‹ Les négociations du président Jeannin (volume 3)Chapitre 5 sur 6 · MÉGOCHTIO · texte numérisé non relu

MÉGOCHTIO

sir de M. h prince Adaurice de faire ^trer des trou-, pes dans kdit pays , et avoit m^andé à M. le comte Ernest , qui ea est le plus proche , de se tenir prêt à cet effet : mais les Etats n'en ont ^ té d'avis 9 pource que ces troupes ne feroiept autre chose que piUer et i^avager^ sans se pouvoir assurer dudit pays qui est ouvert^ et presque sans aucune forteresse. Us ont eu crainte aussi que Texe^iple de cette invasion ne fût cause d'inviter d'autres à eu faire autant, au dommage peut-être des. princes qu'ils désirent favoriser , et quç cette entreprise sans en être priés et requis les. rendit odieux , et fît soupçonner qu'ils se vouloiesit approprier ledit pays , et pouic ces raisons oui pensé qu'il sufHroit de se préparer et d'être aux écoutes pour prévenir toos autres, sans, comm.encer par les armes avant qja'il soit temps , attendu même qu'ils, ne voient encore aucune apparence de remuement ësdits pays. M. le prince Maurice croit néanmoins. , ainsi que Fa rapporté M. de Préaux , et que nous l'écrivons au Roi par une seconde lettre ,, qu'il sera difficile de faire rentrer en guerre les Etats, quoique le sieur de Barneveldt me l'ait dit, et qu'ils se soient dès longrtempç obligés aux électeurs de Brandebourg et Palatin , ce cas échéant, de se déclarer pour eux , moyennant quelque somme d'argent dont ils leuç firent prêt dès lors ; mais il ne voit pourtant aucun moyen d'empêcher que ces peuples ne se mettent en repos, quand ménae onlear eût offert moins qu'on ne leur donne. Bien , dit-il , ne craindre plus qu'il y ait uue trahison bâtie dans l'Etat pour le porter eu Espagne , comme il faisoit auparavant. J'avois envoyé une patente k Maire en mon nom , comme procureur et ayant charge de Sa Ma-

DU PRiSIDEIfT JEÀNIflN. 365

jestë, et je lui ai renvoyé celle du Roi qui est beaucoup meilleure , lui mandant qu'il me renvoie Fautre.

Je suis, monsieur, votre, etc. P, Jeannin*

D'Anvers , ce 8 avril 1609.

Traité de la treize à longues années fait en là ville d'Anvers le neuvième avril 1609, entre les députés des archiducs et ceux des Etats^Généraux des ProvinceS'Unies , par Ventremise et intervention des ambassadeurs des rois Tres^Chrétien et de la Grande-Bretagne.

Comme ainsi soit que les sérénissimes princes , archiducs Albert etisabella, Clara, Eugënia, etc. , aient, dès le vingt-quatrième d'avril 1609 , fait une trêve et cessation d'armes pour huit mois , avec illustres seigneurs les EtatsnGénéraux dés Provinces-Unies des Pays-Bas ^ en qualité et comme les tenant pour Etats , provinces et pays libres sur lesquels ils ne prétendoient rien , laquelle trêve devoit être ratifiée avec pareille déclaration par. la majesté du roi Catholique en ce qui le pouvoit toucher, etlesdites ratifications et déclarations délivrées auxdits sieurs Etats trois mois après icelle trêve , comme il s'est fait par lettrespatentes du dix-huitième septembre audit an : et outre ce , procuration spéciale donnée auxdits sieurs archiducs , du dixième de janvier 1608 , pour, tant en son nom comme au leur , faire tout ce qu'ils jugeroient convenable pour parvenir à une bonne paix ou trêve à longues années , en suite de laquelle procuration lesdits sieurs archiducs auroient aussi , par leurs lettres de commission du vingt-septième du même mois, nommé et député commissaires pour en conférer et traiter es

diisnoms 9t qualités, et, k oette occasion , consenti et accordé que ladite trêve fût prolongée et coatiauée par diverses fois, même le vingt de mai , jusquesàla fin de ladite année 1608. Mais après s^étre assemblés plusieurs fois avec les députés desdits sieurs Etats, qui avoient aussi procuration et commission d*eax du cinquième de février audit an , ils n'auroient pu demeurer d'accord de ladite paix pour plusieurs grandes difficultés survenues entre eux ; au moyen de quoi les sieurs ambassadeurs des rois Trèg^<i^^!ieQ et de la Grande-Bretagne , des princes électeurs Palatin'et dé Brandebourg, marquis d'Ânspach et landgrave de Hesse , envoyés sur le lieu de la part desdits sieurs rois et princes pour aider à Tavancement d'un si bon oeuvre, voyant qu'ils étoient près de se séparer et de rompre tout traité, aUroient proposé un^ trêve à longues années à certaines conditions coote^ nue^.en un écrit donné de leur part aux uns et aui autres , avec prière et etbortatioA d^ s'y vouloir conformer, sur lequel écrit plusieurs autres difficultés étant derechef survenues, enfin eejourd'huî, neu** vième jour du fuois d'avril 1609 9 se ^^^^ assettiblés messire Ambrosio Spinola, marquis de Bénuaffio, chevalier de Tordre de la Toisoil^d'Or , du conseil d'Etat et de la guerre de Sa Majesté Catibolique, mestre de camp général de ses arifiéed , etc. ; nlessire Jean Richardot , sieur de Barlen y du conseil d'Etat, chef président du conseil de leurs altesses^ Jean de Mancicidor , du conseil de guerre et secrétaire deSadite Majesté Catholique^ frère Jean de Neyeu , commissaire général de Tordre de Saint-François ès.PajfS- Bas, et messire Louis de Verreiken, chevalier aa-<

dieocier et premier secrétaire de leurs altesdes , ete. , en vertu des lettres de procoratioti desdits sieurs «r* chidues ^ pour traiter taat en leurs noms qu'au nom dudit sieur roi Catholique^ la teneur de laquelle pron cuvation est cî-aprës insërée avee celle dudit sieur Roi d'une .part; et messire GuiUaume^Louîs , comte de Nassau CataEeuelleboghen, Yianden, Diets , etc. , sei^ gnçur de Bilsteyn^ gouverneuret capitaine-général de Frise , villes de Groningue» et des Ommelandea , Dreutb,.etc. ; messire Walraveu, sieur deBrederodes^ Vianen , vicomte d'Utrecht, sieun de Ameydmi , CLoe'* tiqghen, etc.-, le sieur Cornille Degendt, sieur de Loûeven et Myoerswick, vicomte et juge de l'Empire et de la ville de Nimègue ; messire Jean d'Olden- Barneveldt,chevalier, sieur de Tempel Rodenriis,etc. , avescaJ; et garde du grand scel , dbartres et registres de HoUande et Westr^Frise ; messire Jacques de Maldrée^ chevalier, steur Debeyes , etc. , premier président et représentant la noblesse aux Etats et conseil de la comté de Zélande ; les sieurs Gérard de Renesse , sieur de Yander Aa de Streefk^ck y Nieukkerlandt y etc.; Gellius HiUema, docteur es droits, conseiller ordinaire du conseil de Frise , Jean éloeth, sieur de Sallik Drossa rt, du pays de WoUenhoûe , et châtelain de la seigneurie de Cuyder, et Abel Coenders de Elpen, sieur en Faenet Gantes *, au nom desdîts sieurs Etats aussi » en vertu de leurs lettres de prooqration et commission ci ^ après semblablement insérées , d'autre: lesquels, avec l'intervention et par l'avis de messire Pierre Jeannin , chevalier, baron de Ghagny et Montjeu , conseiller du roi Très-Ghrétien en son conseil d'Etat, et son ambassadeur extraordinaire

368 NÉGOCUTlbus

vers lesdits Etats , et messire Elle de La Place » cLevalier, sieur de Ru^sy, vicomte de Machault, aussi conseiller audit conseil d'Etat, gentilhomme ordinaire de la chambre dudit sieur Roi, bailli et capitaine de Vitry-le-Français , et son ambassadeur ordi*naire résident près lesdits Etats ; messire Richard Spencer , chevalier , gentîHiomme ordinaire de la chambre privée du roi de la Grande-Bretagne , et son ambassadeur eittraordinaire vers lesdits sieurs Etats, et M. Rodolphe Winood^ chevalier, ambassadeur ordinaire et conseiller dûdit sieur Roi au conseil d'Etat des ProvinceS'^Unies ; sont demeurés d'accord en la forme et manière qui s^ensuit.

Premièrement, lesdits sieurs archiducs dédarent, tant en leurs noms que dudit sieur Roi , qu'ils sont Contens de traiter avec lesdits sieurs Etats-Gënéraui des Provinces-Unies , en qualité cft comme les tenant pour pays , provinces et Etats libres sur lesquels ils ne prétendent rien , et de faire avec eux , es noms et qualités susdites , comme ils font pas ces présentes , une trêve , auxcdtiditions ci«^ après écrites et déclarées.

A savoir , que ladite trêve sera bonne , ferme , loyale et inviolable , et pour le temps de douze ans t durant lesquels il y aura cessation de tous actes d1iostilité entre lesdits sieurs roi, archiducs et Etats-Géuëraux , tant par mer et autres eaux que par terre , en tous leurs royaumes , pays , terres et seigneuries , et pour tous leurs sujets et habitans , de quelque qua-

DU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 36g

lité et condition qu'ils soient , sans exception de lieux , ni de personnes.

Chacun demeurera saisi et jouira effectuellement des pays , villes , places , terres et seigneuries qu'il tient et possède à présent , sans y être troublé ni inquiété durant ladite trêve ^ en quoi on entend comprendre les bourgs , villages , hameaux et plat pays qui en dépendent.

iv;

Les sujets et habitans es pays desdits sieurs rois , archiducs et Etats , auront toute bonne correspondance et amitié par ensemble durant ladite trêve , sans se ressentir des ofiîenses et dommages qu^ils ont reçus par le passée pourront aussi fréquenter et séjourner es pays Vun de l'autre , et y exercer leur trafic et commerce en toute sûreté , tant par mer ^ autres eaux , que par terre : ce que toutefois ledit Roi entend être restreint et limité aux royaumes , pays , terres et seigneuries qu il tient et possède en l'Europe et autres lieux et mers où les sujets des autres rois et princes qui sont ses amis et alliés ont ledit trafic de gré à gré ^ et pour le regard des lieux, villes, ports et havres qu'il tient hors les limites susdites , que lesdits sieurs Etats et leurs sujets n'y puissent exercer aucun trafic sans la permission expresse dudit sieur Roi : bien pourrontnls faire ledit trafic , si bon leur semble , es pays de tous autres princes , potentats et peuples qui le leur voudront permettre , même hors lesdites limites , sans que ledit sieur Roi , ses oilliciers sujets qui dépendent de lui, donnent aucun empêchement à cette occasion T. i5. ?>{

370 NÊGOCIiTIONS

auxdits princes , potentats et peuples qui le leur au* ront permis, ni pareillement à eux ou aaxparticuliens avec lesquels ils ont fait et feront ledit trafic.

Et pource qu'il est besoin d'un assez long temps pour avertir ceux qui sont hors lesdites limites avec forces et navires ^ de se désister de tons actes d'hostilité , a été accordé que la trêve n'y commencera que d'aujourd'hui en un an. I^ien entendu que si l'avis de ladite trêve y peut être plus tôt , que dès lors l'hostilité y cessera ; mais si après ledit temps d'un an quelque hostilité y étoit commise , le dommage mi sera véparé sans remise.

Les sujets «t habitans es pays desdits sieurs Roi , archiducs et Etats , en Ëtisant trafic es pays Tun de l'antre , ne seront tenus payer plus grands droits et impositions que leurs sujets, etceux des amis et alliés qui seront les moins chargés.

vn.

Et auront aussi les sujets et habitans es pays desdits Etats la même sûreté et liberté es pays desdits sieurs Roi et archiducs , qu'elle a été accordée aux sujets du roi de la Grande-Bretagne par le dernier traité de paix, et articles secrets faits avec le connétable de Castille.

Vin.

Né pouiTont semblablement les marchands, maîtres de navires , pilotes , matelots , > leurs navires , marcliandises , denrées et autres biens à eux appartenans.

DU PRÉSIDENT JEA.KKIN. 371

être saisis et arrêtés , soit en vertu de quelque mande-' ment général ou particulier , ou pour quelque cause que ce soit de guerre ou autrement, ni même sous prétexte de s'en vouloir servir pour la conservation et défense du pays. On n'entend en ce comprendre les saisies et arrêts de justice par les voies ordinaires, à cause des dettes propres, obligations et contrats valables de ceux sur lesquels lesdites saisies auront été £11 tes, à quoi il sera procédé selon qu'il est accoutumé par droit et raison.

Et pour le regard du commerce des Pays-Bas , et des daces et impositions qui se lèveroient sur les denréçs, s'il est trouvé ci-après qu'il y ait de l'excès , et qu'il en soit incommodé , à la première réquisition qui en sera faite d'une part ou d'autre , commi$saires seront députés pour les régler et modérer par avis commun, si faire se peut , sans que pourtant la trêve soit rompue au cas qu'ils n'en puissent demeurer d'accord.

Si quelques sentences et jugemens avoient été donnés entre personnes 4^ divers partis non défendus , soit en matière civile ou criminelle , ils ne pourront être» exécutés contre les personnes des condamnés , ni mv leurs biens durant ladite trêve.

Lettres de marque et représailles ne seront octroyées durant ledit temps , si ce n'esta connoissance de cause ,

Sj'i NÉGOCIATIONS

et es casèsquels il est permis par les lois et constUutioDS impériales , et selon Tordre établi par icelles.

On ne pourra aborder, entrer ni s'arrêter aux ports, havres , plages et rades , ès pays l'un de l'autre , avec navires et gens de guerre en nombre qui puisse donner soupçon , sans le congé et permission de celui spus lequel sont lesdits ports, havres, plages et rades, sinon qu'on y fût jeté par tempête , ou contraint de le faire par nécessité , et pour éviter quelques périls de mêr.

XUI.

Ceux sur lesquels les biens ont été saisis et confisqués à l'occasion de la guerre , ou leurs héritiers et ayant cause , jouiront d'iceux biens durant la trêve , et en prendront la possession de leur autorité privée , et en vertu du présent traité , sans qu'il soit besoin d'avoir recours à justice, nonobstant toutes incorpora* tions au fisc , engagemens , dons , traités , accords et transactions , quelques renonciations qui aient été mises èsdites transactions pour exclure départie desdits biens ceux à qui ils doivent appartenir , à la charge néanmoins qu'ils n'en pourront disposer , ni charger, ou diminuer pendant le temps de ladite jouissance, sinon qu'ils en aient obtenu la permission desdits archiducs et Etats.

Ce qui aura aussi lieu au profit des héritiers du feu sieur prince d^Orauge , miême pour les droits qu^ils ont ès salines du comté de Bourgogne , qui leur seront

DU PRKSIDE>T JEADIMN. 'i']'i

remises et délaissées avec les bois qui en dépendent. Et quant au procès de Chastelbeliu, intenté du vivant dadit sieur prince d'Orange en la cour de Malines , contre le procureur général du roi Catholique , lesdits sieurs archiducs promettent de bonne foi de leur y faire rendre justice dans un àr^, sans autre longueur ni remise , et en toute droiture et sincérité.

Si le fisc a fait vendre d*une part et d'autre quelques biens confisqués , ceux à qui ils doivent appartenir ea vertu du présent traité , seront tenus se contenter de riutérét du prix, à raison du denier seize , pour en être payés chacun an durant ladite trêve , à la diligence de ceux qui possèdent lesdits biens, autrement leur sera loisible de s'en adresser au fonds et héritage vendu.

Mais si lesdites ventes avoient été faites par justice pour les dettes , bonnes et légitimes , dé ceux à qui lesdits biens souloient appartenir avant la confiscation, leur sera loisible , ou àr leurs héritiers et ayant cause , de les retirer en payant le prix dans un an , à compter du jour du présent traité , après lequel temps ils n'y seront plus reçus ; et ladite retraite et rachat ayant été faits par eux , ils en pourront disposer comme bon leur semblera , sans qu'il leur soit besoin d'en obtenir autre permission.

On n'entend toutefois donner lieu à cette retraite pour les maisons situées dans les villes vendues à

3^4 KÉGOClATlonS

cette occasion , pour la grande incommodité et notable dohitnàgô qu'en recevroient les acquéreurs , k cause des changemehs et réparations qu'ils ponrroient avoir faits èsdites maisons , dont la licpiidation seroit trop longue et di^cile.

xvni.

Et quant aux réparations et méliorations faites es autres biens vendus dont le rachat est permis, si elles sont prétendues , les juges ordinaires y feront droit avec connoissance de cause , demeurant le fonds et héritage hypothéqués pour là somme à quoi les méliorations seront liquidées, sans néanmoins qii*il soit loisible auxdits acheteurs user du droit de rétention pour en être payés et satisfaits.

Si quelques fortifications et ouvrages publics ont été faits d'une part ou d'autre , avec permission et autorité des supérieurs , en des lieux où la restitution doit être faite par le présent traité, les propriétaires d'iceux seront tenus se contenter de Testimation qui sera faite par les juges ordinaires , tant desdits lieux qi:ie de la juridiction qui leur appartenoit , sinon que les parties s'en accordent de gré à gré.

Quant aux biens d'églises , collèges et autres lieux pieux assis dans les Provinces-Unies , lesquels étoient membres dépendans d'églises , bénéfices et collèges qui sont en l'obéissance des archiducs , ce qui n'a été Vendu avant le premier de janvier 1607 leur ser^

DU PKÊSIJÎENT JKAKJNl^. 3^5

rendu et reâûtuë » et y rentreront att;ssi de leur autorité privée sans ministère de justice, pour en jouir durant la trêve , et sans en pouvoir disposer selon qu^ita été dit ci-dessus j mais pour ceux vendus avant ledit temps, ou donnés en paiement par les Etats d^aucunes des provinces , la rente du prix leur sera payée chacun an , à raison du denier seize, par la province qui aura fait ladite vente , ou donné lesdits biens en paiement , et assignée en sorte qu'ils en puissent être assurés. Le semblable sera fait et observé du côté desdits sieurs archiducs.

Ceux à qui les biens confisqués doivent être restitues , ne seront tenus payer les arrérages des rentes , charges et devoirs «pécialement affectés et assignés sur iceux biens pour le temps qu'ils n'en ont joui , et s'ils en sont poursuivis et inquiétés d'une part ou d*autre , eii seront renvoyés absous.

xxn.

On ne pourra prét^endre aussi pour les biens vendus ou accordés , afin d'être digues ou redigués , si* non les redevances auxquelles les possesseurs se sont obligés par les traités sur ce faits, avec les intérêts des deniers d'entrée , si aucuns ont été donnés , aussi à raisoii du denier seize comme dessus.

xxin.

Les jugemens donnés pour Uens el droits confisqués avec parties qui ont reconnu les jugés , et ont été légitimcfment défendues , tiendront , et ne seront

les condamnés reçus à les contredire , sinon par les voies ordinaires.

Lesdits sieurs archiducs et Etats commettront y chacun en droit soi , les magistrats et officiers pour Tadministration de la justice et police es villes et places fortes , lesquelles par lé présent traité doivent être rendues aux propriétaires pour en jouir durant la trêve.

Les meubles confisqués et fruits qui seront échus avant la conclusion du présent traité, ne seront sujets à restitution.

Les actions mobilières qui ont été remises par lesdits sieurs archiducs ou Etats , au profit des débiteurs avant le premier jour de janvier 1607 , demeureront éteintes d'une part et d'autre.

xxvn.

Le temps qui a couru pendant les troubles , à commencer depuis Tannée 1667 jusqu'à présent, ne sera compté pour induire prescription contre ceux qui étoient de divers partis.

xxvm.

Ceux cpii se sont retirés en pays neutre durant la guerre , jouiront aussi du fruit de cette trêve , et pourront résider où bon leur semblera , retourner même en leurs anciens domiciles , pour y habiter en toute sûreté observant les lois du pays , sans qu'à l'occasion

DU présidk;kt jeànnih. 3^7

dq la demeure qu'ils feront, en quelque lieu que ce soit, leurs biens puissent être saisis , ni eux privés de la jouissance d'iceux.

Aucuns nouveaux forts ne serontfaits durant ladite trêve dans les Pays-Bas d'une part ni d'autre.

Les seigneurs de la maison de Nassau ne pourront être poursuivis ni inquiétés , durant ladite trêve , en leurs personnes et biens, soit pour dettes contractées par le feu sieur prince d'Orange depuis l'an 1667 jusqu'à son trépas , soit pour les arrérages échus pwd^t le saisissement et annotation des biens qui en étoient^argés.

S'il y a contravention à la trêve faite par quelques particuliers sans commandement desdits seigneurs roi, archiducs ou Etats , le dommage sera réparé au même lieu où la contravention aura été faite , s'ils y sont surpris , ou bien en celui de leur domicile , sans qu'ils puissent être poursuivis ailleurs en leurs corps ou biens , en cfuelque manière que ce soit 5 et ne sera loisible de venir aux armes et rompre la trêve à celte occasion , mais bien permis , en cas de dénégation manifeste de justice , de se pourvoir ainsi qu'il est accoutumé , par lettres de marque et représailles.

Toutes exhérédations et dispositions faites en haine

378 NÉGOGIATIOlfS

de la guerre sont déclarées nulles , et comme non avenues.

xxxm.

Les sujets et habitans es pays desdits sieurs archiducs et Etats, de quelque qualité et condition qu'ils soient , sont déclarés capables de succéder les uns aux autres, tant par testament que ab intestat^ selon la coutume des lieux. Et si quelques successions étoient ci-devant échues à aucuns d'eux , ils y seront maintenus et conservés.

Tous prisonniers de guerre seront délivrés d'une p^ et d'autre sans payer rançon.

Et afin que le présent traité soit mieux observé, promettent respectivement lesdits seigneurs roi, archiducs et Etats, de tenir la main et employer leurs forces et moyens , chacun en droit soi , pour rendre les passages libres , et les mers et rivières navig^les et sures contre l'incursion des pirates , corsaires et voleurs , et , s'ils les peuvent appréhender , de les faire châtier avec rigueur.

Promettent en outre de ne rien faire contre et ao préjudice du présent traité , ni soufifrir être fait directement on indirectement , et , si &it étoit , de le faire réparer sans aucune dif^culté ni remise. Et à Tobservation de tout ce que dessus , ils s'obligent respectivement , même lesdits seigneurs roi et archi-

DU PRÉSmKNT JKi.Nr<lN. 379'

ducs leurs successeurs , et pour la validité d'icell^ obligation , renoncent à toutes lois ^ coutumes et cho* ses quelconques à ce contraires.

xxxvn.

Sera le présent traité ratifié et approuvé par lesditsr seigneurs roi, archiducs et Etats, et les lettres de ratification desdits sieurs archiducs et Etats délivrées Tun à Tautre en bonne et due forme , dans quatre jours. Et quant à la ratification dudit seigneur Roi , lesdits sieurs archiducs ont promis et seront tenus la donaer dans trois mois, aussi en bonne et due forme , afin que lesdits sieurs Etats, leurs sujets et habitans, puissent jouir efiectuellement dufruitdu présent traité en toute sûreté,

xxxvm.

Sera ledit traité publié partout où il appartiendra , incontinent après la ratification faite par lesdits sieurs archiducs et États.

Signé par les ambassadeurs desdits seigneurs rois Très-Chrétien et.de la Grande-Bretagne , comme médiateurs , puis par les députés desdits sieurs archiducs , et après eux par ceux desdits sieurs Etats cidevant nommés.

Traité particulier et secret que les députés des Etats ont dernandé au roi d*£spagne y et qui leur a été accordé en lafômie qui ensuit.

CotiTME ainsi soit que par Tarticte quatrième do traité de la trêve fait ce mêihe jouir entre la Majesté du roi Catholique, les sérénissimes archiducs d'Au-

â8o KÉGOClATlO?rS

triche d'une part . et les sieurs Etats-Gënëraux des ProvinceS'Unies d'autre , le commerce accordé aux^ dits sieurs les Etats,. et à leurs sujets ^ ait été restreint et limité aux royaumes, pays, terres et seigneuries que ledit sieur Roi tient en TEurope et ailleurs, èsquels il est permis aux sujets des rois et princes qui sont ses amis et alliés d'exercer ledit commerce de gré à gré, et que, outre ce, ledit sieur Roi ait déclaré qu'il n'entendoit donner aucun empêchement au trafic et commerce que lesdits sieurs les Etats et leurs sujets pourront avoir ci-après en quelque pajs et lieu que ce soit , tant par mer que par terre , avec les potentats , peuples et particuliers qui le leur voudront permettre ^ ni pareillement à ceux qui feront ledit trafic avec eux , ce qui toutefois n'a été couche par écrit audit traité.. Or est-il que ce même jour, neuvième avril 1609, qui est celui auquel ladite trêve a été accordée, les sieurs marquis Spinola, président Richardot , Mancicidor , frère Jean de Neyen, et Verreiken, au nom et comme députes, tant dudit sieur Roi que archiducs , en vertu du même pouvoir à eux donné , et sous la même promesse de faire ratifier en bonne et due forme ce présent écrit avec le traité général , et dans le même temps ont promis et promettent au nom dudit sieur Roi , et de ses successeurs, pour le temps que ladite trêve doit durer, que Sa Majesté ne donnera aucun empêchement , soit par mer ou par terre auxdits sieurs les Etats, ni à leurs sujets, au trafic qu'ils pourront faire ci-après es pays de tous princes , potentats et peuples qui le leur voudront permettre , en quelque lieu que ce soit , même hors les limites ci-dessus dé-

DU PRÉSIDENT JEANNIN. 38i

signées , et partout ailleurs , ni pareillement à ceux qui feront ledit trafic avec eux , et d'effectuer tout ce que dessus de bonne foi , en sorte que ledit trafic leur soit libre et assuré , consentant même , afin que le présent écrit soit plus authentique , qu'il soit tenu comme inséré au traité principal , et faisant partie d'icelui ; ce que lesdits sieurs députés des Etats ont accepté.

Fait â Anvers les an et jour susdits.

Ambrosio Spinola, le président Righardot, Mancicidor , frère Jean de Neyen , et

VERRfîIKEN.

Certificat de messieurs les ambassadeurs de France et d'Angleterre, touchant le fait des limites et le commerce des Indes.

Nous soussignés, ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagne , certifions à tous qu'il appartiendra que, par l'article troisième du traité fait cejourd'hui entre les députés des sieurs archiducs et Etats-Généraux des Provinces-Unies , on a entendu d'une part et d'autre , et nous l'avons ainsi compris , que tout ce que lesdits sieurs Etats tiennent en Brabant et en Flandre, aussi bien qu'es autres provinces dont ils jouissent , leur doit demeurer en tous droits de supériorité , même le marquisat de Berg sur le Zoom , les baronnies de Breda , Graves , et ce qui est joint et uni avec tous les bourgs , villages et territoires en dépendant. Certifions aussi les députés desdits sieurs archiducs avoir consenti et accordé , tout ainsi que lesdits; sieurs Etats et leurs sujets ne pour-

382 KÉGOCUTIONS

ront trafiquer aux ports , lieux et plaoe3 tenus par le roi Catholique aux Indes , s'il ne le permet, qu'il ne sera loisible aussi k ses sujets de trafiquer aux ports , lieux et places que tiennent lesdits sieurs Etats esdites Indes , si ce n'est avec leur permission , ^t , outre ce , que tes députés desdits sieurs ont déclaré plusieurs fois en notre présence et des députés des archiducs, si on entreprendsur leurs amis et alliés èsdits pays > qu'ils entendent les secourir et assister , sans qu'on puisse prétendre la trêve être enfreinte et violée à cette occasion.

Fait à Anvers , le neuvième jour d'avril 1609- P. JeanmiSjElib ])£ Là Place, Russy, Ri. Spencer et Rodolphe Wihood.

Promesse ou certificat de messieurs les ambassadeurs de France y fait aux députés des archiducs pour le fait de la religion catholique en Brabant.

Nous soussignés, ambassadeurs du roi Très-Oirétien, employés par Sa Majesté près de messieurs les Etats- Généraux des Provinces-Unies pour aider à &ire la trêve avec leurs altesses , certifions lesdits sieurs des Etats et M. le prince Maurice nous avoir promis et donné leur foi , que rien ne sera innové en la religion es villages qui sont du ressort des villes des Provinces- Unies situées en Brabant, et tout ainsi que le seul exercice de la religion catholique, apostolique et romaine y a été fait du passé, qu'il y sera continue de même sans aucun changement , et sans qu'on leur donne aucun scandale. Promettons à cette occasion, au nom de Sa IVI^jesté^ que si quelque contravention

UU PRÉSIDENT JEANNTNé 3*83

y éloil faite, elle poursuivra instamment envers lesdits sieurs Etats pour la iaire réparer , en sorte que ladite promesse soit exécutée de bonne foi.

Fait à Anvers, le neuvième jour d'avril 1609. P. Jeaunin , Elie de La Place , Russy.

Reœnnoissance des députés des .Etats qu'une promesse des archiducs de trois cent mille florins , payable aux héri" tiers de feu M. le prince d* Orange, a été mise entre leurs mains.

Nous soussignés, députés de messieurs le$Etats*Généraux des Provinces-Unies , déclarons par ces préseates que messieurs les députés des sérénissimes archiducs nous ont présentement mis en main une promesse de leurs altesses pour la somme de trois cent mille florins , payable aux sieurs héritiers de feuM. le prince d'Orange en deut termes, à savoir, moitié dans la fin de la présente année , et lautre moitié à la fin de la suivante , en acquit de certaines sommes que lesdits sieurs hi^ritiers prétendoient être dues aiMlit feu sieur prince d'Orange leur père , laquelle pro messe contient qu'en faiisant le dernier paiement tous les papiers concernAut lesdites dettes leur seront rendus. Ce que nous députés susdits au nom desdits sieurs £tats promettons de faire effectuer de bonne foi, et, au cas que lesdits sieurs héritiers en fissent refus , de faire rendre à leurs altesses le premier paiement qui leur auroit été fait.

Fait à Anvers , le neuvième jour d'avril i6og.

Signé par tous lesdits sieurs députés.

Lettre de messieurs Jeannîn et de Russj- au Roi, du

onzième avril i6og.

Sire ,

La trêve fut ayant hier conclue et signée au contentement d'an chacun , même de M. le prince Maurice , qui a été satisfait par les archiducs ou Etats de la plupart de ce quHl désiroit. Et quant aux articles pour le général , ils ne pouvoient aussi être plus à l'avantage des Etats qu'ils sont. Nous avons pareillement obtenu ce que irons demandions pour M. le prince d'Espinoy; ainsi nous ne demeurerons plus ici que deux ou trois jours pour attendre la ratification d'une part et d'autre , puis conférer un jour ou deux touchant le commerce de Zélande , sur la prière qui nous en a été faite de la part des députés des archiducs , non que nous espérions pouvoir composer sitôt ce différend , mais on le remettra après sur la fin de l'année , et lorsque ceux de Zélande auront en quelque loisir de reconnoître le dommage qu'ils recevront eux-mêmes , s'ils ne s'accommodent. Quant au fait de Clèves , il en a été parié et conféré , et ont assuré les députés des archiducs ^ pourvu que les Etats ou autres princes n'entreprennent rien par la force j que le roi d'Espagne ni eux ne s'en mêleront non plus 'y mais nous laisserons les a0aires à la justice. Ils en promettent autant de l'empereur et de tous les princes de sa maison. Les députés des Etats ont aussi donné la même assurance de leur part^ mais ces belles paroles ne doivent pas empêcher d'y veiller , et de prendre garde que personne n'y jette des forces.

DU PRÉSIDENT JEAKNIN. 385 '

On eut avis hier que ]a noblesse et les villes de Clèves, du moins pour la plupart, reconnoissent rélecteur de Brandebourg, et ceux de Juliers le i

duc de Neubourg. Les Etats , s'ils sont appuyés de votre Majesté , favoriseront volontiers l'électeur de Brandebourg , qu'ils estiment avoir le plus apparent droit. Le sieur Bameveldt nous a dit qu'il a par écrit à La Haye les prétentions des uns et des autres , et ' [

copie des pièces qui sont justificatives de leurs droits, que nous verrons sur le lieu afin que le pré- '

sident Jeannin en puisse mieux instruire votre Majesté à son retour. Nous atons écrit à M. le prince Maurice pour faire résoudre ^ s'il est possible , en l'as^ semblée qui est à Berg-op-Zoom qu'on écrivit aux villes desdits pays de Clèveset Juliers de ne recevoir aucunes garnisons, mais de se conserver avec leurs propres forces jusques à ce que le droit de celui qui doit être leur prince soit connu en justice , avec offre de secours si on les y veut contraindre , dont nous *

avons parlé en ce lieu au sieur de Bameveldt qui l'approuve ^ et dit qu'il essaiera de le persuader s'il peut. Nous le voyons aussi fort affectionné pour la défense de l'électeur de Brandebourg, et nous croyons que les Etats s'y emploieront si on use de force Odntre lui. M. de Préaux, qui s'en va trouver votre Majesté, est instruit de* toutes choses ^ c'est pourquoi nous nous en réhiettons sur \\^ , qui vous en saura trèsbien rendre compte. Priant Dieu qu'il donne à votre Majesté , Sire , en très-parfaite santé , très^heureuse ' et très-lougue vie.

D'Anvers , ce onzième avril 1609.

Vos, etc. P. JBâNNTN et RussY.*

Lettre de M* Jeannin à M, de f^iHeray, dudit jour on^

ziemê avril 1609.

Monsieur , le traite de la trêve a été signé , et M. 4^ Pre^ux le you3 porte. C'est pour le mieux qu on ait achevé , en Tétat auquel ëtoient les affaires, en ayant ^gard à rinçlination de ces peuples qui désiroiçnt f^rd^mm^at leur repos , joint que ce traité ne pe\;it ^napécher que le Roi et les Etats n-çkssistent leurs amis sur la prétention de Clives , au cas qu'on use de force contre eux , jugeant plus facile d'induire les. Etats à les assister , que de leur faire continuer la guerre ici. Puis quand on eût différé ce traité pour attendre quels mouvemens pourroient arriver à cettç occasion , il étoit à craindre que le roi d'E$pagi)Q , après avoir gagné la surséance d'aripes pour cette année , ne fut moins disposé de faire la trêve en Taunée prochaine , et q9e les Etats qui la désirent ne l'eussent reçue et acceptée lors ^ pires condHions que celles qu'on leur offre aujourd'hui. M. le prince Maurice a aussi été rendu content; et pour M- le prince d'Espinoy , j'ai £iit ce qu'il pouvoii délirer , dont je suis fort aise , puisque notre expédi^Ut n'a été approuvé vers vous , encore qu'il fôt fort bqn , en y joignant la promesse que les Etats offroieut lors de nous fair^, dont je vous envoie cppie , à savoir , que si les arbitres n'eussent pu juger ce ij^&t^nà pour n'être de même avis , et pour ne pouvoir convenir d'un superarbitre , ou pource que la dame comtesse de Ligne n'eât obéi à leur jugement , ils eussent , sur une simple lettre du Roi qui

le leur eût écrit , mis M. le prince d'Ëspiiioy en la possession d a bien appartenant au comte de Ligne en Hollande , qui vaut au moins vingt-quatre tnille livres de revenu ^ mais avant qu'avoir reçu yos lettres par lesquelles vous me mandez qu'on n'approuvoit cet expédient , Farchiduc Tavoit déjà rejeté <, nou pour gratifier ladite dame comtesse de Ligne , mais pource qu'il jqgeoit préjudiciable à $on autorité défaire juger, par arbitres députés tant par Iç Roi que par lui , le différend d'un bien qui est dans ses pay3 , alléguant M. le président Richardot que Sa Majesté n'a jamais voulu consentir que le différend du duc d'Arscot avec madame de Guise fât jugé ailleurs qu'en son conseil, combien qu'il fût aucunement dépendant du traité de Vervins , et que le roi d'Espagne eût fait grande instance pour le faire juger par arbitres communs , ayant Sadite Majesté fait mettre en avant cette seule con^ sidération, que l'affaire concernoit un particulier, non le général, et que le différend étoit pour du bien assis sous son obéissance , ainsi ne pouvoit être terminé ailleurs que devant ses juges. Néanmoins ledit président , après, avoir rejeté notre expédient à cette occasion , disputant encore un jour entier avec aigreur que la transaction devoit tenir, enfin ils se sont laissés vaincre avec regret, et, à ce que j'ap-r prends , l'archiduc le cèle encore à présent à ladite dame comtesse pour éviter ses crieries et impdrtunités.

Vous verrez , s'il vous plaît , l'article du traita qui est le treizième , et jugerez qu'il ne peut être fiiieu^. Il est vrai que les confiscations ne sont révoquées pour qni que ce soit, non pas même pour les b^ri-

tiers de feu M. le prince d'Orange,, sinon durant la trêve v mais chacun y peut rentrer de son autorité privée et sans ministère de justice en vertu du traité, en sorte que madame la comtesse de Ligne sera contrainte de se dessaisir de tout ce qu^elle tient , sauf à demander après ses droits ; et cela la contraindra de venir à un nouvel accord. Et néanmoins , encore que ledit sieur prince d'Espinoy ait sa sûreté par le traité , j'ai pris une promesse des Etats pour rentrer au bieii de Hollande sur la première difficulté qu'elle fera de laisser la possession de ce qu'elle tient -, ainsi cette affaire est assurée de tous côtés , et n'y pouvoiton rien faire de mieux. Tai vu les traités et déclarations que vous m'avez envoyés des empereurs Charles V et Maximilien II , qui semblent favoriser bien fort le droit du duc de Neubourg ; mais j'ai appris qu il y a eu d'autres traités et déclarations faites depuis par l'empereur qui règne à présent, et par le défunt duc Guillauine ^ père du duc de Clèves nouvellement décédé , par lesquelles , en défaut de mâles , Tainée fille est appelée , et que , par les traités de mariage des quatre filles , elles ont renoncé à la succession , fors la dernière mariée au marquis de Burgau qui ne Ta voulu faire , et que tout ce que dessus a été fait du consentement des Etats du pays. On ajoute aussi que les déclarations desdits empereurs Charles et Maximilien ne servent de rien , sinon au cas que les fiefs soient masculins; mais si de leur nature ils peuvent passer aux filles , que ce n'étoit pas aux empereurs d'en disposer , ainsi que la liberté est demeurée au père pour en disposer entre ses enfans , et qu'il Ta fait depuis avec justice, puisqu'il a préféré les mâles

DU PRÉSIDENT JEAiyNIIf. 389

Tan après Tautre, et eux défaillans , la fille aînée. Xespëre en être mieux informé à mon retour vers vous , qui sera dans la fin de ce mois , Dieu aidant. M. de Préaux est aussi à présent si bien instruit de toutes choses , que lui s'en retournant je me suis dispensé de vous en écrire si particulièrement que j'eusse fait. Je finirai doue en priant Dieu , monsieur, qu'il vous maintienne en tout heur et prospérité.

D'Anvers , ce onzième jour d'avril 1609.

Votre , etc. P. Jeànniv.

Lettre dudit sieur Jeamiin à M. de Sulljr, dudit jour ort'-

zième avril 1609.

Monsieur, vous Frétez par vos lettres le premier expédient que j'avois pris au fait de M. le prince d'Espinoy , que vous n'eussiez fait , à mon avis , si vous eussiez vu la sûreté que je voulois prendre de mes* çieurs des Etats , et qu'ils consentoient de me donner, dont je vous envoie copié , par le moyen de laquelle ledit sieur prince étoit garanti de tous les inconvéniens que vous craignez , et qui me sont représentés par vos lettres. Mais puisque cela ne vpus étoit agréable, je suis très-aise que l'archiduc l'ait refusé lui-môme , non pour favoriser madame la comtesse de Ligne , car elle est bien mise par le traité en plus mauvais ëtat , mais pource qu'il a déclaré cet expédient être préjudiciable à son autorité , en ce que le jugement de ce différend étoit aUribué à arbitres communs qui seroient choisis et nommés par le Roi et par lui , en- * core que tous les biens dont il s'agit soient dans ses pays , par ainsi que personne n'en dpive être juge

que lui seul et ses officiers , alléguant pour exemple k procès du duc d'Arscot contre madaine de Guise, que Fambassadeur du roi d'Espagne résidant près de Sa Majesté avoit requis très-instamment êtte vidé par arbitres communs^ comme étant, chose qui dé* pendoit du traité de Yervins ; et toutefois Sa Majesté n'y auroit voulu consentir^ d'autant que les biens dont ori disputoit étoient assis dans son royaume.

M. le président Bichardot ^ qui nous allégua cette raison pout faire rejeter ledit expédient, ne consentit pas pourtant à Tinstant à ce que nous avons depuis obtenu , mais insista encore un jour entier , et en deux conférences , que la transaction faite avec la dame comtesse de Ligne de voit tenir 5 etfus contraint défaire contenance de rompre avant qu'il s^ voulût rendre, cotâme il a fait enfin par un article si exprès qu'il ne peut être mieui^*) outre lequel j'ai encore obtenu des Etats kprotnesse dontjevqus envoie copie, c|ui assure de tous cSlésles affaires dudit sieur prince d'Espiuoy, sinon en ce que la révocation des confiscations n'est que pour le temps de la trêve \ mais c'est )a loi générale que sont contraints souffrir ceux dont les biôns avoientété confisqués, ntême les héritier$ de feu M. le prince d'Orange popr lesquels le3 Ëtftts eussent volontiers ftiit mieux s'ils eusseh t pu , y ayant encore plus de &ci.lité en leur affaire qu'en celle dudit sieur pritiçe d'Espinoy , d'aUtànt qu'il n'y a que l'archiduc qui tienne leur bieil, et ici il y a ukie partie la plus rude et la plus injuste que j'aie jamais connue, la dureté de laquelle ne peut être vaincue , ni par raison ^ ni par prière ^ et n'y a quje la seule nécessité et contrainte qui la puisse rendre capable de la raison

DU PRÊSIUKRT iËANNlN. 1^9 1

en Cet eiidroit. Le mieux queje vois contre elle, c'est qu'on la peut dessaisir d'entrée dé tout le bien, et , si elle y apporte quelque loûguedr ou diffi-^ Culte, que dès lors ledit sieur prince d'Espinoy entrera en la jouiasabce du bien de Holladde , qui vaut vingtquatre mille livres de revenu au moins 5 et de fort belles seigneuries , qui ^st le seul moyen de là faire Venir à raison et de lui persuader de faire un nouvel accord. M. de Préaux , qui va par delà , vous fera entendre particulièrement comme toutes chd^s se sont passées, et la peine et le soin que j'ai eu de cette aflaire pour vous y donner contentement^ e| je le suivrai bientôt, Dieu aidant , puisque tout est ^cbevé ici , pour vous assurer mcn^méme que je serai perpétuellement ,^ monsieur , votre , etc. P. lEkvmv.

D'Anvers, ce onzième avril 1669*

Autre lettre dudit siéUn Jeaànin èmdk sieur àç Snttjr, du.

quinzième ainril 1609/

MoiïâiEtjR, j'ai reçu les lettipes qu'il vous a phi m'é-. crire ^ touchant le.&it de M., le prini^e d'Espinoy , par M^ le conseiUer son ancien serviteur. %2l résolutionavoitd^à été prise sur cette affaire lorsqu'il est arrivé en ce lieu ,, sehm Vavia que je Voua en ai donné par les lettres que vous aura, rendues M. de Préaux -, en. quoi il a été «atidfail en ce que vous pouviez désirer, puisque la main«levée des confiscations na été accordée pour qui que ce soit que durant la trêve» Il est Vrai que chacun espère qu'elle doit devenir paix perpétuelle , ou , s'il la faut renouveler quelque jour, que la condition des Etats n'em-

SgT. NÉGOCUTIONS

pirera pas, par ainsi que cette même JBain-Ievée sera lors continuée, ou bien accordée perpétuellement. J ai dit audit sieur conseiller que , s'en retournant à Bruxelles ou il pourra voir madame la comtesse de Ligne, il ne lui doit parler sinon d'accord , pource qu'à mon avis il e$t besoin d'attendre la ratification d'Espagne avant que déclarer ouvertement ce qu^on veut (aire, de laquelle, encore cjne je ne fasse aucun doute, $i est-ce que plusieurs en jugent autrement \ et si cela avenoit , il y auroit danger que la trêve ne fût rompue à cette occasion , et que la déclaration qu^auroit faite M, le prince d'Espinoy iieluifûtpréjudiciable. Je pars présentement pour aller à La Haye , où je ne denieurprai que huit ou dix jourç au plus , puis je m'en retournerai vers vous , et vous informerai de toute cette affaire , afin que vous( preniez résolution ainsi qu'il vous plaira. J'ai dit audit sieur conseiller que je lui donnerai ^ussi avi^ de mon départ , afin qu'il se rende à Paris au même temps. Il veut cependant demeurer à Bruxelles pour s'instruire et apprendre ce qui est de l'intention de ladite dame comtesse de Ligne, à qui personne n'a encoÉe osé idire ce que contient le traité en l'article qui la concerne. Je suis , monsieur , votre , etc. P. Jea.nmk.

D'Anvers, ce quinzième avril 1609.

Ijettre. de M. de ViUeroy à M. Jeannin , du vingt--

^m'ème am/ 1609.

Monsieur , le dixième de ce mois le courrier de ville arriva avec vos lettres du septième et huitième: il me trouva à Yilleroy , ou je m'étpis retiré avec le

DU PRÉSIDENT JEÀNKIN. igi

congé du Roi pour passer ces fêtes.. Sa Majesté, ayant vu vosdites letftes le jour même en ce lieu , prit résolution d'attendre M. de Préaux devant qu'y ré-f pondre , voyant que vous tio^is. promettiez^ le nous dépêcher bientôt. De fait il arriva audit Villeroy le quatorzième de si bonne heure , qu'il eut moyen de voir Sa Majesté en ce lieu ce même soir, présenté par M- de Puysieux , et vous assure qu'il fut bien reçu , Sa Majesté ayant montré grand contentement de la résolution de la trêve , louant Dieu de ce qu'il l'a rendu médiateur par votre prudence et sage conduite d'un si bon œuvre , que Sa Majesté a toujours jugé utile à toute la chrétienté. Sur cela Sa Majesté m'a fait revenir ici auprès d'elle dès le lendemain de la fête. J'y arrivai donc hier. A la même heure elle a dépêché un courrier à M. de Sully, qui a passé les fêtes à Villebon vers Chartres , pour le faire venir droit en ce lieu sans passer par Paris, et a donné ordre que M. le çhaur celier s'y rendra en même temps , pour répondre par leur sage conseil à tout ce que ledit sieur de Preauip nous a apporté de votre part , étant bien marri de ce retardement qui procède de cette séparation des cour^ tisans, à cause de la saison; car je ne doute point que le temps ne vous dure assez où vous êtes ; mais.nou$ n'eussions rien résolu qui vaille sans ces messieurs. Arrivés donc qu'ils seront, je solliciterai le renvoi dudit sieur de Préaux , qui vous est très-obligé avec ses amis de l'honneur que vous lui avez fait en lui conamettant la charge qu'il a représentée à Sa Majesté, qui est demeurée contente d^ fidèle rapport qu'il lui en a fait. Et comme je ne vous fais la présente que pour vous avertir des causes de cette longueur, je l^

^94 >ÉGOClATIONS

finirai zptès voas avoir assiité que Sa Majesté est en bonÂe saûtë grâces à Dieu , se trouvant bien d'une petite pnrgation qu'elle a prise depuis là fête , qui sera demain suivie d'une saignée pour éventer et rafratohir son sang , sujet à s'émouvoir en cette saison. La Reine et toute la fisimille se portent bien aussi grâces à Dieu , lequel je prie donc , monsieur , vous conserver en parfaite santé.

De Fontainebleau, ce vingt-unième jour d'avril 1609.

Votre , etc. de Neufville.

Lettre dû Hoi à messieurs Jeaimm et de Busstjr, du vingtcinquième avril 1609.

Messieurs Jeaûnin et de Russy , j'ai vu les articles de la trêve que vous m'avez envoyés par le sieur de Préaux. Je n'en suis moins content que ceux qui y ont le principal intérêt. J'espère aussi avoir bonne part au bien qui en résultera , et suis Kien satisfait du bon devoir que Vous y avez contribué , ayant très-bien suivi et exécuté mes (^ommandemens, tant pour le général que pour le particulier de la maison de Nassau, reconnoissant qu'ils ont tous occasion de s'en louer, fet de saVoir gré à ceux qui leur ont moyenne le repos eft les avantages que les uns et les autres en retirent. Le point principal sera qu'ils en usent comme ils doivent , c'est-à-dii*e qu'ils entretiennent leur union avec plus de soin que jamais , qu'ils soient jaloux de la conservation et affermisseinënt de l'autorité et liberté quHls ont acquise , qu'ils pourvoient à la sûreté dé Içurs villes et places , et maintiennent leurs forces de terre et de mer en bonne réputation, afin que leur

nu PRÉSIDENT JKANNIN. SgS

pays soit tnieax gardé, qu'ils soient toujours craints, chéris et respectés dé leurs voisins. Pâreillekiieilt ils doivent être diligens de bien entretenir leurs alliés et vrais amis, comme de faire provision (par prévoyance et prudence ) de tous moyens nécessaires , pour en tout cas éviter les accidens d'une surprise ou rupture inopinée ou nécessaire , sans ]paf trop se confier et endormir en lafruition etjouissaiice des bénéfices et douceurs de ladite trèVe; car c'est ce qui la rendra plus assurée.

Or , pour bien pourvoir à tout ce qiie dessus , il est surtout nécessaire qu'ils prennent protnpté résolution , tant sur la forme de leurs contributions pour le temps que doit durer ladite trêve, que sur l'ordre qu'ils tiendront durant icelié au gouverneihent de leur république; et comme j'estime qu'en l'un et en l'autre point ils n'auront moins besoin de conseil et de l'assis- {mte de leurs bons amis , je désire leut témoigner en cette occasion , comme j'ai' fait eii la poursuite dé ladite trêve et en toutes autres , la continuation de ma bienveillance et du soin cjue j'ai de leur prospérité. C'est pourquoi vous , sieur Jëanniû , aviserez , devant que partir pour me revenir trouver, à leur remontrer de ma part sur l'un et l'autre sujet ce que vous jugerez ^ par la connoissànce que vous avez de l'état et disposition desdites provinces , leur être utile, pour, s'il est possible , obtehir qu'ils s'en résolvent devant que vous les délaissiez; car je crains, si voUs les abtodonnez devant qu'ils aient pourvu à cela , qu'il naisse entre eux des disputes qui leur rerident ladite trêve plus dommageable qUe Utile. Vous leur proposerez donc sur ces deux points les expédiens

3(j6 NÉGOCIATIONS

que vous jugerez les meilleurs : et d autant (|aHl serit peut-être besoin , sur la proposition que vous en ferez aux députés des Etats qui ont été assemblés pour ladite trêve , qu'ils retournent en leurs provinces et villes pour en conférer avec les corps et magistrats particuliers d'icelles , pour avoir pouvoir suffisant d'en résoudre 3 de façon que cette résolution pourroit tirer à la longue , en ce cas je trouve bon que vous , sieur Jeannin , reveniez, par deçà pour m'informer pai*ticulièrement de toutes choses , à la charge que vous retournerez derechef par delà s'il est requis, pour assister à la réponse que feront lesdites provinces sur ladite puverture , et les fortifier de mon conseil en la résolution qu'ils auront à prendre , ainsi que vous leur idirez .en prenant congé d'eux -, car je m'assure que la promesse que vous leur en ferez les réjouira et consolera grandement, et servira à augmenter et assurer la confiance et créance qu'ils ont en moi et en l'affection que je leur porte : mais, il 'seroit bien meilleur, si faire se pouvoit , que ladi|;e résolution pût être prise devant votre départ , tant je crains qu'il naisse sar cela en votre absence des contentions et accidens qui avortent les fruits de ladite trêve , et ouvrent les moyens aux ennemis de leur liberté de l'entamer; c'est pourquoi , monsieur Jeannin , j'aurai à plaisir d'avoir encore votre bon avis sur ces considératioDS {devant que vous preniez congé d'eux tout-à-fait , pour pouvoir vous ordonner après ce que vous aurez à faire avec plus de lumière et de contentement ; mais vous m'enverrez votre avis par courrier exprès afin que vous receviez tant plus tôt mon commandement, voulant quand vous partirez que vous, sieur

DU PRÉSIDETST JF.ANNIN. 897

de Russy , demeuriez par delà pour continaer à m y servir en ces occasions et autres qui se présenteront , suivant les bons avis que vous aurez pris ensemble au partement dudit sieur Jeannin.

Au resté, j'ai été très-aise de savoir la réponse que le président Richardota faite à vous , sieur Jeannin , sur le fait de Clèves et de Juliers , comme d'avoir entendu l'avis de mon cousin le prince Maurice et du sieur de Barneveldt sur icelui ; mais je crains bien que la maison d'^Autriche , cependant qu'elle fera contenance de ne vouloir rien entreprendre par voie de fait auxdils pays, y dresse une partie si forte par le moyen de ceux qui y oftt autorité, lesquels ils entretiennent de longue main à kur dévotion , qu'ils en privent avec le/ temps les légitimes héritiers, desquels je n*ai eu aucun avis depuis le trépas du duc , non plus que de la douairière et de ceux du pays , de façon que je ne puis pour le présent prendre autre conseil et résolution que celle que je vous ai écrit avoir prise , qui est de m'opposer ouvertement au dessein et aux armes de quiconque y entreprendra contre la justice et les voies ordinaires d'icelle.

Cest pourquoi je n'approuve pas que ledit prince Maurice jette à présent des forcés dans le pays , parce que cela donneroit prétexte à d'autres de faire ^ le semblable, et me semble qu'il est nécessaire d'être devant informé plus particulièrement de la justice des prétendans, comme de leurs délibérations eh la poursuite d'icelle , sans innover aucune chose auxdits pays. Mais je trouve bon que ledit prince emploie son crédit envers ceux qui y ont pouvoir , afin qu'ils fiiaintiennent toutes choses en état, ne permettant

igS NÉGOCIATIONS

qu'il y soit entrepris au préjudice desdits prétendans par pratiques, corruptions, et autres surprises, ni par force, les assurant qu'ils seront assistés et secrourus de moi et de lui au besoin qu'ils en auront , et qu'ils l'informeront au vrai de l'état du pays , des factions et inclinations d'icelui, et dé tout ce qui y surviendra et est requis que nous sachions , pour aider à défendre et protéger la justice et le droit de ladite succession à qui il appartient, ayant délibéré me conduire en cette action , principalement par le bon avis dudit prince , tant pour la fiance que j'ai en lui , qui ira tous les jours croissant , pour plusieurs bonnes considérations qui importent au bien de mes affaires, et au particulier avantage dudit prince , que pour le pouvoir et la commodité qu'il a plus grande que nul antre de servir à cette mienne intention -, et sitôt que j'aurai nouvelles desdits princes prétendans je l'en avertirai. Cependant je mettrai peine de les radier et accorder à un dessein pour mieux s'opposer ^ux attentats que l'on y vbudra faire à leur préjudice : et quand il sera besoin d'y employer la force , nous ne manquerons de gens de guerre , ni de moyens pour cet effet , soit que le^ Etats licencient dès à présent une partie des leurs , ou qu'ils les retiennent jusques à ce qu'ils aient reçu les ratifications d'Espagne ; de quoi je veux me remettre à leurjugementet meilleur avis , reconnoissanf, si je leur donnois conseil de les conserver entiers, qu'ils prétendroient queje serois obligé de les assister d'argent pour cet -effet , et je n'estime pas à propos que je m'y engage pour le présent autrement que vous fera entendre de ma part ledit sieur de Préaux , <tue je vous renvoie bien instruit de mes intentions

DU PRÉSIDENT JEAISNIN. 'ic)g

sur tou^s cbos6$. Je prie Dieu , messieurs Jeannin et de Russy ^ qu'il You^ ait eii sa sainte garde.

Ecrit à Fontainebleau , le vingt - cinquième d'avril 1609. Henry.

Et plus bas , DE NEUFYItLE.

Lettre du sieur de f^iUeroy audit sieur Jeannin, du vingt-^

sixième avril 1609.

Monsieur , je n'ai rien à ajouter aux lettres et mé^ moire que vous porte M. de Préaux. II a assisté aus^i à toutes les délibérations et résolutions qui ont été faites sur le sujet de sa venue, dont il vous saura rendre bon compte \ je m'en remettrai doiic sur lui , joint que j'espère , quoi que nous vous inandions , que nous aurons le bien et çoutenteraent de vous voir bientôt , et certes je le désire avec passion , ainsi que j'ai prié ledit sieur de Préaux de vous faire entendre. Nous avons- reçu votre lettre du quinzième de ce mois , depuis avoir résolu le renvoi dudit sieur de Préaux , et je n'ai point trouvé dedans le paquet de lettres de vous pour moi à l'accoutumée ^ ce que j'attribue au peu de loisir que vous avez eu d'écrire , ou à la stérilité du sujet qui se présentoit lors : toutefois j'ai estimé devoir vous en avertir. Nous affectionuons toujours le fait dé Glèves , ainçi que nous vi^us avons écrit y et nous sommes bien disposés d'y porter et favoriser l'électeur de Brandebourg \ mais nous dé-^ sirerions que le duc de Neubourg y eût part , parce qu'il e$t aussi de nos amis , et que nous estimons , s'ils étoient d'accord, que toutes choises succèderoient mieux et plus sûrement et heureusement

4oo NÉGOCIATIONS

à l'un et à Tautre. Au detneurant , le Roi a youlu gratifier M. de Pipeaux et les siens d'une compagnie de gens de pied qu'il entend entretenir par delà pour son service , ainsi qu'il vous dira , en quoi je vous prie de continuer à l'assister de votre faveur envers ceux que besoin sera. .11 vous est déjà si attenù j comme nous sommes tous avec lui , des faveurs et de l'amitié que vous lui avez départies , que nous ne pouvons vous en rendre grâces dignes de notre volonté. Il me suffira donc de vous supplier de croire que vous avez plus de pouvoir sur moi que moimême ; il vous dira toutes les particularités , comme celui qui en est pleinement informé, et de l'avis que je puis vous donner sur toutes occurrences. Je salue donc vos bonnes grâces de mes très-aflfectionriées recommandations ^ et prie Dieu, monsieur , vous donner en bonne santé heureuse et longue vie*

De Fontainebleau, le vingt - sixième jonr d'avril

Votre, etc. dk Jîeufville.

Lettre de*M, le duc de Sulfy à M. Jeanni'n, du premier

mai 1609.

Monsieur , j'ai vu par vos lettres et copies des actes que vous m'avez envoyées , comme toutes choses se sont passées touchant ce qui concerne les afiaires de mon cousin le prince d'Espinoy, par toutes lesquelles choses je juge que votre prudence et fermeté d'esprit étoient très - nécessaires en la conduite et résolution d'une affaire si contestée , et dont nul autre que vous n'eût obtenu un tel avantage. Partant mondif

DU PRÉSIDENT JKANNIN. ^0\

cousin et moi vous remercions de tant de peines que Vous avez prises , et vous en demeurerons à jamais très-obligës , et rësolùs de nous en revancher par toutes sortes de services. Or, d'autant que je prévois bien qu'il ne laissera pas d y avoir des disputes et aniffiosités entre ledit prince d'Espinoy et la princesse de Ligne ^ et qu'étant parent des uns et des autres^ j'eusse bien désiré de les réconcilier , et faire en sorte que toutes choses passassent à Famiable, je vous prie, comme de vous-même , faire quelque ouverture à la princesse de Ligne , soit d'alliances , mariages ou soumission dWbitrages V telle que vous aviserez pour le mieux 9 car^ quoi que vous résolviez, je m*y soumettrai^ niais, je vous prie, que les ouvertures que vous ferqz soient si considérées , que cela ne puisse porter pf*éjudice à l'avantage en quoi nous sommes maintenant à cause du traité de la trêve. Quant aux prétentions que la princesse de Ligne pourroit avoir après ladite trêve expirée , c'est chose où il y aura remède , et que le temps pourra encore faciliter. C'est pourquoi Je ne suis nullement d'avis d'être retenu de cette, considération et appréhension. Quant aux affaires générales , je ne vous en écrirai rien, remettant le tout sur les lettres de M. de Villeroy, et le rapport qui vous sera fait par M. de Préaux. Continuez-moi la faveur de vos bonnes grâces , et faites état assuré de mon affection et fidèle service qui vous sont entièrement acquis. Sur cette vérité je vous baise les mains.

De Paris , ce premier de mai 1609.

C'est votre , etc.

Maximilian de Bethune , duc de Sully.

ijoîl ' NÉG0CUTI05S

Lettre de messieurs Jeannin et de Rmssy au Roi , audit jour

premier de mai 1609»

Sire,

Il y a denx jonrs qne nous avons fait nne dëpéche à votre Majesté par le courrier Picault , pour lui donner avis de ce qui se passe en Clèves , et de quelques autres particularités de ce pays ; mais nous Favons retenu a][)rès lui avoir donné ladite dépêche jusqu'à présent, sur le bruit qui est venu ici que M. de Préaux y devoit arriver de jour à autre avec les commandemens de votre Majesté , en intention néanmoins de le faire partir dans deux jours , soit que ledit sieur de Préaux vienne ou non. Cependant nous lui écrivons ce làot par M. de La Borde , lequel la va trouver pour lui rendre compte de ce qu'il a vu et appris en son voyage de Suède, où il s'est si bien informé de toutes choses , même des intentions , déportemens , forces et moyens du roi de Suède , qu'il lui en saura rendre bon compte. Nous avons entendu non-seulement de lui, mais d'autres qui ont été en icelui voyage, que ledit sieur Roi désire se servir dudit sieur de La Borde en charge honorable , dont il nous a montré les commissions et patentes , et semble aussi qu'il ait volonté d'y rétourner , si votre Majesté ne lui commande de s'en abstenir. C'est à elle d'en ordonner son bon plaisir. Mais ayant appris par plusieurs qui en sont retournés , le peu de moyen et d'espoir qu'il y a d'acquérir honneur par personnes qui sont capables de • servir en meilleure occasion , comme est ledit siear de La Borde , nous le lui avons dissuadé , et néan-

DU PRÉSIDENT JEA.NNIK. 4^3.

moios donné conseil de recevoir là-dessus les corn*mandemens de votre Majesté avant que de prendre^ aucune résolution. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté , en très-parfaite santé , trèslongue et très-heureuse vie.

De La Haye , ce premier jour de mai 1609.

Vos , etc. . P. JfiAsriiiif et de Russy.

Jutre lettre de messieurs Jeanmn et de Russy au Roi,

du huitième mai 1609.

Sire 9

Nous airons diffîré d'envoyer ce courrier à votre Majesté , attendant la venue de M. de Préaux . pour ajouter à notre dépêche ce que nous^ jugeroxis à pro-* pos sur le sujet de son retour. Or nous avons entendu bien particulièrement par lui ses intentions et commandemens, que nous essaierons d'exécuter avec le même soin , affection et fidélité que nous avons &it du passé , tenant à grand heur que notre travail et conduite , parmi tant de difficultés qui se sont rencontrées en la négociation qu'il lui a plu nous com«« mettre , lui aient été agréables. Nous sommes demeu^ rés en ce lieu quelques jours presque inutiles , pour Vabsence des députés des Etats qui viennent de jour en autre , et seront tous ici dans trois ou quatre jours , mais non plus tdt , ayant été nécessaire que les Etats de chacune province se soient assemblés pour délibérer sur ce qui restoit même touchant les contributions , et ce qui regarde le particulier de M. le prince Maurice et des autres seigneurs de sa maison , avant quoi ils n'ont pu cmvoyer leurs députés à l'assemblée

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jgénérale. Nous avons cependant employé ce loisir pour essayer de faire le partage , et mettre d'accord les ^rois frères qui ont eu de très-grandes difficultés sur ce sujet ^ mais à présent nous en espérons mieux, et nous promettons de les composer avec l'autorité et le secours de messieurs les Etats , qui offrent d'y mettre du leur pour aider à ce bon œuvre : après qu'ils seront assemblés nous espérons *que peu de Jours doivent suffire pour acbever ce qui reste , du moins pour faire ce que nous jugerons en pouvoir espérer pour ce coup. Le traité pour la garantie de la trêve sera passé suivant notre minute , et conjointement avec les Anglais , lesquels ndus ont dit qu'il leur a été ainsi commandé , et que leur Roi approuve tout ce qu'ils ont fait avec nous , même les en loue. La vérité est bien que , depuis environ quatre mois , ils ont entièrement suivi nos avis sans y contrevenir en rien , et semble que leur maître soit mieux disposé envers votre. Majesté, et à rechercher et désirer son amitié qu'il n'étoit auparavant, selon les propos qu'ils nous en tiennent* et les lettres que M. de La Boderie a écrites au sieur Jeannin , dont elle saura mieux juger que nous , et y prendre les conseils qu'elle estimera être du bien et avantage de sa couronne. Pour le surplus des affaires, notre soin est maintenant d'unir ensemble tous ceux qui ont part au maniement des affaires de l'Etat ; ce que nous estimons avoir fait entre le prince Maurice et le sieur Barneveldt , du moins. fort avancé , de qui est du tout nécessaire afin qu'ils n'aient plus tous ensemble qu'un même sentiment es délibérations publiques, puis de faire résoudre en l'assemblée générale le fait des contri-

DU PRËSIDËIST JËA.NNIN. 4^5

Kutions , sans quoi la trêve ne leur seroit pas seulement inutile , mais dommageable. C'est chose où il y eut de très-grandes difficultés , et du temps même de feu M. le prince d'Orange , dont la décision étoit rcr mise et sursise de temps à autre pendant la guerre , ce que chacun soufiroit à cause du péril présent ^ mais aujourd'hui que cette crainte n'est plus ils y contre* disent avec plus d'animosité.

Les députés de Zélande , qui nous sont venus voir, montrent bien de nous en vouloir croire , et à la vérite ce qu'ils demandent est fondé en très -grande raisoii ; niais ils ont aflaire aux provinces de Gueldrea, 0 ver-Yssêl et Frise , dont il faut traiter les deux* premières doucement, pour les maintenir dans l'union en laquelle rien ne les a fait entrer que la force. Nous.y ferons de notre mieux lorsque les députés^ des provinces, seront tous assemblés , qui ne peut, êire plus tôt que de trois ou quatre jours pour les raisons ci-dessus déduites. Nous jugeons bien qu'il ne faut pas sortir de' ce lieu sans avoir fait pourvoir auxdites contributions , de quelque façon que ce soit , et sans même avoir fait donner contentement à M. le prince Maurice , et fait aussi , s'il est possible , le partage des trois frères, dont les deux aînés sont aucunement en^ aigris et mal ensemble , à cause des disputes qu'ils ont à cette occasion , qui pourroîent bien être cause , si on ne les mêttoit d'accord , de faire des partialités dans l'Etat , y en ayant qui favoriseroient l'aîné contre les mérites de l'autre. Nous avions, longtemps avant la conclusion de la trêve , désiré de faire ternliner ces différends pour les contributions , et lors les pro* vincea de Gueldres , Frise et Over-Yssel , se fussqu

4o6 KKGOCIATIONS

-soumises à tout ce qu^on eut voulu pour la grande aflectioa et besoin qu^elles avoient d'avoir la trêve , comme étant los plus exposées aux dangers de la -guerre; mais ceux qui désiroient lors d'empêcher cette trêve , et pensoient que tel accord faciliteroitle moyen d'y parvenir , Fempéchèrent avec si grande T^émence , quç , pour n'ajouter cette difficulté i plusieurs autres qui se présentoient, on s'abstint d'en faire plus grande poursuite. $i est-il du tout nécessaire de le faire ^ présent , et jusqu'à ce que le sieur Jeannin demeure en ce lieu, suivant le commandement tle votre Majesté ; mais pour le regard de l'établissement du conseil en la forme que M. de Préaux en aura parlé à votre Majesté de notre part, et doiit nous avons conféré en ce lieu avec ceux qui manient les affaires , même avec le prince Maurice et le sieur de Barneveldt , jugeant qu'il étoit besoin d'y pourvoir ainsi, nous n'espérons pas qu'on lui puisse donner pour le présent l'autorité qui seroit bien requise , puisque ledit sieur Barneveldt n'a pu être induit d'y entrer , quoique en apparence il ne rejette pas l'établissement d'icelui , car nous connoissons bien que c'est le but et l'intention de ceux qui ont plus de part es délibérations qu'on prend en l'assemblée générale des Etats , et môme la sienne , de faire que les Etats soient perpétuellement assemblés en nombre de deux ou trois de chacune province au moins , et par ce moyen que l'autorité pour délibérer et résoudre des affaires publiques réside toujoijrs en eux.

Or , tant qu'ils auront ce désir avec autant de passion qu'ils Font à présent , il sera trop malaisé d'établir et autoriser ce conseil comme il convient , et faut

DU PRÉSIDENT JËÀNNIN. 4^7

nécessairement prendre du loisir et attendre un autre temps pour les y disposer. Leur conduite ne laissera pourtant d'avoir un assez bon ordre et police pour se maintenir sans confusion , et sans qu'il en arrive du^ eun mal à TEtat, pourvu que le prince Maurice et le sieur Barneveldt soient bien ensemble, dont les fon^ deraens sont déjà si bien jetés , que nous n'en devons attendre que tout bien. Cette forme de tenir toujours les Etats assemblés fut prise du temps du comte de Leicester, lequel étant soupçqnné de vouloir lors usurper l'Etat , fût pour lui , ou pour la feue reine d'Angleterre sa maîtresse , se servoit du conseil d'Etat dont il étoit chef , et par ce moyen manioit toutes les affaires; qui fut cause que les gens sages , pour'affoiblir son auforité et lui ôter le moyen de vQnir à- bout de ses desseins , prirent cette résolution de tenir toujours les États assemblés , afin d'amoindrir l'autorité dudit conseil', et par conséquent la sienne; car lorsque les Etats-Généraux sont assemblés , toute autre autorité cesjse , du moins est tellement laffoiblie et au dessous d!eux , qu'elle est sans pouvoir de résoudre quoi que ce soit concernant les affaires de l'Etat; de laquelle forme de procéder , s'étant bien trouvés , à ce qu'ils disent , ils s'en souviendront toujours , et pensent ne pouvoir mieux faire que 'de la suivre.

U faut aiissi considérer que ceux qui se trouvent à l'assemblée générale des Etats sont les magistrats des villes , de l'avis desquels dépendent les délibérations, et par ainsi sont toujours pour l'assemblée générale contre, ce conseil : et de cet intérêt le sieur de Barneveldt, qui est plus puissant en l'assemblée générale qu'il ne seroit audit conseil , se sait bien servir pour

4o8 NÉGOCIATIONS

y faire apporter de la contradiction. Aussi avons-nous toujours jugé que tout dépendôit de faire qu il en fut. Nous ne laisserons de tenter encore ce qu'on pourra faire lorsque les Etats seront assemblés; mais il n'est pas besoin que le sieur Jeannin retarde plus longtemps son retour à cette occasion , d'autant qu'il ne le pourroit faire sans donner trop de soupçon aux députés d'Angleterre , qui sont désireux de s'en retourner, et s'informent tous les jours de son départ, craignant , s'il est di/Téré , que* ce ne soit à quelque dessein. Or tout ce qui vient de nous pour la con- ~ duite de l'Etat , même s'il semble tendre à accroître l'autorité du prince Maurice, leur est très-supectj car M. Carron qui étoit en Angleterre pour les Etats, lequel est à présent en ce lieu , a fait copnoître que le roi de la Grande-Bretagne est toujours tute-malcontent des propos que ledit prince Maurice a tenus au conseil d'Etat, dont votre Majesté ia été ci-devant avertie , et désire que dans le même conseil il tienne quelque propos qu'il puisse recevoir pour satisfaction, ce qu'il refuse opiniâtrement de faire 5 et outre ce nous voyons bien que son amitié à l'endroit du sieiir Barneveldt n'est encore assez affermie , et que ce conseil qui le pourroit autoriser donne quelque ombrage à l'autre , et cette raison jointe aux autres nuit à ce dessein ] par ainsi faut attendre quelque temps si on y veut pourvoir sans altérer ^avantage les esprits. Et à là vérité , quoi que nous disions au prince Maurice , il ne se peut vaincre , ni déguiser le mëconten* tement qu'il a de ce que les choses n'ont succédé comme il désiroit, étant d'un naturel si entieret ouvert ,' qu'il ne se peut dissimuler qu'avec très*-grande

DU PRÉSIDENT JEAlSyiIV. 4^9

peine ; et quoique Tapparence de son aigreur diminue tous les jours à notre persuasion , si en a-t-il trop de reste pour le cacher , et cela donne sujet à ceux qui pensent l'avoir offensé ou être offensés de lui , d'empêcher que son autorité ne -croisse ^ mais tout cela cessera quand il voudra user de la conduite qui est requise , et que nous lui conseillons pour se faire autant aimer qu'il a de mérite; Que votre Majesté n'en soit pourtant en peine , car chacun a si grand désir de conserver l'Etat et la liberté qu'ils ont acquise , qu'il n'en arrivera aucun mal , et si il est certain que le prince Maurice se changera, sinon tout à coujp, du moins peu à peu , la raison le forçant de jour en autre à suivre notre conseil plutôt que son inclination , et lors on pourra faire aisément ce qui seroit à prëseni impossible.

Nous pourvoirons à l'entretènement des deux régimens, et , comme nous espérons , des deux corapagnies de cavalerie, selon que votre Majesté le commande, étant bien aises de ce qu'il lui a plu. mettre l'argent es mains des Etats , lesquels nous obligerons fort bien au paiement par avance de mois en mois , et en sorte que le nombre qu'elle veut être çntreteAU y soit toujours, et qu'elle le puisse retirer aussi pour s'en servir au besoin. On a souvent ayis ici de ce qui se passe à Clèves à cause de la proximité, et de ce que M. le comte Ernest, qui réside d'ordinaire à Arnheim, ville des Etats qui n'est qu'à trois lieues de la ville de Clèves , en avertit de jour à autre. Ce que nous en avons appris est que quelques commissaires de la part de l'électeur de Brandebourg ont fait planter ses armes ea divers endroits , que Iç fils du duc de Neubourg,

4lO KEGOCIATlOiyS

qui est venu sur les lieux en personne , en a fait autant de celles de sa mère , et en quelques endroits les a mises au dessus de cellets dtidit sieur électeur. Les habitans ont souffert et dissimulé ce qui a été fait d'une part et d'autre , et se sont contentés de dire que pour leur regard ils n'entendent préjudicier au droit d'autrui , mais laisser TaiTaire ajustiez. Au pays de Juliers le duc de Neuhourg semble être plus favorisé, et partout ailleurs c'est l'électeur de Brandebourg. Les Etats de tous lesdits pays s'étant assemblés à Dingslaken y ont délibéré et résolu , le seizième du mois passé , de ne recevoir forces ni garnisons étrangères de qui que ce soit , de demeurer unis , et se conserver neutres, attendant que, par justice ou voie amiable, il soit connu et déclaré qui doit être leur seigheur, et contient leur délibération qu'ils ont pris ce conseil par l'avis de l'Empereur , de votre Majesté , des archiducs et Etats, et toutefois elle nous mande qu'elle n'a aucun , avis de cet endroit ni des princes, ni du conseil du pays.

Nous avons aussi vu la copie d'une lettre que l'Empereur écrit à la veuve du défunt duc et aux Etats du pays 9 qui çst du deuxième du mois passé , par laquelle il les exhorte de demeurer unis ensemble, et de gouverner l'Etat par l'avis de la veuve , et du conseil qui étoit établi du vivant du duc , attendant qu'il soit connu en justice à qui le droit doit appartenir. Les Etat du pays ont néanmoins ajouté audit conseil six autres personnes de qualité» sans lesquelles rien ne pourra être fait, ayant été induits d'en ordonner ainsi sur pe. qu'on tenoit la plupart de l'ancien conseil être trop affectionné à l'Empereur et à sa maison. Jusques

DU PRÉSIDENT JfiÀ]yKI5. 4'^

ici personne n'a montré de vouloir entreprendre par la force sur ces pays : il est vrai que le fils du duc de Neubourg , lequel parloit au commencement avec douceur et paroles accompagnées de raison pour persuader qu'il a bon droit , use maintenant de menaces , et •montre , s'il est refusé , de vouloir venir aux armes^ disant hautement qu'il sera assisté pour la conservation de son droit de très-grands princes , sans néanmoins les nommer. On tient aussi que le gouverneur de la ville et château de Juliers , lequel est affectionné au roi d'Espagne , et , comme on dit ^ son piensionnaire , a levé environ trois cents hommes des lieux voisins pour les ajouter à sa garnison. L'électeur de Brandebourg , qui est encore en Prusse bien empêché pour obtenir l'investiture dudit duché , dont le roi de Pologne fait grande difficulté , a écrit à M. le prince Maurice, de Kœnigsberg, ville de Prusse, du onzième du mois passé , le priant de favoriser et assister les siens en la prise de possession et conservation des droits qui lui appartiennent en cette succession. On dit aussi que son frère , qui a autrefois été administrateur de Té véché de Strasbourg , doit bientôt arriver audit pays de Clèves pour prendre ladite possession, et envoyer vers messieurs les Etats im docteur bien instruit de son droit.

Le sieur Jeannin a mis par écrit en un mémoire à part ce qu'il a appris tant des droits dudit sieùr électeur que du duc >de Neubourg , qu'il envoie à votre Majesté pour s'en éelaircir si elle le désire. Il y aura de quoi disputer entre eux, et venir même aux ^rmes avec péril , s'ils ne sont si sages que de s'en ac^ corder amiablement comme ils peuvent faire en par*

4i2 î«(.^:gociatioins

tageant cette succession qui cahtient trois duchés cl un comté. Il est vrai que par les dispositions des précédens seigneurs , confirmées par les empereurs et les Etats du pays , toutes lesdites seigneuries ont été unies 9 et ordonné qu^un seul prince y succédera toujours , en donnant quelque argent aux filles ; mais le pays souffrira plus volontiers cette division qu'une guerre dont ils recevront beaucoup plus de dommage* Or si les choses ne passent ainsi et par accord , il semble que la partie de l'électeur de Brandebourg doive être la plus puissante en Allemagne , car il y a une loi familière es maisons die Saxe , Brandebourg et landgrave de Hesse pour succéder les uns aux autres, les mâles défaillans en une famille , qui intéresse et oblige le duc de Saxe et le landgrave aie secourir. On tient même que l'électeur Palatin , qui a projeté queV que alliance de sa fille avec le fils dudit électeur de Brandebourg , se doit joindre à son parti , nonobstant que le duc de Neubourg soit de sa maison et son proche parent. Le roi de Danemarck , qui a épousé la sœur dudit électeur, sera pour en faire autant ,' et le roi d'Angleterre avec lui. Les Etats montrent aussi avoir le même désir , au cas que son droit soit jugé le plus apparent , et que votre Majesté se veuille déclarer pour lui, comme ils se promettent qu'elle fera, tant pour l'amitié que cette maison de Brandebourga eue de tout temps avec la couronne , que pour autant qu'il semble le, duc de Neubourg chercher son appui en la •maison d'Autriche et du roi d'Espagne, sans lequel il ne peut défendre son droit contre de si puissans ennemis : et le faisant, comme il sera contraint par nécessité s'il faut venir aux armes , cette guerre pourra

DU PHÉSIDENT JEANNIIC. 4'^

donner moyeu au roi d'Espagne de joindre lésdits Etatâf aux Pays-Bas moyennant quelque récompense; ce que les Etats ont très-'graude occasion de craindre, et< estimons votre Majesté y avoir aussi très-grand in-: térét. Il semble toutefois que le roi d'Espagne se précipitera mal volontiers à ce dessein , et puisqu'il a jugé devoir faire la paix avec les Etats eu quittant * quelque chose du sien , que.malaisémentilse voudra mettre au péril de rentrer en nouvelle guerre avec mêmes ou plus puissans ennemis pour conserver Tautrui.

Votre Majesté pourra être mieux avertie d'ailleurs de l'inclination de tous cesprinces , et des mouvemens qui se préparent à cette occasion-, mais quand il lui plairoit faire quelques offices enyers ceux qui prétendent à ladite succession pour traiter de leurs droits à l'amiable , et envers les Etats du pays pour les exciter à demeurer fermes et unis sans se partialiser , sinon pourcelui qui sera jugé avoir le meilleur droit,la grande réputation de sa prudence, et la crainte de son autorité et de ses forces , si on ne déféroit à ses avis ; pourroient beaucoup aider à leur faire prendre de bons conseils. Il est arrivé cejourd'hui même , nous achevant ces lettres , un gentilhomme allemand , envoyé par le fils du duc de Neubourg vers messieurs les Etats , pour les instruire de son droit, et les prier de le vouloir favoriser , se promettant que sa cause qui est juste sera aussi assistée de votre Majesté. Sa prétention est fondée sur le rescrit de l'empereur Cliarles V , sans lequel il dit que les fiefs qui dépendent de la succession de Clèves ne peuvent passer aux filles , et qu'en le suivant sa mère doit être sans

4ï4 NÉGOCIATIONS

doate pirëférée àla femme de rélecteur deBraadebonrg qui n'est que sa nièce , par ainsi plus éloignée d'un degré qu'elle , attendu aussi que les descendans des sœurs du défunt duc ne sont appelés , tant qu'il j a des sœurs vivantes , comme il est plus particulière-, ment déduit par le mémoire qui est envoyé. M. de La Force , qui a une compagnie au régiment de M. de Châtillon de deux cents hommes suivant sa commis^ ' sion , laquelle est encore à présent remplie de ce même nombre^ et de fort bons soldats et bien armés, se plaint de ce qu'on la veut réduire comme les autres à cent hommes , et nous a priés de représenter sa plainte à votre Majesté qui sait les mérites du père , que le fils montre bien de vouloir ensuivre. S'il lui plaît donc quïl ait quelque chose de plus que les autres , elle nous commandera son intention au retour de ce courrier. £t sur ce nous prierons Dieu , Sire , qu'il maintienpe et conserve votre Majesté en très^bonne etpar^,

faite santé.

De La Haye , ce huitième de mai 1609.

Vos , etc. P. Jeànnin et de Russt.

Lettre de M, Jeannîn à M. de f^iUeroy , dudit jour hm^-

tikme de mai 1609.

Monsieur , le retour de M. de Préaux nous a pleinement informés des intentions du Roi , que nous essayerons d'eflFectuer de tout notre pouvoir , afin que Sa Majesté ait le même contentement de notre conduite en ce qui reste , qu'il lui plaît nous témoigner pour ce qui s'est passé* jusques ici. Le prince Maurice et le sieur de Barneveldt sont assez bien , et fais en-

core tout ce que je peax pour les mettre mieux, le jugeant du tout nécessaire pour empêcher qu'il n'y ait aucune partialité en FEtat , et pour fortifier aussi le premier y qui ayant celui-ci pour contraire diminuera plutôt en crédit que de croître ; mais son naturel est si peu enclin à la dissimulation , et il se représente si souvent avec déplaisir qu'il a été vaincu , qu'il ne se peut tenir de iaîre voir à toutes occasions quHl y a quelque reste en son esprit de l'ancien mécontente^ ment, qui estcause que l'autre, soupçonneux et trop sensible, entre aisément en de nouveaux ombrages. Tespère néanmoins de faire en k prochaine assemblée d'Etat que le prince Maurice demeurera satisfait de ce que les députés lui ont comme promis à notre prière, lorsqu'ils étoient à Berg-op-Zoom, et que le àevLT de Barneveldt y apportera tant du sien , comme aussi au partage des trois frères , pour faire cesser la liaine qui commence à se mettre entre les deux atnés , que cette obligation donnera sujet au prince Maurice d*oubfier tout le passé. Aussi lui représenté-je tous les jours que cette amitié lui est nécessaire , et que celui qui est le plus grand , joignant un moindre à soi, se fortifie et affoiblit l'autre : il y en a toutefois déjà assez pour ne pas craindre que ce qui reste de malentendu entre eux nuise au public ] mais je désire qu'ils soient encore mieux pour la sûreté de l'avenir , et faire que les intentions de Sa Majesté soient mieux suivies et effectuées.

Ne trouvez pas mauvais si je répète si souvent tels discours , car je vous peux dire avec vérité que la bonne conduite doit dépendre^riie leur commune intelligence. Nous aufons à traiter des coutributionsr

4l6 NÉGOCIATIOîO

en rassemblée , eu quoi il y a de très-grandes difficultés nées dès long-temps , et demeurées comme assoupies durant la guerre ; et chacun veut maintenant qu on fasse ce qu'il tient juste quand il sert à sa décharge \ et toutefois ils sont tous si atîectionnés à la conservation de leur Etat et liberté , que je me promets que nous les disposerons à faire ce qu'ils doivent. Quant à rétablissement du conseil , dont j*ai pris beaucoup de peine de dresser les articles et la forme comme il doit être composé pour donner de la réputation à cette nouvelle république, ceux qui craignoient l'autorité du prince Maurice , et les magistrats des villes qui sont toujours de rassemblée des Etats , et par ce moyen ont plus de crédit et pouvoir , quand ils s'assembleront souvent , que si toutes choses ëtoi«nt remises au conseil d'Etat, y résistent. Nous surmonterions bien néanmoins tels empéchemens si le sieur de Barneveldt n'y avoit intérêt, et ne pensoit mieux conserver son autorité laissant toutes les aflaires entre les mains des Etats , parmi lesquels la provint^e de Hollande peut presque tout , et lui en celle-ci , que d'aider à cet établissement ; mais il a une si grande créance- et conduite pour faire réussir ce qu'il désire, qu'il est malaisé de l'entreprendre sans lui ; et encore qu'on lui ait proposé d'étrë dudit conseil , et pour toujours , au lieu qu'on change ceux qui y sont mis des autres provinces de trois ans en trois ans , si estce , quand il considère que le prince Maurice en doit être chef, assisté de M. le comte Guillaume et de son frère , puis des ambassadeurs de France et d'Angleterre , et outre ce d'anti^es personnes qu'on prétendoit d'y mettre , des plus qualifiées et capables qui soient

dans les provinces, il juge bien qu'il n'^uroit pas le même pouvoir qu'il a à présent parmi les députés qui se trouvent es assemblées des Etats , lesquels sont presque tous marchands , et gens fort peu entendus aux affaires , et à cette occasion suivent volontiers ses avis. Je * vois bien qu'il craint encore qu'étant dudit conseil on veuille prétendre ci-après sa charge d'avocat de Hollande être incompatible avec l'autre , et que quelqu^un ne fasse dessein pour prendre cette place , qui est néanmoins celle qui le rend plus puissant et autorisé ; toutes lesquelles défiances proviennent de ce que le prince Maurice n'apporte pas ce qu'il doit et peut de son côté pour les faire cesser. Mais n'en soyez pourtant en peine : car je sais qu'ils feront mieux avant que je sorte de ce lieu , et que le conseil d'Etat , ainsi qu'il est, avec l'assemblée des Etats ordinaires , ne laisseront de bien conduire toutes choses, et d'empêcher que l'Etat ne retourne sous le roi d'Espagne ou sous les archiducs. Nous avions , trois ou qaatre jours avant le retour de M. de Préaux , parlé , M. de Russy et moi , pour faire que lambassadeur de Sa Majesté fût de ce conseil , et dit au sieur Barneveldt , puis au prince Maurice , que la demande n'en devoit venir de nous, mais des Etats , et j'estime qu'ils s'y conduiront ainsi. Je n'en fais pas toutefois grand cas , si ledit conseil n'a pour l'avenir plus d'autorité qu'à présent. Je suis bien fort aise que le Roi ait laissé aux Etats la disposition de l'argent pour le paiement des régimens. Nous ferons suivre sa volonté, et en sorte que le nombre sera toujours complet, et qu'il les pourra retirer quand il lui plaira pour s'en servir ailleurs.

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Vous jugerez bien , monsieur , par ce qui est contenu ci-dessus , qu'après avoir fait pourvoir aux contributions , puis au contentement du prince Maurice , et aidé encore à faire son partage , comme chose nécessaire pour empêcher qu'il n'y ait quelque partialité en cet Etat, que mon séjour en ce lieu sera inutile, et ne servira que pour donner ombrage à ceux d'Angleterre et à d'autres, dont ils ne seront non plus exempts du côté des archiducs ; car avant que partir d'Anvers le président Richardot me demanda plusieurs fois l'occasion de mon retour en Hollande, lui semblant, puisque l'affaire pour laquelle j'y étois allé avoit été terminée , que j'y devois être inutile, sinon que ce fût pour aider à former, régler et policer leur Etat, me témoignant assez qu'il n'y prenoit pas plaisir. A quoi je lui fis réponse que la principale cause de mon retour par deçà étoit pour passer le traité touchant la garantie de la trêve , et pour faire aussi quelque remontrance aux Etats en faveur des catholiques , dont Sa Majesté nous donna charge au même temps qu'elle nous envoya ici • mais qu'elle avoit été différée jusques après le traité , pour n'avoir connu qu'il y eût aucun moyen de rien espérer auparavant; et encore à présent y vois-je tant de difficultés que j'en espère peu. Ce n'est pas qu'on doive mettre en grande considération l'ombrage qui vient de €et endroit , si mon séjour étoit d'ailleurs utile •, ce qui n'étant pas , je vous supplie très-humblement procurer mon congé par le retour de ce courrier que j'attendrai en bonne dévotion. Ce n'est pas que je sois las de servir où il plaît au Roi , vous promet* tant que j'ai tant de soin qu^ mon travail et l'ouvrage fait par le commandement de Sa Majesté soît utile

DU PRÉSIDENT JËÀNNIN. 4^9

et durable , que je ne laisserai rien imparfait à mon départ. >

récris à S^ Majesté ce que j'ai appris touchant les affaires de Clèves , et vous envoie un mémoire que j'ai dressé sur ce que j'ai entendu dles droits des princes qui prétendent à cette succession. La lettre que je vous avois écrite d'Anvers après le départ de M. de Préaux , fut oubliée à mettre dans le paquet. Deux jours avant notre départ dudit lieu d'Anvers , M. le président Ricbardot s'adressa aux députés d'Angleterre et à nous , et premier à moi qu'aux autres', me disant que son altesse désiroit nous faireàchî^cun un présent de la valeur de vingt mille livres , et cinq mille livres de plus à moi , mais que n'ayant eu le loisir de feire mettre lesdits présens en bagues et vaisselle , il nous vouloil offrir de l'argent , ce que je rejetai du tOjLLt , et lui répondis que , pour mod regard , je ne le prendrois aucunement , mais bien s'il me fatsoit présent de quelques tapisseries , jusqu'à quinze cents ou deux mille éeus , que je les accepterois , et qae cela devoit suffire , le priant de ne penser à rien de plus : ce que je continuai toujours de lui répliquer, quelque inst^atice et prière qu'il me fît au contraire ; qui fut cause qu'il ajouta, puisque je faisois ce. refus si absolument , qu'il nue pripit de n'en rien dire aux autres , même aux dépiutés d'Angleterre , et qu'il s'assuroit qijilî^ açcepteroient lesdits pré&ens. Je m'abstins par effet d'en parler jusqu'au lendemain , que lesdits sieurs députés d'Angl^erre et M. de Russf , auquel il en avoit parlé comme aux autres , w£ vinrent «trouver pour entendre làrde$&u$ mon avis. 11 fut aussi résolu lors entre nous, sans contradi(^on ,

4aO NÉGOCIATIONS

que nous refuserions cet argent, comme chacun a fait. Or je n'eslimois pas qu'on y dût plus penser; néanmoins il y a quelques jours que M. le président Richardot m'écrivit une lettre que je vous envoie , et envoya par même moyen deux tapisseries, qui sont chacune en valeur d'environ huit à neuf cents écus au plus. Par cette lettre il me mande que leurs altesses nous font faire à tous de la vaisselle , qui sera, comme j'estime, de la valeur susdite. J'ai montré ladite lettreaux députés d'Angleterre , qui m'ont dit avoir écrit à leur Roi , dès Anvers , l'oflFre qui leur fut faite en argent , et qu'il a loué leur refus , leur permettant néanmoins de prendre lesdits présens , pourvu qu'ils ne soient en argent. Vous n'eussiez rien su par moi. de telles offres et de notre refus , s'ils ne m'eussent mandé de nouveau qu'ils prétendent faire lesdits présens que nous n'ayons guère bien mérité de leur part, pour avoir plutôt favorisé les demandes des Etats que les refus des députés des archiducs , qui bien souvent étoient plus justes que les demandes des autres. Les Etats , pour lesquels nous avons travaillé suivant le commandement du, Roi, prétendent aussi de nous faire quelques présens , mais non en argent , comme j^estime. Je vous supplie très-humblement me mander votre avis de ce que je devrai faire là-dessus , afin que je le suive , voulant toujours préférer le devoir au profit qui ne m'a jamais tenté^ et que je peux dire véritablement avoir plutôt méprisé que recherché. Aussi est-il trop tard pour me changer, encore que je sache bien que par les mœurs de notre temps on doive tenir pour niaiserie et simplicité rustique plutôt que vraie vertu cette façon de vivre.

DU PRÉSIDENT JEANÎSIN. 4**^

M. de La Force , qui a une compagnie aU' régiment de M. de Chfttillon , se plaint de ce qu'on le veut réduire comme les autres à cent hommes , encore que par sa commission il eût deux cents hommes , et qu'en effet il 'ait encore à présent ce même nombre /bons soldats, et bien armés. Vous savez, monsieur, la qua* Hté et mérite; du père j dont le fils montre bien de. vouloir ensuivre la vertu. S'il plaît à Sa Majesté le: gratifier de quelque nombre de plus que les autres compagnies, cette gratification sera bien employée. 3e sais qu'il vous eh écrit , et il a désiré ce témoirgnage dé mol, que je lui reiids très -volontiers. Lq Maire et son frère vinrent en ce lieu le jour d'hier , où ils ont conféré avec nioi,Mi de Préaux y étant présent. Le' capitaine que ledit sieur Maire a fait équi^ per pour le voyage que vous î savez , y étoit venu cinq ousixjourb auparavant avec le- frère pour conférer aussi avec moi sur ce sujet.' H seriible par son discours qu'il est homme fort entendu aux navigations , et de grande expérience.. H' s'est embarcpiélç cinquième dece mois , ayant pri& patente de M. le prince Maurice pour la sûreté de son voyage, sans que personne ait 6U^ qu'il y fut env^é jsar autre que ledit Maire, lequel dit encore l'avoir si-* bien instruit et équipé , qu'il montrer grande espérance du succès de son voyage -, dit aussi qu'il a mis en son vaisseau , en argent ou mardiafidises> la valeur de dix mille livres qu'il y hasarde du sien , et qu'il lui a commandé à son retour, au eas^ qu'il ait trouvé le passage, de venir droit ^h France , non eni ce pays , si au contraire , de retourner ici. Les frais de ce voyage reviennent à quinze mille livres , selon le mémoire qui contient la

/y>.9. NÉGOCIATIONS

dépensé par le metiii qui en a été coiiimUni<}uë atdil sièur de Preaiix et à moi , lequel nous ferons voir h Sa Majesté à notre retour, lui nous ayant affirmé b-*ditè somme y être employée, et qu'il y a procédé avec fidélité et tout le ménage qu'il a pu , comme désireux qu'elle demeure contente de lui et qu'il puisse sous sdn autorité entréprendre quelc(ue plus grand dessein. Je li^en ai pu rien rabattre *, mais il a fallu passer par son mot* Ainsi reste à lui payer cinq mille livres , car il n'en a encore reçu que dix mille dés douze dont j'ai eu létbres de change^ et je fourbirai lèsuf^ pltis à l'aide de M, de VaiKlrehecq dé tfui je l'em-? prnnlc comme pour ma dépense. Outre ces quinze Mille livres , le càpifâiné étant veiiu en ce lieu où il laissé sa femme , il m'a ptié , comme a fait lé frère du |i^Iaire , de lui vouloir faire quelque présent et reconjBDiësance de la pak't.de Sa Majesté. Je lui ai fait à cette occasion donner trois œnts florins par Le Maire qiii en a retiré 'sa quittance ^ comme de tout le surplus; c'est .afih cju'il ait meilleur courage et esr pérânce encore d'étrè mieux gratifié à l'avenir si le suc-r eès en est bon^

J'ai discouru aussi fort particulièrement des moyens de Élire cbmpaignie en France pour les Indes avec ledit Salaire , dont je rendrai compte à Sa Majesté à mon retour; Je vous peux assuïrer que pei^soniie ne sait que le vbyage dé ce capitaine sètt ab n«m du Roi , dont je vous avertis afin 'qu'on le tienne secret de même vers vous. Là trêve a été publiée partout^ et jeûnes et prières à Dieu faites par tourte l'obéissance dés Etats , à ce qu'il lui plaii^ en i^endi^e le isnccès heur

DU PRÉâlDËNT. JibANMN. 4^*^

reux ) doBt obaçua moiftre de jour éii autre bien es-i pérer. Les catholiques sont plus rudement traités par deçà depuis trois iriois qu'ils ti'ëtoient auparavant : il est besoin d'en faire quelque sommaire remontrance , non pour e^përei* qu'ils rétablissent maintenant Te^ercice de la religion catholique , mais pour obtenir , s'il est possible, qu'ils ne soient recherchés en leur$ maisons *, à quoi je procéderai avec tel respect et modération , <)ue si c'est sans fruit je sais bien que per-^ sonne n'en demenrera offensé , et que cela servira pour témoigner l'affection de Sa Majesté k procurer le bien et avancement de la religion dont elle fait profesfiîOD. Je vous supplie très -humblement me &ire donner deux mille écus sur la dépense de mon voyage, pour me donner moyen de sortir d'ici où j'en dois , et ai besoin de ce secours. M. de Castille, mon gendre, vous en fera souvenir. J'essaie de faire perdre tonte espérance aux Etats d'obtenir de Sa Majesté les cent mille écus dont , ayant été bien fort sollicité par eux , j'avois prié M. de Préaux d'en faire instance envers Sa Majesté» Aussi est41 raisonnable qu'ils se contentent de ce qu'ils ont reçu d'elle , puisqu'ils sont mis en repos par son moyen, et qu'elle l6nr donne les deux cent mille écus entiers pour l'en^ tirôtèoeinent des deux régimens en cette années Je ferai ce. qtie je pourrai pour les consulats dont M. de Préaux m'a donné le mémoire de votre part; il a si bien négocié tout œ qui lui avoit été commis , qu'il mérite d'en être loué. J'ai aussi reçu tant d'assistance et àû consolatiofi de lui , pendant la longueur de notre péniUe et fâcheuse négociation , que }e me sens bien

4a4 ^NÉGOCIATIONS

fort son obligé. Je serai perpëtuelkment , monsieur, votre , etc. P. Je^wnin.

De La Haye, ce huitième jour de mai au soir 1609»

Lettre dudit sieur Jeannin à M, le duc de Sully, audit jour

huitième mai 1IS09.

. Monsieur , ce m'est un grand contentement dV voir connu 9 par les lettres qu'il vous a plum'écrire au retour de M. de Préaux , que vous soyez satisfait de ce qui a été mis au traité de la trêve en faveur de M. le prince d'Espinoy -, je dis en sa faveur , car la vérité est que Tarticle concernant les confiscations n*a été CQuché es termes qu'il est, sinon en sa considération. Aussi estril si exprès qu'il n'y a moyen d'en douter, outre ce qui en, fut dit nommément et repété à diverses fois aux députés des archiducs : néamnoinsle conseiller dudit sieur prince , qui est à Bruxelles , ma écrit des lettres par lesquelles il me mande que les archiducs disent toujours qu'ils maintiendront madame la comtesse de Ligne en la jouissance de ce bien; qui sont de vaines peurs qu'on lui donne, et des bruits que ladite dame et ceux qui favorisent ses affaifes font courir pour en avoir meilleur marché. Je ne laisserai de pourvoir par deçà, avant mou départ , à ce que la jouissance du bien qui appartient à M:^ le comte de Ligne en Hollande , demeure audit sieur prince d'Espinoy sur le premier refus que ladite dame comtesse fera de le laisser jouir de ce qu'elle lui retient, selon la promesse des députés des Etats confirmée par eux : non que j'estime qu'elle en puissç faire aucune difficulté, ni qu'elle doive être favorisée

DU PRÉSIDENT JEAINNIN. J^l5

en son refus par les archiducs , qui craindront toujours d'enfreindre la trêve , pource que l'article de ce traité contient que chacun pourra rentrer en son bien d'autorité privée , en vertu dudit traité , sans autre connoissance de cause , et c'est k quoi il faut tendre de la déposséder, afin qu'étant dessaisie et réduite à faire ses demandes en justice , elle soit contrainte de faire raison à ses neveux 5 avant quoi je n'espère pas qu'elle y veuille entendre.

Toutefois , pour ce que vous me mandez delà voir en retournant, et d'entrer avec elle en quelque ouverture de traité et d'alliance , je le ferai au retour de ce courrier, si vous continuez en même volonté, pour reconnoitre quelle est son intention maintenant que les choses sont changées, et qu'elle peut bien juger ne pouvoir plus conserver ce qu'elle détient si injustement, sauf en le rendant d'avoir recours à ses prétentions, tant pour l'acquittement des dettes qu'autres , si elle en a , qui ne peuvent être si grandes que la valeur de vingt mille livres de rente ne puisse suffire pour y fournir 5 et néanmoins j'ai appris que le bien dont on la peut dessaisir en vertu de la trêve vaut plus de soixante mille livres de revenu. Je ne laisse pourtant , monsieur , d'approuver votre conseil pour en sortir amiablement si faire se peut, plutôt que de traiter les affaires à la rigueur. Je supplie très-humblement Sa Majesté qu'il lui plaise, pour les raisons contenues en nos lettres , me donner congé de retourner en France , lesquelles vous étant communiquées, comme je suis certain qu'elles seront, je me |>romets, monsieur, que vous m'y aiderez, puisque mon séjour par deçà y seroit aussi bien doré-

navant inutile , et qae j'aurai pluâ de mo^en , étant près de vous, de vous rendra les services qne je dois, comme ëtant , monsieur , votre , etc.

P. Jbai^nisi.

A La Haye , ce huitième jour de mai 1609.

Dernière proposition faite en rassemblée générale des Ëtats par messieurs les ambassadeurs de France et d* Aiïg te terre , M. Jeannin portant la parole, ledix-huitièmedemai 1609.

Messieurs , nos Rois , qui ont vu les articles de la trêve ) nous ont donne charge de vous faite entendre qu'ils se réjouissent et vous congratulent de ce que le soin et la peine qu'eux et vous avez pris pour vous mettre en repos a succédé si heureusement, estimant ce traité si honorable et avantageux pour votre Etat, que vous avez grande occasion d'en louer Dieu , et d'en être contens et satisfaits , conime ils sont de leur part, pour être amateurs de votre bien et prospérité.

Nous ont aussi comiùandé de vous dire que pour rendre ce repos assuré et durable , et par ce moyen conserver ce que vous avez acquis avec tant de dél^enses, travaux et périU , il est autant bes?oin qu'il fut jamais de veiller.soigneusement , et d'user d'une bonne et sage conduite ^ doiit le principal fotidemeût doit dépendre dé votre union et commune intelligence. C'est pourquoi ils vous prient et exhortent que vous demeuriez toujours joints et unis ensemble., sans vous jamais séparer d'alliance et d'intérêt , pour quelque cause que ce soit , et s'il y a eu quelque diversité en vos opinions , loi*squ'on traitoit la brève , qui ait mis de

Taigreur en vos esprits, qu'elle oesse du tout pat une réconciliatiou vraie et sincère, et qui soit sans aucune réserve d'inimitié secrète, faisant tous ce jugement les uns des autres , que chacun a dit et Êiit ce qu'il a estimé en sa conscience être pour le bien de son pays.

Aussi est-il vrai qu'il y a eu de grandes raisons pouc donter et craindre que Tissue deà conférences faites pour venir à cette trêve ne fût si heureuse qu'elle a été i à cÀiKse des longueurs et grandes difficultés qui se sont rencontrées en cette pénible et fâcheuse né*^ gociation; mais le contraire étant avenu, et tout ayant mieux succédé qu'on n eût osé eâpérer , cha->cun en doit être content, et ceux mômes qui y ont auparavant contredit sur des craintes et soupçons qui n'éteient à mépriser , dire ce que fit jadis Phocion , sage et fort renommé capitaine entre les Athéniens , d'une entreprise qu'il avoit dissuadée avec grande contention et animosité , dont le succès fut néanmoins plus heureux qu'il n'avoit prévu et espéré : qu'il ne se repentoit pas d'avoir conseillé <ie qu'il jugeoit lors être pour le mieux , mais qu'il ne laissoit d'être trèsaise du bon succès avenu contre son avis^ prenant très - volontiers part comme bon citoyen à la joie publique.

Après vous avoir exhortés à cette Union , qui vous doil être chère et recoolmandable sur toutes choses , nous vous représentons maintenant le besoin qu'il y a de ffourvoir aux ^ntributions requises , tant pour entretenir les gens de guerre qu'il faut mettre en gar-f nison ^ que pour acquitter peu à peu vos dettes , et tenir quelques fonds en réserve contre les accidens et

/\'>.^ NEGOÇUTIOjVS

dangers de l'avenir , qu'on doit toujours prévoir sagement et pourvoir aux remèdes pour s'en garantir, lors même qu'on est en plus grande sûreté, et qu'il n'y a aucune apparence de les craindre.

Nous savons bien qu'aucuns diront , s'il faut' continuer ces contributions , que la trêve ne leur apporte auctm bien ni soulagement, auxquels on peut répondre avec vérité que vous en recevrez de trèsgrandes commodités. En premier lieu les princes avec lesquels vous avez traité quittent par cette trêve tout le droit qu'ils pouvoient prétendre sur votre pays, doiit vous tirez cet avantage qu'il n'y a pltis aucun potentat en la chrétienté qui ne pense pouvoir traiter légitimement toutes sortes d'alliances et confédérations avec vous, sans violer le respect que lés souverains ont accoutumé se rendre les uns aux autres: Elle vous fait jouir aussi de tous vos biens en sûreté et repos , vous donne la liberté de trafiquer partout où bon vous semblera, ce que vous ne pouviez faire avant la trêve , sinon avec grands frais et dangers. Elle vous garantit pareillement de tous les autres inconvéniens et dangers de la guerre, et décharge de plusieurs grandes et extraordinaires dépenses que vous eussiez été contraints de supporter si elle eût duré. Or si tout cela n'est tenu pour bien, profit et avantage par ceui qui font cette plainte, il n'y a rien qui les puisse contenter. On y ajoute néanmoins que les contributions qu'on prétend lever maintenant ne seront continuées que pour quelques années, <Jiminuées après, et enfin réduites à si peu, après que votre Etat sera bien établi et affermi , que vous jouire!z lors du fruit de

DU PRÉSIDENT JEA^TNIVIN. 4'*"9

vot;.re travail et des dépenses faites auparavant, sans charge et avec grand repos et contentement.

Vous devez donc offrir gaiement ces premières dépenses , puisque c'est pour la conservation commune et le salut particulier d'un chacun, et considérer qu'une république fondée parles armes ne peut assurer son^epos et sa conquête , ni se garantir des injures et entreprises d'autrui , ^t faire désirer et respecter son amitié , sans forces et sans avoir un revenu certain et ordinaire qui soit suffisant pour les entretenir et supporter les autres charges de l'Etat. .

Nous sommes encore bien avertis qu'il y a des différends entre les provinces sur la cote que chacune devra supporter de ces contributions : c'est pourquoi nous vous prions tous de les terminer promptement , et de le faire au moins , si vous ne pouvez mieux , par quelque règlement provisionnel et à temps, en attendant que vous y ayez pourvu pour toujours^ : à quoi nous offrons de vous assister et servir det tout notre pouvoir , jugeant bien, si celte dispute demeure du tout indécise , que le refus d'une seule province de contribuer sa cote sera cause que toutes les autres en feront autant à son exemple , et par ainsi il n'y aura aucun fonds pour subvenir à la dépense que l'entretènement des garnisons requiert , dont chacun de vous , messieurs , peut prévoir et considérer à part soi l'inconvénient et danger.

Nos Rois estiment aussi que cette république , qui n'a encore été régie et conduite par autres lois, et police que celles qui ont pu servir pour la maintenir et fortifier durant la guerre contre de grands et puis-

43o KÉGOCUTIONS

sans princes , auroit à présent besoin de quelques nouveaux règlemens qui soient propres pour vous faire vivre en paix , et apprendre à jouir de la douceur des fruits qu'elle a accoutumé de produire es Etats qui sont bien policés et régis par un bon et sage gouvernement. Nous nous abstiendrons toutefois de vous y donner conseil , et nous suffira de vous en avoir admonestés en ce lieu , comme nous avons fait autrefois, et long- temps avant que ce traité fôt conclu ; car vous êtes mieux informés de ce qui est convenable à vos mœurs, à votre façon de vivre, et à la commune inclination de vos habitans , que leurs Majestés et nous qui sommes leurs ministres* Nous ne refuserons pas pourtant de conférer avec vous sur ce sujet, si vous jugez que nous vous y puissions aider et servir pendant le peu de séjour qui nous reste à faire en ce lieu.

Il n'y a plus rien que nous puissions ajouter à ce que dessus , sinon de vous prier que vous vouliez effectuer ce qu'il vous a plu nous promettre en faveur de M. le prince Maurice , et des autres seigneurs de sa maison , lorsque vous étiez assemblés à Berg-op- Zoom , sur la demande qui vous en fut faite de la part de nos Rois , qui ont estimé ce témoignage public de votre gratitude et recounoissance envers eux vous devoir être utile, tourner à grande louange, et les obliger aussi de. continuer à l'avenir en même devoir, ajOTection et fidélité.

Outre laquelle prière faite par nous en leur faveur à Berg-op-Zoom , nous y en avons depuis ajouté' une autre à l'endroit de messieurs vos députés, lorsqu'ils étoient à Anvers , pour la récompense de la terre de

DU PBÉSIDENT JEANNIN. 4^*

Linghen, de laquelle M. le prince Maurice jouissoit pour la plus grande part avant la trêve , et maintenant en est privé du tout, les archiducs ne l'ayant voulu quitter , quelque instance que nous en ayons faite ensQmblement lesdits sieurs députés et nous -, cette prière et nouvelle demande étant fondée sur ce que la seigneurie de Linghen appartenoit à feu M. le prince d'Orange , non comme simple don et pur bienfait de messieurs les Etats, mais en récompense et pai*ement de la somme de deux cent vingt mille florins qui lui étoit lors due de ses états ettraitemens ; nous ayant , lesdits sieurs députés, promis à cette occasion de VOQS en faire favorable rapport quand ils seroient en rassemblée générale, dont nous les sommons à présent, et vous en prions aussi de toute notre aflèction, non-seulement en faveur dudit sieur prince Maurice , mais aussi de M. le prince d'Orange , comme étant cliose qui peut beaucoup servir à faire leurs partages, attendu qu'au projet qui en étoit fait, cette terre devoit échoir audit sieur prince Maurice, sans laquelle , ou quelque récompense au lieu d'icelle , il est très-malaisé de faire cesser les difficultés qui s'y rencontrent , dont vous , messieurs , avez bien voulu prendre soin pour ôter tout sujet de dispute et procès entre ces princes , et faire en sorte , comme ils sont frères de nature , qu'ils le soient aussi de volonté. En quoi nous louons grandement votre zèle et bonté envers eux , et votre prudence aussi à prévoir et détourner tout ce qui pourroit être cause de faire naître des partialités parmi vous.

Nous vous pouvons aussi assurer que nos Rois vous remercieront, et vous sauron,t grand gré de tout ce

43a NÉGOCIATIONS

que vous ferez pour eux , feront même jugement de votre affection et désir à conserver la liberté qu'ils vous ont aidé à acquérir par le soin que vous aurez de leur donner contentement.

Nous vous prions donc de prendre résolution le plus tôt que vous pourrez sur les choses susdites , et de récompenser le temps perdu en ce lieu, en attendant la venue de messieurs les députés , afin que rien ne nous reste plus, sinon de venir prendre congé de vous , et de vous assurer de notre affection et désir à vous servir pour l'avenir près de nos Rois , en ce que nous en aurons le moyen, comme nous avons fait près de vous en toutes les occasions qui se sont présentéQS.

Proposé en l'assemblée générale des Etats par les ambassadeurs des rois Très-Chrétien et de la Grande- Bretagne , le dix- huitième jour de mai 1609, et donné par écrit le lendemain , selon qu'il est contenu cidessus.

Lettre du Roi à messieurs Jeannin et de Russjr, du dix-

huitième mai 1609. .

Messieurs Jeannin et deRussy , vous mettrez peine donc de composer les différends qui sont entre le prince d'Orange et ses frères pour leurs partages, ainsi que vous m'avez écrit par vos lettres du huitième de ce mois , reçues le douzième ; car je reconnois comme vous que ce point importe grandement, non- seulement à la prospérité et sûreté de leurs personnes et maison , mais aussi à la conservation en général des Provinces-Unies. Aussi suis-je bien averti

BU PRÉSIDENT JEÀNNIN. 4^3

que les envieux et ennemis de Tun et de Tautre , et des deux ensemble , font ce qu'ils peuvent pour sous main i^ourrir et fomenter leur discorde ^ mais je veux croire qu'ils seront tous si sages et raisonnables , qu'ils suivront les conseils de leurs vrais amis, ets'ac* CQmmoderont amiablement. Continuez dy faire en inonnom et au vôtre votre possible, vous me ferez ser^ vice très- agréable et utile. Vous ferez aussi votre de-^ voir d'affermir une bonne intelligence entre le prince Maurice et le sieur de Barneveldt ; car c'est une chose si nécessaire, que, s'il y avoit du manquement ou de la dissimulation , la ruine certaine de leur Etat s'en ensuivroit : ce que vous devez remontrer vivement à l'un et à l'autre , faisant envers ceux des Etats , tant en général qu'en particulier , tous les offices qui seront requis pour cet effet;. et comme le dernier peut par sa conduite obliger le premier à l'aimer, il faut aussi que celui-ci lui témoigne de la bienveillance çt confiance. Par tels mutuels devoirs ils assureront leurs fortunes et condition , avec honneur et avantage pour eux et leurs compatriotes; ce qui sera auçsi traversé par les mêmes envieux et ennemis de leurs personnes et de leur république, lesquels je sais se promettre de leur méfiance et jalousie des avantages non petits ; mais j'espère qu'ils y seront trompés par le bon ordre qu'ils y mettront, et le respect qu'ils auront à leur propre honneur et devoir, à leur utilité particulière, et aux records de leurs vrais amis; voulant qu'ils sachent , si je m'aperçois qu'ils se gouvernent d'autre maaière , que non-seulement je blâmerai celui qui en sera cause , mais je retirerai d'eux mon affection et sollicitude, et ne m'embarrasserai en leur mauvaise T, i5. a8

conduite , au lieu que je prélends favoriser leur république y quand elle sera gouvernëe conime elle doit être.

Cest pourquoi j'avois désiré , comme je fais encore, rétablissement du conseil que vous avez proposé -, et comme les raisons quQ vous m'avez écrites regardent plus le contentement particulier que le bien puMic , je ne les trouve suffisantes pour Fempécher, et d'autant plus que je prévois qu'il en naîtra à la longue des jalousies et envies qui rempliront l'Etat de divisions et partialités trës-pérîlleuses ; et néanmoins je reconnois bien avec vous qu'il ne faut pas entreprendre sitôt de forcer en cela la nature de lenr Etat , même contre Tavis de ceux qui ont plus de crédit et pouvoir en icelui ; car ce seroit sans fruit , et peut*étre cause de pis« Je remets donc cette direction à vos prudences, et suis content que vous, monsieur Jeannin, vous licen* ciiez d'eux , sans attendre que ledit conseil soît lonBé, si vous connoissez qu'ils ne puissent s'en résondte à présent ; car je serai très-aisé de vous revoir, et moimême vous dire le gré que je vous sais an signalé Service que vous m'avez fait en toutes les occasions qui se sont offertes par delà. Je me refie aussi tant es vous, que je suis très-assuré que ce^e vous ft'effectuerez devant votre départ procédera seulement de votre non pouvoir; car, comme vous avez été principal ministre et instrument , suivant mes coramandemens, de la conclusion du repos que nous avens aidé à remettre par delà , je suis aussi assuré que y mis serez très-soigneux de faire ce qull vous sera possible pour le rendre parfait et utile à mes amis; mais je désire, et il est aussi trèsHaéeessaire ^ que le point des contri-

DU P^isiDENT JEANNIN. 4^^

bâtions soit vidé et accorde devant que Vous les laissiez , comme je vois que vous le jugez ainsi et que vous y êtes résolu. Vous y pourvoirez donc de façon qu'il n'y aîf rieft à rédire quand vous partirez.

Pareillement vous ferez régler la forme du pàieitient des gens de guerre que je dois payer, suivant tues commandeniens portés par le sieur de Preairx, et serai bien aise que renseigne que commande le jeune Là Forcé soit entretenue , sinon à raison de deux cents hommes , dônf vous m'aVez écrit qu'elle est encore remplie , au moins de cent cinquante , pour msli'que de Taffection que je porte à son père et de llionneuf qu'il a de servir près ma personne , aux charges desquelles vous savez qu'il est honoré 5 maïs je n'entends pas pour cela augmenter les six cent mille livres que je vooÈ ai mandé vouloir employer à ladite dépense. C'est chose aussi que l'on peut facilement gagner et ménager pour mon contentement sur la susdite somme 5 pattaiit vous y donnerez ordre , et en parlerez audit sieuf prince , et à ceux que besoin sera , comme de chose que j'affectionne. Au demeurant j'ai vu ce que vous m'avez écrit dés affaires de Clèves', et le mémoire particulier que vous m'avez envoyé , contenant les droits et raisons des prétendans. Je prévois qu'il sera difficile que ce différend se termine sans guerre , car l'électeur de Brandebourg et le duc dé Neubourg font contenance de ne vouloir rien céder l'un à l'autre , chacun d'eux prétendant avoir tout ei que là succession ne doit être divisée. Le premier véritablement est plus fort d'amis en Allemagne , mais l'autre pourroit par désespoir et nécessité être recueilli et favorisé de tels qui pourroieut grandement s'en pré-

valoir. J'ai écrit et fait écrire aux uns et aux autres par leurs amis pour les disposer à s'accorder.

Tavois commencé devant le décès du dernier duc , prévoyant dès lors les accidens auxquels les choses se trouvent de présent ; c'a été inutilement jusques à présent , combien qu'ils fassent tous démonstration et déclaration de vouloir déférer grandement à mes conseils 9 requérant mon assistance. Je ne la leur ai promise encore qu'en termes généraux , délibéré d'écouter et voir quel train prendront les affaires et les inclinations et procédures des uns et des autres devant que m'^y engager plus avant. Je n'ai point fait visiter la veuve ni les Etats du pays,parce qu'ils n'ont encore envoyé vers moi , comme ils ont fait ailleurs , et même à l'Empereur, sous le nom duquel , comme je reconnois que ladite veuve et ceux du pays prétendent gouverner l'Etat durant tout l'interrègne, qu'ils feront d,urer tant qu'ils pourront , je vois bien aussi que ledit Empereur et ceux de sa maison font état de s'en prévaloir : ce qu'il leur sera facile de faire avec le temps, en quoi ils seront favorisés sous main , et s'il est besoin , à découvert , des archiducs et d'Espagne ; car ils maintiennent que le jugement de ce différend appartient audit empereur , et partant qu'ils seront bien fondés à défendre sa cause par préférence à tons autres : et sera difficile d'éviter par autre voie que par celle de la force , qu'étant juge et partie , il ne s'adjuge lesdits pays , et ne s'en empare. Je sais bien que ledit Empereur est si déchu de réputation et autorité , qu'il n'est à présent en état de frapper un tel coup. Toutefois il ne laissera d'y acheminer les affaires avec autant d'audace que s'il étoil en prospérité , car^il fait pro-

DU PRÉSIDENT JEANMIN. 4^7

fesjsiou de mener ainsi les princes d^Allemagnè , lesquels redouteront plus son nom que he ifont ceux de sa maison propre , parce qu'il n'a moyen de ïeûr mal faire. Ils joindront à cela le droit prétendu par le marquis de Burgau, et favorisés de ladite veuve, comme de ceux du pays qu'ils ont acquis à leur dévotion, sans doute, si Ton n'y pourvoit, ce pays tombera es mains de ceux dé ladite maison.

L'archiduc m'a fait dire récentement par son ambassadeur que si Pélecteur de Brandebourg y eh voie des gens de guerre , qu'il allumera un feu qui sera difficile à éteindre : ajoutant qu'il seroit d'avis que l'on convînt dès à présent d'un prince catholique pour le rendre maître et possesseur desdits pays; excluant ainsi le duc de Neubourg aussi bien que l'électeur de Brandebourg et le duc de Deux-Pôntsj et toutefois il n'a nommé ledit de Burgau, il a voulu- au contraire nie donner sujet de conjecturer et espérer qu'il aitendoSt me contenter au choix dudit prince. Mais je lui ai fait représenter que nion but n'a jamais été de me prévaloir du bien d'aùfruî pour indi ni pôulr mes amis, que si je l'eusse voulu faire, je ne me fusse gouverné comme j'ai fait , depuis que Dieu avoit favorisé la justice de mes armes en ce royaume et ailleurs -, que je suis bien délibéré d'empêcher à mon possible une nouvelle guerre en la chrétienté , mais que je n'estime point qu'il y ait meilleur moyéti de la détourner que de favoriser et fortifier la justice en cas semblable , et la rendre promptement à qui* elle est due : ledit ambassadeur en est demeuré là V mais je vois , combien que ceux d'Espagne soient las de la guerre, et que les archiducs en soient encore plus

recr^s (|u'i^ux , jque toiitef(4s ils ont dessein de prof\t^v^efiQtt^ QQCasîon , et surtout d'empêcher que les- 4i.t$ jp^y^ tombetnt au pouvoir d'un prince allié de ma çourj^nnie ^t des Et^iU des Provinces-Unies. Quoi 4mnt , je. ne doute poiijU; que cett^ guerre n'édate , et ^'engendre à la fin une nouvelle gi^erre , si nous vouloirs empéchef jLa piai/io^ d'Autriche de s'accroître desdits pays : et nefautpoiiiitdputer) 3ile i;oii de Hongrie dép9se son frère d^ l'Empire , comngie auicuns estiment qu'i^ a délibéré , sous prétexte d^ favoriser les protestans de Bohême comme il a £iit ceux d'Autriche , ne suive et em][)rafse ^ même dessein de sondit frère j après qu'Û aura été cré^ roi des Rojpains , par le mçyen vfi^ïxie desdits prjinces protestants, auxquels il promettra toujt pour p^^yenir à C6^t<e dignjijtë , et nqmjoiéi|ient audit électiaur (de Bran,deh(Ourg , de q^i il i^ S/erye^^ après ce qu'il you)(}ra j p'est pi^urqupi ^esdits ë||9Ctfe^urs et les aptre^ pr(^estan3 /ipfy^n^ bie^o coasidémv ce qu'ils auront à faire pour ce jpqgard , etm^ jsemble qgue les Etats y pi^t aussi potable intérêt. Vpi^s, sipiav J^nnin , fk^f^f eqeof .eass^^à temps^uprèsde qiqi ppurme seryir 4^ yo^e ]^on ^yîs/sn ces affaires^ /du progrès d.esqu^lj^s vpus continu^pe^ ^ vmisbiea^^rif^e, ejbp^eillement del^.déjil^r^tipnfieçdits sieursleç l^U\s s^r içelles , comme ^e cp qp'en rp^sçnt inondit cp^sin le princg ^a^rice , pqur m^^n rendre pompte k vptre retpur. Pour c^pnp)u#ion , ypias saurez qup je trouve bpp que ypus accpptjez Ips présens que les af^^hiducs ^t lp$f}it;s sieur^ Et%^ vous vpfidropt faire , pour marqup §i rpppnnjiiss^Bce du I^a 4pVpii^ qBP V0115 av^? feit ep la p^gp/ji^Upp pjt con^lpâpn de la trêve; car elle youp est bien due , et veqx par \k q^e l'on

DU PRÉSIUEKT JEAMNIIf. 4^9

Sache que vous m'avez servi selon mon intention , d'avoir dignement favorisé et fait réussir ce bon œuvre au contentement desdites parties.

A quoi j'ajouterai que j'aurai aussi bien agréable que vous 9 sieur Jeannin, fassiez enmonnomautdits sieurs les Etats devant votre départ une honnête recommandation en faveur des habitans catholiques de leurs provinces , afin qu'ils puissent subsister et résider en icelles sans être molestés et forcés en leurs consciences , et avec quelque repos et consolation. Je dois cela à la religion 4^ laquelle je fais profession , et à la charité qui doit accompagner un roiTi^Chrétien^ tel que Dieu m'a constitué. Davantage je crois fermement que lesdits Etats feront pour eux et pour leur république de n'affliger et désespérer lesdits catholiques \ car nous avons éprouvé en nos jours quel pouvoir a dedans ks âmes et courages des hommes la liberté de conscience et le soin de la religion \ tant s'en &ut que la vexation et affliction les en rende plus nonchalans et abattus, qu'elle feitdes eflets tout contraires : de quoi se sauront bien servir les envieux de leur liberté aiiec l^quels i s'ils reconnoissent qu'auciuis desdits catholiques monopolent et cabalent au préjudice de leur Etat , ils doivent en Êiire un châtiment exemplaire; maia il doit être particulier , et non toucher au général , afin que l'ianocent ne pâti&se pour le criminel , et que celui qui vivra comme il doit y gardant les lois du pays ^ jouisse du repos et de la sûreté publique comme ses compatriotes. Toutefois vous me&urercB tellement cette remontrance k larègle de l'utilité desdites provinces , et de l'affection singulière que je leur porte, qu'ils la reçoivent comme venant de la

44o INÉGOCiATlONS

part du meilleur et plus assuré ami et allié qa^ils aient. Je prie Dieu /messieurs Jeannin et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte garde. '

Ecrit à Fontainebleau, le dix -huitième jour de mai 1609. ^ Hewry.

Et plus bas , Brul^lrt.

Lettre de M. de Villerojr à M, Jeannin, dudit jour dix-

huitième mai 1609.

Monsieur, vous pouvez revenir quand il vous plaira , et lorsque vous jugerez le pouvoir et devoir faire pour le service du Roi ; je vous assure que vous serez le très-bien venu, le Roi étant entièrement content de votre conduite et de vos services. Il trouve bon que vous acceptiez les présens que Pon vous voudra faire. Il désire que vous mettiez ces princes d'accord , et que vous les rendiez bons frères et amis , que vous vidiez le point des contributions, que vous régliez et assuriez la forme du paiement des gens de guerre que Sa Majesté entreprend de soudoyer, èlr sera bien aise que M. de La Force soit favorisé ainsi qu'elle vous mande ; mais surtout Sa Majesté désire que vous liiez et étreigniez tant qu'il vous sera possible une bonne et vraie intelligence entre le prince Maurice et le sieur de Barneveldt. Elle eût bien désiré pareillement que vous eussiez établi le conseil comme vous Tavez proposé, car elle craint quand vous les aurez laissés qu'ils se divisent et brouillent. Elle sait qu'ils sont ËDmentés de toutes parts , elle sait aussi que l'envie est glissante et dangereuse entre ceux qui sont égaux en qualité : toutefois peut-être qui entrepren-

DU PRESIDENT JEAINININ. 44'

droit -maiotenant de mieux assurer leurs affaires , les ébranleroit et altëreroit davantage ^ vous êtes sur les lieux pour en mieux juger , et s'en remet*on du tout à vous. C'est votre ouvrage , de la conservation duquel nous savons que vous êtes et serez toujours as* sez jaloux, et plus encore du contentement et service du Roi ; c'est pourquoi nous ne le vous recommandons pas davantage , nous en reposant sur vous entièrement. Mais si nous n'étions émus d'autre considération que de l'ombrage que les Anglais pourroient prendre d'un plus long séjour par delà de votre part à consentir votre retour, celle-là ne nous y échanfFeroit guère, connoissant trop leur inclination et simultê. Aussi faisons-nous peu d'état de leurs belles paroles , qu'ils sèment aujourd'hui en divers lieux plus libéralement que jamais : nous nous contentons de les payer de même monnoie , poussant ainsi le temps avec l'épaule envers eux , comme gens avec lesquels il y a bien autant à perdre qu'à gagner pour l'envie qu'ils nous portent , épiant incessamnient l'occasion de ti^averser tout ce qui nous peut être utile.

Les ministres d'Espagne ne sont pas plus charitables en notre endroit , encore qu'ils s'étudient de nous donner sujet d'en mieux espérer , proposant toujours les alliances dont vous avez ouï parler , avec lesquelles je reconnois que les archiducs auroieni dessein d'envelopper encore la succession du duc de Clèves ; mais ce n'est plus qu'artifices pour endormir Sa Majesté , gagner le temps , et attendre un changement , auquel consiste leur principale espérance : toutefois il faut couler et vivre dedans et avec le monde comme nous faisons, doucement, et vous nous aiderez à faire

44^ l^ÉGOCUTIONS

quand vous serez avec nous. L!on pourvoira au remboursement des cinq mille livres avancées sar votre crédit pour le surplus du voyage du nord , et nous avons fait expédier Tordonnanee des deux miUe écas sur le compte de vos frais , ainsi que vous avez désiré, ayant jugé hien employés les tt*ois cents florins que vous avez fait bailler au capitaine dudit voyage pour consoler sa famille , peu de personnes ayant connms* sauce de cette entreparise , que je prie Dieu conduire et faire réussir à sa gloire. Messieurs les Etats ont écrit au fioi une lettre qui hù a été présentée par le sieur Âërsens , à laqnelle Sa Majesté a voulu faire la réponse que je vous envoie , et par icelle faire nention du commandement qn^ellevous fait de la revenir trouver , ainsi que vous verrez par le double de ladite lettre qui sera ci-*joint. Sa Majesté affectionne toujours de faire dressa en son royaume une compagnie pour trafiquer aux Indes , de façon que vous lui ferez plaisir de lui en ouvrir et faciliter les moyens à votre retour , où j'espère que vous nous trouverez en ce lieu avec messieurs du conseil ^ car ils s'y doiv^t rendre dans huit jours ^ et nous parlons d'y sëjonrner six semaines ou un mois; mais nos. délibérations sont sujettes à changement. En tout cas vous nous trouverez devant que nous partions pour Provence , combien que nous continuions à protester que nous noi(S y acheminerons dedans le mois de juin ou au com» mencement de celui de juillet.

Quant au mémoire qui concerne rétablissement d'aucuns consuls par delà , que vous a porté M. de Préaux , je le vous recommande , autant néanmoins

DU PRI^SIDK^'T JËANNIN. 44^

que Vous le jugerez à propos , et convenir au soulagement des marchands qui trafiquent par delà , et par conséquent au bien et service du Roi ; car j'entends tOQJours préférer cette considération à toutes les autres, etfîV de liberté de changer ce vieux style , non plus que vous , sur Tacceptation de vos présens , qu un autre auroit reçus sans licence. Je vous prie aussi d'avoir en recommandation mon neveu de Hauterive , auquel le Roi a commandé aller par delà, pour prendre possession de la compagnie de gens de pied dont Sa Majesté Ta honoré. .J'espère qu'il s'en acquittera dignement et en honvp^ de bien. Yoq^ ayjez déj|i tant obligé toute la maison et ceux qui leur appartiennent, par les fgtveurs.que vo^s ayez départjies à son frère, ,que je ijne promets que vous vpudrez çp^ti^ nuer .encpre à Tendroit de cettui-ci : ^nssî disposerezvous à jamais .4'^x et de tous leurs amis , comme je you$ suj^lie de croire que vous fef ez éternellement .de moi, J[e ip'^vise que nous ne yp^s mandons riem p^r la lettre du Roi touch^pl; }e traité 4^ garantie de la trêve que vous prétep4.ez faire conjointement ^yec les Ài^^is ^ ^çsi n'avons-pous rien à ajouter à ce que PQus voi;s en avons ipandjé. £ni$n, nous approt^ye^on^ tout ce que vous en ferez , comoe nous ferons Fof* fice qpe yousy ferez en faveur d^^ catholiques, duquel j'ai estimé devoir faire montipn en la lettre commune que ]^ Roi écrit à M- de Ilussy et à vpps , afin qu'il soit s}^ que vous ne Tavez ^vm^é ^m^ comm^depient exprès et réitéré ^ mais pous atirp^s regret s'il avient , upp-seplement qu'il soit inptile , mai3 qu'après icelui ils soient traités plus sévèrement. Je vous

444 9ÉG0CIAT105S

prie d'y ayoir égard , et prie Diea qo^il tous donne , moDsiear, en par&ite santé , très-heoreuse et longue vie.

DeFootainebleao, ce dix-lniitièmejoor de mai 1609.

Votre , etc. i» Neufyiixe.

Lettre de Jf. Jetmmn à Jf. le président Rickardot^ au

huiiume juin 160^

MoNSiEUB , encore qae vous n^ayez reçu josqalci réponse particulière des lettres qae vous m^avez écrites, si n^ai-je laissé de conférer avec messieurs les Etats du contenu en icelles pour y faire pourvoir , et premièrement sur la plainte de ce qui a été fait par vos officiers à Oldensel et par les leurs à Over-Tssel. Us prétendent y être bien fondés , et que le trouble et la force est venu de votre côté , non du leur : ils ont néanmoins pris résolution en leur assemblée générale , par notre avis , de mander partout à leurs officiers qu'en ce qui dépend de l'exécution de la trêve ils les consultent es choses douteuses, sans y rien faire avant qu'avoir reçu leur ordre et commandement, pour empêcher que lesdits ofRciers, y voulant en particulier donner des interprétations selon leur sens, ne soient cause de troubler le repos commun. Je vom supplie aussi que leurs altesses en fassent autant à l'endroit de leurs officiers, afin qu'il y soit procédé des deux côtés avec même circonspection et respect. Lesdits sieurs Etats jugent bien aussi que , par les lettres qu'on écrit d'une part et d'autre , on ne peut faire cesser et prendre résolution sur les diflerends qui arrivent , et qu'il sera nécessaire d'entrer en con-

DU PnÉSiDENT JEANNITT. 44^

férence par députés pour y pourvoir , et cependant que toutes choses qui sont sujettes à dispute soient tenues en surséance. Bien me semble-t-il que c'est leur intention de différer Texécution de ce conseil jusqu'à ce qu'ils aient reçu la ratification d'Espagne , sinon que quelque chose d'importance .survienne qui ne puisse souffrir ce délai sans altérer le repos.

Quant au fait de la religion pour le plat pays de Brahant , même ce que Le Drossart de Bergues a fait

contre le nouveau curé du village de , la vérité

est que les Etats n'avoient rien entendu de l'acte qui vous a été donné par M. de Russy et moi. Et encore que nous l'ayons fait avec le su de leiys députés , et après avoir pris la parole de M. le prince Maurice , toutefois^ quand la chose est venue à la connoissance de l'assemblée générale par une copie d'icelui acte que les ministres de Breda et Berg-op-Zoom ont apporté 5 lesdits sieurs députés ont dit qu'ils ne l'avoient jamais vu , bien leur en avions-nous parlé sans qu'ils y eussent contredit , ni qu'ils y eussent aussi donné leur consentement exprès , comme il est vrai. Aussi étoit-ce notre intention que cet acte vous servît seulement de sûreté que rien ne seroit innové au préjudice de la religion catholique audit plat pays , mais' que cela se passeroit par dissimulation et souffrance comme du pas^é , sans en faire autre bruit ni publication de l'acte. Or ayant entendu qu'aucuns parmi l'assemblée en tenoient de mauvaises paroles , comme de chose faite à leur descu et contre leur volonté, nous y avons été exprès , messieurs d'Angleterre et nous , auxquels ledit acte avoit été communiqué à Anvers , afin de leur faire entendre comm^ tout s'étoit passé,

44fi NÉGOCIATIONS

dont enfin ils sont demeurés contens , et vous peux assurer que ce que nous avons promis sera observé de leur part^comme aussi de la part ditdit sieur prince Maurice , qui est gouverneur desdits" pays , lequel nous a derechef jiromis qu'il tiendra là fnàin à dé qu'il n'y soit contrevenu 5 mais , je vous stipplîe , qu'on y procède avec modération de votre côtë , poiii* n'aigrir et altérer les esprits^ de eetrx qui n'y dont déjà que trop enclins. J'écris sur ce sujet à M. l'ëvêque d'Anvers par ]V^. Mireus son neveu qui est encore ici , et n'eh partira qtf après dénfiain , pour attendre que j'aiêf fait ordonner que le curé mis hors sa charge par Lé Drossart de Bergues sera rétabli ^ ce que je n'ai pu faire encore, d'autant que ledit Drossart, lequel avoit été mandé pour rendre raison de ce qu'il a fait où bien de l'envoyer par écrit, n'a encore satisfait nî à l'un ni à Pautre; si espéré-je , s^il ne vient dans demain, d'y faire pourvoir sans le plus attendre. Quant au fait de Clèves dont vous faites mention par vos dernières lettres, j'en ai comtluniqué en pàrticuliéi^ avec aucuns de messieurs les Etats , n'ayant pas estimé qu'il fût besoin d'en faire autre récit en l'asisemblée. Ccf dont je vous peux assurer est que lesdits sieurs des Etats désirent que le différend des princes qui y prétendent soit terminé à l'amiable , non par les armes , et qu'ils ne feront rien de leur côté qui- puisse aigrir les affaires , au contraire essaieront de tout leur pouvoir d'empêcher toutes sortes de mouvemens qui pourroient être cause de rompre cette voie de douceur et amitié : c'est aussi le conseil que nous leur avons donné de la part de notre Hoi , qui nous a £aiit entendre par plusieurs lettres que son intention est

DU PRÉSIDENT JEANNIW. 44?

telle; à qu(M je sais que Sa Majesté travaille toa^les jours avec soin et devoir pour faire assoupir et composer amiablement ce ditlérend. Ainsi , pourvu que de la part de FEmpereur, du roi Catholique et de leurs altesses, on y prenne les mêmes conseils , et avec même sincérité et rondeur , il est certain que cette succession ne troublera point le repos qui a été établi en ce pays avec tant de peine. II est vrai que par vos lettres vous prétendez Taffaire devoir ôtre terminée par justice , c'est-à-dire remise au jugement de l'Empereur ou de la chambre impériale : chose différente d'une voie amiable, car je prévois bien que cette ferme de justice pourra être suspecte à l'électeur de Brandebourg, pour des considérations qu'il n'est pas besoin de vous représenter , d'autant que vous en êtes mieux informé que moi , au lien que les amis communs le peuvent induire de se soumettre à l'autre , ou Tabandonner s'il la refuse.

Quant à ce que vous me mandez de l'arrivée dudit sieur électeur au pays de Clèves , on tient ici depuis deux jours qu'il est retourné de Prusse , et est à présent à Berlin , qui est la maison en laquelle il demeure d'ordinaire , et que c'est son frère, lequel s'est acheminé audit pays de Clèves , dont le conseil des deux chancelleries ayant été averti lui a envoyé, avant qu'il soit entré audit pays , quelques doutés de leur collège pour le prier de ne passer outre, et de s'arrêter en? quelque lieu neutre. Us ont aussi à cette occasion prié le fils du duc de Neubourg d'en vouloir sortir , et d'aller même trouver ce prince pour l'exhorter que leurs différends soient remis à une voie amiablfe , ce que ledit sieur de Neubourg s^ consenti de faire; mais

44B NÉGOCIATIOl^fS

si le frère de l'électeur se sera abstenu d'entrer plus avant audit pays , et si cette entrevue aura donné ' quelque commencement à une voie amiable , nous n'en savons encore rien. Vous jugerez bien par ce qui est contenu ci-dessus qu'il n'y a encore rien de mal , attendu même que ledit prince frère de l'électeur n'a, à ce que j'entends , que son train ordinaire , et n'est en état de faire aucun mouvement qui tende à violence : aussi aura-t-il toujours sujet de dire , s'il a été loisible au duc de Neubourg d'entrer audit pays , encore que l'entrée des villes lui ait été défendue , qu'il ne doit pas être traité avec plus de rigueur. J'estime pourtant qu'il est plus à propos qu'ils s'abstiennent l'un et l'autre d'y entrer. J'écrirai à M. le marquis et à vous , lorsque le gentilhomme qui nous a apporté les présens s'en retournera , pour en rendre les remercîmens dus, avec offre de notre très-humble. service de même affection dont je vous baise très^humblement les mains , et suis , monsieur , votre , etc.

P. Jeannin- Â La Haye , ce 8 juin 1609.

Lettre de messieurs Jeannin et de Russjr au Roi, du

neuvième juin 1609.

Sire, ,

Nous avons vu par les lettres que nous a apportées Picault , lequel arriva en ce lieu le vingt- cinquième du mois passé, ce que votre Majesté nous a commandé pour achever le reste de notre charge. Tous les députés de l'assemblée générale n'y arrivèrent que le dix-huitième du même mois , et nous les fûmes voir le lendemain matin , messieurs d^Angleterre et nous

DU PRÉSIDENT JEANNIN. Ùg

ensemblement, pour nous réjouir avec eui, elles congratuler du traité qu'ils ont fait , les exhorter de demeurer en union , et de pourvoir aux contributions et au contentement de la maison de Nassau , suivant la réqmsition qui leur en avoit été faite de la part de vos Majestés , lorsque nous étions à Berg-op-Zoom • et pour le regard de- la réformalion de leur gouverl nement, nous nous sommes abstenus d'en faire quelque particulière ouverture, montrant néanmoins que nous jugions à propos d'y toucher, avec offre (Ten conférer avecleurs députés, quandils estimeroient que nous les y pourrions assister et servir pendant notre séjour en ce lieu ; car nous avons bien reconnu que les volontés de ceux qui y peuvent le plus n'y sont assez disposées pour le présent : et encore que cette retardation vienne des intérêts particuliers autant que d'aucune autre considération, si est-ce qu'il le faut souffrir et dissimuler, en attendant que les jalousies et défiances qui diminuent tous les jours soient du tout amorties , et que le prince Maurice et le sieur Barneveldt, qui se mettent mieux de jour en autre, soient rentrés en leur première confiance , ce qui ne peut être fait qu'avec quelque loisir. Ce n'est chose nouvelle mais ordinaire, de rencontrer plus de difficulté au manie ment des affaires publiques, à cause des intérêts parti culiers , qu'il n'y en a à trouver et inventer les bons conseils et bonnes lois ; et , quand cela a vient , qui vou droit essayer de faire le bien hors de saison , il attire roit du mal et de la haine sur soi , et seroit cause de mettre de la division et des factions parmi ceux oui doivent être unis , au lieu de profiter au public Que votre Majesté n'en soit pourtant en aucune peine-

i^5p ?liGOGIàTIONS

car il est oei taia qu'avec le gouvernemem qu'ils ont à. présent , lequel a été continué entre eux depuis vingtcinq ans sans qu'ils y aient rien changé , et le désir qu'ils ont tous de se conserver et empêcher que leur Etat ne retourne d'où il est sorti, il n'en peut avenir aucun mal.

Us sont délibérés de tenir les Etats assemblés cette année entière , et d'y être toujours en nombre raisonnable et suffisant pour y traiter et résoudre de toutes affaires : et le sieur Barneveldt dit qu'au commencement de l'année prochaine, ils considéreront ce qui leur a été proposé , non en public , mais particulièrement à lui , au prince Maurice et à d'autres , pour rétablissement de ce conseil , dont l'utilité est si évi* dente, qu'il y a raison de croire qu'ils y auront recours avec le temps, et lorsque les esprits seront vides des passions qui les mettent en défiance les uns des autres. Le commencement de leur assemblée a été employé à faire le licenciement des gens de guerre : ils n'ont toutefois cassé aucune compagnie entière j soit de cheval ou de pied , mais les ont réduites toutes à soixante-dix hommes pour compagnie , et continué la paye ordinaire , qui est de huit mois deux tiers chacun an , encore qu'ils eussent auparavant destiné de les payer à raison de dix mois : en quoi faisant, le nombre dé leurs gens de guerre revient encore à trente mille hommes de pied et trois mille chevaux sur les rôles. Bien estimons-nous que dans un an , au plus tasd , ils y toucheront pour la seconde fois , et les réduiront de. temps à autre jusqu'à vingt mille hommes de gens de pied pour tout, y compris même les quatre mille que votre Majesté leur entretient, et à quinze cents

DU PRÉSIDENT JEANNIK. ^ 4^'

chevaux ; mais ils y procèdent ainsi lentement, et sans toucher aux capitaines et ofBciers, pour se garantir des mufineries qu'on pourroit faire en demandant les décomptes. Les ambassadeurs d'Angleterre se sont fort plaints de ce que les gens de guerre de leur nation ont étéassujétis à la règle générale, ayant allégué là-dessus les mérites de la feue reine d'Angleterre envers les Etats qu'elle a assistés lorsqu'ils étoient abandonnés^ d'un chacun , et enfin, après plusieurs poursuites, ont obtenu quatre cent cinquante hommes de plus pour lés distribuer en trois régimens anglais, ainsi qu'il sera ordonné par M. le prince Maurice, avec l'avis des* colonels, nonobstant quoi il y a encore trois mille cinq cents. soldats qui sont cassés.

Les Ecossais ont aussi demandé quelque gratification pour accroître et fortifier leurs compagnies , mais elle leur a été refusée jusqu'ici. Lesdits ambassadeurs espèrent que leur Roi entretiendra de leurs gens qui sont déjà retenus , pareil nombre que votre Majesté, sûr ce qui lui est dû par les Etats *, nous ne savons pas s'ils l'obtiendront, mais s'il avient ainsi, cette émulation aura profité aux Etats. Il est vrai , à ce que nous en apprenons , qu'ils n'estimeront pas beaucoup ce bienfait s'il est en déducflon de ce qu'ils doivent, car ils se promettoient qu'en venant acompte, le roi d*Arigleterre leur rabattroit partie de la dette , et ils craignent qu'il ne le veuille compenser avec cet entretènement. Pour le regard des gens de pied français , les compagnies des deux régimens sont réduites à cent hommes chacune, fors celles des colonels qui sont de deux cents, et celle de M. de La Force auquel nous en faisons ajouter cinquante de plus , sui-

45a ^ëgogiatioks

vant le commandement de votre Majesté, comme aussi vingt -cinq à chacun des lieutenans-colonels sur l'instance qu'ils nous en ont faite, à cause que les lieutenans- colonels des régimens des autres nations ont tous plus grand nombre de gens que les capitaines , ainsi sont cent hommes de plus que les quatre mille , outre les deux compagnies de cavalerie des sieurs de Villebon et du Meys , qiii seront aussi entretenues au nombre de soixante-dix hommes , et le tout sur l'argent de votre Majesté. Il est vrai qu'il n'y a eu aucun moyen de faire donner les dix montres auxdits gens de guerre selon qu'elle désiroit; car nous en ayant fait grande instance , tant envers les «Etats que M. le prince Maurice, ils nous ont priés de ne les en presser pour le grand préjudice que cela leur feroit, et les mutineries qui en aviendroient quand les soldats des autres nations verroient qu'on feroit montre aux Français en une même garnison , et à eux non , encore que ce fût de l'argent de votre Majesté non du leur , ce que nous leur alléguions pour raison de différence , eux ajoutant encore , si nous persévérions en cette demande , qu'ils nous prioient de diflFérer l'exécution du commandement que nous en avions reçu jusqu'à ce qu'ils eussent fait ent^dre leurs raisons à votre Majesté , se promettant qu'après les avoir ouïes elle les approuveroit. Cela a été cause que nous nous sommes abstenus de les en presser pour ne troubler leur ordre , joint qu'en donnant dix montres aux gens de pied, il n'y eût eu assez pour payer seulement les quaire mille hommes : au lieu de quoi les colonels et capitaines nous ayant fait très-grande instance d'obtenir dix hommes pour cent , afin d avoir meilleur

DU PllÉSIDENT JEANniN. ^ ^5^

moyen de retenir et appointer leurs officiers et soldats , nous en avons aussi voulu savoir l'intention des Etats et dudit sieur prince Maurice , délibérés toutefois , s'ils y eussent consenti , de ne le faire sans en avoir reçu au préalable son commandement, attendu que cet ordre eût apporté diminution sur les gens de guerre de quelque quatre cents l^ommes*, mais ils nous ont ôtés de cette peine , ayant rejeté du tout ce règlement qu'ils disoient leur devoir être de même préjudice et dommage à l'endroit des gens de guerre des autres nations que celui des dix montres.

Enfin le prince Maurice a été d'avis qu'on devoit donneh sur l'argent de votre Majesté augmentation d'état aux capitaines, jusqu'à cinq cents livres par an, pour appointer leurs officiers et meilleurs soldats, sans quoi ils déclaroient tous ne les pouvoir retenir et conserver, mais seroient contraints défaire comme les capitaines anglais , qui ont licencié la plupart de leurs meilleurs soldats , faute de moyen pour les appointer, et retenu ceux qu'ils ont pensé pouvoir contenter d'une moindre solde : à quoi les Etats ne contredisent si votre Majesté le désire ainsi , pourvu que cette augmentation leur soit payée , non à la montre et par les mains des payeurs ordinaires pour éviter la conséquence, mais séparément et par les mains de Farabassadeur , et que lesdits capitaines promettent et jurent moyennant ce de tenir toujours leur nombre complet, et d'appointer leurs bons soldats. Nous jugeons bien , Sire , que cela ne servira que pour ceux qui auront soin de leur honneur ^ mais les voyant tous de bonne volonté , et désireux que leurs troupes soient belles , afin qu'elle en reçoive plus de contente-

454 I<ÊGOCI.iTI01fS

ment et meilleur service , nous avons estimé que ce tienfait y serviroit , et que sans cette aide il leur seroit du tout impossible de prendre quelque chose sur leur éntrelèneraent ordinaire pour gratifier lesdits officiers et soldats. Elle considérera aussi, s'il lui plait, que pour leur faire cette gratification elle n'augmentera pourtant le fonds accordé aux Etats ^ joint que ce qui reviendroit de bon , ils entendoient aussi bien de le rétenir et employer au paiement des cent hommes 'qu'ils doivent entretenir de plus que les quatre mille hommes de pied , et néanmoins que tout ce que des-r sus peut être fait avec leur gré et contentement, pource qu'ils voient que c'est pour avoir à lepr service de meilleurs hommes. C'est la province de Hollande qui recevra les six cent mille livres et sera chargée du paiement, et de le faire par avance de mois en inois, les colonels et capitaines ayant désiré et fait grande instance d'être payés par ladite province , d'autant qu'ils paient bien, et aux termes ordinaires -^ au lieu que ceux qui sont assignas sur la généralité du pays ne reçoivent le plus souvent leur solde que trois et quatre mois après le terme expiré, étant les capitaines contraints à cette occasion de prendre argent à grands intérêts pour donner quelque prêt à leurs soldats , attendant les montres. Nous leur promettons aussi de la part de votre Majesté de fournir lesdites six cent mille livres tournois en deux ternies et par avance, afin que lesdits gens de guerre st)ient payés de même façon, et doit commencer le paiement suivant cet ordréau premier jour du mois de mai dernier, demeurant deux cent mille livres des cent mille écus qu'ils ont reçus présentement , sur la gratification

DU FRÈSIUKNT JKANMIN. 4^^

qu^elIe a accoutumé de leur faire ^ et fes cent mille livres , à compter sur l'entretènement promis , qui est en effet ce qui nous a été rapporté de son intention •piar M. de Préaux : et de tout ce que dessus , nous faisons un traité avec la province de la Hollande, que le sieur Jeannin lui portera à son retour, par lequel 'traité le fonds nécessaire pour donner Taugmentatioli susdite aux capitaines est tenu en réserve pour être «tûployé selon l'état que votre Majeslé'en fera dresser , étant 'néanmoins l'intention des Etats qu'il demeure •à leur profit , au cas qu'elle ne le destine à cet effet.

Nous commettons aussi à la charge de commissaire te sîeur de Franchemont pour assister à la première triontré , atte'ndant qu'il lui ait plu déclarer sur ce sa volonté ; c'est ce qui a été fait pour le licenciement des gêftts Vie guerre , et l'ordre des Français. Les Etats sontmainténaht occupés pour délibérer des contributîolis, afin d'accorder les différends qui sont entré les provinces sur leurs cotes, lesquels diS*érends sont commencés avec là prisé des armes , sans qu'on les ait pu terminer sii^on pat provision , et d'année en année. Or à ^rés^nt chacun craint que là provision d'un an ne soit pour toujours : nous liôus y entremettons , et ne làissonà , quoique chacun eût ci-devant déclaré nous en vouloir croire , d'y i*ericohtrér de très-grandes difficultés , ft'y ayant personne qui veiiille quitter ce tjtt'il ëstîmè devoir obtenir.

Nous espérons toutefois d'y trouver quelques expédient , et d'en sortir dans huit ou 4ix jours au plus tai*d , comme nous ferons aussi dans lé même temps de ce qui tôitèhè à la maison de Nassau, où il y a moins de difficulté. Nous ajouterons maintenant à

456 ^ÉGOCXATIOMS

cette lettre ce que nous avons appris touchant Clèves. Les Etats dudit pays ont été assembles depuis peu de jours en la ville de Dusseldorf , où FEmpereur a eu ses commissaires , lesquels ont essayé , avec les pratiques que lui et le roi d'Espagne y ont dès long-temps , de faire mettre le gouvernement du pays en ses mains par forme de séquestre , attendant qu'il soit connu du droit des prétendans -, mais cette poursuite a été sourde, et s'est enfin contenté que le gouvernement soit demeuré aux deux chancelleries de Clèves et Juliers, qui est autant adiré qu'aux deux conseils desdits pays 'j auxquels les Etats ont ajouté quelque nombre de la noblesse, et des plus notables des villes pour les autoriser davantage , et pour ce qu'ils estimoient aussi que l'ancien conseil étoit pour la plupart à la dévotion d'Espagne , comme il est vrai ; et pour cette raison il ne faut pas douter que ce gouvernement ne favorise toujours celui qui aura plus de support de la maison d'Autriche. Les députés de l'électeur de Brandebourg qui sont sur le lieu , ont surpris une instruction que le nonce du Pape qui est à Cologne envoyoit à quelques gentilshommes de Clèves, qui contient qu'il faut faire tomber ces pays es mains d'un prince catholique , ayant envoyé à cet effet èsdlts pays quatre ou cinq jésuites , issus des meilleures familles de la noblesse, pour pra^tiquer et persuader, s'il est possible, aux catholiques qui y sont en grand nombre , qu'ils ne reçoivent pour seigneur^autre que le marquis de Burgaq , lequel est catholique , et , s'ils ne le peuvent obtenir , de favoriser plutôt le duc de Neubourg que l'électeur de Brandebourg, Le fils dudit duc de Neubourg a envoyé en ce lieu

DU rKÉSH)EINT JKANKIN. 4^7

un gentilhomme vers les Etats, pour leur remontrer le droit de son père et le sien en la saccession de Clèves , et les prier de le vouloir favoriser , leur faisant entendre que votre Majesté leur a promis toute assistance. Les Etats ne lui ont fait réponse qu'en termes généraux, et qu'ils désirent que les parties intéressées composent amiablement de leurs différends. Ce gentilhomme nous est aussi venu voir pour nous faire entendre ce qui est de la bonne affection de votre Majesté envers son maître , et prier de lui faire à cette occasion tous bons offices envers lesdits sieurs les Etats , ayant donné sur ce même sujet lettres de son maître au sieur Jeannin , et fait entendre le droit d'icelui en cette succession. Notre réponse a pareillement été du désir qu'elle auroit d'aider à composer le différend qui est entre ces princes , à quoi il montre bien que son maître entendra très-volontiers ^ mais il se défie que l'électeur de Brandebourg en veuille faire autant , encore qu'il y soit obligé en vertu d'un traité fait dès long-temps entre son père et le duc de Neubourg, par lequel ils avoient promis l'un à l'autre , le cas avenant de cette succession , d'en traiter à l'amiable , non contentieusement ni par les armes. Ce qu'il met en avant du droit du duc de Neubourg n'est autre chose , sinon ce que nous en avons ci-devant mandé à votre Majesté, que nous ne répéterons en cet endroit. Quant à l'électeur de Brandebourg , nous avons avis qu'il est à présent de retour à Berlin , qui est sa demeure ordinaire , et que son frère est en chemin pour se rendre à Clèves , dont les Etats du pays étant avertis, ils lui ont envoyé au devant pour le prier de ne passer outre , et de ne vouloir entrer dans leurs villes^

mais de se tenir en lieu neutre, attendant qu'il soit connu de son droit. Et pouree que le duc d^Meubourg fils ëtoit en la maison d'un ^gentilhomme du pays , ils l'ont pareillement prié de se vouloir retirer •en lieu neutre, et d'aller même aadevant du frère de l'électeur , pour conférer avec lui amiablement touchant leur différend; ce qu'il a consenti de faire, et s'y est acheminé , mais on n'a encore avis de ce qui en est avenu. On dit aussi que le prince , frère de Télecteur, doit venir en ce lieu pour demander assistance aux Etats , selon que ce gentilhomme venu vers eux a déjà fait, en vertu d'un traité fait avec )e feu électeur de Bf andehourg par M. le prince Maurice , M. le comte Guillaume, M. de Bameveldtét un autre député de Zélande , au nom des Etats-Généraux : lequel traité contient que les Etats promettent, le cas avenant dc'Cette snccession, d'en prendre la possession au nom dudit électeur , moyennant quoi il lear promet aussi donner cinq cent mille livi'es à certains termes déclarés par ce traité, qui a jusqu'ici été tenu secret. A quoi lesdits sieurs répondent ce tttiité être véritable, et néanmoins que ledit électeur ne s'en peut aider contre eux, sinon autant qu'il leur plaira , d'autant que la duchesse de Prusse , mère dé l'électrice, étoitlors vivante, qui rendoit sondfoit certain et indubitable \ au lieu que son décès avenu depuis , et avant la mort du dernier diic, y met à présent de la difficulté ; davantage , que sur leé cinq eent mille livres promises par le feu électeur , il$ n'ont reçu que cent mille livres , encore que tous les termes soient dès long-temps expirés; qu'ils n'efttehdent toutefois se servir de telles défenses , mais de

DU A>RÉSlD£HiT JEAKNIN. 4^9

prendre résolution en cette afiaire par Tavis de votre Alajesté ,.et de suivre ce qu'elle-même fera. Ce gentil- Jbomme nous est aussi venu voir , avec lettres des ambassadeurs de rëlecteur qui sont au paysde^Qèves, lequel nous a priés de vouloir favoriser la cause de leur jmaitre envers les Etats. Et pour ce que le duc .4e Ifeubourg fait courir le bruit partout , même ^audit pays, que votre Majesté a promis rde l'assister de son autorité et de ses moyens pour cdnsei\ver sonadroit , il nous a poursuivis et requis avec grande ins<^ tance de vouloir écrire aux Etats desdits pays lettre^ .qui puss^ent faire évanouir tels ^bruits , ^et le\ir dçnner quelque opinion qu'elle désire plutôt favoriâ^er ledit sievir électeur que sa partie; mais nous les lui avon$ refusées, sa demande étant aussi sans raison , attendu qi^e noujs n ay on3 reçu aucun commandement sur ce sujet, y ayant aussi ajouté que ce seroit contre la dignité de votre Majesté si elle s'entremettoit plus avant de cçtie atfaire en faveur d'un prince qui ^e l'ep a enpore rechjerché ni requis, et qu'il nous sembloit que pendant l'absence dudit sieur électeur ses plus proches dévoient faire cet office -, l'assurant néanmoîni^ qu'elle étoit très-affectionnée jenvers la maison de Brandebourg, et que nous estimions qu'elle en ren- (^rpit tous bons témoignages quand il seroit t^mp^. QTpus lui avons encore mis en avant ce traité fgit par 1^ duc de Neubourg avec le feu électeur de Srandebourg , dont mention a été faite ci-dessu^ , pour coii^poser leur différend à l'amiable quand le cas ^pherroit ^ mais il a répondu que ce ne fut qu'm; projet x\o\\ conclu ni arrêté et sigqé ^in^i , son maître n'étoit obligé en vertu d'icclui , et n'estimoit pas qu'il

46o KÉG0CIATI07IS

le voulût suivre , mais se maintenir en la possession qu'il a prise avant le duc de Neubourg des pays qui dépendent de cette succession , attendu que par les lois de TEmpire le premier possesseur doit demeurer en jouissance jusqu'à ce qu'il soit connu du droit des prëtendans -, en quoi s'il est troublé , entend se conserver par les armes contre qui que ce soit ; et à cette occasion s'est plaint aux Etats de ce que , par deux lettres écrites par eux au conseil et Etats qui ont Je gouvernement desdits pays , ils leur conseillent de demeurer neutres jusqu'à ce que le droit des prëtendans soit éclairci , les ayant tant pressés de leur vouloir écrire quelque lettre sur ce sujet pour interpréter les précédentes , qu'enfin ils l'ont fait par notre avis , et de telle substance néanmoins qu'elle ne peut préjudicier au droit de qui que ce soit , et servir peu en effet à l'électeur de Brandebourg.

Votre Majesté verra , par une lettre que M. le président Rîcfaardot a écrite sur ce sujet au sieur Jeannin , que l'avis de l'arrivée du frère de l'électeur au pays de Clèves est aussi venu aux archiducs , et le désir qu'ils ont de faire traiter ce différend par la justice. Or il y a grande différence de traiter de cette affaire par voie amiable et par l'avis des princes qui sont amis communs, oude la remettre àla justice ; car le premierne peut être rejçté avec raison des uns ni des autres, et l'autre sera sans doute refusé par l'électeur de Brandebourg, parce que l'empereur ou la chambre impériale en seroient les juges , et il sait que ce prince favorisera plutôt le droit du duc de NeuboUrg que le sien. Les Etats désirent bien fort que les choses ne viennent point aux armes , mais ils feront sans doute ce que votre

DU PRESIDENT JEÂNWIK. ^6î

Majesté trouvera bon \ et nous estimons aussi qu'en s^y employant avec affection , comme il lui a plu montrer qu'elle veut faire, les princes intéressés rendront un grand respect à son avis et jugement ^ comme au semblable les autres qui pourroient désirer d'y profiter sans raison seront contraints de s'en abstenir, crainte que le parti qu'elle prendra , assisté de la justice d'une bonne cause 9 ne devienne le plus fort. Le retour du sieur Jeannin vers votre Majesté , lequel partira de ce lieu dans dix jours au plus tard , l'instruira de toutes autres particularités concernant la charge qui nous a été commise. Et sur ce , nous prierons Dieu , Sire , qu'il maintienne votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité. De La Haye , ce neuvième de ji^in 1609. »

Vos , etc. P. Jea-nnin et de Russy.

Lettre dudit sieur Jeannin à M, de ViUeroy , dudit jour

neui^ihme juin 1609.

Monsieur, encore quej'aie demandé mon congé avec grande instance, et que le séjour en ce Heu me soit à présent fort ennujreux , si n'en peux-je sortir que je n'aie achevé ce à quoi le commandement du Roi et mon devoir m'obligent pour assurer le repos que Sa Majesté a procuré à ces pays, lequel est vraiment son ouvrage, commencé et rendu parfait par sa prudence , et l'assistance qu'il a eue de vos bons con« seils, sans que pour mon regard j'y aie contribué autre chose sinon le soin , la fidélité et diligence pour exécuter ses commandemens et vos conseils , en quoi toutefois j'ai eu tan,t de traverses et rencontré de. si grandes difficultés, que si le bonheur qui ac*

46a' WÉGOCIATIOKS

compagne toutes «es attîotts n'eût été jofnt au respect et à lacrëanee que ces peùj^lès ont rerfduà ses 'avis , nrous n'en fussions jamais sortis à son contentement , ni att bien et avantage de cet Etat-, chacun lui en donne aussi l'honneur et la gloire entière: Les princes mêmes avec lesquels on a traité le confessent , encore qtie'je sois bien averti qu'aucuns de leurs principaux serviteurs y ajoutent sourdement , pour âiminaer le gré de cette obligation , que Sa Majesté pouvoit faire passer ce traité à meilleur marché pour eux , comme il est vrai en effet -, caria généroj^té avec laquelle elle a parlé quand il a été temps , a donné du courage aux Etats pour oser espérer etj demander ce qu'ils ont obtenu , et de la crainte aux autres pour leur faire accorder des conditions qu'ils eussent autrement rejetées. Si n'ai-je laissé de mon côté dé faire tout ce que j'ai jugé être requis pour leur faire sentir cette obligation , et le gré qu'ils lui en doivent savoir, afin qu'ils en soient d'autant plus enclins à rechercher son alliance et amitié , m'étant aussi conduit de même façon avec les ambassadeurs d'Angleterre , pour remettre leur maître en meilleure intelligence avec nous qu'il n'étoit au commencement du traité, et par ce moyén«flider autant que j'ai pu à faire que Sa Majesté soit recherchée des unç et des autVes , pour avoir le choix dé l'alliance et amitié qut'elle jugera devoir être plus utile à son royaume. Je sais bien que telle conduite n'est pas toujours heureuse ; mais s'il n'en ftvient mieux , elle laisse "au moins un grand contentement à «elui qui s'est acquitté de ce devoir. Lé fait des contributions iidas travaillé et' occupe' entièrement ^ car; encore que* les provinces qui sont

en dUspute aient montré. et dédarë plusieurs fois de nou^. en. vouloir croire , la province de Zélandeen fait à présent difficulté , qui me fait craindre qu'il n'y ait' quelque longueur à y prendre résolution , et par ce moyen que je ne demeure ici plus que je ne désire» Je me promets néanmoins que Tissue en sera bonne , et que le soin qu'ils ont tous de se conserver vaincra l'opiniâtreté des uns et des autres , c'est pourquoi vous n'en devez être en peine. Il y aura seulement plus de fôcherie pour moi , et quelque retardatipn à mon retour , mais rien de pis. Nous avions prévu telles difficultés long-temps avant la trêve , et pour cette raison été trois fois en l'assemblée générale pour les prier de s'en accorder sans attendre la conclusion du traité, pource que les provinces de Gueldres , Frise , Over-Yssel et Groningue , qui résistent à présent aux demandes de la Zélande , y eussent lors volontiers consenti , et la Hollande même, pour le désir qu'elles avoient toutes de se mettre. en repos-, mais ceux qui étoient ennemis de la trêve , et jugeoient que cala apporteront de la facilité à la faire , l'empêchèrent. Cette même contention a été entre eux , et toujours avec grande aniafeosité , dès le commencement de leur guerre , sans qu'ils y aient jamais pu £aiire aucun règlement , sinon à temps et d^année ^n année , encore après avoir disputé long - temps , et fait leur protestation de n'y acquiescer que pour la nécessité du temps , et crainte des ennemis.

Quant à ce qui touche à M. le prince Maurice , et au partage de ses frères, il est sursis jusques à ce qu'il soit pourvu aux contributions 5 mais j'espère

que nous l'achèverons aussi. Vous seriez émerveillé combienraigreurestgrande^etméinedepuis trois mois, contre les catholiques. On en cache et dissimule la cause , mais je sais qu'elle vient de ce que le prince Maurice et ses amis pensent que cette rigueur doit servir pour empêcher qu'on ne se rapproche d'Espagne , et à cette occasion se lie tant qu'il peut avec les ministres, estimant aussi que cela doit aider à le remettre en crédit , et à reculer son aîné , dont aucuns le mettent en soupçon et lui font craindre lautorité , et qu'il ne se rende plus agréable que lui , mais sans raison. Pour moi , je tiens au contraire qu'il n'y a rien qui doive tant nuire à cet Etat que de mettre les catholiques au désespoir , ni plus au prince Maurice en particulier que la recherche de l'amitié des ministres , qui deviendra incontinent suspecte à ceux qui le jugent plus ambitieux que peut-être il n'est. Je lui en ai dit quelque chose qu'il a pris de bonne part. Aussi est-il vrai que ces gens-ci sont si amoureux et jaloux de leur nouvelle république, que l'autorité entre les mains d'autres que d'eux-mêmes ne leur peut plaire ; et je n'essaie pas à présent de leur diminuer cette affection, pource qu'elle leur fait d'autant plus craindre et avoir en horreur Tan^ cienne sujétion de laquelle ils<sont sortis; mais il me fâche que l'espoir de faire donner quelque soulagement aux catholiques en soit moindre, ce que toutefois je juge nécessaire pour la sûreté des Etats et la réputation du Roi, lequel fera connoître par ce moyen le soin qu'il a d'avancer et fortifier sa religion : joint qu'il me semble les Anglais se devoir plus promettre de cet Etat, la relî-

DU PRÉSIDENT JEAHNIN. XQ^

gion catholique en étant bannie , et les catholique^ chasses ou laissés sans exercice , qui est pour enfin éteindre du tout leur nom et pouvoir en ces pays, que si elle y étoit reçue, encore que ce ne fût que dans les maisons et comme par souffrance. Aussi se bandent-ils entièrement pour l'empêcher, et semble bien qu'ils le fout autant pour cette considération que pour zèle à leur religioù. Ce n'est pas qu'ils soient conjoints en ceci , le prince Maurice et eux , mais ils s'y rencontrent par divers respects , et je me sers aussi de cette raison envers le premier pour lui rendre suspecte la poursuite et le soin que les autres prennent en cet endroit. Je vous représente ce que dessus, afin que vous puissiez connoître le doute auquel je suis sur la remontrance qu'il convient faire en faveur des catholiques, et que je serai bien fort circonspect pour ne rien dire de contraire qui soit, hors de saison et puisse diminuer l'autorité et créance que Sa Majesté s'est acquise parmi ces peuples.

Quant aux affaires de Clèves , encore que la maison d'Autriche , et principalement le roi d'Espagne et les archiducs , puissent avoir quelque dessein d'en profiter , si ne saurois-je croire qu'ils s'y veuillent embrouiller , si rélecteur de Brandebourg est appuyé et assisté en celte poursuite des deux électeurs protestans , comme on tient qu'il sera. On dit même que le duc de Bavière le favorisera plutôt que le duc de Neubourg son parent. Ils auront aussi crainte que Sa Majesté s'en mêle , au cas qu'ils se déclarent , et entreront encore avec plus de raison en défiance du roi de Danemarck , qui est allié de l'électeur de Brandebourg et des Etats, qui sont déjà aucunement obligés T. i5. îo

et engagés à sa défense ^ car TEmpereur étant entore mal avec son frère , et déchu de réputation pour le coup qu'il a reçu , et d'autre côté le roi d'Espagne las, recru et épuisé , ils seroient foibles contre un si grand mouvement. Ainsi est vraisemblable qu^ils aimeront mieux aider à composer les deux princes intéressés que s'exposer pour autrui aux dangers d'une si grande guerre, attendu même qu'ils viennent de quitter le lieu pour se garantir d^une autre qui sembloit avoir moins de péril et plus grand espoir de profit. Quant au duc de Neubourg , il montre déjà de craindre cette tempête , et d'être disposé d'accepter les conditions d'un traité. On en peut autant espérer de électeur de Brandebourg s'il y est convie, et comme forcé , par les princes ses amis , qui semblent tows être d'inclination et d'humeur pour prendre ce conseil , et lui d'un esprit assez doux et modéré , à ce que j'entends , pour être persuadé de Je recevoir. L'absence de l'électeur qui est toujours en Prusse , et le pe«i de defvoir qu^ont fait les siens jus^qu^ci , sont cause qu'il n'y a encore grand avancement en ses affaires. L'Empereur fait cependant ce qu'il peut pour mettre le gouvernement es mains des deux chancelleries de Clèves et de Juliers , c'est-à-dire du conseil desdits pays, qui est composé de personnes qu'on tient pour la plupart affectionnées au roi d'Espagne. Il est vrai qu'on y ajoute quelque nombre de gentilshommes et autres personnes notables des vHIes , qu'on dit être moins passionnés et plus désireux de tenir la balance droitîe pour empêcher que leur gouvernement ne soit suspect d'un côté ou d'autre. Ce que j'y vois de meilleur est que sont pays ouverts et peu fortifiés , et ï

cette occasioii telles pratiques ne pourront guère nuire à oelui qui aura des forces pour se rendre maître de la campagne , pourvu qu'on ne donne loisir au premier occupateur d'y bâlir des forteresses 5 ce qu'il pourroit faire en peu de temps , à cause de l'opportunité des bonnes assiettes qui se rencontrent en plusieurs endroits èsdits pays. Les députés dedlèves et de luliers , qui sont venus en ce lie;u pour prier les £tats de. ne favoriser la force et vio^lence de qui que ce soit, nous étant venus voir, je leur ai fait entendre qu'ils doivent être fort considérés , afin de ne donner aucune jalousie à personne , et rechercher aussi avec plus grand soin qu'ils n'ont fait jusqu'ici les princes qui peuvent aider à les mettre en repos , leur faisant assez cbnnoître de qui j'entendois parler : à quoi ils m'ont répondu qu'ils ne s'étoient encore adressés qu'aux archiducs et aux Etats , comme étant leurs plus proches voisins , et ceux qu'ils voient armés , mais qu'ils se promettent beaucoup de l'autorité de Sa Majesté , et de l'affection qu'elle montre partout à vouloir tenir la chrétienté en paix. Et à la vérité , il semble que Dieu l'ait aujourd'hui mise en un si haut degré d'honneur et de réputation , qu'elle peut empêcher , par la créance que chacun a en sa g^ratide prudence , le respect qu'on lui rend, et la crainte qu'on a aussi de^ son autorité et pouvoir, toutes sortes de mouvemens, en quelque lieu que ce soit de la chrétienté , s'y voulant employer avec soin et affection , qui n'est pas un petit ornement pour l'ajouter à la gloire qu elle s'est acquise par les armes , ni peu de sûreté pour son royaume et ses «ujets.

Messieurs des Etats diflR&rent d'envoyer leurs dé-

pûtes , tant à Sa Majesté qu'en Angleterre , pour les remercier du soin et de la peine qu'il leur a plu prendre pour les mettre en repos , jusqu'à ce ^que le temps de la ratification soit passé : c'est afin de les supplier, comme obligés à la garantie de la trêve , de &ii:e instance pour obtenir ladite ratification au cas qu'elle n'ait été envoyée, et , si le roi d'Espagne en fait refus, pour leur demander secours. J'estime toutefois qu'il en est venu trop avant pour la refuser. Voyant les' longueurs des Etats , nous avons montré de vouloir prendre congé d'eux , sur quoi ils m'ont prié fort instamment de surseoir encore jusqu'à ce qu'ils soient d'accord de leurs contributions , estimant que nous les y pouvons servir, difiiérant même le traité de garantie qui leur a été promis jusqu'à ce que le reste soit fait afin de nous retenir plus aisément : si estimé-je que nous aurons fait dans huit ou dix jours au plus tard , et que je partirai lors sans aucune remise. J'ai parlé du fait des consuls , et pense le faire accorder. Vous verrez par les lettres que nous écrivons au Roi ceqai s'est passé pour l'entretènement des Français qui sont ici. Ifous avons donné commission au sieur de Franchemont pour faire la première montre , attendant qu'il ait plu au Roi d'y pourvoir : néanmoins je vous supplierai très-^humblement étant par delà de l'en faire gratifier , et de le préférer à ce porteur que j'estime avoir entrepris ce voyage pour ce seul sujet, encore qu'il me l'eût celé ; car nous ne l'eussions envoyé exprès pour porter nos lettres , attendu que du Monceau est ici qui partira dans deux ou trois jours pour s'en retourner ^ et qu'il n'y a aussi chose qui n'^ût bien pu attendre mon arrivas par delà. J'ai ap-

DU PRÉSIDENT JEAJSNIN. 4^

pris , achevant cette lettre , qae Tëlecteur de Brandebourg offre à l'Empereur une grande somme d'argent pour obtenir de lui Tinvestiture de la succession de Clèves , et qu'il est en volonté de l'accepter. Je vous envoie la copie de notre dernière proposition en l'assemblée des Etats, et suis, monsieur, votre, etc.

P. Jeannin.

A La Haye , ce neuvième juin 1609.

Lettre dudit sieur Jeannin à M, le duc de Suttj-, du même jour neuvième juin 160g.

Monsieur , on ne Êiit rien ici ou'avec beaucoup de dilBculté et de longueur. Ce qui retarde à présent mon retour de quelques jours , est le fait des contributions , dont les provinces sont de tout temps en grande contention , et n'y a jamais été pourvu durant la guerre que d'année en année, et j'y ferois volontiers prendre , s'il m'étoit possible , quelque bon règlement qui fût plus assuré , et pour plus de temps. Toutes les provinces avoient ci-devant montré de nous en vouloir croire ; mais elles y contredisent à présent; si espéré -je que nous en sortirons dans huit ou dix jours au plus tard , et qu'il ne restera plus rien qui m'empêche de partir d'ici , ce que je désire de toute mon affection. Les six cent mille livres que le Roi a accordées pour entretenir les quatre mille hommes des deux régimens, doivent être employées selon qu'il est contenu es lettres que nous écrivons à Sa Majesté. Je ne sais ;si elle approuvera l'augmentation d' état de cinq cents livres pour chacun des capitaines , mais c'est l'avis de M le prince Maurice , et notre lettre en

contient les raisons* Aussi est-i) bien certain , quand «et argent n'y seroit employé , qu'il ne retourneFoit pas enja bourse de Sa Majesté ; et ce bienfait, que les capitaines promettent employer pouir appointer leurs bons soldats, sera cause qu'ils les pourront retenir, ce qu'ils n'eussent pu faire autrement pour être la solde qu'on leur donne trop petite , et eux n'ayant aussi moyen de leur donner quelques appointemens et avantages sur leurs états ordinaires : toutefois c'est chose qui est seulement projetée sous le bon vouloir et plaisir de Sa Majesté^ à quoi , si elle fait quelque difficulté, je vous supplie très-humblement , monsieur, vouloir faire qu'elle suspende son jugement jusqu'à mon retour, et qu'elle en air entendu les raisons pour en ordonner plus à loisir, car toutes choses seront aussi bien entières lors qu'à présent. Le frère de l'électeur de Brandebourg s'étoit acheminé au pays de Clèves , mais le conseil dudit pays qui a le gouvernement , étant averti qu'il en approchoit , lui a envoyé àes députés pour le prier de n'y point entrer. Ils ont aussi prié le fils du duc de Neubourg qui y étoit déjà d'en sortir , et d'aller au devant de, lui pour conférer ensemble , et mettre , s'il est possible , l'aJOTaire en un compromis amiable : qu ne sait eneore ce qui en aviendra.

Je me suis instruit du droit de l'un et de l'autre, et ai retiré extrait des pièces que leurs ministres m'ont coinmuniquées pour en justifier , afin d'en faire rapport à Sa Majesté quand je serai par delà. Si elle continue à montrer de vouloir composer ce différend , elle aura grand pouvoir et autorité envers les princes prétendans pour les y disposer , et pour empêcher

DU PEESIPENT JEANNIN. ^'Jl

aussi que la maison d'Autriche n'y entreprenne par force au préjudice de celui qui aura le plus apparent droit. Madame la comtesse de Ligne avoit mandé qu'elle viendroit ici pour se mettre en possession de ce qui appartient à son mari , çt je Tattendois pour Pempécher. Je vous ai écrit, monsieur, qu'elle se rend toujours difficile , et montre de ne se vouloir mettre à la raison , ainsi que j'ai reconnu par les lettres que j'ai reçues de M. de Berny : c'est pourquoi il v^^ semble toujours qu'il u'y a meilleur moyen pour l'y disposer , siqon de se mettre en possession en vertu du traité , ce qui ne peut être refusé par les archiducs sans contrevenir à la trêve , ce que je n'estime p^ qu'ils veuillent faire 5 et au pis aUet , dès le premier refus le bien qui est par deçà en répondra attendant mieux.

Toutefois si vous continuez à vouloir que je pagse à Bruxelles pour voir ladite dame sur ce sujet, j'obéirai à votre commandement avec même affection que je veux demeurer perpétuellement , monsieur , votre , etc. P. Jeaî^win.

A La Haye, ce neuvième jour dèjuin i6o§.

Lettre dudit sieur Jeannin à M. de Pujrsieux, dudit jour

neuKfieme juin 1609.

Monsieur , ce que vous me mandez que j'obtienne de messieurs les Etats par vos dernières lettres , à savoir une déclaration d'eux que ce pays n'est en la sujétion d'Angleterre , pour vous en servir en Turquie contre l'ambassadeur d'Angleterre qui publie le contraire , ne me semble nécessaire , d'autant qu'il ne faut sinon prendre le traité de la trêve faite par les

47 a NÉGOCIATIONS

Etats avec le roi d'Espagne et les archiducs , par lequel ils traitent en qualité et comme souverains qui ne dépendent point de la sujétion de quelque prince que ce soit. Le roi d'Angleterre même y intervient comme leur ami et allié , non comme ayant quelque droit de supériorité sur eux. Le traité que ledit sieur Roi doit aussi faire au premier jour avec eux pour la garantie de la trêve , en rendra un témoignage certain et assuré, attendu que par icelui les Etats traitent une alliance égale et comme souverains , tant avec ledit sieur Roi qu'avec le nôtre. JTestime donc que ces deux traités suffisent pour justifier ce que vous désirez; et je craindrois qu'en demandant la déclaration dont vous m'écrivez les ambassadeurs qui sont ici ne prissent soupçon que la recherche en fût faite à autre dessein. Toutefois si nonobstant ces raisons il est jugé qu'on en doive faire instance , il n'y aura aucune difficulté à l'obtenir. J'en ai encore en ce lieu pour huit ou dix jours au plus, après lesquels je partirai, Dieu aidant, sans plus attendre aucune réponse à nos lettres , et demeurerai toujours , monsieur , vôtre , etc. P. Jeannin.

A La Haye , ce neuvième juin i6og.

Lettre dudit sieur Jeamdn à M, de La Boderie , du

onzième juin 1609.

Monsieur, c'est avec raison que vous vous plaignez par votre dernière lettre de n'avoir reçu aucun avis de moi de ce qui s'est passé Couchant la conclusion de la trêve; mais je vous peux assurer ayec vérité que je vous écrivis dès le lendemain de mon arrivée en ce

DU PKÉâlDEiNT JËAISNIN. 4?^

lieu, et que la lettre , qui devoit être envoyée à M. de Vaudrenecq pour la vous faire tenir , fut omise par roubliance de celui à qui j'en avois donné charge , dont je n'ai rien su qu'après avoir reçu la vôtre, m'en étant bien fort f&ché à lui : recevez donc , s'il vous plaît, cette excuse qui est très-véritable. Or c'est chose trop connue à présent d'un chacun pour vous en faire aucun récit*, bien vous dirai-je qu'on commence à s'en réjouir en ce lieu , et à estimer qu'elle sera utile. On en a fait autant du côté des archiducs, et le Roi en a reçu un très -grand contentement, ainsi que Sa Majesté nous l'a témoigné par ses lettres. Je ne sais pas comme il en est au lieu où vous êtes , ni si M. le comte deSalisbury vous en parle selon son sentiment intérieur ; mais je vous peux bien assurer que les ministres du roi d'Angleterre ont fait connoître sur toutes les difficultés et disputes qui sont survenues, que leur maître la désiroit ardemment , et, ou je suis trompé , ceux des archiducs qui s'en sont bien aperçus , et ont eu plus de contradiction de notre côté que du leur, lui en savent à cette occasion plus de gré qu'à notre maître qui a parlé librement, et nous a commandé d'en faire de même pour obtenir des conditions les plus avantageuses qu'on pourroit pour les Et^rts , comme nous avons fait , eux au contraire ayant été plus retenus , et &it voir par leur conduite qu'ils désirôient autant le contentement des archiducs que celui des Etats : et néanmoins il est vrai qu'en faisant ce qui étoit de mon devoir , j'ai apporté au surplus la plus grande modération que j'ai pu pour faire que le Roi , qui a fait le plus pour achever cette œuvre , en eût aussi le plus grand gré des uns et des autres.

. Lesdits sieurs députés d'Angleterre et nous avons vécu de puis cinq ou six mois en grande amitié» et, comme il me semble, avec moins de défiance que du passé : je ne sais si cela pourra être cause de quelque plus étroite amitié et intégrité entre les maîtres; je le désire, mais jeji'y peux apporter que les vœux. Nous sommes en grande peine maintenant pour les contributions entre les provinces, dont les cotes, dès le commencement de la guerre jusqu'à présent » n'oat jamais été réglées avec certitude ; mais on y prenoit toujours des expédiens d'année en année , et la crainte des ennemis les y rendoit tous plus faciles pour lors, au lieu qu'à présent qu ils pensent être en sûreté ils sont plus opiniâtres. Nous espérons toutefois de les composer , et de mettre aussi d'accord M. le prince Maurice avec M. le prince d'Orange so» frère pour leurs partages , comme il est bien nécessaire pour ôter toute semence de division en cet Etat -, ce que je prévois bien me devoir encore retenir huit ou dix jours en ce lieu, d'où je ne sortirai jamais sitôt que je le désire, étant si las et ennuyé du long séjour que j'y ai déjà fait , qu'il n'est possible de plus* Je vous baise très-humblement les mains , et suis , monsieur, votre , etc. P. Jea-nnin.

A La Haye , ce onzième jour de jui^ 1609.

Remontrance faite en rassemblée des Etats^Généraux des Provinces - Unies par M, Jeannin , au nom du Roi, ^ faveur d^s catholiques desdites provinces»

Messiëobs , nous avons différé jusqu'ici à vous faire une prière et recommandation de la part de notre Roi,

DU i>&ÉSIJI£NT JEANNIN. 4?^

en laveur des catholiques qui demeuFent dans votre pays , Sa Majesté n'ayant pas jugé qu'il fût à propos 'àe la fake lorsqu'on traitoit de la paix ou de la tràve, crainte d'ajouter nouvelles difficultés à infinies autres qui se rencontroient déjà, lesquelles jointes ensemble eussent plutôt été cause d'empêcher ce bon œuvre , que de lui &ire obtenir quelque fruit de sa demande; et maintenant nous la fisiisons en un temps auquel vous en pourrez ordonner en toute liberté et par votre propre jugement, sans que la résolution que vous prendrez en leur faveur vous puisse être domma* geable , ni qu'autres que vous-mêmes s'en puissent attribuer la gracie. *

Deux raisons l'induisent à vous faire cette prière ; l'une > qu'il est prince catholique , obligé par devoir à procurer tout le bien et avancement qull peut à sa religion ; l'autre , qu'ayant bien et mûrement considéré ceHjui vous peut être utile ou dommageable , il prévoit et juge qu'il n'y a rien plus nécessaire pour vous maintenir tous en bonne union , ferme intelli* gence et sinéère amitié , et pour ôter aussi tout pré-* texte à qui que ce soit d'entreprendre sur vous et contre votre Etat, sinon que vous vous absteniez dorénavant d'user de rigueur contre eux , et que vous souffriez , au moins par dissimulation et tolérance , si vous ne voulez le'J)ermettre et autoriser par loi, qu'ils puiss^it servir Dieu selon qu'ils ont été instruits , se ^promettant que vous en ferez le même jugement, si vous examinez les raisons qui sont conteaues en cet écrit , non avec un préjugé de les rejeter avant que les avoir entendues , mais avec un esprit de mansuétude et charité qui vous invite d'avoir compassion de

476 NÉGOCIATIOWS

VOS compatriotes qui implorent votre justice, et la recevront à grâce , encore qu'elle leur soit due , et qu'elle vous doive aussi servir d'un remède salutaire pour vous assurer du tout de leur affection et fidélité.

Considérez donc , s'il vous plaît , en premier lieu le grand nombre de catholiques qui sont chez vous , tant aux villes qu'au plat pays , et qu'ils ont travaillé avec vous, employé leurs moyens , été exposés aux mêmes dangers , et toujours gardé une immuable fidélité à l'Etat tant que la guerre a duré , sans se plaindre ni murmurer de ce qu'ils ne jouissoient de Texercice de leur religion , estimant que vous en aviez ainsi ordonné pourçe que la sûreté publique requéroit lors cette sévérité. Mais ils s'étoient promis , la fin de la guerre étant heureuse, et vous rendus jouissans d'une entière liberté, qu'ils auroient aussi quelque part en ce bonheur, comme ils avoient été participans des incommodités, dépenses et périls de la guerre.

Or on ne peut dire libres ni jouissans de quelque heur et contentement ceux auxquels on ôte le pouvoir de servir Dieu selon la religion en laquelle ils ont été instruits : au contraire il n'y a servitude plus intolérable , ni qui offense ou aigrisse davantage les esprits que cette contrainte et rigueur. Vous le savez , messieurs , et que c'est la principale et plus puissante cause qui vous a fait courir aux armes , et^népriser tous périls pour vous en délivrer; qu'elle a aussi excité pareils mouvemens en plusieurs endroits de la chrétienté, et même dans le royaume de France, avec des succès si heureux partout , qu'il semble Dieu l'avoir ainsi permis pour nous apprendre que la religion doit être enseignée et persuadée par les mouvemens

qui viennent du Saint-Esprit , non par la forée et contrainte des hommes , et pour induire aussi les rois et princes, par les maux et ruines qu'eux et leurs sujets ont soufferts à cette occasion, comme par un sentiment de leur propre intérêt et dommage , d'avoir plus de soin qu'ils n'ont eu jusqu'ici de faire pratiquer à bon escient les remèdes dont on avoit accoutumé de se servir lorsque l'Eglise étoit en sa plus grande pureté , pour corriger les abus et erreurs que la corruption des hommes essayoit d'y introduire , comme étant le seul et vrai moyen de réunir tous les chrétiens en une même créance.

Or , pendant qu'on ne peut apporter à l'attente de ce bon œuvre que les vœux et prières à Dieu d'y vouloir disposer les cœurs des princes chrétiens , comme aussi du chef de l'Eglise et des prélats auxquels ce soin et devoir appartient , notre Roi travaille chez soi tous les jours autant qu'il peut pour ôter l'aigreur que les guerres passées avoient mise es esprits de ses sujets, afin de les accoutumer peu à peu à se souffrir, à s'ai-^ mer,^ et à ne plus désirer et rechercher, à cause de cette diversité de religion , la ruine les uns des autres , ayant reconnu par effet que ce conseil, éloigné d'une bonne et sincère réconciliation entre eux , dont les prédécesseurs rois ont usé, n'a servi que pour accroître le mal , rendre les hommes plus opiniâtres , ou sans piété et dévotion , et pour introduire aussi des factions toujours périlleuses en un Etat; et au contraire que sa modération à souffrir et admettre la religion dont vous faites profession par lois et édits qu'il fait soigneusement garder , au lieu qu'on les faisoit auparavant pour les rompre aussitôt qu'ils étoient publiés,

478 IVÉGOCIiLTIONS

a mis la paix et amitié «ntre ees sujets , qui est cause qu'aujourd'hui les gens de bien , et ceux qui «ont les plus sages de Tune et l'autre religion, désirent et recherchent les moyens de se rapprocher et réunir , au lieu qu'autrefois ils cherchoient à se détruire , et ne prenoient plaisir qu'à faire croire que cette division en k religion ne pouvoit finir que par la ruin^ des uns ou des autres. Et pource que Sa Majesté s'est bien trouvée de ce conseil , elle le donne volontiers à ses amis, etlui semble encore qu'il y a des raisons particulières en votre Etat qui vous doivent convier d'en user ainsi.

Car il y a grande différence entre le refus d'un souverain qui ne veut permettre à ses sujets l'exercice d'antre religion que de celle qu'il a trouvée , reçue et approuvée- en son Etat , ou de celui que vous pourriez faire à vos compatriotes et concitoyens pour leur ôter celle dont ils jouissoîent avant que la vôtre y fut introduite. Le premier le peut faire avec justice , non toutefois sagement si ce refus met en péril son Etat, étant certain qu'il se doit lors plutôt servir de la pnidence que de son autorité , et des moyens qui sont propres pour adoucir et réconcilier que d'user de la force et du pouvoir d'un commandemeat absolu. Mais vous ayant acquis ensemble et en commun , tant ceux de la religion que les catholiques, la liberté et souveraineté dont vous jouissez à présent, qui vous donne l'autoriië et pouvoir d'établir telles lois qu'il vous plaît, il est raisonnable que chacun y ait part , et seroit trop rude qu'en la chose en laquelle nous sommes les phis sensibles , les uns fussent tenus pour maîtres et seigneurs, et les autres mis au rang des sujets et esclaves,

et par cette rigueUF privés, non-seuleipent des loyers de la victoire et du bon succès qu'il a plu à "Dieu damner à la cause commune , tnais contraints d^achever leurs jours en plus grande misère et pire condition qu'ils n'étoient auparavant. Jugez donc en votre cause celle d'autrui , et donnez à la raison ce qu'euxmêmes vous ont aidé à conquérir par la force , et avec leur propre péril , contre les princes qui étoient lors vos ennemis et les leurs.

Considérez aussi combien l'exemple de ce refiis, si vous le faites , sera préjudiciable à ceux de votre religion , es lieux et endroits où ils sont les plus foibles , lesquels implorenttous les jours avec larmes et supplications la grâce des souverains catholiques sous le&qfoels ils résident , pour jouir de la même liberté que ïïotre Roi vous demande au nom des catholiques qui sont parmi vous. Ne soyez pas cause de remettre es esprits des souverains et de leurs peuples , qu'un zèle inconsidéré a souvent portés à des violences et furewrs contre eux, que la guerre pour contraindre les plus feibles à suivre la religion des plus iorts est ju^e et licite.

Vous pouvez accorder cette grâce sans aucun péril ; car si les catholiques ont été oonstans et fidèles durant les dangers de la guerre , encore qu'ils fussent privés de l'exercice de leur religion , que ne doit-on attendre de k«ir zèle et dévotion à conserver la liberté de leur pays quand ils en jouiront , et auront part à l'autorité et aux honneurs que cette union vous a acquis en comnain , sinon qu'ils se tiendront grandement obligés à vous de ce bienfait, pource qti'àyant eu le pouvcMr de les en priver , comme étant les plus forts et

48o NÉGOCIATIONS

les surmontant en nombre, vous aurez néanmoins voulu user de celle bonté et justice envers eux ? Au contraire , que ne devez-vous craindre s'ils demeurent chez vous avec ce mécontentement et désespoir, sinon qu'on essaiera de se servir de leur zèle pour dresser des embûôhes contre votre liberté ?

Il y en a qui allèguent , pour faire rejeter celle demande , que votre Etat a été fondé sur la religion dont vous faites profession , et par ainsi que cette diversité seroit cause de rompre la loi fondamentale d'icelui , et de vous mettre tous en péril. Si l'un ou l'autre étoit vrai , l'utilité publique serviroit d'excuse , et rendroit tolérable l'injustice contre les particuliers , carie premier soin des magistrats doit être de garder inviolablement les lois sur lesquelles l'Etat a été fondé, et d'oublier tout autre respect pour le salut public 5 mais plusieurs restent encore parmi vous qui éloient au temps de la première prise des armes , lesquels savent bien , et les écrits et les histoires qui contiennent tout ce qui s'est passé durant vos guerres en font aussi foi, que vous ne demandiez lors sinon l'exercice de votre religion , demeurant toujours celle des catholiques reçue et autorisée par traités , édils et placards , comme elle étoit avant l'introduction de la vôtre; et ceux qui pouvoient grandement aflbiblir votre cause s'ils s'en fussent séparés, s'y joignirent volontiers et firent la guerre avec vous , non-seulement pource que les privilèges communs avoient été violés par un gouvernement trop rude , que vous nommiez tous tyrannique , mais pource qu'ils n'estimoient pas raisonnable de vous priver de la liberté de prier Dieu selon la créance en laquelle vous aviez

DU PKÉSIOENT J£AlfNIN. 4^r

été instruits. Et quant au péril qu'aucuns montrent de craindre si cet exercice est accordé , l'expérience nous apprend tous les jours que cette diversité n est pas cause de la ruine des Etats, et que le gouvernement ne laisse d'y être bon , et ceux qui y résident de vivre en paix et amitié les uns avec les autres y rendant Tobéissance qui est due aux lois et aux supé-* rieurs aussi bien que s'ils étoient tous de même religion , sans avoir autre pensement que d'aider à conserver la dignité et grandeur de l'Etat sous lequel Dieu les a fait naître , et par ainsi le danger n'est pas en la' permission , mais plutôt en l'empêchement ^ car c'est alors que les hommes se jettent aux factions , e( cherchent les moyens d'obtenir par force ee qu'ils se persi;iadent leur avoir été refusé injustement, dont les exemples de l'un et de l'autre sont si communs et fréquens en diverses provinces de la chrétienté , qu'il n'est besoin de vous les représenter^

Aucuns ajoutent encore à cette raison que les ca- ,tholiques , se voyant du tout privés de l'exercice de leur religion , seront contraints de retourner à celle qu'ils rejettent à présent ^ mais il y a plutôt apparence que la géhenne et violence dont l'on usera contre eux, sera cause de les rendre plu3 ardens et enflammés à désirer ce qui leur aura été refusé, et leur mort même n^ éteindra pas cette créance; car ils l'apprendront et laisseront comme par cabale à leurs, enfans avant que mourir.

Ou bien, ne leui^'étant permis de servir Dieu selon le culte et la créance qu'ils approuvent , la liberté d# conscience, qui ne leur pourroit être déniée qu'avee trop d'inhumanité , sera néanmoins cause de les f^ire

T. l5. il

48l 9ÉG0CJÀTX0KS

tomber peu à peu au mépris de Dieu et à Vimpiëtë ; car Texercice de la religion auquel la loi du christianisme nous assujétit 9 est une honnête contrainte qui noua fait souvenir de notre devoir et craindre d^étre repris, si, es actions .de piété et dévotion exposées à la vue et censure d'un chacun , nous ne faisons connoitre que nous sommes chrétiens; mais ce respect et cette crainte n*y étant plus , nous oublions aisément ce devoir, et nous nous laissons aller k je ne sais quelle nonchalance qui nous ôte le souvenir de la Divinité. Or les plus, sages de l'antiquité ont tenu avec grande lai^ron qu'il valoit mieux souffrir la superstition en un Etat que Timpiété , d'autant que te superstitieux craint tout, et croit, s'il évite la punition des hommes, qu'il tombe es .mains de Dieu , ainsi se soumet plos volontiers aux lois de l'Etat, sait mieux obéir à' ses supérieurs , et en effet craint toujours plus de faillir que celui qui , n'espérant rien du loyer des bienheureux , pense tout lui être licite s'il peut tromper la vigilance des magistrats.

On peut dire , s'ild ne se contentent de cette liberté de conscience dont' j'ai représenté le danger, qu'il leur est loisible de ce retirer , de quitter la conversation de leurs parens , amis eft alliés , et toutes les douceurs que la charité envers le pays comprend en soi , pour jouir ailleurs de cette pâture céleste qui , à vrai dire , doit être plus chère aux vrais et bcms chrétiens que tout autre contentement. Mais avec quelle justice pourroit-on ordonner cet exil à gens qui n'ont point failli , et.qui ont aidé à gagner et conquérir le pays dont on les voudroit banntir et chasser? Puis , s'ils y sont contraints , vous ferez des solitudes

DU PRÉSIDENT JEÀNNIiX. 4^3

dans voire Etal, qui peuveut être suivies d'autre? grands inconvëniens que ^aime mieux vous laisser considérer que déclarer ici.

Combien que ces raisons semblent pouvoir suffire pour vous induite d'accorder aux catholiques Pexercice libre et public de leur religion , Sa Majesté qui ne l'espère pas s'abstient de vous en requérir, pource qu'elle sait bien que vous n'y êtes aucunement dispo* ses, et que. la trop grande résistance que plusieurs piourroient faire pour l'empêcher , seroit plutôt cause de mettre de la division parmi vous que de le vous pert suader. C'est pourquoi elle se coritente de vous prier que vous leur fassiez au moins cette grâce, de tolérer et souffrir qu'ils aient quelque exercice en leurs maisons sans y êite récherchés , et sans que la rigueur des placards ci-devant faits à cette occasion soit plus exercée contre eux.

A quoi on pourra bien encore apporter telles cautions et sûretés, que les plus scrupuleux et contraires à cette demande n'ayront aucun sujet de, s'y opposer^ ni de craindre que leur religion ou l'Etat en reçoivent . quelque mal, comme seroit d'ordonner que les ecclésiastiques qui voudront demeurer au pays de votre obéissance , soient tenus de se présenter devant les magistrats du lieu où ils auront choisi leur demeure , pour faire inscrire leurs noms dans les registres pu^ blics, et outre ce. de faire certifier, par personnes de qualité et probité connue , du même lieu, qu'ils sont gens de bien et paisibles , et que rien ne sera dit ni fait par eux contre la sûreté publique et l'obéissance qui est due aux supérieurs , doQtlesdits certificateurs seront responsables ^ car, en procédant ainsi , tous les

48'4 WÉGOCîATlOîfS

ecclésiastiques seront connus , et aurez assurance de leur fidélité^ et s'il y en a d'autres qui se tiennent cachés j vous entrerez tout aussitôt en soupçon qu^ils sont venus chez vous avec mauvais dessein , les pourrez chasser et faire punir même , s'il est trouvé qu'ils aient fait quelque chose qtii mérite châtiment. ', Vous voyez donc , messieurs , la demande qui vous est faite de la part de notre Roi en &veur des catholiques , être réduite à si peu , qu'en la leur accordant il n'y a point d'apparence qu'elle vous puisse être d'aucun préjudice -, et néanmoins ils en recevront une grande consolation, vous en demeureront perpétuellement obligés , et leur affection à désirer et procurer la conservation, et prospérité de l'Etat en deviendra plus ferme et assurée. Sa Majesté vous en saura aussi grand gré , et estimera que vous aurez pris un bon et sage conseil : au lieu que si vous faites le contraire , elle craindra toujours que ce refus n'aliène les esprits des catholiques , et soit cause de les faire retirer , ou bien de preijdre encore de plus mauvais et dangereux* conseils. Elle les exhorte néanmoins de souffrit patiemment ce que vous en ordonnerez', sans faire chose qui puisse troublerla tranquillité et sûreté de votre pays , leur déclarant de sa part que s'ils font autrement, elle les jugera plutôt dignea de punition que de son assistance et faveur.

DU FK£:»IDE1ST JEANNIX. 4^5

Traité de la gararuiè de la trhve,fait et passé par les ambassadeurs de France et d'Angleterre , avec les députés des Etats^Généraux des Provinces^Unies , à LaHqjre, le dix^septième jour de juin i6og.

Comme ainsi soit que les rois Très-Chrétien et de la Grande-Bretagoe se soient employés dès long-temps , avec grand soin et affection, pour faire cesser la guerre des Pays-Bas par une paix perpétuelle , et pour n'y avoir pu parvenir , aient depuis proposé une trêve à longues années , dont le succès eût été aussi peu heureux si , pour ôter toute défiance aux Etats-Généraux des Pays-Bas-Unis , leurs Majestés ne leur eussent offert de s'obliger à robservation''d'icelle trêve, et de leur donner assistance et secours au cas 'qu'elle fût enfreinte et violée, même s'ils étoient troublés et empêchés au commerce des Indes que les députés des archiducs leur accordoient de gré à gré par ladite trêve au nom du roi Catholique , sans néanmoins l'exprimer nommément, ainsi que lesdits sieurs Etats le demandoi«nt peur leur plus grande sûreté , eux faisant à cette occasion refus de l'accepter si ladite* promesse de garantie , faite de bouche par les ambassadeurs desdits sieurs . rois en présence même des députés desdits sieurs archiducs, ne les y eût induits^ de l'accomplissement de laquelle promesse lesdits sieurs rois ayant été priés , requis et sommés , et y voulant satisfaire de bonne foi , cejourd'hui , dix-septième jour de juifi 1609, se sont assemblés messire Pierre Jeannin , chevalier , baron de Chagny et Montjeu , conseiller dtidit sieur roi Très-Chrétien en

486 KÉGOCIATIOKS

son conseil d*Etat et son ambassadeur extraordinaire vers lesdits sieurs Etats , et messir^ Elie de La Place, chevalier, sieur de Rus^y, vicomte de Macfaault, aussi conseiller audit conseil d'Etat, ^f^ntilbomme ordinaire de la chambre dudit sieur Roi etsonan^baçsadeur ordinaire résidant près lesdits rieurs Etats i au nom et comme ay î^it charge de très-haut , très-puissant et très-excellent prince Henri IV, par la grâce de Dieu roi de france et de Navarre , messire Richard Spencer, chevalier, gentilhomme ordinaire de U chambre privée dùdit sieur roi de la Grande-Bretagne, et son ambassadeur extraordinaire vers lesdits sieurs Etats , et messîre Rodolphe Winood , chevalier, ambassadeur ordii^aire et conseiller dudit sieur Roi aa conseil d'Etat des Çrovinces-Uuies , aussi au npia et comme ayant charge de très-haut, tués-puissant et très-excellent prince Jacques, par la grâce de Diev roi de la Grande-Bretagne j etc.; et les. sie^r Corneille de Gendt, sieur deLoenen et Meynerswiick a vicomte et juge de l'Empire etde la viUe de Nimègue, messire Jean d'Olden-Barneveldt, çhjg valiçar^ $ieur de Tempel Rodenriia, avocat et garde^dii gfancji scel, Chartres et registres de Hollande et West-f rise , uaessire Jacques dç Maldrée , chevalier sieur de H^yes, premier président et .représentant la nobl^^se aux Etats et conseil de la co^mté de Zél^de, les sieurs Gérard de Renesse, sieur de la Aa, de Streefkercke , Nieuleçkerlandt , et Ernestus Âylus , Jeaa Sloeth , sieur de Sallick, drossart du pays de VoUenhoue, et châtelain, de la seigneurie de Cuinder , et Abel Coenders de Helpen,, sieur En Faen et Cantës, au nom des illustres.^ hauts et puissans seigneurs les

DU PRÉSIDENT JEANfilN. 4^7

Etats-Généraux des Pays-Bas-Unis, lesquels, en vertu de leurs pouvoirs , et avec promesse de faire ratifier respectivement le dbntenu en ces présentes auxdits sieurs rois et Etats dans deux mois prochains , ont consenti et accordé ce qui s'ensuit.

A savoir, que les traités faits séparément avec lesdits sieurs Etats^énéraux par ledit sieur roi de France le 23 de janvier 1608, et par ledit sieur roi de la Grande-Bretagne le îi6 juin au même an ,'pôur Fobservation de la paix qu'on préteiidoit lors faive , ensemble les conventions, promesses et obligations réciproques y contenues pour la défense et conservation mutuelle de leurs royaumes , pays , terres et seigneuries, seront entretenues et gardées pour le temps que ladite trêve doit durer, tout ainsi que si elles étoient répétées et insérées de tûot à autre au présent traité.

Et auront lieu lesdiies obligations et assistance dé secours , non-seulement en cas d'infraction de trêve es limites spécifiées par le quatrième article du à'aité d'icelle trêve , mais aussi si lesdits sieurs Etats ou leurs sujets sont troublés et empêchés pendant ledit temps an commerce des Indes de la {)arl desdite sieurs roi Catholique et arckiduies, leurs officiers et sujets ; et sera aussi entendu ledit trouble et empêchement , lant s'il est lait aux sujets desdits sieurs E^fs^ qu'à ceux qui ont fait ou feront ledit commerce avec eux , ou bien si les princes et les peuples qui leur auront donné la permission d'exercer ledit trafic en leur pays étoient à cette occasion molestés , eux ou leurs sujets, pourvu toutefois que, pour obliger lesdits sieurs rois à donner ce secours , le jugement desdits empêchemeps soit

488 «ËGOGUTIONS

fait par avis commun d'eux et desdits sieurs Etats. A quoi ils promettent apporter la diligence et sincérité requises pour faire r^arer le dommage aux intéressés , et repousser la violence dont on auroit usé contre eux : pourront toutefois lesdits sieurs Etats , s'il y a de la longueur en ladite délibération, pourvoir à la sûreté de leurs affaires et sujets , comme ils trouveront convenir.

: En reconnoissance de laquelle garantie , et du secours que lesdits Etats ont déjà reçu desdits sieurs rois 9 ils leur promettent de ne faire aucun traité durant icelle trêve avec lesdits sieurs roi Catholique ou archiducs , sans leur avis et consentement , et pareillement lesdits sieurs rois de ne faire aucun traité avec quelque prince ou potentat que ce soit , aupréjudice de celui-ci et de leur liberté , de la; conservation de laquelle et de leur Etat ils auront soiq comme dé leurs bpns.amis et alliés. Ainsi fait, accordé , conclu, signé et cacheté par lesdits sieurs ambassadeurs et députés.

A La Haye , Tan et jour susdits.

P. Jeai^nin , Eue de La Place-Russt, Ri. Spencbb, Rodolphe WiiiooD , CoRNEtis van Gendt , Jean

VAN OliDEN-BARNEVEIiDT, DE MaLBRÉE, L ReNESSE,

Érnestus Aylus, Jean Sloeth, et Coenders. Et cacheté des armes , tant desdits sieurs ambassadeurs de. France et d'Angleterre, que des députés desdi^ sieurs Etats-Généraux.

DU PRÉSIDENT iÉkV^lV^ 4^9

lettre de messieurs tes ambassadeurs de France et âAn^ ffleierreà M.leniarquis Spinoîaj du dix-^neus^ième jum

MoissiEUR^ nous avons reçu les présens dont il a plu au roi Catholique et à leurs altesses nous honorer et faire envoyer par ce gentilhomme , lesquels nouis ont ëtë d'autant plus agréables , qu'ils servent d'un témoignage public qu'elles ont reçu contentement de notre soin , devoir et service , pour aider à mettre ce pays en repos , suivantje commandement de nos rois, dont nous reconnoissons leur être tenus et obligés , et les en remercions aussi très-humblement, comme nous faisons votre excellence de plusieurs courtoisies qu'elle nous a faites, qui nous viennent en souvenance tous les jours , et nous laissent un très-affectionné désir de lui en rendre très-humble service. Or comme le traité qui a été fait pour assoupir une guerre de quarante ans a donné beaucoup de peine, et que nous entendons chacun jour de nouvelles plaintes d'une part et d'autre pour les contraventions qu'on prétend y être faites, nous vous supplions encore de toute notre affection de tenir la main de votre côté à ce qu'il y soit pourvu de bonne foi. Nous y ayons excité de même messieurs les Etats, et le ferons derechef lorsque nous prendrons congé d'eux , les priant et exhortant, jusqu'à ce que par conférence amiable tous ces différends soient terminés , de ne rien faire de leur part qui puisse aigrir lés esprits, vous pouvant assurer qu'ils sont disposés d'y procéder avec cette modération , et d'observer de bonne foi ce qui a été promis.

et nous avons aussi la même confiance du* soin et de la foi de leurs altesses. Et pour fin « nous vous sup* plions de vouloir prendre de bonne part si nous vous faisons souvenir de la promesse qu'il vous a plu faire pour la démolition des forts de Meurs , de Texécution de laquelle , et dans le temps promis, nous ne doutons aucunement \ mais notre affection à désirer que rien n avienne qui puisse troubler le repos , et donner sujet d'une juste plainte à M. le prince Maurice à qui le fait touche , nous induit de le vous représenter , et vous assurer aussi que nous demeurerons perpétuellement y monsieur , vos , etc. 4

P. Jëaknin, Russy, Ri. Speucer et Rodolphe

WlNOOD.

A La Haye , ce (bx-neuvième juin 1609.

Lettra ,de M. Jeaanin à 3t. le président Richardot,

du wngiihne jidn 1609.

Monsieur , je pars de ce lieu dans trois jours , Dieu aidant , où j'ai fait ce que j'ai ^a pour adoucir les esprits qui s'aigrissent tous le^ jours à cause des plaintes qu'on leur fait des contraventions au traité^ qui sont si fréquentes y que ceux qui ont aidé à mettre le pays en repos en reçoivent souvent du blâme et sont haïs : peut-être y en a-t-il quelques-unes qm ne sont pas justes, mais il y en a d'autres qui n'ont aucun prétexte pour les excuser. Je vous supplie bien humblement d'y prendre garde et faire pourvcnr , si vous désirez robservatk>n et durée du traité. On est disposé ici à le garder de bonne foi , mais Bon*à souffrir qu'il y soit contrevenu. Le plus tôt qu*on pourra entrer en

DU PHÉSIDKNT JKAMr^lIf. 49^

coaférence amiable pour terminer tous les difierends avenus depnU la trêve , et régler toutes cKoses pour Tavenir , sera le meilleur. On pourra accorder et rë«gler en la même conférence le commerce de ce pays avec la mutuelle commodité des uns et des autres. Q est vrai qn*ils ne sont délibérés de faire aucune députation de ce côté, ni de prendre jour pour conférer^ avant qu'avoir reçu la ratification d'Espagne, que nous nous promettons bien devoir être délivrée dans le temps promis ^ mais il y en a assez d'autres qui n*eu font pas le même jugement , et empêchent à cette oc-^ casion qu'on ne passe plus avant pour terminer les différends qui arrivent tous les jours , jusqu'à ce qu'il y soit satls&it. -

J'estime que messieurs d'Angleterre vous écriront aussi sur ce même sujet , la plainte novis en ayant été faite en commua, même depuis avoir écrit ensemblement à M. le marquis. Messieurs les Etats me prient de prendre mon chemin vers vous pour en conférer , et jerefose cette Qh^^rge «pmod même mon chemin s'y adresser oit, jugeant bieia que ce seroit chose inutile den pi^rler en passant, el qu'il faut du loisir et des Réputés qui aient pouvoir de terminer les différends ; puis je n'ai aucune volonté de «m'embrouiller en ces nouvelles plaintes. Teussebien désiré d'y voir madame U princesse de Ligne , et de parler à elle d'un accord avec Sion neveu ^ m^ étant bien averti qu-elle n'y est aucunement disposée , seroit peine perdue r et la mettre en colère sans pvofit que d'y passer pour lai en communiquer. Bien enssé^je tenu à honneur d'y^ sa* luer leurs altesses , les remercier très-humblement des présens qu il leur a plu me faire , et offrir très^

492 KÉGOCUTIOIVS

humble service si quelque occasion se fût préseàlée de leur en rendre ; mais n'y voyant aucun sujet , je le fais avec celte lettre, et vous assure aussi que je demeurerai perpétuellement en volonté d'être, monsieur, votre, etc, P. Jeaknin^ Â La Haye , ce ao juin 1609.

Lettre de M, Jeannin à M. de Villerojr, du vingt-

unième juin i6og.

Monsieur , le partage de M. le prince Maurice avec M. le prince d'Orange m'a retenu ici depuis huit jours, ayant été prié par eux de m'y employer , ce que j'ai fait très-volontiers, le jugeant utile pour beaucoup de respects. J'y ai toutefois rencontré de très - grandes difficultés ^ mais dans deux jours nous en sortirons , soit pour le conclure ou le laisser imparfait , et je partirai le troisième sans faillir. Pour les contributions, six provinces en sont d'accord , et n'y a de difficulté que pour la province de Zélande qui a renvoyé quelques-uns de ses députés pour avoir nouvel avis \ mais tout s'accordera sans doute, et personne n'en est en peine, de sorte que cette remise ne retardera point mon voyage. Je vous écris cç mot, principalement pour vous donner avis que le frère de l'électeur de Brandebourg et lé fils du duc de Neubourg ont fait un accord provisionnel par l'avis du landdlifve de Hesse, par lequel les Etats de la succession de Clèves doivent être régis et gouvernés au nom commun des deux princes de Brandebourg et de Neubourg, en attendant que leur différend soit jugé par des princes leurs amis auxquels ils se soumettent , dont je n'ai encore appris les

DU PRÉSIDENT JEÀIfîlJN. 49^

noms. Les ambassadeurs de TEmpereur , et quelques ' conseillers des Etats desdits pays qui étoient à sa dévotion , en ont été bien fort fâchés , et se sont retirés à cette occasion. On dit aussi que ces deux princes se sont promis Tun à Tautre de se joindre ensemble contre tous autres qui voudront prétendre droit en cette succession : cette nouvelle est véritable.. On fait courir quelques bruits en Allemagne que le Roi avoit fait rechercher les électeurs catholiques pour être assisté d'eux en la poursuite que Sa Majesté prétend faire pour être élu roi des Romains , que le Pape même en a écrit auxdits sieurs électeurs en sa faveur, et que M. de Nevers en son voyage de Rome l'en a requis comme en ayant charge de Sa Majesté. Celui qui me l'a dit l'a appris en la maison d'un prinQe protestant , et que les électeurs protestans, qui désireroient bien favoriser Sa Majesté , n'étoient pas contens qu'elle eût prince chemin. On dit aussi que l'Empereur se veut retirer au comté de Tyrol, qu'il y a déjà fait transporter la plupart de ses meubles précieux, et.^e veut dépouiller du tout de la dignité impériale , non pour gratifier aucuns des siens , mais pour être mal content et ne vouloir plus prendre le soin des affaires de l'Empire 5 que l'union entre les princes protestans et les villes libres s'avance bien fort. Ce sont nouvelles que j'ai apprises dlun gentilhomme fort avisé, lequel est retourné d'Allemagne depuis peu de jours, dont peut-être vous êtes mieux et plus véritablement informé d'ailleurs 5 mais par la commodité du sieur de IVIàncieux qui part présentement , j'ai estinjié vous en devoir donner avis , en attendant que j'aie l'honneur d'être près de vous , qui sera peu de jours après cette

494 KÉGOCIÀTrON^

lettre^ pour ^ous dire et assurer moi-môme que je suis, monsieur, votre ^ etc; P. Jeannin.

A La Haye , ce 2 1 juin 1609.

Traité fait par messieurs Jeannin et de Russj-, au nom du Roi, avec les députés de la province de Hollande, le vingts deuxième juin 160g , pour le paiement des gens de guerre français.

Lès sieurs Jeatinin et de Russy, ambassadeurs pour le roi Très-Chrétien près de messieurs les États-Généraux des Provinces-Utîies des Pàys-Bks , ont cejourd'hui , vingt-deuxième juïn'1609 , traité de la part de Sa Majesté avec les sieurs députés, conseillers de messieurs les Etats de Hollande et West-Prise , au nom de messieurs les Etats -Généraux susdits ce qui s'en^it:

Que Sadite Majesté fera mettre par son ambassadeur résidant près desdits sieurs Etats, chacun an, deux ans durant, à commencer au premier jour da mois de mai dernier, es mains de celui qui sera commis et oi*donné par ladite province de Hoïlande, la somme de six cent mille livres en deux termes par moitié et égale portion , sur le premier desquels la sdtnme de cent mille livres a été payée , et les deux cent mille livres restant dudit premier paiement le seront dans le premier jour du mois d'août procbaîtt ; et pour le regard des termes suivans , seront toujours avancés au commencement de chacune demi-année ; par ainsi le second terme de la première année écherra au premier de novembre, et les deux ternies de la seconde année au premier jourdemai et de novembre suivant , en Vannée mil sîx cent dix.

DU PRESIDENT lEiNNIlf. 49^

Moyennant laqueUe somme de tix cent mille livres payable aux termes susdits, lesdits sieurs Etats promettent , in nom de la province de Hollande , faire payer et entretenir les deux rëgimens de gens de pied français , qui sont sous la charge des sieurs colonels de Châtillon et de Betbune , composés les deux ensepible de trente-huit enseignes , dont celles desdits sieurs colonels sont de deux cents hommes , et les autres de cent, fors celles des deux lieutenans-colonels qui en ont chacune vingt^cinq de plus, et celle du sieur de La Force qui en a aussi cinquante , ' outre les cent , faisant lesdits gens de guerre compris èsdits deux rëgimens le nombre de quatre mille cent hommes*. ^

Seront pareillement payées et entretenues les compagnies de chevau-légers des sieurs de Yillebon et du Meys , qui sont de soixante -dix chevaux chacune, et lesdits paiemens fails à même raison et solde quHls ont été payés jusques à présent , fors que sera par avance , et sans attendre la fin du mois.

Outre les commissaires qui seront employés de la part desdits sieurs Etats pour faire les montres desditçs compagnies tant de pied que de cheval , il y aura aussi un commissaire de la part de Sa Majesté à mêmes gages et droits que ceux desdits Etats , lequel sera tenu mettre lés rôles desdites montres , signés et dûment expédiés, es mains de son ambassadeur pour les lui envoyer , afin qu'elle puisse être assurée que le nombre y soit toupurs complet.

Les frais pour faire venir les deniers seront aussi pris sur cette sonusne de six cent mille livres, et outre lesquels frais et paiemens susdits , Sa Majesté s^est

4^6 NKOpCIÀTIOIfS .

réservé d*y preadre vingt-cinq mille livres ch^eun an , pour gratifier ceux qui ont charge èsdits régimens, selon Tétat qu'elle en fera dresser et envoyer à son ambassadeur , pour leur être distribuées de quartier en quartier / dont le premier écherra à la fin de juillet prochain : voulant qu'il soit usé de cette gratification envers eux , afin qu'avec cette commodité et avantage ils puissent mieux appointer et retenir leurs officiers et bons soldats , et que lesdits sieurs Etats en soient aussi par ce moyen mieulL servis et assistés.

Si Sa Majesté a besoin, pour le secours de son royaume , de retirer dans les deux ans les forces susdites , tant de gens de pied que de cheval , elle le pourra faire, et seront tenus lesdits sieurs Etats de les, lui renvoyer incontinent , et à leurs frais , jusques à Cajais ou à Dieppe , à son choix. Sera la ratification du présent traité envoyée par Sa Majesté dans deux mois, et par lesdits sieurs les Etatsdans le même temps.

Fait à La Haye les an et jour susdits , et signé par lesdits sieurs ambassadeurs , et députés desdîts Etats^ de Hollande.

Lettre écrite. au Roi par messieurs les JEtats^Généraux ^

le vingt'deuxième juini&og,

SlKE»

Le sieur président Jeannin , ambassadeur de votre Majesté , prenant congé de nous pour s'en retourner en France , nous avons jugé être de notr« devoir de remercier bien humblement votre Majesté que son bon plaisir a été d'envoyer de par deçà un tel personnage, qui nous laisse beaucoup de témoignages de sa très-

grande expérience , jugement { prudence et bonne conduite es grandes affaires , et qui, par magnanimité et singulière dextérité , a surmonté toutes sortes de difficultés qui se sont offertes , tellement que tous les gens de bien ont grand contentement de lui et de ses actions, louent et remercient de bon cœur votre Majesté particulièrement de ce bienfait, comme nous faisons aussi de ses lettres du dix-septième de mai , et de la ligue et garantie de la trêve conclue entre votre Majesté et le roi de la Grande-Bretagne, et nous conjointement.

. Ledit sieur président retourne si bien informé et instruit de la présente constitution de notre Etat, que celle-ci ne portera que son rapport, fors que nous assurons votre Majesté qu'après Dieu nous tenons la conservation de cet Etat des mains d'icelle, et que nous et notre postérité demeurerons à jamais obligés de le reconnoître avec toutes sortes de gratitudes , et bien Humble service , et n'ayant rien plus cher ni plus en recommandation que de suivre ses très-sages conseils et avis , et de les tenir pour règle en la conduite et direction de nos affaires. Nous avons ferme confiance que votre Majesté nous continuera ses paternelles affections , faveurs et assistances , comme nous l'en prions bien humblement et le Créateur, Sire, de vouloir conserver la royale personne de votre Majesté en très - parfaite santé et trèslongue vie.

De La Haye, ce vingt-deuxième de juin 1609. . De votre Majesté bien humbles serviteurs, les Etats-Généraux des Pays-Bas-Unis.

Plus bas , par ordonnance d'iceux. Aebsens.

Lettre de messieurs tes ambassadeurs de France et éTArt" gleterreà M. le président Richardot , du vingt^sixieme^ de juin 1609.

Monsieur , vous recevez tous les jours des plaintes, et messieurs les Etats en reçoivent aussi de leur cdté^ des contraventions qui sont laites à la trêve , dont il y en a qui regardent le public , d'autres qui touchent aux particuliers , et de cellesKri le nombre est encore plus grand que des autres , en sorte que si on nUplus de soin d'entretenir le repos qu'on a pense établir , nous avons grande crainte quie notr^ travail et le votre ne soient pas seulement inutiles, mais deviennent dommageables^ car les ofiianses après un traité et la rupture d'icelui , laissent toujours plus d'aigreur et d'inimitié qu^il n'y en avoit auparavant. Nous avions désiré , et vous en avions aussi prié par nos letff es , comme i^ous snvons fait au semblable lendits sieurs des Etats en leur assemblée générale, de s'abstenir de toute violence et voie de fioât, et de Bie laisser même à la discrétion des officiers dans chacune ville et province l'interprétatioa du traité , mais de le résf^rver des deux cotés aux pcincipaiiix ministpes , lesquels j a|iparterQnt toujours plu&de tempéraneet , et discerneront avec pl^a de «prudence et de jugement ce qui sera juste et de l'ij^tention du traité que les officiers sur les lieux ; qui ne sont si bien instruits y et y ajoutent souvent leur passion. Nous a.^ons aussi toujours estimé que ccss différends ne cesseroiant jamais , jusqu^ à ce qjiiq vous en tries en conférence amiable par députés pour les termiuep avec la raison et équitablement, comme il doit être £(it , aXiii d'ôter

toute ooc&sion de juste plainte ; mais on n'a pu persuadet auxdits sieurs les Etats de Êiire ladite députàtiôti, jus^ <{ues à ce qu'ils aient la ratification d'Espagne , dont le temps danslequel elle doit être donnée est si proche, que cette assemblée ne peut plus être guère différée s'il est satisfait à ce qui a été promis, comme nous le désirons, et vous supplions bien humblement d'y voulojr tenir la main. Or nous ne pensons pas encore à présent qu'il y ait autre remède pour feire pourvoir à ces plaintes que ceux ci-dessus déduits, et principalement le dernier , attendant lequel chacun àe contienne avec modération , sans rien entreprendre et feire qui puisse être cause de troubler le repos. Les officiers d'Over-Yssel qui soutenue lieu nous étant Venus voir, ont été aigrement repris par nous de l'insolence commise par leurs soldats : à quoi ils ont répondu que lè mal n'est pas si grand que le bruit qu'on en fait , et si les soldats ont e^tcédé que c'a été sans commande«^ ment , les officîiers qui les accompagnoient n'ayant éd autre charge , sinon de dire aux prêtres qu'ils île de^voient faire exercice de leur religion es villages où ils ont' été trouvés , attendu qu'il y aVôit plus de vingt ans que ledit exercice y avoit été discontinué , et qu'ils l'avoient bien souffert et dissimulé eh d'autres vil*hges de la Tuente , pource qu'on avoit accoutumé de le faire pendant îâ guerre. Encore que tout ledit pays dont on est à présent en dispute soit notoirement, comme ils prétendent , en leur souveraineté , on n'a rien omis pour lent* feire entendre que k faute et violence compmîse par ces soldats est inexcusable, afin qu'ils soient plus considérés ci -après -, mais lès vôtres, à ce qu'on nous dit, font pis en beaucoup

5oO FJEGOCIATIONS

d'endroits , en continuant de lever des contributions comme pendant la guerre , et de faire autres actes qui sentent encore Vhostilité , dont on doit présager du mal des deux côtés , s'il n'y est pourvu avec plus de soin et sans remise.

Nous en pressons les Etats d'auprès desquels nous partirons après-demain , les ayant admonestés et priés de vouloir entrer en cette conférence au plus tôt , et pourvoir à ce que tous les officiers dans les provinces .et les gens de guerre aussi se contiennent en devoir. Us nous assurent que c'est leur intention d'en user ainsi, mais de ne souffrir aucunement qu'on viole la trêve de votre côté , tant en ce qui touche le général qu'au préjudice des particuliers, çn quoi ils seront. encore davantage animés si le désordre continue. Cest votre ouvrage pour lequel nous avons travaillé avec vous ; aidez donc s'il vous plaît à le conserver et faire durer. Nous espérons qu'en la première conférence vous demeurerez d'accord du fait du commerce ^ car nous y voyons chacun fort disposé de ce côté , et nous y avons aussi aidé de tout notre pouvoir, comme nous ferons toujours près de nos rois , afin que leurs Majestés en aient le même soin qu'elles ont eu , et commandent à leurs ministres qui seront près desdits sieurs Etats d'y tenir la main. Nous vous baisons très* humblement les mains , et prions Dieu , monsieur , qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

De La Haye , ce vingt-sixième jour de juin 1609.

Vos , etc. P. Jeannin , Russy , Ri. Spenceb ,

et Rodolphe Wii^ood.

DU PRBSIDENT JKANNINi 5oi

Lettre particulière de M, Jeanmn audit sieur iRickardot , du même jour vingt^sixieme juin 1609.

Monsieur, je suis sur mon départ, vous pouvant assurer que je n'ai rien omis pendant mon séjour en ce lieu pour faire que la trêve soit gardée de bonne foi : à quoi je vois les Etats fort disposés , et à cette occasion très - mal contens quand aucuns des leiirs font chose contraire ; ont même repris fort aigrement les officiers d'Over-Yssel de ce qui s'est passé en leurs quartiers, encore que ce soit par l'insolence et indiscrétion des soldats, non par leur commandement, et qu'ils croyoient aussi le pays delaTuente où cet excès a été commis être entièrement à eux , sans qu'il soit permis aux vôtres de s'y entremettre ^ mais ils se plaignent toujours que la tr^vé s'observe très-mal de votre côté, et déclarent ouvertement qu'ils ne sont délibérés de le souffrir. Pensez-y s'il vous plaît, et aides à y faire pourvoir de votre part : si la ratification d'Espagne avoit été donnée , ils entreroient aussitôt en conférence , où tous les différends pourront être accordés amiablement, même celui du commerce, chacun jugeant qu'il est nécessaire de le faire.

M. de Russy , qui demeure en ce lieu de la part du Roi , aura charge de faire tout devoir pour composer les choses doucement. Assurez-vous-en , monsieur , et que notre Roi et ses ministres seront jaloux et désireux de faire durer le repos qui nous a donné tant de peine. Nous avons fait une sérieuse remontrance en l'assemblée générale des Etats en faveur des catholiques , et nous l'avons même donnée par écrit

502 ISÉGOGIÂTIOMS,

pour obtenir, non un exercice public , car nous ne lavous J9inai« espéra , mais qu'on le souffre et tolère es maisont) et comme en secret, sans qu'on en fasse aucune recherche. Je ne sais si je passerai vers vous, car je n'en vois aucun sujei ; bien serai-je partout toujours très-affeçtxouiié à voua rendre très^humble service de même volonté dont je vous baise trèshumblement les main^^ et suis ^ mosisieur, voire , etc.

P. Jëanms.

 La Haye, ce 36 juin 1609.

Copie du traité de partage fait entre messieurs les princes d'Orange y Maurice, et Henry de Nassau ^ frères , des biens délaissés par le décès du feu prince d^ Orange leur père, et ce par ra\4s et intervention de messieurs les ambassadeurs dû France e$ d^ Angleterre.

CoMAis ainsi soit que hauts et puissans princes , messire PhiUpj)é-»Gui]laumQ , par la grâce de Dieu jMriope d'Orange , comte de Nassau et de Buren, etc. , m/esfiire ]|^urice, comie de Nassau ^marquis de Veere, Flessingue » etc^ , et messire Henry, comte de Nassau et de Catzenellnboge^ , frères , aient désiré dès longtemps, de faire partage, entre eux» par voie amiable, des biens délaissés par le décès de feu M. le priiioe d'Opange, de louable mémoire» leur père , ce que toutefois, ils a'ont pu jusqu'à présent, à cause de plusieurs difficultés qui s'y sont rencontrées, lesquelles ont tenu en grande cout^utiou et diversité d'opinions leurs conseils, et aucuns de leurs parens et amis qui se sont entremis à leur prière pour les accorder ^ prétendaut ledit sieur prince d'Orange le lac» entier de la succession lui appacteuir , en vertu du (idéicommis

DU >RKSrD£»T Jl^ÀNNlN. 5o3

•contenu aa testament de feu messîre René de Nassau, dit de Cbâlon , fait par lui à Cbârlemont en Tan t544 y du moins avoir sur icelui bien de grands précipats et avantages , tant à cause du droit d'aînesse que par la coutume des lieux où les biens sont assis , et le traité de mariage de dame Anne d'Egmont sa tnëre : à quoi les deux frères contredisoient ensemblement , soutenant ledit fidéieommis être éteint en la personne dudit feu sieur prince d*Orange , et qu'il ëtoit plus raisonnable de s'arrêter au testament d'icelui sieur leur père, parfait quant à la volonté, quoiqu'il y eut quelques défauts en la solennité , qu'à tout autre droit, et en particulier ledit prince Maurice qu'il se vouloit arrêter au traité de mariage de dame Anne de Saxe sa mère , suivant leq^l il devoit prendre sur tous les biens de ladite succession de soixante à septante mille livres de rente et revenu annuel en terres et seigneuries, entre lesquelles le comté de Yianden étoit nommé et compris , avec promesse de le faire ériger en marquisat, et Outre ce répéter la dot de ladite dame sa mère. Toutes lesquelles prétentions , qui les eût voulu faire jugef con tentieusementetpar la voie de la justice, eussent tenu en procès lesdits sieuns frères par un bien long tenips , et pouvoient être cause de mettre de l'inimitié entre eux ) au lieu qu'ils ont toujours été désireux de vivre en une fraternelle, vraie et sincère amitié, pour rendre par ce nioyen tdutes sortes de devoirs les uns aux autres, et mieux conserver l'honneur, grandeur et dignité de leur maison. Or est-^il qu'après s'être assemblés à diverses fois avec luessire Guillaume-Louis, comte de Nassau , leur beau-frère et cousin-germaiu , raessire Walraven , seigneur de Brederodes, Vian-

o4 VÉGOGIATIOMâ^

nem, etc., raessireJean d'Olden Barne veldt, chevalier sieuF de.Tempel, etc., qu'ils avoient choisis pour amiables compositeurs , et avoir aussi délibère mûrement de cette affaire avec leurs conseils , auxquels ils .ont fait voir lesdits testamens et traités de maria"ges , ensemble les titres et enseignemens nécessaires pour cpnnoitre la valeur , revenu et charges qui sont sur les biens de ladite succession; enfin cejourd'hui, vingt -septième jour du mois de juin 1609, lesdits sieurs prince d'Orange, prince Maurice et prince Henry , établis en leurs personnes par l'avis desdits sieurs ci-dessus nommés , et avec l'intervention de messire Pierre Jeannin , chevalier , conseiller du roi Très-Chrétien en son conseil d'Etat , messire Elie de La Place , aussi chevalier et conseiller audit conseil, ambassadeurs dudit sieur roi Très-Chrétien près de messieurs les Etats, messire Richard Spencer, chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre privée du roi de la Grande-Bretagne , et messire Rodolphe Winood, chevalier, ambassadeurs aussi dudit sieur roi de la Grande-Bretagne ; lesquels , à la prière desdits sieurs princes, se sont très-volontiers employés pour aider à ce bon œuvre, ont traité, accordé et transigé de tous les différends qui pouvoient survenir entre eux, à cause desdits partages, ainsi que s'ensuit :

A savoir, que ledit sieur prince d'Orange aura pour son partage et tout le droit qu'il peut prétendre èsdits biens , à quelque titre que ce soit , la principauté d'Orange, les quatre baronnies , terres et seigneuries sises en Dauphiné , avec les noms , droits et actions qui en dépendent , comme aussi tous les droits et ac-

DU PJLÉSIDENT JEANNIN. 5o5

lions qui appartiennent à leur maison dans le royaume de France contre qui que ce soit ; toutes les terres. et seigneuries qui sont situées au comté de Bourgogne , y compris aussi les salines , Faction pour le recouvrement de la seigneurie de Châtelbelin et autres terres qui en dépendent, et généralement tout ce qtii souloit appartenir, audit comté de.Bourgogne, à feu messire René de Châlon; le vicomte de Besançon, les baronnies et seigneuries de Breda , Steenberg , Rhinberg., Diest, Sichem, le vicomte d'Anvers, les seigneuries d'Herstall, Ruthem, Seelhem et Warneton , et généralement tous les biens sis au duché de Brabant et comté de Flandre, avec les noms et actions qui en dépendent. Jouira encore ledit sieur prince d'Orange, par forme d'usufruit, sa vie naturelle durant, du comté de Vianden, seigneuries de Saint- Vith, Butgembach, Daesborg et de tous les autres biens situés au pays de Luxembourg , ensemble de tous droits, prééminences, autorité, profits et revenus qui en dépendent, sans que ledit sieur prince Maurice, au partage duquel la propriété d'icelui- comté , terres et seigneuries doit échoir, comme il sera dit ci-après, s'y puisse aucunement entremettre ni y prétendre aucune chose du vivant dudit sieur prince 4'Orange , sinon ladite propriété nue et simple , pour la conservation de laquelle il pourra néanmoins faire ce qu'il jugera être requis par droit et coutume. Sera tenu ledit sieur prince d'Orange, à cause dudit usufruit, de payer les arrérages qui sont échus et écherront pendant le temps de sa jouissance des rentes constituées, et spécialement assignées sur ledit comté, terres et seigneuries ; prendra encore sa part pour un

5o6 NÉGOCIATIONS

tiers , à la sompie promise et Accordée par les archiducs à messieurs des Etats , au profit des trois frères, le même jour que la trêve fut conclue et arrêtée , snr lequel partage sera aussi tenu de contenter madame la comtesse de Holler sa sœur aînée.

Et qliant audit sieor prince Maurice , il aura pOHr son partage , et à cause des droits par lui prétendus , les terres et seigneuries qni ensuivent , avec les biens , noms et actions qui en dépendent; à sayoir, le marquisat de La Veere et Flessingue , ensemble les seigneuries de Domburg ^ avec les autres biens situés en l'île de Walcheren , selon qu'il en jouit de présent , la seigneurie de Nierbaert , la seigneurie et ville de Grave avec le pays de Cuyck, la seigneurie de laLecque et Pela van , ensemble la propriété du comté de Vianden et autres terres et seigneuries sises au pays de Luxembourg, dont l'usufruit a été ci-devant compris au partage dudit sieur prince d'Orange» après le décès duquel ledit ttSufruit sera réuni et eonsolidé à la propriété , au profit dudit sieur prince Maurice , s'il est lors vivant , sinon de ses héritiers ou qui anroht droit à cause de lui. Demeurera encore au partage dudit sieur prince Maurice l'action entière, et panr le tout du pays , baronnie et seigneurie de Lirigheii Cloppenbourg et autres appartenances qui en dépendent, comme aussi le tiers de ce qui doit provenir du traité fait par messieurs les Etats avec les archiducs en faveur desdits sieurs frères : moyennant quoi sera à sa charge de contenter madame la princesse de Portugal àeh rente de deux mille florins chacun an , rachetable au denier vingt , à elle délaissée par la dernière disposition du feu sieur prince d'Orange ^ comme aussi

DU PiySSIDBNX JEANNIN. So^

de payer à M. le comte Guillaume pareille renie de deux mille florins pendant sa vie, à cause de feu dame Anne delfassau sa femme ^ et à ce moyen la succession de ladite datne demeurera et appartiendra pour le tout audit sieur prince Maurice et à ladite dame princesse d^ Portugal sa sœur.

, Et ledit sieur prince Henry, troisième fils, aura pareillement pour son partage les biens, terres et seigneurie» qui ensuivent , avec les noms , droits et actions qui en dépendent , la seigneurie et vill Gartruydenberg, la maison et moulins qui sont ta. au dedans que hors icelle ville , la seigneurie de la haute et basse Zualierre, celle du Drumeidem et Waspreb, la seigneurie de Stanthase^ Almonde , Dé** belmonde , Twintridi - Hoenen , avec les pêcheries qui sont près de Saint-Gertruydenberg, pour jouir ci^près desdites terres et seigneuries , à la charge du douaire de madame la princesse d'Orange sa mère , et sans qu'il puisse rien prétendre des fruits perçus du passé. Aura encore ledit sieur prince Henry un tiers enja somme accordée par les archiducs, dont mention a étéfeite ci«dessu3.

Jouiront lesdits sieurs frères des droits , biens , terres et seigneuries échvs à leur partage , comme de leur propre ,, et en pourront disposer et ordpnner en toute liberté ainsi que bon leur semblera^ et s'ils avoient quelques actions Tun à rencontre de l'autre , • tant pour les biens paternels que maternels , et pour quelque autre cause que ce soit , elles demeurent confuses et éteintes , moyennant le présent partage.

S'il avient aussi que ledit sieur prince d'Orange , par les actions qu'il a intentées ou pourroit intenter

5o8 NEGOCIATIOlfS

ci-après , fasse déclarer en justice quelques engagemens , veutes ou autres aliénations faites par jle feu sieur prince d'Orange leiir père, nulles, comme le profit en doit demeurer à lui seul, aussi est-il convenu et accordé , si les acquéreurs qui auront été évincés des choses par eux acquises prétendoienl avoir recours contre lesdils sieurs ^)rinces Maurice et Henry, que ledit sieur prince d'Orange leui frère sera tenu d'entrer en cause pour eux , et les eâ acquitter et dédommager. . «

Encore que par la nature du partage qu'ils fçnt à présent ils soient respectivement tenus de garantit l'un à l'autre ce qui est échu à leurs partages, ils ont néanmoins accordé, afin qu'ils n'entrent ci-après en nouvelles disputes et procès qui pourroi.ent être cause d'interrompre et troubler leur amitié, que chacun jouira de son partage à ses périls et fortune , et supportera seul les charges réelles qui vsoat dessus, comme aussi les rentes constituées à prix d'argent assignées spécialement sur les biens avenus à son par* lage , encore que ladite assignation spéciale n'ait été faite par œuvre de loi , mais par la seule déclaration dudit feu sieur prince d'Orange faite par contrât ou bien de son ordonnance, om djB celle de son conseil, pourvu qu'en vertu desdites ordonnances les paiemens aient été faits et continués au moins cinq années avant ou après son décès. Et pource qu'il y a des hypothèques spéciales d'une rpâme rente sur diverse» terres et seigneuries qui peuvent être échues au partage de deux d'iceux , ou des trois ensemble, racquit*tement d'icelles rentes , tant en principal qu'arrérages, sera pris sur la terre du revenu de lacpelle les arré-

DU PUSIDENT JBA.NNTN. SoQ

rages ont été payés du passé ; et si aucuns paiemens n'en avoient été faits, ils seront tenus supporter ensemUement et par égale portion ladite charge, et à la garantie l'un de l'autre pour ce regard , encore que les terres sujettes auxdites assignations ne fussent de même valeur.

- Et quant aux créanciers ou autres qui peuvent prétendre droit si# les biens de ladite succession par actions personnelles , ou en vertu d'hypothèques générales qui n'ont aucuhe assignation spéciale, ni paiement fait en la forme contenue ci-dessus, encore que les trois frères y soient obligés chacun pour un tiers , néaniùoins lesdits sieurs frères princes d'Orange et Maurice consentent , pour gratifier et décharger d'autant ledit sieuif prince Henry leur frère, de les prendre àlear charge et acquitter par moitié jusqu'à la somme de cent cinquante mille florins , si tant lesdites dettes et actions peuvent monter; mais«s'ils excèdent ladite somme , ce qui sera de plus sera supporté par eux trois elisiBmble chacun pour mi tiers : n'entendent toutefois lesdits trois frères s'obliger, par ce que dessus , au paiement des dettes contractées pour le fait de la guerre , mais supplient ensemblement messieurs des Etats de les vouloir prendre à leur charge.

Les titres et enseignemens concernant les biens avenus au partage de chacun d'eux leur seront délivrés de bonne foi *, et quant aux titres communs et qui peuvent servir à l'un et à l'autre, ils demeureront es mains dudit sieur prince d'Orange pour en faire la garde , et communiquer les originaux quaÀd il en sera prié et requis, et de permettre qu'extraits soient faits pour s'en servir auf besoin.

SlO NÉGOCIATIONS '

Pour le regard des dames princesses leurs scsors, elles sont priées de se vouloir contenter , à sahroir, madame la princesse de Portugal de la rente de trois mille cinq cents florins , rachetable au denier yingt, qu'il a plu à messieurs les Etats lui accorder à la dé' charge desdits sieurs frères , et les dames princesses issues de madame Charlotte de Bourbon , de la rente de six mille florins chacun an , aussi rachetable an denier vingt , que lesdits sieurs Etats ont consenli leur donner pour même considération, en y joignant les terres qui sont au duché de Bourgogne , lesquelles on délaisse à icelles dames sorties du mariage de la* dite dame Charlotte de Bourbon ^ estimant lesd/fe sieurs frères, qu'à cause des grandes charges, rentes et dettes qui sç^nt sur la succession et leurs partages, les choses susdites devoir suffire pour les droits qu'elles y pouvoient prétendre. Et k celte occasion, s'il avient ci-après qu'elles poursuivent pour obtenir plus grand partage , les trois frères seront tenus de prendre la défense contre elles , et par ainsi Févéne* ment dtt procès demeurera en couiimun sur etti»

Promettent lesdits sieurs frênes , sur leur foi fit honneur , de garder et observer iûviolablefiient 1« conteuu au présent traité , sai!ips jamais aller an contraire , et sans s'entremettre , en quelque sorte que ce soit, au bien et partage l'un de l'autre , oi s'attribner

aucune autorité sur les droits et prééminences q«i ^^ •dépendent : à l'effet de quoi , et pour raccomplissement de tout ce que dessus , ils obligent respectivement tous et un chacun leurs biens.

Ainsi fait , conclu et arrêté à La Haye les an et jour que dessus , et en présence des seigneurs y n^"'

DU PHÉSJDEKT JTEÀNMN. 5ll

tionnés , fors ledit sieur de Brederodes qui n'y étoit présent ; et ont lesdits sieurs frères , en témoin de vérité , signé les présentes de leurs mains , ce qu'ont fait aussi lesdits autres seigneurs à leur réquisition, et en outre |esdits sieurs frères y ont fait apposer le scel de leurs armes.

P. j£A.NNiN , Eue de la Place-Russy , Ri. Spencer, Rodolphe Winood , Phiuppe G. de Nassau , Maurice de Nassau , Henry de Nassau , Guillaume-Louis COMTE DE Nassau , et Jean van d'Olden, Barneveldt.

Nous Philippe Guillaume de Nassau , prince d'Orange, et Henry, comte de Nassau, frères. , reconnoissons de bonne foi M. le prince Maurice^ notre frère , n'avoir consenti au partage ifait ce même jour entre nous , des biens délaissés par feu M. le prince d'Orange notre père , sinon sous l'assurance qui lui a été donnée , que moyennant ledit partage il sera gratifié par messieurs les Etats de vingt-cinq nulle livres de reutte et revenu annuel pour lui, ses hoirs et aystnt cause, rache table au denier vingt. Au moyeu de quoi, consentons que ledit partage demeure mil et comme non avenu , et que chacun de nous soit remis au même droit qu'il étoit avant icelui partage , au cas que ledit sieur prince .Maurice ne reçoive d'eux cette gratification et bienfait dans la fin du mois d'octobre prochain •, mais où il la recevroit en la forme susdite , ledk partage tiendra «t sera effectué d'une part et d'autre sans jamais y contrevenir , et le présent écrit vendu , rompu et tenu pour nul.

Fait k La Haye , le vingt-septième jowr de juin 1609. PnrLipPE G. BE Nassau , et Hewry de Nassau.

Déclaration et certification de messieurs Jeannin et de Rusèj-y sur l'interprétation de la promesse par eux bail' lée aux députés des archiducs en la ville dH Anvers.

Nous soussignés , ambassadeurs du roi Très-Qirétien près de messieurs les Etats , déclarons et certifions que par la promesse donnée par nous à leurs altesses, ail nom de notre Roi, quil ne seroit rien innové de la part desdits sieurs les Etats en la religion catholique es bourgs, villages et plat pays, qui dépendent des villes tenues par eux en Brabant , nous n'avons entendu que M. révoque d'Anvers y puisse à cette occasion exercer aucune juridiction, ni prétendre autorité au préjudice des lois de leur Etat et de l'obéissance qui est due à leurs magistrats , ni qu'il soit loisible non plus aux curés , et autres^ personnes ecclésiastiques , d'user d'inquisition et recherche pour contraindre ceui qui résident èsdits villages de suivre ladite religion catholique, si bon ne leur semble.

Fait à La Haye , le vingt-huitième jour de juin 1609.

Sous nos seings et scel de nos armes.

P. Jeannin , Elie de La Place-Russy.

Et scellé du cachet de leurs armes. .

Lettre de M. Jeannin à M, de Bernjr , du ving^t-neuuième

juin 1609.

Monsieur, je pars demain, ayant été retenu huit ou dix jours ici pour aider à mettre d'accord M. le prince d'Orange avec M. le prince Maurice son frère, touchant leurs partages. Je ne nomme que ces deux, pource que le différend n'étoit avec M. le comte

DU PRÉSIDENT JEANNIN. 5l3

Henry , qui est le troisième frère , les deux étant bien d'accord de son partage, et lui s'accommodant du tout à leur volonté. Or enfin , après plusieurs difficultés , cet accord a été fait » dont je suis fort aise , pource que leur division pouvoit être cause de remettre quelques partialités et inimitiés entre eux, qui eussent été suivies d'autres inconvéniens. J'ai fait aussi une remontrance pour les catholiques , dont je vous envoie la copie que je vous prie de voir à part vous , sans en donner aucune copie à qui que ce soit, car les Etats à qui je Fai donnée ne l'ont voulu envoyer ni publier dans les provinces , et sont délibérés d'y pourvoir plutôt par dissimulation et connivence que par loi et ordonnance : et c'est assez pour maintenant en l'état auquel ils sont , n'y ayant aucun moyen pour le présent d'espérer mieux ^ au contraire, qui les voudroit presser , ils en feroient moins. Les plaintes sont si fréquentes des particuliers auxquels on fait refus de votre côté de les remettre en leurs *biens , et de ce qu'on continue aussi à lever des contributions en plusieurs endroits , que si on n'a plus de soin pour Tavenir de. garder la trêve qu'on n'a eu du passé , il est certain que nous aurons travaillé en vain , et qu'on rentrera bientôt d'où nous sommes sortis ; car je vous peux assurer que les Etats ne sont pas délibérés de souffrir lesdites contraventions. Ils sont fâchés quand les officiers commettent quelques fautes ou insolences de leur côté , et sont soigneux d'y pourvoir , et le feront toujours , ainsi qu'ils nous ont promis sur la prière très-instante que nous leur en avons faite , mais c'est afin que leurs altesses on fassent autant, et, si elles le refusent, que ce qu'ils feront après pour se T. i5. 33

Si 4 nfiGOClATIOlfS

rendre -justice à eux*méines soit jaatifîë et mieui approuve. On attend toujours eu ce lieu k ratifiesition d'Espagne , sans laquelle je vois bien qu'ils seront très-mal contens , et ne chercheront le moyen de &ire cesser les plaintes et différends qui surviennent tous les jours , par conférence amiable , mais auront recours à leurs aniis pour leur demander assistance, et n'y a faute de gens parrai eux qui e$sâi0nt déjà de leur faire prendre ce conseil; et si de vôtrç cdié. ils ont autre opinion , ils seront trompés*

Hier vinrent nouvelles ici que FEmpereUr a fait sortir la garnison qui étoit au. château de Juliers, et y en a mis une autre du .tout à sa dévotion pour s^en rendre maître comme il a fait* Aucuns disent que c'est pour faire gouverner le pays sous son nom^ attendant que les prétendans soient d'accord; d'autres, que c'est au nom du marquis de Bnrgau , et en haine de ce que l'électeur de Braiidèbourg et le duc de Neubourg se sont joints ensemble, ti accordés sans lui de faire régir le pays sous le nom commun d'eux, et de s'opposer ensemblement à tous ceux ijni y voudroient prétendre droit.. Ce commeDcemei^t fait présager que le roi d'Espagne veut être de la partie, pource qu'on n'estime pas que sans cet uppdi l*Enipereur se veuille rendre auteur d'un tel mouvement; et si ainsi est , on eh prévoit plutôt une nouvelle ouverture de guerre que continuation de paii. Les raisons qiii m'ont induit de fuir l'occasion de passer vers vous sont que les Etats me vôuloient prierdereprés^nter leurs plaintes à leurs altesses , du moins à leurs principaux ministres, et je ne me veux plfls charger de ce fardeau , ièstimant bien qu'il ne leur eut

DU PRÉSIDENT JEAHNIK. 5l5

été agiéable , que mon travail eût aussi été du tout inutile , et qu'il n'y a moyen d'en sortir que paT conférence amiable de députés d'uhe part et d'autre. Je sais aussi que madame la princesse de Ligne n'est disposée à aucun accord , et que j y eusse ausâi peu profité. Cest pourquoi ne pouvant servir à personne , et af^renant d'ailleurs par vos lettres que mon passage seroit justement au temps qu'elles destinent employer au pèlerinage de Wotre-Dame-de^Sichem, je m'en irai par mer, ou , si le vent est contraire , je passerai du côté de l'Ecluse. Toujours désireux , en quelque lieu que je sois, de vous rendre bien humble service, comme étant , monsieur ,votre , etc. P. Jeannin. A La Haye , ce 29 juin 1609^

LéUte dudit sieur Jeannin à M. de Vie, gouverneur de Calais, dudit jour vingi-^neuvième juin 1609.

Monsieur, je pars demain pour m'en retourner par la mer si le vent est bon , sinon je prendrai le chemin de terré. En cette incertitude je vous écris cette lettre pour réponse à vos dernières : je le pensois faire plus tôt, car il y a huit jours que j'étois sur mon départ, et à l'heure même vous voulois écrire ; mais j'ai employé ce temps pour mettre d'accord messieurs les princes d'Orange , Maurice et comte Henry de leurs partages , en quoi il y a eu de très-grandes difficultés, et enfin en sont demeurés d'accord avec amitié et contentement. J'y ai volontiers travaillé , jugeant que ce dîflérend , s'il eut continué , eût pq mettre quelques . partialités , non toutefois pour faire des factions en TEtat , mais en eiBFet pour mettre des brouillerîes et

5i5 BéGOCUTIORS

ipimiliés entre d'autres dont la conjonction et union est requise pour maintenir le repos général. Pour l'affeire dont vous m'avez écrit , il est certain que la trêve étant faite en ce lieu , le roi ^Espagne ne peut sans y contrevenir faire aucun outrage au» Hollandais , lesquels se sont retirés en France , lorsqu'ils iront au commerce dans ces pays, car le crime de rébelUon qu'il prétend avoir été commis par eux est éteint par le moyen d'icelle trêve , et n'est sujet à recherche tant qu'elle durera, élsalthîen raisonnable, si ceux qui sont demeurés en Hollande, lesquels faisoient la guerre , jouissent du bénéfice de ladite trêve , que lesautres qm se sont retirés en France, qui est pays neutre, en jouissent pareillement ; aussi y a-t-il article dans le traité qui le contient par exprès. Cest pourquoi' tous ceux qui se sont retirés, ou se voudront retirer ci-après en France, ne doivent craindre que le roi d'Espagne les doive ni puisse avec justice maltraiter ," et se saisir de leurs marchandises et vaisseaux., quand ils iront «n Espagne et es autres pays de son obéissance, et s'il le fkisoit, le Roi auroitsujet de s'en plaindre et d'user de représailles! Les Etats en pourraient aussi faire autant; ainsi cette crainte est vaine , et ne les doit empêcher de demeurer en Franee,

ni de fiàre ledit trafic.

J'en eusse bien douté davantage silatrève n'eût été faite avec les .Etats ; car en ce cas le roi d'Espagne eût pu dire qu'après le crime commis le changemait de domiole en autre souv«raia«é rie le devoit empécher d'en feire justice, les trouvant chez soi , et qne le nouveau souverain ne peut donner sûreté et protection contre lui, sinon dans son pays, nonericelni

DU PRÉSIDENT JKÂNISIIC. SfJ

du premier seigneur contre lequel ils avoient for&it. Mais la plus grande difficulté que j'y voie à présent est à cause d'une publication faite par le roi de la Graâde-Bretagne , par laquelle il semble se vouloir r^idfe maître absolu de la mer qui est aux environs de ces pays y et empêcher que les sujets des autres princes et Etats n'y puissent aller sans sa permission expr^se , dont ceux de HoUa^e s^étant forioalisés , et etp ayant parlé à ses ambassadeurs , qui étoient lors vers fsux et en partirent seulement avant -hier, ils firent réponse qu'ils n'en dévoient être en peine , et que leur maître s'en accorderoit bien avec eux ; si hken que cette défense sembleroit toucher principalement aux Français qui sont accoutumés d^y aller , et aux Flamands qui sont de Tobéissance des archiducs» Elle est à, Ja vérité étrange et injuste 5 car les princes a^<mt à eux- que leurs ports, havres et rades, et ce à quoi la portée du.canon peut atteindre ; mais ce qui en est plus éloigné est commun à tous parle droit des gens, et tient-on pour ennemi celui qui le veut défendre : c'est pourquoi j'estime , cela étant remontré audit sieur Rpi , qu'il déclarera n'avoir entendu d'y compre,i)dEe les Français , puisque nous sommes en amitié avec lui. L'électeur de Brandebourg et le duc de Neubourg ont accordé par provision de prendre possession en commun du pays de Clèves , et de se joindre ensemble contre tous autres prétendans ] dont l'Empereur indigné ,. pource qu'il désiroit faire régir ledit pays sous son autorité, attendant qu'il fût connu engusticedu droit des héritiers , aussi queiedit accord provisionnel fait préjudice au marquis de Bnrgau 5on parent , s'est saisi du château et de la ville de

5l8 NÉGOCIATIONS

Juliers, gui sont les meilleures forteresses de ces pays'-là. On a opinion que c'est par intelligence avec le roi d'Espagne , et , si cela est , que ce mouvement sera encore cause de nîouvelles guerres , et de faire finir la trêve de ces pays.. Cest ce que je vous peux mander de ce lieu , et qu'on n'a encore aucune nouvelle de la ratification d'Espagne. Je suis , monsieur, votre , etc. P. Jeannin.

A La Haye 9 ce vingt-neuvième jour de juin 1609.

Lettre dudit sieur Jecamin à M* le président Rickardot ,

du vingt^septikme juillet 1609.

MoNsiEtfR , VOS lettres du treizième de ce mois m'ont été rendues le vingt par M. Peekius. Pour y répondre , je vous dir^i le Roi m'avoir témoigné d'être fort content et satisfait de ce que le travail qÙ6 j'ai pris par son commandement pour aider à faire la trêve a si bien succédé , Sa Majesté continuant toujours en même volonté d'aider de tout son pouvoir à maintenir le repos en la chrétienté. C'est pourquoi je vous supplie bien humbleÂieni croire que les bruits qu'on a fait courir de quelques nouvelles kvées de gens de guerre sont faux , et n'y en a point d'autres que les^ gens de cheval qui sont à présent sur la frontière de Champagne , dont vous me donnez avis , lesquels n^y ont été envoyés pour entreprise contre qui que ce soit ; mais c'est chose ordinaire de changer les garnisons de province en autre pour le soulagement du peuple, d'autant qu'exiles ne peuvent long-* temps arrêter en un lieu sans fouler leur hôte. Or celles-ci étoient auparavant en Picardie et autrea endroits d'où

DU PRËSIDËKX JEÀMNIK. 5x9

on les a tirées pour cette seule considëration. Aussi pourrez-vous , savoir que ce ne sont pa^ nouvelles compagnies^ mais compagnies d'ordonnance et cavalerie légère qui sont sur pied il y a déjà long-temps, et entretenues aussi bien ^n paix qu'eu guerre. Sa Majesté n*a non plus changé de résolution en ee qui est * du fait de Qèves , mais désire toujours que les princes qui prétendent à cette jsuccession en traitent à Tamiable, ayant envoyé vers eux à cet effet pour les prier et exhorter de prendre ce conseil. Bien a^-t- elle toujours dit et déclaré ouverteme|}l ^ comme elle fait çncore à présent, si quelque prince employoit la force au préjudice de ses amis » et pour usurper leur droit, qu'elle s'y opposera de même avec les animes. Vous pouvez donc juger , son intention étant telle comme elle est en effet , si les autres princes y apportent le même respect, et désirent autant que Sa Majesté de mainteniit le repos dont on jouit partout , qu'il ne sera point troublé. Aidez-y de votre côté , s'il vous plaît , pour les raisons dont nous avons souvent discouru ensemble , et j'y servirai aussi très-volontiers de mon côté , et de même affectiop dont je vous baise très-humblement les maiKS, et suis, monsi^r, votre, çjtc. P. Je^n^nin.

 Paris , ce 37 juillet 1G09..

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