‹ Les névralgies, leurs formes et leur traitementChapitre 5 sur 59 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

11 nous serait facile de donner un long historique des névralgies et de faire étalage d'une érudition facile en consignant ici les recherches étendues et consciencieuses de Cotugno, de J. Frank, de Valleix et de Romberg. Mais cet exposé, qui resterait à peu près stérile en déductions pratiques, ne doit pas prendre place dans un travail comme celui-ci.

Nous nous permettrons seulement de signaler les médecins dont les efforts ont contribué le plus largement à faire sortir de son obscurité l'histoire scientifique des névralgies.

Cotugno est le premier auteur qui ait donné de la névralgie un exposé exact et complet, dans son excellente monographie sur la névralgie sciatique (1). André fit connaître à son tour, beaucoup mieux qu'on ne l'avait fait avant lui, le tic douloureux de la face.

Mais ce fut Chaussier (2) qui, se fondant sur des données anatomiques, eut le mérite de généraliser les affections névralgiques et d'en donner le premier une énuméralion méthodique et détaillée. Il subordonna peut-être un peu trop l'étude clinique des faits à ses conceptions anatomiques en multipliant d'une façon démesurée le nombre des névralgies; mais il n'en fournit pas moins aux auteurs qui, après lui, firent des névralgies l'objet de leurs études, une base solide et rationnelle pour l'édification de leurs travaux.

Après le tableau synoptique de Chaus.sier, parut le livre de Valleix (3),

(1) Cotugno. Die ischiat. nej-^. comment. 'NesipoU, 'MM.

(2) Chaussier. Tableau synoptique des névralgies, &ny<\.

(3) .J. Valleix. Traité des nérralgie.^ et des afTectionn douloureitses des nerfs. Pari

qui est encore aujourd'hui un des ouvrages les plus remarquables publiés sur la matière. En suivant la mélJwde numérique, Valleix a pu faire justice des préjugés encore répandus dans la science et déblayer ainsi le champ de son étude. Mais l'usage exclusif qu'il a fait de ce procédé a peut-être un peu nui à la perfection de son travail : car le numérisme, en soumettant à sa rigueur inintelligente les efforts de la pensée, annihile toute intuition et enlève à l'observateur la précieuse initiative de son jugement. Et encore, si les données fournies par les chiffres avaient une signification absolue! Mais les sciences exactes seules peuvent se prêter à ces dénombrements mathématiques ; et, d'ailleurs, il semble difficile, au moins dans la plupart des cas, de tirer d'un total de faits nécessairement hétérogènes, dont par conséquent le groupement est plus ou moins arbitraire, une conclusion bien exacte ou bien rationnelle : c'est ainsi que dans les propres déduclions des numéristes, la sévérité apparente de la méthode ne se retrouve déjà plus.

Quoi qu'il en soit, on peut dire, malgré les défectuosités inhérentes au système qu'il a suivi, que c'est à Valleix que nous devons les observations les plus complètes de névralgies cérébro-spinales ; c'est à l'aide de ces observations qu'il a pu tracer des affections douloureuses des cordons nerveux une description plus précise qu'on ne l'avait fait avant lui.

Il est regrettable seulement qu'il se soit borné à l'examen des branches nerveuses du système encéphalo-rachidien, et qu'il n'ait pas soumis à ses intelligentes disquisitions les névralgies centrales, les névralgies périphériques et les névralgies ganglionnaires.

Les observations de Romberg (1) ont jeté un certain jour sur ces dernières questions. Le livre du pathologiste allemand où il étudie, sous le titre général d'hyperesthésies, toutes les affections douloureuses des nerfs, a marqué un progrès considérable dans l'histoire moderne des névralgies.

Après Valleix et Romberg, Joli y (2) et Sanclras (3) — dont l'ouvrage a été ultérieurement revu par Bourguignon — se sont activement occupés de l'étude des névralgies, sans toutefois s'écarter sensiblement des voies

(1) Romberg. Lehrbuch der Nervenkranhheiten des Menschen. Berlin, ISi."?.

(2) JoLLY. Nouvelle bibliothèque médicale, tomes II et III, 1828. — Dictiounairc de ■médecine et de chirurgie pratiques, tome XII, 1834. Art. Névralgie.

(3) S. Sandras. Traité pratique des maladies nerveuses. P&v\s,,\ii5\ — Sandras el Bourguignon. Traité pratique des maladies nerveuses. Paris, 1862, tome II, première partie. Publication restée inachevée.

LES NÉVllALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. 3

tracées par Vaïleix. A peu près vers la même époque, Dowuiny (1) et Parsons (2) ont cherché à différencier plus nettement les formes et à définir d'une façon plus précise la nature de la névralgie. Avant eux déjà Bretschneider (3) avait tenté une classification rationnelle des névralgies qu'il divisait en jirotopathiques, deuléropathiques, sympathiques et inétastaUqiies ; seulement il attribuait à plusieurs de ces qualifications un sens tout autre que celui qu'on leur accorde aujourd'hui. C'est ainsi, par exemple, que la névralgie résultant d'un trauma rentrait pour lui dans la classe des affections protopathiques.

Cependant, ce n'est guère que depuis une vingtaine d'années que l'étude des névralgies, grâce aux immenses conquêtes effectuées dans le domaine de la névrophysiologie, a pu revêtir un caractère vraiment scientifique. Parmi les savants qui ont le plus largement contribué à ce progrès, nous citerons E. liasse (4), M. Rosenthal (5), Eulenburg (6), Benedikt (7), Erb (8), en Allemagne; Axenfeld (9), Mgal (40) Tripier et Cartaz (11), Hallopeau (12), Lerehoidlet (13), Grasset (14), en France; Anstie [\^, Chapman (16), Hammond (17), Mitchell (18), en Angleterre et en Amérique. Les travaux des uns ont méthodiquement synthétisé les faits connus; les recherches des autres ont conduit à la découverte de nouveaux faits ; d'ingénieuses conceptions ont enfin rattaché aux lois phy-

(1) DowNiNG. Neuralgie,its varions forms , patfiology and treatnient. London, 1852.

(2) Parsons. Neuralgie ; Us liistory, nature and treatnient. Anieric. Journ. ofrned. se, efc.,1854.

(3; Bretschneider. VersucJi einer Begrûndtmg der Pathologie imd Theraxiie der aûsseren Neuralgien. lena, 1847.

(4) E. Hasse. Kranhheiten des Nervenajyparates. Erlangen, lu. II Aufl. 1855 u. 1869.

(5) M. Rosenthal. HandMich d. Diagnostih und. Thérapie der NervenhranMieiten. Wien, I u. II Aufl. 1870 u. 1876.

(6' Eulenbue,Ct. Lehrbucli d. fiinctionnellen Nervenhrankheiten. Berlin, 1871.

(7) Benedikt. Nervenpathologie u. Elehtrotherapie. Wien, 1874.

(8) Erb. Die Kranhheiten der peripheren cerebro-spi7ialc)i Nerven. II Aiiû. Leipzig,

(9) Axenfeld. Pathologie de Requin. Paris, 1863. Chapitre iVéuroses.

(10) RiGAL. Causes et pathogénie des névralgies. Paris, 1872.

(11) Cartaz. Des névralgies envisagées au x)oint de vue de la sensibilité récurreyite. Paris, 1875.

(12) Hallopeau. Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1877. T. 23, p. 756. Art. Névralgie.

(13) Lereboullet. Dictio7inaire encyclopédique des sciences médicales. Varia, 1878, 2e série, t. XII, p. 645. Art. Névralgies.

(Il; Grasset. Physiologie pathologique des névralgies. Montpellier médical, 1875- (l.'î) Anstie. Neuralgia and diseuses that reseinble it. London, 1871. (16) Chapman. Neu^-algia and kindred diseuses ofthenervous Systems. London, 1874. fl7) Hammond. Traité des mMadies du système nerveux. Traduction, annotations et appendice de Labadie-Lagrave. Paris, l8/"9. (18J "W. Mitchell. Wounds and injuries ofnerves. Philadelpliia, l8Gi.

siologiqiies les phénomènes qui caractérisent ou accompagnent les affections douloureuses des nerfs, de façon à ajouter à leur étude un chapitre nouveau : la patlwgénie de la névralgie et de ses symptômes. A côté des noms que nous venons de citer pourraient figurer ceux d'un grand nombre d'auteurs qui ont traité d'une manière générale et spéciale, à un point de vue pathologique ou physiologique, tel ou tel point ressortissant à la connaissance des névralgies. Mais ces derniers se présenteront naturellement sous notre plume dans le cours de l'ouvrage.

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