inconvénient si la paix se fait et qu'on découvre qu'il ait mauvaise volonté, dont ne pouvons encore rien dire, et n'en avons autre soupçon que ce- Jni qui est fondé sur ce que votre Majesté nous mande ce que M. de La Boderie lui a écrit et au président Jeannin , qui nous fera douter de tout jusqu'à oe que les députés nous aient dit sa réponse et exécuté ce qu'ils ont promis ; bien la pouvons-nous assurer de ne lui avoir rien mandé touchant les propos qu'ils ont eus avec nous et répété plusieurs fois , qui ne soit très-véritable.
Nous avons autrefois cru, avant qu'avoir vu le traité entier fait en Angleterre par M. de Sully , que nonseulement la ligue avec les Etats étoit nécessaire, mais aussi entre votre Majesté et ledit Roi , et de le comprendre au même traité j ayant été induits à cette opinion sur ce que les députés d'Angleterre nous avoient donné copie d'icelui traité en la forme que l'envoyons , qui n'est que pour la convention concernant le secours des Etats , dont votre Majesté devoït supporter les deux tiers et lui le tiers ; tous les articles suivans , qui sont ceux de la ligue , n'y étoîent compris. Ainsi *, n'estimant pas qu'il y eut rien de plus , avant qu'avons reçu la copie que M. de Villeroy nous a envoyée , nous désirons et jugeons cette ligue devoir être insérée à celle des Etats , comme nous croyons encore qu'il sera bien à propos de le faire si on peut» pour la réputation , et pour rendre cette alliance et conjonction de trois, publique, et la faire connoître à
du, présidïht nciimnr. 89
chacun , an lieu que celle d'Angleterre avec nous est à présent secrète , et lui-même prend plaisir à la celer et nier -, mais quand il ne sera fait , ledit sieur Roi ne laisse de demeurer obligé en vertu dudit traité , s'il a quelque soin de garder sa foi ; et si ce traité ne l'oblige , l'autre qu'on fera ne sera pas de plus grande efficace pour l'y contraindre. Car, encore qu'il soit mis sur la fin audit traité qu'on en passera un authentique et solenael , lorsqu'on renouvellera l'alliance 9 cela n'empêchera pas que l'écrit fait sous la signature privée dudit sieur Roi , ne soit pas fait et continué l'obligation entière ; mais fait seulement connoître qu'on le "vouloit lors tenir secret pour certains respects. Pour le regard de ce que votre Majesté aime mieux donner le secours en gens qu'argent , les Etats s'obligeront d'entretenir des gens de pied français , à proportion de l'argent qu'elle donnera , qui est en effet une même cho^e $ mais ils désirent plutôt avoir l'argent et les payer par les mains de leurs officiers , parce qu'ils estiment qu'en les payant ainsi , ils leur auront plus d'obligation , et seront tenus 4 leur rendre plus de respect et d'obéissance , outre ce qu'ils peuvent 'craindre que cela n'amoindrisse l'autorité de leur nouvelle seigneurie. Si nous pouvons faire ce secours par forme de prêt, nous le ferons. Du moins vous serez traité , Sire , comme le roi d'Angleterre s'il est de la partie, et n'omettons d'ajouter au traité que si , pendant ces deux ans que votre Majesté entretiendra lesdits gens de guerre, elle en avoit besoin pour être attgquée hostilement dans son royaume par qui que ce soit, qu'ils seront tenus de les renvoyer incontinent.
go kécocutigss
Quant a,u secours pour la guerre, si la paix ne se fait, elle déclare par ses lettres qu'elle entend çlgnuer le double du roi de la Grande-Bretagne , sacs définir et arrêter jusqu'à quelle somme , sinon qu elle se veuille rapporter à la réponse du mémoire donné à M* de Préaux . Or* s'il faut renouveler la guerre, jl sera bien requis, pour relever le courage à cçspeuplgi, et leur donrçer moyen de repousser l'çffoft que le roi d'Espagne pourra Aire à ce jcommenpepaent, qu'ils soient secourus plus puissamment. ]Vous n'excéderons toutefois en rien ce que cfëssps , sans .nouveau commandement , et ferons tput ce qu'il nous sera possible pour la paix ,. afin qu'elle soit; délivrée de <# souci , (Je cette dépense, et des périls et inqonvépiens qvp suivent ordinairement les Jongqes guerres.. Noijê n'avons plus qu'à nous assuf er 4e la volonté du roi de la Grande-Bretagne, ppur mettre l'issue de pelte affaire du tout à couvert et la rendre Usure i*sp ; peu de jours nous en éclairciront , dont avertirons aussitôt votre Majesté,
Les députés jipus sont présentement vçnps voir > ainsi qu'écrivions cette dépêche , lesquels. nous ont ' dit n'avoir encore eu réponse; et, s^r ce qu'ils ont bien reconnu qu'étions en quelque opinion contraire, nous l'ont assuré avec serment et qu'ils l'attendoieat de jour à autre , se promettant qu'elle $eroit si bonne qu'aurons occasion de croire qu'ils ont toujours procédé sincèrement et ouvertement ayec nous ; sont encore entrés* en propos d'eux-piémes sur le point de la souveraineté, et nous ont fait vpir , comme du passé, qu'ils sont plus enclins à la guerre qu'à la paix; nous au contraire qu'avons charge de faciliter les jnoyens
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. gt
de faire ladite paix , non de l'empêcher. Mais quand les deux rois seront bien assurés de l'amitié l'un de l'autre, par de bons traités authentiques et faits solennellement , non secrètement comme celui fait avec M. de Sully , tant pour la défense des Etats que de kurs royaumes , il sera aisé de faire que n'ayons ensemble qu'un même avis et résolution; et, jusqu'alors, en conseillant ce que penserons être du bien des Etats, bous prendrons garde aussi , avec la circonspection qu'il nous sera possible, qu'on ne vienne à une rupture , par le moyen de laquelle votre Majesté soit contrainte de les abandonner ou d'être seule à les secourir , voulant fuir Tune et l'autre également. Leur avons dit et répété soûventes fois ce même propos , et qu'il étoit temps de s'ouvrir et déclarer en particulier , puisque sommes sur le point des résolutions ; autrement il ne felloit pas espérer que , sans être unis et bien d'accord ensemble * nous pussions faire que les provinces n'aient entre elles qu'un mémo avis et résolution $ et néanmoins cette diversité pourra être cause de les diviser , qui est le plus dangereux mal qui leur saurait arriver.
Nous prions Dieu , Sire, qu'il donne à votre Majesté «ta sa roj^Je famille tout heur et prospérité.
A La Haye, ce m décembre 1607.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs , P. jEilWItf et de Russy.
g% HÉGOCUTIOÎJ&
Autre lettre de messieurs Jjeannin et de Russy, an Roi,
du ai décembre 1607»
Sire f
Depuis notre lettre écrite , les Etats nous ont envoyé leurs députés au logis* du président Jeannin , où les députés d'Angleterre se sont trouvés. Leur proposition a été d'excuser ce qu'ils ne se sont assemblés sitôt qu'ils avoient promis , puis nous ont dit que la première chose dont ils ont délibéré en leur assemblée a été de faire la ligue avec les deux rois , sinon offensive et défensive, tant pour la paix que pour la guerre , suivant le projet qui nous, a été ci-devant donné , au moins défensive et pour la paix ; nous priant d'y vouloir entendre, dès à présent et avant qu'ils prennent aucune résolution sur le traité de paix. Les députés d'Angleterre et nous, étant retirés pour en conférer et leur faire réponse , M. Spencer a dit qu'il ne la falloit faire qu'après la paix , et que les Etats la désirent pour nous en rendre auteurs, et publier qu'ils ne l'eussent pas faite sans nous, comme ils ont déjà £ùt ci-devant quand nous avons donné avis de traiter sur la ratification venue d'Espagne ; nous au contraire que tenions à gloire d'être auteurs de la paix , et que c'étoit le bien des Etats d'avancer cette ligue, qui sera vraiment cause de les porter tous ensemble et avec plus de facilité à la paix, quand ils la verront assurée par le moyen de cet appui. Enfin nous out fait de nouveaux sermens qu'ils n'avoient encore eu réponse d'Angleterre; et qu'ils nous prioient de vouloir différer quatre ou cinq jours seulement; qu'il y auroit toujours assez
DU PRÉSIDENT JEANtflN. g3
de loisir pour conclure et traiter cette ligue avant que les Etats aient pris résolution d'envoyer vers les archiducs , et qu'eux viennent au jour qui sera pris pour la conférence* Nous nous sommes laissés vaincre, pour ne montrer trop d'ardeur en cette poursuite , ne nous diviser d'avec eux pour un délai de si peu de temps , aussi qu'il est besoin qu'ayons réponse de votre Majesté sur nos lettres pour la pouvoir conclure sans eux, au cas qu'ils fassent difficulté d'y entrer. Cest pourquoi nous la supplions très-humblement de nous la donner sans remise , et nous donner pouvoir d'offrir ce que lui mandons être nécessaire pour surmonte* toutes difficultés* Nous avons donc fait cette réponse aux députés des Etats, qu'avons agréable et désirons comme eux cette ligue qu'ils nous demandent, comme la jugeant utile pour unir toutes les provinces en ce désir d'accepter une bonne paix; mais <jue messieurs les députés (l'Angleterre n'ayant encore eu réponse dé leur Roi , désirent quatre ou cinq jours de délai ; dans lequel temps ils se promettent de l'avoit" et de nous dire leur résolution ; qu'ils pouvoient délibérer cependant de l'affaire principale , afin de ne plus retarder à donner avis aux archiducs s'ils entreront en traité ou non, leur ayant représenté derechef que là longueur leur est très-dommageable , et qu'ils doivent sortir au plus tôt qu'ils pourront de l'incertitude en laquelle ils sont. À quoi ils ont répondu qu'ils j vacqueroient dès demain , et continueroient de jour en autre sans intermission jusqu'à ce qu'ils en soient du tout résolus. Il est certain que les Etats sont touchés du même désir que votre Majesté, qu'il y > sujet de douter de l'intervention des Anglais, et néan-
$4 KÉGOCUTKl»
moins qu'ils montrent vouloir plutôt h. guerre que h paix. Les députés dé Danëmarck ne sont venus à cette conférence ; les Etats ont été exhortés de les y appeler dorénavant , et nous-mêmes en avons parlé les premiers 9 dont les députés d'Angleterae nous outra gré. Il sera ainsi fait à l'avenic .
Les députés de l'électeur de Brandebourg seul arrivés à ce soir , et ceux de l'électeur Palatin y sont attendus dans quatre ou cinq jours : ils tendront tons à là guerre, à ce qu'on nous dit; et si les archiducs ne consentent d'entrée cette souveraineté absdsneqae les Etats prétendent , il y a crainte que tout ne soit rompu. Le prince Maurice- et le comté Guillaume nous sont venus voir au logis d*l président Jeannin une heure après le départ des députés des Etats et d'Angleterre* Nous leur avtas dit ce qui s'est passé', mis en soupçon tant qu'avons pu de la conduite v des Anglais qui les flattent sur cette démontrance qu'ils font de vouloir la guerre, fait conubîti>e que ce ne -sont qu'artifices et dégcôsemehs, et qui en effet ik craignent le roi d'Espagne , et absent se jefadre i notre amitié; ni secourir les Ëttrts, pourneiui déplaire. Aussi, en parlant de la guerre* ils ne 'disent jamais qu'ils veillent eonlrifouer à la dépenser d'kelle^ et ne Toseroiettt feire pont* (la même rais(H>. Le toi d'Angleterre en effet seroit bien aise que vôtre Majesté l'entreprît , en>eutïla haine et fôt sujet aux périls et événëirifchs d?icalle T lui en demeurant exempt 'Biais elle a ttfpp de prudence pour se laisser tromper de éette -façon; que la guerre à li vérité servirok iitl dessein du roi d'Angleterre , que leur a véns déclaré, pour vu qu'il n'en acquit pas la mauvaise grâce
du pfcésiBÉîiT jEiNNiir. 95
dû i»i d'Espagne , et qu'il put dire que c'est nous qu'en sommes cause * comme il le persuaderait aîsément si sons en supportions la dépense sente et lui n'y eortribueitrien. €?est ce que lui pouvons mander po«r*e *<xcfp ; priant Dien , 8tïe 9 qu'a donne à Votre Majerté et à sa totale ftitàUe tout hetrret prospérité.
A Là fiàye* ce ai décembre 1607.
Voa très-huitibtes et très^ôbétssaits Sujets et serviteurs , P. ikÊntoïm et de Rtjssï.
idWv <& Jfr. Jéannln h M. de j^iBëroy, audit jâttr
Monsttuâ , 4és lettres du ïtoi et les vôtres contiennent *Kie instruction si particulière de la volonté etinteûtiOh deSà Majesté, qu'en sommes suffisamment édakfcis. JLè pouvoir aussi est fort bien et eh bonne fertoe , et fbùt y a été sagemetit considéré.» Il me semWepareiïlettrèttt encore qu'il ne pitle sinon dès trahéB , cOtotèritiOtiS e t aîKances qu'on petit foire sur ie sujet de lu paix qu'en vertu de cette Clause insérée sur la fin d'fcehri pouvoir. Soit que là paix désdits Payt-BtftfeVh «fftêfeive ou non, on s'en peut servir pour &iretotfteâ prôiiiessés, obligations, traités et alliances en cas de pMte iùssl bien que de pait ; inais, pour* ce que Sa Majesté ri* 'tiatis donne pouvoir d'offrir., pour la ligtie ph&éntement requise , pôtir assurer ta pai** 4ptè le* secours éèf trois ou quatre mille hommes de pied français , DOttsla supplions très-humblement de s'élfttgfr davantage et d'offrir ledit secours en argent/liés Etats seront irien-contens d'entretenir des cens de pied frahçais à proportion Jde ce qu'on leur
donnera; mais ils désirent recevoir l'argent et les Êiire payer par leurs officiers , pensent par ce moyen en être mieux servis, respectés et obéis d eux ; et* s'ils acceptent presque encore cette vanité en leur nouvelle seigneurie , que tout dépende d'eux : en quoi il me semble qu'on les peut contente? , puisque Sa Majesté n'aura aucun intérêt pour ce .regard. Quant à la solde desdits quatre mille hommes , en les payant l'année entière à raison de douze mois , afin qu'ils se puissent mieux entretenir et ne portent aucun dommage aux habitons des lieux où ils seront mis en garnison , elle ne sauroit revenir, soit suivant les Etats de France ou ceux de ces pays , à deux cent mille écus au plus. Par les lettres qu'écrivons au Roi , nous supplions très-humblement Sa Majesté de leur vouloir accorder, deux années durant , un million de livres chacun an, et les raisons qui nous meuvent de ce faire* Croyez , monsieur , que cette affaire est sujette à tant de mauvaises rencontres et inconvéniens , qu'on ne doit regarder à ces dernières dépenses pour y mettre une heureuse fin. Qu'elle prenne , s*il lui' plaît , cette assurance de notre foi et loyauté à son service , que ne voulons pas épancher son argent mal à propos pour gratifier les Etats ; au contraire que ferons toute l'épargne qu'il nous sera possible, pourvu que ses affaires n'en soient point gâtées ; et néanmoins que ce désir de les bien faire ne sera cause de nous rendre prodigues en la distribution de son argent , étant notre intention de conduire les deux autant que pourrons, à savoir, le bon succès avec l'épargne de sa bourse, afin que notre travail soit autant agréable qu'utile. M. de Russy a été voir M.' de Barneveldt seul, sui-
DU PRÉSIDENT JEAlfNIlf. 97
vaut la résolu tion.qu avions prise ensemble , sous prétexte de lui parler d'autres affaires. Il est aussi venu me voir» nous ; ayant priés, avec très-grande affection l'un et l'autre , quç , pour lui. donner moyen de mieux porter les affaires à la paix , selon le désir de Sa Majesté , et empêcher que les Anglais n'y nuisent , s'ils ont mauvaise volonté , dont, nous sommes encore aux écoutes, il plaise à Sa Majesté leur- accorder, les trois premières années de la paix, douze cent mille livres chacun an. Nous réduisons cette demande à un million, et pour deux ans seulement. Je vous supplie très-humblement de faire en sorte que le Roi y consente ; j'en écris à M. de Sully, et le supplie aussi d y vouloir aider. Vous jugerez bien tous deux que cette instance si pressée est sans autre dessein que du. désir qu'avons de bien servir.
Vos lettres et ce que M. de La Boderie m'a écrit duroi d'Angleterre et de ses ministres nous mettent en grand doute : bien vous peux-je assurer que tout ce qu'avons mandé touchant les conférences qu'avons euesayec ces députés, est très-véritable, et qu'ils continuent encore à nous tenir les mêmes langages* Néanmoins , le sieur de Barneveldt a quelque soupçon que le^roi d'Espagne ait de nouveau remis le roi d'Angleterre, sur les espérances qu'il avoit eues du mariage de sa fille, pour le changer et disjoindre du tout d'avec Sa Majesté et les Etats, du moins d'avec nous , et craint qu'il aoit tellement enchanté de cette imagination qu'il s'en promette quelque chose ; par ainsi que cet espoir d'un côté et la crainte qu'il a toujours eue d'offenser cette grandeur d'Espagne , le retiennent et portent peut-être encore à faire pis : m'ayant t. x3. 7
g# NÉGOCIATIONS
toutefois juré qu'il n en savoit rien plus avant , Sûr ce que fti'en suis voulu soigneusement informer de lui : mais il croit , si eette poursuite se farsoit de- façon qu'on lui pût persuader que c'est à bon escient, qu'il accorderait au roi d'Espagne de remettre l'exercice de la religion catholique en son royaume , et quitter du tout notre amitié et celle des Etats ; aussi s% ne se vouloient ployer à ce qui lui plairoit. J'en ai bien aussi la même opinion , mais il n'y a point d'apparence qu'on la veuille acheter si chèrement que lui donner par effet ce qu'il prétend , à savoir , les Pays- Bas, et que les archiducs soient pour y consentir, quelque espérance qu'on leur donne de les pourvoir ailleurs. Je craindrois bien plus l'offre de ce mariage avec les Provinces-Unies ; car le roi d'Espagne ne perdroit rien en le consentant , puisqu'il est aussi bien contraint de les quitter* Les Etats penseroient s'assurer du côté d'Espagne à cause de cette alliance , et être appuyés perpétuellement des forces et moyens d'Angleterre. Et quant audit sieur roi d'Angleterre , encore lui seroit-ce assez d'avoir lesdites Provinces- Unies , combien que le reste des Pays-Bas n'y fût compris. Mais tous ces discours ne semblent que songes propres à tromper seulement des esprits hébétés et sans jugement ; car. telles alliances ne rendent pas les amitiés perpétuelles ; et trouveroit enfin le roi d'Espagne , et ses successeurs , qu'on auroit donné beaucoup pour acquérir peu , ou plutôt qu'on auroitagràndi un prince, dontil craint déjà la puissance par mer, pour en recevoir du mal * sous espérance incertaine d'en faire à autrui , c'est-à-dire à nous , qui sommes f par la grâce de Dieu , en état de faire peur
DU PfcÉSIBEttf JEÀrNNIN. gg
et mal à quiconque osera eatreprendr e de nous attaquer. Est vrai qu'il ne lui coûterait rien de promettre le premier <, et qu'il entrevoit ce profit, d'empêcher notre conjonction, et de faire peut-être avec lui quelque dessein présent dont le bpn succès Le garantirent des inconvéniens de 1 avenir; mais il y a trop d'empéchemens et difficultés à le promettre même; et pour l'antre qui a son exécution présente , il lui seroit périlleux de le &ire. U ne fout pas trop craindre tels desseins ni les négliger du tout; bien crois-je pour certain que si ledit sieur Roi rejette notre a&itié et ne se gouverne de bonne foi et comme il doit , en la cause des Etatt; qui nous est commune avec lui, qu'il a quelque mauvais dessein et est du tout sans juger ment , et je ne crois pas ce dernier , quoiqu'il soit craintif et peut-être irrésolu. Te ne vois encore rien aussi qui nous doive faire avoir si mauvaise opinion de lui -, car ses députés montrent toujours de vouloir tendre à la guerre, qui est bien loin de ce dessein ; et semble qu'ils ne rejettent la ligue avant la paix , sinon qu'elle servirait à l'avancer et à y mieux disposer les Etats : on se doit toujours défier de tout ce çât&là» Ainsi sera à vous , monsieur , d'aviser avec votre accoutumée prudence s'il est point à propos, en ce doute , de chercher, par le moyen du Pape ou autrement ,- à diminuer les défiances que le roi d'Espagne a de nous; car il est vraisemblable que , s'il entroit en l'un de ces desseins, ee ne seroit que par désespoir, et pour ne pouvoir s'assurer de l'amitié de Sa Majesté. Nous prendrons garde soigneusement à tout ce qu'ils feront iei , avancerons cependant les affaires ' le {dus que pourrons avec les Etats, et vous en donnerons
ÎOO TtÉGOCIÀTIOÏlS
avis de jour à autre; mais je n?ai voulu retenir davantage ce courrier, afin qu'ayons pfompte réponse , que vous supplie être telle qu'elle nous donne moyen de faire ce que le Roi désire.
M. de La Borde doit partir dans cinq ou six jours , par lequel vous écrirons ce que les Etats auront résolu sur le traité de.la paix et pour toutes sortes d'autres choses. Xajouterai encore ce mot sur ce que vous me mandez quelePape etles Vénitiens sontpour venir aux armes ; je ne sais comme il se peut faire , étant si sages d'une part et d'autre, qu'ils prennent de si dangereux conseils que de vouloir troubler toute la chrétienté , pour donner moyen au roi d'Ettagne de s'accroître en Italie; en quoi, combien qiKrSa Majesté ait grand intérêt, si sera-t:elle bien empêchée d'y prendre un conseil qui soit exempt de tous dangers et inconvéniens. Bien me semble -t- il, s'ils se pouvoient " joindre ensemble , Sa Majesté et le roi d'Angleterre , qui se dit ami des Vénitiens, qu'il seroit expédient de les laisser faire ; car cette guerre donneroit moyen aux deux rois d'entreprendre sur les Pays-Bas , avec avantage et profit, pendant que ledit sieur Roi seroit occupé en Italie , outre ce que tel divertissement serviroit d'un grand secours aux Vénitiens, sans que le Pape eût tant d'occasion de s'en plaindre, que si elle les secouf oit ouvertement avec des forces envoyées en Italie à cet effet. Et quand même le roi d'Angleterre se rendroit difficile d'entrer en notre alliance , aimant mieux celle d'Espagne , dont il seroit encore rechargé avec plus de chaleur cette guerre venant à se faire, il semblèrent néanmoins utile de «prendre ce. conseil , crainte qu'en étouffant cette guerre à sa naissance ,
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comme on a déjà fait la première, le roi d'Espagne, fortifié de cet appui , ne fût pour entreprendre contre nous avec plus dé facilité ; au lieu que ladite guerre occupe roit toutes ses forces, et y auroit moins de péril pour nous à donner du secours à nos amis chez eux que d'en attendre d'eux chez nous. Ceci est hors de ma charge , c'est pourquoi je ne m'en dois mêler. Je suis à présent tant assuré de la bonne volonté des Etats , que nous supplions aussi très-humblement le Roi do leur faire donner le dernier quartier de cette année , dont ils ont grand besoin et nous font tous les jours prière et instance.
• Les députés d'Angleterre nous sont présentement venus voir , ainsi qu'achevions cette dépêche , et nous ont assuré n'avoir encore eu réponse de leur maître; y ajoutant des sermens pour nous le faire croire > sur ce qu'ils ont bien reconnu qu'avions quelque opinion du contraire, et sont derechef entrés, comme de coutume , en des propos qui font connoître qu'ils sont toujours plus enclins, et désireux de la guerre que de la paix; et nous , au contraire, avons continué à leuç dire que la paix est tellement avancée , qu'il y faut plutôt aidée que de la reculer. Jugez, monsieur, combien cette façon de procéder est poignée de ce qu'on en, dit. Notre plus grande crainte est toujours la trêve , à quoi la longueur de ces gens ici les porte. Nous ferons , comme ayons déjà fait,, toutes sortes d'efforts pour l'empêcher , jugeant qu'il n'y a rien si préjudiciable à eux et \ leurs amis. Je prie Dieu, monsieur , qu'il vous don.ne çn parfaite santé , trèsheureuse et longue vie» ■ ■
IOft NÉGOCIATIONS
De La Haye * ce vingt-unième fom de décembre Ï607, Votre frès- humble et très - obéissant serviteur,
Isettre au Roi, au h.% dêcéthbte 1607.
Mfcssi[iETm& Jearifcift <et dé Russy , vous ayant ins-* truit amplement âe ttia Vôlotfté $w les affaires que vous devez traiter p'ar-*belà ipour mon service, rp&r les dépêches que Sainte-Catherine et le corirrierPitaut vous ont portées , il me semble qu'il »e f»e reste à vous faire atitre commandement stw la vôtre *du deuxième de ce mois , qtre j?ai reçue seulement le dix* huitième par le jetaïelLa Force , **i même stir celle du neuvième, que j'ai depuis *f eçûe car le neveu dtrfeu sieur de Buzanvâl , qtie de voros fkire savoir comme vous ferez de présent. Eatrefc au foûd es affaires t que vous ayez au&i à me tenir diligemment averti de toutes occurences pour pouvoir vous départir mes commandemens à mesure que vous en aurez besoin 5 car vous saves qti!èn tel cas il est souvent nécessaire de les changer et accommoder aux occasions qtti se présentent. Vous avez donné bon conseil aux: sieurs lés Etats sur les deux points desquels ils forent requis par le Gordelier et Verreiken, quand iteleur'orit déclaré la ratification d*Espagne.
Vous avez appris, patfma dernière , queje*pôrsiste en ma défiance première des iafentkms'des ktiglafa; leurs langages sont si différens , que Ton n'y :peut asseoir aucun jugement certain. Lei*r roi a blâmé votre ap-
DU PRÉSIDENT JE^NNIN. Io3
prob^UQU de la ratification , et néanmoins je rejette la prolongation de la cessation d'armes. Il ne peut trouver bon que les Etais se contentent d obtenir , par to$ir accord , la clause touchant la souveraineté pareille à celle ^qui leur a été accordée par ladite cessation danses , de plutôt se résoudre k la guerre que de s'en contenter ; et toutefois je ne vois qu'il leur offre apcun secours certain en cas de guerre. Au coûtraire , quand on parle de cela, on il change surle-<4rçmp .de propos , ou il dit qu'il ne veut contreveT nir au traité ^u'il a fait avec le roi d'Espagne. Il a dit ci-devant que pour cette considération , il n'enjendoit entrer en confédération plus étroite avec lesdits Etats , qu'après qu'ils auroient parfait leur accord avec les arch^ucs -, et maintenant il conseitf d'y entendre devant ; mçis il déclare vouloir faire son cas à part, cest-à-dire 9 sans moi. Il ajoute aussi, s'il doit gecoujir lesdits Etats ftpçès 1^. paix, oudurant la guerre , que.ce soit par .ses mains, et non pli^s p^r les miennes, comjpe il a été pratiqué ci-devant , afin qu'il ne soit découvert par ;les Espagnols f et qu'il en ait .tout le gré.ParçiUçiqept 9 il fait dire journellement aux archiducs , par, son ministre qui réside Lprès d'eux , que tout ainsi que depuis son traité avec, eux, il n a secouru Jesdits -Etats d'un squ , atisçi $e jgardçça-t-il bien de le feireçi-aprës, et quil continuera de favoriser la paix, de tout son pouvoir. Sou ambassadeur résidant ici a tenu le même langage touchant la séparation d'avec, moi au traité que nous prétendons faire avec les. Etats et. son maître 5 sur quoi j'ai estimé vous devoir faire savoir que je juge , par telle diverr site et contrariété de langage, que lesdits Anglais ont
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très-mauvaise intention envers moi et mon royaume, qu'ils tendent à traverser et empêcher que je ne me lie pins étroitement' avec lesdits Etats , lesquels ils voudraient sinon jeter du tout entre les bras , ou sous l'absolue domination des archiducs r du moins détacher d'avec moi , en faisant leur susdit accord , âfia de rendre son amitié , correspondance et voisinage plus nécessaire aux uns et aux autres , et par ce moyen me priver entièrement des commodités que je puis espérer desdits Etats. C'est pourquoi , s'ils continuent ainsi de faire les longs et les fins , il faut résoudre et assurer notre fait avec lesdits Etats , sans eux , après toutefois avoirfait tout le possible pour les engager, soit pour la paix, ou pour la guerre-, et me semble que vous pouvez en ceci gagner sur eux un jour avantage , en manifestant et découvrant leur malice et duplicité , comme s'ils dissuadent la paix mal à propos. Pressez-les donc de déclarer clairement et spécifiquement le secours qu'ils prétendent de donner auxdits Etats pour soutenir la guerre , offrant de ma part le double de ce qu'ils contribueront , avec conditions portées par mes précédentes ; et si , au contraire , ils favorisent ladite paix , qu'ils disent ce qu'ils entendent faire pour lesdits Etats , avenant qu'elle soit violée ciaprès , ou quelle aide ils entendent leur donner présentement pour conserver leur Etat les deux premières années de la paix. Ce sont lés trois points sur lesquels je vous ai écrit mes intentions par mes dernières. Car les sollicitant et pressant de répondre nettement à telles propositions , vous découvrirez ce qu'ils ont dans l'estomac , et il faudra sur cela fonder aprèsnos résolutions avec lesdits Etats*, car si les Anglais
DU PRÉSIDENT JE AN N IN. Io5
fuient ma conjonction , je ne veux pas laisser pour eux de traiter avec lesdits Etats. Au moyen de quoi ne Élites difficulté d'entendre à la ligue proposée sans lesdits Anglais , même pour la paix ; car je juge et recoanois avec vous plus que jamais qu'il faut faciliter ladite paix et y buter par préférence à toute autre chose. Etant donc lesdits Anglais si irrésolus , foibles, légers et infidèles en mon endroit qu'ils sont , vous ne laisserez de conclure vos traités avec lesdits Etats sans lesdits Anglais, encore que par mes autres lettres je vous aie obligés à n'offrir mon assistance auxdits Etats, sinon à condition que les Anglais y entreroient pour leur part; et néanmoins faites toutes sortes de devoirs et efforts devant que d'en venir là , pour, s'il est possible , disposer et faire résoudre lesdits Anglais d'entrer auxdits traités avec nous , étant certain que notre confédération étant composée de trois , sefra plus estimée et utile à tous. Mais n'ayez pas opinion, quoi qu'on vous ait dit, quelesdits Anglais aientsujetquelconque d'espérer au mariage de l'infante d'Espagne , et moins qu'ils obtiennent pour tlot lesdites Provinces-Unies. Ce sont toutes imaginations qui peuvent entrer dans l'esprit desdits Anglais, mais qui ne sont effectives. L'on doit plutôt convier que rejetter Spinola et Richardot à être de la conférence que l'on prétend faire pour ladite paix ; car comme ils sont plus puissans et autorisés que les autres , ils seront plus à propos aussi ppur avancer les affaires : mais comme j'ai opinion qu'il faudra que les principales résolutions viennent d'Espagne ; je prévois aussi qu'elles tireront fort à la longue , qui est le pire parti auquel les choses peuvent tomber pour lesdits Etats et leurs vrais amis , et celui
lOG WÉGOCUTIOHS
que j'appréhende le plus , conque Je vous ai .écrit par mes précédentes , avec mon intention sur cela , à savoir de ne continuer de mettre la main à la Iwjjse l'année prochaine , comme j'ai fait celle-ci , si lesdits Etats ne note donnent siyet d'en user autrement. S'il f^ut que je traite sans lesdits Anglais ., il aéra plus besoin que jamais de savoir et considérer que devdex^df pat les places ost&gères qu'ils gardent , et que jesoiséckdrci au vrai du «traité que les Etats feront avec eux , et pareillement .c,e que je pourvois espérer desdits Etats , avenant .que lesdits Anglais se joignent ciaprès avec les Espagnols et les archiducs pour me faire la guerre ; car je 4ois tout craindre et attendre des uns et des autres , et prendre ies choses au pis. Essayez aussi .de profiter de l'intervention et présence des députés des autres rois et, princes qui sont
par-delà , pour favoriser les ionnes résolutions , çt je rue conduirai envers celui de Suède ^elon votre bon avis. J'ai eu àfplaûfir d'avoir été assuré par votre dernière de la bonne intenttQu.et-conduite du prince Maurice ; je n'ai rien. dit à la princesse d'Orange de l'avis qui m'ayait été donné, de .son dése^prô*. Jexrois aussi que c'est un artifice inventé à dessein; $e °lu0' je demeure à présent bien éclairci et çn repos, louant vos considérations sur le ^procédé dudi t pvince Maurice envers le sieur de Çarneveldt, ou à l'entière conclusion des affaires, qaiUaitf donc.presser et avancer tapt qu'il sera possible , en évitant la, prolongation de ladite, cessation d'armes pour un an. Quant à la qualité et foçrae du secours que j'entends donner auxdits Etats , en tout cas , je .vous l'ai si particulièrement écrit, que je n'y puis rien ajouter f persistant
DU PfcÉSIDEUT JEA.NNIN. T07
i vooltfir le donner ea hommes plutôt -qu'en argent 9 pour les raisons que je vous ai écrites. Sur quoi je finirai la présente , pm»t Dieu , messieurs Jeamua et de Russy ,*qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à -Paris , le vingt - deuxième jour de décembre .1607. ■ Hejîry.
Et [plus bas, t Brçla^t.
Lettre «fe Jf. «fe Wittercy à M. Jeamtén , àadit jew
*xt*déoembre 1607*
Monraremi , tootre défiance de la velouté des Anglais ara affaires qui te présentent, augmente journellement^ ainsi que vous apprendrez de la lettre du.Roi- et ^croyons en vérité que tout ce que leurs déjxitësdiseat et font par*delà, n'est que pour décevoir et faire résoudre iTabcerdavec les archiducs , et après traverser net empêcher le .nôtre; car ils ne veulent point que nous ^prenions avec ces Provinces plus de crédit et dintorité. C'est pour cela qu'itefont les bons valets , ^en se ^montrant soigneux de la souveraineté desdîtes Provinces , et de leur procurer une paix , 00a iune trêve à longues ahnéesi. Cependant «ils ne parlent qu'à demi et en termes généraux , de les secourir encaside guerre, ni désobliger avec nous avant qu'où viole >lenr<traité.Ce sont des trompeurs , vrais ennemis de >la tâtonne , 'et iqtii préfèrent aussi imprudemment que >malighement • leur haine à leur propre bien; carae le -serait de s'unir avec nous de botmedbi fen cette action , suivant votre projet et .les ouvertures qui (ont été faites; mais ils ne sont pas capables de tels conseils, eft si vous ne les-erabar-
to8 NÉGOCIATIONS
quez par votre conduite, je n'espère pas qu'ils franchissent le saut avec nous. Je dis plus, s'ils le font, ils s'en dédiront bientôt, et joueront à la fausse compagnie. Toutefois, si nous pouvons les faire danser, ce sera toujours le meilleur , quand ce ne setoit que pour la réputation et pour servir d'exemple aux autres. Certes r j'estimerois qu'il y auroit plus de sûreté et d'honneur de s'unir et traiter avec l'archiduc ; mais il semble que ce soit chose incompatible avec celui de Hollande , et davantage que la France ne doive ou puisse se fier d'Espagne ,.le monde étant composé comme il est. Or , si l'Angleterre refuse de s'unir avec le Roi en cas de faix ou de guerre , et de s'engager comme il faut envers les Etats pour rentrer au dernier parti susdit, il sera difficile que les Provinces désunies se maintiennent ; car l'archiduc ne pourra ni voudra seul danser* ce branle. Quoi avenant , il faudra par nécessité que la Hollande reçoive de l'archiduc telle loi qu'il voudra lui imposer, et me semble que c'est le but auquel visent ensemble le roi d'Angleterre , l'archiduc et le roi d'Espagne. Ces deux derniers artificieusement , et l'autre malicieusement et impudemment , se promettent que le temps rétablira enfin l'ancienne maison de Bourgogne , de laquelle l'Angleterre a autrefois tiré de grands avantages contre la France, sans que l'Espagne y puisse à l'avenir reprendre pied : en quoi je crois certes que le roi d'Angleterre et le comte de Salisbury s'abusent grandement ; mais ils s'enivrent volontiers de cette espérance , tant ils sont transportés de haine et d'envie contre la France. Faites votre possible pour leur faire lever ce masque devant quo
les Hollandais et l'archiduc soient d'accord ; car nous pourrons après mieux choisir et prendre notre parti. Les Etats nous font dire par le sieur Aersens qu'ils, nous y seconderont , soutenant celui-ci que la paix ne réussira point. Il dit aussi que c'est l'opinion de son père, et que sans vos avis les Provinces n'eussent jamais accepté la ratification d'Espagne en la forme qu'elle est ; et quand on lui demande ce que donc ils eussent fait , il répond qu'ils eussent contraint leurs ennemis d'en fournir une autre» ou qu'ils eussent rompu du tout cette négociation. Mais quand l'on demande sur cela avec quels moyens ils peuvent soutenir la guerre , ils répondent qu'ils s'assurent que nous ne les abandonnerons ni l'Angleterre aussi. Nous répliquons qu'ils s'assurent donc de ce dernier comme il convient , et qu'ils trouveront après leur compte de notre côté : mais tout cela n'est que discours. Tous leur avez donné un bon conseil quand vous avez été d'avis d'accepter ladite ratification, et d'entrer sur cela en conférence , quand même la paix ne devroit s'en ensuivre-, car, reconnoissant que la faute en devra être imputée à leurs ennemis , cela servira à les réunir el encourager à la guerre. Mais le principal soin qu'ils doivent avoir, et ce à quoi ils doivent plus s'étudier, est premièrement de faire parler clairement les Anglais, et tirer aussi promptement après le dernier mot des archiducs pour la paix-, et si ceux-là refusent de promettre , et ceux-ci de parler , certes , je prévois qu'eux et leurs vrais amis se trouveront bien empêchés , étant de leur côté composés comme ils sont, et du nôtre; en l'état duquel nous nous trouvons , personne ne pouvant donner conseil au Roi de prendre
IIO NÉGOCIATIONS
sur soi toute cette querelle , même après les preuves qu'il a faites de la foi et constance de ceux qui conduisent les affaires où vous êtes. De sorte que je crains que les Etats soient à la fin contraints d'entendre an ouvertures de l'Empereur, ou s'accommoder toul-à- Jàit au vouloir de l'archiduc. De quoi le roi d'Angleterre sera seul cause : et je vois certes que c'est le but auquel il vise ; car de s'attendre au parti de l'Infante pour le prince de Galles , il n'y a apparence quelconque de le faire ; et quand le sieur de Barneveldt fait contenance d'eti avoir quelque soupçon , je crois que c'est pour donner martel au président Jeannin et à ses amis. Au reste , il faut tout craindre du marquis de Spinola et du président Richardot , car ils feront tout le pis qu'ils pourront à la France , se défiant entièrement du Roi et dé ses ministres, comme ceux qui estiment en avoir été échaudés. Toutefois ils ne peuvent honnêtement ni doivent , ce me semble , être rejetés de la conférence , ainsi que Sa Majesté vous mande. Enfin , elle vous permet de traiter sans les Anglais , quand vous serez du teut désespéré de leur volonté. C'est le sujet principal de cette dépêche , n'ayant rien à y ajouter de plus à celle que le courrier Picaut vous a portée.
Il n'a été rien dit à la princesse d'Orange de l'opinion que l'on a eue du prince Maurice : elle est encore ici retenue , ce dit - elle , par le Roi ; mais je crois qu'elle appréhende bien autant le passage de la mer en cette saison.
< Le Roi a pris plaisir d'entendre ce que vous m'avez écrit touchant les Indes d'orient ; il a toujours k cœur ce dessein. Un certain Espagnol écrit à M. de Vie la
DU PRÉSIDENT TEATfNIIC. III
lettre que je vous envoie $ enquerrez- vous , s'il vous plaît par de-là, s'il y est connu-, et quel état on en peut faire. Quant au dernier quartier de notre secours, Sa Majesté a déKbéré de l'accorder : partant vous pouvez le promettre ; et pour le regard de Texécution , votre conseil sera suivi , espérant qu'efltre-ci et le temps que vous cotez , vous pourrez voir cteùr aux affaires que vous traitez. Mandez-tnfoi librement ce que vous êtes d'avis que l'on offre au sieur de Barneveldt: j'en userai comme il faut, et je vous presse de cela , parce que jusques alors nous ne parlerons qu'entre les dents, ^attendrai aussi votre retour pour réponse au président de Cfaarlem ; et je prie Dieu qu'il vous ramène bientôt, avec le contentement et la santé que vous souhaite , monsieur, votre très-affectionné serviteur et assuré ami , de Neuf ville. À Paris, le 2a décembre 1607.
Délibération des Etdts , du vingt-quatrième de décembre, sur V article de la souveraineté.
Ayant été mis en délibération sur -la réponse de l'article du deuxième Novembre dernier , donné aux* commissaires des sérénissimes archiducs d'Autriche , Ion accordera d'entrer en communication et besogne sur la présentation du traité de paix ou trêve pour longues années \ ont les députés de toutes les Provinces-Unies, unanimement, sincèrement, et en bonne foi , promis , comme ils promettent par cette , l'un et l'autre , qu'en cas de progrès dudit traité et besogne , au premier article d'icelui, devroit être mis et accordé Lien et clairement et expressément la qualité de Pro-
na NÉGOCIATIONS
vinces-Unies , comme provinces et pays libres sur lesquels ni le roi d'Espagne ni les archiducs ne prétendent rien, et cela en la meilleure forme, sans qu'audit traité soient admisou accordés aucuns points, aussi peu es affaires spirituelles et d'Eglise, que séculières ou autres , contre ladite liberté $ et , en cas que de la part dudit Roi ou archiducs soit persisté au contraire , que le traité sera rompu , et lesdits Roi et archiducs mis en Jeur tort > et en outre qu'avec vigueur et commune puissance de toutes les Provinces-Unies, et s'il se peut impétrer aussi des Rois, potentats et Etats qui favorisent leur cause , la guerre sera recommencée par l'aide de Dieu , et tout bon ordre mené à une honorable et assurée fin.
Fait en La Haye , le vingt-quatrième jour de décembre 1607.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy , au Roi, du
a5 décembre 1607.
Sire,
Depuis le départ du courrier Picaut , par lequel nous avons écrit à votre Majesté , les Etats se sont assemblés les trois jours suivans, matin et après dîner, et enfin ont résolu d'envoyer , par un trompette , aux archiducs la lettre dont lui envoyons la copie , qui contient en substance qu'ils sont prêts d'entrer en conférence a,vec leurs députés , en ce lieu de La Haye, sous les protestations et déclarations ci-devant par eux faites \ consentent aussi la prolongation de la trêve pour un mois ou six semaines , et deman-
DU *ftéSl*BNT JEAJUVIN. 1 1 3
dent que le nombre de leurs députés ne soit plus grand que de sept ou huit .
Les députés desdits Etats s'étant assemblés avec nous > ceux d'Angleterre et de Danemarck nous ont fait faire lecture de ladite lettre , disant n'y avoir voulu prendre une entière résolution sans leur avis. Nous leur avons sur ce demandé si ces mots de déclarations et protestations , dont mention est faite par ladite lettre , ne se rapportent pas à ce qu'ils ont toujours protesté et déclaré , s'ils n'entendent traiter sinon à condition que la souveraineté leur soit gardée absolument et sans* aucune condition ni restriction: nous ont dit qu'oui , et que cette résolution avoit encore été prise et répétée de nouveau en leur dernière assemblée , et de ne traiter jamais autrement* Ils ont après été exhortés par nous d'envoyer ladite lettre par quelque homme de qualité , et que l'importance de l'affaire et le respect des princes auxquels ils écrivoient, le requéroient ainsi; mais ils ont répondu qu'il faudroit perdre trop de temps pour obtenir un passeport ; et, quoi qu'ayons répliqué , ils ne se sont laissés vaincre , bien nous ont dit qu'ils en feront rapport à leur assemblée. Outre cette lettre que lé trompette aura pour les archiducs, ils lui en doivent donner une autre pour le sieur Verreiken » par laquelle ils loi feront savoir, au cas qu'on veuille prendre un ou deux étrangers pour être du4 nombre des députés, selon que les archiducs avoient demandé , que ce ne soient personnes ayant des principales charges et commandement en leur armée , et ce pour en exclure le marquis Spinola > ne se souciant du choix de tous les autres. Ils se délibèrent d'envoyer cette lettre dès le t. i3. 8
Il 4 NÉGOCIATIONS
lendemain de Noël , et se promettent que les députés des archiducs pourront être ici dans le dix on douzième de janvier. Aucuns des député* de rassemblée des Etats ont désiré et fait instance que, dès à présent, 1 article pour la souveraineté fût mis par écrit et envoyé aux archiducs , avec déclaration et protestation expresse, s'ils ne la vouloient accorder de cette façon, de leur déclarer qu'ils ne veulent et n'entendent entrer ea conférence, ni aucun traité avec eux; mais cette, opinion n'a été suivie.
Les députés d'Angleterre , lorsque nous sommes assemblés pour dire notre avis sur la lecture de ladite lettre et proposition à nous faite par les d épatés des Etats , ont feit cette même ouverture. Mais , voyant que notre avis étoit que seroit assez à temps de s'ouvrir et faire entendre .les mots qui sont requis pour exprimer cette souveraineté lors de la conférence , jet que les députés de Danemarck dissimuloient aussi à dire9 le leur , nous avons été tous ensemble de lavis des Etats. Nous reconnoissons que le plus grand nombre va à la paix , selon que votre Majesté désire , et toujours à cette condition , que la çpuveraineté soit quittée absolument. Lesdits députés des Etats nous ont encore parlé de la ligue , et ceux d'Angleterre dit, comme de coutume, qu'ils n'ont eu nouvelles de leur maître; ce qu'estimons être vrai, mais qu'il le fait avec artifice*, eux toutefois nous tiennent toujours de bonnes paroles, et se promettent, que la réponse nous eontentera.
«Nous supplions trèa-bumblement votre Majesté de nous faire au plus têt entendre sa volonté sur les lettres que le courrier Picaut a emportées, afin
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. Il5
qu'ayons plus de sujet de presser ladite ligue ; ce que ne laisserons de faire dans deux ou trois jouts, encore que pensions être bien assurés qu'il n'y aqra aucun dommage en la retardation , et qu'il coûtera quelque chose de plus à l'audiencier ; mais cet ouvrage fait, l'esprit de votre Majesté sera plus en repos. M. de La Borde , qui est porteur de cette lettre , s'en va trouver votre Majesté , pour lui faire entendre qu'il est fort recherché pçur aller en Suède, où il désire d'être employé, si elle Ta agréable et lui permet, d'y aller, espérant de l'obtenir pour ce qu'il en deviendra, plua capable de lui rendre quelque jour service. H a bon nom par deçà , craint l'oisiveté » et lui semble que la paix qu'on attend ici , et que les gens de guerre tiennent déjà pçur faite , sur la crainte qu'ils en ont* ôtera le moyen à ceux de sa profession: qui, ont du courage de s'avancer » s'ils n'en vont chercher les occasions au loin. Il a néanmoins été retenu à ne se point en gager sans son commandement, suivant en cela sou devoir et l'avis que lui en avons donné ; il a désiré qu'en donnions avis à votre Majesté * ce que faisons» M. de Russy a, été présentement .voir le sieur 4? Barneveldt, qui lui a .dit qu'ils a voient nouvelles d'Allemagne que les princes protestant ont résolu dt se joindre avec eux, soit à la paix ou à la guerre , et de contribuer même $ux dépenses de la guerre pour une sixième partie., ^oinmç il estime que les Anglais seront. toujours irrésolus si on ne les presse , et qu'il le fera , c'y ayant rien que les Etats désirent davan* tage que de faire, la ligue avec nous. Nous prions Dieu y Sire , qu'il donne à votre Majesté età.sa royale famille tout heur et prospérité*
Il6 ~~ NÉGOCUTipiTS
De La Haye , ce jour de Noël a5 décembre 1607. Vos très** humbles et très - obéissans sujets et serviteurs , P. Jeaivnin et ub Russyv
Lettre de M. Jearmfn à M. de frilterûjrJ dudit jour
o5 décembre 1607,
Monsieur, vos lettres du 1% ont ét^envoyées par le maître de la poste de Calais;, en Zélande , d'où on les a fait tenir à M. de Waudrenecq à Rotterdam , et de là ici, où les ai reçues le aa 4e ce mois , cinq ou six heures après le départ du courrier Picaut. Vous me mandez que les archiducs continuent à se plaindre de ma conduite, et disent avoir surpris les lettres par lesquelles ils ont reconnu que j'empêche la paix; qnant au premier, ils disent le contraire de ce qu'ils pensent, par artifice, et pour excuser la conduite d'eux-mêmes en notre endroit , nous ayant toujours tenus suspects comme ennemis. Or, ils sont mal in^ formés , si les Etats , peut-être pour obtenir plus ai* lément d'eux ce qu'ils désirent, le leur font accroire, <ra d'autres qui , en faisant mal contre eux , veulent néanmoins acquérir la grâce d'avoir. bien fait; car depuis le commencement jusqu'à la fin je me suis toujours-montré amateur de la paix: et même, sur vos premières lettres par lesquelles nous étoit commandé de la rejeter 4u tout , et déclarer , si les Etats la faisoient, qu'avons charge de nous retirer, et de ne les point assister , je fus si retenu et modéré t qu'on ne connut jamais que ce fut notre intention de les porter à la guerre. Depuis., les lettres du Eoi jet les vôtres , nous ayant toujours fait cenuoitce que devioh», sui-
Tant notre intention , tendre à la paix^ nous f avons fait avec la discrétion et comme il était requis pour gênons point rendre suspects à ceux qui vouloient la guerre , non plus qu'aux autres qui désiroient la paix, leur faire bien sentir de nous , afin de nous conserver plus d'autorité envers un chacun , et pour le& ^ conduire, par ce moyen., plus aisément à leur des* sein, où il seroit besoin ; et de notre façon de procès der, vous avons de jour en jour donné avis, pour être informés si Sa Majesté l'approuveroit, ce qu'elle a fait* Nous n'avons pas même résisté à Fampliation de la trêve, lorsqu'elle fut demandée par les archiducs, pour empêcher la division de la province de Zélande, qui vouloit lors plutôt se séparer des antres que d!y consentir. Au contraire, s'en étant remis à nous* nous les avons excités de se joindre à l'avis commun, et non plus à la révocation des navires, dont nous nous remimes aux Etats sans vouloir dire notre avis» quoique telle demande ne fût raisonnable, et que les Etats eussent mieux fait de renvoyer d'autres navires, que de révoquer ceux-là, comme un moyen propre pour induire le roi d'Espagne j qui désiroit à déeou^ vert ladite révocation , d'en donner plus tôt la ratification, comme ils étoient tenus faire par le traité de la trêve pour l'obtenir , dont Sa Majesté même demeura aucunement offensée , estimant qu'on ne l'avoit pap dû accorder^ J'ai été aussi auteur dje faire approuver la dernière ratification envoyée d'Espagne , et le persuadai aux députés d'Angleterre , qui en faisoient.au. commencement difficulté , dont ils ont été blâmés par leur maître. Vous nous avez mandé, que le Roi auroit igréable de faire la Ijgue avec . les Etats ,. aussi Hwk,
pour la gûer;œque pour la paix, pourvu que les Anglais' voutûisent entrer, et que Sa Majesté ne se souéieroit fias qu'elle fût sçue : mais , ayant reconnu que les Anglais en faisoient difficulté, es conférences qu'avons eues à part avec eux , nous nous sommes * abstenus d'en parler en public ; bien dis-je quelque yhosé en particulier au prince Maurice et au sieur de Barneveldt, pour leur faire connoître la bonne volonté de Sa Majesté envers les Etats. Et, sur la demande que lesdits Etats nous fesoient de faire cette ligue défensive et offensive , même pour la guerre , nous fîmes lés réponses qui vous ont été envoyées, par lesquelles nous rejetions la ligue pour la guerre , et acceptions belle pour la paix , comme propre , et qui sembloit même nécessaire pour induire ces peuples à se mettre en repos, leur donnant néanmoins assurance qu'ils ne serbient abandonnés, mais secourus et assistés s'ils étoient contraints de continuer la guerre. Sa Majesté a aussi approuvé cette réponse. Nous avons été ÎOng-temps en crainte que quelques particuliers de cet Etat puissant, pour se faire suivre , ne voulussent faire la paix trop précipitamment, et avec des conditions qui n'eussent été assurées pour eux ni utiles 'pour noûsi ; et , à cette occasion, pour les retenir , j'ai conservé tant qu'ai pu l'affection et bonne volonté envers le Roi du prince Maurice, comte Guillaume, et des autres que connoissois enclins à la guerre , diminuant peu à peu l'aigreur d^ leurs esprits pour leur faire goûter la paix, et néanmoins nous servir il'eux pour les opposer aux autres , s'il eût été besoin. En quoi il a fallu prier divers personnages , et s'avàn- Cer plus ou moins du côté de la paix ou de la guerre ,
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. Xlg
selon les occurrences ; en sorte , néanmoins , .que personne n'a pu prendre autre conjecture de notre volonté, sinon que le vrai but et dessein de Sa Majesté étoit d'aider à faire la paix , pourvu qu'elle fut bonne et assurée. Aussi ai-je parlé clair et de cette sorte ayec Verreiken et le Cordelier, non comme un trompeur qui leur eût voulu persuader qu'aiderions à l'affaire comme il leur plairoit. C'est en somme ma conduite ; vous pouvant assurer , monsieur , que n'ai jamais suivi mon inclination , mais ce qui , m'a été commandé ; et si j'ai failli , le Roi en est cause , car nous lui avons toujours donné avis de tout ce qui s'est passé, et il nous a fait l'honneur de l'approuver; dont ai reçu plus de contentement que s'il m'eût donné quelque grande récompense , ne me souciant pas que les archiducs en sentent, et qu'ils m'en sachent bon ou mauvais gré, pourvu que mon maître en soit satisfait.
Je vous supplie donc , très-humblement , lui faire voir cette lettre, afin que Sa Majesté n'ait cette mauvaise impression de moi, qu'en le servant fidèlement , comme j'ai fait , je n'ai toutefois été asspz discret et sage pour n'offenser ces princes dont elle désire conserver l'amitié; vous pouvant dire ayec vérité qu'ai toujours eu ce respect et dessein , mais après son service et en faisant ce qui m'é toit commandé. Or , les deux ensemble , la paix et la ligue défensive avec les Etats, quoiqu'elle ne soit dommageable, sinon à ceux qui voudront faire du mal au Roi et à son Etat, ne pouvoient pas contenter l'Espagnol et les archiducs, ni la première sans l'autre Sa Majesté. C'est pourquoi j'ai recherché à faire les deux ensemble, et
suis encore après àl'efTectuer. Voilà, monsieur, comme je me suis conduit. Je crains, si les Anglais nous veulent tromper , qu'ils ne fassent bientôt la même plainte de moi ; car je n'ai pas envie de l'être , mais bien de nous conserver en union et amitié avec eux, s'ils procèdent sincèrement et effectuent de bonne foi. ce qu'ils nous ont dit, promis et assuré en toutes nos conférences. Quant aux lettres que les archiducs disent avoir surprises , je n'en crois rien. J'ai vu mon registre , lequel contient la date de toutes les lettres que vous ai écrites et ceux qui les ont portées. J'ai reçu aussi les réponses du Roi et les vôtres , et ai trouvé qu'il n'y a une seule des miennes auxquelles n'ayez répondu. Je fais mes minutes de ma main ; je les fais mettre en chiffres en mon cabinet : ainsi ils n'en peuvent avoir aucune communication; et si je me fie entièrement en celui qui les écrit t vous avez la même fiance aux vôtres qui déchiffrent. J'estime donc que sont des songes qu'ils mettent en avant \ je n'ai écrit à aucun autre chose qui me soucie qui ait été vue. Celui à qui j'ai souvent écrit, pource qu'il a toujours usé de même diligence envers moi ,- a été M. de Vie , gouverneur de Calais : or , il s'est plaint quelques fois de n'avoir reçu réponse de moi à plusieurs de ses lettres , dont la cause provenoit de ce que les porteurs alloient à Dieppe au lieu de passer à Calais; peut-être que quelques unes de ses lettres ont été perdues. Je ne fais point de minutes de celles-là; mais, encore que lui aie quelquefois écrit comme à un homme qui craint la paix , et qui me représentait par toutes ses lettres l'utilité de la guerre , si n'auront-ils pas vu , quand elles seroient
DU PKÉSIDRHT JEANNIN. i^t
toutes eu leurs mains > qu'ayons eu charge de préférer h guerre à la paix.
| rajouterai encore ce mot à ce que je vous ai écrit par le courrier , qu'il est vrai , comme j'estime , que les députés d'Angleterre n'ont reçu réponse de leur maître ; mais qu'il l'a différée à dessein pour nous ôter le moyen de faire la ligue avant le traité des archiducs; Or , si c'est pource qu'il vent la guerre, en effet , et craint que cette ligue n'excite davantage les provinces à désirer la paix , comme elle fera , ou pour quelque autre occasion , je n'en sais rien $ mais il a dit cette raison à M. de La Boderie , qu'en la faisant plus tôt , seroit se rendre auteur de la paix , montrant de fuir cette réputation , comme si elle lui tournoit à blâme; et ses députés nous ont dit autant. On peut conjecturer , s'il est strr les espérances du mariage dont vous ai écrit, et d'avoir pour dot cet Etat, qu'il fera tout ce qu'il pourra pour porter les Etats à la guerre , sans vouloir qu'on croie néanmoins que soit pour lui, pour n'offenser le roi d'Espagne ; et se servirait volontiers de npus et des moyens du prince Maurice ; puis feindroit d'avoir été contraint de nous suivre, pour ne l'avoir pu empêcher ; ne seroit après la ligue avec nous , pour montrer qu'il n'y a aucune amitié ; et s'il donnoit quelque chose aux Etats, seroit sous main , en secret , et sans y être obligé , pour le nier et s'en départir aussi quand il voudroit. Cet artifice, s'il en pense user, est trop grossier pour nous surprendre : il est bien vrai , si la paix est faite» qu'il est entièrement hors d'espérance de ce dessein ; car les Etats ayant obtenu la souveraineté par la paix, ne le choisiront jamais pour maître , je le sais fort
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bien y et qu'ils sont du tout éloignés de cette inclination ; et s'ils ont jamais envie de changer leur république en principauté, qu'ils prendront un prince. si foible qu'il dépende du tout d'eux , et ne soit assez puissant pour user d'un commandement absolu au préjudice de leurs franchises et privilèges; au contraire , si la guerre continue , les Etats s'en pourront aussi bien lasser dans un an ou deux , qu'ils ont déjà fait; aussi pourra bien le roi d'Espagne et lui, sous main , faire des pratiques lors pour induire les particuliers qu'il saura enclins à la paix , de trouver bon son dessein-, fera le même envers le roi d'Espagne, qui sera bien aise de sortir de la guerre par ce moyen, et en perdant ce pays , qu'il ne peut aussi bien conserver, consentir qu'il soit mis es mains d'un prince qui deviendra son ami et sera du tout séparé d'avec nous. Je ne laisse de voir beaucoup de difficultés en ceci , qu'il ne pourra jamais surmonter ; mais j'estime ,* s'il veut la guerre , qu'il y est induit par cette espérance ; et néanmoins il reconnoîtra que nous continuons toujours d'aller à la paix $ car aucuns nous ont dit qu'il ne pense pas encore qu'ayons ce désira bon escient , et qu'il juge ne le pouvoir empêcher. U sera pour y aller plus vite que nous , afin d'en avoir la grâce et publier qu'il en est auteur. Nous y procéderons avec tout respect envers eux , autant qu'il nous sera possible , mais nous avons cru qu'il étoit bon d'en donner ce soupçon au prince Maurice , afin qu'il ne soit trompé par leurs feintes et apparences. Le 21 , 22 et 23, les Etats se sont assemblés , matin et après-dînée , pour prendre résolution sur l'affaire principale , comme ils ont fait , ainsi que verrez par
la lettre qu'ils écrivent aux archiducs , dont nous envoyons copie et la nôtre au Roi.
Je vous supplie très-Humblement qu'ayons bientôt réponse aux lettres du courrier Picaut , pour nous donner moyen de faire la ligue avant la paix. Ayant parlé , il y a trois jours , au sieur de Barnevèld sur les villes ostagères que tiennent les Anglais , il m'a dit qu'ils ne les peuvent retirer qu'en les payant, et qu'ils leur doivent bien huit millions de livres ; mais sont assurés qu'ils composeroient volontiers à trois ou quatre millions, au moins Tont-ils voulu faire plusieurs fois ; et n'étoit les grandes dettes dont ils sont chargés , ils le feroient incontinent après la paix ; mais sera le plus tôt qu'ils pourront. Je voulus sentir si en leur prêtant partie de cet argent , pour retirer lesdites villes, ils seroîent pour les consigner èâ mains de Sa Majesté. A quoi il me répondit qu'ils aimefoient beaucoup mieux qu'elles fussent tenues par le Roi que par les Anglais -, mais s'ils en avoient quelque soupçon qu'ils n'y consentiroient jamais , et seraient même pour leur devenir ennemis; qu'ils avoient autrefois pensé de mettre es mains de Sa Ma* jesté L'Écluse et Tsendick pour se décharger des dites garnisons qui y sont , et lui donner quelque assurance de leur affection ; et si cela étoit mis en avant , il estimoit que les Etats^y pourraient être induits ; mais , que pour ne troubler la paix qu'il désire toujours ardemment, il n'en falloit parler aucunement à présent. Je lui ai aussi tenu propos des dettes du passé ; mais il dit que les Etats ont toujours cru que c'étoit don et non prêt; qu'ils ne s'en sont aussi jamais obligés pour le rendre , et qu'ils ont fait de si
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grandes dépenses de leur coté en une guerre qu'ils prétendent avoir été cause de tenir le royaume en paix , qu'on leur en devoit plutôt donner qu'en demander ; bien se veulent-ils souvenir perpétuellement de ce bienfait pour en rendre service à Sa Majesté , aux siens et à la Couronne, avec laquelle ils demeureront inséparablement unis, et contribueront toujours tout ce qu'ils auront de moyens pour la conservation d'icelle. Il n'oublia pas là-dessus lés promesses et assurances que le Roi lui donna à Angers, de rompre la paix avec l'Espagnol dans trois ou quatre ans. Nous ferons le mieux que pourrons pour ce regard, dont toutefois j'espère peu, mais mieux de leur amitié , s'ils donnent un bon ordre à leurs affaires. Nous différons à parler pour les raisons qu'avons cidevant écrites, «
Je suis , monsieur , votre très-humble et très-affectionné serviteur, P. Je^hnih.
De La Haye, ce a5 décembre 1607.
Autre lettre dudit sieur Jearmin à M. de VÏUeroy^ dudit jour nS décembre 1607.
Monsieur , depuis * vous avoir écrit , le sieur de Barneveldt m'est venu voir -, lequel m'a apporté l'acte de leur assemblée, qui contient la foi qu'ils se sont donnée les uns aux autres de ne faire aucun traité si la souveraineté ne leur est quittée absolument , et sans aucune condition; ils ajoutent par ioelui, soit au spirituel, ecclésiastique ou séculier. Ils se fussent bien passé d'y mettre cette adjection, laquelle fait connoître qu'ils ne veulent pas qu'on leur parle de faire
PU PRESSENT JEAftNIN. ' t!*5
changement en la religion 5 mais ils ne tiennent point démesure ; et de blâmer les choses faites, cette répréhension les offenseroit et ne serviroit de rien. Il s'eét .aussi plaint à moi de ce que ceux qui veulent la guerre disent toujours que traiter est aller en Es* pagne , combien qu'il soit autant résolu d'exposer sa vie pour aider à conserver la liberté commune qu'aucun autre qui soit dans l'Etat. Të l'ai consolé et exhorté de prendre courage , qu'il sera assisté de nous à toutes occasions , et , l'ouvragé fait , loué d'un chacun ; et quand même tout seroit rompu , que son travail ne laissera d'être utile, en ce qu'ils auront fait connoître qtfil ne tient qu'à eux que la paix n'ait été faite. M'a encore demandé si Sa Majesté avoit point eu avis que le roi d'Espagne a remis du tout les Pays-Bas aux archiducs , se départant des conditions insérées en leur traité de mariage à son profit , et consentant qu'elles soient tenues pour nulles , afin qu'ils aient entière liberté de disposer de toutes choses ainsi qu'il leur plaira. Je lui ai dit que non , du moins que n'en avions aucun avis ; lui m'a répondu en avoir entendu quelque chose , et par personne qui le pourroit savoir. Je suis aussitôt entré en opinion s'il est vrai, ce qui est difficile à croire, que le roi d'Espagne le fait pour n'avoir la honte de quitter la souveraineté desdits pays, et sous des promesses secrètes qui lui seront faites par les archiducs , qui seroit encore pour induire les provinces voisines d'aider à cette paix, puisque la jalousie de sa grandeur viendront à cesser par ce moyen , comme aussi pour persuader aux Etats que n'ayant plus rien à traiter qu'avec les archiducs, ils n'ont plus besoin de rechercher l'a}-
liance d'aucun prince pour assurer leur repos ; et qu'en se donnant la foi les uns aux autres , à savoir , eux et les sujets des archiducs, de demeurer en perpétuelle confédération et amitié, et de tenir pour ennemis ceux qui voudroient violer la paix, ils n'auront plus rien à craindre. J'en ai fait sentir quelque chose au sieur de Barneveldt , et quand le roi d'Espagne et les archiducs useraient de ces dégujsemens, qu'ils ne laisseroient d'être toujours bien ensemble et en étroite amitié, pour se servir l'un l'autre au besoin; qu'ils le dévoient aussi croire, pour n'être point trompés et s'appuyer, nonobstant ce, de l'alliance de leurs amis. Il m'a confessé qu'il est vrai , et qu'ils se garderoient bien de faire autrement , qu'il me communiqueroit aussi toujours de toutes choses avec si grande confiance , que rien ne seroit fait qu'avec mon avis , reçonnoisgant la grande affection de Sa Majesté envers leur Etat, et notre prud'hommie et sincérité à leur donner bon conseil. Je le vois aussi fort résolu de traiter promptement , ou de rompre , ou de croire , si les archiducs parlent encore de renvoyer, en Espagne , sjur quelques difficultés qui surviendront au traité , qu'on les veut tromper; et je ne l'ai pas ôtéde celte opinion, mais au contraire l'y ai conforté, pource que j'ai le même sentiment , et que si on entroit en telles longueurs , seroit le vrai chemin de faire la trêve pour l'année prochaine , qui seroit un très-dangereux conseil pour eux et pour, leurs amis. Il m'a aussi dit , comme il avoit fait le matin à M. de Russy, que leur agent qui est en Allemagne , leur a écrit que les électeurs Palatin et de Brandebourg avoient résolu d'entrer en alliance pour les secourir et con-
DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. I»}
tribuer à la dépense , si la guerre continue , me priant aussi d'écrire à Sa Majesté , dç laquelle doit dépendre leur principal appui , d'accroître en ce cas son secours ; ce que lui ai promis faire , et assuré du tout de sa bonne volonté envers leur Etat et envers lui aussi en particulier, qu'elle reconnoît instrument très-utile pour la conduite des affaires ; m'a outre demandé mon avis sur la réponse qu'ils sont tenus faire à l'Empereur, que lui ai dit devoir être pleine de respect et soumission , excuser ce qu'ils ne lui ont donné avis du traité auquel ils sont prêts d'entrer , ayant cru que les archiducs 9 qui appartiennent de si près & Sa Majesté, lesquels en ont été les premiers auteurs , lui eu auroient aussi donné avis; et que pour eux, ayant été invités d'y entrer à conditions honorables et assurées , ils eussent pensé faire chose sujette à blâme de la refuser ou user de quelque délai : mais quoi qu'il avienne , soit paix , qu'ils désirent de toute leur affection, ou continuation de la guerre , qu'ils fuiront autant qu'il leur sera possible , ils seront toujours très-enclins à lui rendre très-humble service , et auront perpétuelle mémoire du soin que Sa. Majesté a pris dit passé pour les mettre en repos.
M. de La Borde s'en va par delà, pour faire trouver bon, s'il peut, au Roi son voyage en Suède; il est recherché pour servir en charge honorable , qu'il ne veut néanmoins accepter sans son commandement exprès; il vouloit partir au même temps que le courrier Picaut; mais je le priai de différer pour trois ou quatre jours , afin de porter la résolution des Etats ; ce qu'il a fait volontiers» Il a désiré que je vous rende ce témoignage de lui , qui est véritable. Je prie Dieu ,
*»8 VÉGOCUTIOflS
monsieur , qu'il vous donne » en parfaite santé , très* heureuse et longue vie* P. Jeannin.
De La Haye , ce vingt-cinquième jour de décembre 1607.
Lettre du Roi, du 2g décembre 1607.
Messieurs Jeannin et de Ru$sy , je reconnois des langages qu'on vous a tenus sur la ligue défensive que Ton propose faire avec moi et le roi d'Angleterre , qu'ils ont toujours opinion que cette union et alliance m'est si nécessaire que je ne puis régner ni conserver mon royaume sans icelle , qu'ils veulent que je IV ehète à poids d'argent , comme s'ils pouvoient mieux s'en passer que moi. Je ne veux entrer eh la connoissance ni jugement de leurs affaires ; mais je sais bien que les miennes sont , grâces à Dieu , en état que je puis me passer de mes voisins , autant pour le moins qu'ils peurvent se passer de moi , et si par delà ils en jugent autrement , ils s'abusent* et sont mal informés de l'état présent de mon royaume.
J'ai cru être de la sûreté et le bien desdits Etats que nous fissions de présent ladite ligue. Je ne veux nier aussi que je n'en puisse tirer utilité. Cest pourquoi je vous ai commandé non-seulement d'y entendre , mais d'y contribuer des offres dignes de moi et de l'affection que je leur porte, soit en cas de paix ou de guerre ,. sans marchander. Vous savez quelle est la charge que je vous ai donnée; davantage je n'ai omis aucune sorte d'office et de devoir de bon frère et voisin envers le roi d'Angleterre , pour l'exciter et disposer d'être de la partie , afin de la fortifier ,' atten*
DU PBÉSIDEST JEÀNNIïC. ifcg
dânt ses députés comme celui quia toujours préféré là cause publique à la particulière. Davantage , je n ai laissé , pour le retardement et tergiversation desdits députés , ni pour l'incertitude avec laquelle ces sieurs m'ont entretenu depuis que vous êtes par delà, de leur continuer mon secours , en mettant la main à la bourse aussi libéralement que si leurs ennemis eussent été à leurs portes et en temps de guerre. Nul autre na Êiit cela que moi 5 toutefois j'en ai désiré d'eu* une reconnoissance ou satisfaction extraordinaire et séparée des autres. C'est à vous d'en répondre ; car je vous ai adressé tous mes commandemens. J'ai véritablement été d'avis, lorsqu'on a parlé de ladite ligue défensive , d'en avancer la négociation et Conclusion , afin cf en être d'accord devant qu'ils traitent avec les archiducs , d'autant que j'ai cru qu'il étoit utile à tous et à eux plus qu'aux autres-, car, comme ils eussent été éclaircis et assurés par delà de ce qu'ils peuvent espérer de nous en paix et en guerre , leurs ennemis les eussent respectés en leurs traités plus qu'ils ne feront , sachant qu'ils ne seront certains de notre appui. Ils eussent aussi traité plus hardiment et sûrement1, se ressentant appuyés de nous en cas de paix et pourvus dé moyens de recommencer la guerre. Ne pouvafat obtenir une paix salutaire , donc ils eussent traité à cheval, c'est-à-dire avec réputation pour garder leur avantage. C'est la seule considération qui m'avoit mû d'affectionner l'avancement de ladite ligue , et pour y parvenir offrir d'y contribuer ce que je vous ai mandé. Mais maintenant les Anglais nonseulement improuvent cette anticipation , mais aussi se laissent entendre ne vouloir entrer en ladite ligue x. i3. 9
1 3p NÉGOCIATIONS
avec moi , prétendant Caire lçur cas à part avec lesditf Etats ; sur quoi je vous ai mandé et permis , par m? dernière dépêche envoyée par Calais, de traiter donc sans eux s'ils persistaient en ce propos , sans m'êtrç arrêté à la considération du mécontentement, et re<» proche de la part d'Espagne et desdits archiducs , de laquelle lesdits Anglais montrent d'être retenus , tant j'ai désiré favoriser lesdits Etats , fortifier leurs çoo* rages et leur bien faire en cette occasion; mais jç change maintenant de conseil , voyant qu'ils ^bjisent ainsi de ma fidélité et bonne volonté.
Vous leur ave? fait sentir que je pourrois les secourir , en cas de paix , de trois ou quatre mille hojpra^ de pied t payé? de mes deniers par njes officiers pouv 4eux ans , afin de les soulager aucunement de b dépense qu'il leur conviendra faire pour garder leurs places ^près ladite paix jusqu'à ce qu'ils aient assuré leurs affaires ; au lieu de quoi ledit sieur de BarW- Këldt demande doqge cent mille livres par m durant trois ans, et semble qu on fasse tort à leur souveraineté que de les secourir de gens de guerre quji sont payé* par autres que par eux. Certainement je suis tr^f- mal édifié de cette réponse ; car cette même offre qrëri* toit d'être reçue avec actions de grâces : ellç û3t &w exemple en temps de paix , et jaunis prinqe rç'a secouru son voisin et allié de gens dç guerre qvf'ù n^H ^it fait le paiement par $qs officiers \ eux-mêqie$ Font ainsi pratiqué eu mon endroit, cojurop ont fait tt>fls le* autres quand ils m'ont secourus mais leur bpt est de se jouer de mon argent , et l'employer non £ ^pç^yer les Français , mais à en entretenir d'autres i oq peut*. $tre payer leurs dettes, Vqijs e?ti^^p qu'il?, «^ «pu-
DU P*K8ID**T JRÀNNnt. *3f
tenteront d'un million pour deux ans 3 sachez que j# n'ai volonté quelconque de fournil: ladite sojftmf • je pais avec ieelie dresser et mettre en mer , on peu de temps , un bon nombre de vaisseau* roeds Qt d$. ga« ières , pour tnç fortifier on lune et <m L'autre n^f , «ans que je dépende do la volonté d* me? voiftqft ni d'autres cpae «Je la mienne. C'est à présent; de ,tew armement duquel mon royaume a besoin fQW mfi garan^r de tontes entreprises \ outre cela , fôjfcis^pt de moi-môiçe et sans acheter et emprunter iVîdo de personne ,• je n'offenserai nul de mesdtts vobmw » comme il aviendra si je traite de présent av§0 ladite Etats , principalement devant qu!ils aieat asqvk $»t tièrement droit souverain auquel ils aspirent» Ffrf tout» si lesdits Anglais persistent de leur côté en la difficulté qu'ils ont fpite d'entrer en ladite ligue devant qtye les*dits Çttfts aient fait orq failli leur accord javec les ^rçhi*dtics, et ceup-ei de se contenter de uea offres pour fat paix on pour k guerre , ditesrleu* que je wî$ <?onr lent de n^aceommoder au conseil et désif dédits ÀDgfeijj , et à cette fin remettre notredit traité après r«mée, pour ne me séparer d'eux, encore que je qon noisse bien que eeoir-ci ne recherchent cette remise que pour pouvoir après rompre avec le temps notre figue 3 mais je suis conseillé d'en prendre le hasard plutôt que d'augmenter mes offres , M me Charger peu} de renmii et de la dépense de notre ligue ^{ipcp* ternea* s?i) fiyut recommencer la guerre > de quoi né w* moins je reeonnois qu'en Espagste et m Flandre ils n'ont awune volonté , poi*r le peu de n&oy w <jpi*il$ ont dç soutenir la dépense d-iceUe f tant &n faut qùïte ôreiitd* leur décaet avantage, jjjrôl Je* p*i*W4
i3a NÉGOCIATIONS
de tout crédit pour long-temps ; et quant aux denier* qu'ils en tireront, ils les consommeront à vivre l'an» née prochaine , qu'ils prévoient et savent que leur flotter doit manquer, de façon qu'ils n auront de quoi faire aux Pays-Bas l'année prochaine , les efforts qu'ils appréhendent par delà , et qu'eux-mêmes publient pour maintenir la réputation de leur puissance. Tellement que , si lesdits Etats sont bien servis en cette négociation , ils y auront autant d'avantage que les autres ; ils n'ont qu'à éviter la longueur; car ejle sera affectée et recherchée par lesdits Espagnols, en espérance de profiter d'icelle en laissant ou diminuant le corps desdits Etats. Pour mon regard je m'àccoramoderai à tout, pourvu que je sois exempt de mettre ci-après la main à la bourse durant ces irrésolutions , comme sont les Anglais et les autres , à quoi je suis tout résolu et de m'étudier à profiter du temps , à l'exemple des autres , puisque je sais que les effets de ma franchise et bonne volonté ne servent qu'à induire ceux qui les reçoivent à me renchérir leur alliance , jaçoit qu'elle leur soit aussi nécessaire pour le moins qu'elle me peut être utile. Davantage , vous savez qu'ayant été continuellement pressé par Tarnbassadeur d'Angleterre de faire payer à son maître ce qu'il prétend que je lui dois , j'ai voulu vérifier sa dette, et ai trouva non-seuleraent que je ne lui dois rien , mais qu'il faut compter ce que j'ai fourni pour lui auxdits Etats , en vertu du traité fait par ledit duc de Sully , qu'il m'est redevable d'une bonne somme $ ce qui a été justifié sur les pièces mêmes que ledit ambassadeur a produites jusqu'à présent : de quoi j'ai commandé être dressé un état au vrai , pour vous
DU PRÉSJDJ&HT JJEANïlIN. *33
foe* envoyé par le premier* ,Ce que je vous mande y pource qu'ayant cru ci -devant qu'il en alloit autrement, je vous ai commandé sentir et accorder par ladite ligue , de fournir sur le compte dudit roi d'Angleterre, et en déduqtien de la susdite dette, un tiers de la somme dont nous conviendrions secourir ensemble lesdits Etats en cas de guerre , et de tirer les deux autres tiers de ma bourse ; à quoi il ne faut plus, que vous m'obligiez pour ledit Roi , puisque je ne lui dois rien plus. Il faut donc se copten ter d'offrir pour moi les deux tiers de ce que ledit Roi contribuera en la manière que je vous ai mandé par mes précédentes. Continuez à inécrire le plus souvent que vous pourrez ; quant aux deniers du dernier quartier de la présente année , l'on commencera à les. compter et mettre entre les mains du sieur Aërsens , après le premier jour de l'an , et serez averti quand "** ils seront prêts à voiturer, à point nommé. La présente servira de réponse à la votre du vingt-unième , que j'ai reçve le a5 du présent par, le courrier Picaut. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy ,. qu'il vous ait en sa sainte garde.
• Ecrit à Paris , le vingt-neuvième jour de décembre 1607, Henri. .
Et plus bas , Brulart.
Lettre de M. de ffîUeray à M. Jeanniriy du 2g. dé-
cembre 1607.
Monsieur, il faut servir son maître comme il lui plaît. Vous verrez en sa lettre la résolution qu'il a prise sur la'proposition du sieur de Barneveldt ; il
*34 **ôoCu*tO**
dit qn'ff veut aecrtîtr è eoû crédit â «es dtf pens* et çalt abusé de sa facilité , voulant lui enchérit ouurvûûdre l'anticipation du traité qu'il a moatré désirer , cotmne il en étoit fort affamé, et qu'il n'était plus utile à eu* qu'à nous. Ce procédé lui est tt^-4éwgréabte> et pourfoit le faire cabrer toût*à*feit > comme ii a plusieurs fois écrit. Il dit qu'il veut , contre sou naturel et sa coutume , apprendre à faire profit du temps et de la dissimulation, comme font lès autres* fet croit le pouvoir faire sans péri!, aussi bien et pw-être mieux qu'eut : Dieu veuille conduire la barque et vous fortifier de son saint Esprit en cette action» L'on dit que le roi de la Grande-Bretagne a depuis peu fait fouetter par les rues et arracher les oreilles à un ministre puritain qui avoit prêché contre les évêques de sa Religion, et qu'il montré moins d'aigreur contre les catholiques que devant; toutefois il est offensé d'un nouveau bref que le Pape a écrit au* Anglais catholiques, qui a été accompagné d'une lettre du cardinal Bellarmin , pour les exhorter à ne jurer le serment auquel ledit Roi veut les astreindre. A quoi Ton dit que ledit Roi doit faire répondre au premier jour. Ses actions sont si diverses que Ton ne sait quel jugement l'on en doit faire : peut-être en viendra -VOUS mieux à bout où vous êtes que nous.
Au reste , monsieur , je désirerais recouvrer pour mon argent une ou dent tentes de tapisserie de quatre ou cinq cents écus la pièce, de celles que Ton m'a dit se faire et rencontrer à vendre par delà. Je vous prie de commander au sieur de Sainte-Catherine, ou autre des vôtres, qu'il fasse cette diligence et ménage pour moi sans bruit , s'il vous plaît ; je n'eu suis preBsé , et
DU PRÉSn>E$T JEANNIN. 3 35
laffirt qte je teà Aie à votre rétour. Toutefois, sitôt que\ous me manderez qu'elles auront été achetées ,' je vôud enverrai l'argent pour les payer ; je ne ferai de difficulté de prendre celles qui auront jà servi , pourvu qu'elles ne soient usées, le vous prie de m'eftctoSer dé la peine que je vous donne» En me commandant pour votre service, et vous remerciant toujours du soin que vous avez de mon neveu , je prié Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, et tne recommande très-affectueusement à votre bonne grâce*
De Paris , ce *g décembre , au soir , 1607.
Votre très-afîectiônné serviteur et assuré ami.
- D1E NeUFVIIXË.
Autre lettré de M. de Vittèrqjr à ilfl Jeannin, dudiè jour
*§ décembre 1607»
Monsieur , il est vrai que le Roi est très-mal content de la demande du sieur de Barneveldt ; il dit qu'il Vêtit faire les affaires de son pays à ses dépens en abusant de sa crédulité et facilité. Le Roi dit que vous devez parler à d'autres qu'audit sieur de Barneveldt, afin qne sa bonne volonté soit étendue et reconnue. le ne trouve d'empêchés que cetrt qui sont en besogne comme vous. Enfin nous ne voulons accroître ni changer nos offres, et voulons payer nous-mêmes nos gens ; nous disons que ces messieurs lé doivent désirer si , par eflet , ils veulent y employer notre argent et non ailleurs ; car ce leur sera honneur et avantage qu'il soit su et vu de tous que nous leur donnons ce Secours ouvertement. Ce que nous pourrons légitime-
i36 sÉGoauTioas.
meut faire ci -après , étant tenus pour souverains • et c'est la cause seule pour laquelle cet ordre n'aété tenu ci-devant , ayant voulu couvrir notre secours. Nous entendons que lesdits gens de guerre qui les serviront,- fassent serment de le* tien et fidèlement servir, tout ainsi que s'ils étaient payés par leurs mains et de leurs deniers, comme il a été toujours pratiqué en cas semblable. Nous avons toujours désiré , comme nous faisons encore , arrêter notre ligue défensive devaut Vacçord des archiducs ; mai& le procédé Ûu sieur de Barneveldt , joint à la froideur des Anglais , nous fait ehanger de conseil, ainsi que leRoi vous écr&,Partant, si vous ne pouvez disposer les Etats de se contenter de ce que vous avez charge de leur accorder en cas de paix , il faudra remettre la partie après ledit traité des archiducs fait ou failli; et néanmoins je crains, pour mon regard , que noua n'en aurons lors si bon marché, par la malice du roi d'Angleterre et du comte dç Salisbury^
L'on dit que le prince Maurice a envoyé un Anglais ^ l'un et à l'autre , qui leur a porté quelque parole secrète contre la paix ou pour son particulier , à votre déçu et même du sieur de Barneveldt. M, de La Bo-> derie l'a écrit par deçà ; iaformez-rvous-en sans le découvrir : nous faisons bien, état , en cas que l'on reçoive nos offres pour la paix , que l'on nous ren-r verroit nos gens, si nous entrions en guerre par deçà, ainsi que vous avez coté par vos lettres. Le pouvoir qui voué a été envoyé, est suffisant pour traiter et résoudre tout ce qui sera par vous jugé nécessaire , suivant les commandemens du Roi , portés par ses lettres. Je vous dirai sur cela qu'il me semble que
vous devez faire mettre par écrit tous les articles qui peuvent être accordés entre nous et les Etats pour fonder notre ligue ; y ajoutant aussi ceux des Anglais s'ils veulent y entrer, afin que nous conquérions le tout ensemble ici sans nous en découvrir par parcelles , ni essaya: de tirer de nous plusque ne voulons accorder j devant que nous sachions au vrai Futilité, que nous pouvons faire état d'en tirer ; car cette incertitude augmente notre défiance et. nous rend plus difficiles. Nous continuons à dire que nous voulons gratifier et obliger le sieur de Barneveldt ; mais nous désirons sur la qualité de la gratification avoir votre avis avant que d'en lâcher la parole , afin de n'offrir trop, ni trop peu. Le Roi m'a commandé de le vous faire savoir. Nous interprétons à art les dis cour s. que vous a faits ledit sieur de Barneveldt , de l'espérance nouvelle que le roi d'Espagne a donnée au roi d'Angleterre. Toutefois celui-ci hait tant les Français qu'il n'y a rien à quoi il n'entende pour leur nuire ? et ne voyons pas que le Pape soit capable d'éclaircir et assurer le roi d'Espagne de l'amitié et foi de Sa Majesté. L'on dit que le président Richardot ira où vous êtes avec le marquis d'Ancre et Verreiken ; en ce cas vous aurez loisir d'entretenir le premier; mais il est si outré contre le Roi et ses gens , que je n'ai pas opinion qu'il y ait rien à gagner avec lui. Tout ce que,vous discourez par votre lettre des accidens qui menacent l'Italie , si la querelle d'entre le Pape et les Vénitiens renouvelle, comme chacun en a crainte , est véritable.
Mandez-nous ce que les Etats entendent faire des villes ostagères tenues par. les Anglais , et ce que nous devons espérer d'eux en reconnoissance et revanche
ÎÏ8 MteOCttlgOM
des dehters deéquel* nous Us avons ci-devant éeeou* ras , sahs toutefois les en presse* 1 sinon lof sqlie vous jùgereft qu'il sera à propos de le faire, le vous envoie ce pàqtiet pat ijn des gens de M. le prince d'Orange» que M « Aërsens m'a adressé allant vous trouver* vous priant m'arertir de la réception d'icelu); et je vtrae assurerai de la continuation de la bonne santé de leurs Majestés gt de toute leur rtyâle maison. Je n'ai rien à ajoute* à ce que le Roi vous écrit des dettes d'Angleterre > sinon que ç'a^té M. de êully qui en a vérifié l'état avec l'ambassadeur ; et comme celui-ci est trouvé redevable pour son maître * il n'a été moins surpris et étonné que très*déplaifcattt Yous pouveî juger de quelle façon cette nation traite avec nous , par l'échantillon du traité de Mi de Sully qu'ils vous ont délivré par delà : croyez qu'as ont une dangereuse queue pour nous. Je prie Dieu , monsieur * qu'il von* donne en santé bonne et longue vie.
De Paris , le vingtaieu vièmè jour dedécetnbre 1 607 .
Votte très^AffeCtiOûné et assuré serviteur.
nu NswviLLft.
Leitte iè% Mi de Ld Boderiè à M. Jeannin , êuâk jour
iç décembre ifkrj.
M oasiÊM , mt* dernières sont du huitième de ce mois; députe je ne Vous si point écrit pour n'avoir rien reconnu qui méritât vous avertir dé plus que ce qui est porté par mes précédentes. J'ai reçu cette semaine les vôtres du dixième du présent , auxquelles je vois lé jugement que trè$*prudemmefit vous faites eu ma) qui peut également arriver au* affaires corn*
muiêtf, par tepra d'intelligence etttire ûotfe C<wr et dle-d) et l'utilité au contraire qui reviendrait à l'uae-et à l'autre si cette derrière yinarchoit avec plu* de franchise et de siaéérité. C'est chose que j'ai repré*tentée par deçà principalement plue d'une foie 5 mai* lft&fiaaœ qtfoa témoigna y avoir de nous » ou pour mieux dire crainte qu'on a d'irriter l'Espagne , est si grande que, quelques raiaoKs qu'on puisse alléguer en faveur de ce qui seroit souhaitable , elles sont étouffées par le goût que ce Roi prend au repos présent où il est plongé ; car il est si grand qu'il n'appréhende rien au monde que d'en sortir , et y est tellement entretenu par quelques uns des principaux qui sont autour de lui* qu'ils lui en sont d'autant plus chers et tant mieux payés de ceux qui les poussent que les autres y qui possible seraient d'autre avis v et qui aux autres choses paraissent avoir plus d'autorité * sdnt contraints céder en celle-ci , de peur de déplaire et se ramer ; possible aussi que leur profession étant plus pacifique que martiale , et les conlmodités qu'ils eu retirent plus apparentes en un temp6 qu'en l'autre, cela est cause , avec l'air du pays qui n'incline ni eux ni aucun des autres à nous vouloir bien , qu'ils ne s'y opimâtrent que de bonne sorte. Tant y a qu'il ne fout point faire accroire qu'aucune considération de prudence les puisse émouvoir à se tirer volontairement de là condition où ils se trouvent * et que tandis que l'Espagne leur laissera quelque espérance de pouvoir bien vivre avec elle , comme il me semble que de part et d'autre ils en font tout le devoir, qu'il leur estimpossible qu'ils fassent rien qui lui puisse déplaire »
ou du moins dont ils ne se préparent l'excuse aussi-
lio NÉGOCIATIONS
tôt qu'ils en feront Je dessein. Le moyen qu'il» tiennent pour entrer en la ligue , dont les pressent messieurs les Etats, en est un grand témoignage. Du commencement ils ne la vouloient faire qu'après la paix conclue , pour pouvoir dire aux Espagnols qu'ils n'y avoient consenti tant qu'ils auroient. cru lesdits Etats leurs ennemis. Depuis, ayant sa que nous nous délibérions de passer outre , et que respect ne nous retenoit point , de peur que nous ne nous acquissions par ce moyen plus d'autorité qu'eux parmi lesdits Etats,* ils ont déclaré ou doivent déclarer bientôt d'y vouloir entrer, mais pour n'avoir lieu ladite ligue toutefois qu'après la paix faite; et, pour complaire auxdits Espagnols, et leur montrer qu'ils ne veulent avoir aucune intelligence avec nous qui leur donne ombrage , ils font , comme je vous ai dit ci-devant, bande à part et méprisent notre alliance. Je ne leur ai fait aucun semblant , ni de le savoir ni d'en faire compte , tant pour le commandement que j'ai d'en user ainsi en pareilles rencontres, que parce qu'en effet j'ai bien jugé que je n'y gagnerois rien, et aussi, pour dire la vérité, qu'il y aura plus à mon opinion d'avantage pour nous de traiter seuls qu'avec eux : car leur foiblesse en toutes choses étant désormais aussi reconnue et en Espagne et en Hollande, comme y étant au contraire admirée la puissance que le Roi notre maître a acquise à son royaume , notre conjonction avec lesdits Etats., < séparée d'eux , fera que lesdits Etats dépendront toujours plus de nous que d'eux, et que l'Espagne même, nous voyant renforcés de cette alliance, craindra plus de s'attaquer à nous qu'à eux. »..-..
Ce Roi témoigne être mal satisfait desdits Etats ,
DU PBéMDENT JEÀNNIN. ifil
et tous les jours lui en sort quelque parole ; depuis peu même il a dit touthaut qu'ils faisoient tout contre sa volonté , mais qu'il falloit qu'ils S'apprêtassent à lui rendre ce qu'ils lui dévoient 5 qui n'est pas la plus mauvaise humeur en quoi nous le devons souhaiter d'être , et suis bien d'avis que nous fassions de touscôtés ce que nous pourrons pour l'y nourrir. Il est fiché qu'ils fassent la paix , et voudroit bien qu'eux et nous eussions la guerre , et les incommodités qui en dépendent perpétuelles, et cependant aller à la chasse et foire bonne chère tout à son aise, être hors de peur des Espagnols , et pouvoir dire ce n'est moi qui vous a fait le mal ; mais ce dessein est trop grossier -, et m'étonne comme lui et les siens, qui s'estiment si fins, ont pu se persuader quîl leur dût réussir longtemps. C'est chose que je n'ai guères tardé à remarquer quand j'ai été ici , et sur laquelle je loue Dieu que Sa Majesté se soit résolue de se délivrer de soin et de «dépense; je plains seulement qu'il ne l'ait fait plus tôt. J'espère que ce sera le meilleur conseil qu'elle eut pu prendre , et à l'accomplissement duquel tous ses serviteurs doivent conspirer avec elle , comme je vois que vous faites très-utilement de votre côté; Je prie Dieu vous y donner tout bonheur jusqu'à la fin et en parfaite santé, monsieur, très-longue vie , vous baisant très-humblement les mains.
À Londres, ce ng décembre 1607.
Votre.très-humble et très-affectionné serviteur.
*Li Bodekie (ï).
(1) Cette lettre est la dernière de la partie inédite des Négociation* da président Jcaahin , dont il eit parlé dans l'Avis place en t<3te de <« volume. ,
* 4* inteociATiOTO
Lettre de M. de Vilkray k M. Jotwu'n, du dixième
de janvier i6q&
Monsieur, tous n'aurez lettre que de moi pour cette fois, eneore que le Roi ait reçu les vôtres du neis passé, par le sieur dé La Borde, arrivé ici seulement le huitième du présent , an soir. C'est pour vous avertir que ce jour-là l'ambassadeur de l'archiduc vit le Roi, et lui dit que,* ayant appris d'un Certain provincial des Jésuites dû pays' de Flandre, qui a naguère* passé par le régiment des gardes allant à Jtoroe , que , en parlant à Sa Majesté dé la paix que poursuit l'archiduc avec les Provinces-Unies , il avoit trouvé Sa Majesté , non - seulement disposée à favoriser un si bon œuvre , mais quasi offensée de quoi ayant découvert sa bonne intention Uux gens de l'archiduc, on en avoit fait peu de compte, il en jweit averti à l'instant ledit archiduc et ses ministres, qui lqi «voient donné charge de voir Sa Majesté aur ce sujet, et fui dire que si plus tôt ils nVvoient fait requérir saéite Majesté de favoriser leur poursuite, c'avoit été poun* qu'ils avoient jusqu'à présent douté du vouloir de Messieurs les Etats, de sorte qu'ils étaient incertains s'ils entreroient en traité ; mais puisque vous, en êtes aujourd'hui éclaircis par la déclaration que Ida Etats en avoient faite , les archiducs prioient instamment Sa Majesté de les assister, en cette occasion, de son pouvoir et crédit, et même de vous commander, et à M. de Russy , de vous joindre à Ses gens , pour ensemble faire instance du rétablissement de la re*
ligion esdites Provinces ; ajoutant à cela plusieurs
DU Pfti&P&Jir JfcÀNNIN. •|t43
paroles choisies pour <y disposer le Roi d!y faire s®* possible. Sa réponse » 4 té qu'il avoit souvent dit fort librement audit ambassadeur son intenta» mr ladite paix , comme il avoit fait à plusieurs antres qviavoîeat paisse ici, et même ai* Cornélien (tefaçaa <p*'ce provincial de* Jésuites, auquel véfiitabtempn*: il TavoU fait déclarer» n'en avoit pu dire davantage audit ambas$adeur que Sa Majesté avoi* ftit elle-r même; que* si h raison qu'il lui représentait maintenant avoir retardé l'archiduc d'en faire jusqu'à présent autre compte , étoi* la seule qui L'avott ror tenu , il le preuoit en bonne part , et vantait qu'il crut que comme il ne wuioit aller a*x noces sans priçr , au^si irojt-U toujours au devant de toutes les occasions cjui $e présenteraient de bien feue au pu* Mie, et particulièrement auxdits arebiduea et; k sa suite , qu'il chéri$soit pwr plusieurs raisons gêné* raies et particulières , qui dévoient l'induire i ce (aire-, partant qu'il vous en feroit une recharge ëx-i pré*** ; qu'il parioit de recharge, parce que cétçk le* première et plus exprès commandemens qu'il va»* avait frit? » tous envoyant où vous âtas, lesquels il vau$ avoit continués et reLtérés.depuis que voi^y étie» arrivé. Toutefois , qu'il ne vous ordonnera* pas de vous joindre à eux pour le fait de la religion , non par faute de zèle 6t d'affection > car voq$ abondiez en l'ua et en l'autre, mais parce que vous saviez que. tel office seroit mal reçu et inutile esdites Froviaces , même aç pouviez conseiller à l'archiduc d'y entrer pourl'opi* niâtrer» e'il voûtait avancer et faciliter tapai* : d)e quoi sgdite Afeyesté Un a voulu même déduire les misons , leg^Ue? ont été bien prises. 4 ia suite deicê dis-*
l44 wiGOCIAtïOTO
cours ledit ambassadeur s'estfort loué de votre prôcé» dé, disant l'archiduc être bien informé dubondevoit que vous faisiez pour la paix , combien que les Anglais donnent tous les jours à entendre que tout ce que les autres font n'est que feinte , et que le Roi , eu son âme , craint et traverse ce bon oeuvre ; mais que l'archiduc est à présent pleinement éclairci du cou-* traire, de quoi il se ressent très-obligé à Sa Majesté.
Après ce propos , ledit ambassadeur en a mis un autre en jeu , duquel il a voulu aussi faire accroire au Roi que ledit provincial lui avoit dit avoir particulièrement fait ouverture à sadite Majesté, qui l'avoit approuvé , qui est du mariage de madame? Christine avec le prince d'Espagne, et en ce faisant les rendre successeurs de la Flandre , et de tout ce qui en dépend , après le décès de ceux qui en portent le titre , et par ce moyen séparer pour jamais ces pays-là de ceux d'Espagne , et de la puissance du roi d'Espagne. De quoi il avoit aussi averti les archiducs , lesquels avoient tellement loué et approuvé ladite ouverture , qu'ils lui avoient donné charge d'en remercier le Roi , et de savoir sur cela son intention ; laquelle ils protestoient non-seulèment de vouloir embrasser , mais d'en entreprendre la- négociation envers le roi d'Espagne, se promettant delà feire réussir au gré et contentement des " parties } ajoutant à cela plusieurs bonnes et belles paroles , pour faire estimer cette proposition et la bonne volonté de ceux de la part desquels il parloit. Le Roi a montré , par Isa réponse , bien recevoir ce propos ; a reconnuledit provincial lui en avoir parlé, et comme il a ci-devant toujours volontiers entendu à sem-
BU PRÉSIDENT JEA9IU*. l45
blabies propositions , mû de son affection à la tranquillité publique y aussi avoir répondu de même audit provincial , et vouloir continuer encore envers ledit ambassadeur \ ne pouvant sinon louer et priser la. bonne intention des archiducs 5 mais qu'il lui semblent qu'il appartenoit au Pape de conduire et traiter ce fait , pour les raisons qui dévoient l'obliger k ce faire , et l'y rendre propre et utile , ce que ledit ambassadeur a fait paroître bien recevoir et approuver. Je vous prie de faire entendre ces deux points au Cicomore (0 , et non à autre , car le Roi le désire ainsi , spécialement pour le regard du dernier , afin qu'il ne soit su que de lui , ni même qu'il vous en ait été écrit, pour les raisons que vous pouvez mieux juger. Sa Majesté croit que ces langages sont pleins d'artifice pour l'endormir , et puis pour le décréditer envers les Etats ; joint qu'il ne croit pas devoir espérer grande utilité de l'espérance de ce mariage ;, l'effet duquel dépend du temps. , et ce qu'il engendrera. Toutefois, si cet ambassadeur a eu charge de lui tenir ce propos , il dit qu'il sera bien difficile que le sieur Richardot , voyant le Cicoi&ore y ne s'en découvre à lui, ou bien n'en mette en avant quelque autre de pareille étoffe / où ledit Cicomore pourra pénétrer plus avant en l'intention plus secrète de 1 acchiduc , et aussi du roi d'Espagne.
Nous désirons donc que vous prépariez ledit Cicomore à veiller ft pour ce regard , ledit Richardot , sans qu'il connoisse qu'il ait.su lesdits discours de l'ambassadeur , ni qu'il s'aperçoive que Sa Majesté pense à choses semblables. Il faudra que le temps et votre
(t) Le président tannin , auquel cette lettre ut «dressée. T. i3. 10
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conversation vous donnent l'opportunité et l'occasion de parvenir à ces éclaircissemens ; de quoi nous remettons la conduite à votre prudence et fidélité. Eu lisant au Roi votre première lettre du 2$, suivant votre déiir , Sa Majesté a jugé que vous aviez conçu de l'avis que je vous avois donné par la mienne du douzième , du bruit que les archiducs faisoient courre des empêchemeûs que vous donniez à la paix: 9 et de vos lettres interceptées , qu'elle y avoit ajouté quelque foi ; dont elle a été marrie pour la peine qu'elle a cru que cela vous a donnée ; mais elle désire que vous perdiez. cette opinion , vous asdurant que c'est chose qui n'est onques entrée en- son esprit , étant bien mémorative des commandemens qu'elle vous a faits , et mieux informée de votre obéissance et loyauté en Fexécution et observation d'iceux. ïe reconnois aussi véritablement que le contentement qu'elle a de vos actions augmente journellement à mesure qu'elle en est informée , tant par vos lettres que par les rapports que M en font tous ceux qui* retournent du pays -, au moyen de quoi mettez, votre esprit en repos pour ce regard ; et si les Anglais se plaignent de vous , nous savons bien qu'ils en seront seuls causes, et que ce sera contre raison. Leur maître vit avec nous comme de coutume ; certes, nous avons pour le moins autant de sujets de noua en défier que d'en espérer. Dieu veuille qu'il nous trompe , conime font ceux qui parlent du ùkariage de leur prince , aux conditions que vous nous avez écrites 5 car jamais les Espagnols ne quitteront à leurs voisins un tel morceau , duquel il seroient par trop fortifiés. Je crois* que ledit Roi sera bien aise de
DO PRÉSIDENT JtANMN. ji»
nourrit et taire durer la guerre , pourvu qu'il n'f mette rien du sien, et qu'il y embarrasse ses voisins. Continuons de fevorisér une bonne et assurée paix , nous y aurons honneur et profit.
Nous avons su les réponses* dé Barnëveldt sur lès villes cautionnaires , et sur l'argent qui a été déboursé par Sa Majesté. Elle n'est contente de l'une ni de l'autre, et prévois que le roi d'Angleterre demeurera nanti des premières, avec quoi il conservera son pou^ voir dedans le pays, et nous' ne tirerons pour l'avenir que du vent et des paroles dé tout ce que nous y aurons mis.- Nous commenèens aussi à espérer peu de fruit dé la ligne qui a été proposée; depuis que nous avons vu qu'ils nous renchérissent l'avancement dé la conclusion d'icelle , devant leur accord avec les archiducs , comme vbùS avéfc connu par là réponse que nous avons faite à la dépêche apportée par Picaut. Nous n'avons rien à vous dire sur la lettre que ces sieurs ont écrite aux archiducs , ni sur le résultat de leur souveraineté , puisque c'est chose 4ùe. Nous n'avons point ouï parler aussi de cette remise entière du droit que la couronne d'Espagne s'est réservé en la cession des Pays-Bas , dont Barneveldt vous a dit avoir pressenti quelque chose. Je crois àveé vous bue c'est par artifice; à qt#t il sera facile dé périétrer eh peu de temps; mais nWis ne croyons pas qttè ces sieurs, soient si réseli»; qu'ils rompent la nëgbdatidn . qu'ils auront commentée , (s'ils s'apérêoïVëhï que iës archiducs tes remettent M etinsèn1 d'EsjJagtte ; <*é sdtit rodomontades de pédplèS. Nbusfti&ônë peu de èotripte aussi des offres de l'électeur Palatin , dé l'électeur de Brandebourg , ai de foira fèffiMabit*. Si Majesté tft
l4$ NÉGOCIATIONS
qu'elle se gardera de se méprendre sur iceHTeS. Sa Majesté a approuvé votre avis sur la réponse à la lettre de l'Empereur , lequel ne parle plus d'envoyer en cette assemblée les comtes de Hanau et Ernest de Mansfeld , car les Espagnols ne les ont agréables. Vous avez pareillement donné bon conseil à ces messieurs , d'attendre à traiter l'article de leur souveraineté en la conférence, sans en rechercher la résolution devant que d'y entrer. Voilà, monsieur, ce que le Roi m'a commandé de vous écrire ; à quoi j'ajouterai l'assurance de la continuation de la bonne santé de leurs Majestés et de mon service , en priant Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, longue et heureuse vie, me recommandant très-affec* tueusement à votre bonne grâce et de M. Russy.
De Paris , ce dixième jour de janvier 1608.
Votre , etc. be Neufyille.
'Traité de la ligue défensive faite. par messieurs les ambas* sadeurs du JRoi, au nom de Sa Majesté, avec messieurs les Etats-Généraux des provinces-unies des Pays-Bas, le vingt-troisième jour de janvier 1*608 , avec la raùjicatten d*iceha par lesditséieurs les Etats.
Les Etats-Généraux des provinces-unies des Pays* Bas, à tous ceux qui ces présentes verront salut.
Comme ainsi soit que le vingt «-troisième de ce mois de janvier, Tan seize cent et huit, un traité d'alliance et confédération ait été fait et accordé en ce lieu de La Haye, entre messire Pierre Je#nnin,sieàr de Monjeu , chevalier, conseiller du Roi Très-Chrétien en
son conseil d'Etat, et messire Hélie de La Place, sieur oe Russy, aussi chevalier, concilier ejt gentilhomme
DU PRÉSIDENT JEÀNNIff. l49
ordinaire de sa chambre , an nom et comme procureurs spéciaux , en vertu des lettres dé commission , pouvoir et procuration dudit sieur Roi Très-Chrétien, du vingt-troisième jour dfe novembre dernier , d'une part \ et les sieurs Corneille de Gent, sieur de Loenen et Menerswick , vicomte et juge de l'Empire et de la ville de Nimègue ; messire Jean d'Olden-Baraeveldt r chevalier, sieur de Tempel-Rodfcnrys et avocatdTStat, garde du scel , Chartres et registres de Hollande et West-Frise ; messire Jacques de Maldrée ,. chevalier , sieur de Beyes , et premier représentant les nobles aux Etats et conseil de Zélande ; Nicolas de Berckt , premier conseiller de l'Etat delà province dTJtrecht-, Ernestus d'Aîlva de Herwey, grietraan d'Oost-Dongerdeel ; Jean Slooth , sieur de Sallictz , drossart du pays de Wollenhoo , et châtelain de la seigneurie de Cumders •, et Abel Goenders de Helpen , sieur Enfaen et Gantes , au nom et comme députés et commis spécialement à ce par lesdits sieurs Etats-Généraux , en vertu des lettres de commission et procuration, du 22 de ce mois, d'autre part , dont la teneur ensuit. Comme ainsi soit que les très -hauts , trfes-pui&sans et trèseicellens princes, Henri IV, parla grâce de Dieu, Roi Très-Chrétien de France et de Navarre , .et Jacques , aussi par la même grâce de Dieu, roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande , aient ci-devant été priés et requis par leurs très-chers et bons amis messieurs les Etats- Généraux des provinces-unies des Pays-Bas , de les vouloir assister die leur autorité et conseil , pour mettre leur Etat, affligé d'une longue guerre, en quelque bon et assuré repos , pour lequel obtenir ils étoient prêts d'entrer en conférence avec très-hauts , très-puissaus
;5q négociations
princes les archiducs , tant en leurs noms , que de très-haut, très-puissant et très-excellent prince, lq roi d'Espagne, «n ce qui le peut toucher -, et que pour 6atisfaire à leur désir , et aider à l'avancement d'un si bon œuvre , ils aient envoyé dès long-temps au lieq de La Raye , ep. Hollande , près d'ei^x , aucuns de leurs plu^ spéciaux et fidèles serviteurs , conseillers en leur conseil d'Etat , lesquels y ont travaillé avec grand s<jin ,. et -fait assez eonnoître par toutes leurs actions et conduite , qu'Us n avoient rien plus à cœur que de leur procurer ce bien % en recherchant avec eux , qui étaient touchés de ce jnêtne désir ea leur Etat , les moyens de surmonter les difficultés , qui semblaient y poi^voir donner quelque empêchement. En quoi ils auroient reconnu et appris tant d'eux que des députés desdits sieurs les Eftts , avec lesquels ils sont entrés souvent en conférence sur ce sujet, que les guerres passées ^voient laissé une si grande défiance : es esprits de ley rs peuples , que le seul et vrai moyen de la faire cesser , et leur persuader d'embrasser tous ensemble , et d'une même volonté , les conseils qui les pouvoient faire jouir de ce bonheur , seroit qu'il plut auxdits sieurs Rois se rendre garans de l'observation de la paix , et leur promettre par un traité d alliance et de confédération, fait avec eux avant la conclusion d'icelle, de prendre leur défense contre tous princes , potentats et autres personnes quelconques qui voudraient entreprendre de l'enfreindre et violer ayant les députés desditi sieurs les Etats» suivant les délibérations prises en leur assemblée générale , prié et requis instamment par plusieurs fois les députés desdits sieurs Rois de les en
DU PRÉSIDENT JE AN NI N. l5t
avertir, ce qu'ils auraient fait} et leurs Majestés, après mûre délibération sur cette affaire, consenti et accordé d'y entendre , tant pour lç bien et repos desdits sieurs Etats que des princes avec lesquels ils avoient à traiter, dont ils désirent conserver l'alliance et amitié, ce qu'Us estimoient pouvoir mieux faire , la paix étant bien établie et sincèrement gardée, que si cette longue et périlleuse guerre venoit à continuer, qui pour r oit être cause de troubler quelque jour , par divers accidens , le repos de plusieurs princes et Etats qui pensent avoir intérêt en l'événement d'ifcelle. Et néanmoins, étant les députés desdits sieurs Rois , pressés de faire et passer dès à présent ledit traité par lesdits sieurs les Etats , qui le jugeoient plus utile et advantageux pour eux , fait avant la paix que différé après la conclusion d'icelle , ceux dudh sieur roi de la Grande-Bretagne s'en seroient excusés , à cause de quelques difficultés concernant tes affaires particulières dudit sieur Roi , avenues entre eux et lesdits sieurs Etats es dernières conférences qu'ils ont eues par ensemble , sur lesquelles leur étoit besoin recevoir nouveau commandement avant que pouvoir passer outre.
Nonobstant quoi lesdits sieurs les Etats n'auroient délaissé de continuer leur prière et instance envers les députés dudit sieur Roi Très«-Ghrétien , pour les induire à ladre et passer entre eux dès maintenant icelui traité , les- assurant que ledit sieur roi de la Grande-Bretagne ne feroit aucune difficulté d'y entrer après. À quoi ayant consenti , pour les considérations susdites, cejourd'hui vingt* troisième jour de janvier , l'an mil six cent huit , furent présens, en leurs
1 5a NÉGOCIATIONS
personnes messire Pierre Jeannin , sieur de Monjen , chevalier , conseiller dudit sieur Roi Très-Chrétien en son conseil d'Etat et privé , et messire Hélie de La Place , sieur de Russy , aussi chevalier , conseiller et gentilhomme ordinaire de sa chambre, au nom et comme procureurs spéciaux en vertu des lettres de commission, pouvoir, et procuration dudit sieur Roi Très -Chrétien, du vingt- troisième jour de novembre dernier, d'une part : et les sieurs Corneille de Gent , sieur de Loenen et Menerswick , vicomte et juge de l'Empire et de la ville de Nimègue \ messire Jean d'Olden - Barneveldt , chevalier, sieur de Tempel- Rodenrys , avocat d'Etat , et garde du scel , Chartres et registres de Hollande et .West -Frise 5 messire Jacques de Maldrée, chevalier, sieur de Heyes, et premier représentant les nobles aux Etats et conseil de Zélande ; Nicolas de Berckt, premier conseiller de l'état de la province d'Utrecht ; Ernestus d'Ailva de Herwey, grietman d'Oost~Dongerdeel; Jean Slooth, . sieur de Sailictz , drossart du pays de Wollenhoo , et châtelain de la seigneurie de Cumders ; et Abel Coenders de, Helpen , sieur Enfaen et Cantes, au nom et comme députés et commis spécialement à ce par les Etats-généraux desdites provinces assemblés à présent en ce lieu de La Haye, en vertu des lettres de commission et procuration du vingt-deuxième de ce mois , d'aptre part , çt ont fait par ensemble esdits noms le traité d'alliance et confédération qui ensuit»
Premièrement , ledit sieur Roi Très-Chrétien a pro-
mis et promet assister de bqiinefoi iesdits sieurs les
BU PRESIDENT JEANNIIf. l53
Etats , pour leur donner aide en ce qu'il pourra à obtenir une bonne et assurée paix , s'il plaît à Dieu la leur donner > se mettre en tout devoir de la faire garder , et les défendre eux et leur pays de toute injure, violence et invasion contre tous princes, potentats , et autres personnes quelconques qui voudraient entreprendre d'enfreindre et violer ladite paix, soit directement ou indirectement , et les secourir à cet effet de dix mille hommes de pied à ses frais et dépens , pour autant de temps qu'ils en auront besoin.
Et si les forces de leurs ennemis étoient si grandes , qu'il fût requis pour la conservation d'iceux de leur donner un plus grand secours , promet encore de l'accroître d'autant de gens de guerre à cheval et à pied , que ses affaires et la sûreté de ses royaumes et pays lui pourront permettre , à la charge toutefois que cet outre-plus sera par forme de prêt , aux frais etdépens desdits sieurs les Etats , pour en être remboursé , lui ou ses successeurs , après la guerre finie, et aux termes dont ils conviendront par ensemble.
Et,.pource qu'il est expédient de tenter tous moyens pour faire réparer par voies amiables les attentats , si aucuns étoient faits contre , et au préjudice de la paix , avant que venir aux armes, les agresseurs seront requis et sommés de ce faire. Et s'ils refusent ou diffèrent plus de trois mois , le secours sera donné sans autre remise ; n'entendant toutefois ledit sieur Roi de le retarder jusques après l'expiration de ce délai , quand
I 54 VÉGOCUTIONS
les entreprises auront été faites à force ouverte par surprise de places , ou par quelque saisie générale faite par autorité publique , mais d'y accourir incontinent , et envçyer ledit secours au plus tôt qu'il pourra , après en avoir été prié et requis.
En reconnoissance de quoi , et des autres grandes faveurs et assistance que lesdits sieurs les Etats ont reçues de Sa Majesté., ils ont promis et seront tenus , si ledit sieur Roi est assailli ou troublé en ses royaumes et pays , par quelque prince et potentat que ce soit , de le secourir et assister incontinent, après qu'ils en aurdnt été requis , de cinq mille hommes de pied, qui est la moitié du secours promis par ledit sieur Roi ; et ce pour autant de temps qu'il en aura besoin, et aussi à leurs frais et dépens. ,
Et sera à son choix de le demander en gens de guerre, ou bien en navires de guerre équipés, fournis et armés , ainsi qu'il appartient-, de munitions de guerre , victuailles , pilotes , mariniers , et soldats aussi , si ledit sieur Roi le désire , lesquels navires ne pourront être moindres que de deux à trois cents tonneaux , et le prix et estimation dudit équipage et secours de mer évalué et arrêté , selon le projet contenu en un écrit particulier , signé d'une part et d'autre , et qui sera tenu pour inséré au présent traité.
Promettent aussi audit sieur Roi , au cas qu'il ait besoyi d'un plus grand secours , de l'en aider et assis-
DU PRÉSIDENT JEANNIN. l35
ter, soit par mer ou par terre 9 en gens ou navires , avec autant de soin et d'affection qu ils reconnoissent y être tenus et obligés * sans rien épargner de ce que 1* sûreté de leur Etat leur pourra permettre de fournit et avancer ; à la charge toutefois que lui ou ses successeurs seront pareillement tenus de les rembourser de Foutre-plus dudit secours après la guerre finie , et aux termes dont ils conviendront p^r ensemble.