TRAITEMENT LOCAL
Nous entendons par traitement local l'emploi dans un but thérapeutique des agents dont les effets curatifs ne sont pas le résultat direct de leur absorption, soit locale, soit générale. Ce n'est pas tout-à-fait le traitement topique ; c'est la thérapeutique externe proprement dite.
Indications et contre-indications. — Comme nous l'avons fait pour les médicaments agissant par absorption, nous allons rechercher les indications et contre-indications générales des moyens thérapeutiques externes.
Les agents qui ne soulagent ou ne guérissent que par la pénétration de leurs principes dans l'économie ont pour eux la simplicité habituelle de leur administration et leur action ordinairement plus durable. On peut ajouter aussi qu'en général ils ne sont pas douloureux. — Mais ils ont un côté défectueux qui contrebalance en partie ces avantages. Leur manifestation thérapeutique ne se produit qu'à la suite d'une impression dynamique presque toujours complexe qui développe, à côté de ces effets bienfaisants, un trouble fonctionnel ou organique général, mais surtout un ébranlement nerveux qui laisse des traces quelquefois profondes dans l'organisme soumis à cette sorte de médication.
Le traitement purement externe ne réagit que peu, au contraire, sur l'ensemble de l'organisme, et cela se conçoit puisque rien n'est absorbé. Cependant, sous ce rapport, il ne doit pas être regardé non plus comme tout-à-fait innocent , car il réveille assez souvent des troubles sympathiques, lesquels heureusement ont coutume de se dissiper dès l'instant où l'on cesse l'usage des moyens exclusivement externes.
L'application des procédés thérapiques externes sera, si l'on fait abstraction des inconvénients du modus procedendi, préférable en gêné-
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. n,"
rai à la médication interne lorsque son application ne sera pas entourée d'obstacles matériels et si certaines circonstances telles que la périodicité, par exemple, n'indiquent pas formellement une médication interne spécifique.
On se souvient que dans le chapitre qui précède, nous avons considéré successivement à propos de chaque agent thérapeutique son usage interne et son emploi externe. Nous nous proposons de considérer également, dans celui qui va suivre, les applications étendues et les applications circonscrites des différents moyens qui vont faire le sujet de noire étude.
Nous essayerons aussi de tracer les indications et les contre-indications particulières à chaque agent, — et nous ferons connaître toutes les fois que cela sera possible, le mode d'action thérapeutique que nous croirons devoir attribuer à chacun d'eux.
La médication anti-névralgique interne, telle que nous l'avons exposée, se compose presque ex';lusivement d'agents pharmaceutiques. La thérapeutique externe, au contraire, puise à des sources multiples. Nous commencerons par examiner les moyens qui se rapprochent le plus de ceux que nous avons précédemment étudiés.
Irritants.
Voici, tels qu'ils résultent des recherches modernes, les effets physiologiques exercés sur la sensibilité par les irritations cutanées, c'est-àdire par le contact de substances telles, par exemple, que l'essence de moutarde, qui sont propres à provoquer de la douleur dans leur point d'application :
1° Au moment même où de vives douleurs se manifestent dans le point irrité, on peut constater que ce même point a perdu son impressionnabilité à l'égard des excitants physiologiques : les sensibilités tactile et thermique sont épuisées. La surface irritée perd même la faculté de ressentir dans le sens algésique l'action d'autres agents dolorifiques. — En même temps, on constate que les parties de la peau avoisinant le point irrité ont également perdu de leur sensibilité.
Cet état Rne&Ûïésique persiste dans la plupart des cas pendant un certain temps après la disparition de la douleur provoquée par l'irritation.
2° Dans les cas de douleur préexistante, c'est-à-dire lorsqu'il existe au préalable une douleur plus ou moins superficielle, l'application d'un sinapisme ou de tout autre irritant atténue ou fait disparaître la douleur.
3" Enfin, Estor, puis Grasset (l)ont montré que l'application d'unvésicatoire, par exemple, sur un membre anesthésié réveillait dans toute l'étendue de ce membre la sensibilité émoussée ou perdue tout comme l'application d'un métal actif ou d'un aimant, que le transfert pouvait s'opérer dans ces conditions et que ranesthésie survenait alors dans le membre sain, mais en y occupant une circonscription moins étendue que l'esthésie provoquée du membre malade. — Il n'est pas nécessaire, au surplus, que le membre irrité soit au préalable en état d'anesthésie : on obtient la même anesthésié de transfert sur l'autre membre alors même qui le membre irrité jouit de sa sensibilité normale.
Les mêmes phénomènes peuvent être observés lorsque l'on fait choix d'un autre irritant que le vésicatoire, pourvu seulement qu'il ait une certaine intensité.
Ce sont là les faits élémentaires qui composent la révulsion, considérée au point de vue de son action sur la sensibilité.
L'explication physiologique de ces faits n'a pas encore été nettement établie et ne peut l'être que difficilement en raison de la complexité des phénomènes produits par l'application des irritants. Voici pourtant l'hypothèse que l'on peut émettre. On sait depuis longtemps que les irritations cutanées douloureuses exercent sur la vasciilarisation du tégument une influence très marquée. Mais on n'a bien défini ces modifications circulatoires que dans ces dernières années. Des recherches entreprises à ce sujet — recherches trop nombreuses pour qu'on ait à en citer les auteurs — il résulte que l'irritation artificielle de la peau détermine une constriction réflexe des artérioles cutanées et par suite un rétrécissement des capillaires, d'où résulte une ischémie plus ou moins prononcée, — et cela, que l'irritation soit faible ou qu'elle soit intense. Seulement, dans le cas d'irritation forte, cette période ischémique est de courte durée, quelquefois même assez courte pour passer inaperçue, et l'on voit apparaître presque immédiatement une relaxation très prononcée des vaisseaux.
Cette observation peut jusqu'à un certain point expliquer les effets dolorifuges persista7îts des révulsifs. On constate en efi'et dans les expériences métalloscopiques, où cependant les changements vasculaires sont assez modérés, que les phénomènes hyperémiques ou ischémiques marchent toujours de pair avec l'accroissement ou la dépression de la sensibilité. Dans l'insensibilisation par l'éther, la chose est encore plus évidente : la sensibilité baisse au fur et à mesure que la peau se déco-
(1) Gaz. hebd., 3&nviev, 1880, no 1, p. 8.
lore et l'anesthésie devient complète au moment où apparaît la blancheur cadavérique. L'atténuation de la douleur produite par un révulsif énergique peut donc s'expliquer par l'ischémie initiale. Dans la période ultérieure, si l'hyperémie s'établit à la surface, l'ischémie ne disparaît pas pour cela : elle ne fait que se déplacer et s'étendre aux parties plus profondément situées. Celles-ci, n'étant pas en contact immédiat avec l'irritant, sont comme si elles étaient affectées par une irritation faible. Et l'on sait que l'ischémie produite par une irritation légère est ordinairement de longue durée, soit parce que l'effet réflexe se maintient pendant longtemps, soit parce qu'il se produit une dérivation mécanique du sang vers la surface, — dérivation qui doit durer aussi longtemps que dure l'hyperémie superficielle elle-même. De là la persistance de l'anesthésie.
Quand il s'agit au contraire d'un irritant léger, c'est l'effet ischémique superficiel qui se manifeste seul et nous venons de dire que cette ischémie n'est pas fugace comme celle de la révulsion violente.
On peut opposer à cette théorie l'objection suivante : Comment se fait-il que les processus vasculaires, qui anéantissent ainsi la douleur préexistante, permettent cependant à la douleur due à l'application de l'irritant de s'établir et de se perpétuer?
Nous répondrons à cela qu'il s'agit ici de deux couches différentes diversement impressionnées. Quand nous parlions tantôt d'ischémie superficielle, il s'agissait déjà d'une ischémie occupant des couches sous-jacentes à la surface proprement dite : l'ischémie ne pourrait en effet se produire sans l'intervention des artérioles qui n'atteignent guère cette surface. Or, la surface proprement dite, c'est-à-dire la couche sous-épidermique dans laquelle viennent se répandre les terminaisons nerveuses, est directement et par suite vivement impressionnée par l'irritant, tandis que les couches inférieures ne le sont que par voie réflexe. Tant que l'anémie de la couche superficielle proprement dite n'est pas complète, l'action vulnérante de l'irritant l'emporte sur l'effet paralysant de l'ischémie et développe de la douleur, tandis que les zones sous-jacentes ne ressentent que l'influence dolorifuge de l'ischémie.
Quant à l'insensibilisation des parties circonvoisines obtenue par l'action d'un irritant énergique, c'est encore le résultat d'une ischémie réflexe ou collatérale : la zone en question se trouve placée dans les mêmes conditions que les parties profondes et doit s'anesthésier comme elles.
Une dernière question se pose. Est-ce l'action physico-chimique pure de l'irritant qui produit tous ces effets? Il paraît qu'il n'en est point ainsi. Ce serait si pas uniquement, au moins presque exclusivement à la douleur perçue que serait due l'action révulsive. C'est au moins dans ce sens que l'expérience s'est prononcée. Quand on insensibilise au préalable, l'effet ischémique ne se manifeste plus. Dans les observations de Grasset, il faut donc admettre que c'est seulement lorsque le vésicatoire a réveillé la sensibilité du membre anesthésié que les effets anesthésiques commencent à se développer de l'autre côté.
L'expérimentation confirme donc ici le vieil adage hippocratique : dolor sedat dolorem.
Indications. — Les remarquables propriétés dolorifuges des irritants devaient naturellement leur assigner un rang élevé dans la médication antinévralgique. Il ne faut pourtant point s'exagérer leur portée. Lorsqu'il existera, par exemple, une lésion irrémédiable du nerf ou des centres nerveux, ou bien que la névralgie sera symptomatiqued'un état général morbide, le révulsif restera à peu près sans action ; il n'apportera, en tout cas, qu'un soulagement passager. —Mais si, au contraire, la névralgie est idiopathique ou simplement de nature congestive, le révulsif pourra non-seulement faire disparaître la douleur, mais détruire la disposition névralgique elle même pourvu que celle-ci ne soit pas de date trop ancienne.
Si tous les irritants ont une action commune, la durée et l'intensité de cette action diffèrent suivant la nature de l'irritant. De là des indications spéciales pour chacun d'eux. On peut, sous ce rapport, les diviser en quatre groupes. Les irritants légers, à action fugitive, ne serviront à combattre que des douleurs passagères et de médiocre intensité. — Les irritants faibles, mais à longue portée, s'adresseront aux névralgies peu douloureuses mais tenaces. — C'est aux irritants à courte portée, mais énergiques, qu'on aura recours dans les cas de douleurs aiguës mais encore de fraîche date. — Enfin, on devra produire une irritation violente et prolongée si l'on veut triompher d'un mal intolérable et opiniâtre.
Les irritants répondront, comme on le voit, à toutes les indications qui pourraient se présenter : il y a seulement un choix à faire.
Contre-indications. — Les principales et presque uniques contre-indications à leur emploi sont la douleur et Vinflanimation qu'ils occasionnent. 11 est des cas où ces inconvénients deviendront assez sérieux
pour faire abandonner la médication révulsive : la souffrance fera souvent refuser au patient de se soumettre aux applications répétées de l'agent révulsif, — et l'inflammation de la partie malade, pouvant être suivie d'accidents graves, rendra parfois impossible l'application de l'irritant loco dolenti (dans les névralgies oculaires, par exemple). Ces contre-indications seront surtout prises en considération quand il s'agira de sujets très impressionnables, débilités ou avancés en âge.
Mode d'application. — Il faut appliquer le révulsif le plus près possible du nerf malade et sur les points douloureux quand ils sont accessibles. Anstie (1) prétend à tort qu'il est préférable de faire agir le révulsif à une certaine distance du foyer douloureux dans un point en communication nerveuse avec ce foyer : au niveau du trou de conjugaison, par exemple, dans la névralgie intercostale, à la nuque pour combattre les névralgies du trijumeau. Si cette pratique a pu enregistrer quelques succès, ils sont dûs sans doute à l'existence des connexions récurrentes qui sont inconstantes et variables dans leur disposition. Il serait donc irrationnel de vouloir l'ériger en méthode.
Il ne faut pas craindre de réitérer l'application du révulsif quand la première tentative n'a pas donné de résultat complet.
Les névralgies superficielles seront en général le plus accessibles à ce mode de traitement. Mais il ne faut pas cependant, comme le font certains auteurs, leur refuser toute efficacité contre les névralgies profondes.
— Nous pouvons maintenant aborder l'étude des révulsifs en particulier. Nous chercherons à conserver dans cette énumération successive la gradation que nous avons établie plus haut, en faisant observer toutefois que les différents groupes auront entre eux plusieurs points de contact et que leur séparation n'a pour nous rien d'absolu.
Premier groupe. — irritants légers et à courte portée.
Nous ne parlerons ici que de la moutarde et de quelques autres rubéfiants. Il est beaucoup d'autres agents irritants de la même catégorie, mais il ne sont pas mis en usage dans les névralgies cérébro-spinales : on les réserve en général pour les névralgies musculaires.
Hoiitarde. — La douleur que son application provoque est assez
(1) Op. cit., p. 192. •
vive et a l'avantage de produire une simple rubéfaction de la peau, lorsqu'on a soin naturellement d'en mesurer l'action.
C'est surtout dans les névralgies intercostales que nous avons eu à nous louer de sinapismes appliqués pendant un quart d'heure environ au niveau de chaque point douloureux.
On peut également obtenir une rubéfaction presque immédiate par des frictions alcooliques, térébentliinées, ammoniacales, cantharidiennes. Mais surtout depuis l'invention des papiers RigoUot, la préférence doit être donnée à la moutarde dont l'application est plus simple et dont l'effet peut être plus facilement gradué.
Vinaigre. — Nous n'aurons à mentionner ici que le traitement du docteur Ebrard, de Nîmes, contre la sciatique et aussi contre toutes aftections névralgiques. Il consiste dans l'application d'un fer à repasser chauffé et enveloppé d'un morceau de laine imbibé de vinaigre, répétée deux ou trois fois par jour. Se produit-il en réalité, comme le suppose Eè/'rtrrf, une aimantation du fer et un dégagement d'électricité pair le vinaigre, ou bien y a-t-il ici simplement une action révulsive? La question n'a pas été scientifiquement étudiée, et l'on peut dire jusqu'ici que le principal avantage de la méthode est sa simplicité pratique.
Deuxième groupe. — Irritants légers et à longue portée.
Huile de crotoii ti^liiiui. — Cette substance n"est que rarement employée dans le traitement des névralgies. On guérit cependant avec elle des douleurs pleurodyniques et des névralgies musculaires. L'addition à l'huile de croton d'une certaine quantité de teinture d'iode en modifie notablement l'action, et la rend plus applicable au traitement des névralgies en circonscrivant davantage ses effets irritants et en susbtituant à la pustulation habituelle une véritable vésication.
Huile de eajepuf. — Elle obéit aux mêmes indications que l'huile de croton; on sait seulement que son action révulsive est très légère.
l*oîx de Boui'g'og-ne. — Des applications permanentes d'emplâtre de poix de Bourgogne ont été employées, à cause de leur action lente et prolongée, contre des douleurs névralgiques sourdes et an-
ciennes : c'est ainsi que la culotte du bourreau de Lyon, qui n'est qu'un vaste emplâtre de poix de Bourgogne enveloppant complètement le membre malade, a pu guérir des sclatiques restées rebelles aux traitements les plus énergiques.
Mais c'est dans les névralgies musculaires qu'on s'en est servi avec le plus d'avantage.
Nous croyons que ce succès doit être imputé à l'influence qu'exerce cette révulsion lente, non pas directement sur la douleur, mais sur le travail congestif ou phlegmasique qui est le résultat presque inévitable d'une stimulation douloureuse de longue durée.
L'emplâtre poreux d'Alcock agit dans le même sens.
Acupuncture. — Ce sont les Chinois et les Japonais qui ont imaginé ce procédé singulier sous l'inspiration d'une théorie médicale plus singulière encore (1). Importé en Europe par Berlioz (1810), il fut étudié par un chirurgien français d'un grand renom, Jules Cloquet.
Mode d'action. — Il est résulté des expériences instituées par ce chirurgien et des faits nombreux recueillis par d'autres auteurs que les aiguilles enfoncées dans des tissus sains donnent lieu à des phénomènes très variables que nous allons faire connaître. Outre une douleur assez aiguë se produisant au moment de la piqûre, le patient éprouve des sensations multiformes, telles que des élancements douloureux, de la chaleur, du froid suivi de sueur, de la pesanteur ou de l'engourdissement. Quelquefois, tous ces phénomènes manquent, et le sujet ne ressent rien.
Les phénomènes objectifs se réduisent ordinairement à un petit noyau inflammatoire, comme furonculeux, qui se forme autour du point où l'aiguille a pénétré dans la peau. Du reste, celle-ci a pu être enfoncée dans n'importe quel tissu sans que sa présence (à moins qu'elle n'eût été par trop prolongée) ait jamais donné naissance à des accidents sérieux.
Il est manifeste que l'agho-puncture n'est qu'un mode particulier de révulsion. Elle produit vraisemblablement dans l'intérieur même des tissus les mêmes effets que le sinapisme à la surface. Peut-être aussi que des réactions électriques légères, naissant au contact du métal et de la chair, viennent s'ajouter à l'action révulsive et concourir, dans une certaine mesure, au résultat thérapeutique.
(1) Ils supposaient que rintroduction des aiguilles donnait issue à des vapeurs délétères dont la présence était la cause de la plupart des maladies.
d82 LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT.
Indications. — Les auteurs rapportent des cas de névralgies faciales, de sciatiques traitées avec succès par l'acupuncture. FuUer a fait disparaître des sciatiques en enfonçant des aiguilles sur le trajet du nerf; Meyranx a combattu la migraine par l'acupuncture ; un médecin italien, de Camino (1) cite des cas de névralgies faciales guéries par le même traitement ; il a constaté, comme Trousseau l'avait observé déjà, que la douleur disparaissait parfois au moment même où les aiguilles venaient de pénétrer dans les tissus. — Mais tous les cas ne sont pas aussi favorables : l'effet curatif peut ne se manifester que beaucoup plus tard ou demeurer tout-à-fait nul ; on a même vu le mal ne disparaître qu'après l'extraction des aiguilles.
L'incertitude des résultats et la vivacité de la douleur n'ont pas empêché le public, notamment le public féminin, de se soumettre avec ardeur à cette pratique bizarre. Mais maintenant que d'autres agents inconnus alors ont augmenté nos richesses thérapeutiques, plus n'est besoin, à part d'assez rares exceptions, de recourir à l'acupuncture.
Mode d'application. — Les aiguilles à acupuncture sont en métal (acier, or, argent, etc.), longues et flexibles, montées sur un petit manche cylindrique ou prismatique. Après les avoir enduites d'huile ou de vaseline, on les enfonce rapidement, en faisant tourner le manche entre les doigts en même temps qu'on exerce une certaine pression. Si la douleur est étendue, on peut placer plusieurs aiguilles à des distances plus ou moins rapprochées, soit simultanément, soit successivement. Il est de règle de choisir les points qui sont le plus douloureux. Les aiguilles peuvent rester en place un ou deux jours; ordinairement on les retire au bout de quelques minutes, et plus rarement de quelques heures.
Réviilseiir de Bauiisclieidt. — Cet instrument, appelé aussi dennalnoticon (vivificateur de la peau), réveilleur de vie, a été inventé en 1848 par le mécanicien allemand dont il porte le nom.
Il se compose essentiellement d'une tige jouant dans une canule et terminée à l'une de ses extrémités par un ressort fixé sur un disque de plomb, dans la face libre duquel sont implantées quarante aiguilles parallèles de 2 centimètres de longueur. C'est, en somme, un appareil à acupuncture instantanée.
Mode d^application. — On applique sur la peau l'oriUce de la canule
(\j Journ. de méd. de BruxeUes. T. XXIII, 1861, p. 534.
correspondant aux aiguilles, on opère une traction sur l'extrémité libre de la tige pour tendre le ressort, — puis on lâche subitement cette extrémité, et le ressort en revenant sur lui-même enfonce les aiguilles dans la peau. On produit ainsi en quelques instants des piqûres nombreuses et plus ou moins profondes. La douleur est insignifiante quand on opère avec promptitude.
L'action de cet instrument est augmentée par l'application sur la peau criblée d'une huile irritante {oJeum Baunschekltii) ayant pour base le sinapis nigra et le piper nigrum — que peut d'ailleurs avantageusement remplacer l'huile de Croton.
Mode d'action. — L'invention du réueilleur de vie a soulevé en Allemagne un véritable enthousiasme dont plusieurs médecins n'ont même pu se garantir. Il a été expérimenté en France beaucoup plus tard.
D'après Gibert, cet instrument produirait les effets immédiats suivants : « fluxion, rubéfaction circonscrites de la peau, excitation des nerfs et des vaisseaux cutanés, phlogose superficielle, et, consécutivement, apparition d'une éruption vésico-pustuleuse confluente d'une durée d'un septénaire, suivie d'une desquamation sans cicatrice. »
L'onction consécutive ne fait que corroborer et prolonger les effets de la piqûre.
Le réveilleur de vie aurait sur les autres moyens ordinaires de révulsion les avantages suivants : il éviterait la diphthérite cantharidienne, la suppuration, la douleur; il n'est nullement effrayant; — il agit instantanément ; — son application peut être étendue et répétée à volonté; — il n'exige aucun pansement. Ses effets se rapprocheraient assez, comme on le voit, de ceux de l'électrisation.
Indicalions. — Des névralgies musculaires anciennes auraient cédé à son emploi. Quant aux névralgies des conducteurs nerveux, Leroy de Méricourt (1), qui Ta essayé dans deux cas de névralgies sciatiques rebelles à de nombreux moyens précédemment employés, dit n'en avoir retiré aucun avantage sensible, tandis que la faradisation a triomphé en quelques séances de la douleur névralgique. Il a noté le même insuccès dans deux cas de gastralgie anémique. Entre nos mains, il a fait promptement justice de névralgies intercostales et sciatiques parfaitement caractérisées.
(l) Leroy DE MÉRicouRT. iVoîe swr V emploi du révulseur de M. Ch. Baunscheidt, Bulletin de thérapeutique, 1862, t. LXII, p. 342 et suiv., p. 402 et suiv.
Ce moyen n'a, en somme, rien de spécifique : c'est seulement un mode de révulsion de plus dont nous avons fait connaître les indications en en signalant les avantages.
Troisième groupe. — Irritation vive et à courte portée.
Uélectrisation est à peu près le seul moyen capable de produire instantanément une révulsion à la fois violente et momentanée. Comme telle, elle devrait être placée en tête de notre troisième groupe : mais l'absence presque complète d'irritation tégumentaire, absence qui fait comprendre la fugacité de son action, ne nous permet pas de ranger l'électricité parmi les irritants. Aussi la passerons-nous ici sous silence pour nous en occuper plus tard, à la suite du calorique.
Vésîcatoîre. — L'étude que nous avons faite précédemment de la révulsion nous dispense de nous étendre ici sur l'action physiologicothérapeutique des épispastiques.
La vésication peut s'obtenir par les différents moyens indiqués au sujet de la méthode endermique. Mais le seul que nous ayons ici en vue, le plus pratique et le plus usité à la fois, est l'emplâtre cantharidé. Les effets successifs de son application sont : 1" la rubéfaction ; 2" la vésication] 3" Vukération. Cette dernière ne s'obtient pourtant pas directement ; il faut, pour l'atteindre, enlever l'épiderme et appliquer sur le derme dénudé une substance irritante.
Quel est le mode, ou si l'on veut, le degré d'action auquel il faut donner la préférence dans le traitement des névralgies? Il suffit de remarquer que l'action propre des épispastiques est la vésication, et que les deux autres révulsions peuvent être obtenues d'une façon plus sûre par d'autres moyens, pour en induire que le vésicatoire doit être uniquement employé comme tel. Il est inexact que les vésicatoires entretenus possèdent , dans les névralgies anciennes, une supériorité réelle sur les vésicatoires simples fréquemment répétés. Les premiers ne peuvent être employés avec quelque avantage que dans les cas où la vésication cause au malade une impression tellement douloureuse qu'il se refuse absolument à de nouvelles applications. D'après cela, l'opinion ancienne de Valleix, partagée par Anstie et corroborée par notre propre expérience, est celle qui doit prévaloir encore aujourd'hui.
Les vésicatoires volants sont incontestablement un des remèdes les plus efficaces contre les névralgies. Valleix signale 39 gérisons complètes sur 52 cas; des 13 malades restants, 7 ont été soulagés et 6 n'ont éprouvé
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aucune amélioration dans leur état. Mais l'auteur attribue à un défaut de persévérance l'échec qu'a subi dans ces cas son moyen de prédilection.
Les règles qui doivent présider à l'emploi des vésicatoires sont les suivantes :
1» Le vésicatoire doit toujours avoir une certaine étendue ;
2° Il faut l'appliquer sur le point ou sur les points douloureux ; — et lorsque cela n'est pas possible, sur le point accessible le plus voisin de l'origine du nerf;
3" Il convient enfin de poursuivre le mal partout où il se manifeste, par des applications réitérées du même moyen.
Indications. — Les névralgies que le vésicatoire guérit le mieux sont les névralgies ramiculaires récentes, superficielles, notamment l'intercostale. Mais il peut aussi triompher d'une sciatique déjà ancienne comme tous les praticiens ont eu l'occasion de le constater.
Contre-indications. — Il existe des personnes chez lesquelles le vésicatoire provoque des souffrances tellement aiguës que le remède est moins supportable que le mal. L'addition d'hydrochlorate de morphine à la poudre de cantharides {Piédagnel), les injections préalables de morphine sont des moyens insuffisants pour atténuer, dans ces cas, l'excès de la douleur. On comprend que dans de pareilles conditions, on doive hésiter à prescrire les épispastiques. Chez d'autres sujets il se produit, indépendamment de la douleur locale, un éréthisme général des plus pénibles, qui nuit beaucoup au résultat définitif de la révulsion. Enfin, il est des malades qui sont frappés de cantharidisme aigu chaque fois qu'ils sont soumis à l'application d'un vésicatoire, et il n'existe malheureusement aucun moyen efficace — quoi qu'on en dise — pour prévenir cet accident. L'interposition du papier de soie, l'addition de la poudre de camphre sont sans effet.
Le vésicatoire offre encore l'inconvénient de ne pouvoir être appliqué sur tous les points du corps : le visage, la plante des pieds, les plis des jointures ne se prêtent point à l'emploi de l'emplâtre cantharidé. — Mais il est vrai que l'on peut alors substituer à ce dernier le collodion cantharidé dont les effets sont à peu près les mêmes.
Quatrième groupe. — Irritation vive et à longue portée. Dans cette classe, où nous aurions pu faire rentrer aussi le vésicatoire
suppuré, nous rangeons Véméliqiie en applications locales et la caïUérisatlon.
Einétique — Mode d'action Ihérapeutique. — Vémétique, dissous dans l'eau ou incorporé à l'axonge, produit par son application sur la peau, au bout d'un temps assez variable (ordinairement deux à trois jours), une éruption pustuleuse. Celle-ci n'est pas constante. /. Guérin a même rencontré des malades dont le tégument était, dans certains points, absolument réfractaire à l'irritation stibiée.
Cette éruption, lorsqu'elle vient à se produire, ne se fait pas sans une vive inflammation, et c'est cette inflammation même qui opère sur la névralgie une révulsion salutaire.
Indications et contre-indications. — On emploie assez rarement le tartre stibiédans le traitement des névralgies, parce que son action ne se circonscrit pas facilement dans un trajet linéaire, que l'évolution des pustules s'accompagne de vives souffrances, et qu'enfin, en s'ulcérant, ces pustules laissent des traces profondes. On est parvenu cependant, par des procédés que nous allons faire connaître, à parer au premier de ces inconvénients.
Mode d' administration. — Les moyens qu'on emploie le plus ordinairement sont des frictions pratiquées avec une pommade stibiée (4 à 8 parties d'émétique pour 30 d'axonge). On a prétendu qu'en faisant dissoudre d'avance l'émétique dans un peu d'eau on n'obtenait pas d'éruption pustuleuse ; mais nous nous sommes assuré qu'on ne pouvait poser aucune règle à cet égard. On prescrit encore un emplâtre de poix de Bourgogne saupoudré avec 8 à 16 grammes d'émétique suivant l'étendue de l'emplâtre. Quelques médecins incorporent l'émétique à l'huile; d'autres se servent d'une solution aqueuse concentrée. Lafargue a employé cette dernière pour pratiquer l'i^ocu/rt/fo» stibiée. Quelques minutes après l'introduction du médicament, la piqûre se couvre d'une papule qui se transforme en pustule vingt-quatre heures après. Debourye (de Rollot) a ajouté à ce procédé une modification des plus avantageuses. La pustule une fois formée, il applique soit une goutte de la même solution, soit un peu de pommade stibiée sur la pustule elle-même, en déchirant ou non l'épiderme. Sous l'influence de cette nouvelle application, qu'on renouvelle plusieurs fois dans la journée et plusieurs jours de suite, la suppuration s'entretient et la pustule s'agrandit.
L'inoculation pure et simple permettait déjà de circonscrire l'action de l'émétique : le procédé de Debourge fournit le moyen d'augmenter graduellement son énergie. La méthode s/i^/o-rf^rmif/i/^ devient ainsi, par ce double perfectionnement, un moyen puissant qui est appelé à rendre des services, et auquel son auteur devrait déjà la guérison de certaines névralgies, entre autres d'une sciatique très douloureuse, d'une gastralgie et d'une névralgie du cœur.
Cautérisation. — Pour apporter plus de méthode dans l'étude de ce moyen, nous examinerons séparément le cautère et la cautérisation proprement dite.
a) Cautère.
Mode d'actioji. — Le cautère est un révulsif qui ne s'établit pas sans une vive douleur, dont l'action directe intéresse longuement et profondément les tissus tégumentaires. L'irritation qui persiste jusqu'au moment de la cicatrisation entretient à son tour cette action.
fndications et contre-indications. — Il en résulte que le cautère trouvera son indication dans la plupart des cas où des vésicatoires réitérés n'auront donné que des résultats négatifs ou insuffisants. Mais il faudra que la douleur ait une grande intensité pour que l'on se décide, même dans ces circonstances, à recourir à l'établissement d'un cautère, car, dans le cas contraire, la souffrance et la gêne causée par celui-ci sont assez insupportables pour qu'on leur préfère encore la douleur névralgique.
Plus encore que pour le vésicatoire, il existe pour le cautère des points du corps où l'on ne peut pas l'appliquer.
Mode d'application. — On peut ouvrir un cautère de différentes façons, et chacun de ces genres d'application a ses indications particulières. Voudra-t-on obtenir une révulsion énergique et presque immédiate, mais d'une durée limitée, on fera usage du bistouri. Désireral-on , au contraire , agir moins fortement , mais prolonger plus longtemps l'action du révulsif, on rejettera l'incision pour avoir recours au vésicatoire dont on entretiendra la suppuration, par un pois à cautère animé d'onguents irritants. Se trouvera-t-on enfin dans la nécessité de produire une irritation vive, durable, et plus étendue en profondeur qu'en surface, ce sont les caustiques potentiels et notamment la pâte de Vienne que l'on devra choisir.
Nous ne parlons pas ici du cautère actuel sur lequel nous reviendrons bientôt.
Les indications que nous venons de tracer ne pourront pas toujours être suivies parce que les malades refuseront assez souvent de se soumettre à l'application du procédé dont on aura fait choix. Celui qu'ils accepteront d'habitude avec le moins de répugnance, mais qui, malheureusement, est le plus défectueux, est le vésicatoire suppuré au milieu duquel le pois à cautère se creusera peu à peu une loge par des applications réitérées, ou que l'on entretiendra au moyen d'onguents ou de papiers épispastiques.
Une modification a été apportée à la pratique suivant laquelle on établit ordinairement un cautère. Cette modification a pour but de permettre beaucoup plus souvent la cautérisation potentielle en la rendant moins douloureuse. Elle consiste dans l'addition à la poudre de Vienne d'un quart d'hydrochlorate de morphine; ce mélange, qui doit être intime, se fait à sec; puis on fait une pâte en y ajoutant du chloroforme, de l'alcool ou de l'eau. Piédagnel, qui a imaginé cette composition, prétend qu'elle détermine une eschare sans causer de douleur et sans donner lieu à aucun phénomène d'intoxication morphique. Mais cette cautérisation anesthésique locale, comme il l'appelle, ne laisse pas que de produire encore une vive douleur, et n'ôte rien de la cuisson intense qui succède ordinairement à la formation de l'eschare.
Les injections préalables de morphine sont un peu plus efficaces.
b) Cautérisation proprement dite.
Nous venons de voir que le cautère chimique est employé surtout dans le but d'ouvrir un exutoire et d'entretenir par là une révulsion forte et prolongée. Dans la cautérisation, au contraire, on cherche des effets immédiats ; c'est l'analogue du vésicatoire volant, comme le cautère est celui du vésicatoire suppuré.
Leurs indications relatives seront donc celles de ces deux genres de vésicatoires, à part l'intensité plus grande de leur action. Encore ici, c'est la cautérisation qui donnera les résultats les plus avantageux.
La cautérisation se pratique au moyen de divers agents en tête desquels il faut placer le calorique.
Calorique. — Cet agent irritant peut, à lui seul, développer tous les degrés d'irritation. Mais nous laisserons à peu près de côté la rubéfaction produite par l'eau chaude, la vésication due au marteau de Mayor,
l'eschariflcation résultant du moxa, etc., pour ne considérer que la forme pour ainsi dire exclusive sous laquelle on l'applique au traitement des névralgies : la cautérisation actuelle, comprenant les, pointes de feu et la cautérisation transcurrente.
Mode d'action. — Toutes deux produisent une douleur subite, aiguë, mais passagère, suivie après l'opération d'une souffrance relativement modérée. Elles donnent lieu en même temps à une inflammation très vive allant jusqu'à l'eschariflcation de la peau, à laquelle succède toujours une assez longue suppuration.
Indications et contre-indications. — On comprend quels sont les avantages d'un agent qui provoque une telle révulsion. Aussi sera-t-on autorisé, dans presque tous les cas de névralgies cérébro-spinales idiopathiques intenses et rebelles, à appliquer le cautère actuel sur le trajet des nerfs douloureux.
Les pointes de feu, dont l'action est moins étendue mais plus profonde que celle des raies, seront opposées à des douleurs ayant pour siège des portions très circonscrites de cordons nerveux enfouis dans l'épaisseur des tissus, tandis qu'on se contentera de tracer sur la peau, à l'aide du fer chauffé à blanc, les lignes suivant le plus exactement possible le trajet du nerf malade, lorsque celui-ci sera superflciel et qu'on aura lieu de supposer que la douleur est moins tenace.
L'opération aura évidemment plus de chances de succès si les douleurs occupent toujours les mêmes trajets; mais, contre l'opinion de Jobert, on a vu des névralgies mal circonscrites, à points douloureux variables, céder également à l'emploi du feu (Vcdleix).
Des deux méthodes de cautérisation, l'application ponctuée est la plus ancienne et elle a donné plus d'un succès : Vcdleix parle, entre autres, d'une sciatique flxée à la plante du pied, qui a cédé instantanément et déflnitivement à une cautérisation profonde pratiquée au niveau du nerf plantaire interne avec un cautère en roseau.
Cependant, depuis les essais de Jobert, c'est à la cautérisation transcurrente qu'on a le plus habituellement recours.
Fleury (1), en signalant les résultats remarquables qu'il en a obtenus, a contribué à faire adopter ce mode de cautérisation. Valleix lui-même qui, dans les premiers temps, avait dans ce moyen une très médiocre conflance, lui a rendu plus tard la justice la plus complète. Il a re-
(1) Fleury. Traitonent des névralgies par la cautérisation transcurrente, in JJnio'n médicale. Octobre J847.
connu vers la fin de sa carrière que la cautérisation transcurrente avait sur le vésicatoire les avantages « d'une application moins souvent répétée, puisque, dans un peu plus des deux tiers des cas, une seule a suffi, d'une douleur beaucoup moindre, puisqu'on peut éthériser le malade, d'une efficacité plus grande, puisque des névralgies qui avaient résisté au vésicatoire ont été enlevées par le cautère actuel, enfin, d'une guérison plus rapide (1). » Il lui reconnaît, en un mot, « une supériorité incontestable sur le vésicatoire (2). «
Nous citerons, comme très démonstratif, un cas récent rapporté par Seguin (3). Il s'agissait d'une névralgie pédieuse d'origine traumatique durant depuis un an, qui a été radicalement guérie par des cautérisations réitérées.
Il est vrai qu'à côté de ces avantages, qui sont réels, il y a par dessus tout son apparence effrayante et la terrible appréhension qu'elle fait naître, puis la douleur vive qu'elle entraîne lorsque l'anesthésie est impossible.
Mode d'application. — La cautérisation transcurrente se pratique d'une manière très simple : elle se fait avec un petit cautère en fer de hache, presque tranchant et chauffé à blanc, que l'on promène sur la peau avec lenteur et légèreté le long du trajet présumé du nerf; on s'arrête un peu plus au niveau des points les plus douloureux. Puis on recouvre la partie d'un linge cératé et d'un pansement simple. Valleix, qui ne fait qu effleurer la peau, applique simplement des linges imbibés d'eau froide.
Grâce aux appareils galvano-caustiques si perfectionnés d'aujourd'hui, grâce aux facilités plus grandes encore qu'offre maintenant le thermo-cautère de Paquelin, jointes à la découverte des propriétés anesthésiantes du bromure d'éthyle qui n'est pas inflammable, et surtout à l'invention récente des appareils insensibilisateurs de von Lesser, la cautérisation actuelle est devenue une opération tout à fait anodine que les sujets les plus pusillanimes acceptent aujourd'hui sans répugnance.
Nous venons de dire qu'on suivait autant que possible le trajet du nerf. Mais on a proposé, il y a un certain nombre d'années, d'appliquer le cautère loin du point malade. Malgaigne a pratiqué la cautéri-
(1) Compcndiiim de médecine pratique, t. YI, p. 184.
(2) Il est regrettable que Valleix ait reconnu si tardivement son erreur. C'est parce qu'elle est restée consignée dans son livre et que les praticiens pourraient lui accorder créance que nous nous sommes élevé plus haut contre ses premières assertions.
(3) Arch. ofmedicine, 1879, t. 1, p. 3.
sation de Vhélix pour guérir des névralgies sciatiques, et l'on a traité depuis par le même procédé et avec un égal succès des névralgies faciales rebelles.
L'efficacité de ce moyen a été néanmoins contestée. Les succès qu'on prétend en avoir obtenus ne tiendraient en tout cas à nulle autre chose qu'à la révulsion violente causée par la douleur, et une pointe de feu appliquée dans tout autre point de l'économie aussi sensible que l'hélix donnerait à coup sûr les mêmes résultats. C'est au moins ce que feraient croire les expériences de Duchemie (de Boulogne).
Les moxas sont d'un usage très restreint, quoique certains praticiens, et entre autres Barras (1), aient mis en eux une assez grande confiance. Le dernier auteur recommande seulement de les appliquer sur le nerf affecté, point sur lequel ils ne produisent qu'une sensation particulière assez peu douloureuse, tandis qu'appliqués dans un point éloigné, ils occasionnent les plus vives souffrances sans diminuer en rien la douleur névralgique.
Des substances chimiques, autres que la potasse caustique ou la pâte de Vienne, sont encore employées, mais plus rarement que le feu, pour produire la cautérisation proprement dite. Elles sont moins effrayantes que le fer rouge et causent une souffrance moins aiguë, mais elles donnent une plus grande somme de douleur à cause de la lenteur de leur action.
Tels sont les acides minéraux concentrés : l'acide sulfurique et l'acide nitrique, par exemple.
Fflode d'application. — Legroux (2) et Dubourg ont traité des névralgies par le moyen de l'acide sulfurique et ont réussi dans plusieurs cas de sciatique. Voici quel était leur modus operandi. Un pinceau d'ouate ou mieux de charpie est imbibé du liquide caustique et passé rapidement sur les foyers douloureux, d'abord de haut en bas, puis de bas en haut ; on dépasse dans cette dernière direction le point de départ pour étaler l'acide qui s'est accumulé à l'endroit où le pinceau a d'abord été appliqué. On se sert d'acide étendu pour les névralgies légères, d'acide concentré pour les cas rebelles. La cautérisation , pratiquée, on humecte légèrement la partie et on l'entoure d'une couche d'ouate.
(1) Traité sur les gastralgies et les entéralgies ou maladies nerveuses de l'estomac et des intestins. 2^ édit. Paris, 1827, p. 5 et suiv.
(2) Bulletin de thérapeutique. Septembre et octobre 1852.
Hamon a guéri des névralgies viscérales par la cautérisation radiée pratiquée avec Vacide nitrique.
Le nitrate d'argent lui-même a été employé sous plusieurs formes. Marotte faisait simplement usage de crayon. Betz (4) a recommandé Vemplâtre de nitrate d'argent contre la sciatique (0,60 à 1,00 : 30 de préparation emplastique).
Injections irritantes. — Liiton a préconisé récemment l'emploi des injections de nitrate d'argent. Cette méthode a été expérimentée par Ledentu, Damaschino, Gérin-Roze, Dureau et Angelé (2). Il résulte de ces recherches que les susdites injections réussiraient seulement dans les cas de douleurs névralgiques ou névralgiformes de cause locale. Elles ont donné de très nombreux succès dans la sciatique. Elles seraient en tout cas supérieures aux injections de teinture d'iode, de sel marin, de teinture de cantharides également essayées par Luton.
Les avantages des injections irritantes consistent dans la facilité de leur application, dans la bénignité apparente de l'opération, dans la possibilité de graduer la révulsion en injectant en plus ou moins grande quantité des solutions de concentrations diverses. Mais on doit reconnaître qu'elles offrent aussi des inconvénients sérieux ; elles provoquent en effet des douleurs souvent très vives ; elles déterminent presque toujours des inflammations phlegmoneuses se terminant par des abcès enkystés qui laissent après eux des nodosités persistantes.
Mode d'application. — Chaque auteur a employé une solution différente. La meilleure paraît être celle qu'a proposée Damaschino ; c'est une solution au quart dont on injecte 4 à 5 gouttes dans le tissu sous-cutané, au niveau du point douloureux, et quelquefois, comme dans la sciatique, vers le point d'émergence du nerf. Suivant la juste remarque de Luton, l'irritation est d'autant plus vive que l'injection est pratiquée plus près de l'extrémité du membre, en sorte qu'il faut graduer la force de l'injection suivant le lieu où l'on opère.
Pour rendre l'injection moins douloureuse, on peut d'ailleurs tenter au préalable l'anesth'ésie locale — ou pousser un centigramme de morphine dans le tissu hypodermique.
(1) Betz. Zur Pathologie und Thérapie der Fschîas. Memorabilien, 1865.
(2) Angelé. Contribution à l'étude des névralgies au point de rue de leur nature et de leur traitemenl par les injections irritantes. Paris, 1878.
Aquapuiictui'e. — L'aquapuncture ou, comme on dit quelquefois moins correctement Vhydropuncture, est un procédé de révulsion nouveau qui a été préconisé dans ces derniers temps par de Laurès (1), Bonnemaison (2), Senajan (3) et Siredey (4). Il consiste dans la projection sur la peau, à une distance de quelques centimètres, d'un très mince filet d'eau (douche capillaire) lancé sous une très forte pression (20 à 25 atmosphères). Ce filet d'eau agit à la façon d'un instrument piquant : au bout de quelques instants il dissocie l'épiderme et pénètre dans l'épaisseur même du derme en produisant une petite élevure blanche semblable à la papule de l'urticaire. Elle provoque même souvent, dans le centre de la plaque, une petite suffusion hémorrhagique.
L'opération se fait au moyen d'un appareil à levier fabriqué par Mathieu et que l'on désigne sous le nom (ïaquapuncteur.
On cite des résultats brillants obtenus par cette médication : des névralgies rebelles, notamment des sciatiques, ont cédé parfois après une seule séance. Nonobstant ces succès, l'aquapuncture ne semble pas destinée à entrer dans la névrothérapie usuelle. Elle est en effet, comme nous avons pu nous en assurer nous-même, extrêmement douloureuse ; on l'a vue produire des lymphangites suppuratives étendues; enfin elle nécessite l'acquisition d'un appareil particulier et assez peu portatif.
Il nous paraît très certain d'ailleurs que l'aquapuncture n'agit guère autrement que l'acupuncture; la minime quantité d'eau que la douche filiforme introduit dans le tissu dermatique et qui fait l'office d'un corps étranger ne tarde pas à être résorbée, en sorte que l'effet révulsif de la piqûre est le seul qui se maintienne.
Injections sous-cutanées d'eau. — A côté de la douche . filiforme figurent les injections d'eau pure dont on a retiré quelques bons effets dans le traitement des névralgies. Ces injections ne diffèrent d'ailleurs des injections hypodermiques médicamenteuses que par la quantité relativement considérable d'eau introduite dans les tissus et la multiplicité des piqûres.
(Il De Laurès. Névralgies traitées avec succès par les douches capillaires. Bull, de thérap. T. LXIX, 15 juillet, p. 38.
(2) Bonnemaison. Essai de clinique médicale. Toulouse, 1874.
(4) Servajan. De l'aquapu7icture dans le traiteonent des névralgies. Paris, 1872.
(5) Siredey. De l'aquapuncture dans le traitement des névralgies. Paris, 1875.
Elles ont été employées par Manby (1), Rickards (2), Dieulafoy (3) et Bonnemaisoji (4). Dieulafoy, entre autres, en a obtenu des résultats avantageux dans la sciatique.
Ce procédé n'est point passible des objections que soulève l'aquapuncture. Il est en effet presque indolore. En raison de son innocuité complète, on pourra en faire l'essai chez certains sujets intolérants à l'égard de la morphine ; mais il ne faut pas compter sur des effets constamment satisfaisants. Bonnemaison prétend même que les injections aqueuses n'agissent que par la piqûre et par l'imagination.
Electricité. — Le fluide électrique des anciens physiciens et le prétendu fluide nerveux des physiologistes d'autrefois présentaient une analogie trop séduisante pour qu'on ne fût pas tenté d'identifier les deux principes. Aujourd'hui encore, on est forcé de reconnaître une certaine similitude entre les propriétés électro-motrices et les fonctions mêmes des nerfs (5). On voit en effet la transmission de l'irritation nerveuse s'opérer avec une vitesse égale à celle suivant laquelle se propagent les variations électro-motrices des nerfs. Il est démontré de plus que les propriétés électro-motrices d'un nerf qui fonctionne sont autres que celles du même nerf à l'état de repos, que la mise en action de l'irritabilité nerveuse amène une modification des propriétés électromotrices du nerf et que les deux changements s'effectuent dans le même sens. On doit en conclure qu'il existe une étroite corrélation entre le fonctionnement du nerf et les modifications de ses facultés électro-motrices.
De là à admettre l'identité des deux actions, il y a loin encore. 3Iais on peut au moins induire des données précédentes que l'électricité est capable de modifier l'état intime des nerfs et par conséquent de ramener à leur fonctionnement physiologique des nerfs sensitifs ou moteurs dont l'activité a été troublée et même anéantie. Des faits extrêmement nombreux sont venus démontrer à l'évidence cette influence salutaire de l'électricité. Il n'y a cependant guère plus d'un siècle que s'est révélée la puissance thérapeutique de ce mystérieux agent; et encore a-t-il fallu de bien longues années et de bien persistantes recherches
(1) Manby. The subcutaneous injections oftvater. Brit. med. Journ., 15 janvier 1877.
(2) Rickards. Subcutaneons injections of wann ivater. Bi'it. med. Journ., 15 janvier 1877.
(3) Dieulafoy. Gazette des hôpitaux, 1876, no 99.
(4) Bonnemaison. Op. cit.
{{) E. Cyon. Principes d'électrothérapie. Paris, 1873.
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. d9S
pour arriver à découvrir les indications spéciales des divers modes d'électricité et à imaginer les appareils destinés à les remplir.
On sait que l'on distingue actuellement, au point de vue thérapeutique (4), deux espèces d'électricités, bien que d'après Cyo7i, elles ne diffèrent entre elles que par leur origine, leur intensité et surtout leur durée : le galvanisme et le faradisme. Le premier s'emploie sous forme de courant continu et autant que possible constant; le second sous forme de courant interrompu (2).
Il y a quelque trente ans, après de vains efforts tentés par Sarlandière et Magendie en faveur du galvanisme, la faradisation était devenue à peu près le seul mode d'électrisation en usage. Le livre remarquable de Diichenne (de Boulogne) (3) avait particulièrement contribué à ce résultat. Les succès indéniables qu'on en avait obtenus, la commodité et la multiplicité des appareils mis à la disposition du praticien semblaient devoir assurer pour toujours à la faradisation une suprématie incontestée. — Ce triomphe n'a pourtant point été de longue durée.
Grâce aux travaux de Remak (4) et des électro-pathologistes allemands qui lui ont succédé, le galvanisme a conquis aujourd'hui le premier rang. — Il serait néanmoins injuste de contester au faradisme les services réels qu'il a rendus et qu'il est destiné à rendre encore par la suite. On verra par l'étude comparative que nous allons faire des deux procédés, qu'il peut, dans certains cas déterminés, constituer une médication excellente et donner des résultats au moins aussi avantageux que les courants continus.
• Faradisation.
Si l'on s'en tient aux données de l'expérience, on peut dire que la faradisation, appliquée au traitement des névralgies, agit comme un mode particulier de révulsion. Les courants faradiques relativement faibles, c'est-à-dire ne produisant qu'une sensation de frémissement sans douleur, sont dénués de toute efficacité. Pour qu'ils manifestent leur action curative, il faut qu'ils provoquent des impressions douloureuses.
(i) L'électricité statique est à peu près abandonnée. On a tenté toutefois, dans ces derniers temps, de la remettre en honneur. Charcot, entre autres, l'a appliquée avec un certain succès au traitement de l'hystérie.
(2) C'est à Masson que l'on doit la découverte des moyens propres à établir des intermittences dans le courant faradique et les premières applications de ce courant au traitement des maladies.
(3) De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique. Paris, 1855.
(4) Remak. Op. cit.
Il faut même que ces impressions aient une assez grande vivacité.
La faradisation conserve pourtant sur les autres révulsifs cet avantage précieux qu'elle n'exerce sur la peau qu'une action passagère et que cette action n'est nullement irritante. Tout au plus survient-il une légère rubéfaction et une sorte de ressentiment douloureux persistant pendant quelques minutes après l'éloignement des excitateurs.
Le faradisme se prêterait encore à un autre usage. D'après Becquerel (1), en en modifiant le mode d'administration, on pourrait en obtenir des effets hyposthénisants. Si, par exemple, au lieu d'appliquer à la peau les excitateurs secs de Diichenne, on leur substitue des tampons humides (éponges ou disques de charbon enveloppés de peau de chamois, trempés dans l'eau acidulée) on exercerait sur le nerf, d'après lui, une action directement calmante. Mais ce mode d'électrisation intermédiaire entre la méthode faradique sèche et le courant constant ne possède ni la puissance révulsive de la première, ni l'action profondément sédative et catalytique du second. Il ne trouvera guère son indication que dans les névralgies très anciennes, occupant des nerfs situés profondément : dans les vieilles sciatiques, par exemple.
Lorsque nous parlerons de faradisation, ce sera donc toujours son mode révulsif [excitateurs secs) que nous aurons en vue, car c'est celui des deux auquel il conviendra presque toujours de recourir.
Indications. — La révulsion électrique sert surtout à combattre les névralgies à la fois aiguës, idiopathiques et superficielles, comme la plupart des intercostales. Les névralgies faciales pourront aussi être traitées par ce moyen, ainsi que nous l'avons fait assez souvent. Seulement, la douleur que l'électrisation provoque quand on l'applique sur un point de la face est parfois tellement intense qu'on est obligé d'y renoncer. Par contre, certaines sciatiques, en dépit de la situation relativement profonde du nerf, guérissent très bien par la faradisation. Quand le soulagement doit survenir, il est presque immédiat, c'est-à-dire que le malade éprouve une amélioration marquée du moment où la séance a pris fin. Si le changement est nul après une ou deux séances, il faut abandonner la médication.
Les névralgies musculaires, sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin, sont également justiciables de la faradisation.
Certaines viscéralfiies ont été amendées par l'emploi du courant interrompu.
(I) Becquerel. Traité des applications de l'électricité à la thérapeutique médicale et chirurgicale. 2e édit., 1860.
La gastralgie et le trachélisme hystérique sont de ce nombre. Il est de plus toute une catégorie de névralgies viscérales qui ne peuvent guère être traitées que par le courant faradique : celles dans lesquelles il est nécessaire d'agir sur un point très circonscrit. Le courant galvanique, en effet, doit être pour ainsi dire étalé sur une large surface, sans quoi il cautérise les tissus.
Telles seront les névralgies de l'urèthre, du col de la vessie, de l'utérus.
Mode d'application. — Le plus commode et le moins coûteux des appareils de poche usités aujourd'hui est la boîte-trousse de Gaiffe, avec auges ou avec piles toutes chargées. Le petit appareil d'induction de Ruhmkorff'est d'un prix plus élevé et moins maniable que le précédent.
L'appareil de Stôhrer, le plus usité en Allemagne, est notablement plus cher et moins portatif encore.
Les appareils magnéto- électriques et électro-magnétiques sont aujourd'hui abandonnés.
Quel que soit l'appareil d'induction dont on fait usage, voici comment on procède :
On choisit le courant de second ordre qui agit plus spécialement sur la sensibilité cutanée (Duchenne). On lui donne l'intensité nécessaire pour que son action détermine une douleur assez vive. On applique ensuite sur la peau le tampon de charbon recouvert d'une peau de chamois, imbibé d'eau acidulée ou salée, ou bien le cylindre métallique muni d'une éponge également mouillée, d'une part, et de l'autre la plaque, la vergette, ou le cautère. Si l'on usait exclusivement d'excitateurs secs, le courant se fermerait à la surface même de la peau et ne produirait" aucun effet physiologique.
On adopte la plaque lorsque l'on a affaire à un foyer douloureux mal circonscrit ou à une névralgie musculaire et que l'on ne veut pas agir avec trop d'énergie ; on fait choix du cautère quand on veut révulser vigoureusement sur un point bien limité ; on a recours au pinceau dans les cas intermédiaires.
L'excitateur sec — correspondant au pôle négatif, c'est-à-dire remplissant le rôle de catélectrode — doit être placé sur la région douloureuse (1) ; l'excitateur humide — relié au pôle positif — se pose
(1) On a quelquefois porté le cautère électrique sur des points très distants de la circonscription douloureuse, mais il faut alors que ces points soient d'une grande sensibilité, comme l'hélix et la cloison nasale, par exemple.
dans un endroit quelconque, éloigné ou voisin du premier [méthode unipolaire) (1).
Les électrodes ne sont pas promenés sur la peau, c'est-à-dire que le courant doit être stabile et non labile.
Mais cependant il est utile, dans bon nombre de cas, de suspendre de temps en temps le passage du courant, non pas en enlevant l'un des excitateurs, mais simplement en opérant sur un levier ou un bouton ad hoc une pression qui suffit pour arrêter instantanément le mouvement du trembleur. Ces pauses sont indispensables quand le sujet est très sensible à la douleur.
Les séances durent de 5 à 10 minutes et se répètent chaque jour ou même deux fois par jour. La rougeur qui se développe d'habitude au niveau du point excité ne tarde pas à disparaître en même temps que l'impression douloureuse elle-même (2).
Lorsque l'on recherche Y action sédative du courant, il faut n'employer que des excitateurs humides, adopter la méthode bipolaire en donnant au courant une direction centrifuge (pôle positif central, pôle négatif périphérique) et prolonger davantage les séances.
Enfin, dans les névralgies de l'urètre, du col de la vessie, de l'utérus, il faut employer des conducteurs revêtus d'une couche isolante, porter à l'aide de ces derniers l'excitateur métallique sur la muqueuse et appliquer l'autre électrode (humide et positif) sur la peau de la région voisine : sacrum, périnée ou pubis.
Il est inutile de dire que le moment le plus opportun pour pratiquer l'électrisation est celui d'une crise douloureuse. Cette nécessité d'attendre un accès pour traiter efiîcacement les névralgies par la faradisation est pour nous un des plus sérieux inconvénients de la méthode. On com*prend en effet combien cette condition est désavantageuse quand on songe que des distances trop grandes, des accès nocturnes, des empêchements de toute nature forceront trop souvent le malade à se priver des bienfaits de la médication électrique.
Galvanisme.
Mode d'action. — Comparé au courant faradique, le courant constant possède des avantages propres à justifier la préférence qu'on lui accorde à peu près partout aujourd'hui :
(1) C'est à tort que certains auteurs préconisent ici la méthode bipolaire : quand il s'agit d'une simple révulsion, l'action doit tout entière se concentrer sur un seul point.
(2) Pour le maniement même des appareils, c'est-à-dire pour la partie purement technique de leur emploi, nous renvoyons aux •' instructions " qui les accompagnent.
1° Il n'est pas ou presque pas douloureux (1). Lorsqu'on l'applique sur une surface suffisamment large et à dose modérée, il ne détermine au point d'application qu'un peu de chaleur et de picotement, et il n'apparaît à la peau qu'une légère rougeur, tout au plus quelques papules ou quelques vésicules.
2" Il exerce une action incontestablement hyposthénisante quand on l'applique secundum artem.
Matteucci, Longet et Becquerel ont en effet constaté depuis longtemps qu'un courant direct et continu produit, lorsqu'il est assez énergique et qu'il est appliqué pendant dix minutes sur un nerf, une dépression notable de la sensibilité et de la motilité du nerf. Mais cette anervie est peu durable, et l'application d'un courant inverse peut ramener immédiatement à son taux normal l'excitabilité du nerf. Si le courant constant est très énergique, l'insensibilité persiste longtemps après l'électrisation, et ne disparaît plus lorsqu'on change la direction du courant.
S** Il possède en outre la propriété d'agir sur la nutrititm-4es tissus en activant l'échange des matériaux. C'est là ce que l'on a appelé l'action catalytique du courant, Véledrolyse. Cet effet résolutif se fait sentir, comme tous les autres, jusque dans la profondeur des tissus.
Inclicalions . — La qualité anodine du courant constant permet de l'appliquer dans tous les cas où le courant induit doit être rejeté à cause de la douleur qu'il provoque. Ce sera le cas, par exemple, dans la plupart des névralgies faciales et chez les personnes très impressionnables.
En raison de la puissance sédative directe qu'il possède, il agira bien plus sûrement que le courant induit, celui-ci n'ayant qu'une action curative indirecte dépendant de la révulsion.
Enfin son action catalytique lui donnera le pouvoir de guérir des névralgies idiopathiques anciennes où l'hyperémie chronique du nerf est venue s'ajouter à l'état algésique primitif— et des douleurs névralgiformes tenant à des névrites chroniques, des exsudats, des compressions, des tumeurs.
On a constaté de plus, d'une façon empirique, que l'efficacité du courant constant était plus manifeste dans certains cas que dans d'autres en apparence semblables aux premiers, et que la localisation même
(1) Remak avait déjà constaté, en 1859, que les nerfs sensitifs n'offrent de sensations qu'à l'entrée, à la sortie et aux oscillations du courant.
de la névralgie n'était pas sans influence sur le résultat. Ainsi, il est bien avéré que la sciatique est de toutes les névralgies celle qui cède le plus facilement au courant constant (Eulenhurg) , tandis que la névralgie intercostale, dont le faradisme fait si promptement justice, résiste à l'action de l'électricité galvanique. L'angine de poitrine, la migraine elle-même sont justiciables du courant constant.
Le galvanisme a pourtant ses inconvénients. Les excitations doivent en effet toujours porter sur de larges surfaces et la forme ordinaire des excitations s'oppose à leur application sur des surfaces inégales. — Puis, les bons appareils sont encore d'un prix relativement élevé et toujours moins portatifs que les machines à courant interrompu.
Enfin, faut-il le dire, des malades très impressionnables, très névropathiques, ne trouvent pas là une électricité conforme à l'idée qu'ils s'en étaient faite. L'action silencieuse et anodine à laquelle on les soumet ne répond nullement à leur attente, et la déception du malade nuit dans une certaine mesure à l'efficacité du remède.
En résumé, on peut dire que, sauf des exceptions peu nombreuses, le courant constant est applicable à toutes les névralgies, qu'elles soient récentes ou anciennes, superficielles ou profondes, ramiculaires ou viscérales, essentielles ou symptomatiques.
Méthodes d'application. — Pour ce qui concerne d'abord le choix des appareils, les règles générales sont celles-ci : 1° préférer des éléments à action chimique faible mais à grandes surfaces, de façon à ce que la tension soit considérable ; 2° faire usage de piles propres à dégager un courant aussi constant que possible.
L'appareil type est la pile de Daniell à laquelle on adapte des électrodes ordinaires terminées par une plaque de métal ou de charbon enveloppée de peau de chamois. L'appareil à grandes piles de Trouvé, le moins coûteux des appareils à courant constant, n'est qu'une batterie de piles de Daniell modifiées. Ordinairement une batterie de 18 éléments est plus que suffisante pour parer à toutes les éventualités. L'appareil portatif du même inventeur est essentiellement composé de petites piles à rondelles de papier buvard imprégné 'd'une solution de sulfate de cuivre. Il est beaucoup plus complet, mais aussi plus coûteux que le précédent. Il offre l'inconvénient de perdre son activité au bout d'un temps relativement court et de ne pouvoir la retrouver entière qu'en passant de nouveau par les mains du fabricant.
La machine portative de Gaifjé (au chlorure d'argent) fonctionne
bien ; elle ne s'épuise que lentement ; mais une fois qu'elle a cessé de fonctionner, le fabricant seul peut lui rendre, en renouvelant les piles, l'aptitude qu'elle a perdue. Il est rare que l'on ait besoin de recourir à plus de 20 éléments. L'appareil de Gaiffe, comme la machine portative de Trouvé, est pourvu d'un gradualeur qui permet de varier l'intensité du courant sans déplacer les électrodes. Il possède également un commutateur qui ne trouve que rarement son emploi dans le traitement des névralgies, attendu qu'il n'est presque jamais nécessaire de renverser brusquement la direction du courant. — Le prix en est assez élevé.
Les appareils au bichromate de potasse ne sont pas très répandus : ils mériteraient de l'être davantage. L'invention récente des piles sèches (Desruelles) fonctionnant au moyen de ce sel en étendra considérablement l'usage.
Enfin, l'appareil d'Onimus, sans être aussi transportable que les machines de Gaiffé et de Trouvé peut néanmoins être assez facilement déplacé. Il se compose de petites piles au sulfate de cuivre. Il peut être chargé et rechargé par le praticien lui-même. On peut enfin, comme pour les machines que nous venons de nommer, en suspendre le fonctionnement. Seulement, cette suspension ne s'obtient ici qu'en enlevant les tubes intérieurs, tandis que dans les appareils de Gaiffe et de Trouvé, il suffit pour cela de donner au graduateur une position particulière. — La plupart du temps, on n'a pas besoin d'employer plus de 18 éléments et le prix ne dépasse pas alors 4o francs.
En Allemagne, on se sert généralement de l'appareil de Stôhrer ; mais il est plus coûteux que celui d'0nimus(12S francs pour 20 éléments).
Nous avons ici un reproche à adresser à la plupart de ces appareils : le volume des tampons n'est pas assez considérable; ils devraient être beaucoup plus larges. Ainsi que le fait observer Erh, on ne peut exercer d'action énergique sur les parties profondes qu'à l'aide d'un fort courant et celui-ci n'est toléré par la peau que si l'on étale pour ainsi dire le courant sur une large surface.
Nous mentionnerons enfin l'existence d'un appareil très commode destiné à maintenir en place les excitateurs sans avoir besoin de les fixer avec la main. Il consiste en une ceinture ou jarretière élastique particulière dont le prix est peu élevé (1).
— Une fois l'appareil choisi, il faut se demander quel est le mode d'application qu'il convient de préférer. Il existe d'abord deux méthodes
(1) Cet appareil figure sous le no 1584 du catalogue de Wîndler, fabricant d'instruments de chirurgie à Berlin.
principales: la méthode .unipolaire et la méthode bipolaire dont nous avons déjà parlé incidemment à propos du faradisme.
Méthode unipolaire. — Elle consiste à appliquer un tampon sur un point quelconque du tégument cutané fmain, sternum) et l'autre sur le point douloureux. Le premier forme le pôle indifférent, le second le le pôle différent. C'est le tampon positif — Y anode — qu'il faut appliquer sur la région douloureuse, tandis que le tampon négatif — la cathode — représente le pôle indifférent. Nous donnerons plus loin la raison de ce précepte.
C'est là le procédé typique, classique, de l'électrisation unipolaire. Mais il comporte certaines variantes. Parmi elles, nous mentionnerons d'abord la méthode circulaire de Remak que C. Paul (1) a remise récemment en honneur en guérissant avec elle des névralgies faciales. Le pôle positif étant au point douloureux, le pôle négatif est promené dans le voisinage. Au bout de 3 minutes on change les pôles. Nous citerons en second lieu le procédé de Radcliffe. D'après l'auteur anglais, ce n'est pas du courant lui-même que le nerf soumis à l'électricité recevrait une impression favorable, mais seulement de la charge d'éiecricité libre que développe le courant. Pour ce qui concerne spécialement les névralgies, cette électricité doit être de signe positif. De là le procédé suivant : On place le pôle positif vers l'origine centrale du nerf algésié; la main ou le pied du même côté sont immergés dans un bassin rempli d'eau salée chaude ; dans ce bassin plonge l'autre électrode en communication avec le sol. Le patient et la batterie doivent être isolés. — Par l'effet de cette disposition, l'électricité négative serait soutirée par le sol, et la partie malade resterait chargée d'électricité positive. L'expérience n'a pas encore prononcé sur la valeur relative de ce mode dont l'application rencontre d'ailleurs d'assez grandes difficultés pratiques.
On connaît aussi le procédé de la main électrique. Le patient garde en main l'un des excitateurs (la cathode) et l'opérateur, tenant d'une main l'autre excitateur, applique ou mieux promène son autre main sur la partie douloureuse. Le courant se trouve ainsi atténué par sa diff'usion sur une large surface. Ce procédé réussit d'une façon remarquable dans les névralgies musculaires. Heinlein (2) dit avoir également guéri une névralgie lombo-abdominale s'étendant au testicule et qui
(1) c. Paul. Traitement des névralgies. Soc. de thérapeutique. Séance du 22 déc. 1880.
(2) Heinlein. Zur Casuistih cler lornbo-abdoininal Neuralgien. Deutsch. Archiv f. kliii. Med. Bd. XXYI, S. 189.
présentait ceci de particulier que les accès se manifestaient après la miction et s'accompagnaient souvent d'une émission spermatique.
Le bain électrique peut aussi rendre des services dans des conditions analogues. L'anode est plongée dans le bain où se trouve immergée la partie douloureuse, la cathode est mise en contact, hors du bain, avec un point indifférent. Pour les névralgies du testicule, par exemple, on plonge celui-ci dans un bain d'eau salée tiède, et l'anode repose dans le même récipient, tandis que la cathode est placée sur les vertèbres sacrées supérieures.
La main et le bain électriques sont également applicables au courant faradique.
Méthode bipolaire. — Ici, le courant embrasse uniquement le trajet du nerf; l'anode est placée sur le point d'émergence ou sur le point douloureux, la cathode sur un autre point du trajet situé entre le point douloureux et l'extrémité périphérique du nerf ou sur cette extrémité elle-même. Le courant, on le voit, doit être centrifuge, et dans aucun cas la cathode, pas plus ici que dans rapplication unipolaire, ne doit porter sur le point douloureux.
Cette double indication trouve à la fois sa raison et son explication dans des données physiologiques aujourd'hui parfaitement établies.
En effet (1), si l'on fait passer un courant constant par un nerf, en circonscrivant par les électrodes un segment d'une certaine longueur, ce nerf se divise en deux zones ; la zone anélectrotoniqiie et la zone kalélectrotonique de Pflilger. Dans la première, celle qui se trouve dans le voisinage du pôle positif, l'irritabilité du nerf est diminuée, c'est-à-dire que le nerf oppose une plus grande résistance à la transmission de l'irritation. Dans la seconde, celle qui confine au pôle négatif, l'irritabilité est au contraire augmentée. Entre les deux zones se dessine un point neutre, c'est-à-dire où l'on ne constate ni augmentation, ni diminution de l'irritabilité. C'est donc bien l'anode qu'il faut placer sur les points douloureux. Mais de plus, si l'on force la durée et l'intensité du courant, la zone katélectrotonique diminue d'étendue, tandis que la zone anélectrotonique s'agrandit. De là l'indication d'employer un courant relativement énergique et d'en prolonger rapplication.
La méthode unipolaire est celle que l'on préfère généralement aujourd'hui.
A un autre point de vue, on peut encore distinguer deux modes dif-
(1) Voyez Cyon, Op. cit., pp. 102 et 103.
férents d'application. Le courant peut être employé sous forme stabile ou SOUS la forme labile. C'est la fixité des tampons ou au moins la fixité du pôle différent qui caractérise le premier mode; le second comporte au contraire le déplacement des tampons ou du moins le déplacement du tampon différent que l'on promène sur le trajet du nerf. Les courants stabiles sont d'habitude les plus avantageux ; il faut leur accorder la préférence toutes les fois que le point douloureux est bien circonscrit; le courant labile ne sera usité que dans les cas où la douleur est diffuse. — Quels que soient la méthode ou le procédé que l'on adopte, il ne faut jamais provoquer de véritable douleur. On sait que les tampons galvaniques , indépendamment d'une secousse légère qui se produit à l'ouverture et à la fermeture du courant, déterminent un picotement plus ou moins prononcé. Or ce picotement ne doit jamais aller jusqu'à la douleur. On doit même chercher à atténuer ce picotement lui-même en donnant aux tampons, ainsi que nous l'avons dit déjà, une plus large surface et en les imbibant le plus complètement possible d'eau acidulée ou salée. — Il faut remarquer aussi, à ce sujet, que le picotement devient une véritable piqûre quand il existe à la peau une papule ou une pustule d'acné ou des poils mal imbibés d'eau ; dans ce cas, nous avons l'habitude de recouvrir la partie d'une rondelle de linge fin mouillé, afin d'éviter au malade cette souffrance inutile.
Pour annihiler ou atténuer la secousse désagréable provenant de la rupture du courant, il est bon aussi, au lieu d'enlever simplement un des tampons ou les deux tanmpons à la fois, de les rapprocher jusqu'au contact et de les enlever ensuite [Dubois).
Les séances galvaniques doivent durer 5 à 10 minutes ; elles ne dépasseront jamais 15 minutes. Ces séances sont renouvelées journellement et autant que possible aux mêmes heures. Dans les cas très douloureux ou très rebelles, on fait deux séances par jour. On voit que, sous ce rapport, le courant constant est plus pratique que le courant interrompu employé comme révulsif, ce dernier n'agissant guère que lorsqu'on a soin de l'appliquer au moment même de l'accès. — Quant au nombre des séances que réclame la guérison d'une névralgie, il est nécessairement variable. La série est ordinairement de 15 à 20 séances, mais il n'est pas très rare d'obtenir une cure radicale après une seule séance.
Nous venons d'exposer les règles générales qui président à l'application du courant galvanique. Mais il est certaines névralgies qui exigent un modiis faciendi particulier.
Pour la migraine, par exemple, on peut employer non seulement la calotte et la main électriques, mais encore la galvanisation du cerveau. On fait passer alors le courant à travers la base du crâne, d'une apophyse mastoïde à l'autre ; mais le courant doit être faible et la séance ne doit jamais dépasser une demi-minute. Il faut, dans tous les cas, suspendre l'électrisation dès que le vertige se manifeste.
Dans l'angine de poitrine, l'anode est appliquée sur le sternum, la cathode sur les premiers vertèbres dorsales ou les dernières cervicales. On peut aussi — mais avec moins d'avantage — électriser le sympathique et le pneumogastrique au cou, en plaçant un pôle sur le ganglion cervical supérieur et l'autre sur le sternum ; ce dernier procédé ne doit d'ailleurs être employé qu'avec de très grandes précautions.
Dans les névralgies pharyngée et laryngée, l'anode est placée sur l'éminence thyroïdienne, l'autre sur la nuque.
Nous avons dit enfin que les névralgies du testicule étaient traitées avec le plus de succès par les bains électriques.
Le galvanisme a encore été employé d'une autre façon : sous forme (l'électrisation permanente. Cette méthode est tombée en désuétude ; elle ne le mérite peut-être pas, à en juger par les résultats si remarquables de la métallothérapie externe.
Les appareils servant à cet usage sont assez nombreux. Le plus simple est constitué par les plaques galvaniques de Raspail. Une lame de cuivre ovalaire est superposée à une lame de zinc un peu plus grande qu'elle; les deux lames sont reliées par un fil qui les traverse; entre les deux plaques métalliques s'interpose une feuille de gaze trempée dans l'eau salée. Cet appareil, auquel on peut donner toutes les grandeurs, est appliqué d'une façon permanente, c'est-à-dire pendant plusieurs heures, sur un point douloureux. Il suffit de le nettoyer et de le retremper dans l'eau salée pour lui rendre son activité quand elle est épuisée. Au bout d'un certain temps, le zinc est usé, mais on le remplace par une plaque de rechange. — Nous avons obtenu par l'emploi de cet appareil aussi simple qu'économique des succès inattendus dans des pleurodynies rebelles et même dans de véritables névralgies intercostales.
Les ceintures, les colliers, les bracelets et même les sondes galvaniques du même système peuvent également être utilisés dans le traitement des névralgies.
La calotte galvanique, faite de fils de cuivre et de zinc entrelacés et recouverts d'une coiffe de feutre, a eu ses moments de vogue, et nous
avons connu des malades qui persistaient à y avoir recours dans leurs accès de migraine, prétendant y trouver un véritable soulagement.
La chaîne de Pulvennacher, la pile à rubans de Duchenne fournissent des courants continus d'une certaine force; la première mérite d'être conservée. Hijfelsheim l'a employée avec un certain succès. L'application doit en être prolongée pendant 48 heures.
Enfin, la brosse volta-électriqiie de Hoffmann, dont le prix n'est pas très élevé (20 francs), est une véritable pile voltaïque dont le courant se dégage par des milliers de fils métalliques que l'on promène sur la peau. L'entretien et le maniement de l'appareil sont d'une grande simplicité. Elle peut être recommandée dans les névralgies du cuir chevelu et dans les névralgies musculaires.
Electro-piinctiire. — Sarlandière (1) et Magendie (2) ont usé de ce moyen pour porter l'action électrique directement sur le nerf malade, à l'époque où l'on ne connaissait pas encore les procédés localisateurs.
Mode d'action. — Les effets physiologiques de l'électro-puncture sont ceux que produit la présence des aiguilles dans les tissus, plus l'hyperémie que développe, surtout à l'entour de ces aiguilles, le passage de l'électricité. Cette irritation peut même devenir assez vive pour faire interrompre ou cesser la médication. A cette irritation se joint l'action électrique proprement dite, c'est-à-dire la modification intime imprimée aux éléments nerveux par le courant galvanique qui les traverse.
On doit remarquer aussi que les effets de l'électro-puncture ne se bornent pas toujours à ceux qu'elle produit au moment de son application. Auguste Bérard a été atteint de tic douloureux quelque temps après s'être fait appliquer, dans un simple but d'expérimentation, une aiguille à acupuncture dans le nerf sus-orbitaire et avoir fait passer par ce nerf un courant galvanique.
, Indications. — Magendie a obtenu, à l'aide de l'électro-puncture, quelques résultats vraiment remarquables ; mais maintenant qu'il est devenu facile de circonscrire la puissance électrique, les indications de l'électro-puncture sont devenues beaucoup plus rares ; on ne serait autorisé à l'employer actuellement que dans les cas où diverses médica-
(1) Mémoires sur l'électro-puncture. Paris, 1825.
(2) Gazette médicale, t. YIII, nos 44 et 45 ; octobre 1840.
tions, et entre autres l'électricité pure et simple auraient successivement échoué, et lorsque le malade refuserait en outre de subir la cautérisation transcurrente. C'est surtout dans les sciatiques invétérées qu'elle a réussi.
Mode cl" application . — L'électro-puncture se pratique d'une façon très simple. On enfonce dans les chairs, à une petite distance l'une de l'autre, deux aiguilles à acupuncture, munies chacune d'un châs assez large qui reçoit l'extrémité d'un fil conducteur. Mageudie tâchait d'implanter dans le tronc même du nerf, au niveau du point le plus douloureux, une des deux aiguilles ; l'autre était placée à une petite distance vers l'origine du nerf. Sarlandière préférait faire pénétrer les aiguilles à une distance assez éloignée des cordons nerveux. Les aiguilles une fois fixées, on fait passer un courant à oscillations d'autant plus grandes et d'autant plus répétées que l'affection à combattre est plus douloureuse ou plus ancienne ; le courant doit pénétrer par l'aiguille centrale pour sortir par l'aiguille périphérique.
Pétreqiiin a proposé, dans le but d'éviter toute excitation cutanée, d'entourer les aiguilles jusque près de leur extrémité d'une couche mince de caoutchouc; mais cette modification n'a que peu ou point diminué les inconvénients de l'électro-puncture.
Il ne faut pas que chaque séance dure plus de vingt minutes. Il convient aussi de ne pratiquer l'électro-puncture qu'en dehors des paroxysmes, parce qu'on a vu qu'appliquée dans le cours d'un accès, elle amenait presque toujours une vive exaspération de la douleur.
Mag^iiétisme minéral. — Le magnétisme minéral est une force physique inhérente aux aimants, tant artificiels que naturels; les travaux d'OErsted, d'Ai'ago et d'A^upère ont démontré, sinon l'identité, au moins la parenté la plus étroite avec l'agent que nous avons étudié plus haut : l'électricité.
Mode d'action. — Les effets physiologiques sont presque toujours nuls, et toutes les fois que nous avons eu l'occasion d'appliquer les aimants, ils nous ont toujours paru tels.
Cependant, on a cru remarquer, dans certains cas, que le contact des armures aimantées amenait un érythème et même une éruption vésiculeuse de la peau, en même temps qu'il donnait naissance à quelques phénomènes locaux d'excitation nerveuse.
Ces effets physiologiques, joints aux résultats thérapeutiques que fournit l'application des aimants, rapprochent singulièrement le mode d'action du magnétisme de celui que nous avons étudié à propos de l'électricité : l'aimant posséderait, mais à un bien moindre degré, la propriété anesthésiante des courants constants.
Indications. — Le prestige surnaturel dont le père Hell, l'abbé Lenoble, et surtout Mesmer avaient entouré la médication magnétique ont mis en défiance la plupart des médecins à l'endroit des succès merveilleux qu'elle aurait donnés à ses premiers expérimentateurs.
De l'aveu pourtant des observateurs les plus consciencieux, tels qn'Andry et Thouret, Laënnec, Aliberî, Cayol, Récamier, Chomel, Lebreton et Biirq, le magnétisme minéral a déjà modifié d'une manière avantageuse certaines névralgies idiopathiques, la névralgie trifaciale surtout ; toutefois, même dans ces cas, elle n'a guère fait que soulager le malade sans lui procurer une guérison définitive. Vodontcdgie est encore un mal qu'on a vu céder plus d'une fois à l'application sur la partie malade d'un barreau de fer aimanté. Un cas de névralgie utérine [Lebreton) a cédé à l'usage de plaques aimantées. Sigaud a employé également avec succès les barreaux aimantés contre la migraine.
Pour ce qui est de notre expérience personnelle, nous devons dire que dans les circonstances, peu nombreuses, il est vrai, oii nous avons été à même d'appliquer ou de voir appliquer le magnétisme minéral au traitement des névralgies, nous n'avons jamais constaté d'amélioration dans l'état du malade.
Cet agent ne trouve donc en somme ses indications que dans des cas où la ténacité de la douleur autorise tous les moyens. Celui-ci aura toujours du moins l'avantage de n'être ni douloureux ni dangereux.
Mode d'application. — On a le plus souvent recours soit à l'application plus ou moins prolongée de barreaux aimantés, soit à des appareils composés de plusieurs plaques aimantées articulées entre elles, auxquelles on a donné le nom d'armatures et qu'on fixe par des liens sur la partie malade.
Ulétallotliéi'apîe ou Biii'quisiiie. — C'est en 1848 que Burq a institué ses premiers essais à l'hôpital Cochin. Grâce à la persévérance de ce médecin et à l'esprit investigateur de quelques membres éminents de la Société de biologie, le burquisme a fini par triompher des
obstacles élevés autour de lui par la défiance, plus peut-être que par l'indifférence de la grande majorité des praticiens. A partir de 1877, il a fait l'objet d'expériences aussi nombreuses qu'intéressantes. L'action physiologique de l'application des métaux sur la surface cutanée a été scientifiquement étudiée et son action thérapeutique définitivement établie.
Des communications faites à la Société de biologie par Charcot, Liiys et Dumontpallier (1), il résulte que l'application d'un métal déterminé — 7nétal actif — sur la surface tégumentaire anesthésiée y réveille rapidement, — au bout d'un quart d'heure à vingt minutes — les sensibilités tactile et douloureuse. Et non-seulement la sensibilité reparaît, mais il se manifeste un peu d'érythème à la peau, la température s'élève et la vigueur musculaire augmente. Ces effets ne se bornent pas au point métallisé : ils s'étendent beaucoup au-delà. — La sensibilité ainsi rétablie se maintient pendant des heures entières; puis elle finit par disparaître de nouveau nonobstant la prolongation du contact métallique fanesthésie de retour de Burq). Toutefois, comme l'ont montré Mgouroux et Duinontpallier, on peut fixer par un procédé particulier l'effet obtenu. Il suffit pour cela de superposer au métal actif un métal neutre ou même d'appliquer le métal neutre entre le centre nerveux et la plaque active. L'interposition d'un corps mauvais conducteur, une rondelle de drap, par exemple, entre le métal actif et la peau, ou plus simplement encore la substitution directe de métal neutre au métal actif ont également l'avantage de conserver à la peau la sensibilité artificielle qu'elle vient d'acquérir.
Le choix du métal se fait d'une façon tout empirique. Tantôt c'est l'or, tantôt le zinc, tantôt l'argent, tantôt le cuivre, tantôt le fer qui répond à Vaptitiide métallique du sujet. L'or pur n'agirait jamais comme métal actif, il faut l'or monnayé. L'acier agit mieux que le fer, le laiton ordinairement mieux que le cuivre. D'après Burq, le fer serait généralement le plus actif de tous les métaux dans la pratique civile ; les malades des hôpitaux seraient au contraire plus sensibles à l'or. — Dans cette recherche, il faut observer les conditions suivantes :
1° Opérer également sur le côté sain {Vigouroux).
2° Laisser entre les divers essais un intervalle d'au moins plusieurs heures, afin d'éviter par l'application trop hâtive d'un métal neutre l'annihilation des effets physiologiques du métal actif.
3" Répéter de temps en temps l'expérience avec le métal actif, parce
(J) Premier rapport à la Société de biologie, ianviev \2ni . Deuxième rapport, août 1878.
qu'il n'est pas rare de voir se produire, après un laps variable, des changements dans l'aptitude métallique.
L'ensemble de ces essais destinés à déceler l'aptitude métallique particulière du sujet en observation constitue l'épreuve métaUoscopiqiie, qui doit toujours précéder la métallothérapie proprement dite.
La recherche s'exécute au moyen d'un ou de plusieurs petits disques formés d'un métal déterminé que l'on fixe avec un ruban ou une bande sur un point de la peau. On attend un quart d'heure et l'on examine ensuite si le point métallisé est rouge et sensible. Si oui, c'est que le métal est actif; si non, c'est que le métal est inactif ou neutre. Dans le premier cas, la recherche a abouti; dans le second, il faut expérimenter un autre métal.
Dans le cours des expériences métalloscopiques, on a eu l'occasion de constater la production constante d'un phénomène remarquable auquel on a donné le nom de transfert. Entrevu par Gellé, il a été étudié avec soin en France et en Allemagne par de nombreux expérimentateurs et ses lois ont été nettement établies.
Le transfert consiste dans le retentissement, d'un côté à l'autre ou d'une moitié supérieure à la moitié inférieure du corps, des troubles esthésiques occasionnés par l'application des plaques métalliques — avec cette particularité que les phénomènes directs et les phénomènes de répercussion sont précisément inverses les uns des autres. Si l'on fixe, par exemple, une plaque active sur un point anesthésié du bras droit, on voit au fur et à mesure que la sensibilité renaît dans ce point, le point symétrique du bras gauche perdre sa sensibilité normale. Si, sur une région normale, on applique une plaque active et qu'on détermine par là une hyperesthésie circonscrite, il s'établit en même temps de l'autre côté, dans le point correspondant, une anesthésié manifeste.
Il a été démontré récemment que toutes les irritations susceptibles d'accroître la sensibilité d'un côté du corps (l'application d'un sinapisme, d'un vésicatoire, par exemple) provoquaient l'apparition d'une zone anesthésique de l'autre côté. Et ce n'est pas seulement la sensibilité qui présente cette espèce de balancement : c'est aussi la vascularisation du tégument, l'hyperémie accompagnant l'hyperesthésie et l'ischémie apparaissant en même temps que l'anesthésie.
En étudiant le phénomène de plus près, Bumpfii) a constaté que le transfert n'était que le premier terme d'une série d'oscillations s'eifectuant d'un côté à l'autre. Il se produit en effet toujours, après la pre-
(1) Berlin. Min. Wochenschr. Sept. 1879. S. 533.
mière transposition, un nouveau déplacement en sens inverse du premier, mais moins accentué que celui-ci, puis un troisième en sens inverse du second, mais moins accusé encore, et ainsi de suite jusqu'au rétablissement des conditions esthésiques primitives (1). On ne saurait mieux comparer ces oscillations qu'au mouvement alternatif des plateaux d'une balance chargée ou non, lorsque l'on a troublé son équilibre.
L'intervention d'un métal neutre permet d'ailleurs de fixer à volonté l'un ou l'autre de ces états oscillatoires.
— Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans de longs détails au sujet de l'interprétation des phénomènes métalloscopiques. Nous nous contenterons d'indiquer les principales hypothèses qui s'y rattachent.
Regnard (2) et d'autres ont pensé que les métaux développaient un courant électrique par leur contact avec la peau, et que les effets physiologiques et thérapeutiques des plaques étaient dûs à l'action de ce courant. Comme chaque métal développe un courant d'une intensité différente, on comprend qu'un métal soit plus actif qu'un autre, et l'on a constaté que l'application cVun courant de même intensité que le courant développé par un métal donné produit exactement les mêmes effets. L'objection tirée des effets obtenus par des applications de bois [xylothérapie) {Dujardin-Beaumetz), de liège, de graphite (Parona), d'amianthe, de carbonate de chaux, d'os [Westphal] et d'autres corps mauvais conducteurs, est sans valeur, car ces corps eux-mêmes développent des courants quand on les met en contact avec la surface cutanée.
D'après Onimus, l'épiderme agirait comme une membrane endosmotique qui sépare les liquides sous-jacents des liquides de la surface. Ces derniers exerceraient une action chimique sur le métal ; il en résulterait un courant qui provoquerait par induction un changement dans les courants normaux des tissus. C'est là une hypothèse complémentaire de celle de Regjiard.
Vigovroux (3) repousse au contraire l'idée d'un courant. Pour lui, la condition première de la production des phénomènes métalloscopiques serait une variation en plus ou en moins, durant un temps variable suivant les sujets, delà fe?îsio?i électrique sur une portion limitée du corps. L'effluve électrique suffit en effet pour modifier cette tension et produire des phénomènes métalloscopiques.
(1) V anesthésie de retour de Burq n'était auti-e chose que la manifestation d'un de ces déplacements.
(2) Gaz. mécl. de Paris, février 1877, p. 65.
(3) Gaz. méd. de Paris, 1878, no 50, p. 619.
Schiff a supposé enfin que les plaques métalliques avaient la propriété de produire des vibrations moléculaires très rapides, dont le rythme aurait une certaine affinité avec celui des vibrations moléculaires des nerfs en action. Un corde vibrante n'en fait vibrer une autre que si le nombre de ses vibrations atteint une chiffre déterminé. A l'appui de cette théorie un peu vague, on pourrait citer ce fait, constaté par Maggiorani, Charcot, de Watteville, que les vibrations d'un corps solide impressionnent réellement les nerfs sensitifs sans qu'il y ait intervention de l'ouïe et qu'elles produisent l'anesthésie aussi bien que les applications métalliques.
— On a dû penser aussi, en présence de phénomènes aussi inattendus, à la simulation et à l'influence de Vimagination. Mais en opérant avec toutes les précautions nécessaires, on a pu s'assurer que l'influence psychique n'intervenait en rien — ni sciemment, ni inconsciemment — dans la production des effets métalloscopiques. Eulenhurg (1) et Vierordt (2j ont constaté de plus que l'application des métaux produisait chez les animaux, comme chez l'homme, une augmentation à peu près constante et parfois considérable de la sensibilité cutanée. La théorie de Vattention expectante, soutenue surtout en Angleterre par Bennett et Carpenter et en France par Jennings (3) doit être en conséquence abandonnée.
Quant au transfert, il ne peut s'expliquer que par une intervention des centres. Il se produirait par les nerfs une transmission de l'impression périphérique aux ganglions centraux, et lïmpression serait reportée ensuite, par l'action excentrique, aux fibres symétriques émanant de ces ganglions. Ou bien encore , il se développerait une action vasomotrice réflexe qui arriverait aux fibres symétriques par l'intermédiaire des centres vaso-moteurs,
La métallothérapie est l'application pratique de la métalloscopie. Mais elle ne comprend pas seulement les applications des métaux {métallothérapie externe) ; elle embrasse aussi leur administration interne {métallothérapie interne). Dès qu'un métal a été trouvé actif, il faut l'employer, comme agent thérapeutique, sous les deux formes, ou se contenter de l'administration interne si les applications externes sont impraticables (4).
(1) EuLENBURG. Dcutscli. nied. IVochcnschr. 1878. no 26.
(2) A'iERORDT. Zur Metalloshopie. Centralbl. f. d. med. Wiss. 1879, no 1, S. 1.
(3) Jennings. Comparaison des effets îles div. traitements de l'hystérie, etc. Thèse de Paris, 1878.
(4) Briquet avait cependant observé [Bullet. de thérap. nov. 1880, p. 433), que le fer
Indications. — Les névralgies d'origine hystérique sont celles que l'on combattra avec le plus de succès par la métallothérapie. Mais ce ne seront pas les seules. Les névralgies idiopathiques de la face, les névralgies intercostales, la migraine et assez bon nombre de céphalées céderont également, si nous en jugeons par nos propres essais, aux applications métalliques. Le traitement métallique interne , administré simultanément dans quelques uns de ces cas, ne nous a pas paru sensiblement accroître l'eificacité de la médication externe.
HJode d'application. — Voici comment on doit procéder aux épreuves métaUoscopiqiies : On opère dans l'intervalle des crises douloureuses et, comme nous l'avons dit déjà, sur le côté sain. Comme lieu d'application, on choisit ordinairement la face externe de l'avant-bras. Quelques disques d'acier, par exemple, sont placés sur ce point et fixés par un ruban; il vaut mieux encore prendre le soin préalable de les coudre sur une bandelette au moyen de fils disposés en croix.
Après un quart d'heure environ, on examine l'état de la peau. Si la sensibilité a augmenté, ce que l'on constate à l'esthésiomètre ou à l'épingle, si la peau est hyperémiée, ce que dénotent la rougeur et l'émission rapide d'une gouttelette de sang par une légère piqûre, si la température de la peau s'est élevée, ce dont on s'assure, au besoin, par le thermomètre de surface, si enfin la force musculaire s'est accrue, ce que le dynamomètre de poche peut indiquer, il y a lieu alors de conclure à l'activité du fer : le sujet est, comme on dit, sensible au fer. On est plus certain encore de cette aptitude spéciale quand on observe les phénomènes de transfert et les oscillations ultérieures, et surtout quand les mêmes phénomènes caractéristiques se reproduisent deux ou trois jours de suite.
Mais si, au contraire, rien de tout cela ne s'observe, c'est que le fer est neutre, c'est-à-dire inerte. Il faut alors essayer un autre métal.'
L'ordre dans lequel on procède d'habitude pour ce genre d'essai est le suivant : On commence par V acier ; puis on passe au cuivre ou plutôt à l'alliage du cuivre et de l'étain, puis à l'or (or des monnaies au titre de 900/1000), puis au z-inc (allié à l'étain et au cuivre), à Yargent (argent monnayé), à Yétain allié avec le régule et le cuivre, enfin au platine.
qui agit d'habitude si bien chez les hystériques quand on le presci'it à l'intérieur, à cause de leur état anémique, devient inefficace comme agent métallothérapique externe. De même l'or, à l'intérieur, n'aurait jamais donné de résultat alors que ses applications externes sont si manifestement utiles.
Le métal actif une fois déterminé, on passe aux applications thérapiques. Pour cela, on prend une armature composée de disques du métal actif (1) et on la pose sur le point malade. Quand la douleur névralgique a disparu, — ce qui exige parfois une attente d'une demiheure, — on substitue sans tarder une armature de métal neutre au premier appareil, ou l'on se contente même d'appliquer l'armature neutre entre l'armature active et le centre, ce qui sufiit pour fixer le résultat. On enlève le tout au bout de quelques heures. — Mais on ne réussit pas toujours en procédant de cette façon. Il nous a paru plus avantageux d'utiliser le transfert en appliquant d'abord l'armature sur le côté sain, de manière à produire l'anesthésie du côté malade. Il est bon aussi d'augmenter le nombre des armatures quand l'effet sédatif se fait trop attendre.
Il reste ensuite à consolider la guérison en réitérant l'application plusieurs fois de suite. Burq conseille de faire alors cette application la nuit, et de placer une armature active de chaque côté dans des points symétriques ; mais cette pratique ne paraît guère rationnelle.
Le métal actif, administré simultanément à l'intérieur viendrait puissamment en aide , d'après Burq , au succès de la méthallotérapie externe; mais nous avons lieu de croire que la médication interne n'ajoute rien ou presque rien à l'efficacité du traitement local.
Hydrothérapie. — « Des faits fort remarquables de névralgies soit récentes, soit anciennes et rebelles, dit Fleury, m'ont prouvé que l'emploi simultané de la sédation et des douches froides constitue une médication destinée à remplacer avec avantage la méthode endermique, les vésicatoires volants, les nombreux modificateurs que la médecine oppose avec plus ou moins de succès aux névralgies, et, enfin, le fer rouge lui-même (2) ».
Avant Fleury, Rapou (3) avait soumis déjà avec un certain avantage des sujets atteints de douleurs névralgiques aux douches et aux bains
(1) Ces armatures se fabriquent chez Antoine, 18, boulevard Montmartre, à Paris. Elles se composent de plaq^ues discoïdes pour\Ties d'une petite anse sur leur face dorsale et reliées par un ruban élastique passé dans ces anses. C'est le ruban ainsi garni que l'on applique sur la peau, la face libre des plaques reposant sur la surface tégumentaire ; on le fixe en nouant les extrémités ou en les épinglant. Chaque boite d'armatures 5 francs) renferme quatre douzaines de disques assortis. — Pour l'argent et l'or, on peut, si l'on ne veut pas faire l'acquisition d'amatures composées de ces métaux, les confectionner soimême en fixant chaque pièce d'or ou d'argent sur un ruban de peau de chamois à l'aide d'un fil en croix.
(2) Traité pratique et raisonné d'hydrothérapie , 2e édit. Paris, 1S56, p. 301.
(3) Traité de la méthode fumigatoire, Paris, 1824.
de vapeurs. Lambert (4) a combattu avec un succès presque constant, par des bains de vapeurs suivis d'affusion froides, des névralgies tant anciennes que récentes. Mais c'est le médecin dont nous venons de citer les paroles en tête de cet article qui a étudié de la manière la plus complète les applications méthodiques de l'hydrothérapie au traitement des névralgies.
Mode iC action. — Nous dirons tout d'abord que la douche froide générale en pluie, et la douche froide générale et locale en jet mobile ou en nappe ont été les moyens presque exclusivement employés par lui dans le traitement des névralgies. Dans quelques cas, il a fait précéder les douches de la sudation en étuve sèche.
Ces moyens sont, du reste, ceux que l'on doit considérer comme étant les plus propres à augmenter l'action organique de la peau et à provoquer par là une révulsion salutaire. Cette suractivité, presque instantanément communiquée au tégument externe, résulte principalement pour nous de l'excitation mécanique opérée par la percussion du jet mobile, à laquelle vient se joindre subsidiairement la réaction organique des nerfs vaso-moteurs contre l'impression vive et brusque exercée sur eux par le froid. La méthode hydrothérapique se rapproche, comme on le voit, de la médication irritante transpositive. Mais elle a sur celle-ci l'avantage de n'altérer en aucune façon les fonctions de la peau : elle ne fait, au contraire, qu'augmenter son activité physiologique.
D'un autre côté, comme le fait remarquer Fleury (2), elle échappe, en agissant sur une grande étendue de la surface du corps, aux conditions d'insuccès qui sont inhérentes à l'application ou insuffisante ou trop circonscrite des autres agents de la médication révulsive.
II n'est guère possible d'invoquer ici l'action esthésiogène de la douche froide (Thermes) (3) — action qui produirait l'anesthésie par transfert, — car le phénomène est fugitif et l'on ne parvient à le fixer qu'en appliquant un métal actif sur la partie dont la sensibilité a été modifiée par la douche.
Rapou, qui employait surtout les douches de vapeurs à une très douce température, rattachait leur action thérapeutique à leur vertu sédative.
(1) Traité sur l'hygiène et la médecine des bains russes et orientaux, Paris, 1841.
(2) OïJ. cit., p. 299.
(3) Thermes. Effets de Vexcitant thermîqtie sur l'anesthésie, etc. France médicale 1879, p. 675.
'lie LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT.
Indications. — Quoi qu'il en soit de la façon dont agit l'hydrothérapie, Fleury l'a appliquée avec un succès incontestable à des névralgies tri faciales, intercostales et sciatiques récentes. Il a fallu une, deux ou trois séances au plus pour enlever la douleur; les névralgies intercostales sont celles qui ont disparu le plus rapidement.
Les douleurs névralgiques anciennes [ou symptomatiqiies ont été plus réfractaires à la médication hydrothérapique. La curation s'est opérée pourtant chez les unes comme chez les autres, mais il a fallu nécessairement plus d'insistance dans le traitement. Les observations de Fleury, deux entre autres, sont excessivement remarquables, parce qu'elles démontrent à l'évidence l'efficacité des moyens hydriatriques dans des cas où les médecins les plus distingués avaient employé pendant longtemps, et sans le moindre succès, les agents les plus énergiques de la thérapeutique usuelle.
Une remarque qui n'est pas sans importance, c'est que les premières applications hydrothérapiques ont souvent pour résultat d'exaspérer les douleurs. Cette exacerbation passagère ne doit pas faire abandonner prématurément la médication hydriatique.
Mode d'application. — Nous allons exposer avec quelques détails la manière de procéder adoptée par les hydropathes modernes, parce que nous avons vu trop souvent des échecs répétés faire rejeter l'action thérapique de l'eau froide, alors que ces insuccès n'étaient pas dus à autre chose qu'à son inopportunité, ou plus souvent encore à une application mal dirigée.
La sudation en étuve sèche, les douches en jet ou en nappe, mobiles ou fixes, les douches en pluie, en cercle, lesquelles ne sont que des modifications de la douche en jet, sont à peu près les seuls moyens dont on fait usage dans le traitement des névralgies et leur emploi isolé, simultané ou successif répond à presque toutes les indications.
La sudation en étuve sèche s'obtient de la façon la plus simple. Le malade est assis sur une chaise élevée et à claire-voie, placée dans une cage d'osier garnie de laine, dont l'ouverture supérieure arrive au niveau des épaules; cette ouverture est obturée par une toile imperméable qui entoure étroitement le cou du patient et enveloppe tout l'appareil. Une lampe à alcool à plusieurs becs est déposée tout allumée sur le plancher au-dessous même de la chaise. Le malade reste dans cette étuve pendant quinze à vingt minutes, de manière à ce qu'il survienne une transpiration abondante.
La (louche en jet mobile se donne au moyen d'une canule légèrement conique {lance) adaptée par sa grosse extrémité à un tube en caoutchouc à parois résistantes et d'un fort calibre. L'origine du tube et la lance près de son articulation sont munies chacune d'un robinet toujours à portée de la main du doucheur, destiné à graduer la force et l'étendue du jet, le premier, en modérant l'arrivée de la masse d'eau, le deuxième, en éparpillant plus ou moins le jet. Le premier robinet, le plus important, s'ouvre et se ferme à volonté par la pression d'un court levier qu'on manœuvre avec la main gauche. Il doit agir de façon à ce que le jet ne soit jamais cylindrique au point où il vient en contact avec la peau, car la douche agirait alors avec trop d'intensité sur une surface trop circonscrite.
La prise d'eau se fait par un tube métallique sous une pression d'environ 12 à 14 mètres. La température de l'eau est de + 10" à 4- 12° C au plus. Celle de l'air doit être de 17° à 18° C.
Le doucheur se tient sur une estrade, et le malade debout sur un plancher à claire-voie, s'appuyant avec les mains sur une barre de bois, reçoit la douche obliquement de haut en bas. On commence ordinairement par la partie postérieure du tronc, après avoir usé pendant quelques secondes de la douche en pluie, puis on douche le devant du corps, puis on termine par l'application relativement prolongée d'un jet presque cylindrique sur le bas des jambes et les pieds.
Il faut une grande habileté et une expérience consommée pour mesurer exactement la direction, la puissance et la durée qu'il est convenable de donner à la douche, suivant la nature de la maladie et les parties douchées, pour graduer le mouvement plus ou moins rapide, plus ou moins étendu, qu'il faut imprimer à la colonne d'eau, enfin pour la diriger vers les points qu'elle doit successivement parcourir. — La main d'un [médecin est à peu près la seule qui puisse remplir convenablement toutes ces conditions, et encore faut-il une longue pratique aidée par les conseils des autres, pour obtenir de ce puissant moyen tous les résultats qu'il peut donner.
Cette douche en jet 7nobile est indiquée à peu près dans tous les cas de névralgies idiopathiques. Quand le mal n'occupe pas la tête, on a soin, après la douche générale, de faire porter le jet pendant quelques instants sur la région douloureuse. Les douleurs névralgiformes ellesmêmes sont souvent amendées par le même moyen. Mais son efficacité est surtout remarquable dans les névralgies périodiques ; la douche est alors administrée un quart d'heure avant le moment présumé de l'accès.
La douche en lame s'obtient en appliquant sur le jet cylindrique, au sortir même de la lance, une plaque métallique qui, en étalant le jet, lui fait perdre de sa force mais le fait gagner en surface. La lame excelle dans les névralgies intercostale et scialîque. Au moment de la douche locale, la lame doit être dirigée de façon à ce que sa projection linéaire porte sur le trajet du nerf.
La douche en arrosoir ou en pluie se donne à l'aide d'une pomme d'arrosoir adaptée à un tube venant du plafond ; un cordon à portée de la main gauche permet d'ouvrir, d'interrompre ou de graduer la douche. La douche en arrosoir est ordinairement fixe; elle se donne d'habitude immédiatement avant la douche en jet mobile et ne dure que quelques instants.
La douche en cercle est également fixe. Elle est composée d'un ou de plusieurs rangs de petits filets d'eau à forte pression, dirigés tous à peu près horizontalement vers un axe commun. On y joint souvent la douche en arrosoir. — Cette espèce de douche est employée spécialement lorsqu'on veut obtenir une révulsion très énergique.
Les autres appareils destinés à fournir des douches vaginales, périnéales, rectcdes, lombaires, n'ont pas besoin d'être décrits ici, parce qu'ils ne sont qu'exceptionnellement appliqués au traitement des névralgies.
La durée de ces différentes douches varie d'une demi-minute à trois minutes. La durée moyenne est à'une minute.
Une fois douché, le malade doit s'essuyer avec soin et subir une légère friction avant de reprendre ses vêtements. Il doit ensuite se livrer à un exercice modéré au grand air lorsque la saison, bien entendu, n'est pas trop rigoureuse. Bien que cet exercice ne paraisse pas augmenter la température interne [Delmas], il n'en contribue pas moins à assurer les effets salutaires de la douche. Le régime enfin doit être plus substantiel et plus abondant pour réparer les pertes occasionnées par la suractivité des fonctions cutanées. — L'hydrothérapie, du reste, n'exclut aucun autre moyen thérapeutique.
Dans ces derniers temps, Fleury (1) a préconisé surtout la combinaison méthodique des applications chaudes et froides dans le traitement des névralgies. Il affirme même que toutes les névralgies aiguës récentes qu'il a traitées par cette méthode ont guéri et que cette guérison a toujours été obtenue au bout de quelques séances. Voici comment on procède : le malade est placé dans l'étuve sèche jusqu'à ce qu'on obtienne une sudation profuse; on l'y maintient généralement une demi-heure,
(1) Traité d'hydrothérapie, 3e édition, p. £55.
quelquefois plus longtemps encore quand la névralgie est ancienne et que les douleurs sont très aiguës. Puis on le soumet à la douche froide en jet mobile. Dans les sciatiques rebelles, on peut avantageusement remplacer l'étuve sèche ordinaire par des sudations dans une étuve où l'on fait dégager des vapeurs de térébenthine.
Plus récemment encore, on a adopté dans les établissements hydrothérapiques une variante de la même méthode, qui semble rendre plus de services encore dans le traitement des névralgies. C'est la douche écossaise. Elle est plus facile à supporter que la médication précédente. Elle consiste dans l'application d'une douche d'eau chaude dont la température est graduellement élevée de 30" à 50" C et dont la durée est de 1 à 6 minutes, suivie d'une douche à la fois très courte (un quart de minute) et très froide. — D'autres fois, on fait alterner régulièrement les douches froides et les douches chaudes : un quart de minute d'eau chaude puis un quart de minute d'eau froide et ainsi de suite pendant 1 à 4 minutes — en terminant toujours par la douche froide.
A côté de l'hydrothérapie rationnelle dont nous venons de parler viennent se ranger d'abord les moyens hydriatriques de Priessnitz que l'empirisme seul a dictés, et qui sont de beaucoup inférieurs aux procédés plus scientifiques que nous avons exposés plus haut. Fleury cependant a cherché à provoquer, non sans avantage, une révulsion inflammatoire à la peau à l'aide de compresses excitantes et de frictions : on obtient alors, d'après ce médecin, une action irritante transpositive énergique et de longue durée qui lui a rendu des services dans un assez grand nombre d'affections, au nombre desquelles il mentionne plusieurs névralgies. Les enveloppements humides peuvent aussi, à défaut d'appareils hydrothérapiques, être utilisés dans le traitement antinévralgique.
Combinaison de V électricité et de V hydrothérapie. — Dans une thèse très soigneusement faite, Dubois (1) a fait ressortir les avantages de l'alliance de ces deux puissants moyens. Des névralgies rebelles à l'électricité et à l'hydrothérapie employées isolément ont en effet cédé à leur emploi combiné. Voici, d'après lui, les indications du traitement mixte. Tandis que l'électricité seule guérira les névralgies idiopathiques, mais se trouvera sans action contre les névralgies diathésiques , l'adjonction de l'hydrothérapie à l'électricité réussira contre ces dernières en modi-
(1) Dubois. Du traitement des névralgies par l'électricité et l'hydrothérapie. Thèse de Paris, 1878.
fiant l'état général : la douleur et sa cause disparaîtront à la fois. V administration se fera de la manière suivante : une séance d'hydrothérapie le matin, une séance électrique le soir.
Balnéotliérapie. — Le bains chauds (30°, 3o° C) et prolongés, par l'action déprimante qu'ils exercent sur le système cérébro-spinal, auront souvent des effets avantageux dans le traitement des névralgies.
Les bains de vapeurs simples , ou additionnés de vapeurs excitantes, joignent à cette action une surexcitation extrême des fonctions physiologiques de la peau.
Quant aux eaux minérales, on ne sait pas encore aujourd'hui d'une façon bien précise comment elles agissent dans leurs applications externes. Ce ne sont ni l'absorption des principes qu'elles renferment, ni leur température qui peuvent expliquer leurs effets thérapeutiques, attendu que l'absorption des substances chimiques dissoutes n'a pas lieu par la peau intacte, et que les mêmes conditions thermiques peuvent être réalisées dans la balnéation ordinaire. On a bien essayé [Ruhrig] d'expliquer l'action de certaines eaux par l'impression qu'en reçoivent à travers l'épiderme ramolli les papilles cutanées, et par les transmissions réflexes de cette impression ; mais cette explication ne peut guère être admise pour les eaux dites indifférentes , dont la minéralisation est insignifiante. Faut-il, pour ces dernières, invoquer des influences électriques ou magnétiques semblables à celles qui se développent au contact des plaques métalliques avec la peau? Faut-il, en d'autres termes, admettre, comme le fait Baréty une métalloihérapie balnéaire ? C'est là une question que des recherches ultérieures pourront seules élucider.
Toujours est-il que l'emploi externe des eaux minérales ne doit pas être négligé dans le traitement des névralgies. Voici les indications qu'elles peuvent remplir. Elle ne réussiront en général que médiocrement dans les névralgies vraiment idiopathiques. Il est positif cependant que les conditions dans lesquelles s'effectuent d'habitude les cures balnéaires peuvent exercer une influence des plus salutaires sur l'état névralgique. Le changement d'air, les distractions du voyage, puis le repos et le régime suftisent parfois pour guérir définitivement des névralgies rebelles à tout autre traitement. Nous en avons observé plus d'un exemple. Chacun sait aussi combien les bains de mer — ou même
(2) Nice médical, 1878, no 2.
simplement le séjour dans une atmosphère maritime — réussissent aisément à faire disparaître des migraines opiniâtres.
Mais si les eaux minérales sont d'un usage restreint dans les névralgies essentielles, elles manifesteront puissamment leurs propriétés curatives dans un grand nombre de névralgies holopathiques. Les douleurs rhumatismales céderont à l'emploi interne et externe des eaux de Vichy, de Baden-Baden, de Wiesbaden, d'Ems, de Carhbad, de Neuenahr, de Teplitz. Les dernières jouissent même d'une efficacité spéciale contre la sciatique. Ces eaux seront remplacées par celles de Luckon, de Barèges, d'Aix-la-Chapelle, d'Aix-les- Bains, si les accidents arthritiques ont perdu toute acuité et s'il existe un état de torpeur générale. Contre les névralgies des anémiques, on prescrira avec succès les eaux de Spa, de Schiualbach, de Pijrmont, de Saint-Moritz et d'Altwasser; les eaux d'Altmasser devront être choisies quand la névralgie anémique s'accompagnera d'éréthisme. Dans les névralgies hystériques et hypochondriques, on aura recours aux eaux de Néris, de Schlangenbad, de Chaud fontaine. Dans le cas de dépression nerveuse, les bains de mer et notamment les bains de la Méditerranée rendront de véritables services. — Les névralgies provenant d'une suppression ou d'une irrégularité du flux hémorrhoïdal seront traitées par les bains de Eomboiirg, de Kissingen, de Wiesbaden. Celles qui semblent liées à des troubles hépatiques réclameront les ediuxde Marienbad, de Kissingen, de Carlsbad ou de Vichy. Enfin les névralgies d'origine utérine seront combattues par les eaux d'Ems, de Kissingen, de Landeck, de Franzensbad, de Schlangenbad et de Néris.
Dans les cas où on ne parviendra pas à découvrir d'indication particulière, le malade devra être envoyé de préférence aux eaux indifférentes de Gastein, Ragaz, Louesche, Wildbad, Chaud fontaine.
Kinésithérapie. — La Kinésithérapie (/.cj-^mç, mouvement, et ôspxTTHa, traitement) est le traitement des maladies par le mouvement : c'est, en d'autres termes, l'application des effets physiologiques du mouvement à la prophylaxie et à la thérapeutique.
Les expériences de Bastien et Vulpian, que nous avons déjà mentionnées, ont montré que la compression artificielle des nerfs exercée sur le vivant à travers la peau produit assez rapidement l'anesthésie. Celleci disparaît bientôt si l'on suspend la compression ; mais on doit croire qu'elle persisterait si la compression était maintenue.il est permis d'en induire que des mouvements passifs méthodiques communiqués à des
parties algésiées peuvent avoir pour effet d'atténuer et même de supprimer les douleurs dont ces parties sont le siège. La pratique méthodique des mouvements passifs est le massage, comme la gymnastique est l'emploi réglementé des mouvements actifs. La gymnastique médicale et le massage forment à eux deux la kinésithérapie. La gymnastique n'étant que peu ou point appliquée au traitement des névralgies, nous nous abstiendrons, malgré l'intérêt général du sujet, d'en étudier le mode d'action et d'en consigner les résultats. Mais il n'en sera pas de même du massage dont les effets antinévralgiques ont été plus d'une fois constatés.
Valleix avait déjà noté qu'une compression étendue diminuait certaines douleurs névralgiques. Les auteurs du Compendiiim de médecine pratique parlent de leur côté de névralgies faciales calmées par une pression méthodique exercée sur le tronc du nerf. Piorry (1) rapporte qu'une dame voyait disparaître une douleur rhumatismale, dont elle était souvent atteinte, sous l'influence d'une pression analogue au massage exercée sur la partie malade. Georgii (2) prétend que des névralgies généralisées des extrémités inférieures ont été guéries ou du moins soulagées par des pressions exercées sur le plexus lombaire. Des névralgies du pharynx ont également cédé à une pression dirigée vers la partie supérieure et postérieure de cet organe. Plusieurs aflFections névralgiques de la peau et des muscles du dos ont été traitées avec succès par un mouvement de froissement partiel de la peau. Daily (3) affirme que les mouvements passifs apaisent instantanément les douleurs névralgiques (migraine, odontalgie, sciatique, tic douloureux), et amènent peu à peu la guérison radicale de ces maladies.
Dans une publication récente, Gussênhauer (4) rapporte deux cas de névralgies rebelles traitées par le massage. L'une était une névralgie sciatique, l'autre une névralgie crurale. La première a guéri au bout de quatre semaines, la seconde avait déjà disparu au bout de 8 jours.
Indications. — De ses propres recherches et des résultats obtenus par d'autres, Faye (5) a pu conclure que le massage était avantageux
(t) Bict. des se. médic. Art. massage.
("2) Kinésithérapie, ou Traitement des maladies par le mouvement, selon la méthode deLi7ig,i849.
(3) Cinésiologie, ou. Science duonouvement dans ses rapports avec l'éducation, l'hi/giéne ou la thérapie. Paris, 1857, p. 86.
(4) GussENBAUER. Erfahrungcn ûber Massage. Prag. med. Woch. 1881. no 1.
(5) Faye. Nord. med. Arhiv, Bd IX, 1876.
dans les névralgies idiopathiques aiguës et netlement circonscrites, et notamment dans la sciatique, la névralgie faciale, les névralgies de la région périnéale. Son efficacité serait plus douteuse dans les névralgies diffuses, anciennes et dépendant d'une lésion locale ou d'un état holopathique. Il n'aurait non plus qu'une faible action contre la migraine.
Mode d'application. — Les mouvements actifs, ainsi que nous l'avons dit déjà, sont plutôt propres à augmenter qu'à diminuer les douleurs névralgiques. Cependant il est des cas, — dans certaines sciatiques, par exemple, — où le mouvement bien ordonné atténue les souffrances du malade au prix d'une exacerbation de courte durée. Il en est de même dans quelques névralgies musculaires. — Mais encore faut-il que les douleurs ne soient pas aiguës pour que cet effet salutaire puisse se manifester (1).
Le massage est d'une application bien autrement étendue. Il s'effectue suivant divers procédés que l'on peut mettre en œuvre isolément ou successivement. Les seuls que l'on emploie dans le traitement des névralgies sont la friction, ou en termes techniques, Yeffteurage, \di pression ou pétrissage, la percussion ou tapotement, h'effleurage se pratique de la manière suivante : la partie malade étant solidement fixée, la surface cutanée est ointe largement d'huile, d'axonge ou de vaseline ; les faces palmaires des deux pouces ou des quatre autres doigts ou la paume tout entière de la main sont appliquées vers l'extrémité du nerf névralgie et remontent en glissant sur la surface, vers l'origine du même nerf. Après avoir parcouru ce trajet, on revient au point de départ et ainsi de suite. La pression est d'abord très légère, puis on l'augmente graduellement sans cependant dépasser un certain degré si l'on veut se borner à l'efïleurage.
Le pétrissage est une pression de plus en plus énergique exercée sur place avec une ou avec les deux mains, comme si l'on voulait broyer les tissus.
Le tapotement, peu employé d'ailleurs dans la thérapeutique des névralgies, n'a pas besoin d'être décrit.
Les séances doivent durer de cinq minutes à une demi-heure. Après
(1) Dans la méthode de Ling, (méthode suédoise), les mouvements actifs s'obtiennent à l'aide de contractions musculaires que l'on provoque en opposant à l'action des muscles une résistance qu'elle cherche à vaincre; cette résistance est constituée, soit par un corps solide, fixe, soit par le poids de certaines parties du corps humain lui-même, avec ou sans poids surajoutés, soit enfin par un effort exercé en sens opposé parle médecin kinésiarque.
chaque séance, un repos complet et prolongé. Les séances se répètent chaque jour et même deux fois par jour.
On a tenté de remplacer les manipulations par l'emploi d'instruments divers. Bien que les médecins de l'antiquité aient déjà fait usage de ce genre d'appareils, il est bien démontré à l'heure qu'il est qu'aucun d'entre eux n'équivaut à la main ; non pas, comme le dit Daily, parce que la main seule est capable de produire une pression anthropodynamique assimilable à l'action nerveuse elle-même, mais parce que l'instrument humain peut seul graduer bien exactement la pression et s'appliquer étroitement sur de larges surfaces. Les battoirs, les brunissoirs, les appareils à boules, doivent donc être abandonnés.
A côté du massage vient se ranger une méthode nouvelle à laquelle semble réservé un brillant avenir. Nous voulons parler de la compression élastique opérée au moyen de bandes en caoutchouc. Cette méthode a déjà été appliquée avec succès au traitement des névralgies. W. Parsons l'a déjà employée avec avantage dans une névralgie cubito-digitale et nous-même avons réussi à dissiper par ce moyen des névralgies musculaires anciennes.
On peut faire rentrer enfin dans la cinésie la position à donner à la partie malade. La névralgie étant une affection dite sine materiâ, on comprend que cette partie du traitement soit d'une assez médiocre importance. Elle n'est pourtant pas tout à fait à négliger. Il sera presque toujours avantageux de donner à la partie souffrante une position telle que le nerf malade soit le plus possible à l'abri de tractions ou de compressions violentes ou mal dirigées. — On doit observer en outre que l'état de la circulation artérielle et capillaire dans la partie souffrante jouit d'une influence marquée sur la vivacité des douleurs : il faut donc veiller aussi à ce que la position modère l'affïux du sang, ou bien en favorise le retour. Celle qui nous semble la plus propre à remplir ces différents objets serait Ir position horizontale avec une très légère flexion, pour un membre atteint de névralgie.
Cliirothérapie. — Les moyens que nous avons précédemment étudiés n'agissent sur les nerfs que par l'intermédiaire des tissus ou du liquide circulatoire. Ce sont ceux par lesquels on commence et dont l'usage est le plus fréquent.
Ceux que nous allons aborder sont les moyens chirurgicaux attei-
gnant directement le nerf névralgie; ils ont pour effet immédiat de couper court à l'innervation dans la branche nerveuse opérée.
Mode (faction. — La façon dont agit la section des nerfs douloureux semble à première vue susceptible d'une explication aussi simple que rationnelle; en interrompant le courant nerveux, on empêcherait l'impression doloripare de se transmettre au centre cérébral et par conséquent d'être perçue comme douleur. S'il en était ainsi, la division du nerf constituerait le traitement curatif par excellence des névralgies. Mais en étudiant de plus près la question, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'elle est en réalité beaucoup plus complexe qu'elle ne le paraît au premier abord.
Sans parler de la douleur que l'on peut éviter par la chloroformisation, les opérations pratiquées sur les nerfs présentent en premier lieu un double inconvénient :
Le premier, c'est la difficulté d'exécution tenant elle-même à différentes causes, à savoir : 1° l'impossibilité d'atteindre le rameau névralgie, à cause de sa profondeur ou du manque de points de repère ; 2° le risque d'intéresser dangereusement des organes voisins ( artère intercostale).
Le second, c'est la nécessité de détruire à jamais l'activité d'une branche nerveuse et de ses ramifications. Outre la perte prévue de la sensibilité, l'anéantissement de l'innervation dans un nerf sensitif important entraîne, par la destruction de ses éléments trophiques, des altérations profondes dans la nutrition des parties qu'il dessert. — La section d'un nerf mixte provoque des accidents bien plus sérieux encore (1).
Il faut avouer, d'ailleurs, que le succès ne couronne pas toujours d'aussi dangereuses opérations. Ces échecs, trop souvent constatés, tiennent aux causes suivantes :
1. Le siège réel de la douleur, et le plus souvent aussi son lieu d'origine, ne répondent pas au point même où la douleur se fait sentir ; la névralgie peut être en effet de cause générale ; elle peut avoir aussi une
(1) La résection du nerf sciatique pratiquée par Malagodi et par Jobert a été suivie d'accidents assez graves pour qu'on ne fût plus tenté d'y recourir. La section du nerf poplité a cependant été pratiquée ultérieurement à Londres par Hooher. Mais l'état généi-al et local justifiaient suffisamment cette audacieuse tentative. Les douleurs n'ont disparu que lentement après l'opération, mais la guérison a fini par devenir complète et persistait encore trois mois après le jour où la section avait été pratiquée. [Journal de médecine de Bruxelles, 1860, T. 30, page 267j.
origine centrale ; et même dans les cas d'origine périphérique, les communications établies par la récurrence peuvent induire le chirurgien en erreur quant à la localisation de la névralgie.
2. Les bouts divisés peuvent se réunir de façon à faire perdre tout le fruit de l'opération.
Il arrivera donc, alors même qu'on s'entourera de toutes les lumières du diagnostic et de toutes les ressources de l'art chirurgical, que l'échec le plus complet viendra trahir les espérances, et du chirurgien, et du malade. Aussi, malgré l'apparence d'infaillibilité qu'offrent ces moyens opératoires, les plus habiles chirurgiens eux-mêmes ont enregistré bon nombre d'insuccès. Nélaton dit qu'il a échoué dans une vingtaine de cas et que trois fois seulement il a réussi. Velpeau parle d'un homme chez lequel avait été successivement pratiquée l'excision de tous les nerfs de la face, sans que le tic douloureux dont ce malheureux était atteint eût été modifié en rien par ces opérations successives. On peut voir, enfin, au musée de Wurzbourg, le crâne d'un homme chez lequel on avait été jusqu'à enlever le ganglion sphéno-palatin.
hidications . — Notre conclusion, conforme d'ailleurs à celle d'Ansîie, de Cartaz et de la plupart des névro-pathologistes, est que le bistouri ne doit intervenir dans le traitement des névralgies que si tous les moyens médicaux rationnels externes et internes ont échoué et si les douleurs offrent assez de violence pour que le malade ait la ferme volonté de s'y soustraire à tout prix.
Il faut en outre n'entreprendre l'opération qu'après s'être assuré que la névralgie occupe bien réellement le nerf que l'on se propose d'attaquer. Pour cela, il convient, ainsi que le recommandent Tripier et Cartaz (1), de déterminer avec le plus grand soin l'influence de la pression appliquée aux branches voisines, non sur la production, mais sur la suspension de la douleur, et de procéder en une seule et même séance, si le résultat de l'exploration est positif, à la division de toutes les branches suspectes. Il faut, en d'autres termes, adopter alors la méthode des névrotnmies associées (2).
(1) Cartaz. Op. cit., p. 65.
(2) Dans un cas de Tripier, la pression pratiquée, d'une part, sur le rebord alvéolaire inférieur, au-dessus du trou mentonnier et, d'autre part, sur un point situé en avant du bord antérieur du masséter, calmait les douleurs. La section du nerf buccal suivie de la section du nerf dentaire inférieur amena une guérison définitive. — Dans un cas de Stewart, dont nous parlerons plus loin, où il paraissait qu'une seule branche de trijumeau fût atteinte, il a fallu élonger d'autres branches aussi bien dans la direction centi'ale que dans le sens périphérique pour obtenir la guérison.
Mode d'application. — Les procédés opératoires mis en usage jusqu'ici sont au nombre de trois. Le premier est la simple section du nerf ou névrotomie proprement dite ; le second est la résection d'un tronçon du nerf ou névrectomie ; le troisième, de date plus récente, est Yélongation.
J\[évrotoniîe. — La division du filet nerveux peut se faire de deux façons différentes : la première est la section à ciel ouvert; la seconde, la névrotomie sous-cutanée.
A. Section à ciel ouvert.
Elle se pratique de deux manières : ou bien l'incision est faite d'abord, puis le nerf est découvert, isolé et divisé par des temps successifs ; ou bien, en un seul temps, le bistouri coupe tout à la fois le nerf et les tissus sus-jacents.
Le second procédé n'est pas applicable à tous les cas : il ne peut être employé que si le nerf est superficiel, s'il repose sur un corps dur, et si sa position est nettement indiquée à l'extérieur par des points de repère apparents; il faut encore que le nerf ne soit pas accompagné d'une branche artérielle. — Il a sur les autres procédés l'avantage d'être plus expéditif et moins douloureux.
Nous lui préférons le premier mode dont l'application sera beaucoup plus générale et la réussite immédiate beaucoup plus certaine. Après la destruction du nerf malade par la cautérisation potentielle {André), c'est le moyen le plus anciennement et le plus fréquemment employé. Il a donné quelques succès, mais on comprend que la réunion doive s'opérer dans la plupart des cas et qu'elle ramène avec elle tous les accidents douloureux.
C'est pour écarter ce dernier élément d'insuccès qu'on a proposé, non plus la simple division, mais la résection d'une portion du nerf malade.
B. Section sous-cutanée.
La section sous-cutanée, que quelques chirurgiens ont pratiquée naguère, présente encore moins de chances de succès que la névrotomie à ciel ouvert parce qu'elle se prête davantage encore à' la réunion des bouts divisés. Elle doit être bannie, en conséquence, du traitement chirurgical des névralgies, bien qu'elle ait procuré à Sperino, en 1842,
la guérison d'une névralgie grave du plexus cervical. Le pansement de Lister tend d'ailleurs à restreindre de plus en plus l'emploi de ce procédé.
]\[évrectoiiiîe. — Auguste Bérard l'a tentée un des premiers en 1836 (1). Cette tentative a été couronnée d'un plein succès dans deux cas : l'un de névralgie sous-orbitaire, l'autre de névralgie dentaire inférieure ; tous les moyens ordinaires et même la section avaient échoué. Jules Roux a suivi cet exemple et a tracé les règles qui doivent guider dans la pratique de cette opération. Il a indiqué en outre avec beaucoup de précision les résultats qu'elle fournit (2). — Mais elle ne produit souvent encore qu'une guérison passagère, car les deux bouts divisés conservent, malgré la distance qui les sépare, la faculté de se réunir. Cette distance doit être d'au moins 2 centim. Et encore fautil parfois cautériser au feu [Jobert] ou à la pâte de Canquoin [Nélaton] le bout supérieur ou même les deux bouts du nerf divisé.
La plupart de ces opérations ont été pratiquées sur les branches du trijumeau, parce que les névralgies trifaciales sont les plus fréquentes et les plus rebelles, et que l'isolement à peu près complet des branches sensitives met à l'abri des accidents sérieux que produirait nécessairement la section d'un nerf mixte.
Eloii^ation. — La distension intentionnelle des nerfs a été pratiquée en 1860 par Nussbaum en lieu et place de la section. Depuis lors, cette opération a été pratiquée par un assez grand nombre de chirurgiens avec des résultats divers.
L'élongation n'agit pas en déterminant une solution de continuité dans les fibres nerveuses. En effet, d'après les observations de Duvaiilt, Terrillon et Marchand (3), la sensibilité peut revenir déjà au bout de 24 heures, ce qui ne serait pas possible dans l'hypothèse d'une rupture des filets nerveux. Le nerf élongé n'offre pas au reste les altérations caractéristiques que Ton observe après la section. Aussi Verneuil a-t-il prétendu qu'il fallait broyer le nerf si l'on voulait obtenir les effets de la section. — C'est donc ailleurs qu'il faut chercher la raison des effets de l'élongation. Elle réside, suivant toute vraisemblance, dans une action sur le centre nerveux lui-même. On ne saurait expliquer autrement les
(1) Journal des connaissances méclîco-chirur(jicales, mai 1836; page 442.
(2) Union médicale; année 1S52. T. YI, p. 479 et 49).
(3) Thèse de Paris, 1878 et Bull, de thérap. 1816, p. 428.
résultats si remarquables obtenus par Debove (1) dans un cas d'ataxie locomotrice. Non-seulement en effet les douleurs lancinantes dont le membre inférieur était le siège ont disparu par l'élongation de sciatique, mais encore les autres symptômes et notamment l'incoordination motrice en ont subi une atténuation marquée.
En raison de l'intérêt du sujet, on nous permettra de résumer quelques observations d'élongation nerveuse pratiquée en vue de guérir des névralgies.
Dans un cas de Cox (2) où il s'agissait d'une névralgie traumatique du cubital, la guérison a été obtenue, mais ne s'est produite que six mois après l'opération. Dans un second cas rapporté par le même auteur, l'élongation du sciatique pour une névralgie plantaire est restée sans succès.
Dans un cas où il existait à la fois des troubles sensitifs algésiques et des troubles moteurs paralytiques dans le domaine du nerf radial, Blum (3) a obtenu la guérison par l'élongation du nerf.
Higgens (4) a rapporté deux cas de douleurs névralgiques sus et sousorbitaires consécutives à l'énucléation de l'œil où le mal, rebelle à tous les moyens ordinaires, a disparu par l'élongation des nerfs. Kocher (o) a guéri d'une façon immédiate et définitive, par la simple distraction du nerf, une névralgie sus-orbitaire, et chose remarquable, la sensibilité tactile reparut au bout de 3 mois sans ramener les douleurs.
Dans une névralgie de la troisième branche du trijumeau occasionnée par un refroidissement, Stewart (6) fit l'élongation du nerf malade. La sensibilité douloureuse disparut pendant un mois,, puis revint. La section du nerf sous-orbitaire fut alors pratiquée ; elle amena un déplacement de la douleur qui se jeta sur le rameau mentonnier; on fit l'élongation de ce nerf et cette fois la guérison fut définitive.
Callender, Chiene, Spence ont également pratiqué avec succès la distraction du nerf dans des cas de névralgie.
Nous ajouterons, pour terminer, que Blum avait déjà constaté en 1878, d'après un relevé fait par lui, que sur 18 cas de névralgies rebelles traitées par l'élongation, on avait obtenu 9 succès. Ce résultat,
(1) Gaz. méd. de Paris, 1880, no 50, p. 657.
(2) Americ. journ. ofmed. scieuce, janvier 1878, p. 150.
(3) Soc. de chirurgie, séance du 4 décembre 1873.
(4) Higgens. Tvjo cases of nerve-stretchinr/ . Brit. med. journ., june, 1879. -
(5) Kocher. TJeber Nervendehnung bei Tri ffeminus-neur algie. Correspond. Blatt f. Schweiger-Aerzte. 1879, no II.
(6) Stewart. Remarhs on a case of epileptiforni neuralgie treaXed by nerve-stretching. Brit. med. journ., may 1879.
on le voit, est assez encourageant pour que l'on soit autorisé à substituer l'élongation à la névrotomie, ou du moins à tenter l'élongation avant de recourir à la division du nerf.
Nous n'avons pas parlé de la destruction du nerf par la cautérisation sans autre opération préalable, parce que ce procédé est à peu près abandonné.
Il a été employé surtout par André. Son plus grand avantage serait de produire à la peau une révulsion énergique et prolongée qui, dans certains cas, pourrait donner lieu à une amélioration assez notable pour qu'il devînt inutile de poursuivre l'opération jusqu'au bout. Ce procédé participe donc des avantages et des inconvénients du cautère. Comme pour celui-ci, il arrive souvent que la douleur à peu près inévitable du caustique, la plaie étendue et profonde que laisse la chute de l'eschare, offrent des désavantages qui contrebalancent largement les bons effets que la cautérisation peut produire.
Enfin, au lieu d'agir sur le nerf, on a proposé de pratiquer la ligature de l'artère, — de la carotide, par exemple — pour obtenir la guérison des tics douloureux rebelles {Patruban (1)). Mais on comprend que cette opération, en raison de son extrême gravité, ne puisse être pratiquée que dans des circonstances tout-à-fait exceptionnelles.
Nous passons à un troisième oindre de moyens thérapeutiques, qui, pour être moins palpables et d'une application plus difficile que les précédents, n'en sont pas moins dignes de la plus grande attention. Ils suffiront parfois pour enlever radicalement le mal, et constitueront alors la partie essentielle du traitement, — D'autres fois, ils viendront efficacement en aide aux moyens pharmaceutiques ou aux procédés chirurgicaux.
Nous voulons parler des influences morales employées dans un but thérapeutique.
Psychothérapie. — « On conviendra, dit le docteur Padioleau, que du moment oii il s'agit de maladies nerveuses, le travail intellectuel et moral, l'influence du milieu social, l'intelligence et la sagacité du praticien ne sont pas d'un intérêt moins puissant que tous
(1) Patruban. Die Unterbinclung cler Carotis als Heilmittel des Tic douloureux. AUg- "wien. med. Zeitschr. ISTg.
les médicaments physiques, chimiques et pharmaceutiques (1). » Il ne faut donc pas s'étonner si noiis attachons une certaine importance à l'influence favorable que peut exercer sur les affections névralgiques la médecine morale. - Une émotion vive arrête les menstrues, une impression morale trouble une digestion : un fait du domaine intellectuel peut bien a fortiori déterminer une modification quelconque dans un état nerveux considéré comme dynamique. On peut étendre, nous semble-t-il, aux troubles fonctionnels de la sensibilité l'aphorisme : spasmiim spasmo solvitur; souvent on a vu une vive appréhension, une grande joie, un chagrin violent, un spectacle attrayant, un travail intellectuel profond faire disparaître un accès de névralgie ou bien en prévenir le retour. Nous avons eu en traitement une dame atteinte de névralgie périodique temporo-occipitale chez laquelle la douleur ne revenait pas à son heure ordinaire lorsqu'elle se trouvait au théâtre et qu'elle s'intéressait vivement à la scène qui se passait sous ses yeux.
N'arrive-t-il pas chaque jour au médecin de voir les douleurs qui ont fait réclamer sa présence disparaître plus ou moins au moment de son arrivée, rester insignifiantes ou nulles pendant toute la durée de sa visite et ne renaître qu'après son départ? La satisfaction du malade, l'attention soutenue qu'il prête aux questions qui lui sont posées, la concentration d'esprit nécessaire pour y répondre suffisent pour empêcher la douleur d'être perçue. De même, en faisant luire aux yeux du patient la perspective d'une guérison certaine, il nous a semblé que la confiance inspirée au patient par cette rassurante promesse a contribué, dans plusieurs cas, à l'efficacité des moyens thérapeutiques prescrits et nous a donné des curations plus rapides. Un travail soutenu, une lecture attentive ou d'agréables distractions ont pu concourir au même résultat.
Enfin, quand la thérapeutique médicale et chirurgicale est restée impuissante, quand la maladie est incurable, qu'une souffrance sans trêve poursuit impitoyablement la malheureuse victime , Vespérance, que le médecin s'efforcera toujours de ranimer au moment où elle va s'éteindre, aidera le malade à supporter courageusement son douloureux martyre.
lllag;nétîsii(ie animal. Hypnotisme. — C'est à l'époque
H) JDe la médecine morale dans le traitement des maladies nerveuses; Paris 1864, p. 224.
OÙ le magnétisme terrestre commençait à prendre rang dans la science que le magnétisme animal vit le jour, et ce furent, chose remarquable, un prêtre, Gassner, et un médecin, Mesmer, qui présidèrent à sa naissance.
Depuis la prétendue découverte de cet agent nouveau, il marche d'un pas hardi à travers la crédulité des hommes, et sa marche ascendante n'a pas encore atteint son terme. II a toujours eu, sous des formes et des noms différents (mesmérisme, sidérisme, somnambulisme artificiel, spiritisme), le privilège d'exciter vivement la curiosité du monde et de s'imposer à tous les esprits impressionnables attirés par le merveilleux.
Pendant de longues années il fut difficile de démêler la vérité au milieu de l'imagination des charlatans, des jongleries des industriels, des illusions des gens simples, de l'entraînement ou de l'opposition systématique des savants.
Andry et Thouret avaient su réduire à leur juste proportion les merveilles du magnétisme minéral. Dubois (d'Amiens) et Burdin (1) ont à leur tour combattu à outrance, en qualité de mandataires de l'Académie de médecine de Paris, l'existence du magnétisme animal. Il ressort des expériences consignées dans leur livre qu'ils ont eu affaire le plus souvent à des imposteurs plus ou moins habiles, — quelquefois seulement à des gens convaincus. Ils ont conclu de l'observation attentive des faits soumis à leur contrôle que le mesmérisme n'était qu'une illusion.
Nonobstant cet arrêt sévère fondé sur un examen scrupuleux, tout n'était pas dit encore sur le magnétisme animal. Refuser d'admettre l'existence d'un sommeil artificiel, c'était nier un fait incontestable. La possibilité de cet état psychique particulier avait été mise hors de doute par des hommes trop intelligents pour être dupes d'une illusion , trop haut placés dans la science pour avoir besoin de recourir au charlatanisme, trop honorables enfin pour qu'il fût permis de suspecter leur bonne foi. — Mais de quelle nature était ce sommeil?
Braid, de Manchester, avait démontré en 1841, la réalité d'un sommeil nerveux provoqué par une simple sensation visuelle et susceptible de produire une insensibilité plus ou moins complète, tout en permettant des manifestations étrangères au sommeil naturel. — Le phé-
(I) Histoire acadé^niqïie du magnétisme animal, accompagnée de notes, etc. ; Paris,
nomène fut désigné sous le nom àliypnotisine. Il existait, entre l'état hypnotique et l'état magnétique, une trop grande analogie pour qu'on ne fût pas tenté de les identifier. Aussi, Bouchut (1) avait-il déjà émis, en 1864, l'idée que le sommeil magnétique n'était pas autre chose que de l'hypnotisme. Tout récemment, Weinhold, Heidenhain, Berger, Grûtz7ier et d'autres ont fait une étude des plus approfondies du soidisant magnétisme et leurs recherches ont définitivement établi l'identité des deux phénomènes, tout en donnant au terme d'hypnotisme un sens un peu plus étendu que celui qui lui avait été primitivement attribué.
D'après Weinhold (2), l'état hypnotique résulterait 1° d'une fixation persistante, 2° de l'irritation de la peau produite par un léger frottement, 8° de l'influence de l'imagination. Celle-ci ne remplit cependant qu'un rôle très secondaire dans l'hypnotisation, attendu que l'on peut faire passer directement le médium du sommeil normal au sommeil hypnotique — et que l'on hypnotise aisément les animaux, Czermak a hypnotisé des poules et des écrevisses, Preyer des lapins et des cochons d'Inde, Heubel des grenouilles — et nous avons nous-mêmes hypnotisé des homards, des serins, des vanneaux et des pigeons.
La cause intime, suivant Heidenhain (3), résiderait dans une suspension de l'activité des cellules de la couche corticale du grand cerveau, qui serait amenée par des excitations faibles mais persistantes de certains nerfs sensitifs (nerfs de la peau du visage, de l'ouïe ou de la vue). Pour Berger, il s'agirait, non pas d'une inhibition exercée sur les cellules corticales, mais d'une excitation des centres inférieurs. Chez certains individus exercés, les excitations sensorielles ne sont pas nécessaires : le sujet peut, par le simple effort de sa volonté, se plonger dans l'état hypnotique et secouer ensuite le sommeil {Heidenhain). Il peut aussi s'endormir par la simple influence de l'habitude, lorsque pendant plusieurs jours de suite, on l'a hypnotisé aux mêmes heures (Despine).
Ceci permettrait déjà de comprendre les magnétisations à distance, — mais les recherches toutes récentes de Baréty (4) pourraient fournir une autre explication du phénomène. Il résulterait de ses observations qu'il existe en réalité une force magnétique — « force neurique rayon-
(1) Revue des cours scientifiques, 1864. 11° 9.
(2) Weinhold. Hypnotische Versuche, etc. Chemnitz, 1880.
(3) Heidenhain. Der sogenannte thierische Magnetisnius. Leipzig 1880. '
(4) Baréty. Des proj^riétés physiques d'une force joartïcidiérc du corx)s humain {force neurique rayonnante), connue viUgairement sous le nom de magnétisme animal. Gaz. méd. de Paris, 1881, nos 36, 37, 38, 39 et 43.
i234 LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT.
naiite » — douée de propriétés physiques comparables à celles de la chaleur, de la lumière et de l'électricité. Elle se dégagerait du corps humain par les doigts, par le souffle et par les yeux. Elle serait réfléchie par des miroirs ou d'autres corps opaques k la façon des rayons lumineux; comme eux aussi, elle traverserait des lentilles et des prismes en y subissant une concentration ou une dispersion analogues à celles des rayons réfractés. Elle se propagerait facilement à travers certains milieux, tandis que d'autres opposeraient une grande résistance à sa progression. La coloration des surfaces exercerait sous ce rapport une influence des plus marquées. Elle serait transmise à des distances relativement considérables (17 mètres) par des conducteurs inanimés. Elle pourrait enfin être emmagasinée comme la chaleur, la lumière et l'électricité.
Hâtons-nous de dire que malgré la précision des recherches de Baréty, des observations ultérieures nous paraissent nécessaires pour justifier l'admission définitive d'une modalité aussi étrange des forces naturelles.
Les phénomènes les plus remarquables observés dans l'état hypnotique sont les suivants :
1° Certaines excitations sensorielles peuvent encore parvenir au cerveau et provoquer des manifestations inconscientes dont il ne reste aucune trace après le réveil. Toutefois, cette inconscience n'est pas constante, et le médium, dans certains cas, conserve un souvenir exact de ce qui s'est passé pendant son sommeil.
2° Le médium devient — qu'on nous pardonne la contradiction apparente des termes — une sorte d'automate imitateur. II peut répéter fidèlement les paroles que l'on prononce devant lui et reproduire avec exactitude les dessins ou les écritures même étrangères que l'on trace sous ses yeux {Grïittner). Il tousse, il éternue quand on tousse ou éternue devant lui. C'est une espèce de phonographe humain.
3*^ On peut aussi faire naître, en excitant des régions déterminées de la peau, des manifestations toujours identiques à elles-mêmes quand on excite les mêmes points, mais différentes quand on excite des points différents. C'est ainsi que le chatouillement de la nuque produira un bruit expiratoire particulier (1), que celui du périnée provoque une émission instantanée d'urine, que des frictions sur la région lombaire produisent un mouvement des pieds analogue au grattement des pattes
(1) Ceci n'est que la reproduction chez l'homme du " Quahversuch '• de Goltz.
chez les animaux, que l'application d'un diapason sur l'épigastre fait vibrer la voix du médium.
¥ Le sujet peut devenir analgésique, alors même qu'il est encore en état de percevoir de légers attouchements. Quand il reste tout à fait conscient, il est souvent hyperalgésique.
S" Des convulsions cloniques et toniques peuvent survenir quand l'hypnotisation est poussée trop loin. Charcol et Richer (1) ont montré que dans certains cas, on pouvait, comme par l'électrisation localisée, faire apparaître ces contractions ou ces contractures dans une région déterminée en comprimant mécaniquement le nerf ou le muscle luimême. — Il suffit généralement d'abaisser la température des parties pour empêcher les convulsions de se produire.
6° Il n'est besoin, pour entretenir le sommeil, que de tenir une main chaude appliquée sur le front ou sur le sommet de la tête, — que cette main appartienne à l'hypnotiseur ou à toute autre personne.
Il est inutile d'ajouter que la volonté du magnétiseur n'exerce aucune influence sur celle du médium tant qu'elle n'est pas objectivement exprimée c'est-à-dire exprimée de façon à impressionner les sens du médium (2), que l'état hypnotique ne peut communiquer la faculté de percevoir les phénomènes qui se passent en dehors de la limite des sens, que le magnétisme ne possède, en un mot, aucun des merveilleux attributs dont l'avait gratifié l'imagination de ses premiers adeptes : à savoir la double vue, l'omniscience, la divination, l'intuition des choses surnaturelles.
Procédés d'hypnotisation. — Les moyens de provoquer l'état hypnotique sont très nombreux. Nous en citerons quelques-uns. D'abord, les passes dites magnétiques qui consistent dans un mouvement lent et régulier de va-et-vient exécuté devant le visage par la main de l'opérateur; puis la fixation du regard sur un objet brillant et immobile (montre, cuiller, spatule) placé à 5 ou 6 centim. du front, l'interposition des mains à une petite distance des yeux du sujet; l'imposition de la main sur le front, sur l'épigastre; enfin le contact des mains, pouce contre pouce; quelquefois même simplement le souffle ou l'action du regard. L'application d'un aimant a déjà suftî pour endormir certains
(1) Charcot et Richer. Contribution à l'étude de l'hypnotistne chez les hystériques. Du phénomène de V hyper excitciMlité neuro-Tnusciilaire. Progrès médical, 1881, nos 15 et 16.
(2) Nous comprenons difficilement que Despine admette l'influence de la volonté ynentalement exprimée.
sujets. — Du côté du médium, le silence et l'immobilité sont les conditions généralement requises.
Il existe d'ailleurs de grandes difïérences individuelles dans la facilité avec laquelle s'établit le sommeil hypnotique. On admet communément que les individus à constitution délicate et à vie intellectuelle sont particulièrement sensibles à l'action magnétique. Mais il semble au contraire, que les sujets robustes et habitués aux exercices du corps sont les meilleurs médiums : tels sont, par exemple, les militaires, les gymnasiarques, les maîtres d'armes, etc. {Hansen, Berger, GriUzner). D'après Hansen, sur 100 individus pris au hasard, une quinzaine seulement seraient susceptibles de ressentir l'influence en question. Il est positif aussi que certaines personnes plus que d'autres sont en état de l'exercer.
Nous avons dit déjà que le moyen le plus simple et le plus sûr de prolonger le sommeil consistait dans l'imposition des mains sur la région frontale ou sincipitale. — Pour éveiller le médium, il suffit de le soumettre à une excitation sensorielle brusque ou intense : de lui souffler vivement au visage, d'agiter vivement un mouchoir devant ses yeux, de frictionner ses paupières, de le secouer, d'asperger la face ou les mains avec quelques gouttes d'eau froide.
Indications. — En raison de l'insensibilité qu'il amène, le magnétisme pourra être appliqué au traitement des névralgies. Si l'on songe que des opérations ont été pratiquées sur des sujets hypnotisés sans qu'ils en aient ressenti la moindre douleur, on sera même tenté de lui attribuer une action thérapeutique égale et même supérieure à celle des anesthésiques dont le maniement est plus dangereux. Mais l'emploi non méthodique du magnétisme n'est pas lui-même sans péril; puis nous avons constaté que les sujets névralgiques étaient en général trèsrebelles à l'hypnotisation dans l'intervalle des accès et qu'il était tout-àfait impossible de les plonger dans le sommeil magnétique au moment même des paroxysmes. Cela se conçoit du reste : les excitations légères employées pour provoquer le sommeil sont comme noyées dans la sensation violente à laquelle le malade est en proie et toutes les pratiques hypnotiques doivent presque fatalement échouer contre la douleur qu'elles sont appelées à combattre.
Héliothérapie. — Nous indiquerons tantôt, dans le traitement prophylactique, les mesures à prendre pour éviter les atteintes de la
névralgie. — Lorsque la névralgie est déclarée, l'observation des préceptes hygiéniques, tout en ne guérissant pas, ouvrira la voie à des médications plus énergiques en écartant les obstacles qui pourraient s'opposer au libre développement de leur action. Il ne faudra donc pas négliger ces moyens. Tls consisteront avant tout dans un repos et un silence absolus pendant les accès, le séjour dans une demi-obscurité lorsqu'il s'agit d'une névralgie ophthalmique et de la migraine. Il faut y joindre une alimentation à la fois légère et substantielle et l'abstinence complète de liqueurs et de vin.
Dans l'intervalle des accès, le malade doit être soumis, quand cela est possible, à une espèce d'entraînement propre à augmenter la résistance organique : bains frais et surtout bains d'eau courante, gymnastique modérée, équitation, aguerrissement graduel contre le froid, nourriture copieuse (1), régularité parfaite dans les repas, dans les heures du coucher et du lever et surtout pas de veilles prolongées. Pour les névralgies céphaliques, il convient d'éviter les impressions sensorielles trop vives, une application trop soutenue, les émotions et les soucis. La liberté du ventre doit être entretenue avec le plus grand soin.
Chez les femmes à menstruation défectueuse, il importe aussi de régulariser la fonction cataméniale.
Expectatîon. — La médication expectante, malgré la multiplication infinie des remèdes, prend de jour en jour une place plus grande dans le cadre thérapeutique. Cependant, s'il est un état pathologi((ue qui semble la rejeter d'une manière pour ainsi dire absolue, c'est la névralgie.
On a l'habitude, en effet, de considérer cette alîection comme une manifestation morbide déjà parfaite, si nous pouvons nous exprimer ainsi, au moment même où elle voit le jour. On suppose trop souvent aussi qu'elle disparaît tout d'une pièce, comme elle est venue, après une durée variable, et après avoir, pendant son cours, marché d'un pas égal, ou bien subi des interruptions plus ou moins irrégulières. — Or, nous avons déjà montré que certaines névralgies, à l'instar d'autres maladies aiguës, passe par différentes phases successives, et qu'elle peut avoir aussi dans son évolution sa période dHnvasion, d'état et de déclin. S'il en est ainsi, on comprend que l'expectation puisse être indi-
[1] Anstie et Radcllffe recommandent spécialement les aliments gras qui constitueraient « un nutriment direct des centres nerveux ".
quée clans certains cas de névralgie où la marche et la courte durée des attaques antérieures, la cause légère et momentanée qui a produit la maladie actuelle, la diminution graduelle des douleurs après un accroissement régulier, et d'autres signes qu'un médecin perspicace saura bien découvrir, feront supposer que la névralgie est disposée à cesser d'elle-même après avoir parcouru ses périodes pendant un temps limité. Les moyens pharmaceutiques ou autres que l'on emploierait ne feraient que troubler, dans de telles circonstances, la marche naturelle du mal : ou bien ils entretiendraient la douleur, ou bien ils laisseraient, celle-ci une fois disparue, des traces funestes de leur passage à travers l'économie.
S'il faut d'ailleurs invoquer l'autorité de la science pour faire prévaloir notre opinion, nous pourrons trouver dans les auteurs plus d'un cas de névralgie guérie par l'expectation, c'est-à-dire par un travail curatif tout spontané vis-à-vis duquel le médecin ne joue guère d'autre rôle que celui de spectateur.
Bellingeri (1) prétend que des névralgies qui sont restées rebelles à tout, traitement finissent par disparaître au bout de dix à douze ans. On trouve dans Sauvages, Thouret et Delpech des mentions de névralgies qui, abandonnées à elles-mêmes après l'essai des traitements les plus rationnels, ont guéri spontanément et de la manière la plus complète. On dirait alors que la douleur épuise à la longue la sensibilité du nerf par des accès répétés comme la succession des élancements fait cesser l'accès lui-même.
Enfin, rien ne prouve en faveur de l'expectation comme les mille et un remèdes préconisés contre les affections névralgiques. Sans parler les réclames dictées par le charlatanisme ou par le désir d'attacher son nom à un médicament inconnu ou à une médication nouvelle, il est encore des publications où des médecins de bonne foi proclament, presque chaque jour, la découverte d'un nouvel antinévralgique.
Presque toujours aussi, le moyen si vanté échoue entre les mains des autres praticiens. Le premier s'est donc trompé en prenant la mort naturelle de la névralgie pour sa curation, c'est-à-dire une coïncidence pour une relation de' cause à effet.
Hâtons-nous d'ajouter que l'expectation n'est pas l'absence totale de soins. L'hygiène jouera toujours ici un rôle salutaire et ses prescriptions devront être observées avec une régularité d'autant plus scrupuleuse que la thérapeutique proprement dite sera plus restreinte. 11 sera
(I) Annali universali di 7nedicina. 1834.
toujours bon, au surplus, que le médecin dissimule son inaction sous quelque prescription anodine — ut aliqidd fieri videatur.
Nous n'avons plus, pour terminer l'exposition du traitement des névralgies cérébro-spinales idiopathiques ramiculaires,qu'à nous arrêter un instant sur les moyens qu'il est convenable d'opposer : 1° à la prédisposition névralgique; 2" à certains états morbides qui viennent compliquer la névralgie ; 3" aux altérations appréciables ou non que la persistance de la douleur détermine dans les nerfs eux-mêmes ou dans les tissus circonvoisins.