OBSERVATION IV
Il s’agit d’un malade de 43 ans, tisseur, qui entre le i3 mars 1928 à la salle Levrat-Perroton sur les conseils du Docteur Bouchut.
À retenir dans les antécédents du malade tune fièvre typhoïde, en entrant au régiment, et l'absorption légère et par 3 fois de gaz toxique au cours de la dernière guerre.
Marié, femme bien portante, 5 enfants en bonne santé.
Début de l'affection actuelle, datant de deux ans, par perte de connaissance brutale, vertiges et bourdonnements d'oreille, expistaxis répétées, délire, céphalées violentes, troubles visuels et auriculaires, troubles respira- {oires, albumine dans les urines.
Reprise du travail trois semaines plus tard avec persistance de douleurs rénales et de douleurs dans les jambes. Reprise d’une alimentation très carnée.
Le 27 février 1928, fatigue anormale, troubles visuels, bourdonnements d’oreïlle, vertiges, lourdeur de tête.
Le 6 mars 1928, grosse épistaxis,
Examen : malade d'aspect floride, sans température.
Poumons : rien à signaler.
Cœur : pointe dans le 5° espace, bruits normaux.
Tension : 16-10.
Abdomen souple.
Foie et rate non perçus à la palpation.
Système nerveux : réflexes tendineux et pupillaires normaux.
Urines : pas de sucre et gros disque d’albumine.
Le 20 mars, on note (M. BOUCHUT) :
AO
En résumé il s’agit d’une néphrite chronique connue depuis deux ans, avec un gros disque d’albumine et une hypertension très modérée de 16-10. À signaler une bradycardie relative (pouls à 68), du prurit des membres inférieurs, quelques troubles oculaires et quelque épistaxis récentes qui plaideraient pour de l’azotémie.
Radioscopie, 21 mars. Poumons normaux. Aorte normale. Le cœur n’est pas sensiblement augmenté de volume, mais le ventricule gauche est globuleux avec une pointe arrondie et un bord convexe.
Le 21 mars : urée sanguine 2 g. 10. Sérum normal, non lactescent, Ce dosage a été effectué le malade étant à un régime normal. A partir du 21 mars il est soumis au régime végétarien.
Le 22 mars : examen du fond d'œil négatif. Vision 1 dioptrie. l
Le 23 mars : Wassermann négatif dans le sang.
Le 28 mars : dosage d’urée dans le sang : 1 g. 27 pour 1.000.
Urines : volume 3.000 par 24 heures :
albumine ..0/00 2 g. 10. 6 g. 30 aTéé :..... 0/00 5 g. 60 16 g. 80 NACEE 277 0/00 6 g. 20 18 g. 60
Le 29 mars, on note (Docteur BOUCHUT) :
L'amélioration de l’azotémie a été obtenue par un régime hypoazoté et théobrominé qui ont fait passer la. diurèse de 2.000 à 3.000.
Tension : 16-11 Pouls : 92.
Le malade sort du service le 30 mars 1928, et à partir de ce moment, on le perd complètement de vue.
Nous pouvons dès maintenant et en quelques mots, avant d'aborder l'étude clinique, souligner les traits principaux de la néphrite chronique azotémique pure.
Er ne,
Rien de précis dans les faits étiologiques.
Cliniquement : prédominance des symptômes de rétention azotée que le dosage de l’urée sanguine rapporte aussitôt à leur cause ; — absence d’hypertension, — et malgré cela, grossière hypertrophie cardiaque, indiscutable dans les observations I et H.
Au point de vue évolutif : sévérité de l'affection
qui conduit rapidement le malade à la mort.
Etude Clinique
Le tableau clinique de la néphrite azotémique sans hypertension se dégage de lui-même de nos observations.
Début. Extrêmement variable. C’est fréquemment pour des signes de déficit nerveux que vient consulter le malade. Il se plaint d’asthénie intellectuelle, parfois de céphalée, de myalgie ou de névralgie. Chez deux de nos malades | Observations III et IV] le début a été souligné entre autre par des épistaxis répétées.
Parfois les symptômes précurseurs sont trop légers pour que le malade leur attache la moindre importance. Tout se passe comme si la néphrite débutait brutalement sous forme d’une affection cérébrale caractérisée par une torpeur intense.
Un début plus ou moins latent est donc fréquent, mais en interrogeant soigneusement les malades, on pourra noter la fréquence de troubles visuels légers : mouches volantes, brouillards ou simple fatigue à la lecture, parfois diminution de l’acuité visuelle, tous signes imputables à la rétinite albuminurique.
Tous ces symptômes d’une extrême importance sont
En Ad
incontants, fugaces, difficiles à rechercher, et d’ailleurs les malades viennent rarement consulter à ce moment, de sorte que l’on peut dire que le tableau clinique de la néphrite azotémique pure est celui de la période d'état. :
Période d'état. Quatre syndromes sont à envisager : syndrome azotémique, syndrome urinaire, syndrome hydropigène,
syndrome cardio-vasculaire.
A. — Syndrome azotémique.
La {orpeur est extrêmement fréquente,
« C’est, dit Widal, une véritable narcose qui va du « simple abattement avec prostration jusqu’à la som- « nolence et au coma complet. »
L'asthérie, qui se manifeste dès les premiers stades de l’azotémie, est maintenant très accusée ; toute activité est perdue et le malade est en proie à des accès de somnolence à l’occasion du moindre effort intellectuel. Il faut compléter le tableau nerveux en signalant les céphalées, les myalgies, quelquefois de véritables névralgies ou des crises convulsives généralisées. [Observation IV].
L'inappélence west pas constante. Elle est de règle : cependant ; précoce, c’est une inappétence globale ou élective, surtout marquée pour les viandes, les bouillons et les œufs. Mais parfois on trouve une fausse appétence alimentaire, le malade arrivant à saturation presque instantanée dès les premières bouchées.