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NÉVRALGIES HYSTÉRIQUES

On s'étonnera peut-être de nous voir considérer les névralgies dépendant de l'hystérie comme des névralgies de cause organique. Mais il serait difficile de les placer dans un autre groupe. Ce ne sont certes pas des névralgies idiopathiques dans le vrai sens du mot, puisqu'elles n'existeraient pas en l'absence de la disposition hystérique, et que celle-ci peut les produire avec leurs caractères propres sans qu'il soit besoin pour cela de l'action d'une cause occasionnelle. Elles ne sont pas non plus le résultat d'une intoxication. Ce ne sont pas enfin des névralgies sympathiques, comme on le croyait jadis. La seule place qui leur convienne est donc celle que nous leur donnons ici.

SYMPTOMKS PROPRES.

Outre les accès qui peuvent faire rtT.onnaître leur filiation, les névralgies hystériques présentent des caractères particuliers dont nous allons tracer un exposé rapide.

Il n'est pas d'abord de névralgies qui ne puissent se montrer dans la névropathie hystérique, mais les unes s'observent plus fréquemment que les autres. C'est ainsi que les viscéralgies sont assez communes pour constituer un symptôme plutôt qu'un accident de l'hystérie. Après les névralgies des organes internes et notamment la gastralgie que Briquet considère comme un des symptômes prémonitoires les plus ordinaires de l'hystérie, viennent les névralgies musculaires dont la fréquence serait extrême. Briquet (i) ne les aurait vu manquer qu'une vingtaine de fois sur 430 cas d'hystérie qu'il a observés. Viennent ensuite les névralgies cutanées qui sont encore assez communes; enfin, en troisième ligne, les névralgies ramiculaires. Parmi les névralgies viscérales, on rencontre surtout, indépendamment de la gastralgie, la névralgie de l'ovaire et de la mamelle. La dermalgie occupe ordinairement des régions fort étendues, parfois même tout un côté du corps. Enfin, les névralgies ramiculaires les plus répandues sont celles du trijumeau, du sciatique, du nerf sous-occipital et des intercostaux.

Quel que soit leur siège, elles se distinguent des névralgies idiopathiques par les caractères suivants : On les rencontre presque toujours chez les femmes ; — elles se développent d'habitude assez brusquement, souvent à la suite d'un accès d'hystérie; elles atteignent souvent à la fois plusieurs points du corps ; — elles se déplacent facilement et se transforment les unes dans les autres; — elles peuvent acquérir enfin, lorsqu'elles sont fixes, un degré d'acuité extrême (clou hystérique) ; elles sont souvent alors d'une opiniâtreté désespérante. Elles ont une prédilection marquée pour le côté gauche. Elles s'exaspèrent ou se calment sous l'influence des émotions morales. Il existe en outre des foyers douloureux que l'on ne peut considérer à proprement parler comme des névralgies. Il y a d'abord le trépied de Briquet constitué par une vive sensibilité de l'épigastre, de l'hypochondre et du rachis. Puis l'arthropathie hystérique qui s'accompagne assez souvent d'une lésion de la jointure.

Nous devons enfin signaler les points hystérogènes qui ne sont pas nécessairement douloureux et que l'on ne rencontre guère que dans Yhysteria major : il suffit, comme on sait, de presser l'un ou l'autre de ces points pour faire éclater un accès. Ils siègent ordinairement au dos, entre les deux omoplates, et sous les aisselles en arrière des seins (2).

Leur durée est très variable; la plupart sont fugitives; quelques-unes,

(1) Briquet. Traité clinique et thérapeutique de Vhyatérie. Paris, 1859, p. 207.

(2) Charcot. Conférences de la SalpéttHère. Gaz. méd. 1878, no 47, p. 573.

LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. 27o

au contraire, résistent avec une incroyable ténacité. En général leur persistance augmente au fur et à mesure que le mal hystérique se prononce davantage. Elles peuvent disparaître sans laisser de traces; mais on les a vu assez souvent entraîner des troubles dans la motilité des parties qu'elles ont occupées pendant un certain temps. Elles se distinguent enfin par une grande tendance aux récidives.

Traitement général.

Nous n'entrerons pas dans les discussions qui se sont élevées à propos du point de départ ou du siège de l'hystérie. Qu'il suffise de savoir que l'interprétation rationnelle des faits observés ainsi que l'opinion des auteurs modernes les plus recommandables tendent à faire rejeter l'ancienne théorie pathogénique qui considérait les troubles utéroovariens comme la source unique de l'hystérie : celle-ci n'est en réalité qu'un état nerveux dépendant d'une altération primitive du centre encéphalo -rachidien.

Or, ce que nous disons ici du point de départ de l'hystérie, et la mention que nous avons faite plus haut de l'influence exercée par les affections morales sur les douleurs qui l'accompagnent, nous fournissent une première indication : c'est d'amener à un calme parfait, et de les y maintenir autant que possible, les fonctions psycho-cérébrales, et particulièrement les facultés affectives. On combattra en même temps par des prescriptions hygiéniques la mobilité nerveuse qui ramène sans cesse les accès.

Quelques médicaments, entre autres les antispasmodiques (1) et les anesthésiques qui ont une action marquée sur les centres nerveux, pourront aussi être employés avec quelque succès, au moins comme traitement subsidiaire. Les narcotiques, ainsi que Vhypnotisation, mais employés avec une certaine réserve, peuvent avoir également leur utilité. — On joindra enfin à cette médication l'usage des toniques névrosthéniques et analeptiques, ou plus rarement les évacuants et les débilitants, suivant l'élat d'aglobulie ou de pléthore.

Hâtons-nous d'ajouter que la médication interne est le plus souvent inefficace. '

(1) Andral a fait disparaître en peu de temps avec 30 centigrammes de musc par jour, des dermatalgies qui duraient déjà depuis plusieurs semaines.

Traitement local.

Ce traitement se résume dans l'application des révulsifs, de la chaleur ou du froid.

L'excitation faradique — et à un moindre degré la galvanisation — se recommanderont surtout au choix du praticien par l'instantanéité, la vivacité et la sûreté de leur action. Duchenne et Briquet disent avoir employé la faradisation avec un succès presque constant. Nous n'avons pas toujours été aussi heureux.

Parmi les accidents douloureux de l'hystérie, il en est quelques-uns qui réclament un traitement spécial.

D'abord le clou hystérique qui occupe ordinairement un point fixe et circonscrit (1 à 3 centim.) de la région pariétale gauche, tout près de la suture sagittale, et qui serait pour les uns {Valleix) le point douloureux pariétal de la névralgie temporo-faciale et pour les autres {Briquet) une douleur musculaire. Il sera traité par les injections de morphine, la glace, le cautère électrique ou les pointes de feu.

Puis, cette céphalalgie lancinante et pulsative, si commune chez les femmes hystériques, et que le repos ne parvient jamais à calmer : on réussira à l'atténuer par les pulvérisations d'éther et les onctions chloroformées.

Vient ensuite l'algésie musculaire qui, d'après Briquet, jouerait un très grand rôle dans les sensations douloureuses qu'éprouvent les femmes hystériques. Elle occuperait de préférence les muscles superficiels des cavités splanchniques de façon à être prise fréquemment pour une névralgie intercostale, une gastralgie, une cœlialgie, une oophoralgie. On la combattra efficacement par les révulsifs cutanés (sinapismes et vésicatoires), par un massage méthodique et les bains.

L'algésie cutanée, que l'on n'observe guère que dans les cas d'hystérie aiguë, qui s'accompagne souvent d'une grande sensibilité des parties sous-jacentes et qui occupe des districts excessivement variables comme situation et comme étendue, cédera presque toujours aux fustigations électriques aidées par des bains tièdes prolongés ou des onctions huileuses.

Enfin, les douleurs gastralyiques et entéralgiques, remarquables surtout par le tympanisme qui les accompagne, seront sensiblement atténuées par les injections de morphine, les vésicatoires, les carminatifs et le régime.

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