‹ Les Nerfs du cœur, anatomie et physiologieChapitre 20 sur 81 · PRÉFACE XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXXI

non plas de recourir à Tinlervention des macro- ou des micrdphages imaginaires pour expliquer la vieillesse et la mort, par suite des maladies des nerfs ou du cœur.

On a également tort de vouloir généraliser le rôle pathologique des bacilles afin de pouvoir attribuer aux seuls globules blancs de dénominations diverses, le rôle exclusif des défenseurs de l'organisme humain contre les agents destructeurs. Même en dehors des globules rouges du sang dont Tadaptivité * aux exigences multiples de l'organisme importe bien plus à la santé, le corps humain possède encore de nombreux organes merveilleusement outillés qui ont pour mission principale de le défendre et de le débarrasser des substances et des agents nocifs ; citons comme exemples le foie et les reins, véritables laboratoires d*assainissement, de désinfection et d'élimination. Rappelons encore la série des glandes, comme les corps thyroïdes et les glandes surrénales, Thypophyse, les glandes parothyroïdiennes, la pinéale et d'autres qui, malgré leur exiguïté, jouent, grâce à leurs produits chimiques ou à leur rôle mécanique, un rôle si considérable dans la défense et l'entretien du système nerveux central, qui préside à la circulation et la nutrition (voir ch. iv.

Certes, la mobilité et l'excitabilité extrêmes des globules

blancs les rendent particulièrement aptes à subir certaines influences chimiques ou chimiotaxiques qui, à l'occasion^ débarrassent le sang des poisons bacillaires. Mais il ressort de la nature même des choses qu'il ne peut s'agir dans ces cas que d'une fonction secondaire de ces globules, puisque l'introduction des parasites du dehors n'est qu'accidentelle. Leur destination constante est tout autre et d'une portée physiologique bien plus grande. Rien n'autorise par conséquent les bactériologistes à considérer l'antagonisme entre les leucocytes et les bacilles comme le facteur dominant de notre organisme qui seul décide de sa vie ou de sa mort. Encore moins justifiée est leur préten-

i. Rappelons comme exemple les observations récentes, si instructives de Gaule sur la multiplication de ces globules dans les bautes régions.

De Cyoîi. c

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tion de vouloir remplacer par la microbiologie toute la science médicale plusieurs fois millénaire, qui dans le siècle dernier a reçu son orientation définitive par des hommes de génie comme BiCHAT, Johannes Muller, Virchow et Claude Behnard...

L'avenir de la médecine dépend du maintien de celle orientation vers la physiologie. Tout retour vers Tancien empirisme sera funeste à la médecine, et, Texpérience de la dernière trentaine d'années le prouve, non moins funeste aux médecins euxmêmes. En France, comme en Allemagne et ailleurs, le relâchement des rapports entre la médecine et la physiologie a coïncidé avec un abaissement de Tautorité et du prestige des médecins ; seuls les empiriques et les charlatans de diverses espèces en ont tiré profil. Bien des symptômes indiquent, qu'en Allemagne au moins, on commence déjà à s'en rendre un compte exact. L'enseignement pratique de la physiologie y est devenu obligatoire ; d'autre part, les derniers Congrès de médecine interne ont été presque exclusivement consacrés aux problèmes de pathologie étudiés à l'aide de la physiologie expérimentale. wSymplôme particulièrement rassurant: la plupart de ces problèmes concernait la pathologie et la thérapeutique des atîections du cœur et des vaisseaux. En effet la physiologie de ces organes est actuellement à même de rendre à ces deux branches de la médecine des services aussi éclatants que Toptique physiologique en a rendu à l'ophlbalmologie.

Le développement de l'enseignement physiologique dans de vastes laboratoires richement dotés doit devenir également la première et la principale préoccupation des Facultés de médecine en France. Ce n'est qu'à ce prix que la médecine et les médecins français sauront regagner leur ancienne place d'honneur.

Pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, il est à désirer dans Tintérèt de la physiologie que les laboratoires de recherches jnires soient transportés partout dans les Facultés des sciences. La séparation entre la physiologie et la médecine à ce point de vue aura de grands avantages pour les deux sciences. La principale raison en est que la physiologie, devenue une

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science exacte, trouvera son cadre naturel parmi les sciences physiques et mathématiques*.

11 est presque impossible de s'adonner actuellement avec succès aux recherches de physiologie pure sans avoir préalablement reçu une instruction intégrale dans ces dernières sciences. L'enseignement purement médical peut encore rendre service aux physiologistes, mais seulement au point de vue de l'indication de nouveaux problèmes à résoudre. La physiologie ne sera d'ailleurs pas la première science qui, parvenue à la maturité d'une science pure et d'une portée plus générale, se sépare de la médecine. Mais séparation ne veut pas dire rupture... Les recherches physiologiques gagneront en profondeur et en précision à être exécutées dans un milieu de sciences pures. De l'autre côté, les médecins qui ont reçu une instruction physiologique complète pourront s'adonner à l'élude de nombreux problèmes de pathologie, armés de pied en cape des méthodes précises de la physiologie expérimentale. Ce sera là leur meilleure introduction à la médecine expérimentale rêvée par Claude Bernard.

Paris, novembre 1904.

i. C'est il y a une trentaine d'années que les avantages d'une pareille séparation me sont apparus pour la première fois. Professeur de physiologie à la Faculté des sciences et à l'Académie médico-chirurgicale de Saint-Pétersbourg et y dirigeant deux laboratoires d'enseignement et de recherches, je fus vivement frappé par la différence de l'esprit scientifique, avec lequel les jeunes élèves travaillent dans les deux laboratoires. Pour l'instruction pratique en physiologie leur ardeur et application furent également grandes. Mais les élèves de la Faculté des sciences étaient bien plus aptes à apprécier les avantages d'une grande précision dans les recherches scientifiques et exécutaient ces dernières, non pas pour achever plus ou moins vite un travail qui pourrait leur servir de tjièse, mais afin de se perfectionner eux-mém^s dans les ditTérentes branches de physiologie. Mes meilleurs élèves de la Faculté des sciences, comme Tschirief et Pawlof, avaient ensuite complété leurs études à l'Académie de médecine. La physiologie et la médecine s'en ^ont bien trouvées en gagnant deux maîtres éminents...

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