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LE PRÉSIDENT JEANNIN^'l
Atiht le Tègne respiendissaiit de LooîsXIV, aumsk lemps ne ait plus fécond en hommes éminents ims toutes les carrières de la vie civile, que Tintmalle signalé par nos guerres de religion. Des nagistrats intègres et courageux élèvent leur figure imposante au milieu de ces éléments de désordres ; «D nombreux cortège d*hommes d'État semble sor- Ur de dessous terre. Parmi eux, prend sa place au pemier rang un homme que Ton n*a point assez ceicèré, qui, né tans aïeux, s'est créé lui*méme , a imprimé sa sagesse aux œuvres politiques les plus importantes de ce temps , et les revendique comme SCS titres de gloire, à qui ses ennemis n'ont pu refuser leur vénération, et qui a consacré au bien public one existence remplie par soixante ans de travaux asados : je viens de désigner le président Jeannin. Auiun,qui n'est plus aujourd'hui que l'ombre méocnnaissable d'une cité qui se glorifiait d'être après Marseille la plus florissante des Gaules, fut W berceau de Pierre Jeannin. Son nom seul an- «nttiae extraction plébéienne; il était né en effet dans cette classe moyenne qui fait la force prinàptk des États et où circulaient déjà les lumières , ea actendant qu'elle s'élançât vers les autres sphères deojpériorité. Obscurément utile dans les fonctMBs d'une magistrature inférieure (3), dédaigné de 1> £ortane, mais riche de l'estime de ses concitoyens, tel était le père de Jeannin. Plus ambitieux pour l'avancement de ses fils ( le ciel lui en avait éumé deux), qu'il ne l'avait été pour le sien propre, il voulut leur transmettre, avec l'héritage de a l»Qbité, les moyens de s'acheminer aux honacors. L'élévation des familles était alors graille; ce n'était pas sans efforts que l'on passait de réut privé à l'état public, et il fallait épuiser ks nombreuses filières de la vie sociale avant de parvenir aux postes éminents, objet de tant de passions envieuses et remuantes. Les exemples étaient rares d'hommes assez favorisés pour franchir brusquement les barrières qui arrêtaient l'es- »r de l'ambition; omis elles étaient toutes l'ounagedesmcairs, et le silence de la loi, qui ne
(t) Celte wrtice est de M. Louis Séverin Foisset» écri- ^û^ boaiguigiMNi, mort en 1822 à l'Age de 26 ans; l'esprit, ^ canetèie, la vie du président Jeannin se trouvent appré* *>^ aiec vérité et talent dans le travaU du jeune Foisset, ^'^ tôt ravi aux lettres. Nous reproduirons cette notice ^'^ qo^Hle a paru dans la Revue des deux Bourgognes ^ 183a; oo y recoûnan çà et là certaines noanières de '» wtaiMs hnperfectimis de style qui révèlent l'exds rantenr, à peine âgé de 23 ans knsqu'll
prononçait Texelusion de personne, tenait éveillées toutes les espérances. Deux voies plus promptes pour les réaliser s'ouvraient devant les aspirants, toutes les deux légitimes, toutes les deux indiquées par l'honneur : la carrière des lois et celle de l'Église. Jeannin fit choix de la première , son frèrâ embrassa la seconde. L'avenir prouva en faveur de la préférence donnée à la magistrature, ou plutAl il fit connaître que la nature n'avait pas accordé aux deux frères la même mesure de capacité.
Les études prenaient alors un caractère plus sé-i rieux, une tendance plus philosophique, la jurisprudence surtout avait fait un pas immense. Les jurisconsultes allumaient leur génie au flambeau des lois romaines, une incroyable avidité de savoir leur faisait entreprendre des travaux dont le souvenir seul effraye notre frivolité; tout ce que l'esprit a de pénétration, le jugement d'étendue , le raisonnement de vigueur et de justesse , ils le faisaient servir à éclairer les obscurités de la science, à creuser dans ses profondetirs, à coordonner ses éléments , à simpUfier les principes , à en déduire les conséquences les plus éloignées, à développer les motifs qui avaient présidé à leur rédaction, enfin à s'élever à des vues générales et importantes, et quelquefois à présenter des idées de réformes dictées par la sagesse. Les livres qu'ils nous ont laissés sont encore de solides monuments de leurs facultés transcendantes. Entr'eux se distinguait Cujas, auquel la renommée n'opposait qu'im rival parmi ses contemporains, et ce rival était Dumoulin , immortel pour avoir semé quelques principes lumineux dans les ténèbres des coutumes qui régissaient nos pères, et pour avoir introduit quelquefois l'harmonie entre leurs dispositions discordantes. Cujas rendait à Bourges les oracles du droit : l'Europe, tributaire de sa célébrité, lui envoyait de toutes parts des élèves. Jeannin ne pouvait choisir un autre maitre. Il vint grossir la foule des auditeurs avides de recueillir les fruits d'un admirable enseignement. Cdû^^ réunissait à ses qualités éminentes une tendre bienveillance pour la jeunesse
écrivit ces pages; mais 9 y règne en général un bon aeas, une raison élevée, un esprit d'observatioa en matière d'histoire, qu*on ne rencontre que chei les écrivains mûrs et * fortement exercés. Cet hommage rendu sur les Ueux, et par un écrivain du pays , è la mémoire du grand homme d'ÉUit Bourguignon, nous a paru propre à exciter l'intérêt de nos lecteurs.
(2) Le tanneur d'Aotun qui fut père du piéaldeait Jean« niUy était écbevin de la ville.
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NOTICE
qu'il instruisait. Il aperçut les précieuses dispositions dont la nature avait doué Jeannin, il les regarda comme un dépôt qu'il ne devait pas laisser dépérir entre ses mains, admit celui qui les possédait au nombre de ses disciples les plus chéris, et lui prodigua les soins d*un père.
Le jeune Autunois parut d'abord avec éclat au barreau de Dijon. Il eut le bonheur de faire entendre sa voix pour la première fois en faveur de sa ville natale. Châlons disputait à Autun le droit de préséance aux états de la province. Jeannin retraça dans une plaidoierie animée tous les titres qui assuraient à cette dernière ville la prérogative honorifique qu'elle réclamait, fortifia sa cause des traits que lui fournit une érudition choisie , et, par une progression habilement ménagée de raisonnements et de faits, enleva au milieu des applaudissements un arrêt qui confirmait des prétentions si bien défendues. On rapporte qu'un riche particulier , témoin de ce glorieux début, désira s'honorer de l'alliance du jeune orateur, en l'adoptant pour gendre (1). Il se rendit auprès de lui, et après l'avoir félicité sur son succès , il le pria de lui apprendre en quoi consistait sa fortune. — « Ma fortune et mon bien, les voilà, » répondit Jeannin en portant les mains à sa tête et montrant les livres que contenaient ses tablettes. Le grand sens de ses paroles, assez semblables au propos que la Grèce a prêté à l'un de ses sages, ne fut pas compris par l'opulent bourgeois ; il n'insista pas davantage , et se retira peu satisfait.
Cependant la réputation de Jeannin croissait tous les jours, et avec elle il jetait les fondements de son élévation future. Son éloquence était mâle, serrée, dégagée de superfluités; sa physionomie pleine de dignité, sa voix retentissante, ses gestes véhéments , le caractère d'autorité dont toute sa personne était empreinte, ajoutaient singulièrement à la noblesse de ses discours et à la certitude des triomphes qu'ils obtenaient. Ceux qui l'ont vu combattre dans l'arène judiciaire (2), lui ont rendu ce témoignage, qu'il eût égalé les grands modèles de Rome et d'Athènes , s'il se fût exercé plus longtemps dans les luttes du barreau. Nous sentons tout ce qu'il y a d'exagéré dans cette admiration contemporaine. Sans doute nos constitutions modernes ont bien limité la carrière ouverte au génie de l'éloquence; nos tribunaux, livrés presque exclusivement aux débats d'un misérable intérêt et à une continuelle représentation de scènes vulgaires jouées par des acteurs obscurs , disparaissent devant les grandes proportions du forum antique, où se présentaient quelquefois, comme clients, des
(1) Od lit dans des mémoires dyonnais : « M. le Pré«- « dieni Jeamûn avait demandé vingt femmes en mariage «dont dix «neuf se sont repenties de Tavoir refusé. La « vingtième qu'il rechercha , Téponsa et ne s'en repentit « pas. Elle était fille unique d*un médecin de Semur. Ce « fut d'elle qu'il eut du bien, car de son chef il n'avait pres- « que rien. »
(2) Févret, De daris oratoribus fori Burgundid dialogus.
rois et même des nations ; mais en faisant la part des temps , des institutions et des mœurs , on ne peut s'empêcher de reconnaître que Jeannin montra un talent supérieur ; qu'il fut étranger aux bizarreries et à l'affectation pédantesque si contagieuses à l'époque où il fut jeté; que ses écrits, particulièrement remarquables par une haute raison , sont exempts de mauvais goût et n'ont contracté d'autre rouille que celle qu'a imprimée le temps à la langue dont il s'est servi.
Jeannin continuait à s'illustrer dans la profession d'avocat, lorsque les états jetèrent les yeux sur lui pour les aider de ses conseils dans les aâaires de la province. Une occasion solennelle lui fut offerte de signaler ses nouvelles fonctions.
Lorsque, après la funeste journée de la Saint-Barthélemi , arrivèrent dans toutes les provinces des ordres qui demandaient de nouvelles victimes, des voix généreuses s'élevèrent aussitôt contre ces fureurs fanatiques , et firent entendre les protestations énergiques d'une âme indignée de l'assassinat. La postérité a répété avec amour le nom des hommes qui eurent horreur de se rendre les instruments du crime, et dont le courage détourna des malheurs qui menaçaient de se prolonger; parmi ces amis de l'humanité, elle n'a point oublié Jeannin. Si les scènes atroces qui avaient souillé Parts furent épargnées à la Bourgogne, c'est à lui que la reconnaissance en est due. Déjà le gouverneuri le comte de Charny, avait reçu l'invitation de suivre l'exemple des proscriptions; déjà Charles IX l'avait fait informer de ses vœux cruels, et telle est la honte dont le crime est couvert à ses propres yeux, qu'il n'a osé charger ses émissaires secrets d'instructions écrites. Jeannin s'empare du prétexte que lui offre cette mission dénuée de preuves; sa prudence n'impute point au souverain cette odieuse démarche ; il fait craindre des surprises faites à la majesté royale; il est d'avis que c'est le cas d'appliquer la belle loi de Théodose, qui défend à tous gouverneurs d'obéir aux volontés impériales contraires à l'ordre et à la justice , avant d'avoir attendu pendant 30 jours de nouveaux ordres émanés du trône. Heureuse pensée, qui sauve le respect dû au prince au moment même où ses erreurs sont repoussées et son autorité suspendue ! Avis salutaire, qui prévient de grandes calamités par la seule temporisation , et qui n'a pas compté en vain sur un repentir! En effet, deux jours se sont à peine écoulés, qu'une lettre du roi annonce que les événements dont on a gémi n'ont été qu'un mouvement tumultuaire excité par les Guises, et dont eux seuls doivent suppôt ter la responsabilité. Cette déclaration n'a point fasciné les yeux de la postérité , et ne lui a point dérobé de plus granda coupables.
Jeannin avait éprouvé la bienveillance de Charles IX ; Henri III la lui continua , et voulut le récompenser de ses services par une charge de conseiller au parlement, que, simple avocat, il avait éclairé si souvent, et dont il obtint depuis la présidence. Ce prince f dans ses inconcevables lan«
SUR LE PRESIDENT JBÀNNIN
gDOirs, ne demandait qu'à vivre en paix avec les proCestants. Cette neutralité révolta les catholiques; ils se crurent trahis par le roi ; et bientôt la ligne étendit sa confédération redoutable jusqu*aux extrànités du royaume.
Jeannin était poussé dans le rang des ligueurs parla ferveur de son zèle religieux; mais ce zèle était tempéré par une prudence à Tépreuve. Les âmes fortes de cette époque avaient eu un choix à faire entre le symbole simplifié des réformateurs et Pintégrîté des dogmes conservés par TÉglise romaine; les unes avaient embrassé les principes propagés par les premiers comme un heureux détdoppement de la raison; les autres, en s'attachant wx traditions reçues , avaient cru jeter Tancre dans la mer sans rives des spéculations humaines. Mais leur sagesse s*accordait à rester neutre sur la pente des passions, différant en ce point, que les premières invoquaient la tolérance comme un droit, et que les autres étaient disposées à y con- Kotir comme à un sacrifice fait à la concorde. Ces derniers sentiments étaient ceux de Jeannin. Il apportait en outre dans sa cause une grande connaissance des hommes, une dextérité qui agissait d^autant plus sûrement sur les esprits, qu*elle s'apercevait moins, une pénétration supérieure, un patriotisme éloigné de tous calculs personnels, n lui fot donné d*exercer une grande influence : BOQs verrons combien elle fut salutaire.
Les suffrages de ses concitoyens le portèrent an états de Blois, et il vit les Guises s'agiter pour faite déclarer la guerre aux protestants contre la vokmté prononcée du monarque. Nommé Tun des onlean du tiers état, il se fit entendre le premier par la prérogative de sa province. Il s'efforça de combattre la résolution des factieux, exprima fortoneot ses craintes, et fut d'avis qu'il convenait de suivre les moyens ordinaires employés par l'Église poor ramener dans son sein ses enfants égarés. Les représentants de sept provinces sur douze se nngèrent à son opinion ; mais il fut donné au sentiment contraire de prévaloir par une manœuvre iilégitiaie. L'orateur désigné pour porter définitivement la parole au nom du tiers état substitua , par une lâdie prévarication, le vœu de la minorité à celai qui avait obtenu la prépondérance des voix. La fraude commise par cet infidèle organe fit paraître d*aeeord les trois ordres assemblés, et le signal de la guerre fut donné comme le résultat de knrs communes délibérations.
Le président Jeannin , écondult dans cette première tentative, redoubla ses efforts auprès du doc de Mayenne, frère des Guises , qui gouvernait la Bourgogne, et dont il possédait la confiance, pour Tempécher de courir aveuglément aux aVmes. Les Guises, voilant leurs vues ambitieuses du prétexte des intérêts de la religion, commencèrent des levées de soldats. Mayenne, qui jusqu'ici s'était appliqué avec soin à se concilier les bonnes grâces de Charles IX et de Henri III, qui récemment encoie avait donné à ce dernier une preuve d'attacbeneot en le suivant au fond de la Pologne, hésitait
entre son roi et les princes de son sang. Cédant enfin aux instigations de ses frères , il ouvrit son cœur à Jeannin et réclama ses conseils. Le président épuisa les ressources de la logique la plus pressante pour le détourner d'une résolution ha* sardeuse. Mayenne fut ébranlé, et l'envoya en toute hâte au chef de sa maison pour essayer sur lui ses prudentes représentations. Le duc de Guise était à cheval, lorsqu'il fut joint par le négociateur; il l'écouta d'abord avec attention, ensuite avec inquiétude ; son esprit parut livré à une fluctuation de sentiments pénibles ; sortant enfin de sa perplexité: « Ces raisons sont bonnes, répondit-il « brusquement, mais elles viennent trop tard; il « est plus périlleux de se retirer que de passer « outre. » £t il s'enfonça tête baissée dans ses projets.
Cependant un double assassinat changea bientôt les chefs des deux partis adverses. Au timide Henri III succéda le brave et résolu Henri de Navarre; l'intrépide et populaire duc de Guise fut remplacé par le duc de Mayenne, que le meurtre de son frère et l'effervescence parisienne, plutôt que ses inclinations personnelles, jetèrent à la tête des passions de la ligue. Jeannin, que le sort et des causes irrésistibles préci (Citaient dans un mouvement que son choix eût repoussé et que désa« vouait son jugement, plaignit Mayenne et crut devoir néanmoins rester attaché à sa fortune, pour lui servir de guide et prévenir les fautes capitales auxquelles il pouvait se laisser entraîner.
Le président Jeannin devint dans ces circonstances la providence de Mayenne ; il réveilla son indolence, aiguillonna son courage, éclaira ses déterminations, et lui rappela constamment sa dignité lorsqu'il était prêt à l'oublier. Il traversa par son activité les succès de Henri, et lorsque son parti désespérait, ses fécondes conceptions créaient de nouvelles ressources.
Après les journées d'Arqués et d'Ivry, la ligue fut réduite aux abois et sentit l'impossibilité de réparer par ses seules forces les désastres qu'elle avait essuyés. Jeannin fut envoyé en Espagne pour ouvrir la main avare de Philippe et le sommer de réaliser les espérances qu'il avait données aux catholiques français. Le Tibère espagnol se montra plus exigeant en devenant plus nécessaire; il laissa percer un rayon de ses ambitieuses pensées. Il avait fait, disait-il, assez de sacrifices pour la cause de la religion; il était temps que la France récompensât par sa reconnaissance la protection désintéressée dont elle lui était redevable : quant à lui, il ne demandait rien que l'affermissement de la foi ; mais cet objet ne pouvait être solidement rempli que le jour où l'infante , née de son mariage avec la fille aînée de Henri II, recevrait la couronne de France et couperait les dernières têtes de l'hydre de l'hérésie. Déjà, la carte du royaume à la main, il en désignait des villes comme sa conquête , et pressentait l'adroit négociateur. Celui-ci, ménageant un appui dont sa cause ne pouvait se passer , feignit d'entrer dans le sens de ses paroles ; seule-
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ment il lui fit envisager des obstacles que reculerait le temps , lui persuada de dififérer Fexécution de ses projets pour la mieux assurer, et lui arradia les secours d*hommes et les subsides dont il avait besoin. Le soupçonneux monarque, complètement dupe de la patriotique dissimulation du président, fit reluire son or à ses yeux , et se flatta de le compter parmi les meneurs dont les voix mercenaires lut étaient vendues ; mais Jeannin repoussa ses offres avec une vertueuse indignation, et, les tnains pures des présents de l'étranger , il préféra de recourir à ses amis pour subvenir aux frais d'une représentation obligée dont ses biens modiques ne pouvaient sufflsamment supporter les charges.
Ce voyage en Espagne fut un des monuments diplomatiques les plus remarquables du seizième siècle ; il dessilla les yeux du président sur la conduite machiavélique de la cour de Madrid; il avait passé les Pyrénées avec le désir de la paix , il les repassa encore plus empressé de la conclure. Depuis cette époque, il ne cessa d'exhorter Mayenne à négocier avec le roi.
Le parti des SetteSy soudoyé par l'Espagne, recevait l'impulsion secrète de ses agents; et son fanatisme ne connaissait point de bornes. Il dominait par ses avis extrêmes le grand conseil de la ligue, où Mayenne avait fait entrer ses partisans les plus dévoués et les plus habiles, parmi lesquels Jeannin tenait le premier rang ; Jeannin avertit le duc que sa sâreté était compromise, et lui prouva qu'un coup de vigueur était compiandé par une nécessité urgente. Mayenne, persuadé par ses conseils, décima les factieux, intimida leurs imitateurs, et l'opinion publique, désabusée et reconnaissante, applaudit à sa fermeté.
Telle était la situation de la France que, déchirée au dedans par ses propres enfants, elle avait à craindre au dehors de nouvelles blessures. Le duc de Savoie, actif, entreprenant, d'une ambition démesurée, convoitait ses dépouilles; habile à profiter des dissensions civiles , se confiant plus dans ses intrigues que dans la puissance de ses armes , il s'était fait reconnaître comme un protecteur par la Provence séduite. Marseille, cette importante gardienne de la Méditerranée , lui restait à soumettre. 11 s'y introduit plein d'espoir, distribue les rdles à ses créatures , flatte la multitude par la perspective des immunités dont elle jouira sous ses auspices. Mais Jeannin veille à la conservation de la cité. Le corps municipal s'assemble à sa voix; le vertueux magistrat expose les vues qui font agir l'étranger, découvre aux citoyens les illusions dont on les berce sous le nom de privilèges, les fait rougir de la légèreté avec laquelle ils ont cédé à de vaines promesses , ouvre entièrement leurs yeux sur les suggestions qui les ont entraînés , et les rappelle avec clialeur à leurs de* voirs. Le duc, auquel tant de fermeté impose, n'ose tenter aucun effort ; bientôt il craint de voir tourner contre lui une émeute qu*il s'est cru le maître de diriger, et abandonne précipitamment
ces murs qui ne le verront plus. Cette action de Jeannin, qui avait maintenu l'indépendance d'une portion considérable du royaume, lui acquit de nouveaux droits à la considération de son parti , et le souvenir n'en fut pas perdu, lorsque, fatigué des discordes civiles, il se retirait en sa maison encore tout mouillé de l'orage.
Les états s'assemblèrent à Paris dans l'année 1593. Comme si le trône eût été vacant, on s'agita pour nommer un roi et faire subir aux lois fondamentales de la monarchie les modifications que les circonstances semblaient indiquer. O honte! d opprobre pour la nation! Elle vit les envoyés de l'Espagne siégeant sur les fleurs de lis au milieu de ses députés, intimer hautement les désirs ambitieux de leur maître. L*or du Mexique et du Pérou appuyait ses prétentions insolites, et des bouches mercenaires se rendirent les organes de l'étranger. Mais les sentiments français commencèrent à prévaloir contre la corruption. Le parlement, avec la même énergie qu'il avait résisté aux injonctions des pervers, protesta contre toute atteinte qui serait portée aux maximes constitutives de l'État. De toutes parts perçait le désir des voies conciliatrices. Le légat de la cour de Rome, accoutumé à un langage en opposition avec son ministère de paix, épuisa en vain sa véhémence pour éterniser le feu de la discorde. Les officiers catholiques que le roi comptait dans son armée, adressèrent de nouvelles propositions à l'assemblée des états. Jeannin les soutint de tout le poids de son suffrage, de toute la force de son éloquence, et les fit prendre en considération. De longues conférences entamées à Surène achevèrent de dompter l'animosité des partis. Henri IV enleva tous les prétextes à la malveillance en se soumettant au joug de la foi , et rentrant solennellement dans le sein de la communion romaine. Paris lui ouvrit ses portes, et les provinces attendirent l'instant de le saluer comme un libérateur.
Un repentir tardif poursuivait Mayenne à Châ* Ions, la seule place importante qui lui obétt encore en Bourgogne. Il sentait, après tant d'entreprises infructueuses, combien il valait mieux d'être un sujet honoré de son roi que l'instrument d'un ennemi dédaigneux ; mais il ne pouvait concevoir que le roi de France renonçât à venger les injures du Béarnais. Jeannin, qui avait modéré ses desseins ambitieux, lui offrit ses conseils dans sa disgrâce , et lui apprit à ne point désespérer d'une clémence sans bornes. Henri , en effet, n'eut pas plutôt expulsé à Fontaine-Française les restes de l'étranger, qu'il fit venir le sage magistrat pour nouer uue négociation avec lui. Frappé de l'accueil dont il fut honoré, Jeannin témoigna sa surprise : « Est-il possible, s'écriat-il, que votre Majesté adresse des paroles si obligeantes à un vieux ligueur comme moi ? »— « Monsieur le président , répondit le roi , j'ai toujours couru après les gens de bien et je m'en suis bien trouvé. » Le résultat de cette entrevue fut extrêinement heureux pour Mayenne. Henri ne balança
SUR LE PRlislDENT JBANNIN.
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point à mettre une générosité inouïe dans le pardon qu'il accordait à un adversaire désormais impuissant; il consentit à n*étre reconnu par Majenne qu'après que le sainl-sîége aurait prononcé son absolution, lui accorda plusieurs places en garantie, le déchargea de toutes poursuites relatives au meurtre du dernier roi , et voulant étendre le bienfait de cette amnistie, déclara nonseulement que les particuliers et les communautés ne seraient point inquiétés à l'avenir pour les faits qui toucheraient aux derniers troubles , mais que les édits, les jugements et les arrêts par lesquels ils auraient déjà été atteints, demeureraient sans effet et révoqués de tout point.
Jeannin avait donné trop de preuves de désintéressement pour rien stipuler à son propre avantage; mais il ne fut pas oublié. Le roi paya les dettes qu'il avait été obligé de contracter dans le plus haut degré de son crédit ; il le nomma premier président du parlement de Bourgogne, ajoutant que son intention était qu'il jouit seulement des honneurs et de^ émoluments de cette charge, afin de se fixer auprès de lui ; enfin il l'admit à son conseil et le pria de l'aider de toute son expérience. Jeannin se montre-t-il confondu de se voir préférer à tant d'anciens serviteurs dont la fidélité n*a souffert aucune éclipse ? Celui qui a été fidèle à un duc ne peirf manquer de l'être à un roi : telle est la réponse qu'il reçoit d'un prince héritier des vertus dûpraleresques et bien digne d'apprécier la loyauté
qoi brilla dans un autre camp que le sien. \Jt Toiià transporté dans le tourbillon d'une
eouroii les grands seigneurs apportaient leurs ha-
lâtaâes guerrières et le dédain des travaux de la ptii. Il sut y conserver Tattitude d'un homme libre, ayant ia conscience de sa supériorité. Un prince crut l'intimider un jour et le faire rougir en rinterrogeant sur sa naissance ; il répondit : Je suis kfils de mes vertus. Le respect qu'il inspirait par ses lumières lui assura bientôt un puissant ascendant parmi les grands. S'il survenait entr'eux quelques démêlés, on recourait volontiers à son arbitrage. Son intervention était tour à tour caractérisée par la vivacité et la douceur; il y imprimait toute l'autorité de sa raison , et rarement on le voyait échouer dans le rapprochement des esprits. S'il arrivait de ces affaires fâcheuses que tout le monde redoute, aux déplaisirs desquelles chacun cherche à se soustraire , c'était lui que l'on en chargeait , et sa véracité , sa franchise , forçaient les hommes les plus intraitables à céder à ses représentations. C'est ainsi qu'il dompta l'humeur altière du maréchal de Bîron , et le fit consentir à voir son roi qu'il avait offensé. Fidèle au culte de l'amitié, il se montra scrupuleux observateur des procédés qu'elle commande aux âmes délicates , il refnsa la dépouille d'un ami auquel on avait enlevé iessceaux de l'État.
Henri IV avait pour lui une familiarité affectopuse , et aimait h multiplier, en présence des courtisans , les témoignages de son estime. Un jour qu'il le trouvait à Fontaikiebletiu , il commanda qu'on.
l'averttt de l'arrivée du Président, courut à sa rencontre , l'embrassa avec tendresse et le présentant à la Reine : « Vous voyez, lui dit-il , un des
< plus hommes de bien de mon royaume, le plus « affectionné à mon service, le plus capable de
< servir l'État; et s'il arrive (}ue Dieu dispose de
< moi , je vous prie de vous reposer sur sa fidélité « et sur la passion que je sais qu'il a pour le bien « de mon peuple. » Cette recommandation ne Ait pas perdue , et ta Reine s'en souvint lorsque la Régence tomba entre ses mains.
Henri aimait le mouvement des combats , et , selon ses expressions , jamais il n'était mieux que le cid sur la selle ; il était néanmoins également infatigable dans le cabinet et mettait son esprit vif et pénétrant en contact avec l'habileté de ses ministres. Il s'instruisait dans leurs entretiens , échangeait ses vues contre les leurs , jugeait leurs plans ou en substituait d'opposés. « Jeannin , disait-il en le comparant à Villerol et à Sillery son chancelier, Jeannin pense toujours bien , ne me cache rien de ce qu'il pense et me le dit sans me flatter. « Un autre jour, se plaignant de l'indiscrétion de ses ministres , il prit Jeannin par la main : — « Je ré" « ponds du bonhomme; c'est à vous autres à voilà « examiner. » — Jeannin traité de bonhomme par le bon Roi ! quelle expression peindrait mieux l'excellence de son âme ?
Souvent les circonstances les plus légères révèlent le caractère des hommes et mettent en évidence en quoi diffèrent leurs manières de sentir. Henri, curieux de livrer à l'appréciation des courtisans ses principaux ministres , fit appeler successivement Villeroi , Jeannin et Sully. « Que vous semble , leur dit-il , de cette poutre qui menace ruine ? »
— Il n'y a qu'à en mettre une autre , » répondit le premier sans lever les yeux. — Jeannin examina la poutre avec attention : « Je ne vois pas , dit-il , où elle pèche ; mais il convient de consulter \eê gens de l'art et de se décider d'après leur avis. »
— Sully arrive, jette un coup d'oeil rapide, puis regardant le Roi fixement : « Qui vous a pu donner cette terreur ? Elle durera plus que vous et moi. » D'après d'aussi petits indices ^ on pouvait connaître l'esprit décisif du premier, la prudente circonspection et les habitudes réfléchies du second , le jugement tranchant et le génie prime-sautier du troisième.
Il n'y eut sous ce règne aucune opération poli^ tique de quelque importance à laqueHe Jeannin n'eât pas de part ; il apportait toujours avec joie le tribut de ses lumières et de sa sagesse. Henri pouvait bien dire de lui avec la même justesse qu'il le disait de l'un de ses meilleurs guerriers. Je le pré" sente avec succès à mes amis et à mes ennemis-. Ce fut Jeannin qui fit sentir les avantages d'une paix qui permettrait de réparer les brèches faites à la prospérité publique et de forger de nouvelles armes contre les ennemis invétérés de la France ? le traité de Vervins amena cet heureux résultat. Le duc de Savoie avait puisé dans les revers de !» France une insolence excessive , ^Aemeurée jusque*
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là impunie; il s^était emparé du marquisat de Saluées , contrée d*une médiocre étendue au delà des monts, mais qui était pour nos armées la clef de l'Italie. Le Roi fut obligé de châtier par la force Tusurpation d'un prince qui prétendait rester le gardien exclusif des Alpes; pendant qu'il guerroyait Y Jeannin mêla les négociations à ses triomphes, para les adroites insinuations des commissaires euToyés par le Duc, écarta tous leurs artifices , leur dicta des conditions et obtint une province fertile en échange d'un pays peu productif et difGcile à conserver. Lorsque le Roi s'interposa entre Tempire d'Allemagne et la république de Venise, divisés au sujet du Frioul, et qu'il offrit derechef sa médiation entre la même république et le cabinet de Madrid, la coopération de Jeannin fut sensible et fit disparaître tous les obstacles. Bienfaisante prérogative qu'exerçait un seul homme, en dissipant les nuages amassés par le croisement des intérêts et l'inévitable rivalité des nations !
Vers le même temps Jeannin reçut une mission qui n'était pas moins selon son cœur. Accompagné de trois collègues qui lui avaient été adjoints , il ouvrit à Châtellerault des conférences avec les députés du parti protestant. La liberté des consciences fut scellée par un accord sincère; la majorité promit de respecter une croyance qui n'était pas la •ienne et abjura le tyrannique dessein de troubler l'asile de la pensée; elle fit plus, elle souffrit que les dissidents jouissent de la publicité de leur culte et les admit à une sorte d'égalité dans les emplois civils.
Jeannin, vieilli déjà, mais non lassé par l'âge, était loin encore , à l'époque où nous sommes arrivés, d'avoir rempli son illustre carrière. Le plus bel, épisode de sa vie politique est son ambassade en Hollande. Un demi siècle s'était écoulé depuis que cette centrée, s'insurgeant contre un gouvernement infiracteur de ses privilèges, oppresseur de son c|ilte et de son industrie , avait secoué la domination espagnole et placé sa liberté sous la garantie d'un lien fédératif. Chacune des sept provinces maritimes cootiguës à la Flandre avait conservé 0on of^aoisation intérieure, ses droits et ses usages particuliers, et un corps politique suprême, composé d'éléments locaux, s'élevait au-dessus de toutes ces associations partielles , et réglait les intérêts de TuniTersalité. Pendant quarante ans, les peuples de ces provinces avaient lutté sans relâche pour leur Indépendance , et cette longue succession de guerre avait cimenté leur prospérité. Instruits du secret de leurs forces par les flottes redoutables dont ils couvraient les mers , encouragés par l'essor de leur industrie , enrichis par des expéditions lointaines inspirées par un génie aventureux , entraînés par la ferveur de l'esprit de la réforme, ils étaient dans la crise de leur développement, et, chaque jour, de nouveaux succès, en consolidant leurs intérêts récents, irritaient de plus en plus leurs passions et élargissaient les barrières qui les wèfmàmtt de la métropole. Henri lY, satisbit de
se venger sur l'Espagne des efforts qu'elle avait faits pour embraser, pour bouleverser la France , s'était réuni à l'Angleterre pour protéger de son or et de ses soldats le berceau de la nouvelle république, et, par une généreuse réciprocité, il avait été secouru par elle dans sa détresse. Mais la paix de Yervins, en lui donnant l'Espagne pour alliée, vint ralentir ses relations actives avec les sept Provinces-Unies ; il prit l'engagement de ne rien faire pour elles au delà du remboursement des sommes dont il leur était redevable. Il se renfermait religieusement dans cette étroite neutralité, lorsque l'Espagne, en excitant la révolte de Biron et réchauffant en France les ferments de la guerre civile, souleva son indignation et le dégagea de la foi des traités. Il se déclara dès lors ouvertement en faveur de ceux que la cour de Madrid appelait des rebelles.
Cette cour cependant , fatiguée d'une résistance opiniâtre où s'engloutissaient ses trésors et l'élite de ses armées, résolut de proposer une paix pendant laquelle il lui serait facile de réparer ses pertes et d'affaiblir par des agitations intérieures adroitement fomentées les sujets qui s'étaient détachés de son joug. Ceux-ci, soupçonnant un piège, ne se prêtèrent qu'avec répugnance aux préliminaires d'un accommodement et informèrent de l'ouverture des conférences les deux rois leurs protecteurs. Henri fit choix de Jeannin pour leur servir de conseil et les tenir en garde contre les projets astucieux de leurs ennemis. Le roi d'Angleterre , dont les intérêts étaient presque les mêmes , intervint également par ses ambassadeurs.
Jeannin trouva les conjonctures extrêmement délicates. L'Espagne compliquant la négociation de réserves, de restrictions subtiles , paraissait nourrir des arrière-pensées. Maurice de Piassau , défenseur de la liberté des sept provinces, rêvait l'usurpation de la souveraineté de sa patrie, et s'opposait avec .chaleur à la fin d'une guerre qui perpétuait son pouvoir. Bien différentes étaient les vues de Barnevelt, l'oracle de l'assemblée des états confédérés ; passionné pour la liberté publique , il la voyait avec douleur menacée dans son enfance par la famille même qui l'avait fondée ; les ouvertures de l'Espagne lui avaient paru en harmonie avec les intérêts de ses concitoyens , et il soupirait après la paix qui lui permettrait de perfectionner les institutions de son pays et d'assurer la stabilité de son gouvernement. Jeannin appuya de tout son ascendant les intentions patriotiques de Barnevelt. Il sut néanmoins ne pas s'aliéner la confiance de Maurice et lui persuada d'attendre avec la modération convenable les délibérations des états généraux.
Les propositions de l'Espagne furent débattues successivement dans le conseil de chaque province et dans l'assemblée générale qui décidait tout. Cette marche graduelle nécessitait des lenteurs inévitables et engendrait des difficultés sans nombre. Le roi d'Angleterre prétendait que tout se traitât sous sa médiation exclusive. Jeannin pénétra
SrB LE PRBSIBBHT JEÀNIVIIf.
les ministres anglais et soutînt avec éclat la dignité de son souverain. On eût dit , en voyant sa vigilance et son activité, que les intérêts mis en discussion étaient concentrés en lui seul. Les états généraux tentèrent de proGter de leur situation pour faire à la France des demandes exorbitantes ; il repoussa cette exigence avec hauteur. Il s*attadia surtout à persuader les personnages influents et à maîtriser leurs esprits. Les adhérents de Maurice, les villes les pi us considérables et le corps des commerçants qui exploitaient les richesses des Indes , réclamaient avec véhémence contre les conférences tenues avec des ennemis humiliés. Les têtes ardentes ne gardèrent aucun ménagement dans leurs discours ; la licence de la presse atteignit les représentants même des rois qui s'interposaient en amis de la cause hollandaise. Leurs intentions furent soupçonnées, leur caractère fut calomnié. Ces déclamations furent revêtues de ces formes violentes qui font impression sur la multitude, toujours voisine de Texagération et plus capable de l'entraînement des sentiments énergiques que du saog-iroid de la raison qui s'éclaire par Texamen. Jeannin composa une réfutation animée de ces libelles et la fit circuler avec profusion. Lorsque les mêmes allégations se reproduisaient dans les assemblées, il les foudroyait par son éloquence et Tautorité de son jugement : athlète infatigable , il Délaissait pas respirer ses adversaires , faisait plier leur audace , et lorsqu'ils commençaient à chanceler, Wur portait d'inévitables coups. Terrible dans la cbaleur de la discussion , il descendait avec art aia tempéraments qui pouvaient produire l'harmofliedes opinions opposées. Une ligue déGnitive qail conclut enfin au nom de son souverain avec les états généraux des sept provinces, contraignit les ministres espagnols à reconnaître la médiation do roi de France, et dès ce moment Jeannin devint le régulateur des négociations. Par ses soins assidus , des concessions réciproques furent arrachées aux parties contractantes; leur opiniâtreté acheva dapirer, lorsque le Président , pour ménager leur orgueil et leurs prétentions respectives , ne leur ofû-it plus que la perspective d'une trêve. Mémorable exemple de la puissance des mots sur les masses comme sur les individus ! Jeannin détermina les conditions de cette trêve , de manière qu'elles fussent équivalentes aux solides avantages d'une paix. Après deux ans de conférences laborieuses , elle fut signée dans les murs d'Anvers (en 1609) , sous les Milices et la garantie du roi très-chrétien , et il fut stipulé qu'elle durerait douze années.
Cet événement retentit dans toute l'Europe aux cris de l'allégresse publique. Jeannin rempoi:ta tout llionneur de cette œuvre de sagesse , et cependant il l'avait accomplie au milieu de personnages non moins éminents en mérite qu'en dignité. Barnevelt publiait qu'il n'était jamais sorti de sa présence sans se sentir meilleur et plus instruit. Grotius et Bativoglio , Tun et l'autre acteurs dans ces grands évéoeoients , et qui devaient les décrire sur le modèle des aodeiis , lui destinèrent dans leur histoire
une place imposante. Les Hollandais le respectaient comme un oracle. Ils s'assemblaient à son passage, ils le montraient à leurs enfants. Chacun voulait l'avoir vu et conserver son image. Il excita , en un mot dans un peuple flegmatique, un enthousiasme égal à celui que produisit plus près de nos jours le Socrate de l'Amérique, Benjamin Ffancklin, au milieu de notre nation vive , ardente et enivrée de l'aspect de la gloire.
Jeannin , dans les circonstances épineuses auxquelles il venait de mettre un tenue, avait fait connaître toutes les ressources qu'un diplomate exercé peut puiser, non dans cet art qu'on fait consister à tromper les autres et qui souvent conduit à se tromper soi-même , mais dans cette science vraiment politique qui place les peuples dans les rapports les plus naturels , par conséquent dans leur état le plus stable. Il rendit à la France on particulier un éclatant service en lui donnant un allié dévoué dans une république déjà puissante, et en soulageant le trésor public des subsides considérables qui le chargeaient auparavant. La cour d'Espagne, les archiducs qui gouvernaient la Flandre, et les états généraux des Provinces-Unies, lui donnèrent des témoignages unanimes de leur satisfaction. Maurice de Nassau lui-même, procédant à un partage de famille , voulut qu'il présidât à toutes les opérations. La lettre que les états généraux adressèrent à Henri IV pour le féliciter du choix de son ministre , est trop honorable pour ce dernier, et porte trop l'empreinte de la simplicité républicaine , pour que je la passe sous silence. « Nous remercions Y. M. de nous avoir « envoyé un tel personnage qui nous a laissé beau- « coup de témoignages de sa très-grande expé- « rience , de son jugement , de sa prudence et de « sa bonne conduite es grandes affaires , et qui « par magnanimité et singulière dextérité a sur- « monté toute sorte de difficultés qui se sont offer- < tes : tellement que tous gens de bien ont con- « tentement de lui et de ses actions, louent et « remercient de bon cœur V. M. particulièrement a de ce bienfait, comme nous faisons de ses lettres « et de sa garantie. »
Jeannin a lui-même recueilli les monuments de sa célèbre ambassade. C'est dans ses dépêches qu'on peut apprendre sous combien de faces se présentent les choses , quels leviers font mouvoir les hommes, quelle part la prudence obtient dans leurs destinées. On y admire. avec quelle justesse de vues il considère un gouvernement fédératif comme celui de la Hollande; avec quelle noblesse, quelle solidité , quelle élévation il prend la parole dans des assemblées composées de membres éclairés, et discute les intérêts les plus importants; on aime à revenir surtout sur ses deux belles harangues où il recommande les catholiques à la loyauté des représentants de la Hollande. Richelieu relisait sans cesse ces mémoires du président Jeannin dans sa retraite d'Avignon ; il les regardait comme une des plus fortes, des plus profitables études pour l'homme d'Etat. Us ont mérité d'être
NOTICE
comptés parmi les livres classiques des négociateurs et d'être mis à côté des lettres du cardinal Dossat (1).
Henri IV, après avoir affermi la naissante république des Provinces-Unies, méditait de changer la situation de l'Europe et d'asseoir l'ordre politique sur de nouvelles bases. Résolu de ne s'avancer dans aucune entreprise sans l'avis du président Jeannin , il l'invitait en riant à se pourvoir d'une bonne haquenée pour l'accompagner dans tous ses voyages. Mais une fîn tragique arrêta le cours de ses projets, et il succomba comme son prédécesseur sous une main que le fanatisme avait armée. La mort de cet excellent prince excita les regrets même des étrangers ; plusieurs d'entre ses serviteurs survécurent à peine à sa perte; les autres traînèrent de longues années dans le deuil. Jeannin, pour tromper sa douleur, ressaisit sa plume jusqu'ici trop exclusivement consacrée à de continuelles négociations, et reprit le dessein , vingt fois interrompu , de retracer dans un récit fidèle les traits du père de la patrie. Il ne se proposait point la tâche de l'historien qui dans les événements ne considère que les masses et dont la touche large peint rapidement les hommes et les choses : 11 voulait dessiner un portrait où tout doit être reproduit , jusqu'aux rides. On ne saurait assez regrette)* qu'il n'ait pas exécuté son entreprise , et qu'il ne soit resté de son travail qu'une préface pleine de noblesse et de discernement. Si le temps n'eât manqué à ses désirs , nous compterions dans notre littérature un ouvrage remarquable de plus, et il faudrait le placer entre les mémoires intéressants de Sully et la grande histoire du véridique de Thou. Qui mieux que lui pouvait remplir le plan qu'il avait conçu P Ministre infatigable de son roi, honoré de son amitié , dépositaire de ses secrètes pensées , associé aux plus grands travaux de son règne, qui pouvait plus que lui réunir dans un cadre complet « les faits les plus mémorables de « Henri IV, séparant de la confusion des choses « avenues en son temps ce qui est vraiment sien a pour avoir été fait et exécuté par ses mains et « avec son propre péril , et exploité sous ses auspi- «ces par son avis, autorité et commandement; « afin de faire voir à la postérité en un seul amas et « recueil tant de belles et grandes actions par lesr quelles Dieu s'est servi de lui pour garantir son « royaume de ruine et le remettre au plus florîs- « sant état qu'il eât été depuis plusieurs siècles, c lui donnant la force et le courage , la prudence « et bonheur pour vaincre , conquérir et dissiper « des factions si puissantes qu'elles sembloient ne « devoir craindre que le ciel, et quand il a été vic- « torieux et au-dessus des périls , la bonté et la « clémence pour lui faire oublier ses injures et « acquérir encore par bienfaits ce qui était déjà « sien ? »
Doué d'une mémoire singulièrement heureuse ,
(1) On sait que Dossat était issu d'une origine plus humble encore que celle de Piene Jeannin. Les destinr^^s de ces deux, hontmes otOrent de frappantes ressemblances.
orné de connaissances étendues , le président Jeannin aurait encore rempli ses loisirs par les jouissances de l'étude, si les graves occupations du service public lui en eussent laissé de plus nombreux. Il formait avec le président de Thou , avec Dossat et le cardinal Duperron , réputé l'homme le plus disert de ce temps , un conseil littéraire où le roi venait se délasser du fardeau des affaires, et goûter le charme d'une conversation où l'érudition revêtait des formes élégantes, où la solidité se mariait à la politesse du langage. Jeannin était trop pénétré de ce qu'il devait à la culture de son esprit pour négliger ceux qui cherchent à agrandir l'empire des lumières et qui maintiennent le culte des arts consolateurs de la vie. Il honorait les savants et les hommes de lettres et leur prétait une protection particulière. Tous les ans il se plaisait à réunir à un banquet solennel ceux dont le mérite se recommandait le plus à la renommée ; avare d'un temps qui lui paraissait trop précieux , il les dispensait des visites dont on fatigue les personnages en crédit, et les invitait à faire de leurs moments un emploi plus utile. Il entretenait un commerce de lettres avec plusieurs de ses doctes contemporains; il avait connu Scaliger et Juste- Lipse en Hollande ; il fixa en France Casaubon , helléniste consommé, et encouragea les savants travaux typographiques des deux Etienne. Lorsque les clameurs des théologiens , du parlement et de l'université, poursuivirent le livre où Charron reproduisait dans un cadre plus méthodique la philosophie que Montaigne avait exposée avec un abandon aimable , et comme en se jouant , il ne souffrit pas qu'on flétrît le disciple après avoir laissé le maître discourir en paix; il se saisit de l'examen de cet ouvrage, qui ne recelait aucun élément dangereux , se convainquit de l'utilité de sa doctrine, et en imposant à des censeurs absurdes par de mystérieuses paroles , il leur déclara qu'il fallait permettre la vente du livre comme d'un livre d'Etat. Charron échappa par cette décision aux inquisiteurs de la Sorbonne , et pour la première fois ils lâchèrent leur proie.
Le forfait qui enleva Henri IV à l'amour de son peuple ne nuisit point au crédit du président Jeannin. Marie de Médicis, élevée à la régence, avait trop entendu vanter sa sagesse et ses talents pour ne les point appliquer à son administration. Les moments étaient difficiles et propres à intimider des esprits trempés moins fortement. Mais Jeannin ne crut pas que l'instant fût arrivé où Thomme de bien est averti de fuir les honneurs et de s'isoler dans la retraite. Toute considération fléchissait ù ses yeux devant le dévouement à la chose publique; il donne un bien rare exemple de cette grandeur de caractère et de cette fermeté stoïque de d'homme d'État, le jour où, apprenant la mort d'un fils, unique héritier de son nom, il présida néanmoins le conseil, et sut renfermer dans son cœur les douloureuses émotions du père.
Il s'opposa de tout son pouvoir aux maximes nouvelles qui tendaient à changer la politique du
8UB LB PBisiBBNT JBANNm.
dernier roi. La double alliance que la maison régnante contracta avec le sang d'Autriche trouva en lui une constante désapprobation. Il ne cessa d^exborter Louis XIII à conserver la paix avec les protestants, et ne s'appliqua pas moins à contenir ces derniers dans le devoir. Il existe de lui une lettre pleine de forcée où il répond victorieusement à toutes les plaintes élevées par le duc de Bouillon Tan de leurs chefs. Son avis adopté dans le conseil relativement à la guerre de Bohême démontre la confiance que les étrangers eux-mêmes mettaient dans ses dieveux blancs. tJn des derniers actes de sa vie politique , absorbée par tant de travaux bienfaisants, fut consacré à la concorde : il essaya toutes les voies de persuasion pour rétablir Tharmonie entre la reine mère et son fils.
Je a*ai point encore parlé de Tadministration des finances qui lui attira Tanimadversion de Sully. Il est triste d'avoir à prononcer entre deux grands hommes, d'être renfermé dans l'altemative de ne Jttftifier l'un qu'en versant le blâme sur son adversaire. Cependant l'équité sollicite un examen impartial des faits , et la mémoire du Président n*a poinl à en souffrir. Jeannin, en acceptant la surintendance des financés , en exerça les fonctions en commun avec le garde des sceaux, pour éviter Tenvie et la médisanee qui s'attachent si volontiers à ceux que Ton soupçonne de Jeter les fondements ée leur fortune privée en conduisant le char de la fortune publique. Il livra sans crainte aux états k 1614 les éléments de sa comptabilité. Il porta te sa gestion tout le soin , toute la diligence et 1 uté^té désirables en un homme de bien , et ne ^oeotit jamais un caractère exempt d*avarice et de corruption. Lorsque l'âge eut aggravé ses infirmités, il ofirit sa démission, et la médiocrité de iei biens attesta la pureté de sa conduite.
Il fiiut l'entendre parler de lui-même avec une naïveté que Plutarque. n'eût pas manqué de reprodoire. • En mettant tous les bienfaits de nos rois ensemble , J*ai bien grande occasion de me louer de leur bonté et libéralité , et de dire que ma maison seroit bien meilleure en commodités et richesses que Je ne la laisserai en sortant de ce monde, si j'avois eu soin de les employer en bonnes acquisitions au lieu de les consumer en bâCimens superflus et de grandes dépenses , dont je ne puis alléguer aucune excuse; sinon que j*ai suivi nion inclination , et que je m*y fusse aussi bien laissé aller quand Dieu m'eût donné plusieurs enfans , que quand je n'ai eu qu'une seule fille. Ce défaut doit être excusable, attendu qu'en toute autre chose j'ai été fort modeste et du tout exempt de vanité, et que laissant à ma fille moins de bien, je lui laisse plus d'honneur et des biens auxquels Dieu mettra sa bénédiction , puisqu'ils ont été acquis loyalement et sans corruption. » Ne croit-on pas lire un fragment d'une lettre écrite par le grand Cliancelier l'Hôpital dans sa retraite de Vignay, lorsqu'à l'exemple des vieux Romains, il cultivait ses champs héréditaire» ?
La mort vint frapper Jeannin à ce faîte élevé où
Pavait porté son génie. Le fils du tanneur d'Antun , rindigent avocat dijonnais , devenu député aux états de Blois , premier président au second parlement du royaume , conseiller et ministre plénipotentiaire d'Henri IV, surintendant des finance^ de l'État, laisse à la Bourgogne, sa patrie, un des plus grands noms qui illustrent ses annales. Les armes parlantes qu'il s'était choisies, selon l'usagé du temps, sont un curieux symbole de sa fortune et de son génie. Il portait d'azur h un croissant d'argent surmonté d'une flamme d'or. Il mourut le 31 d'octobre 1622, à l'âge de 82 ans.
Son corps fut inhumé dans l'église cathédrale d'Autun , sous la chapelle consacrée à la sépulture de sa famille (1). On déposa son cœur en l'église de Chagny. Pierre de Castille, son gendre, et Charlotte Jeannin, sa fille unique, firent mettre h sori tombeau cette épitaphe où sa vie est résumée :
Petrus Jeannimus hic jacet, «jrcunm£ 8en4tu8 prieses, qci mox âb hem-
BIGO IV , FRANCUE ET 9AYARR£ REGE , AD INTE-
RIORA IMPERU ARCAf«A ADMISSUS, TAMTA FIDE ENITUIT, UT RELIA ET PAX NI8I YAUDIS VlRl CONSI- LUS A FORTISSIMO PRINCIPE SANCIREHTCR. DEMLlf
SUR LUDOYICO XIII, REGE IMPCRERB, CUM '
MARIA MATER RERUM POTIRETUR, LARGITIOKUM
COMinV^PRiEFECTUS, £RARU MUNCS EXPLBVIT
ABSTIMENTISSIME.
YlXIT ANNOS 82; OBIIT PR|D. RAL. ROV. ANN. CHRISTI,
Pïous trouvons dans les mémoires de Tallemant des Réaux (tome II, p. 354 et suiv. ) de curieux détails ane^dotiques sur le président Jeannin ; ces renseignements, qui peignent surtout l'homme, seront un utile complément à la notice qu'on vient de lire :
« Il (le président Jeannin) étoit fils d'un tanneur d'Autun en Bourgogne. Ce tanneur avoit quelque chose, et il l'envoya étudier à Paris. Jeannin fut fort débauché à Paris. Retourné en Bourgogne, il se marie avec la fille d'un médecin de Sémur , qui avoit du bien honnêtement. M. de Guise tué, M. de Mayenne, gouverneur de Bourgogne, prend les armes. Jeannin se donna à lui , et le servit trèsutilement en ses affaires (2). Henri IV, maître de Paris , va à Laon ; Jeannin y étoit : on vint à parlementer, on ne put s'accorder. Le Roi lui cria que s'il entroit dans Laon il le feroit pendre. Jean-
(1) Les statues du président Jeannin et de sa femme Anne Gueniaut, se voyaient dans la cathédrale dWutun , à la chapelle Jeannin; elles furent mutilées à l'époque de la grande révolution française , mais ne périrent point ; on les trouve encore dans la caUiédrale d'Autun : la Revue des ducs de Bourgogne du mois de juin 1836 en a donné un curieux dessin.
(2) Le président Jeannin , du temps qu'il étoit à M. de Mayenne, traita ce prince à Autun dans la maison de son père , avec son tablier de corroyeur, en lui disant : « Monsieur, voilà le maître de la maison ; c'est lui qui vous traite. » M. de Mayenne le reçut à bras ouverts, et le ût mettre au haut bout. ( Tallemant.
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NOnCS SUB LB PBVSIDBNT JEÀNNUV.
nin, de dessus le rempart, lui répondit : « Vous n'y entrerez pas que Je ne sois mort, et après je ne me soucie guère de ce que vous ferez. »
M. de Mayenne ayant fait la paix , Jeannin se retira en Bourgogne, pour y vivre, dans une maison qu'il avoit acquise , en un lieu fort rude ; sa raison étoit que ses amis Tiroient volontiers chercher là , et qu'il n'avoit que faire des autres gens. Henri IV l'envoya quérir, et lui manda que s'il avoit bien servi un petit prince, il serviroit bien un grand roi. Il fut envoyé en Espagne pour le traité de paix; et au retour, le roi lui donna une charge de président au mortier, à Dijon; voilà pourquoi on l'a toujours appelé depuis {^président Jeannin, Il vendit cette charge, et en maria sa fille à Castille, receveur du clergé, à qui la princesse de Conti (mademoiselle de Guise) avoit fait quitter la marchandise : il tenoit le* trois Visages dans la rue Saint-Denis. Il falloit que ce fût un galant homme; on dit qu'il mena un coche tout plein de ses voisins aux Pays-Bas à ses dépens, et qu'il fit si bien en achat de marchandises qu'il eut dix mille livres de bon de son voyage. Il faisoit tout chez la princesse de Conti. Jeannin donna à sa fille environ dix mille écus ; le plus gros mariage de Paris, en ce temps-là , étoit de soixante mille livres. La folie des Castille depuis cela a été grande, avec leur vision de venir d'un bâtard de Castille; et ils ne sauraient nommer leur bisaïeul , ni dire qui il ^oit.
Le Président fut ensuite envoyé en Flandre , et après la mort de Henri IV il fut fait surintendant des finances pour la première fois. Barbin le fut après. M. de Luynes y remit le Président, à qui succéda M. de Schomberg , et le bon homme se retira en Bourgogne , où il 8*amusa à bâtir.
Il avoît un fils qui n'étoit qu'un fripon. Ce fils et un nommé La Fayolle se tuèrent tous deux en duel pour une nommée La Mauzelay, dont ils étoient amoureux. Le Président, voyant cela, manda sa fille, qui étoit en Suisse avec son mari, qui y étoit ambassadeur, et il lui donna tout son bien , à condition que l'aîné de ses enfans s'appelleroit Jeannin. Ce bien n'étoit pas trop grand.
Ce bon homme a bâti et rebâti je ne sais combien de fois ses maisons; cependant elles ne sont pas mal entendues pour le temps. Il y a un gros volume
de ses négociations; c'étoit un grand personnage.
Il fit faire son tombeau dans la même église où est celui de son père, avec son inscription de tanneur ; ils sont l'un tout contre l'autre.
11 a bâti Chaillot; il a témoigné de la légèreté en ses bâtimens, car il a fait faire et défaire bien des fois une même chose.
Il renvoya à la reine -mère une assez grande somme qu'elle lui avoit envoyée, et lui manda « que durant la minorité de son fils elle ne pouvoit disposer de rien. »
Ajoutons à ces détails que ce fut le président Jeannin qui interrogea Ravaillac le jour de son parricide.
80R CETTE ÉDmOfl DE8 NÉGOaàTIOIfS DU PRÉSIDENT JEANNIN.
Le premier éditeur des NégocicUions du président Jeannin fut son petit fils Nicolas de Castille, abbé de Saint-Benigne à Dijon ; l'ouvrage, formant un vol. in folio , fut publié à Paris en 1656 avec un éloge du Président par Saumaise ; il était dédié au surintendant des finances Fouquet dont la malheureuse destinée inspira une si belle élégie à la Fontaine. Les Négociations du Président furent réimprimées à Leyde en 1696, chez David Severinus, en 4 vol. in 12; c'est une pure réimpression de l'édition de Paris, moins l'épttre dédicatoire à Fouquet. En 1819 , il a été publié à Paris une édition de cet ouvrage en 3 vol. in-S**, dédiée à la duchesse d'Orléans, douairière, et précédée d'un abrégé de la vie et des travaux politiques du président Jeannin. L'édition des Négociations du président Jeannin qui fait partie de la collection des mémoires de M. Petitot, est préférable à toutes les éditions antérieures; à Taide d'un manuscrit plus complet trouvé à la Bibliothèque du roi, l'éditeur a donné un texte plus net, plus pur, et en outre il a rempli une très-importante lacune en y ajoutant toute la correspondance diplomatique depuis le 25 novembre 1607 jusqu'à la fin de cette même année. Nous adoptons le texte publié dans la collection de M. Petitot, heureux de pouvoir profiter des découvertes de ceux qui nous ont précédés dans la carrière. Nous invitons nos lecteurs à bien se mettre dans la tête l'explication des noms allégoriques qui commence les Négociations ; c'est la clef de la correspondance qu'on va lire.