‹ Les névralgies, leurs formes et leur traitementChapitre 39 sur 59 · NÉVRALGIES ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

NÉVRALGIES ÉPILEPTIQUES

Les épileptiques ne paraissent pas être particulièrement sujets aux névralgies. — Il est cependant certaines névralgies qui, par la soudaineté de leurs attaques, l'acuité extraordinaire de la douleur, la courte durée des accès, la cessation subite des accidents, font involontairement songer à une crise épileptique. Ce sont les « névralgies épileptiformes » de Trousseau. Voici quels en sont les caractères lorsqu'elles se manifestent à la face :

Au milieu d'un calme souvent parfait, une douleur horrible éclate dans un côté de la lace, dure une minute au plus, puis disparaît en ne laissant qu'un peu de malaise ou même un repos complet; elle est quelquefois pulsative, et reste presque toujours concentrée dans un des côtés du visage. Dans le moment où le malade éprouve cette vive douleur, il pousse des cris, secoue la tête, et, par un geste singulier, comprime ou frictionne avec une grande énergie la partie douloureuse. Le plus souvent, aucun trouble dans les mouvements n'accompagne l'accès; quelquefois, en même temps que la souffrance se fait sentir, les muscles de la face entrent en contraction de façon à constituer un tic douloureux.

Le mal occupe une ou plusieurs ramifications du trijumeau ; chez certains malades, on a vu la douleur avoir pour points de départ les trois points d'émergence de la cinquième paire.

Les accès se répètent la nuit comme le jour, sous l'influence des variations atmosphériques, des émotions morales, des mouvements de la face ou des lèvres, d'une pression exercée sur les points douloureux. Les intervalles qui séparent ces paroxysmes sont assez variables; ordinairement, de quelques secondes à quelques minutes; quelquefois le calme dure plusieurs heures. Les attaques elles-mêmes peuvent rester plusieurs jours, plusieurs mois sans se renouveler et sans laisser la moindre trace; mais la plupart du temps le point d'émergence du nerf demeure endolori. Le retour des crises s'annonce, dans certaines circonstances, par des phénomènes particuliers tels que des douleurs lombaires ou une éruption prurigineuse.

L'intelligence et la mémoire se conservent intactes au milieu de cette hyperalgésie. Les autres fonctions s'accomplissent aussi normalement : sans l'expression d'anxiété qui se répand sur le visage et les convulsions qui s'y montrent parfois, aucun signe objectif ne trahirait à l'extérieur un mal aussi terrible.

On voit, par la description qui précède, que ce genre de tic douloureux n'est pas la névralgie faciale spasmodique que tout le monde connaît. Il en diffère par plusieurs points : soudaineté, atrocité, brièveté de la douleur, disparition brusque et complète de celle-ci après une durée presque constante, opiniâtreté désespérante du mal. En l'éloignant du tic douloureux ordinaire, ces caractères distinctifs le rapprochent de l'aura epileptica, et lui ont valu le nom de névralgie épileptiforme.

La névralgie épileptiforme est à peu près incurable. Les moyens les plus énergiques n'ont jamais réussi qu'à diminuer passagèrement la douleur ou à rendre un peu plus longs les intervalles des accès. Les trois seuls moyens dont on ait obtenu quelque effet sont : 1" là section ou la résection du nerf malade, 2° Y électricité, 3° Yopium à doses énormes, 4° le bromure de potassium.

Une variété de la névralgie épileptiforme a été observée par Fleury chez une dame encore jeune, au tempérament nerveux, qui avait été vivement éprouvée par des chagrins de famille et des douleurs gastriques et dentaires. Nous reproduisons ici la description que Fleury en a donnée. « Une douleur atroce se faisait brusquement sentir à l'épigastre; la malade tombait à terre, restait privée de connaissance pendant huit à dix minutes, revenait à elle, se débattait sur le plancher contre une suffocation extrêmement pénible, et le tout se terminait par une sensation d'accablement et de fatigue. Ces crises devinrent par la suite d'une longueur et d'une fréquence désespérantes, puis diminuèrent peu à peu d'intensité, puis disparurent un an après leur première manifestation pour faire place à des accidents graves du côté des voies digestives. »

Trousseau dit enfin avoir observé des sternalgies épileptiformes.

Mais ces affections sont-elles des névralgies épileptiques, des formes larvées de l'épilepsie, ou bien n'ont-elles avec l'épilepsie qu'une analogie d'aspect?

Trousseau lui-même a douté d'abord de la nature épileptique de la névralgie; mais plus tard il a exprimé l'opinion qu'une partie au moins de ces cas dépendaient du mal comitial. Une observation bien remarquable de Bernutz (1) prouve à l'évidence l'exactitude de cette dernière proposition. On peut en outre y découvrir les signes distinctifs de la névralgie d'origine épileptique.

(1) Bernutz. Névralgie épileptique- Obsei^Kition de névralgie avec phénomènes co>ivulsifs se rattachant à l'épilepsie. Gazette des hôpitaux, 1866, no 78, p. 309.

Il s'agissait d'un épileptique héréditaire chez lequel se déclarèrent des accès de névralgie cervico-brachio-thoraco-faciale. Les crises éclataient subitement, présentaient une grande violence, duraient un quart d'heure à une demi-heure et cessaient brusquement. Elles se répétaient jusqu'à dix et même quinze fois dans les vingt-quatre heures. — La forme qu'affectaient les contractions musculaires était celle de Yépilepsie partielle vibratoire de Charcot, pour la face, et celle de Vépilepsie partielle tonique, pour le cou et le bras, à en juger au moins par la description très précise qu'en donne l'auteur. — L'intelligence restait parfaitement intacte pendant l'accès.

Dès l'apparition des crises névralgiques, les attaques épileptiques proprement dites avaient disparu; la guérison de la névralgie a déterminé la réapparition immédiate des accidents épileptiques. — Il s'est produit ultérieurement des paralysies de la sensibilité et de la motilité.

L'analyse de cette observation permet donc d'assigner à la névralgie épileptique les caractères distinctifs suivants :

1° La soudaineté, l'intensité et la cessation subite des douleurs;

2° La fréquence des accès ;

3° L'alternance entre les attaques épileptiques typiques et les accès névralgiques ;

4° La localisation des mouvements convulsifs et la forme particulière qu'ils revêtent (épilepsie jacksonienne, — épilepsie vibratoire ou tonique de Charcot).

La perte de connaissance n'esUpas une condition sine qua non de la névralgie épileptique.

Nous ajouterons que toutes les fois qu'une névralgie sera remplacée, au bout d'un certain temps, par des attaques épileptiques franches, il existera une forte présomption en faveur de l'origine épileptique des accidents douloureux.

Le bromure de potassium sera ici le remède par excellence. Il devra seulement être administré à très haute dose.

NÉVRALGIES HYPOCHONDRIAQUES.

Ces névralgies sont fort communes. Ce sont quelquefois des né-

vralgies ramiculaires ; parfois aussi de la dermalgie et de la myodynie; mais la plupart du temps, c'est aux viscères que s'attaque la névralgie : l'estomac, l'intestin, la vessie et le foie sont les organes qu'elle semble atteindre de préférence. — Tantôt les douleurs restent assez obtuses et sont passagères et erratiques ; dans d'autres cas, elles prennent un caractère aigu et affectent l'opiniâtreté d'une névralgie idiopathique. Je n'ai pourtant rencontré ces crises aiguës qu'une seule fois. — La douleur est rarement franche; elle est souvent brûlante, dilacérante, térébrante et se mêle d'impressions anormales extraordinaires et même d'hallucinations du sens tactile.

En général, on peut parvenir assez facilement, quelles que soient les plaintes du malade, à suspendre momentanément la douleur. Il sulïit même souvent, pour cela, de fixer son attention par un interrogatoire médical portant sur les autres accidents qu'il accuse.

L'action des remèdes est ici presque infaillible, en ce sens que tout nouveau remède — surtout quand il s'agit d'une médication à effet — atténue ou calme la douleur. Mais on est malheureusement tout aussi certain de voir les accidents reparaître, non pas si l'on cesse, mais si l'on continue le remède.

A rencontre de ce que l'on croit généralement, ces affections sont le triste apanage de la jeunesse et de l'âge mûr chez l'homme, — et de l'époque critique chez la femme. — On les observe d'ailleurs plus rarement chez ces dernières.

On sait aussi que ce sont surtout les classes intelligentes et les personnes à vie sédentaire qui sont le plus exposées au mal hypochondriaque. Mais ici encore, il est beaucoup moins rare qu'on ne le suppose d'habitude de rencontrer l'hypochondrie avec son cortège douloureux chez des sujets appartenant à la classe inférieure de la société.

La faradisation, le cautère actuel, les vésicatoires, le révulseur de Baunscheidt, joints à un régime sévère, nettement spécifié et, si possible, à un changement d'air et de milieu, apporteront une amélioration passagère dans l'état du malade. Quant aux médicaments internes, quels qu'ils soient, ils n'agiront que sur l'imagination du patient : mais cette influence est assez puissante pour qu'on ne doive pas la négliger.

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